Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
chante la lutte des Peuples
contre la Prédation
 
 

Horizon...


Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 15:00

 

 

 

“La colonisation de la Nouvelle-Calédonie fut l’une des pires qu’il y eut au monde.”    

Rosselène Dousset Leenhardt - Ethnologue (1)

 

 

Notre président vient de passer près de trois jours en Nouvelle-Calédonie. Ouvrant officiellement, le samedi 27 août 2011 à Nouméa, les XIVe Jeux du Pacifique qui se termineront le 10 septembre prochain.

 

Jeux réunissant 22 Etats de la région, essentiellement d’autres îles et archipels. En dépit des bouderies de certains poids-lourds, en termes économiques et politiques, comme Hawaï, ou encore l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le paradoxe étant de voir Nouméa accueillir des Etats indépendants tout en conservant son statut colonial…

 

Drapeau-Kanak---.jpg

 Spoliation, violence et génocide culturel 

 

Notre Grand Timonier venait aussi prendre la mesure de la situation, dans ce qui représente une de nos principales colonies dans l’hémisphère sud. Survivances de notre défunt empire. Récemment se sont encore produits des évènements violents, entraînant la mort de plusieurs personnes. Revendications, tensions, agitations, y sont en permanence explosives. Malgré les lénifiantes déclarations officielles, pieusement retranscrites par les médias de la propagande. Dans le genre (Agence de Presse Reuters) :

“Visite consensuelle de Nicolas Sarkozy en Nouvelle-Calédonie”

 

Car, les révoltes n’ont jamais cessé au cœur de cette nation, magnifique de courage : la Nouvelle-Calédonie, la Kanaky, son nom historique, ancestral, authentique. Tout au long de l’exploitation coloniale française d’une rare sauvagerie, y compris jusqu’à nos jours. D’autant plus implacable et sadique que l’éloignement de la métropole est la garantie de l’étouffement de l’information, dans une complicité médiatique totale (jusqu’aux moteurs de recherche du web qui occultent sites et blogs “indépendantistes”…). Dans l’impunité. On ne pourrait inventorier toutes les violences racistes et parodies de justice l’accablant, depuis que la France s’en est militairement emparé.

 

Kanaky : morceau de paradis, tombé du Ciel, où l’enfer colonial s’est imposé, incrusté, dans la Bonne Conscience des colons prédateurs …

 

Un archipel du bout du monde, dans un immense océan, à près de 17.000 kms de la métropole, uniquement peuplé de Mélanésiens, les Kanaks, lors de sa découverte par une expédition de l’explorateur britannique Cook, le 4 septembre 1774. Annexé par la France, sous le vocable “colonie”, 79 ans plus tard : le 24 septembre 1853. Colonie exploitée dans une oppression dont on éprouve de la peine à imaginer, à croire, le niveau d’incroyables souffrances et humiliations infligées aux Kanaks.

 

Colonie de “peuplement” où la France a envoyé des bagnards, des exilés politiques suite à la répression de la Commune. Puis, de la main-d’œuvre "importée" d’Indonésie, du Vietnam les “chan dang”, des îles polynésiennes de Wallis, et, bien sûr, des “cadres” et autres métropolitains installés à prix d’or. L’essentiel étant de noyer les Kanaks dans un afflux de populations, étrangères à leur terre ancestrale. Pour les réduire à une “minorité”, exclue de l’avenir de son pays.

 

Dans la spoliation, analogue à celle des “Peaux-Rouges” en Amérique du nord, Amérindiens en Amérique “latine”, Maoris en Nouvelle-Zélande, Aborigènes en Australie. Avec une férocité telle, que même l’Eglise et ses représentants les pères maristes, pourtant fervents de la colonisation, en étaient effrayés :

“… chassés de leurs terres, de leurs villages, de leurs vallées, qu’ils ne cèderaient jamais à prix d’argent, il ne faut pas en douter. Tout en cédant à l’autorité et au mouvement qui les forcent à s’exécuter…” (2).

“… Dans le centre de l'île où de larges territoires ont changé de mains, les mélanésiens sont exsangues. Déportations et cantonnements ont dépeuplé le pays, rompu les réseaux, cassé les dynamiques sociales, brisé les groupes coupés de leur environnement familier.

Ponctuant une succession de révoltes menées un peu partout dans l’île entre 1856 et 1869 et toujours réprimées ou soldées par des dépossessions de terres, l’échec de la grande insurrection généralise, parmi les Kanaks, un découragement suicidaire.” (3)

 

Ces atrocités s’accompagnent de l’enrichissement d’une oligarchie locale, en cheville avec les responsables de l’administration et de l’armée :
“… une bourgeoisie d’affaires, même réduite à une poignée de collectionneurs de commerces, de professions libérales, de mines et de stations d’élevage, à travers un processus de captation et d’accumulation de biens auquel la spécificité pionnière confère une rapidité extrême ”. (4)

 

"Rapidité extrême" ?... En clair : “fabuleuse”. C’est ainsi qu’un colon, Gratien Brun, en 1880 :

“… possède plusieurs stations [fermes d’élevage, NdA] couvrant ensemble 24.000 hectares et contenant 20.000 têtes de bétail.” (5)

 

Kanaks, taillables et corvéables à merci. Avec interdiction de pratiquer leurs langues, une vingtaine dans l’archipel, sous peine d’amendes, de brimades, de sévices…

 

Dans le mépris raciste absolu (6). 

 

 

Du nickel plein les poches 

 

En France, très peu d’informations, encore moins de recherches, de témoignages, de publications, sur ce pan de nos forfaits coloniaux en Kanaky. Il faut, souvent, recourir à des travaux d’universités australiennes ou néo-zélandaises pour avoir des documents, des analyses. Seul le folklore Kanak est, à présent, célébré par l’administration coloniale… Hors folklore : silence !

 

Des européens courageux ont essayé de dénoncer, d’entraver, pareils comportements. Ils ont tous été la cible d’attaques et de menaces des milieux colonialistes.

 

Parmi les plus déterminés, citons le missionnaire protestant Maurice Leenhardt (7), ainsi qu’un de ses élèves, Jean Guiart. Ils n’ont cessé de critiquer l’administration, les milieux colons et l’idée même du colonialisme. Unanimement respectés par le peuple Kanak et dans le Pacifique. Luttant aux côtés des Kanaks, dont l’interdiction de se déplacer librement dans leur propre pays n’a été levée qu’en 1946 …

 

Deux témoignages :

 

Le premier, antérieur au soulèvement des années 1980, de Rock Pidjot, une des grandes figures de l’indépendance Kanak :
“… C’est un pays où les autochtones, qui représentent la moitié de la population, sont les seuls à ne pas être propriétaires des terres sur lesquelles ils vivent mais où trois gros propriétaires fonciers possèdent le tiers des terres données en concession lors de la colonisation française (90.000 hectares sur 280.000)…
La Nouvelle-Calédonie attend toujours sa décolonisation. Tous les autres pays du Pacifique sont devenus indépendants ou autonomes : Fidji, Samoa, Tonga, Nauru, Nouvelle Guinée. Il n’y a plus que la France qui conserve, sous de nouvelles dénominations, de véritables colonies…” (8)

 

Le second, de Marc Coulon :
“… Le 9 mai 1985… des commandos armés, menés par Henri Morini, chef du service d’ordre du RPCR [ancienne émanation de l’UMP local, NdA], ont attaqué un paisible meeting Kanak à Nouméa. Cela n’a pas suffi. Une chasse aux Kanaks s’est amplifiée démesurément, pendant des heures, dans plusieurs quartiers de la ville ; la droite déclenchait la guerre ethnique ou plutôt raciste. L’apartheid ne suffisait pas, il leur faut massacrer…
Les razzias des garde-mobiles [gendarmerie, NdA] dans les tribus (offensives à la grenade, attaques des femmes et des enfants, saccages des cases, destructions des matériels et mobiliers, passage à tabac…) ; les arrestations nombreuses et durables des militants politiques et leur séquestration dans des conditions sans rapport avec aucun discours sur les droits de l’homme, l’espionnage public et privé permanent des activités des leaders… ” (9)

 
La “gendarmerie”, considérée comme une armée d’occupation, une milice coloniale au service d’intérêts privés, et non pas d’un Etat républicain, démocratique. Honnie, méprisée, vomie, par le peuple Kanak…

 

Evidemment, cette féroce répression n’a pas pour finalité la préservation de milliers d’hectares ou la production de tonnes de viande pour le bénéfice d’une poignée  de colons racistes. Mais, l’appropriation, la spoliation d’une colossale richesse à l’échelle de la planète.

