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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
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dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 19:25


L’Histoire est écrite par les vainqueurs…

 

La réalité de cet adage, l’Afrique l’éprouve chaque jour.

 

Le film Le Dernier Roi d’Ecosse en est une des récentes illustrations. La représentation d’Idi Amin Dada, dictateur qui a "régné" sur l’Ouganda de 1971 à 1979, dans ses excès, réels, hypertrophiés ou caricaturés, est intéressante à examiner. Mais, les silences et les manœuvres de désinformation le sont tout autant.

On nous présente un clown devenu fou, fou sanguinaire. Le cliché habituel de la propagande coloniale, se donnant, une fois encore, bonne conscience. Sans nous, ces "enfants" sont incapables de gouverner, de s’entendre entre eux et de travailler. Des sauvages corrompus qu’il faut bien se résoudre, malgré nous, à encadrer et à civiliser.

 

Ah ! Porter sur ses épaules le destin du monde…

Certes, il y a eu "crimes". Certes, il y avait de l’histrion chez cet homme. Mais, la réalité humaine et historique est plus complexe… Le film, représentatif de la mentalité de la nomenklatura occidentale, n’échappe pas à cette règle. Dommage, car on passe à côté d’un très grand film.

Il aurait pu être une métaphore sur la colonisation de l’Afrique, après son indépendance de façade, avec les puissants rouages qui entravent son développement.

 

Il aurait pu renouveler l’analyse de l’ambiguïté de la responsabilité, du conflit entre "raison d'Etat" et conscience du devoir ou des obligations morales, subitement engendrés lorsqu’on est investi d’une responsabilité collective. Comme Jean Anouilh l’a fait, avec Thomas Becket.

 

Il aurait pu revisiter la tragédie du pouvoir avec ses mécanismes imbriqués et souvent opposés : ambition, luxe, luxure, trahison, solitude, paranoïa, folie… Amplifiés, quand l’anarchie est aux portes du palais. Comme Shakespeare l’a magistralement représentée dans Richard III ou Macbeth.

 

Il aurait pu… Mais la Fox, dont on connaît les amicales connexions, aurait-elle, en ce cas, accepté de le produire ?...

Premier défaut du film : il s’écarte trop du roman de Giles Foden (1) à l’origine du scénario. Chez Foden, il n’y a pas d’invraisemblances. Il a vécu plusieurs années en Afrique. On n’y trouve que la propagande coloniale. C’est déjà largement suffisant. Sur beaucoup de points, le scénario en déforme même la trame. Le Docteur Garrigan (2)
n’a jamais connu "d’amours torrides" avec une des femmes du dictateur. Inimaginable.

De même, la séance où le docteur est torturé, dans l’aéroport d’Entebbe, n’existe pas dans le livre. Grotesque. Au contraire, dans le roman, il parvient à s’échapper avec le consentement d’Amin Dada, le quittant en bons termes, au moment où le coup d’Etat (3) monté à partir de la Tanzanie, avec des exilés ougandais et des troupes tanzaniennes, est en cours. Ces invraisemblances, ridicules pour qui connaît un tant soit peu l’Afrique, plombent le film.

 

La faiblesse majeure du scénario, est de ne pas prendre en compte la complexité de la prise du pouvoir et le contexte historique. Amin Dada, un fois installé à son poste par les britanniques qui avaient renversé Obote, procède aux liquidations qu’on lui dicte.

 

En pleine "guerre froide", comme sur tous les continents (4), ce fut l’assassinat à grande échelle des militants communistes, ou assimilés comme tels, qui aspiraient à une société indépendante de l’ancienne puissance coloniale, gérant ses ressources naturelles pour le bien de tous. Il le fait consciencieusement, éliminant ainsi toute opposition effective ou potentielle.

Mais, il aspire à autre chose une fois au pouvoir. Comme Thomas Becket, qui veut s’affranchir de son amitié avec le roi Henri II, pour remplir la fonction qu’il lui a confiée. Amin Dada souhaitait s’affranchir de la tutelle, amicale tant qu’il se montrait docile, du colon britannique. Il voulait développer son pays et, avec ses voisins, jouer un rôle actif dans la politique régionale.


Erreur fatale, car le pillage colonial impose l’exportation des ressources locales à l’état brut, sans transformation, sans valeur ajoutée et donc sans industrialisation, sans création d’emplois. Tout doit être importé, avec un endettement maximum. L’étranglement a donc commencé.

 

Etranglement d’autant plus facile que l’Ouganda est un Etat enclavé, dont la relation à l’extérieur passe par le Kenya, essentiellement. Etranglement financier et industriel. En 1976, il ne peut même plus recevoir de pétrole via le Kenya.

Erreur fatale, doublée d’un blasphème : il condamne l’apartheid en Afrique du Sud, soutenu à l’époque par la plupart des pays occidentaux, directement ou en sous-main. En premier lieu, par la Grande Bretagne dont l’oligarchie y possède de gros intérêts.

