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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
chante la lutte des Peuples
contre la Prédation
 
 

Horizon...


Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

20 septembre 2007 4 20 /09 /septembre /2007 11:04


Je me souviens…
 
Un hiver. Le ressac de l’Océan…
 
C’était un mois de Ramadan, chez un ami marocain. Dans un pavillon en bord de plage, à Bouznika (1). Il faisait froid, à la tombée de la nuit. La rupture du jeûne, avec son ambiance de recueillement et de partage, était terminée depuis un moment. Un feu de cheminée, dans une ambiance familiale. Paisible.
 
On annonce une voiture. Visite impromptue. Pour la première et unique fois, je rencontre Driss Basri. Le Ministre de l’Intérieur (2). Pas d’escorte, un chauffeur, uniquement. En France, ce genre de ministre se déplace avec une dizaine de motards et deux ou trois voitures d’accompagnement… Il était en col roulé, souriant, accompagné d’un ami professeur de droit de la faculté de Grenoble, dont il était Docteur en droit public.
 
Il venait veiller et jouer aux cartes, au Tutti. Cette belote qui se joue avec des cartes espagnoles. Quittant Rabat, pour quelques heures. Je ne joue pas aux cartes, je suis nul, et mes amis marocains imbattables, surtout dans l’échange de signaux codés… Je les ai donc regardés, participant à la discussion, à propos de tout et de rien. Rire et détente.
 
L’hôte qui recevait, était un ingénieur diplômé des Ponts et Chaussées, spécialiste des infrastructures routières et aéroportuaires. Son ministère d’origine était le Ministère de l’Equipement qui l’avait détaché au Ministère de l’Intérieur, sur la demande de ce ministère.
 
On l’oublie ou l’occulte, par omission ou intention, mais le Ministère de l’Intérieur n’administre pas que du "sécuritaire". Il gère les immenses problèmes d’aménagement du territoire, d’encadrement, de développement, d’équipement, d’organisation, des collectivités locales.

Dans un contexte où ces collectivités, dans un pays en pleine croissance démographique, en cours de création ou d’organisation, n’ont pas encore l’autonomie budgétaire comparable aux modèles européens. Tout un univers avec d’immenses besoins et, comme toujours et partout, insuffisamment de moyens. Toujours ce manque d’hommes, d’argent, de temps…
 
Driss Basri est décédé le 27 août dernier, à 69 ans. Tout ce que j’ai pu lire, entendre à son propos, à l’occasion de sa disparition m’a sidéré. C’est vrai, certains le jalousaient, le détestaient, et pas toujours pour de bonnes raisons.

Mais, tant de bonnes consciences à deux sous, de faussetés, de contrevérités… Voir tous ces gens se décerner des actes de bravoure, des diplômes de défenseurs de la "démocratie" en s’essuyant les pieds sur lui. Comme toujours, la lâcheté du lynchage, le sacrifice du bouc émissaire.

Devant le spectacle de ces postures et impostures, je pense au titre du roman de Boris Vian :
J’irai cracher sur vos tombes (3)
 
 

D-Basri-1.jpg


Aucune compassion. Ils ont tous craché sur sa tombe...

Trop, c’est trop. C’est ce "trop", qui m’a dicté ces mots :  

« Si Driss, 

Tu me permettras de te tutoyer. Considère ce tutoiement comme une marque de respect dû à un mort, au souvenir duquel on s’incline. Je vais me faire l’avocat du diable. Je ne te dois rien et je n’ai rien à y gagner. Mais, l’hypocrisie, lorsqu’elle dépasse des bornes…


Je n’ai jamais travaillé avec toi, mais j’ai côtoyé, pendant plusieurs années, quelques uns de ceux que tu harcelais de travail. Car, tu étais un bourreau, oui, un bourreau de travail. J’ai l’impression de te connaître. En tout cas, mieux que toutes ces "belles âmes" qui bavent sur ton passé…
 
On t’impute tous les échecs, les ratages, les bavures, et plus encore, de ton pays. Bien sûr, en contrepoint, les mêmes s’approprient tous les succès ou toutes les vertus.
 