 

Car, la Kanaky est fabuleusement riche : elle détient, au minimum, le quart des réserves mondiales de Nickel, non comprises celles qui se trouveraient offshore...

 

Ressource naturelle exploitée dès 1880 par une société constituée à cet effet, Le Nickel, propriété de la famille Rothschild qui en fit à la fin des années soixante la maison-mère de l’ensemble de ses sociétés minières, la locomotive de son pôle minier… (10) Après une multitude de tribulations boursières et juridiques, inévitables changements d’actionnaires et restructurations, cette richesse est actuellement exploitée par le groupe français “Eramet”. Dont le siège se trouve, non pas en Nouvelle-Calédonie, mais dans la Tour Montparnasse, à Paris. (11)

 

Ce groupe, organisé en plusieurs filiales, revendique ainsi les titres de 6ème producteur mondial de nickel, et 2ème producteur mondial de ferronickel, alliage utilisé dans l'élaboration des aciers inoxydables, et 1er producteur mondial de chlorure de nickel. Le marché des “aciers inoxydables et alliages” représentant 85% de son chiffre d’affaires, en 2010. (12)

 

Le monde étant petit, il n’est pas inintéressant de noter qu’Eramet dans ses actions de diversification a conclu des accords de partenariat avec le groupe Bolloré qui a affiché ses ambitions dans la construction de la voiture électrique. En février 2009, pour : « … l’extraction et la transformation de lithium pour la fabrication de batteries électriques rechargeables pour l’automobile ». En février 2010, pour : « … l'exploration assortie d'une option d'achat portant sur des gisements de lithium avec la société argentine Minera Santa Rita ». (13)

 

Les opérations d’extraction du minerai (garniérites) en Nouvelle-Calédonie, avec 5 centres miniers situés dans le Nord et le Sud de l'Ile, s’effectuent sous couvert d’une filiale qui a pour nom Le Nickel-SLN. Avec une usine de transformation du minerai en ferronickel dans l’usine métallurgique de Doniambo, à proximité de Nouméa (80%). Le reste (20 %) est transformé en France, à la raffinerie de Sandouville, sous forme d’une matte de nickel.

 

Curieuse configuration que l’actionnariat d’Eramet, suite à une rocambolesque jonglerie qui fait le charme subtil du Libéralisme Economique : aux côtés d’actionnaires et “porteurs” d’actions privés, l’Etat français se réserve 27,37 % des actions (dont Areva 26%), la part de la Nouvelle–Calédonie ou Kanaky [les 3 provinces regroupées dans une STCPI] se trouvant réduite à 4,16 %. (14) Autrement dit, la nation Kanak dont le nickel est à la source de la fortune de ce qui est devenu au fil du temps le groupe Eramet, avec ses cascades d’actionnaires et de filiales, doit se satisfaire d’un bol de pois-chiches… 

 

 

Apartheid et révoltes 

 

La nation Kanak, spoliée de ses terres et ressources naturelles, niée dans son droit à l’autodétermination, marginalisée dans sa représentation aux postes de responsabilité (administration, enseignement, professions libérales, directions d’entreprises, etc.), maintenue dans la pauvreté, la précarité, l’humiliation, refuse de se voir folklorisée dans des “réserves” ou des parcs nationaux pour touristes, de voir sa jeunesse sombrer dans le chômage, l’alcoolisme, la drogue, la délinquance.

 

Autorisant la puissance coloniale à toutes les répressions et les justifications racistes. La population carcérale est actuellement de 200%, le gouvernement français planifiant, dans sa stratégie visionnaire, la construction de nouveaux centres pénitentiaires et une augmentation des effectifs de police…

 

Alors, la révolte ne cesse pas et jamais ne cessera face à ce qui est, dans les faits, un abject apartheid destiné à maintenir la suprématie des colons européens.


Un évènement a marqué l’histoire récente, déformé, caricaturé et enseveli par les médias de la désinformation :

 
Le 5 mai 1988, des troupes spéciales françaises (15) donnent l’assaut à une grotte, dans l’île d’Ouvéa (16), où s’étaient retranchés des indépendantistes Kanaks, avec des gendarmes pris en otages. Point culminant de troubles qui avaient mené le pays au bord d’une guerre civile entre des colons, avec leurs auxiliaires, et des résistants d’origine Kanak. (17)

 
Les otages sont libérés. Mais les 19 indépendantistes sont tués, plusieurs “… après la prise de la grotte dans des circonstances déshonorantes pour l’armée française (18)”. Michel Rocard, dans une déclaration, dénonce l’assassinat de deux indépendantistes blessés :

“… J’ai honte aussi quand deux militaires ont achevé à coups de crosse deux preneurs d’otage à Ouvéa.”

 
D’après des témoins, beaucoup plus : sommairement exécutés, ou achevés pour les blessés. Dont Alphonse Dianou, qu’on retrouvera le visage défoncé et les pansements arrachés.

 
Le 26 juin 1988, sont signés les accords de Matignon, mettant un terme provisoire aux déchirements que vit cette colonie. Accord signé grâce à l’influence modératrice du leader indépendantiste, Jean-Marie Tjibaou (19). Un référendum d’autodétermination est prévu “à partir de 2014”… Ce qui, en fait, ne veut rien dire. 

 

JMTjibaouMéconnu en France, où la propagande coloniale censure dans ses médias le discours et la présence d’une telle personnalité, il est considéré dans la région du Pacifique (20), comme une immense figure historique. Par son intelligence, sa sagesse, sa détermination, dans la grande lignée des Gandhi ou des Martin Luther King. De ceux qui ont su redonner la dignité à leur peuple et exiger le respect de leur identité, dans l’humanité à l’égard des autres.

 
Evidemment… Un an plus tard Jean-Marie Tjibaou est assassiné, avec son adjoint à la direction du parti indépendantiste FLNKS, Yeiwéné. Il s’y attendait.

 

Plusieurs de ses lieutenants avaient été tués par des snipers de la gendarmerie, Eloi Machoro (21) et Marcel Nannoro, pour ne citer que les plus connus. Deux de ses frères avaient été assassinés, en 1984, avec huit autres Kanaks, dans une embuscade tendue par des colons. Brûlés vifs, encore blessés, dans leurs voitures, criblées de balles. Le tristement célèbre, dans la région Pacifique, massacre d’Hienghène. En dialecte local, Hienghène : “Pleurer en marchant”

 

Tous les assassins ont été acquittés pour “légitime défense”, à la suite d’un simulacre de procès, en 1987, analogue à ceux de l’Alabama, de l’Arkansas ou d’autres Etats racistes des USA, du temps de la ségrégation raciale. Tous les membres du Jury étaient des colons, les sinistres “caldoches”, qui ne dépareraient pas dans une assemblée du Ku-Klux-Klan. Il n’y a pas de juge ou d’avocat Kanaks, en Kanaky…

 

Son pressentiment s’est réalisé le 4 mai 1989. Une balle en pleine tête, tirée par un Kanak, à bout portant, lors d’une commémoration du massacre d’Ouvéa. Comme souvent dans ce genre d’opérations, l’assassin est immédiatement abattu, sans sommation, par un policier présent. Pas d’enquête, pas de procès. Affaire classée...

 
Le référendum est ainsi repoussé en 2018, par les Accords de Nouméa du 4 mai 1998. Le temps, pour la puissance coloniale, de s’assurer une majorité contre l’indépendance, par un basculement démographique. Schéma classique, que les USA ont pratiqué dans l’archipel d’Hawaii.

 
Certains hommes politiques français ont le courage d’avoir honte. Ils sont très rares. Combien ont souscrit aux propos de Michel Rocard ? Il avait découvert, il est vrai, le “Dossier Néo-Calédonien” dans tous ses “détails”, en tant que premier ministre lors de la présidence Mitterrand. Choqué, atterré, il s’était démarqué du cynisme colonial par cette volonté de contrition :
“… La France a fait des choses dont j’ai honte. Quand l’armée chassait les tribus de la mer [surnom des Mélanésiens, NdA] à coups de fusil pour faire place aux colons. le grand-père de Jean-Marie Tjibaou a couru comme ça en portant un enfant de quatre ans. A côté de lui, un proche est tombé d’une balle dans le dos…”

 
Mais, la honte ne change pas grand-chose… L’exploitation, la répression continuent, se perpétuent, dans l’autosatisfaction et l’hypocrisie. Au mépris des principes élémentaires d’une république dite démocratique et civilisée….

