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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
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Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

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.  Injures

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Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 20:51

 

 

« Saladin ! Réveille-toi ! Nous sommes revenus ! »

 

C’est en ces termes que le général Henri Gouraud, corseté dans sa morgue, essuyant la semelle de ses bottes sur la tombe de Saladin, lance ce défi lors de son entrée à Damas en 1919 à la tête du corps expéditionnaire français. (1)

 

General_Gouraud_1923.jpg

Général Henri Gouraud, le « Saigneur » de la Syrie (1919 – 1923)


 

La Diplomatie de l’Histrion 

 

Posture histrionique tristement célèbre dans la région, évidemment totalement occultée en France, depuis nos livres scolaires jusqu’aux travaux académiques. (2) Ce représentant de la France était chargé d’assurer le mandat confié à notre pays par la SDN, ancêtre de l’ONU, sur la “Grande Syrie”. Dans le cadre du partage, entre “vainqueurs de la Grande Guerre”, des nations et richesses antérieurement sous tutelle ou administration de l’Empire Ottoman. Qui avait eu le tort de s’allier à l’Allemagne pendant la première guerre mondiale.

 

Saladin, Homme d’Etat hors du commun, organisateur méthodique, fulgurant stratège. Chevaleresque dans l’action, mais implacable face à la lâcheté. D’une immense générosité, mais intraitable à l’encontre des voleurs, corrompus et assassins. Le libérateur de Jérusalem, au XII° siècle. Après en avoir chassé la soldatesque européenne qui prétendait s’être installée en Palestine pour « libérer le tombeau du Christ », au grand désespoir des chrétiens d’Orient qui n’en avaient nul besoin…

 

C’était au Moyen-Age. Les Croisades. Le Vatican, l’OTAN de l’époque, avait pris l’habitude d’envoyer par vagues successives les armées de tous les pays d’Europe au Moyen-Orient, pour y piller, rançonner, spolier, s’y tailler fiefs, royaumes et colonies, sous les prétextes les plus vertueux et sanctificateurs. L’essentiel étant qu’en Europe ils ne se fassent pas la guerre.

 

Certainement, à armes égales, face à un Saladin vivant, qui écrasa l’armée des “croisés” à la bataille de Hattin (4 juillet 1187), le général Gouraud n’aurait rien perdu de son abyssale imbécillité, mais beaucoup de son arrogance…

 

Rien d’étonnant dans cette gesticulation, aussi stupide que grotesque, d’un général se considérant en pays conquis. Archétype des traîneurs de sabre, ganaches analphabètes de l’Histoire, générés, dégénérés devrait-on dire, régulièrement par des armées. Non pas “nationales”, au service du peuple, garantes de la souveraineté d’une nation. Mais, dans le dévoiement de leur vocation initiale, devenues des instruments au service d’intérêts privés bâtissant leurs rapides et colossales fortunes sur le mensonge des fausses valeurs, pour mieux dissimuler la réelle finalité de leurs objectifs : la spoliation des peuples et nations. Dans le temps, on osait parler du « parti colonial »…

 

A longueur de guerres coloniales surarmées, massacrant peuples sans défense, terrorisant populations innocentes, ce général était devenu mégalomaniaque comme beaucoup de ses pairs. A vaincre sans péril, on triomphe idiot. Boursouflé de l’indécrottable « habitus colonial » de notre inconscient collectif. Parmi ses faits d’armes : la sanglante répression, en 1912 au Maroc, du soulèvement de la ville de Fès contre le protectorat français.

 

Les allemands, qui n’étaient pas en reste sur ce plan, le surnommaient « einarmiger Draufgänger », le « manchot cinglé » (il avait perdu son bras droit aux Dardanelles, suite à une gangrène mal soignée). (3) Stupéfaits de le voir, jour après jour, multiplier les vagues d’assaut suicidaires des soldats français, placés sous son commandement, contre leurs rideaux de barbelés et de mitrailleuses sur le front français.

 

Se croyant au temps des croisades, formaté par les bains de sang des guerres coloniales et les tueries des combats de tranchées, le général Henri Gouraud devint ainsi le « Saigneur » de la Syrie, lors de son “proconsulat” de 1919 à 1923. Un des artisans les plus furieux du dépeçage de la Syrie : le plus gros morceau arraché étant le Liban et la Transjordanie. Dans les massacres, tortures, humiliations ; villages rasés, montagnes incendiées, charniers à profusion (4). Chars, aviation, bombardements navals. Toute la panoplie mortifère, dans le contentement de soi. Avec pour vecteur idéologique en guise de vision : un racisme anti-arabe, islamophobe, poussé à son paroxysme.

 

Inaugurant une trentaine d’années d’occupation française, l’implacable application de La Loi du Plus Fort, dans la sauvagerie d’une colonisation méprisante face au Peuple Syrien qui jamais ne l’accepta. Révoltes multiples, répressions sauvages. C’est ainsi qu’en 1945, le lendemain de l’armistice de la 2° guerre mondiale, la France tirait encore au canon sur la population de Damas :

« Le 29 mai 1945, après dix jours de manifestations ininterrompues, les Français, sous l'ordre du général Oliva-Roget bombardent Damas pendant 36 heures d'affilée. Les morts et les blessés se comptent par centaines. Une partie de la ville est détruite par ce bombardement dont le parlement syrien. » (5)

 

Il est vrai que l’encre à peine séchée de l’armistice du 8 mai 1945 avec l’Allemagne, la France tout juste libérée, nos Gouraud de l’époque couraient, fusaient dans tous les sens, pour « reprendre en main notre empire colonial » qui montrait quelques velléités d’indépendance. Ce furent des semaines et des mois d’atrocités depuis l’Indochine jusqu’au Cameroun, avec les sommets de l’horreur dans les tueries à Sétif en Algérie et à Madagascar. Des massacres de populations par dizaines de milliers. (6)

 

Le Peuple Syrien ne put échapper à cette folie répressive. Mais, quelle que soit son appartenance ethnique et religieuse, il a toujours résisté. La France ne l’a jamais supporté.

 

Et, cela continue …

 

L’équipée de notre ambassadeur en Syrie ces jours derniers, accompagnant l’ambassadeur américain dans la ville de Hama, pour “soutenir les manifestants contre le régime” me rappelle par son mépris affiché des devoirs et usages de la diplomatie, sans parler des lois élémentaires de l’hospitalité, la pantalonnade du général Gouraud. Sauf que la France de l’époque nourrissait la prétention d’élargir son “empire”…

 

 

Qu’importe ?... 