On te disait "tout puissant". Mais, tu savais que cette "puissance" enviée n’avait que l’amplitude que voulait bien lui assigner ton Souverain, dans les responsabilités et les missions qu’il te demandait d’exécuter.

Lui-même, tu le voyais, sujet aux pressions de tous les jeux politiques des grandes puissances et leurs seconds couteaux dans les couloirs du pouvoir. Le soumettant en permanence à une remise en cause de sa propre puissance de monarque et, surtout, de l’indépendance du pays.
 
Les qualificatifs à ton égard n’ont pas varié : "vice-roi", "grand vizir", "superflic", "maître des basses œuvres"…

La nomenklatura ne t’aimait pas. Surtout, cette "élite", cette "aristocratie", ces "grandes familles" qui ont monopolisé les meilleures places depuis l’indépendance, te méprisaient (4). Ces représentants multicartes des groupes et des intérêts étrangers. Dans la discrétion des dîners mondains.
 
Pour eux, tu étais un campagnard, un plouc. Tu sortais du pays profond. Tu venais de la Chaouïa. Ils tournaient en dérision ton parler rocailleux. Le même dédain qu’affichait la bourgeoisie affairiste parisienne du temps de Zola, pour les auvergnats. C’est, en grande partie, grâce à eux pourtant, que Paris tournait. Le travail acharné, payé une misère, des charbonniers, cochers, portefaix, lingères et autres personnels.
 
Tu travaillais vingt heures par jour. Même, des nuits sans dormir. Pendant que ceux qui te caricaturaient, dans ton dos, s’enrichissaient dans l’argent facile de la spéculation et le partage des monopoles contrôlés par les clans familiaux.
 
Responsable des "années de plomb", ne cessent-ils de répéter à ton sujet, comme des perroquets…
 
Tu vois, ils n’ont pas changé… Même disparu, ils te traitent de la même façon. Tu le savais, en te méprisant, ils se donnaient bonne conscience dans leur rapacité. Mais tu n’étais pas comme eux. Je me souviens : tes parents ont toujours habité la même maison modeste à Settat.
 
 
Le Bâtisseur
 
Settat (5). Ta ville natale, que tu as sortie de la boue. Tu voulais en faire un modèle, un laboratoire. A l’entrée de la ville il y avait un bidonville qui, en hiver, baignait dans vingt centimètres d’eau. J’en suis témoin.

Dès que tu as été nommé Ministre de l’Intérieur, en quelques années, tu y as fait construire un réseau d’assainissement, tracé des avenues, modernisé la gare, créé une université, une école hôtelière, des jardins, de splendides bâtiments administratifs, dans le style architectural marocain.
 
Et, surtout : créé une zone industrielle, convaincu que l’avenir du Maroc passait par le développement de l’industrie.  Le tourisme comme seul axe de développement, tu n’y croyais pas. Ça transforme une nation en pute, avec ses emplois sous payés, pour la richesse d’une poignée de spéculateurs immobiliers et "d’aubergistes"…

Tu y as encouragé l’installation d’usines. Je me souviens, d’une des plus grandes usines de tissus pour "jeans", du monde, qui exporte la quasi-totalité de sa production. En tout cas, la plus grande d’Afrique. C’est en sortant d’une visite de cette usine, qu’on m’a montré la maison de tes parents.

Tu as soulevé des montagnes pour que le tronçon d’autoroute Casablanca – Settat soit rapidement construit, avant de poursuivre son tracé vers Marrakech. Si tous les hommes politiques s’occupaient de leur ville natale comme tu l’as fait, le monde serait comme la Norvège.
 
On te disait obsédé par le "sécuritaire". Tu te voulais bâtisseur. Passionné d’urbanisme. A l’exemple de ton Roi, Hassan II.