 
Parmi les infamies les plus marquantes de ces dernières années : le 16 janvier 2008. Une manifestation pacifique de militants syndicaux de l’USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et des Exploités), salariés de l’entreprise de transport en commun Carsud, en conflit avec leur direction (groupe Veolia), est réprimée, avec une violence féroce, par la gendarmerie mobile. (22)

 

On dénombre 20 blessés, dont cinq grièvement. A cela, s’ajoute arrestations et emprisonnements préventifs, en attente d’un jugement par le tribunal correctionnel de Nouméa. Le 21 avril 2008, ce tribunal rend son jugement : 23 de ces syndicalistes sont condamnés à des peines de prison ferme, allant de 1 mois à 1 an, associées à une privation des droits civiques pendant 3 ans pour les responsable syndicaux…

 
Dernièrement : le 8 août 2011. Oui, le mois dernier. Gravissime évènement, totalement étouffé dans nos médias, dans le mensonge. L’île de Mare (Nengone en Kanak), à une demie heure de vol de Nouméa, 4 morts et 30 blessés dans un conflit avec la société de transport aérien desservant l’archipel, Aircal (Air Calédonie). Devant une augmentation des tarifs inacceptable pour les insulaires, un collectif des usagers et des travailleurs des îles de Nengone (Mare), Drehu, Iaai, et Kunie, occupe pacifiquement piste et aéroport de l'île.

 

Une milice patronale, coloniale pour être sociologiquement plus précis, comme il y en a tant en Kanaky, surgit, attaque, mitraille, pour tuer et terroriser. Orgie sanguinaire, d’une implacable cruauté. S’évanouissant dans la nature et provoquant l’envoi aéroporté des forces de l’ordre. En Kanaky, on ne discute pas : on tire dans le tas… Inévitablement, parfaitement rodée, la propagande prend le relais pour désinformer : guerre tribale, règlement de comptes clanique, etc. (23)

 

Sous-entendu : « Que voulez-vous chez ces sauvages… Ils se complaisent dans le sous-développement… Passant leur temps à se battre entre eux… Heureusement que nous sommes là… »

 

Ne noyons pas notre tête dans le sable : un massacre organisé de 4 tués et 30 blessés dans une petite île, est l’équivalent de 4.000 tués et 30.000 blessés à la dimension d’un pays. Un crime contre l’humanité. Les responsables, commanditaires, qui organisent, cautionnent, couvrent, l’action de ces milices ou escadrons de la mort, similaires à ceux qui sévissent en Colombie et autres pays d’Amérique latine, méritent le Tribunal de La Haye.

 

Kanaky : symbole du pillage colonial, de la sauvagerie prédatrice, de la terreur raciste, de l’impunité criminelle.

 

En visite au Québec, à Montréal en 1967, le général de Gaulle avait eu le courage, l’audace, de crier devant micros et caméras : « Vive le Québec Libre ! ». A Nouméa en vain, j’ai attendu, espéré, rêvé, un même élan chevaleresque, Don Quichotesque. Sarkozy, bras levés, pin de l’OTAN à la boutonnière, épingle à cravate siglée ONU, charismatique de panache, christique de grandeur d’âme, rugir face à la foule :

« Vive la Libye Kanaky Libre ! »…

 

 

 

 


 

 

(1) In Le Dossier Calédonien, Jean-Paul Besset, Cahiers Libres, La Découverte, 1988, p. 75.

(2)  Deckker, Paul & al., ouvrage collectif, Le Peuplement du Pacifique et de la Nouvelle-Calédonie au XIX° siècle – Condamnés, colons, convicts, chan dang, Actes du Colloque Universitaire International, publiés sous la direction de Paul de Deckker, Editions l’Harmattan, 1994, p. 318.
(3)  Soussol, Alain, Université de Montpellier, in Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 362.
(4)  In Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 363.
(5)  In Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 365.
(6)  Guiart, Jean, La Terre est le sang des Morts – La Confrontation entre Blancs et Noirs dans le pacifique sud français, Editions Anthropos, 1983.

(7)  Clifford, James, Maurice Leenhardt – Personne et Mythe en Nouvelle-Calédonie, Editions Jean-Michel Place, 1987.
(8)  Rollat Alain, Tjibaou le Kanak, (Op. Cit.), p. 149.
(9)  Coulon, Marc, L’Irruption Kanak – de Calédonie à Kanaky, Messidor Editions Sociales, 1985 p. 219.

(10)  Cf. : Histoire et évolution de la société sur le site officiel : http://www.eramet.fr/fr/Site/Template/T1.aspx?SELECTID=47&ID=54

(11)  ERAMET  Nickel - Tour Maine Montparnasse - 33, avenue du Maine - 75755 PARIS - Cedex 15 – Tel. : 33 1 45 38 42 00 - 33 1 45 38 73 48

(12)  Cf. : Nos activités – Nickel : Chiffres clés – Chiffre d’affaires par marché en 2010 : http://www.eramet.fr/fr/PRODUCTION_GALLERY_CONTENT/DOCUMENTS/Nickel_In_Society_FR.pdf & Rapport Annuel 2010 (téléchargeable), notamment p. 3.

(13)  Nos activités, Op. & site Cit.

(14)  STCPI : Société Territoriale Calédonienne de Participation Industrielle

(15)  Plenel, Edwy et Rollat, Alain, Mourir à Ouvéa – Le Tournant Calédonien, La Découverte, 1988.

(16)  Picard, Gilles, L’affaire d’Ouvéa, Editions du Rocher, 1988.

Exemple emblématique de l’ouvrage de désinformation et de propagande, destiné à discréditer l’aspiration à l’indépendance d’un peuple. La presse de l’époque reprenait, dans sa majorité, les mêmes clichés pour anesthésier l’opinion publique métropolitaine. Avec, face à des “barbares”, “l’élite de l’élite de l’armée” représentant la défense de la civilisation, sans craindre boursouflure et ridicule :

 “… les muscles des maxillaires se sont contractés…” (p. 94).
(17)  Face à la censure du débat, en France, sur la situation coloniale en Nouvelle-Calédonie, saluons le courage de Mathieu Kassovitz pour avoir réalisé un film sur l’affaire d’Ouvéa. Dans les pires difficultés. Notamment : refus de l’armée et de l’administration de collaborer. Sortie prévue : le 16 novembre 2011. Le titre du film est en soi tout un programme : « L’Ordre et la Morale ».

(18)  Spencer, Michael & al., Nouvelle-Calédonie – Essai sur le Nationalisme et la Dépendance, Editions L’Harmattan, 1987. p. 299.

(19)  Rollat, Alain, Tjibaou le Kanak, Editions La Manufacture, 1989.

(20)  Cf. Michael Spencer (Op. Cit.).

Le rôle et l’influence de Jean-Marie Tjibaou, en Kanaky et dans le Pacifique, systématiquement occultés par la propagande française (il n’est même pas cité dans l’article français de Wikipedia sur la Nouvelle-Calédonie !…), sont unanimement reconnus chez les chercheurs et responsables de la région Pacifique, notamment anglo-saxons, y compris en Australie et en Nouvelle-Zélande…
(21)  La stèle, commémorant ce crime d’Etat, porte comme mention :

Eloi Machoro, combattant de la liberté, victime de l’ordre colonial d’Etat français, assassiné le 12 janvier 1985 ”.

(22)  Le groupe Veolia, une fois de plus, fait étalage de son constant souci éthique dans le respect des droits de l’homme et de la dignité humaine… 

(23)  Cf. : communiqué de l’UGTG sur cette tuerie coloniale : Guadeloupe-Kanaky même combat, http://ugtg.org/article_1557.html & http://www.internationalistes13.org/article-guadeloupe-kanaky-meme-combat-communique-de-l-ugtg-81091710.html 

 

 

Illustrations :

Drapeau de la nation Kanak

Photo de Jean-Marie Tjibaou

 

NdA : Note de l’Auteur du billet

N.B. Ce texte est l’actualisation d’un billet paru le 29 mai 2008, intitulé Kanaky : Colonie de l’Oubli

 

 

 

 


Partager cet article

commentaires

Georges Stanechy 09/10/2011 14:29



 


Bonjour Rémi


 


Appréciant la pondération et la finesse de vos commentaires, comment pourrais-je vous considérer comme un « sinophobe » ou un
« crypto-trucmuche » ?...


 


Il ne s’agissait que d’un échange plaisant entre ironiques ou ludiques « vos amis » !…


 


Doublé, de ma part, d’une invitation à élargir le débat qui, partant des cocotiers de Kanaky pour se retrouver sur le plateau du Tibet, en
oublie peut-être d’aborder des réalités d’une violence extrême dans la spoliation coloniale et le racisme… Tout spécialement et urgemment : en Palestine.


 


Mais, visiblement cela ne semble pas vous intéresser. Préférant « chinoiser » (je plaisante !).