 

Imaginons un instant en France, l’ambassadeur du Brésil accompagné de l’ambassadeur de Chine allant soutenir des manifestants à Marseille, par exemple. Leur voiture blindée escortée de nervis et casseurs, les poches bourrées de cash et d’armes fournis par leurs services. Ce serait vécu comme une ingérence dans les affaires intérieures de notre pays, fomentant une sédition armée, une guerre civile. Chacun de ces diplomates serait immédiatement déclaré « persona non grata », et vigoureusement expulsé dans la foulée. Avec en prime, des représailles sous une forme ou une autre…

 

Les Syriens ont réagi. Venant en masse jeter souliers et cailloux sur la façade des ambassades française et américaine. La propagande occidentale, véhiculée par les médias de la désinformation, parle « d’attaque » ; l’ONU allant jusqu’à « condamner les attaques contre les ambassades américaine et française en Syrie » :

« Des partisans du régime syrien ont attaqué lundi, pour la deuxième fois en trois jours, les ambassades américaine et française afin de protester contre la visite, à la fin de la semaine dernière, des ambassadeurs américain et français dans la ville rebelle de Hama (centre), théâtre de deux manifestations monstres contre le président Bachar Al-Assad ce mois-ci. » (7)

 

Relevons, au passage, les hyperboles de la propagande : « … des partisans du régime syrien… », « … ville rebelle …», « … deux manifestations monstres contre le président… », etc.

 

Mensonger et ridicule.

 

Mais, « Paris hausse le ton » clament les agences de presse…

 

Je comprends l’indignation de nos amis Syriens. Face à cette provocation coloniale, comme eux, j’aurais réquisitionné toutes les vieilles paires de chaussures de la famille pour les déverser sur les façades de ce qui s’apparente davantage à des tripots de comploteurs, des casernes de pompiers incendiaires, qu’à d’authentiques représentations diplomatiques.

 

Place-des-omeyyades---Damas---Jullet-2011.jpg

Damas – manifestation d’union nationale contre les ingérences étrangères - 17 juillet 2011

 

Car, ce déplacement de diplomates accrédités dans le pays, cette “virée de voyous”, sont en soi un aveu, une signature. Celle de l’immixtion, l’implication, l’intervention, des pays occidentaux dans la déstabilisation par la sédition armée et la guerre civile, méticuleusement et de longue date organisées, d’un pays souverain. Loin de soutenir un mouvement démocratique.

 

Mais, je ne suis pas Syrien. Je suis français, limité et contraint, rageusement triste, à constater, une fois encore, l’état de la diplomatie de mon pays : en lambeaux. De la Chine au Mexique, de Cuba à l’Iran, en passant par pays arabes et africains, nos diplomates se comportent en crétins et freluquets.

 

Notre pays, notre diplomatie, nos forces armées, ravalés aujourd’hui à un rôle d’auxiliaire, de supplétif, au service d’intérêts étrangers. Exécutant ordres et instructions à la lettre, à la virgule, d’une politique extérieure élaborée dans les officines de l’Empire Washingtonien. Tels “nos ancêtres les gaulois”, fournissant richesses et escadrons de cavalerie gauloise à l’Empire Romain.

 

Obséquiosité zélée à l’égard d’un suzerain, servitude assumée… (8)

 

Bien sûr, se donner Bonne Conscience pour justifier sa participation à de basses œuvres est primordial. Tous nos médias et leurs affidés, les “jeteurs d’anathème patentés”, ne cessent dans le martèlement d’une propagande stalinienne de diaboliser le « régime syrien ». Les mêmes muets, dès lors qu’il s’agit de couvrir exactions, corruptions, des pires dictatures “pétromonarchiques” dans la région. Ou des crimes répétés contre le Peuple Palestinien.

 

Oubliant, tout aussi consciencieusement, les régimes tyranniques en Afrique protégés ou installés par nos forces armées, comme on l’a vu récemment en Côte d’Ivoire. Dissimulant les dynasties autocratiques, sinistrement burlesques et héréditaires de père en fils, des Bongo au Gabon ou des Eyadema au Togo, sur fond d’élections truquées. Il y aurait tant d’autres exemples… 

 

Pour ceux qui voudraient sortir la tête du goudron de la désinformation déversée par nos "journalistes d’investigation-décrypteurs de l’information", "experts-charlatans", “politiciens vendus”, et autres polichinelles, sur la Syrie, je leur propose un livre fondamental :

“Quand la Syrie s’éveillera…”, de Richard Labévière et Talal El-Atrache. (9)

 

Publié cette année, agréable surprise tant le niveau de qualité de la production d'études géopolitiques françaises sur ce pays et sa région est traditionnellement “nul”, il présente l’avantage d’avoir été rédigé par deux véritables « connaisseurs » de la Syrie. Précisons que Talal El-Atrache est l’arrière petit-fils de Sultan Talal El Atrache, l’un des prestigieux chefs de la « grande révolte Syrienne » (1925-1927) contre l’occupation française.

 

Ouvrage remarquable par la pertinence de ses analyses, sans complaisance à l’égard de chacun des acteurs, et la richesse de sa documentation : références, bibliographie, cartes réalisées par Hugues Dumont. Un régal d’intelligence : comprendre les enjeux actuels des luttes ouvertes et souterraines à partir d’un contexte historique sciemment masqué, enfoui, par la propagande de l’Occident. Percevoir l’extraordinaire héroïsme du Peuple Syrien face aux entreprises impériales permanentes souhaitant sa mise sous tutelle, son éclatement en une mosaïque d’ethnies en guerre permanente.

 

Caramel sur la chantilly, il bénéficie d’une décapante préface d’Alain Cholet, ancien directeur du “Service de Renseignement de la Sécurité - chargé de la lutte antiterroriste, de la contre-criminalité et du contre-espionnage à l’étranger” de la DGSE (10).

 

Oui. Il arrive que, dans les services secrets, des “responsables” ne se contentent pas des stéréotypes d’une propagande, des compulsions racistes ou idéologiques, lorsqu’ils analysent une situation, un continent, une région ou un pays. Exerçant ce “mix” indispensable : connaissance, expérience et, surtout, honnêteté intellectuelle.

 

C’est avec une lassitude amusée qu’Alain Cholet résume les inusables clichés “diabolisateurs” de la propagande atlantiste à l’encontre de ce pays :

« … la Syrie est régulièrement présentée par les médias occidentaux, en particulier français, comme une sorte de dictature ubuesque sur le modèle de la Corée du Nord  avec laquelle elle partage d’ailleurs le douteux privilège d’être classée dans “l’Axe du Mal” par l’administration américaine.

Toujours selon ces mêmes médias, les dirigeants syriens cultiveraient la volonté obsessionnelle de maintenir leur population sous une chape de plomb, de rayer Israël de la carte, d'annexer le fragile Liban, de se doter d’armes de destruction massive y compris nucléaires, de soutenir toutes les entreprises terroristes, d’entretenir un désordre permanent dans l’ensemble du Moyen-Orient et d’être le dernier obstacle de la paix dans la région. » (11)

 

Comment lutter contre le confort intellectuel d’une propagande qui vous assure, flattant votre narcissisme, que susciter, organiser, financer, armer, la guerre civile dans un pays, est un acte hautement civilisateur engendrant, sur ses morts et décombres, les délices paradisiaques de "La Démocratie" ?... Piqure d’anesthésie des aventures coloniales, imparable : se "shooter" à la Bonne Conscience

 

Les grands inquisiteurs, dans leurs prêches hystériques, ont lancé l’anathème : le « régime syrien » est une des incarnations du Diable sur cette planète !... L’excommunication pour satanisme étant édictée, il ne reste plus qu’à brûler le pays médiatiquement et l’écarteler, le démembrer, en morceaux sous les bombes de l’OTAN, avec la bénédiction déculpabilisante des résolutions de l’ONU…