Tu as créé et organisé de nouvelles "provinces", couvert le pays de magnifiques préfectures, tu as modernisé une administration tentaculaire,  avec ses écoles de formation pour les cadres, contribué à la création des Agences Urbaines dans les grandes villes pour en réguler, autant que possible, l’expansion immobilière. C’est même toi, qui as contribué à créer l’ordre des architectes. Ce ne fut pas facile…
 
Tu es à la source, avec les grands cabinets d’architectes internationaux, de tous les schémas directeurs d’urbanisme, que les spéculateurs s’ingénient, bien sûr à contourner. Comme ils ont réussi à le faire sur la Corniche de Casablanca. Défigurant le projet initial.

Tu rêvais d’un Maroc puissant, mais beau dans la grande tradition de son urbanisme des Cités Impériales. Tu luttais contre la spéculation immobilière, la plaie de ton pays, comme dans d’autres. La spéculation, le sida du "Libéralisme Economique"… Te forgeant tes pires ennemis.
 
Je me souviens…

Un jour, traversant le centre de Casablanca, dans une voiture banalisée, devant tes interlocuteurs, tu exprimais ton souci pour les immeubles "modern style". Reliquat de l’architecture de la colonisation, avec ses fers forgés, ses mosaïques et ses façades ouvragées du Centre de Casablanca. "Comment  préserver ce patrimoine historique", disais-tu ? Tu savais que les spéculateurs souhaitaient raser tout cela, pour y mettre des tours en verre…
 
Te souviens-tu ? Les colonies de pingouins se piétinant pour l’aménagement de la Baie de Taghazout (6) ? Les uns représentant des groupes français, d’autres des groupes allemands, d’autres encore des groupes espagnols, d’autres encore… Ça n’arrêtait pas ! Et, vous vous regardiez tous les deux, accablés, lucides sur la nature humaine, avec le Roi, Hassan II.

Finalement, on calmait le jeu en gelant ces dossiers. Si on avait privilégié l’un par rapport à l’autre, le Maroc et son "régime",  auraient eu droit à des commentaires injurieux, avec même des interventions dans leurs parlements respectifs, via les médias en cheville avec ces groupes. Allemands et espagnols, si on avait choisi les français, français et allemands, si le contrat était allé aux espagnols…

Le pays était fragilisé, il fallait avancer avec prudence. Quel cirque !
 
Je me souviens de la préparation de la réunion de  l’OMC à Marrakech, succédant à l’Uruguay Round. Le Roi Hassan II voulait présenter une vitrine du Maroc. La ville devait se révéler dans sa beauté.

Alors, tu as travaillé nuit et jour pour mobiliser les énergies en un temps record et rénover les infrastructures de la ville : avenues, édifices publics, ravalement de façades, constructions d’hôtels, d’un théâtre, trottoirs et plantations d’arbres… Au jour J, tout était impeccable.
 
C’était une belle occasion. Tu rêvais d’un tourisme de qualité, avec ton Roi : Marrakech ville de Congrès, festivals du cinéma et autres arts, équilibré par le développement d’une industrie. Vous ne vouliez surtout pas tomber dans le piège : vague de casinos dans le sillage d’une soi-disant jet-set, aussi pourrie que destructrice, transformant Marrakech en bordel thaïlandais. Là encore, que d’ennemis…
 
Quand on regarde le Maroc dans les archives cinématographiques de l’INA, on mesure, malgré toutes les défaillances, combien le pays a évolué par tout ce qui n’existait pas à l’indépendance : barrages, ports, aéroports internationaux, universités, hôpitaux, autoroutes, rénovations urbaines, zones industrielles, infrastructures balnéaires et hôtelières, etc.

Evidemment, tu n’étais pas le seul.  Beaucoup de gens méritants y ont contribué. Mais, tu es certainement celui qui y a le plus travaillé. Je ne sais plus qui disait : "Le Maroc n’est pas un pays de navigateurs. Il tourne le dos à l’océan. C’est un pays de bâtisseurs". Tu en fus un, des plus éminents…

"Années de plomb", ricanent-ils. Les imbéciles…
 
Je me souviens…

Tu étais un des rares ministres incorruptibles, de ton pays, mais aussi de par le monde… Et ça, ça ne pardonne pas. Bien sûr, on ne peut en dire autant de certains de tes proches ou collaborateurs, malgré tes recommandations. On a trahi ta confiance, c’est la rançon du pouvoir quand on assume des responsabilités. De nombreux agents d’autorité ne méritaient pas la corde pour les pendre. L’un d’eux, d’ailleurs, a été fusillé.

