Une campagne de presse est apparue sur les persécutions que subiraient des chrétiens en Malaisie. Simultanément, dans
tous les pays occidentaux. A l’unisson, pour ne pas changer. Appareil de propagande parfaitement huilé.
Plus précisément, sur l’intolérance de l’Islam empêchant
les conversions de musulmans vers d’autres religions. Vers le christianisme, en particulier. Au travers de l’affaire : « Lina Joy ». La Malaisie vivrait ainsi sous le joug
de méchants musulmans !... Ah ! Ces
sauvages ! Tous les mêmes. Quelle que soit leur race, dès qu’ils sont musulmans, ils sombrent dans
l’obscurantisme…
C’est avec délice qu’on peut s’amuser à inventorier les "copier-coller", dans la
presse occidentale, de la thèse du "danger islamique" et de "l’intolérance musulmane" (1). Encore une crise d’urticaire islamophobique, se dit-on. L’esprit
critique en alerte, derrière l’agitation, les amalgames habituels, bref tous les ingrédients des campagnes racistes, on trouve tout de suite "l’intox", avec ses grosses
ficelles…
Car, si les journalistes n’étaient pas simplement réduits à une courroie de transmission de la
propagande antimusulmane (la ligne éditoriale !...), ils pourraient livrer une information vérifiée, recoupée, confortée par les analyses et les faits suivants :
Contexte historique d’une nation multiethnique
La Malaisie (2) est un extraordinaire exemple de pays multiethnique où cohabitent toutes les religions du monde, y compris l’animisme. Il n’a pas connu de
guerres de religion, comme l’Europe qui en a subi les ravages pendant des siècles.
Par contre, ce pays a enduré, pendant cinq siècles, une violente colonisation : portugaise, hollandaise, et surtout britannique. Avec, bien sûr, l’occupation japonaise en intermède. Pays
riche (3), les britanniques, arrivés en 1786, l’ont pillé tant qu’ils l’ont pu en important massivement une main d’oeuvre chinoise et indienne pour exploiter,
notamment, les mines d’étain et les plantations de caoutchouc. Contournant ainsi la résistance malaise. Cette main d’œuvre, "étrangère" au départ, a pris souche. Chinois et indiens sont
devenus : citoyens malais.
Ce flux migratoire a été considérable puisqu’il représente, environ, la moitié de la population malaise "de souche". Imaginons la France avec la moitié de sa population originaire d’Afrique et du
Moyen Orient !… Inévitablement, avant que le pays ne trouve son assise identitaire, se sont produits d’importants heurts ethniques, entre les deux principales composantes : malaise et
chinoise. Le dernier, remontant à 1969 avec plusieurs centaines de morts. A aucun moment, la religion n’a été au centre de ces rivalités.
Fédération récente (4), qui a connu son indépendance au début des années soixante et la configuration définitive de son Etat en 1965, elle comprend
actuellement 13 Etats, dont 2 sur l’île de Bornéo. Avec un système politique visant à maintenir la cohésion de la nation, dans le respect de chacune de ses communautés. Sa constitution est un
subtil dosage entre les grands principes démocratiques et les particularismes identitaires de chaque communauté.
Monarchie élective avec une rotation, minutieusement codifiée, de monarques descendants de neuf principautés ou sultanats qui règnent, symboliquement, à tour de rôle pendant 5 ans. Mais,
démocratie constitutionnelle très active avec une grande liberté de la presse et une scène politique partagée par 35 partis politiques. Rien à voir avec le Gabon, le Togo ou la Côte
d’Ivoire…
Liberté religieuse et identité d’une nation
Quand les colons se sont
imposés par les armes, au XV° siècle, la Malaisie était musulmane. L’Islam s’étant progressivement installé, sur plusieurs siècles, pacifiquement, via les commerçants venant du continent indien.
Le Pays a donc inscrit dans sa constitution l’Islam comme religion nationale. Mais la discrimination religieuse est interdite et la vivacité des autres religions et le dynamisme de leurs
communautés prouve que cela est bien réel (5). On peut ainsi arpenter les rues des principales villes où se côtoient mosquées, temples hindous et bouddhistes
et, bien sûr, églises.