 

feu-d-artifice---damas---juillet-2011.jpg

Place des Omeyyades à Damas – immense manifestation du Peuple Syrien contre les ingérences étrangères - 17 juillet 2011

 

 

Alors, qu’importe que la Syrie ait accueilli à bras ouvert de multiples populations au cours de sa longue histoire ?... Les juifs chassés d’Espagne par les chrétiens au XV° siècle et ceux chassés par les pogroms tsaristes au XIX° siècle. Les 500.000 réfugiés Palestiniens subissant la spoliation de leur terre et les nettoyages ethniques récurrents depuis la Nakba en 1948 jusqu’à nos jours, avec ses villages détruits par centaines, ses oliviers rasés par milliers. Les 2 millions de réfugiés Irakiens, suite à la destruction méthodique de leur pays par l’Empire et ses vassaux…(12)

 

Qu’importe qu’une partie de son territoire, le Golan, soit toujours occupé malgré les résolutions de l’ONU et les engagements internationaux ? Qu’importe qu’il soit régulièrement survolé et même bombardé par avions et navires de l’Occident ?

 

Qu’importe que lui soient imposés « sanctions » et « embargos » aussi illégaux qu’injustes par l’Empire et ses vassaux, entravant le pays dans le financement de son commerce extérieur et intérieur, son transport aérien et maritime, son système bancaire, la légalisation d’un marché des devises, encourageant ainsi contrebande, corruption et marché des changes parallèle ?... (13)

 

Qu’importe, malgré ces obstacles permanents, le peu de ressources naturelles par rapport à ses voisins de la région, le poids des réfugiés de toutes nationalités représentant 15% de sa population, que la Syrie connaisse un taux de croissance moyen de 5% par an, avec une dette extérieure de 8% du PNB (un des moins endetté au monde), des investissements multipliés par 12 depuis 2001, des exportations doublées depuis 2000… (14).

 

Qu’importe qu’en Syrie il y ait, depuis une quinzaine d’années, une évolution politique inconnue chez une dizaine de pays “alliés” de l’Occident dans la région :

« … un parlement élu où siègent les représentants de différents partis politiques, dont un parti communiste … les femmes disposent dans les institutions syriennes des mêmes droits que les hommes… le gouvernement […] compte en son sein plusieurs femmes à des postes majeurs… les élections […] ne se différencient guère des pratiques électorales du Maroc ou de la Jordanie pourtant présentés comme des modèles de démocratie en marche… » ? (15)

 

Qu’importe que la Syrie ait été diffamée pendant des mois par La Communauté Internationale et ses instruments de propagande, sous l’égide de l’ONU, au prétexte qu’elle aurait organisé l’attentat contre le premier ministre libanais Hariri ? Pour reconnaître ensuite que ce n’était pas le cas… Sans regret, excuses, ni sanctions à l’encontre les diffamateurs et leurs relais…

 

Qu’importe que dans le contexte de tensions, de menaces, et d’agressions incessantes qu’il subit, le pays se soit organisé en gouvernement d’union nationale, qu’il tienne à son droit à l’autodétermination, au respect de sa souveraineté nationale ?

 

 

Le Saut du Cabri 

 

Pourquoi cet acharnement de l’Occident contre la Syrie ?...

 

Très simple à comprendre : le Moyen-Orient doit être morcelé en micro-Etats “ethnico-confessionnels” sous tutelle israélienne. Plan géostratégique exposé, détaillé, en particulier, par Oded Yinon dans la revue Kivunim (Orientations) publiée par l’Organisation Sioniste Mondiale à Jérusalem, le 14 février 1982. Trente ans déjà…

 

Avec l’objectif clairement affirmé, revendiqué, dans la légitimité et l’impunité de son bellicisme :

« L’éclatement de la Syrie et de l’Irak en régions déterminées sur la base de critères ethniques ou religieux doit être, à long terme, un but prioritaire pour Israël, la première étape étant la destruction de la puissance militaire de ces Etats ». (16)

 

Meilleur moyen ?... Devenu à présent un classique : l’intervention de l’OTAN sous couvert de sauvetage humanitaire dans une guerre civile. En agissant sur deux plans :

 

1.  Créer les conditions réelles, ou même apparentes, d’un conflit entre groupes ethniques, religieux, qualifiés « d’opposants au régime ».
Dans le cas de la Syrie, ce ne sont pas des manifestations similaires à celles de Tunisie ou d'Egypte qui ont surgi, pacifiques, toutes tranches d’âge et de conditions sociales réunies sur des places publiques pour manifester dans une ambiance festive et solidaire. Mais de véritables raids de commandos parfaitement organisés avec des snipers équipés de fusils à longue portée. (17) Opérations coups de poing se déroulant, par rotation, de la frontière jordanienne à la frontière turque. Beaucoup de militaires et de policiers ont été ainsi tués et des administrations publiques brûlées. Les morts étant systématiquement attribués au « régime » à renverser.

 

Deux opérations d’envergure ont retenu l’attention par leur mode opératoire, démontrant une puissante organisation logistique avec l’apport d’éléments infiltrés, couplée à une mise en scène de la désinformation médiatique immédiatement diffusée à l’échelon des pays membres de l’OTAN :

=> Le mitraillage de nuit d’un convoi militaire (simples camions bâchés), sur l’autoroute côtière de Lattaquié, par un commando débarqué puis exfiltré à partir de la mer. Probablement par un sous-marin. La propagande occidentale faisant état, plusieurs jours de suite, d’exécutions sommaires de militaires par des « policiers fidèles au régime » du fait qu’ils refusaient de tirer sur la foule. Le récit des survivants et des blessés, officiers et soldats, n’a jamais été diffusé par nos médias. Leurs témoignages concordants font tous état d’une embuscade menée par des professionnels “hautement qualifiés”… 

=> L’attaque surprise et l’occupation de la localité de Jisr al-Choughour par des commandos puissamment armés et cagoulés. Massacrant tous les représentants de l’ordre, jetant les corps dans deux charniers. Incendiant les bâtiments publics. Terrorisant la population, entraînant de force plusieurs dizaines d’habitants, avec leurs enfants, de l’autre côté de la frontière turque. Afin de simuler l’exode de « milliers » de syriens « fuyant la répression du régime », hébergés dans des tentes, devant des caméras de TV de la propagande. Désinformation complaisamment relayée par nos médias, faisant état d’au moins 10.000 réfugiés, etc.

Les 198 habitants enlevés ont tous pu retourner en Syrie, le 18 juillet dernier, libérés par le commando une fois l’opération d’intox terminée et dans la crainte d’une opération militaire turque. Les tueurs s’exfiltrant par la partie turque du Kurdistan.