Tous n’étaient pas à la hauteur des exigences que tu te faisais d’un serviteur de sa nation. Immense administration dont tu avais hérité, que tu essayais de moderniser, surtout dans les comportements. Tâche quasiment impossible, à partir du moment où, dans le pays, toutes les administrations, et autres secteurs économiques, ne recevaient pas la même impulsion. La force centrifuge du nivellement par le bas…
 
Tu n’étais pas comme eux. Tous ces ministres qui ont leur nom attaché à la marocanisation. Tous ces défenseurs de la soi-disant "libre entreprise", ces concessionnaires de voiture et ces embouteilleurs de gaz carbonique noyé de sucre, devenus des milliardaires, de nationalisation en prévarication, de privatisation en délits d’initiés, d’hommes de paille en magouilles, protégés par leurs sponsors étrangers.

Ces milieux affairistes qui ne rêvent, eux, que d’une chose : avoir des ouvriers et des employés à leur merci, sans protection ni rémunération.
 
Tu n’étais pas comme ces pillards… Ce général qui montrait, mi-fier, mi-cynique, sa "bibliothèque". Il faisait relier tous les titres fonciers des propriétés qu’il détenait à travers le pays. Il était un passage obligé pour des tas de transactions, jouissant d’une confiance dont il abusait pour le profit d’intérêts étrangers.
 
Ou, ce Ministre de la Jeunesse et des Sports qui avait tout emporté, jusqu’à des ordinateurs, des tables et des chaises. Avant de quitter le gouvernement, le Roi Hassan II, lui a demandé combien avait coûté la construction de sa "villa", à Rabat. En fait, un véritable palais construit sur du vol et des détournements. Se croyant plus malin que son Roi, il lui annonça un chiffre ridiculement faible. Droit dans les yeux, le Roi Hassan II lui demanda alors de passer à son secrétariat pour prendre le chèque du montant annoncé de la "villa", et d’en céder la propriété à l’Etat…
 
 
Scipion l’Africain
 
On laisse sous-entendre que tu serais mêlé à l’affaire Ben Barka. Tout jeune fonctionnaire, tu étais encore très loin de ces cercles. Et puis, comme si tu avais quelque chose à voir avec ce sanguinaire, ce sadique, cet assoiffé d’argent et de pouvoir qu’était le général Oufkir.

Comploteur invétéré, à la solde des principaux services secrets étrangers. Trahissant son Roi et son pays au premier courant d’air. Et, dire que certains milieux, en France tout spécialement, le présentent comme la Jeanne d’Arc de la démocratie, lui qui a enlevé et torturé à mort Ben Barka.

N’importe quoi.

Ou, encore, on te rend responsable du centre de détention de Tazmamart, où l’armée réglait ses comptes avec ses félons. A y être, pourquoi ne serais-tu pas responsable d’Abu Ghaïb ou de Guantanamo ? On se le demande…
 
Quand j’entends de "belles âmes" dire que tu serais "responsable de beaucoup de morts et de souffrances" : quel culot ! Ces mêmes "belles âmes" qui, au cœur de la "guerre froide", ont soutenu les ennemis de ton pays, notamment dans la stupide guerre fratricide entre l’Algérie et le Maroc à propos du Sahara anciennement "espagnol", rétrocédé au Maroc.

Guerre cachée, aux enjeux multiples. Luttaient-elles pour dire : non à la guerre, oui à l’apaisement et la concorde, oui aux projets de développement et d’association en commun, dans un Maghreb uni et fraternel ? Non. Elles jetaient de l’huile sur le feu et prenaient parti contre leur pays.
 