Pour préserver son identité nationale et assurer sa cohésion, ce pays a choisi,
pour le moment et constitutionnellement, de faire cohabiter deux systèmes juridiques s’appliquant aux personnes : un système fédéral garantissant les libertés de base du citoyen, et un
système propre au statut de la personne relevant de la religion à laquelle appartient chaque citoyen. Pour chaque communauté, ce statut respecte les usages s’appliquant aux naissances, mariages,
divorces, obsèques, etc.
Les catholiques, par exemple, entretiennent d’excellents rapports avec les
autres communautés et les autorités politiques. L’Archevêque de Kuala Lumpur, Murphy Pakiam, travaille ainsi, depuis fin 2005, avec un Comité pour la création de la plus grande église de Malaisie,
dans la nouvelle capitale administrative Putrajaya : "We envisage the Putrajaya church to be a hallmark of the Catholic community in Malaysia and showcase the rich heritage of the
Malaysian Catholics" (6).
Le terrain a été gratuitement donné
par l’Etat. Inimaginable, en Europe, qu’un Etat donne un terrain gratuit pour construire la plus grande mosquée de sa communauté musulmane sur son territoire ! Inconcevable en France !
Pourrait-on envisager, chez un autre grand donneur de "leçons démocratiques", Israël offrir un terrain pour construire la plus grande église ou la plus grande mosquée de la région ?
Lire à ce propos le témoignage de Suha Sibany (7), "israélienne arabe" (chrétienne maronite), sur la discrimination
religieuse et raciale actuellement en cours en Israël.
Restent les églises évangéliques anglo-saxonnes,
notamment australiennes, particulièrement actives en Asie, la Malaisie étant une cible prioritaire. Leur prosélytisme, à l’exemple de ce qu’on peut observer en Afrique, au Brésil, en Polynésie ou
en Nouvelle Calédonie, s’appuie sur des avantages matériels pour les plus démunis et des promesses de "visa" (Australie, Canada ou USA) pour la tranche "middle class". Elles sont
particulièrement actives dans les deux Etats de l’île de Bornéo : Sarawak et Sabah. Partie de la Malaisie, siège de fortes tensions, envahie actuellement de travailleurs clandestins
indonésiens : l’équivalent de la population malaise dans cette région !...
« Lina Joy » : La Sardine bloquant le port de Marseille…
Azlina Jailani s’est convertie au christianisme en 1998, à l’âge de 26 ans, et a changé son nom, légalement, en
1999. S’appelant à présent : Lina Joy. Son fiancé, hindou, s’est converti, lui aussi, au christianisme. La religion étant mentionnée sur la carte d’identité, elle souhaite que sa
nouvelle religion soit inscrite en lieu et place de l’ancienne. Pour ce faire, d’après la loi, elle doit demander un certificat d’apostasie à un tribunal islamique (Syariah Court). Car,
si on se convertit à l'Islam, il est délivré un certificat de conversion. Dans le cas contraire, il convient d’obtenir un certificat d’apostasie.
Du fait de son nouveau statut de chrétienne, elle se refuse à accomplir cette formalité administrative. Elle a donc introduit une
action auprès de la Haute Cour (High Court) en 1999, qui s’est déclarée incompétente. Action qu’elle a poursuivie, en 2006, devant la Cour Fédérale (Federal Court) qui vient,
dans son jugement du 30 mai dernier, de se déclarer incompétente, elle aussi. Forcément, ces Cours de Justice ne peuvent aller à l’encontre de la Constitution du
pays.
Ajoutons que la délivrance de certificats d’apostasie, rares du fait que les conversions
n’interviennent habituellement que dans des cas de mariages mixtes (ce n’est pas à la suite de révélations spirituelles…), ne pose aucun problème en soi. Le fondement de l’Islam est le verset
256, de la sourate 2 : « Point de contrainte en religion ». La preuve en est : à Negeri Sembilan, la Syariah Court vient de délivrer 16 certificats
d’apostasie (8), sans problème… Bizarrement, Lina Joy n’entend pas respecter les usages constitutionnels et juridiques dont le pays s’est doté et que respecte
tout citoyen… En conséquence, elle serait menacée de mort et tutti quanti…
En fait, nous ne sommes pas devant un
"refus de conversion", mais devant un problème juridique où la Loi fondamentale de la Nation, sa Constitution, et la réglementation administrative, ne conviennent pas à un individu. D’un
problème juridique, artificiellement posé et entretenu, on passe à la persécution religieuse. D’où, l’hystérie médiatique occidentale y entretenant son islamophobie…
C’est l’histoire de "la sardine" bloquant le port de Marseille… Pour ceux qui ne la connaîtrait pas : un chalutier
nommé "La Sardine" avait coulé à l’entrée du port de Marseille. De fil en aiguille, avec l’exagération bon enfant des marseillais qui n’habitaient pas près du lieu, ce devint une
sardine si grosse qu’elle en bloquait le port !...