 

 

2.  La « diabolisation du régime » par une désinformation qui atteint une dimension délirante, rappelant la période précédant l’invasion de l’Irak par l’Occident. Nombreux sont ceux qui ont compris et réagi devant ce cumul de contrevérités, prenant souvent des tournures rocambolesques. Comme celle de « la lesbienne syrienne persécutée par le régime », qui était en fait un américain gérant cette opération mensongère depuis un site en Ecosse…

 

Le refrain principal, obsessionnel, de la propagande est "le nombre de morts", ne cessant d’augmenter dans une progression exponentielle. Il est frappant de voir les médias énoncer des morts par ville et village, mais être incapables d'établir le nombre des victimes des bombardements et tueries effectués par les membres et associés de l’OTAN en Irak, en Afghanistan, à Gaza, au Liban ou ailleurs.

 

Avec d’autant plus d’aisance que les sources sont invérifiables, se reprenant en boule de neige, d’une agence à l’autre, d’un média à l’autre, se citant les uns les autres à partir d’un courant d’air. Dans l’inflation. Officiellement, les “sources” seraient : des organisations humanitaires sans préciser lesquelles, des particuliers « sous réserve d’anonymat », des comités de coordination régionale inconnus, des groupes de l’opposition… Toute une faune, aussi bigarrée que fantomatique. Le principe est simple : tout mort, se multipliant comme des petits pains, est le fait des « partisans du régime ».

 

Dans cette arnaque à l’information, sur le fond et la forme, prenons au hasard un exemple caricatural des multiples dépêches d’agence : celle de l’agence Reuters du 19 juillet 2011, qui précise que 10 personnes ont été tuées à Homs. (18)

 

Quelles sont les sources de l’agence de presse ? Un « comité de coordination régionale », nous n’en saurons pas plus. Les responsables de ces morts ? Même pas les "forces de l’ordre", ou les "policiers du régime". Non, on passe à un degré supérieur dans la personnalisation de la diabolisation : ce sont « les partisans du président syrien »… Donnant ainsi le titre de la dépêche : Les partisans du président syrien tuent 10 personnes à Homs.

 

Les Syriens ont compris la manipulation par l’Occident de leurs souhaits et espoirs. Contrairement aux schémas de la propagande des membres de l'OTAN, ils aspirent à une évolution démocratique de leur pays, dans la prospérité et la paix. Mais, refusent l’ingérence étrangère. D’immenses manifestations, se sont déroulées dans les principales villes, notamment les 17 et 18 juillet 2011, pour signifier leur volonté d’indépendance nationale, leur droit à l’autodétermination. Bien sûr, aucun média de l’Empire n’en a fait état. Aucune image. Aucune vidéo… L’autocensure de nos médias…

 

Le rejet de l’intervention des puissances étrangères est clair : les Syriens ne veulent pas subir, comme l’Irak ou la Libye, un pseudo « comité de transition » composé "d’opposants bidons" soi-disant en exil qu’ils considèrent comme d’authentiques « collabos », figurant depuis des années sur les livres de paye des services secrets occidentaux. Pour les Syriens, l’évolution de leur pays viendra de l’expression populaire de l’intérieur, et non pas des « vendus à l’étranger » camouflant les manœuvres de l’Empire.

 

Evidemment, il ne s’agit pas de défendre un régime par rapport à d’autres. Ou ignorer absence d’alternances, emprises de la corruption chez les uns et pas chez les autres.

Qui ne souhaite pas « La Démocratie », pour tous ? De Gaulle disait que la construction européenne ne consistait pas à « … crier  “l’Europe !”, en sautant comme un cabri ». Il en est de même pour « La Démocratie ». Une lente et permanente construction, avec ses avancées et ses régressions, en Syrie ou ailleurs, comme chez nous.

 

Notre diplomatie doit-elle continuer à hystériser, s’impliquer dans une politique extérieure imposée par des Etats étrangers, réputés être des « alliés », fondée sur l’agression et l’arrogance, contraire aux valeurs que nous prétendons représenter, et à nos propres intérêts ?

 

Sachant que les prétentions de l’Occident, au Moyen-Orient, ne résisteront pas au Temps. Malgré la violence de son idéologie conquérante dissimulée sous le masque démocratique ou humanitaire pour anesthésier son opinion publique, sa propagande hallucinée de mensonges permanents, l’utilisation de sa force militaire jointe à la menace de son arsenal nucléaire. Ses implantations coloniales directes ou indirectes, ne pourront s’opposer à l’évolution et aux réalités de l’Histoire. Encore moins, celles fondées sur l’imposition d’un apartheid organisé selon des discriminations religieuses. L’effondrement des royaumes francs ou latins, imposés par les Croisades, en témoigne.

 

Notre diplomatie n’est pas un vecteur d’idéologie à la disposition servile d’intérêts étrangers au destin de notre pays, mais un outil d’analyse géopolitique, de compréhension, de résolution, et non pas de création, des tensions et conflits. Proposant respect mutuel, conciliation, dialogue, et coopération pour enrayer radicalisation et surenchère.

 

La paix, lorsqu’on la souhaite véritablement, nait de la coopération économique et culturelle. Non pas du mépris, de la menace, de la diabolisation, de l’agression. Surtout au Moyen-Orient, le plus grand foyer actuel de tensions et de risques de guerre mondiale.

 

C’est une action d’apaisement, de désarmement atomique, d’incitation au respect du droit international qui doit être encouragée. Une action d’incitation à l’application des multiples résolutions de l’ONU non encore mises en œuvre à ce jour, notamment en Palestine. Certaines depuis plus d’un demi-siècle.

 

Paroles et actions de Paix, avant tout. Telles devraient être les priorités de la politique étrangère de la France.

 

Mais, qu’importe ?...

 

Comme ils viennent de le faire pour la Libye. Dans l’euphorie de la veulerie pour ne pas changer, les “représentants du Peuple Français” à qui ils ne demanderont surtout pas son avis, dans un vibrant élan pour « la promotion de La Démocratie - la défense de notre civilisation et de nos libertés… » nos députés voteront la guerre coloniale contre la Syrie.

 

Qui ne nous a rien fait. Ni, menacés. Ni, provoqués.

 

Et, nos Gouraud d’aujourd’hui astiqueront frénétiquement leurs bottes, devant TV et imprécateurs de la propagande, rêvant d’en essuyer les semelles sur la tombe de Saladin.

 

La France asservie…                                       

 

 

 


 

 

 

 

(1)  Richard Labévière, Talal El-Atrache, préface d’Alain Cholet, cartes réalisées par Hugues Dumont, Quand La Syrie s’éveillera…, Editions Perrin, 2011, p. 39.

(2)  Général Henri Gouraud (1867 – 1946). Amusons-nous de constater que dans Wikipedia son rôle au Moyen-Orient se limite à 3 lignes, avec la mention sirupeuse : « Gouraud débarque à Beyrouth en 1919 ; il y reçoit un accueil chaleureux ». L’inoxydable désinformation …

(3)  Julie d’Andurain, Le général Gouraud durant la grande Guerre, http://crid1418.org/doc/textes/gouraud_dandurain.pdf, (note 10).

(4)  Lire le témoignage d’une française sur ces pratiques, Alice Poulleau. Choquée par la sanguinaire répression des autorités d’occupation françaises, et sa mise en scène macabre, lors des massacres de Damas pendant la révolte syrienne de 1924-1926.