Le conflit du Sahara est comme un coin en acier qu’on enfonce dans un chêne pour le faire éclater, en redoublant les coups de masse. Faire éclater toute tentative d’unification, de fédération, d’association, économique d’abord, politique ensuite.

Aveuglées par leur dogmatisme, ces "belles âmes" ont joué le jeu des grandes puissances, européennes en particulier, qui n’admettront jamais la constitution d’un Maghreb Uni
(7). Imaginez : un bloc de pays d’une centaine de millions de personnes, gorgés de richesses complémentaires, bourrés de talents. Face à l’Europe ? Tout, mais pas ça ! 
 
"Beaucoup de morts et de souffrances", je me souviens de ces familles d’ouvriers et cadres dont les pères, maris ou frères avaient été tués et leurs corps enlevés, alors qu’ils dégageaient la route du côté de Tan-Tan, après des tempêtes de sable. Leur raid-surprise effectué, les assassins s’étaient réfugiés de l’autre côté de la frontière.

Je me souviens de ces familles, suppliant qu’on retrouve, au moins, les corps de leurs proches pour les enterrer décemment. Je me souviens, comme si c’était hier, de la cabine du conducteur d’une niveleuse, déchiquetée de balles de mitrailleuse et maculée de sang…
 
"Beaucoup de morts et de souffrances", je me souviens de la tristesse du regard de cette française mariée à un pilote marocain, dont l’avion avait été abattu par une fusée SAM 7. On le savait prisonnier dans le Sahara algérien, mais les conventions de Genève n’étant pas appliquées elle ne pouvait, ni elle, ni ses enfants, entrer en contact avec lui. Des années. Toute une vie sans nouvelles, dans la tristesse et la dignité.
 
Beaucoup ne le savent pas, car on ne voulait pas parler d’une « guerre », mais le pays était en danger. Ce sont ces "belles âmes", leur dogmatisme, leur imposture, leur nullité, leur trahison et leur hypocrisie qui sont "responsables de beaucoup de morts et de souffrances". Pas toi.
 
Excuse-moi, Si Driss, je m’emporte... L’esbroufe, encore et toujours. Comme de la glue… Difficile à endurer…
 
Tu avais tes humeurs, toi aussi. Horripilé, étais-tu, par ces speakerines marocaines, singeant nos cruches télévisuelles françaises, celles qui confondent insolence et intelligence, cliché et culture, fardées jusqu’aux cils en "cantatrices de la lutte contre la tyrannie et la défense des droits de l’Homme" !... 

Elles qui, à longueur d’année, exploitent, sous-payent et maltraitent leurs personnels domestiques. Soutenant au passage les massacres des populations palestiniennes et irakiennes, par leur silence complice. Là, subitement, sans voix…
 
Ou, par ces journalistes français qui ne connaissent du Maroc que la vision qu’ils en ont au travers des vitres teintées des clubs climatisés, exclusivement fréquentés par la communauté française ou francophone...

Tu le savais, mais tu ne le voulais pas : acheter des journalistes, pour se concilier la faveur de leurs commentaires, te révulsait. Ils te l’ont fait payer. Mais, "communiquer" ne t’intéressait pas. Servir ton pays, en "grand commis", te suffisait…
 
Le destin t’a fait quitter notre théâtre de marionnettes. Peu de temps après ton départ pour l’au-delà, se déroulaient les élections législatives au Maroc. Tu en aurais ri. Mais, tu riais déjà : on n’a jamais autant interdit de journaux, fait de procès à la presse et emprisonné de gens, que depuis que tu as quitté tes fonctions ! Mais on va dire, encore, que c’est toi le responsable…
 
Tout d’un coup, le marocain ne s’intéresse plus aux élections. Lui, passionné de politique comme pas deux ! Il s’est abstenu, pour finalement élire en tête un parti déconsidéré depuis des lustres… Alors, des élections, on n’en parle plus. Dans les journaux, à la télévision ou à la radio. Tout simplement. Des élections : c’est quoi ça ?... Quelle farce !
 