 


Pour le reste vous faites allusion à un court texte (Tibet : Géopolitique de la Paille et de la
Poutre) dans lequel je rapporte les propos d’interlocuteurs Chinois au cours d'un dîner. Il ne s’agit donc pas d’une analyse personnelle. S’il n’est pas fait allusion de leur part au rôle
colonial de la Grande-Bretagne au Tibet, c’est qu’autour de la table il y avait un Malaisien marié à une britannique.


 


Par courtoisie, ils se sont limités à rappeler le jeu de la prétendue théocratie tibétaine servant de paravent à une petite et richissime
oligarchie locale, et à des considérations générales sur l’idéologie coloniale et prédatrice de l’Occident. Sans désigner un pays occidental en particulier.


 


Vous connaissez suffisamment les Chinois pour avoir présent à l’esprit leur extrême politesse. Leur "règle d’or" étant de jamais faire
« perdre la face » à leur vis-à-vis. A l’opposé du comportement de nos présidents, premiers ministres et diplomates se complaisant, sur fond de mépris et d’arrogance, dans les moulinets
menaçants et les rodomontades…


 


Bien à vous


 






Rémi 05/10/2011 21:55



Georges,

Permettez-moi de ne pas être d'accord avec vous lorsque vous écrivez qu'"il s’agit d’une référence par les Chinois au terrible maintien dans le sous-développement, antérieurement programmé et
exercé par l’appareil colonial occidental représenté par la Grande-Bretagne pour ce cas précis, dans une province de “leur pays” et, donc, infligé à une partie de "leurs concitoyens"."

Dans votre article "Géopolitique...", la seule explication que vous rapportez est que "Nous avons sorti cette province, de la misère où l’avait plongé la théocratie d’un clergé bouddhiste dévoyé.
Bouddha, c’est le spirituel pas le temporel : à l’opposé d’une religion d’Etat. Des siècles de misère, d’ignorance et de fatalisme."

1) Les Chinois dont vous rapportez les propos font seulement référence à la responsabilité du clergé tibétain. La main-mise des Britanniques n'est absoluement pas évoquée.
 
2) Le Tibet a subi durant "des siècles" la nocivité du clergé, ce qui ne correspond pas avec votre explication qui consiste à attribuer le sous-développement du Tibet au clergé bouddiste soumis
aux intérets britanniques, dont le jeu dans la région débute à la fin du XIXème siècle (cf "Laissée ainsi en déshérence aux mains d’une petite oligarchie féodale et corrompue" dans le §
commençant par "La province du Tibet lui avait été arrachée par les britanniques.." de votre réponse du 21/9)

Et pour finir, si je suis permis d'écrire "vos amis chinois", c'est parce que vous écrivez "De sacrés bons vivants, nos amis Chinois". Je ne comprends pas en revanche pourquoi vous parlez de "mes
amis sionistes". Je n'ose imaginer que vous placiez tout contradicteur dans la case "crypto-sioniste", je vous saurai donc gré de bien vouloir éclairer ma lanterne.



Georges Stanechy 30/09/2011 16:58



 


 


Bonsoir Lidia


 


Comme mentionné dans la page d’accueil, ce blog n’est qu’un espace d’échanges, de remises en cause, de débats, pas forcément consensuels,
parfois contradictoirement acharnés ou polémiques. Si possible, argumentés, constructifs. En aucune façon, un lieu de diffamations.


 


Ce texte sur la Kanaky a provoqué un afflux de “trolls” (impossible de les qualifier de “commentaires”) sous forme de propos injurieux,
racistes, empreints du pire fanatisme colonialiste, à l’égard de la Nation Kanak, de son Histoire, de sa Culture et, sans plonger dans le pathos, de sa Souffrance.


 


Ils ont tous été jetés dans la corbeille.


 


Ceux qui ne sont pas contents, passent leur chemin et achètent Le Figaro, l’Express ou le Point, et autres feuilles d’artichauts. Ils y
trouveront de quoi assouvir leurs fantasmes d’appartenance à La Race Supérieure…


 


Votre hystérie calomnieuse à mon encontre, loin de me déranger, me conforte dans la conviction que la mentalité raciste et coloniale est une
pathologie intellectuelle, une lèpre obscurantiste, rongeant l’inconscient collectif de nos pays occidentaux, et plus particulièrement de mon pays : la France.


 


Je ne l’accepte pas.


 


Chacun, ses choix…


 


Bien à vous


 


 



Lidia Wadja 30/09/2011 04:10





Alors, cher Monsieur, on se déballonne ? pas le cran de publier les preuves de votre imposture ?


Comment se fait-il que je ne sois pas surprise ?


Voici donc comment vous laissez croire à vos fans naïfs que vous avez raison et que vous avez cloué le bec à vos détracteurs : trop facile, c'est votre blog, il vous suffit de ne pas publier
les commentaires que vous ne pouvez contrer ! 


En plus de travestir la vérité dans vos articles, vous êtes donc un lâche. Pas joli-joli, tout ça ... 


Quant à l'honnêteté intellectuelle, ce n'est décidément pas votre tasse de thé.
Pas grave, si je ne vois rien apparaître ici dans les prochains jours, je vais aller répondre à vos propos
sur les sites qui ont repris votre article : au moins, vous ne pourrez pas les empêcher de publier.




P.S. : Si par extraordinaire il s'avérait que votre retard à publier était dû à ces causes indépendantes de
votre volonté, je vous présenterais volontiers de plates excuses concernant ce billet.



Georges Stanechy 24/09/2011 15:00



 


 


 


Bonsoir Lidia


 


« … Vous êtes un impressionnant monument de mauvaise foi. Vraiment hors catégorie ! ».


 


Vous me flattez.


 


Trop, même. Mon narcissisme en devient stratosphérique à l’idée de figurer sur la liste des prochaines “Journées du Patrimoine”, dans
les “monuments” à visiter…


 


Mieux : vous me comblez !


 


Votre commentaire, votre diatribe plus exactement, sont l’illustration emblématique du “négationnisme colonial” dont les lecteurs,
observateurs, chercheurs, témoins, soucieux de la Défense de la Dignité Humaine doivent prendre la mesure, tant ce cancer qui ronge nos consciences occidentales fait des ravages.


 


J’en retiens trois symptômes parmi les plus flagrants, classiques quels que soient pays et continents :


 


1. Celui qui conteste l’ordre établi ne peut être
que de mauvaise foi. Alors, comme les tyrans de Syracuse, on coupe la tête du porteur de mauvaise nouvelle ou de celui qui tente de rapporter la réalité telle qu’elle est, et non pas telle
qu’elle fantasmée.


Réduire au silence le messager c'est vouloir supprimer le message. Réaction primaire, signe d’une profonde régression intellectuelle. Car,
fermée à toute écoute, discussion, remise en cause.


Tranchez-moi la tête, ou à la rigueur la langue, disqualifiez-moi sous toutes les coutures. Nier l’océan des faits, tourner le dos aux
multiples témoignages, vous ne pourrez rien contre l’Histoire, contre la réalité :


« La colonisation française, en Kanaky (colonialement surnommée : Nouvelle-Calédonie) tout particulièrement, est une
abjection ».


 


2. Les colons, leurs commanditaires, ne peuvent
vivre et légitimer leurs spoliations, leurs violences, que dans le racisme et l’apartheid. A rebours, cette fois, et hautement révélateur de l’inconscient collectif colonial : ne concevant
une « indépendance » de leurs possessions, et la suppression de leurs privilèges, que dans "l’exclusion".


Incapables d’imaginer une intégration des communautés non autochtones, non Kanaks références de notre échange ici, dans un pays indépendant de
la puissance colonisatrice dont ils sont issus, où dont ils ont adopté le formatage dans l’aliénation culturelle, intellectuelle et économique. D’où leur argument inusable :


« Ils veulent nous jeter à la mer »…


 


3. La mégalomanie parfaitement assumée de
« la race supérieure », l’archétype du :


« sans nous, ces sauvages vont crever ».


Tellement ridicule comme argumentation, tellement ancrée dans l’inconscient collectif des colonisateurs, qu’il est inutile de vouloir les
convaincre du contraire. Leur vie, leur personnalité, sont structurées par ce credo. Préférant se mentir à eux-mêmes, pour mieux
solliciter la pitié de l'opinion métropolitaine désinformée.


 Les faire réfléchir au-delà de cette imbécillité, c’est leur demander de se
pencher au-dessus du vide...


 


Mais, je comprends parfaitement que vivant des immenses privilèges, de la « classe » ou « race » supérieures, dans une
colonie, on ne puisse le faire qu’en apaisant sa Bonne Conscience. Le contraire serait invivable.