Extrait de son livre : Damas sous les bombes. Journal d’une Française pendant la révolte syrienne (1924-1926), in Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit. p. 44.

(5)  http://fr.wikipedia.org/wiki/Syrie_mandataire

(6)  L’omerta est assurée avec vigilance par nos historiens sur ces massacres de masse, d’une incroyable barbarie, programmés et gérés par notre appareil colonial à partir de  mai 1945. Bien avant les tueries des guerres d’indépendance, on estime l’ensemble des populations civiles exterminées par la France dans ses “possessions coloniales”, sous l’appellation « d’opérations de pacification » sur trois ans 1945 -1948, à plus de 300.000 personnes. L’équivalent des massacres de Nankin par les Japonais.

Rien qu’à Sétif et ses environs, plus de 50.000 personnes massacrées. A Madagascar (le summum en 1947), plus de 100.000 personnes assassinées par nos forces armées aidées des colons organisés en milices, suivant le même procédé opératoire. Une orgie de violences cauchemardesques.

(7)  L’ONU condamne l’attaque des ambassades américaine et française en Syrie, Le Monde, 13 juillet 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/07/13/l-onu-condamne-l-attaque-des-ambassades-americaine-et-francaise-en-syrie_1548073_3218.html#ens_id=1481132

(8)  Cf. publication en ligne du  philosophe Manuel de Diéguez, “Les imbéciles n’apprennent que par l’expérience” (Voltaire), notamment § 3 : « Guérit-on de l’esprit de servitude ? », 10 juillet 2011.

(9)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit.

(10)  Précision pour nos amis lecteurs non francophones utilisant la traduction automatique, DGSE : Direction Générale de la Sécurité Extérieure. Autrement dit, les services secrets français à vocation "théâtre de renseignement et d’opération" hors du territoire français.

(11)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., préface d’Alain Cholet, p. 9 – 10.

(12)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., p. 28.
(13)  Tout particulièrement, le Syrian Accountability Act voté par le Congrès américain en mai 2004, unilatéralement et en infraction au droit international, repris et appliqué servilement par les autres gouvernements occidentaux…
(14)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., p. 97-98.
(15)  Alain Cholet, préface, Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., p. 10.

(16)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., p. 84.
(17)  Dont des mercenaires, grassement rémunérés, issus des féroces milices chrétiennes du Liban à la solde des services secrets occidentaux qui se sont illustrées de longue date dans les massacres des Palestiniens, (notamment les camps de Sabra et Chatila lors de l’invasion du Liban par Israël), les dynamitages de mosquées et lieux de pèlerinage (chiites et sunnites) en Irak (oui, ces milices travaillent aussi à “l’export”…) pour créer les conditions d’une guerre civile à dominante religieuse, et autres opérations d’assassinat.

Maitrisant parfaitement les habitudes et dialectes locaux, bénéficiant de solides couvertures identitaires et d’un support technologie du plus haut niveau (télécommunications, en particulier), ces commandos et cellules de tueurs sont « indétectables »…

(18)  Agence Reuters, Les partisans du président syrien tuent 10 personnes à Homs , 19 juillet 2011.

 

 

 


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commentaires

Georges Stanechy 26/08/2011 20:24



 


 


Bonsoir Nicolas


 


Je vous rejoins dans la nécessité d’avoir un « cadre », un ensemble de règles structurant ou organisant les relations, précisant le
Droit et la Justice (y compris sociale et économique), ou le Contrat Social liant les membres d’une communauté dans la concorde et la solidarité. Autrement dit : Un Etat de
Droit. Incarné chez les uns sous forme d’une monarchie constitutionnelle, chez nous sous forme d’une République.


 


En France, la V° république est une de celles qui a permis, en effet, de stabiliser le fonctionnement de nos institutions. La IV°, par
exemple, étant « bloquée » par des intérêts antagonistes, incapable d’affronter et de résoudre les impératifs de la décolonisation, dont le plus douloureux et le plus urgent :
celui de l’indépendance de l’Algérie.


 


Mais, même ce modèle, au sens de schéma, de république n’échappe pas à la maladie contemporaine qui mine le Contrat Social dans nos
sociétés développées (la plupart des pays européens, en ce moment), avec l’explosion de l’injustice sociale et économique, tout particulièrement.


 


Avec, en conséquence, les révoltes populaires et jacqueries qui en sont les réactions directes. Nos institutions et leur fonctionnement étant,
pour reprendre votre pertinente expression : «… de plus en plus l'affaire des groupes de pression, par candidat et média interposés... ».


 


Au fil du temps, nos instituons n’échappent pas au processus d’entropie, délitement accentué dans une mortifère interaction par la défaillance
des élites ou castes au pouvoir, uniquement soucieuses de la préservation de leurs privilèges.


 


Nous devons songer à une actualisation de nos institutions qui doit prendre en compte en priorité l’actualisation de deux principes
fondamentaux :


=> La souveraineté nationale, réaffirmation ou abandon, par rapport aux prétentions d’Etats ou de groupes d’intérêts souhaitant la
détourner, ou la conditionner, à leur seul avantage (bureaucratie de l’UE au service des lobbies internationaux, OTAN au service des lobbies de l’énergie et de l’armement, prétentions coloniales
de certains « alliés » dans l’hyperviolence nous obligeant à des aventures militaires, etc.)


=> Le principe de "fraternité", réactivation ou suppression, qui est un des fondements de notre République et de notre Contrat Social. Par
pragmatisme, nous le requalifierons de « solidarité », dans son volet social et économique. Qui conduira inéluctablement à une parité (fiscale, économique et sociale) entre la "valeur
du travail", complètement discréditée actuellement, et la "valeur du capital". Ou comme disent nos amis anglophones : Human Capital = Stockholder (actionnaire) Capital



 


Mais, faudra-t-il une crise majeure pour instaurer une VI° république ?…


 


Bien à vous


 





 



Nicolas 21/08/2011 01:59



Bonsoir Georges,


Bien d'accord avec vous sur la valeur des institutions et des hommes. Faut-il encore avoir un modèle d'état... Et pour moi, le seul modèle qui, forgé dans l'adversité et par les expériences
humaines, permet d'offrir un état de droit respectant les libertés individuelles, c'est la république et non pas la démocratie. La République française a mis longtemps à émerger, après quatre
révolutions. Et une fois que la République est installée, il a fallu attendre la Ve République pour que la France ait des institutions stables. Les républicains ne sont pas des idéologues, ils
sont plutôt pramatiques et ils ne font aucun cadeau. Mais paradoxalement, ce sont les républicains qui ont élaboré les vrais espaces de liberté, même s’il s’agit d’une liberté bornée par l’idée
républicaine. Je crois que les Chinois sont dans cette phase : ils cherchent à construire une république chinoise qui emprunte tout à la fois aux expériences faites en Occident et aux traditions
culturelles de sa longue histoire. Le Chinois de la rue se contre-fiche de voter ou pas. Ce qu'il veut, c'est faire respecter l'état de droit, exiger des fonctionnaires un comportement
républicain digne.