On ne t’a rien épargné. Jusqu’à mégoter le renouvellement de ton passeport… Toi, qui as toujours été croyant, on te reprochait d’être devenu pieux dans ton exil. Ou, du moins, d’avoir des images pieuses dans ton appartement...

Jusqu’à te reprocher cet appartement, alors que le PDG le plus incompétent, qui n’a pas exercé le millième de tes responsabilités, quand il se fait virer, chez nous et ailleurs, part avec son parachute doré rempli de millions, même de dizaines de millions d’euros.

On n’a même pas respecté tes dernières volontés qui étaient d’être enterré, au milieu des tiens, dans la Chaouïa. Tu te retrouves dans un cimetière à Rabat.
 
Les minables…
 
De toute façon, poussière nous sommes...
 
Toi, tu n’as pas pillé ton pays. Tu n’as jamais trahi ton pays.
 
Tu es comme cet officier marocain, mort à Bir Anzaran (8), il y a quelques années. Des colonnes venues du Sahara algérien, surgissant de différentes directions, plusieurs centaines de pick-up Toyota armés jusqu’aux rétroviseurs, ont attaqué sa garnison. Ses positions ont été submergées, malgré la résistance héroïque de ses troupes à court de munitions.

Son dernier appel, avant de détruire sa radio et ses codes, a été de demander aux Mirages marocains de bombarder ses propres retranchements. Préférant être enseveli, lui et la poignée de survivants, avec les ennemis de son pays.
 
Tu savais ce qui t’attendait. Les calomnies t’ont submergé. L’ingratitude aussi. Tu es resté debout, tu as fait front, sous les humiliations et les médisances de la nomenklatura et ses relais médiatiques.

Comme Scipion l’Africain, qui avait sauvé Rome des menaces carthaginoises, tu aurais pu faire graver sur ta pierre tombale, en exil :
« Ingrate Patrie, tu n’auras pas mes os ».

Mais, tu es un homme du peuple, et tu sais que la nomenklatura n’est ni le Peuple, ni la Patrie.
 
Ta ville natale te doit beaucoup. Ton pays aussi. Tu l’as servi le mieux que tu as pu. Avec tes enthousiasmes et tes erreurs, tes convictions et tes doutes. Il le sait.
 
Honneur à Toi !
 
Et, Paix à Ton Ame... ».
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(1)  Pour ceux qui ne connaîtraient pas : plage et agglomération, entre Casablanca et Rabat. Rapidement accessibles par l’autoroute Casa-Rabat.
(2)  Né en 1938, à Settat, décédé à Paris le 27 août 2007. Sa carrière s’est déroulée au Ministère de l’Intérieur, dont il gravit tous les échelons. Il occupa le poste de ministre pendant une vingtaine d’années, jusqu’à la mort du Roi Hassan II.
(3)  Roman publié en 1946, censuré en 1949. Republié plus tard. Formidable coup de boutoir contre le racisme, avec pour toile de fond les Etats du sud, aux USA. La discrimination raciale était, à l’époque, une institution protégée et encouragée par la législation américaine. Boris Vian, auteur et artiste exceptionnels, mort prématurément, a écrit plusieurs oeuvres contre le racisme et la guerre, notamment coloniale. Elles ont fait l’objet de censure dans la France "démocratique"…
(4)  Un exemple souvent montré du doigt par les marocains : le Ministère des Affaires Etrangères, du moins tous les hauts postes, squatté par le même clan familial…
(5)  Ville à 80 km de Casablanca, environ, en allant sur Marrakech.
(6)  Magnifique baie de sable fin (j’y ai joué au foot…), protégée du vent, située au nord d’Agadir. Longtemps enjeu féroce entre spéculateurs étrangers et leurs représentants nationaux.
(7) Il existe un ambitieux projet d’union, dit UMA : Union du Maghreb Arabe. Malgré plusieurs tentatives, en particulier du Roi Hassan II, ce projet est pour le moment dans les cartons, du fait de cet interminable conflit. Il devait regrouper le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie et la Libye. Construit progressivement à partir d’un modèle d’union économique, il constituerait une formidable synergie entre économies complémentaires et une force de négociation incontournable. Il est évident que les "grandes puissances" feront tout pour en geler l’émergence…
(8)  Localité du Sahara Marocain, antérieurement "territoire espagnol". Sa rétrocession, par l’Espagne au Maroc, est au coeur du conflit dit du "Sahara occidental". Un des reliquats de la colonisation européenne et de la "guerre froide", entretenant une guerre fratricide pour bloquer tous les projets de destin commun…