Sauf, qu’en l’occurrence, nous baignons dans le racisme antimusulman.
Bruits et fureurs ou le « cirque » Ayaan Hirsi Ali
Les malais sont les premiers à rire de cette histoire. Ils savent que c’est une manip, avec beaucoup d’argent… Lina Joy aurait "tout perdu", nous disent les journalistes
occidentaux, apitoyés. Mais, elle est "réfugiée" en Australie !...
Connaissant le prix d’un billet
Malaisie - Australie, et le coût de la vie à Sydney, les malais se disent qu’elle a de gros moyens pour quelqu’un qui a "tout perdu"… En plus, obtenir un visa d’entré pour l’Australie,
qui a une des politiques les plus racistes de la planète, sous le gouvernement Howard actuel !... Tout le monde sait, en Malaisie, que cette "opération" est encadrée par les services
spéciaux australiens.
Contrairement aux affirmations des médias occidentaux, les journaux locaux n’en ont
presque pas parlé (9). Comme les malais, ils s’en contrefichent !... Seul un parti islamique, le PAS (10),
équivalent du parti "christianiste" à la De Villiers, dans son poids politique et son rayonnement idéologique, a essayé de jouer sur cette manip. Isolé, il s’est
ridiculisé.
Les malais ont compris qu’il s’agissait d’un "remake" de l’intox Ayaan Hirsi Ali. Du nom de cette somalienne qui a défrayé la chronique, en Hollande et les pays anglo-saxons, par sa
violente islamophobie. Elle a été convaincue de mensonges sur son identité et ses assertions (11). Le masque étant tombé, elle habite les USA, menant grand
train de vie, où elle travaille chez ses protecteurs, réputés pour leur paranoïa antimusulmane : American Enterprise
Institute.
Pourquoi tant d’acharnement ? Simple : la Malaisie est un petit pays qui n’a pas peur de marquer son refus devant certaines des prescriptions de la Banque Mondiale et qui n’hésite
pas à dire ce qu’il pense des ravages de l’Occident au Moyen Orient… Ou, l’art de se faire des ennemis puissants qui savent se venger en essayant, en autres, de vous déstabiliser.
La Malaisie est l’exemple de la fusion d’un dynamisme économique époustouflant avec des traditions séculaires. Véritable
laboratoire de la modernité, dans une mosaïque de peuples et de croyances qui force le respect. Cela ne plaît pas, non plus, dans un Occident raciste et rêvant d’apartheid …
Visitez ce pays, magnifique, accueillant, généreux, vous ne voudrez plus le quitter…
(2) Pour une perspective géopolitique, lire : Bruneau, Michel, L’Asie entre Inde et Chine – Logique territoriale
des Etats, Belin, 2006.
(3) 27 millions d’habitants pour 330.000 km2 environ. Caoutchouc, étain pétrole, et depuis une dizaine d’années développement d’une industrie de pointe, notamment en composants
électroniques.
(4) Formée en 1963. Singapour a fait sécession en 1965.
(5) Dernier recensement (2005) : 58% musulmans, 22,9% bouddhistes, 11,1% chrétiens, 6,3% hindouistes, et
divers.
(6) « Nous avons pour ambition que l’Eglise de Putrajaya soit l’emblème de la communauté catholique de Malaisie
et la vitrine du riche héritage des catholiques malais ». Putrajaya Catholic Church Building Committee, constitué le 3 octobre 2005.
(8) The Sun (Malaisie), jeudi 31 mai 2007, p.2.
Photo 1 : Célèbre duo malais de Hip Hop : Too Phat & Joe Flizzow
Photo 2 : Eglise Christ Church de Malacca
Photo 3 : Circuit F1 de Sepang ouvert en 2000. Ultramoderne !
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