 


Sur la notion de "démocratie", j'ai l'impression que c'est plus une limite, c'est-à-dire un point de fuite qui recule sans cesse lorsqu'on cherche à l'atteindre. Au pire, la démocratie est un
prétexte pour imposer un point de vue. Il existe plein de démocraties, autant que de peuple : démocratie athénienne, démocratie américaine, démocratie française... Force est de constater que dans
certaines démocraties, c'est de plus en plus l'affaire des groupes de pression, par candidat et média interposés...


Bien à vous


Nicolas


PS : Pour ceux qui s'intéressent à la démocratie chinoise, je vous renvoie au livre "la Chine et la démocratie" de Mireille Delmas-Marty. Il y a une tradition démocratique en Chine dans le sens
où la tradition chinoise est variée, elle est polémique et contradictoire, le domaine politique se distingue clairement du domaine religieux. C’est cette tradition qui a influencé les philosophes
des Lumières. D’après Mireille Delmas-Marty, la Chine avait quelques siècles d’avance sur l’Europe d’Ancien Régime. On ne pouvait juger et punir que conformément à la loi. Les jugements d’un
tribunal étaient toujours révisés au niveau supérieur pour le vérifier. Les lois impériales étaient publiées et des codes étaient imprimés, avec des mises à jour et des rééditions régulières.
Tout cela sous une forme moderne depuis les Ming, au moins quatre siècles avant les codes napoléoniens. Au même moment, en Europe, les Parlements jugeaient au nom du Roi, en fonction de coutumes
sur lesquelles on discutait, et rendaient des sentences souveraines à leur fantaisie. En simplifiant les choses, l’idée que le juge “applique la loi” et non “rend la justice” est chinoise avant
d’être républicaine. Mais voilà arrive le XIXème siècle où la Chine a connu misère, pillage, famine colonisation et guerre. Son développement a été stoppé de manière que la notion de démocratie
chinoise est encore incomplète.



Georges Stanechy 20/08/2011 12:43



 


 


Bonjour Nicolas


 


Il est effectivement extrêmement complexe de comparer des systèmes politiques et de les étalonner par rapport à une « mythique
démocratie », dont on voit en Europe actuellement combien elle est limitée, dès lors que sont mis en jeu les intérêts de l’oligarchie gouvernante.


 


Cela exige une méthodologie exigeant une multitude de paramètres qu’il convient de "lisser" pour comparer le comparable. Suivant les
techniques de Benchmarking, lorsqu'elles sont sérieusement employées... Sinon, c’est quitter le terrain de la rigueur de la recherche scientifique pour afficher des slogans ou des
projections idéologiques, bien souvent formatés par des propagandes.


 


Comparer les systèmes politiques, les institutions, de la GB ou de la France avec la Chine, par exemple, en exigeant un niveau comparable à
l’instant T : est un wishful thinking, prendre ses désirs pour la réalité.


 


La France, je le rappelle souvent est (comme la GB) l’équivalent d’une petite sous-préfecture à l’échelle d’un pays comme la Chine, en termes
de population et de superficie. Pays européens immensément riches, grâce en partie à l’accumulation, pendant plusieurs siècles, d’exploitations coloniales sur tous les continents. Alors que la
Chine sort à peine d’un siècle de pillage occidental (1840-1940), d'une guerre contre le Japon, d’une guerre civile, d’un embargo (dont certains éléments sont toujours en cours) de plusieurs
décennies dans un contexte de Guerre Froide (l’Occident considérant que seule l'île de Taïwan était la Chine…), etc.


 


En une trentaine d’années, la Chine a réussi à sortir (cf. statistiques et rapports de la Banque Mondiale) au minimum 450 millions de chinois
de la pauvreté. Et, la tendance se poursuit. Pendant ce temps, la France et les pays européens précipitent leurs propres populations dans la précarité et la pauvreté.


 


En ce cas, où commence la démocratie ?...


 


Modestement, il convient de se rappeler que la valeur d’une institution, d’un système politique, est uniquement celle des hommes qui les
animent… Souvenons-nous de la boutade de l’écrivain Reinaldo Arenas comparant les institutions et régimes communistes et capitalistes (il est mort du sida à New York, dans le désespoir et la
solitude), que je paraphrase :


« Quel que soit le système politique, le peuple est mené à coups de pieds au derrière. Seule différence : chez les uns il est
obligé d’applaudir, chez les autres on l’autorise à gueuler… ».


 


Bien à vous


 





 



Georges Stanechy 20/08/2011 11:49



 


Cher Hédi


 


Merci pour ce complément d’informations. Très important.


 


Encore une fois on assiste à la manipulation des religions par les politiques. Michel Foucault a raison. Il le démontre tout au long de son
œuvre sur les normes et organisations sociales, répressives : c’est "le politique" qui instrumentalise "le religieux". Pas le contraire.


 


La contrerévolution, financée avec l’argent saoudien (les USA ne vivant qu’à crédit…), va probablement gagner cette manche. Certes, ils vont
arriver à corrompre, acheter, des militaires et une poignée de fanatiques… Imposer une autocratie dans la région, sous une forme ou une autre. Dans le meilleur des cas, camouflée sous des
simulacres électoraux.


 


Mais, pour combien de temps ? Pour quel avenir ? Pour quel projet de société ?


 


Quand on connaît l’immense mépris que la communauté musulmane, dans son ensemble, porte aux tyrans saoudiens… Même chez une grande partie des
Frères Musulmans (notamment en Egypte) qui sont, rappelons-le, une immense mosaïque de sensibilités, intérêts, volontés, niveaux culturels ou intellectuels, variant d’un pays à l’autre, comme l’a
si bien expliqué un François Burgat.


 


Tout cela n’est que château de sable construit par des féodaux et des traîneurs de sabre, se trompant de siècle, face à une immense vague qui,
inéluctablement, va déferler et les emporter…


 


Amitiés


 





 



Nicolas 19/08/2011 09:32



Chahid Slimani a dit certaines choses qui m'ont interpelé : "La démocratie instaure une réponse « institutionnelle » à la démence des dirigeants", puis "Quelle institution démocratique en Syrie,
en Russie, en Chine".


Il me semble que la comparaison est biaisié. Pour que la comparaison ait un sens, il faut considérer la richesse et les problèmes du pays. A problème équivalent, je ne suis pas certain que les
démocraties occidentaux puissent mieux être gérées que la Chine. Il est probable que la France explose si elle connaît les mêmes problèmes sociaux que la Chine. 