 


Sinon comment admettre massacre, mépris, exploitation, marginalisation, de ceux qu’on spolie sans, face à son miroir tout les matins, ne pas
se dire :


« Nous sommes d’infâmes salopards ».


 


Et, je compatis.


 


Bien à vous


 






Lidia Wadja 24/09/2011 04:59



Monsieur Stanechy, sachez que vous êtes un impressionnant monument de mauvaise foi. Vraiment hors catégorie! Votre article est tout simplement un torchon diffamatoire.


J'ai eu beau lire et relire, je n'ai pas réussi à trouver dans vos écrits ne serait-ce qu'une once d'objectivité. Vous êtes résolument orienté dans une seule et unique direction, vos oeillères
irrémédiablement greffées sur le crâne et tellement imbu de votre personne que vous ne sauriez évidemment pas en être conscient.


C'est sans doute pourquoi vous n'avez aucun scrupule à mentir et/ou à déformer les faits pour ré-écrire l'histoire comme elle vous arrange. D'autant que vous êtes soutenu par un micro
fan-club qui vous entretient dans l'illusion que vous avez tout compris du monde qui vous entoure.


Cela pourrait prêter à rire si ne n'était dangereux, car certains peuvent vous croire. Notamment ceux qui, tout comme vous, n'ont qu'une connaissance livresque ou télévisuelle de notre planète.


Allons donc, il ne suffit pas de savoir aligner de belles phrases,  ni de se gargariser de ses propres mots, ni de les émailler de citations littéraires pour prétendre détenir la vérité!


Quant à ceux qui osent ne pas être d'accord avec vous, vous leur répondez avec mépris et condescendance, car bien sûr, vus du haut de votre supériorité, ils ne peuvent qu'être intellectuellement
déficients, tout juste capables de répéter des ritournelles racistes bien connues.


Pourtant, vous n'hésitez pas vous-même à rabâcher à l'envi vos poncifs éculés issus en droite ligne du mythe du bon sauvage, tellement éloignés d'une vision réaliste de nos
sociétés contemporaines. Lorsque l'on y regarde de plus près, là est toute la base de vos «arguments», mais ils sont tellement bien emballés dans vos tournures littéraires qu'ils peuvent
faire illusion le temps d'une lecture rapide. 


Je suis native de Nouvelle-Calédonie, métisse Kanake (entre autres, comme beaucoup d'habitants de NC), j'y vis et je suis complètement en prise avec ce qui s'y passe: votre article est faux à
environ 90%. Quand je dis faux, c'est faux. Mensonger. Comment osez-vous écrire ainsi sur un pays et des populations que vous ne connaissez manifestement pas? Et en plus, écrire de telles
insanités? 


Je ne vais pas reprendre toutes vos contre-vérités, il y en a trop. Je me contenterai donc de vous poser une seule question: décrivez-nous s'il vous plaît votre vision de ce que deviendra
la Nouvelle-Calédonie si demain elle devient Kanaky indépendante et que tous les descendants de colons (les sinistres
“caldoches”, d'après vous!), les Français de Métropole et les autres ethnies s'en vont? Décrivez-moi votre vision de la vie que mèneront les Kanaks, enfin débarrassés des vils
colons et de «l'étau colonial français»?


Juste pour mémoire, je vous rappelle que les Kanaks indépendantistes (dont je ne suis pas, vous
l'aurez compris) souhaitent le départ de tout le monde, pas seulement des Blancs, mais aussi des Asiatiques, des Wallisiens, des Tahitiens, des Vanuatais, etc. Au passage, je vous fais remarquer
que les renvoyer dans leurs divers pays d'origine ethnique serait comme renvoyer les Beurs d'aujourd'hui dans le pays d'origine de leurs parents, Algérie, Maroc, Tunisie...  


J'ai hâte de découvrir comment vous voyez l'avenir de ce petit Caillou perdu au milieu du Pacifique si, comme au bon vieux temps, il redevient peuplé uniquement de Kanaks. Ensuite, je me ferai un
plaisir de vous expliquer LEUR vision à eux.


Croyez-moi, il serait très étonnant  qu'elle coïncide.  



Georges Stanechy 21/09/2011 22:26



 


 


Bonsoir Remi


 


Si je comprends bien, vous êtes un adepte des discussions byzantines… Pourquoi pas ?


 


“Mise en perspective”, me demandez-vous. Pourquoi répondre, puisque vous en connaissez la réponse ? Mais, peut-être est-ce rendre service
au lecteur et lui permettre de compléter son information, ou contribuer à une réflexion commune ? Acte charitable de votre part, certainement, que de prolonger ainsi la discussion…


 


Allons-y pour une brève mise en perspective historique, élargie à la géopoltique…


 


Mais, vous maîtrisez parfaitement l’histoire de la Chine. La province du Tibet lui avait été arrachée par les britanniques, au cours du
pillage occidental dans la région. Les britanniques considéraient leur "protectorat" sur le Tibet comme un glacis servant à protéger la perle de leur Empire qu’ils croyaient éternel :
l’Inde, qui comprenait alors le Pakistan actuel et le Bengladesh (se disputant le Xinjiang avec l’empire Russe de l’époque, dans le même esprit). Laissée ainsi en déshérence aux mains d’une
petite oligarchie féodale et corrompue, dissimulée sous les oripeaux d’une théocratie dite du "bouddhisme tibétain".


 


Rappelons au passage que le "bouddhisme tibétain" (lui-même, mosaïque de plusieurs obédiences), si à la mode chez nos bobos ou bonobos, n’est
qu’une infime partie de cette grande religion qu’est le bouddhisme. Avec ses multiples ramifications issues du Grand Véhicule et du Petit Véhicule, dans de multiples pays
asiatiques.


 


Faire passer le Dalaï-lama pour "le pape" du bouddhisme est, en conséquence, une des plus formidables arnaques concoctées par l’appareil de
désinformation de nos services d’action psychologique. Ce qui a le don de faire rire mes amis bouddhistes du Sri Lanka ou de Thaïlande, sidérés par la crédulité, ou l’analphabétisme culturel, des
occidentaux « laïcs » devant ce qui n’est pour eux qu’un personnage folklorique, aux prétentions théocratiques décoiffantes, à la médiocrité intellectuelle affligeante, pur produit du
« marketing politique » des officines de l’Empire US…


 


L'objectif étant, évidemment, de légitimer aux yeux de l’opinion occidentale (en Asie, tout le monde rigole devant ce guignol…) le
morcellement de la Chine, en créant des sécessions successives : Tibet, Xinjiang, etc.


 


Faire référence aux constructions et infrastructures actuelles du Tibet, que la propagande sinophobe occidentale ne mentionne jamais (tout
autant que la réhabilitation, restauration et entretien de dizaines de monastères aux frais de l’Etat), n’a donc rien à voir avec la glorification d’une colonisation sur fond d’inaptitude de la
"population autochtone", dans la bonne conscience raciste si consubstantielle de notre "habitus colonial".


 


Mais, au contraire, il s’agit d’une référence par les Chinois au terrible maintien dans le sous-développement, antérieurement programmé et
exercé par l’appareil colonial occidental représenté par la Grande-Bretagne pour ce cas précis, dans une province de “leur pays” et, donc, infligé à une partie de "leurs concitoyens".


 


Le sous-développement, on a tendance à l’oublier, c’est si rassurant, est toujours une création, une institution, entretenues par la prédation
coloniale : bombardements, occupations, destructions, pillages, guerres civiles, etc. Jamais, une « inaptitude » de populations locales attendant un sauveur pour les
civiliser…


 


Regardez vos amis sionistes qui viennent de détruire encore, ces jours-ci, des hectares d’oliviers et d’arbres fruitiers en Palestine…
Regardez les brûler… Ils diront qu’avant leur arrivée c’étaient des terres stériles, épisodiquement traversées par des zombies en
transhumance… Un désert…


 


Bien à vous


 


 



Rémi 20/09/2011 21:49



Bonsoir,

Bon, j'ai une chose à vous avouer: tout au long de mes commentaires précédents, j'ai sorti des énormités abjectes par provocation, histoire de voir quelles seraient vos réactions. Je n'excuse pas
du tout le colonialisme, et ne cherche pas à en minimiser les ravages. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop d'avoir recouru à ce procédé dans le but de stimuler vos arguments.