 

Erreur fatale, doublée d'une hérésie : il noue des relations avec les pays arabes, essayant de trouver de l’argent et du pétrole pour son pays. Et, crime absolu : il sympathise avec les souffrances de la Palestine…

 

N’en rajoutez plus ! Là, c'est l'excommunication ! Il était devenu totalement "insane", comme disent les britanniques !  Fou à lier…

C’est le début de la fin. Tentatives d’assassinats et de coups d’Etat vont se succéder. Avec une campagne de presse, de désinformation et de propagande, allant du "cannibalisme" au "massacre de 300.000 ougandais".

 

Curieux, ce chiffre… C’est le barème, semble-t-il, auquel se conforment les propagandistes pour faire basculer une "opinion internationale", justifiant ainsi les guerres préventives, les interventions "ONUesques" ou "OTANesques", ou encore mieux : les coups d’Etat.  Ce chiffre "magique" présente, il est vrai, l’avantage de faire oublier les millions de morts de la colonisation.

Même si le mégalomane s’y prêtait, par ses coups de gueule ou de sang et un certain nombre de crimes, la plupart de ces accusations sont sans fondement (5). D’autres dictateurs, qui ont fait et qui font pire, ont été et sont toujours protégés par la puissance coloniale, eux ou leurs descendants…

Reste le rôle d’Idi Amin Dada, magnifiquement joué par Forest Whitaker. Recevant une multitude de récompenses (6) pour cette interprétation. Il  sauve ce mauvais film, en transcendant la caricature et la bouffonnerie, par l’humanité qu’il a su insuffler au personnage…

 

 

 

 

 

(1)    The Last King of  Scotland, Faber and Faber, 1998. Il a obtenu de nombreux prix, notamment : Whitbread First Novel Award, Betty Trask Award, Somerset Maugham Award.

(2)    Giles Foden s’est, en fait, inspiré d’un aventurier : Bob Astles. Militaire de formation, il fut, un moment, un des conseillers du dictateur, lié, d’après certains, aux services secrets britanniques. Après la chute du dictateur, il a passé près de sept ans en prison. Revenu à Londres, Amin Dada, de son exil en Arabie Saoudite, continuait à lui téléphoner…

(3)    Coup d’Etat qui va finalement le renverser en 1979 et le contraindre à l’exil. Sous la dictature actuelle du général Museveni, l'armée ougandaise s'est emparée d'une partie des richesses minières de la RDC (Congo-Kinshasa) pour le compte de ses sponsors occidentaux. Mais, la misère est toujours là...

(4)    Du Nicaragua à l’Indonésie, en passant par l’Iran ou l’Irak. Ainsi, lors de sa prise du pouvoir, par un coup d’Etat fomenté avec l’aide des services secrets occidentaux, le premier travail qui fut imposé à Saddam Hussein fut l’assassinat de tous les militants communistes. Le listing comprenait 9.000 noms. Même tactique pour le Shah d’Iran, réinstallé sur son trône après la période Mossadegh.

Cumulé sur tous les pays, ce fut pendant la « guerre froide », des milliers de cadres qui disparurent : médecins, avocats, ingénieurs, techniciens,  commerçants, etc. Rien qu’en Indonésie, la répression aurait fait 500.000 victimes.

Un crime contre l’humanité systématiquement occulté et, surtout, une perte colossale pour les pays en développement et, accessoirement, la démocratie…

(5)    Exemple : le "massacre de l’Université Makarere", lors de la 1° semaine d’août 1976, au cours duquel des femmes auraient été violées (les seins sectionnés à la machette, etc.), tuées en même temps que d’autres étudiants, d’après un article, gore à souhait, publié dans The Observer sous la plume de David Martin.

Dans la postface du livre de David Glen, Amin Dada (Presses de la Cité), Ali H. Mazrui donne les résultats de ses investigations en prouvant que le journaliste n’était pas en Ouganda au moment des "faits", et que, de plus, il n’y a eu aucune tuerie correspondant à ses affirmations.

Pure affabulation, donc, ou désinformation cynique…

(6)    BAFTA (Oscar britannique), Golden Globe, Oscar, parmi les plus importantes récompenses reçues en 2007.

 

 Crédit photo du "vrai" Idi Amin Dada : AP Photos.