En tout cas, j'ai le sentiment inverse que Chahid Slimani : il y a une impuissance institutionnelle à régler les problèmes dans les pays occidentaux. On peut citer les crises économiques,
l'affaire Murdoch, les guerres et intervention en Lybie, sans accord du peuple. On voit en ce moment des mouvements de rage en Angleterre, qui traduisent un dégoût de la politique. Il me semble
que depuis une décennie s'est imposée la vision d'un monde politique dont on ne peut rien attendre. Le multipartisme, c'est de la poudre aux yeux : il n'y a pas de véritables alternances entre
les partis politiques, mais plutôt des querelles partisanes... le spectacle que vient récemment de donner les USA face à la dette abyssale, l’irresponsabilité.  Pourtant rien ne naît en
face, dans les émeutes anglaises, apparaît clairement l’ impossibilité de construire une alternance : le mouvement est celui de la foule imprévisible, avide, pilleuse, ce qui a été aussitôt
utilisé par le pouvoir pour encourager ces figures tout aussi inquiétantes, les bons citoyens venus faire la propreté. Le pouvoir et les médias prétendent isoler les fauteurs de troubles sur des
bases raciales mais aussi celle d’une jeunesse qu’il faut mater. Le vide politique plus la division sont et restent les meilleures armes d’une classe politique qui joue sa propre survie et n’a
rien d’autre à offrir qu’une accumulation de plus en plus injuste et de plus en plus dévastatrice. Laisser se créer un feu que l’on peut manipuler pour éviter la contagion et le rassemblement est
une vieille tactique mais elle peut s’avérer dangereuse désormais.



Nicolas 19/08/2011 02:08



Bonjour,


La Syrie est en proie à plusieurs dangers :


- Dangers intérieurs avec la recrudescence de violence dans tout le pays. Dans ses recherches de relations avec les Etats-Unis et les pays voisins, le régime syrien a augmenté les craintes du
peuple de faire des concessions. Monsieur Assad n'a pas pris en compte tous les problèmes et subit aujourd'hui les revendications violentes des mouvements populaires.


- Dangers extérieurs : la solution militaire choisie par monsieur Assad est immédiatement exploitée par les pays impérialistes avec l'immixtion des pays comme la France, les Etats-Unis et la
Turquie. Cette immixtion est un conséquence de la position stratégique de la Syrie. De plus, Washington est assez énervé par le renforcement militaire russe dans ce pays.


Je crois qu'il ne faut pas renvoyer dos à dos l'impérialisme et Bachar Assad. Il faut mesurer le fléau d'ahourd'hui : qui est victime d'injustice réelle ? Sur qui risque de tomber les
bombardements ? Il faut absolument empêcher les interventions étrangères genre OTAN ou BHL car c'est le peuple syrien qui va payer et cela va encore renforcer Bachar Assad car nul n'aime les
missionnaires bottés et casqués. On le voit dans le cas de la Lybie où les bombardements de l'OTAN ont pour effet inverse de renforcer Khadafi.



Hédi 16/08/2011 17:55



Cher Georges,


cet article, en guise de modeste complément :http://hedidh.blogspot.com/2011/08/les-enjeux-de-la-bataille-de-syrie.html


Amitiés



Georges Stanechy 01/08/2011 10:48



 


Bonjour Noor


 


Je joins mes voeux aux tiens, en souhaitant à tous les musulmans un Bon Ramadan.


 


Avec, bien sûr, une pensée particulière pour tous ceux qui vont devoir le vivre dans la souffrance des guerres et atrocités imposées par les puissances coloniales.


 


Amicalement


 


 


 



Noor 29/07/2011 17:11



Bonjour et salam à vous tous,


Quoi dire après ce que je viens de lire?!


Georges je ne pourrais pas partir à Bagdad en cette période du mois de Ramadân comme je le regrette, la prochaine fois sûrement.


En cette période de Ramadân, je souhaite aux musulmans du monde entier et en particulier aux palestiniens et amis irakiens, force et courage.


A la prochaine cher Georges.



Chahid Slimani 27/07/2011 20:50



Cher Georges


 


Sois patient, laisse faire le printemps arabe. La ruse de l’Histoire est avec nous. Les colibris arabes apprennent vite…


 


Crois tu que nous avons renié nos valeurs de Vérité, de Liberté, de Justice, d’Amour et de Beauté !


 


Vois les choses sous un autre angle :


 


L’OTAN s’est déjà embourbée en Libye, en Afghanistan… sa chevauchée s’arrête là. BHL ne sortira pas indemne du mirage libyen.  Il ne faut pas le
surestimer, ce n’est qu’un vieux cheval captif de son obsession et incapable  de prédire le reste…


 


Seul un Che Guevara aurait flairé cette ruse de l’Histoire (un Viêtnam, deux Viêtnam, trois Viêtnam…) . Une pierre deux coups : un dictateur de moins (Kadhafi)
et un bras armé de l’Empire affaibli… même l’Europe va devoir changer après la Libye, pour le meilleur j’en suis convaincu.


 


En soutenant les révolutionnaires libyens, des pays comme le Qatar, la Turquie … ont flairé l’enjeu. Il ne faut pas les diaboliser juste parce qu’ils sont
« sunnites » comme dit Thierry Meyssan et ses « amis résistants » dépassés par les événements.


 


La malheureuse fiction « Al-Qaïda » qui servait les intérêts des américains, des sionistes et des iraniens n’a pas marché pour confiner le monde arabe et
sunnite dans une spirale qui lui est étrangère.


 


Pourquoi les turques ont voté Erdogan, pourquoi les égyptiens et les arabes se soulèvent maintenant, pourquoi Bachar est condamné … ? Des questions qui méritent
réflexion et méditation car tout est lié…


 


La région a une histoire, que maitrisent assez les turques, les égyptiens etc. (crois moi, les turques connaissent mieux la Syrie que Bachar !)


 


La région est en train d’être remodelée pour le meilleur. Il faut leur faire confiance.


 


L’Iran, ses islamistes, les islamistes en général, ne font plus le poids face aux sionistes. Un seul virus informatique a brisé le rêve de l’Iran qui demeure
légitime…


 


Le printemps arabe intervient à un moment crucial de l’histoire de la région. Les postures d’antan ne font plus le poids.


 


Une page doit être tournée dans le monde arabe. Gouraud, Saladin, Lawrence d'Arabie… là n’est pas la question cher Georges.


 


Amitiés



Georges Stanechy 27/07/2011 11:38



 


 


Chère Aline, Cher Chahid, Bonjour


 


Merci pour ce passionnant échange sur les voies et chemins de La Liberté.  Espérons que la Syrie la trouve, dans la
paix civile…


 


Dans ses harangues antisyriennes, notre vénéré proconsul de l’Empire, BHL, flanqué de ses deux assistants, Juppé aux
affaires étrangères et Longuet à la défense, est porteur d’un tout autre projet.


 


Sous le qualificatif inusable « d’ingérence humanitaire », ce ne sont que bruits, manœuvres, coups tordus et campagnes de
propagande, qu’ils ont soutenus et appliqués en Irak, en Afghanistan et en Libye : sanctions, embargos, bombes et drones, occupation soldatesque.


 


Longuet vient de déclarer, toutefois, qu’une opération aérienne ne règlerait
rien. Signe évident que nos brillants stratèges ont travaillé sérieusement la question. En conséquence, faut-il envoyer un corps expéditionnaire à la Gouraud ? Combien d’hommes, pour
combien de temps ? Combien de morts et de destructions, endurés par les populations civiles ?


