Géologue, 44 ans. Père
de deux enfants 10 et 12 ans. Employé chez Total depuis 1992 : licencié, viré, jeté dehors. Motif : refus d’être envoyé au Nigeria (1), dans la région du delta du fleuve Niger. Il était disposé à aller en Libye et en Indonésie, mais pas là. Il avait trop peur pour sa
famille. Une des régions les plus riches en ressources naturelles et les plus dangereuses du monde. Il s’y déroule une guerre civile qui ne dit pas son nom. Les populations locales vivent dans la misère extrême et une pollution, due au rejet d’hydrocarbures non raffinés par les compagnies pétrolières dans les rivières et étangs, d’un niveau inconnu de l’opinion internationale. Elles n’en peuvent plus et rejettent un gouvernement central aux ordres des multinationales pétrolières et minières. En fait, dictature militaire légitimée internationalement par des "élections démocratiques", dont tout le monde sait qu’elles sont truquées…
Les compagnies pétrolières, considérées comme des prédateurs, font l’objet d’attaques. Leurs salariés expatriés sont donc particulièrement visés. Depuis 2006, 200 environ ont été enlevés et, au début du mois d’août, un salarié de Total a aussi été enlevé, malgré des services de sécurité armés jusqu’aux dents. Normal, que le salarié d’une entreprise ait le choix de ne pas y aller.
Le licenciement de ce géologue est emblématique du mythe de la "Gestion des Ressources Humaines" dans l’entreprise, et les organisations en général. Ce n’est pas le dialogue et le respect qui se pratiquent, mais un rapport de force analogue à celui d’un univers concentrationnaire. La violence physique en moins. Plantes vertes, baies vitrées, moquette, air conditionné, halls de fabrication aseptisés, ne changent en rien l’univers mental dans lequel l’Homme doit abandonner son libre arbitre et sa dignité. Univers dans lequel les femmes sont encore plus durement traitées que les hommes en termes de considération, de salaire, d’évolution de carrière.
Multiplication des suicides liés au monde du travail (2), du harcèlement moral, les entreprises, les grands groupes notamment sont devenus, pour la plupart, un système carcéral où règne le totalitarisme le plus dur, tout en restant "soft" quant à son image. On y retrouve les ingrédients du totalitarisme, distillés au quotidien : depuis le culte de la personnalité du PDG mégalomane, jusqu’au sadisme du petit chef paniqué par la précarité de son poste.
Cet état d’esprit a vu son évolution s’accentuer sous l’impact du principal support idéologique actuel du Libéralisme Economique, la "shareholder value" (3) : ce que l’actionnaire peut pressurer de l’entreprise. L’entreprise considérée comme un presse-citron, le personnel en constituant les pépins... Tout pour le Capital, rien pour le Travail. Le travail étant considéré comme une matière première, "commodity" comme disent les anglo-saxons. Une denrée, une fourniture. Comme du charbon, de l’électricité ou des fournitures de bureau. Oubliant qu’en fait c’est le lien social stabilisateur d’une collectivité et une source d’épanouissement pour elle…
Les grands groupes sont les plus atteints par cette pathologie. Sous le vernis de leurs publications luxueuses et leurs dispendieuses campagnes de promotions publicitaires ou de relations publiques, ils font croire, à l’opinion ou aux consommateurs, que le dialogue, l’équité, la concertation, "l’esprit de famille", sont les règles du fonctionnement humain de leur organisation.
Le Directeur des Ressources Humaines d’un grand groupe européen, lucide, me confiait récemment combien, au fond, il était dégoûté de sa fonction : "Je ne suis qu’un fossoyeur. L’essentiel de mon temps est de concocter des plans de suppression d’emplois qui me sont imposés par le Conseil d’Administration"... Son groupe, comme d’autres, épuise chaque année toutes les techniques possibles, financières et comptables (4), pour dissimuler fiscalement ses superprofits. Pas moyen : ils apparaissent, bien que fortement diminués, malgré tout !... Placé en première ligne de ce magouillage, ce responsable éprouve des difficultés à admettre le paradoxe : plus une entreprise fait des profits, moins elle porte de la considération au travail et à la dimension humaine…
Cette lèpre a contaminé les cabinets de recrutement et de conseil en gestion des ressources humaines. Ainsi, à l’exemple de leurs homologues dans les entreprises : ils ne répondent pas aux candidatures qu’ils ont sollicitées par annonces, ne serait-ce que par une réponse négative. Ou encore, ils ne donnent pas de réponse après un entretien, pour lequel le candidat s’est souvent déplacé de loin. Disant qu’ils vont rappeler, sans le faire.