Toutefois, je reste un peu géné à propos de certains points. Par exemple, je suis parfaitement d'accord avec la phrase suivante de Georges (vous permettez que je vous appelle Georges?):

"L’énumération des « réalisations coloniales » [...] reste l’argument favori, éculé de racisme primaire, des colonialistes considérant comme un “fait acquis” que les “autochtones”
auraient été incapables d’édifier s’ils n’avaient pas été civilisés par leur « race supérieure ». "

Pourtant, vous n'avez aucune objection à apporter au discours de vos amis chinois qui vous expliquent, dans votre article "Tibet: Géopolitique de la Paille et de la Poutre" :
"Nous y [au Tibet] construisons des hôpitaux, des établissement d’enseignement, des routes, des stations d’épuration d’eau pour l’eau potable, un réseau électrique, un réseau d’assainissement
pour les égouts, un réseau GSM, un réseau ferré qui est un des plus grands exploits techniques dans l’histoire du transport…
Nous y apportons le développement et le bien-être."

L'"énumération des réalisations" est bien identique. Qualifiez-vous donc d'argument éculé de racisme primaire les propos des amis  chinois que vous rapportez? 

Par ailleurs, vous analysez l'édification de ces infrastructures comme n'ayant "pour destination exclusive que d’assurer les moyens nécessaires, ou suffisants, au pillage des ressources locales
et au maintien des ressources humaines (expats, main d’œuvre importée, collabos, etc.) assurant son encadrement, son administration, sa maintenance et son gardiennage (troupes coloniales
rebaptisées “infanterie de marine”, polices et milices). "
Cet argument est là aussi identique aux reproches qu'adressent certains groupes ouïgours ou tibétains à la politique de développement du Grand Ouest, dont ils s'estiment exclus. 
L'appellation locale de l'"infanterie de marine" étant par exemple "le Corps de Construction et de Production du Xinjiang".

Je ne cherche pas à nier ou à minimiser les crimes commis par l'action française dans les colonies. En revanche, je ne saisis pas comment un même discours peut être taxé de colonialiste et
raciste à propos de la Nouvelle Calédonie, et ne se voir opposé aucune objection lorsqu'il constitue le premier argument de vos amis chinois.

J'attends avec impatience votre mise en perspective.

Cordialement,



Georges Stanechy 14/09/2011 18:13



 


Chère Aline, Bonsoir


 


Merci de nous remettre en mémoire l’émouvant texte d’Aimé Césaire Discours sur le Colonialisme. Magnifique de
courage et de vérité. Sans oublier celui de Frantz Fanon, tout aussi poignant, Les Damnés de la Terre.


 


Je ne connaissais pas l’Octave Mirbeau anticolonialiste. Merci de me, et de nous, le faire connaître ! Ils sont si peu nombreux, en
France, les artistes et intellectuels talentueux de cette trempe, de ce niveau d’engagement, qu’il est, en effet, injuste de les maintenir dans l’oubli. C’est avec joie et gourmandise que nous
allons partir à sa découverte.


 


« … C’est le colonisateur qui est détruit moralement par la colonisation. C’est pourquoi la colonisation de la Palestine par les
moyens que nous voyons s’opérer jour après jour,  signe le véritable arrêt de mort d’Israël, sa mort éthique », écrivez-vous à juste titre, en référence à Aimé Césaire. Poison mortel
dont le colonisateur ne perçoit pas, toutefois, les effets tant qu’il détient l’exclusivité de la supériorité de ses armes.


 


Je constatais, encore une fois à ce propos, le phénomène en lisant mardi dernier (13 septembre) le texte d’un chroniqueur "ultrasioniste",
publiant sous le pseudo de "Spengler" dans AsiaTimes (Hong-Kong), intitulé :


Israel as the
Dutch Republic in the Thirty Years War


http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MI13Ak01.html


 


Il assimile, ainsi, Israël aux Pays-Bas lors de leur glorieuse et tenace lutte d’indépendance face à l’Empire Espagnol et autres nations
hostiles pendant de la guerre de Trente Ans. Triomphant grâce à leur courage, leur intelligence supérieure, leur sens des affaires (dominant une grande partie du commerce international de
l’époque) et leur tolérance attirant les talents comme les immigrants Russes à l’heure actuelle s’installant en Israël…


 


Un extrait :


“The Dutch were smart and tough, but they beat the Spanish empire in large part by being better than their adversaries. The
Dutch republic offered Europe's first example of religious toleration. Iberian Jews and French Huguenot found refuge in Holland against religious toleration, and the skilled immigrants made
invaluable contributions to the Dutch economic miracle - something like the Russian immigrants to Israel today”.


 


Concluant son texte par une sidérante illumination :


« Encore une fois, la nation porteuse de la foi religieuse dans les valeurs démocratiques triomphera en dépit du chaos qui
l’entoure… »


(Once again, the nation that embodies religious faith embedded in democratic values will prevail despite the chaos around
it.)


 


Comme quoi, la Loi du Plus Fort autorise tous les aveuglements, à commencer par celui de la Bonne Conscience…


 


Amitiés


 






aline 12/09/2011 20:52



Cher Georges, bonsoir,


Personne n’a mieux parlé de la colonisation qu’Aimé Césaire.
Je me permets de citer un extrait de son Discours sur le colonialisme que je trouve capital parce qu’il  montre avec une acuité impitoyable que c’est le
colonisateur qui est détruit moralement par la colonisation. C’est pourquoi la colonisation de la Palestine par les moyens que nous voyons s’opérer jour après jour,  signe le véritable arrêt
de mort d’Israël, sa mort éthique.



 « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à
la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette
violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une
gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées  de tous ces
prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de 1’Europe, et le
progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. [...] »


Cet extrait d'Aimé Césaire s'applique à la lettre à ce qu'est devenue la "civilisation occidentale" avec ses Guantanamo, ses Bagram et autres Abou Ghraib avec ses tortures
institutionnalisées et légalisées. Quel progrès dans "l'ensauvagement"!



Un autre grand auteur, injustement oublié  - Octave Mirbeau - on ne connaît plus que pour son Journal d’une femme de chambre ,   a eu l’immense courage de se
dresser, presque seul à l’époque, contre la quasi-totalité  de l’opinion  politique et de celle de la société française   et à dénoncer dès le début de l'entreprise coloniale,
ce qu'il appelait avec dérision  la « mission  civilisatrice des blancs » . N'est-ce pas là un thème d'une  actualité brûlante?


A l’heure où tous les partis célébraient les glorieuses expéditions coloniales, il a eu le courage, dans Colonisons, Contes  cruels, de s’élever avec une vigueur
incroyable contre la violence sanguinaire et la cruauté barbare qui accompagnent toutes les formes de colonisation. Dans le Jardin des supplices,  à la manière d’un
Swift grinçant et sardonique, il ricane sur l’alliance repoussante  de la cruauté et du plaisir et il met en scène la jouissance que procure le fait de provoquer impunément une souffrance .


Les scènes décrites sont à peine soutenables, mais elles traduisent son indignation et sa colère devant le traitement que des trafiquants, des militaires ou des fonctionnaires bornés et
reprus  infligent aux populations autochtones.



Mirbeau était un grand précurseur, car en plus de dénoncer, dès  les années 1890,  la cruauté barbare des exactions commises au nom de l’entreprise coloniale et de la prétendue
"civilisation européenne et chrétienne" - il n'épargne pas les prêtres et les moralisateurs de tout poil -  il est l’un des rares à célébrer la richesse et la beauté des civilisations
indigènes et à se lamenter sur les crimes commis contre leurs cultures. Dans Colonisons, il va jusqu'à écrir que «l’histoire des conquêtes coloniales sera la
honte à jamais ineffaçable de notre temps ».
Réhabilitons la totalité de l’œuvre d’Octave Mirbeau !


Amitiés,



Georges Stanechy 12/09/2011 20:37



 


Bonsoir Rémi


 


Ne jouons pas sur les mots…


 


Vous savez fort bien que les infrastructures, dont se targue la rhétorique colonialiste (routes, écoles, hôpitaux, etc.), n’ont pour
destination exclusive que d’assurer les moyens nécessaires, ou suffisants, au pillage des ressources locales et au maintien des ressources humaines (expats, main d’œuvre importée, collabos, etc.)
assurant son encadrement, son administration, sa maintenance et son gardiennage (troupes coloniales rebaptisées “infanterie de marine”, polices et milices).


 


Au-delà, c’est l’abandon complet.


 


Un exemple de ce comportement classique, hyperviolent dans son cynisme (identique chez les colonisateurs britanniques, portugais, espagnols, etc.), à part ceux cités en annexe à l’article sur la
Nouvelle-Calédonie auxquels apparemment vous n’avez pas le temps de vous référer…


 


Relisons Germaine Tillion qui, lors de ses travaux de sociologie et d’ethnologie en Algérie juste avant la
deuxième guerre mondiale, fut sidérée de découvrir un niveau de misère aussi catastrophique et ignoble dans ce qui, pourtant, était censé représenter le fleuron de « l’action
civilisatrice » de la France Coloniale, dans ce qui était considéré comme des « départements français ». Après un siècle de colonisation !