 

 

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commentaires

Gerges Stanechy 23/09/2007 14:53

Ce qui est affligeant, aussi, c’est de voir que ces « faux socialistes », du fait qu’ils s’autoproclament « socialistes » sont suivis aveuglément par la « gauche » française. Bien qu’en ce moment et depuis quelques temps, en France, on ne sache plus ce que « gauche » veut dire et recouvre. Les « éléphants » de la gauche française sont, en fin de compte, tout aussi « faux socialistes » que leur contrepartie marocaine… A partir de ce point, dans le cas révélateur de la diabolisation « Basri », on a pu lire à l’identique dans les journaux dit de gauche (je pense à Politis, que j’aime bien pourtant…) les mêmes âneries. Mais du fait qu’ils ont le label « socialiste », d’où qu’ils viennent seront repris, sans esprit critique, les mêmes argumentaires, slogans et clichés de propagande. Ainsi, se multiplie à l’infini la désinformation citoyenne. Tous partis confondus… Triste constat. J’ai encore en mémoire le spectacle affligeant du parti communiste français soutenant à fond la politique hostile de l’Algérie, et la dictature de son appareil militaire, contre le Maroc, en particulier. A partir du moment où l’Algérie se disait république, populaire, socialiste. Et, plus encore. Au lieu d’avoir un discours de paix et d’union à l’égard des pays du Maghreb, de les inciter à la concorde et à l’union, on voyait ce parti soutenir les conflits et attiser les haines ! Il est vrai que l’Algérie, à l’époque, distribuait de généreuses subventions aux partis frères dits de « gauche », en France et ailleurs…

Chahid 22/09/2007 20:07

Basri doit une très grande partie de sa mauvaise réputation au journal en langue arabe Al-Ittihad Al-Ichtiraki du parti autrefois « socialiste » l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP). Basri était pratiquement leur seul fonds de commerce et c’est grâce à son lynchage quotidien qu’ils ont pu acquérir leur fameuse réputation du premier parti opposant du pays. La suite tu l’a connais bien sûr. Ces socialistes ont accédé au pouvoir et ils lèguent aux marocains les conséquences d’une des plus rapaces et désastreuses gouvernances des affaires publiques. Ironie du sort, ces mêmes faux-socialistes et détracteurs de Basri ont essuyé une remarquable et soulageante défaite après seulement dix jours de son décès. Comme si Basri voulait emporter avec lui des décennies de démagogie et d’opportunisme des faux-socialistes en question. N’oublions surtout pas que Basri a toujours été loyal envers son Dieu, sa patrie et son roi, pendant que les cadres dudit parti complotaient à Alger et à Tripoli...