Trop de dossiers, disent-ils. Ce n’est pas une raison : s’ils sont incapables de s’organiser qu'ils aillent planter des poireaux, mais ne s’autoproclament pas "Conseil en Recrutement et Gestion des Ressources Humaines". Aucun sens de la dignité humaine, aucune éthique, déontologie ou comportement "professionnel", à de très rares exceptions, et beaucoup trop de charlatans dans ce métier. Il en est envahi. Un sérieux nettoyage s’impose pour redevenir crédible (5)…
Il y a des "patrons voyous", que les politiciens évoquent, lors des campagnes électorales, pour montrer combien ils sont "à l’écoute du terrain". Sans trop se mouiller, ils auraient trop à perdre. Car, ils ne mentionnent pas les "actionnaires voyous" qui licencient alors que leurs entreprises accumulent les superprofits. Pas de mention, non plus, des "managements voyous", même s’ils ne font qu’appliquer une politique exigée par les actionnaires.
On enverra en prison, pour de longs mois, des casseurs de vitrines. Bien. Mais, tous ces "casseurs de vie" continueront à se la couler douce. Alors que les prisons devraient être remplies de ces authentiques criminels. Ceux qui obligent leur personnel à exécuter des heures supplémentaires ou/et à renoncer à une partie de leurs congés, sans les payer. Urgence, esprit d'équipe, objectifs à atteindre, invoquent-ils... Du racket institutionnalisé. Ceux qui licencient sans aucune considération humaine, malgré les superprofits qu’ils accumulent, faisant supporter le coût de ces licenciements, et de la détresse qu’elle engendre, par la collectivité.
Tout en affirmant qu’ils ne peuvent pas contribuer aux charges de cette même collectivité : pas d’impôts, disent-ils, pour rester compétitifs !... Ces "bandes organisées" prolifèrent, vandalisent le système social, rançonnent l’économie des pays où ils prospèrent. Et, les politicens ne bronchent pas. Normal, leur élection dépend de leurs "dons et cotisations", et de leurs médias.
Une anecdote sur un phénomène courant, que j’ai observé de près : un leader mondial dans la bureautique avait décidé de licencier une centaine de cadres parmi les directions d’un de ses sièges européens. Bien qu’ils soient aussi compétents et productifs les uns que les autres. Les profits importants de cette filiale n’étaient pas assez substantiels, d’après les actionnaires. Il convenait de sabrer. Ce travail fut confié à l’une des étoiles montantes de la Direction des Ressources Humaines. Carte blanche, mais secret absolu.
Rongé de culpabilité, il ne cessait de peser les cas individuels parmi les centaines de dossiers, pour introduire le plus d’équité possible dans ce massacre à la tronçonneuse. Avec son tableur, sa base de données, sa trentaine de critères et ses multiples tableaux. A ne pas en dormir la nuit : d’abord le célibataire, puis le plus proche de la retraite, puis le moins ancien, puis celui qui avait le moins d’enfants à charge, puis….
Tant bien que mal, il arriva à boucler sa liste des 100. Epuisé, il remit son travail à sa Direction, qui le félicita chaleureusement pour la réalisation, dans les temps, d’un travail aussi difficile. La porte à peine refermée, son patron rajouta son nom au bas de la liste. Il fut le 101°…
Gestion des Ressources Humaines : une baudruche …
(2) Selon l’INSERM, il y aurait en moyenne 12.000 suicides par an, en France, suite à 150.000 tentatives de suicide. Depuis 15 ans, ce chiffre est supérieur aux décès par accident de la circulation. Bizarrement : aucune campagne de "sensibilisation médiatique". Les statistiques de ceux liés strictement au travail ne sont pas connues et semblent faire l’objet d’une censure camouflée : aucune étude clinique, sociologique, etc.
(3) "Shareholder value". Shareholder est l’actionnaire. La shareholder value est donc la valeur, le revenu qu’un actionnaire est en droit d’attendre de l’action qu’il a dans une entreprise, cotée en Bourse notamment. C’est devenu par extension, et aussi par déformation, le credo obsessionnel de la communauté financière internationale, répercuté par la "presse économique" : fonds de pension, brokers et intermédiaires boursiers, système bancaire, analystes financiers, Business Schools, etc. Ainsi, à chaque annonce de licenciement, par une entreprise bénéficiaire, vous verrez la communauté financière saluer cette "performance managériale", dans l’idéologie de la shareholder value : par une augmentation du cours de l’action !…
(4) Notamment, par des jeux de facturation entre filiales dans différents pays étrangers et des comptes de sociétés "offshore" dans des paradis fiscaux.
(5) Sans parler de tous ces sites de recrutement "web" bidons, qui affichent des offres d’emplois qui n’existent pas, en fait. Ce ne sont que des agences de pub déguisées… Ils véhiculent, la plupart, des annonces de recrutements fictifs. Comme ces banques ou ces cabinets d’audit qui publient chaque année des centaines de fausses offres d’emplois. Elles sont publiées uniquement à des fins publicitaires pour "embellir l’image" de l’établissement en question. Poker menteur…




samir 31/08/2007
Georges Stanechy 01/09/2007
Jules 17/09/2009
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Noor 18/09/2009
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