 


Misère sciemment cultivée par le pouvoir colonial pour empêcher toute forme de revendication et de velléité d’indépendance de la part des
"autochtones", auxquels on ne consentait même pas la nationalité française (dans des « départements français » !...), du fait de la "loi scélérate" dite Crémieux de 1870 : ils
étaient, en effet, « musulmans ».


 


Pour l’obtenir immédiatement, il fallait être « juif » ou « immigré d’extraction européenne » : maltais, espagnol,
portugais, italien, grec, etc. Barrant de fait l’accès à tout poste d’encadrement ou fonction de responsabilité dans l’administration, les professions libérales, l’université, l’armée,
l’entreprise, les médias, les mandats électifs ; jusqu’au privilège d’être un concessionnaire d’automobiles ou de matériels importés, et bien d’autres formes perverses d’apartheid.


 


Cet acharnement dans la volonté d’asservir et appauvrir la nation colonisée, en l’occurrence algérienne, cette politique méthodique,
implacable, ce phénomène sociologique de racisme d’Etat, Germaine Tillion les dénonçait sous le terme de : « clochardisation d’un peuple ».


 


Nos politiciens instrumentalisés par les lobbies prédateurs, tous partis confondus, devant ces crimes contre l’humanité qui sont l’essence
même d’une colonisation, imprescriptibles en droit international, prennent soin de censurer toutes informations et archives sur le passé colonial de notre pays. Allant jusqu’à voter une autre
“loi scélérate” en date du 29 avril 2009, portant de 60 à 75 ans la non accessibilité des chercheurs à nos archives coloniales, créant même, suprême innovation contraire à toute liberté
d’expression et d’information, des archives “incommunicables” !... Le peuple français, immature et imbécile à leurs yeux, ne doit pas savoir…


 


Ne vous inquiétez pas : l’analphabétisme historique, l’ignorance des crimes de la colonisation, le « négationnisme colonial »
se portent à merveille ! Dans notre pays, comme dans les autres pays occidentaux, aux passés et aux présents colonialistes.


 


Que ne ferait-on pas pour préserver la splendeur de notre Bonne Conscience, notre monopôle de donneur de leçons en
“droit de l’hommisme” !...


 


Bien à vous


 






Abdelkader DEHBI 12/09/2011 13:57



 


 


@ -- Rémi :


 


Apparemment, vous ne devez même pas vous rendre compte de l’énormité des gaffes – à moins que ce ne soit du cynisme de très mauvais goût – que
constitue votre argumentaire typiquement colonialiste.


 


 Quand vous écrivez :


 


« Comment pourrait-on (même avec la meilleure volonté du monde) mettre à un niveau d'éducation équivalent à celui des métropolitains
une population kanak en à peine 150 ans ? » 


 


On a envie de vous rétorquer que le grand leader indépendantiste kanak Jean-Marie Tjibaou était certainement plus intelligent et moralement
plus intègre que la plupart des membres du gouvernement français qui a commandité son assassinat en Mai 1989, juste à la veille de la célébration internationale en grande pompe, du bicentenaire
de la Révolution française…


 


Poursuivant plus loin, vous ironisez :


« A moins que tous ces bâtiments ne soient que des illusions d'optique... » 


 


Là aussi, on est tenté vous répondre :


 – Mais bien sûr que ce sont des illusions d’optique, tous ces bâtiments !...


 


Quand vous aurez enlevé les bâtiments administratifs, les casernes, les bâtiments industriels, les quartiers résidentiels des blancs, les
quelques sites touristiques pour blancs, il ne restera pas grand-chose croyez m’en.


 


Ou si !  Quelques gourbis reconstitués ici et là, rappelant que la Calédonie était une sorte de site
pénitentiaire bis ou même pire – à l’image du tristement célèbre Saint Laurent du Maroni en Nouvelle Guyane – où beaucoup de mes compatriotes ont été exilés sans retour, et souvent pour
cause d’opinions politiques anticoloniales.


 


 





 


 



Rémi 11/09/2011 18:53



Quelques points rapides:
- L'interdiction des langues kanaks était une erreur, mais la tendance est désormais largement positive!
- Il n'est pas étonnant que peu de Kanaks occupent des postes à responsabilité en Nouvelle-Calédonie. Comment pourrait-on (même avec la meilleure volonté du monde) mettre à un niveau d'éducation
équivalent à celui des métropolitains une population kanak en à peine 150 ans? Les progrès là-aussi sont nets : le nombre de jeunes Kanaks accédant à l'université progresse d'année en année. Il
faut simplement laisser le temps que les élites locales atteignent la taille critique.
- Et l'argument peut être éculé de racisme primaire, il n'en reste pas moins que la France a construit écoles, hôpitaux et dispensaires en Nouvelle Calédonie. A moins que tous ces bâtiments ne
soient que des illusions d'optique...



Georges Stanechy 11/09/2011 12:06



 


Cher Abdelkader


 


“Loi scélérate”, dont je partage avec toi l’exécration.


 


Cette glorification de la colonisation n’est pas surprenante de la part d’une nomenklatura dont l’écrasante majorité est issue de
l’administration et du pillage des anciennes colonies (cf. la généalogie de nos dirigeants actuels au pouvoir ou dans l'opposition, et leurs seconds couteaux dans les médias, nébuleuse de
l'édition, "milieu" du cinéma, etc.). Dans le cynisme et l’autosatisfaction raciste.


 


Le niveau de fanatisme de cette nomenklatura est tel qu’elle pratique un « racisme d’Etat », dans la plus totale servitude à l’égard
de l’Empire washingtonien décadent. Le maire de New-York ne donne-t-il pas encore aujourd’hui l’exemple en soutenant, dans la Bonne Conscience, lois et mentalités racistes dans la gestion même de sa ville ?...


 


Notre république est constituée de strates alternant lois positives et « scélérates ». Il faudra probablement deux ou trois
générations pour éradiquer ces « lois scélérates », ces poisons et drogues de notre inconscient collectif.


 


Comme beaucoup de français, je souffre de voir mon pays renier sa souveraineté pour se satisfaire de n’être qu’une colonie asservie par des
intérêts étrangers à son Histoire et aux valeurs fondamentales, de son Contrat Social ou Républicain, de Liberté, Egalité, Fraternité…


 


Amitiés


 





 



Georges Stanechy 11/09/2011 12:01



 


Bonsoir Rémi


 


Je n’ai rien à ajouter à la réponse de notre ami Abdelkader Dehbi, relative à votre dernier commentaire, à laquelle je souscris
entièrement.


 


Notamment, pour ce qui est de l’infâme « négationnisme colonial » et du « racisme
d’Etat » gangrénant nos institutions républicaines.


 


Je me limiterai à trois points :


=>  La reconnaissance des
langues et cultures de la nation Kanak est toute récente. Leur enseignement actuel ne doit en rien occulter le fait que durant des décennies elles furent combattues dans la plus extrême
intolérance, et brutalité, par le pouvoir colonial.


=>  Vous faite un décompte
des « réalisations » de la colonisation, mais vous oubliez d’en  faire de même pour dénombrer les postes et fonctions de juges, avocats médecins, professions
libérales, responsables et dirigeants d’administrations ou d’entreprises, exercés actuellement par des membres du peuple Kanak. Sans parler du nombre de leurs représentants à l'Assemblée
nationale ou au Sénat de la République française...


=>  L’énumération des
« réalisations coloniales » (Cf. le tristement célèbre discours de Sarkozy à Dakar…) reste l’argument favori, éculé de racisme primaire, des colonialistes considérant comme un “fait
acquis” que les “autochtones” auraient été incapables d’édifier s’ils n’avaient pas été civilisés par leur « race supérieure ».


 


Bien à vous


 





 



Abdelkader DEHBI 11/09/2011 09:09



 


Je suis sidéré par cette sinistre propension – souvent à connotation patriotarde –  à minimiser, voire à nier carrément, les
exactions racistes perpétrées par les colons et les forces coloniales à leur service, contre les autochtones des pays dominés. Et l’intervention de Rémi en constitue un exemple d’autant plus
choquant qu’il n’éprouve aucune gène à reprendre les sempiternels arguments de la prétendue « mission philanthropique, civilisatrice… »  de la colonisation ; des
épithètes tellement hypocrites que même les gouvernements occidentaux et leurs médias aux ordres préfèrent passer sous silence, en parlant plutôt, de « missions humanitaires », ce qui
ne manque pas de cynisme, avouez-le.