Georges Stanechy 21/09/2007 13:52

Je te comprends, Chahid. Et, tu as raison. C’est l’Histoire, dans son analyse critique, qui évaluera le négatif et le positif de ce personnage dans son contexte et son climat de déstabilisation extérieure permanente (« guerre froide », coups d’Etat, guerre sur les frontières sud, pressions internationales économiques et politiques, etc.).Sans vouloir prononcer d’oraison funèbre (je n’ai pas le talent de Bossuet…), je tenais à rappeler quelques « faits » dont j’ai été, modestement, le témoin. Non pas pour prendre la défense, intuitu personae, de Driss Basri, au-delà de l’aspect compassionnel, mais pour attirer l’attention sur une entreprise de désinformation véhiculée, sans retenue, par des médias français. Autant une analyse peut être remise en cause, autant les « faits » sont irréfutables…  La diabolisation outrancière de Driss Basri que cache-t-elle, en fait ? Car, tout rideau de fumée cache une opération bien précise. Là encore, l’Histoire a du pain sur la planche. Est-ce vouloir dire qu’on n’a pas pu faire ce qu’on voulait avant, à cause du « bouc émissaire » ?  Mais, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, maintenant ? C’est à voir…Pour ma part, j’observe que tous les Etats bordant le sud de la méditerranée (du Maroc à la Turquie) son soumis à des pressions énormes des « grandes puissances » pour entraver leur autodétermination. Aucun Etat n’y échappe. Cela va du soutien à la violence (à l’hyper violence, même) pour rejeter le résultat des urnes (Algérie - Palestine), jusqu’à des manœuvres plus « soft » pour les autres Etats. Avec une graduation du soft au violent qui est variable (Egypte - Tunisie). On l’a constaté aussi lors de l’élection du nouveau Président de la Turquie… En fait, se dégagent deux constantes :1) Imposer les régimes politiques et la composition des parlements « bidons », afin qu’ils restent alignés sur ce que souhaite l’Occident.2) Fractionner et empêcher tout mouvement fédérateur entre ces Etats. L’union faisant la force, il convient de l’empêcher chez les autres… En regard de ces manœuvres géopolitiques, la diabolisation d’un Driss Basri, ou d’un autre, se veut l’arbre qui cache la forêt…

Chahid 20/09/2007 19:39

Driss Bassri! Difficile pour moi de juger l’homme et ses années, je suis très mal placé pour le faire…mais en tant que musulman je refuse la « Chamata », qu’on peut traduire par le manque de compassion et le lynchage de la mémoire d’un défunt. Le proverbe marocain (peut être maghrébin !) « Quand un taureau tombe, les couteaux se multiplient » résume la fin de Driss Bassri et bien d’autres. Après avoir servi comme instrument aux intérêts des grandes familles ou clans, il est jeté à la foule pour les besoins du sacrifice…le rituel éternel du « bouc émissaire ». Le petit peuple adore dévorer ses enfants qui gravissent les échelons ; les grandes familles et leur destinée en or, restent vénérées et intouchables du berceau à la tombe. Après tout, diront certains, Driss Bassri n’était qu’un Aäroubi (campagnard) fils de mokhsani (gardien de paix) ! Nos bourreaux on les aime de grandes familles plutôt ! Les détracteurs de Bassri depuis son limogeage et après sa mort ont longtemps mangé dans ses mains. Mais bon, le scénario est toujours le même et partout dans le monde : l’amitié, la fidélité, la loyauté, la solidarité, la reconnaissance… sont comme un criquet qui se déplace d’un pré à un autre. Une anecdote sur Driss Bassri : un jour il était en train de superviser les préparatifs pour accueillir le roi Hassan II dans ma ville natale (une petite ville montagnarde à 45 km de Fès, et qui a vu naître la première dynastie arabo-musulmane du pays ; la visite du roi est une tradition chez la dynastie alaouite). Dans une des ruelles de la ville, il a surpris le cortège des responsables locaux en remarquant que le couvercle de la bouche d’un égout était endommagé depuis des années et personne ne l’a réparé. A la question comment le saviez-vous ? Il a répondu : « je connais par cœur chaque égout, chaque pavé et chaque ruelle de cette ville sainte » !!! Enfin, pour moi c’est très soulageant de ta part d’écrire et de révéler aux lecteurs : « ces "belles âmes" ont joué le jeu des grandes puissances, européennes en particulier, qui n’admettront jamais la constitution d’un Maghreb Uni. Imaginez : un bloc de pays d’une centaine de millions de personnes, gorgés de richesses complémentaires, bourrés de talents. Face à l’Europe ? Tout, mais pas ça ! »…si j’avais écrit ça sur mon blog, on aurait crié à la paranoïa de la théorie du complot !