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Georges Stanechy 14/11/2007 19:24

  @  Nicolas Bonsoir ! Merci de votre intérêt et de votre question. Le grotesque tient à la "vérité"  et à la "vraisemblance" historiques. Les situations, que vous citez, n’ont tout simplement pas existées. Rajouter ces faits et insister sur eux, travestit la réalité et alourdit le récit (nous sommes dans l’intimité d’un personnage historique) qui se transforme ainsi en film d’horreur, assaisonné de romance à suspens. Trois points sont à considérer :   1. Relations d’Amin Dada avec son conseiller britannique Les relations d’Amin Dada avec son conseiller britannique sont restées, en dépit des conflits personnels passagers, extrêmement cordiales, comme il est mentionné dans les notes du post.  C’est Amin Dada qui l’a aidé à sortir d’Ouganda, pour préserver sa sécurité, au moment où il a compris qu’il allait être renversé. Même éloignés en exil (l’un en Grande Bretagne, l’autre en Libye, puis en Arabie saoudite) ils se sont régulièrement entretenus au téléphone. Pourquoi faire dans l’outrance et la contre-vérité historiques ? Autrement dit, plus familièrement, à quoi bon en rajouter une couche ? Pour faire apparaître le personnage encore plus odieux ?... 2.  Adultère et chef d’Etat Amin Dada était un Chef d’Etat, qui plus est : un dictateur. Comme sous nos contrées tempérées, tous les proches d’un Chef d’Etat, y compris concubines ou maîtresses, font l’objet d’une protection et d’une assistance (chauffeurs, gardes du corps, personnel de maison, etc.). Encore plus vrai, dans l’entourage d’un dictateur. De plus, tous les personnels, gardes et préposés à la sécurité sont issus de son entourage et, même, de son groupe ethnique, réputés vigilants et incorruptibles. Faire croire que cela ait pu se produire et, surtout, durer au vu de tout le monde, ne tient pas la route une seconde. Imaginerait-on un film, où quelqu’un s’aventurerait à entretenir une liaison "adultère" avec une des femmes ou maîtresses d’un Mitterrand ou d’un Sarkozy, lors de leur présidence, par exemple, sans que ceux-ci ne soient immédiatement informés ? Ce serait ridicule. Pourquoi, dans le cas d’Amin Dada, en rajouter ? Pour faire apparaître les africains et Amin Dada comme des veaux stupides, trompés par l’audace du "blanc", irrésistible et rusé ?...  3. Torture et spectacle La scène de la torture se passe à l’aéroport d’Entebbe, où se déroulait alors une prise d’otages extrêmement complexe pour Amin Dada, avec une foule internationale, reporters, caméramans, etc. Dans un bâtiment de dimension réduite. Cette scène, qui se veut complaisamment violente, est le genre de scène ketchup d’un racolage stupide. Par définition, les tortures se font toujours dans des centres cachés, et non pas dans des lieux publics. Si les centres de tortures sont connus (Académie Navale à Buenos Aires sous la dictature des généraux, Guantanamo, etc.), ils sont impossibles d’accès à tout témoin éventuel. Souvent, on en découvre l’existence ou les lieux, grâce aux survivants, lorsqu’il y en a, des années après. Comme les centres de torture du Shah d’Iran (gérés par sa police secrète, la SAVAK), ou de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, par exemple… Amin Dada, en bon dictateur, conseillé par les britanniques qui l’ont forcé à réprimer, et supprimer, tous les opposants réputés "communistes", avant que le torchon ne brûle entre eux, ne dérogeait pas à cette règle d’or. Là encore, il s’agit d’une contre-vérité historique, doublée d’une invraisemblance.   Ces invraisemblances, comme il est souligné dans le post, ne figurent d'ailleurs pas dans le livre, à l’origine du scénario. Bien à vous.

nicolas 14/11/2007 17:55

Bonjour,Je ne connais pas bien l`Afrique. Mais je suis etonne de l`assurance avec laquelle sont declarees grotesques les idees de la torture finale ou de l`adultere commis par la femme d`Amin avec le medecin. En quoi est ce si invraisemblable ?Cordialement.

Geoges Stanechy 12/09/2007 16:39

@  O.C. et Chahid,Espérons, que des cinéastes africains prennent rapidement en mains leur histoire, dans une oeuvre cinématographique exprimant leur talent et même leur subjectivité...Mais, il va falloir, pour cela, attendre qu'ils gagnent leur véritable indépendance. Le chemin est encore long !...

Chahid 11/09/2007 22:30

Au fait, je n’avais pas lu ce post ! Le film est terriblement dégoûtant (pourquoi la scène de la femme découpée ?). Le réalisateur, à vouloir dégoûter un public cible pour les raisons que tu évoques, finit par dégoûter tout le monde. La fin du film est grotesque…après avoir travaillé le spectateur et l’avoir convaincu que ledit dictateur est un « monstre », il les invite à découvrir ses « amis », les palestiniens preneurs d’otages ! Une pierre deux coups ! Avec Borat c’est pire encore !

O.C. 10/09/2007 12:06

Un autre regard sur ce film, ici :http://acide-critique.over-blog.com/article-5682873.htmlMAis il me semble que nos conclusions convergent: c'est un film de dédouanement des vrais responsables, les colonisateurs.Cordialement!