 


On se rappelle les termes du préambule de la Loi scélérate du 23 Février 2005 portant reconnaissance des « bienfaits » de la
colonisation :


 


« « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l'œuvre accomplie par la France
dans les anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté
française. » »


 


Une « œuvre » en effet, qui s’est soldée pour un pays anciennement colonisé comme le mien – l’Algérie – par des millions, je dis
bien des millions de morts et de disparus, sans parler des blessés ou des déplacés, entre le début de l’invasion en 1830 et la fin de la Guerre de Libération nationale, en 1962. Un véritable
génocide raciste où toutes les techniques du crime de masse ont été utilisées : enfumades par milliers, de populations montagnardes regroupées dans des cavernes durant la conquête, incendies
criminels de centaines de gourbis dans les riches plaines agricoles de la Mitidja, pour faire refluer les populations vers les zones arides, camps de concentration regroupant des centaines de
milliers de familles de petits fellahs soupçonnés d’avoir hébergé les moudjahidine, usage criminel de défoliants et napalm dans les forêts des Aurès et de la Kabylie…etc Sans oublier bien
entendu, les essais nucléaires de Reggane dans le Sahara où des milliers d’algériens qui n’ont pas été évacués, ont été sciemment exposés aux radiations.


 


Bien entendu, il n’y aura jamais de Loi Gayssot contre les « négationnistes » des crimes coloniaux…, il faudrait d’abord que le
peuple français s’affranchisse un jour, de l’emprise sur leurs Institutions, sur leur Ecole, sur leurs Médias, sur leurs Banques ou autres leur CAC-40. Et nous en somme malheureusement bien
loin.


Et pour cause ! le lobby colonial en Occident, a même retrouvé des couleurs, en tirant bénéfice de son appui inconditionnel à l’arrogante
poursuite de la colonisation de la Palestine par l’Etat sioniste d’Israël défendue becs et ongles en Europe et aux Etats-Unis, par le lobby sioniste et ses puissants relais médiatiques. En tirant
bénéfice aussi, d’une renaissance sous nos yeux, d’un nouveau genre d’impérialisme de canonnière, directement issu du déséquilibre géostratégique dans le monde, provoqué par l’effondrement de
l’URSS.


 


Je dirais donc une seule chose à Rémi : les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, nous entrons de plain-pied dans une
nouvelle ère de luttes anticoloniales.


 






Rémi 07/09/2011 19:02



Georges,

J'admets volontiers que l'arrivée des Français en Nouvelle-Calédonie ne s'est pas forcément passée dans les meilleurs conditions.
Mais si l'on compare la situation des Kanaks d'aujourd'hui avec celle d'avant la France, il est difficile de conclure que la présence française a été défavorable aux Kanaks.
Merci de me dire si oui ou non l'action des Français a rendu la vie plus facile aux Kanaks dans les domaines suivants:
- Education (combien d'écoles avant l'arrivée des Français?)
- Santé (quel était le taux de mortalité infantile avant...?)
- Transports (quelle était la longueur du réseau routier...?)
- Communication
- Sciences
- Revenus des populations
- etc
Je ne dis pas que tout est parfait là-bas, mais les progrès sont patents!

Vous prenez par ailleurs des libertés avec la réalité des pratiques culturelles.
Par exemple, vous écrivez "... interdiction de pratiquer leurs langues..." afin de prouver combien les Français sont méchants et privent les Kanaks de leur droit à employer leur langue. Vous
passez sous silence que cet état de fait est aboli, et que l'enseignement en langues locales est reconnu et encouragé dans la limite de 5h hebdomadaires maxi en primaire. C'est à peu près le
double des heures d'anglais (ou LV1) dans un collègue!
Il faudrait me fournir une preuve un peu plus solide si vous voulez démontrer que les langues et la culture Kanak sont en danger!


Cordialement,



Georges Stanechy 06/09/2011 20:52



 


 


Bonsoir Rémi


 


Je vous remercie de votre commentaire qui me permet de « persister et signer »…


 


Quels que soient angle de vue, approche, discipline (philosophie, sociologie, histoire, économie, ethnologique, anthropologie, éthique, etc.),
le constat est irréfutable : la colonisation de la Nouvelle-Calédonie est une des pires qu’il y eut au monde, comme l’a si bien rappelé dans ses travaux et ses conclusions l’ethnologue,
Rosselène Dousset Leenhardt.


 


Une véritable abjection. Et, qui dure encore.


 


Evidemment notre inconscient collectif, formaté dans l'autosatisfaction du colonialisme et du culte de la race supérieure, ne peut supporter
la moindre remise en cause. Il est, en conséquence, indispensable d’en nier, occulter, oublier, les faits, vestiges, traces, preuves, témoignages, études, analyses.


 


Ce que vous exprimez fort bien.


 


Ce « négationnisme colonial », avec son ethnocentrisme et son racisme, est nécessaire à la perpétuation du système de prédation qui
est la valeur fondamentale de celui dont nous nous glorifions depuis le Moyen-Age et les Croisades : la « civilisation occidentale ».


 


La logorrhée raciste consistant à dire que les populations avant l’arrivée de la colonisation civilisatrice vivaient dans le « dénuement
total » prête à rire devant les témoignages des premiers navigateurs et marins dans les îles du Pacifique. Relisons ceux, par exemple, des équipages de Cook ou des révoltés du
Bounty…


 


Rongés de misère dans leurs pays, de scorbut et de mauvais traitements à bord des navires affrétés par le Libéralisme Economique, ils
découvraient éblouis des régions qu’ils percevaient comme un paradis, face à des populations belles et resplendissantes de santé, dans l’abondance de produits naturels, mais aussi dans la joie de
vivre, la fierté de leurs croyances et traditions.


 


Avant que les européens ne leur apportent, en échange, syphilis et variole précédant le déluge de fer et de feu pour les soumettre en
esclavage…


 


Mais, vous avez raison, notre mentalité est gorgée de ce mépris et méconnaissance de l’Autre. A tel point qu’elle imbibe encore nos
politiques étrangères et notre diplomatie. Jusqu’à notre art de vivre fondé sur l’analphabétisme de l’Altérité. Confits du fanatisme de La Loi du Plus Fort, structurant nos
personnalités depuis notre plus jeune âge, pourrions-nous tolérer une autre vision ?...


 


C’est ainsi que nous bombardons et tuons en Afghanistan : pour permettre à des petites filles de mettre
du vernis à ongles… Ailleurs, pour combler le « dénuement démocratique »…


 


Nous sommes, effectivement, merveilleux de générosité. Que dis-je ? De grandeur d’âme !


 


Bien à vous


 





 



Rémi 04/09/2011 19:09



Cet article est une vaste blague, j'espère?
C'est en tout cas un condensé affligeant des clichés les plus éculés sur la présence française outre-mer. "Statut colonial", "immigration de peuplement", tous les ponsifs sont de sortie!

On croirait à vous lire que la France a consciencieusement soumis et humilié les Kanaks. Dois-je vous rappeler que ce pays et ses habitants étaient dans un dénuement total lors de l'arrivée des
Français? Les guerres intestines et le pouvoir clanique étaient la règle alors, pour le seul bénéfice des potentats locaux. Les Français ont bousculé ce sinistre état de fait, et certainement pas
dans le mauvais sens. Les hôpitaux, les écoles, toutes les infrastructures ont-ils poussé spontanément en Nouvelle Calédonie? Combien d'enfants mélanésiens ont-ils été soignés par de personnes
admirables et dévouées à ces populations? Tenter de faire passer pour des assassins (pour le plaisir en plus!) ces hommes et ces femmes démontre votre connaissance du sujet...

Au niveau économique ensuite, le PIB par habitant est à peu près 20 fois plus élevé en Nouvelle-Calédonie qu'au Vanuatu ou qu'en Papouasie Nouvelle-Guinée. Cette catastrophe économique est
certainement à mettre sur le dos de ces ignobles Français...

Puis le fameux mythe de l'immigration de peuplement... Franchement, existe-il un flot d'avions déversant des masses de métropolitains afin de mettre en minorité les Kanaks? Quelques métros (comme
on dit) vont bien passer quelques années là-bas, mais il semble que vous passiez sous silence un élément de taille: ce territoire est FRANCAIS! Et les personnes qui vont s'installer en Nouvelle
Calédonie ne sont pas plus des colons que les Lorrains déménageant pour la Côte-d'Azur ou des Bretons montant à Paris!

Pour finir, vous truffez votre article de références au fumeux principe d'"autodétermination". Dans ce cas, je fais moi aussi terminer mon commentaire en brandissant ce principe bien haut et en
criant: "Vive le Kosovo libre!"