 


Si s’opposer à une intervention armée de l’Occident est perçu, combattu, méprisé, comme étant un infâme « soutien à la dictature »,
alors m’inclinant, je dis : Amen…


 


De toute façon, loin des considérations intellectuelles de notre amical panel, l’Histoire tranchera. A son habitude. A la hache…


 


Amitiés


 






Aline 27/07/2011 06:17



suite


On remarque que la foule reproche au pouvoir son pro-américanisme, alors que c’était l’élément politique qui semblait le plus positif et que Bachar lui-même mettait en avant. Est-ce là une forme
de  lucidité du peuple que sa classe dirigeante pensait pouvoir lui cacher? Il est des humiliations que le peuple ressent plus profondément que ses dirigeants. Je pense au bombardement des
installations militaires par l'aviation israélienne entrée dans le pays comme dans un moulin.


En effet, Israël s’est très bien accommodé de Bachar. Un pouvoir fort à ses frontières, même s’il s’affiche  comme hostile en paroles, lui convient parfaitement. Seule la 
démocratisation du monde arabe lui fait peur, car elle seule est porteuse de principes et d’exigences universels. Or, Israël a horreur des principes universels et revendique une « morale » 
privée  - une immoralité, dirons-nous –  qui lui permet de poursuivre la colonisation de la Palestine. C’est ce qu’expriment les paroles la chanson ci-dessus. 



Le pouvoir ne s’y est pas trompé. L’auteur de cette chanson a été assassiné. Egorgé.



Longue vie à tous les colibris arabes qui chantent la liberté, la justice et le « feu allumé dans les cœurs » et pardon pour ce long commentaire.



Amitiés



Chahid Slimani 27/07/2011 01:41



(suite du commentaire)


 


La Syrie n’est pas Bachar…


 


Bachar est né en 1965, les syriens résistaient bien avant et résisteront encore après.


 


Un homme, aigle et acclamé soit-il ne fait pas une nation, une prétention démente de dictateurs qui se termine souvent dans le sang et le feu. Kadhafi vient de
déclarer avant-hier « je suis un prophète » (ana nabi) !!! C’est de cet avion fou que je m’éjecte…


 


La démocratie instaure une réponse « institutionnelle » à la démence des dirigeants. En Occident cette démence ne dépasse pas un seul, voire deux mandats,
et le dirigeant est expédié à la poubelle de l’histoire. Cette « échelle de secours » du système démocratique  permet aux sociétés occidentales et au peuple de se
rattraper. On ne peut que saluer ce « modèle » loin de la propagande des uns et des autres.


 


Quelle institution démocratique en Syrie, en Russie, en Chine, en Iran ou dans n’importe quel autre pays arabe serait-elle en mesure de corriger les erreurs, voire
la démence de son dirigeant ?


 


Aucune.


 


Encore une fois le modèle politique « occidental » a su s’adapter contrairement aux rescapés de la guerre froide qui manquent de transparence et de vision
à long terme.


 


À en croire certains, les sociétés arabes devront subir éternellement la gouvernance des « Rais ». Les réduisant ouvertement ou implicitement « selon
les raisons convergentes » à la condition de minorité.


 


Ainsi les syriens ne seraient pas capables de voir le complot d’un Occident qui cherche à « atomiser, démembrer, éclater la Syrie », pis, tout arabe qui
ose dénoncer ce « courant » est un « traitre », « naïf », « apprenti occidental » etc.  


 


Le temps des « Zaïms » et des « Saladin » est révolu…


 


Pour combattre le sionisme, une ruche d’abeilles autour d’une reine n’est pas la bonne solution. Ils sont capables chaque fois d’abattre la reine et de briser la
ruche pour des décennies…


 


Tout doit se construire autour de l’Agora et des institutions et au diable les hommes et les reines de ruches.


 


Ce malaise de la « résistance de trop » m’étouffe cher Georges. 


 


L’Iran, Assad, le Hizbollah etc., ne résistent que depuis deux ou trois décennies et c’est tout un théâtre. Soyons honnêtes et racontons aux enfants ce que le
Fatah, l’Egypte et les autres arabes ont donné à la cause palestinienne, et pourtant, et pourtant… quand on lit Thierry Meyssan : « tous les arabes et tous les sunnites sont des
traitres et Recep Tayyib Erdogan a choisi le néo-ottomanisme pour s’adresser aux Arabes »…


 


et on n’a même pas le droit de dire que c’est nauséabond et simpliste!


 


Après Kadhafi, Bachar et les autres, les mêmes vont devoir défendre les généraux algériens, car ils seront les prochains sur la liste. Un autre
« complot » de l’Occident contre des généraux « résistants » ?


 


Une logique sans issue… et c’est de cette logique que je m’éjecte…


 


Amitiés



Chahid Slimani 27/07/2011 01:37



Bonsoir cher Georges


 


Et dire que les révolutionnaires arabes pensent après « déclencher » un printemps arabe de la culture,
chassant des sociétés arabes culturellement cette fois-ci les « Cheval de Troie » saoudiens, iraniens, sionistes etc.  Une
« étape » orageuse indispensable pour la suite des événements.


 


Il est question avant tout de préparer l’avenir du monde arabe, qui ne doit être ni islamiste, ni communiste, ni
capitaliste, mais démocratique et social. J’en suis profondément convaincu et j’y milite.


 


Je soutiens donc le printemps arabe par principe, qu’il frappe à droite ou à gauche, je ne verserai aucune larme sur
aucun régime. Ils sont tous pourris.


 


Saddam a commencé en dictateur et a terminé en résistant, les autres termineront en dictateurs et en
criminels.


 


Bref …


 


Cher Georges, tu parles de la Syrie alors que moi je parle du régime de Bachar, c’est différent.


Tu parles des pays arabes, alors que moi je parle des citoyens arabes, c’est encore différent.


 


« Qui a défendu sa « souveraineté nationale » sur ce plan ?... Rien qu’un nom… »


 


Aucun régime arabe ne défend sa souveraineté et ne pourra la défendre… raison de plus pour soutenir ces marées humaines
pacifiques qui sortent manifester spontanément poussées par le même sentiment d’humiliation et de ras-le-bol que nous dénonçons tous. 


 


(suite du commentaire)



Aline 26/07/2011 20:49




Cher Georges, bonsoir,
Vous connaisssez, naturellement, la grande épopée de Lawrence Durrell  intitulée le Quatuor d’Alexandrie. Dans cette vaste fresque en quatre volumes, quatre
personnages (Justine, Balthazar, Mountolive et Cléa) racontent quatre fois la même histoire, mais vue à travers sentiments de chacun des protagonistes, leur point de vue propre
et surtout une vision différente du sens des faits et des  gestes des autres personnages.



Quid d’un Quatuor de Damas ? Quelle est la bonne distance pour comprendre les évènements de Syrie ? Celle du diplomate anglais Mountolive, qui rappellerait
l’histoire de la Syrie depuis les croisades ? Celle  de Justine, la maîtresse juive du narrateur, qui se trouve dans la situation du  Fabrice à Waterloo dans la Chartreuse
de Parme? Celle de Cléa, l’artiste, qui a ses entrées dans les allées du pouvoir et qui croit tout comprendre à partir des bribes qu’elle capte ici et là? Celle du révolutionnaire
Balthazar, l’homme de  terrain? Le  point de vue d’où l’on parle est important. C’est pourquoi j’ai bien conscience que ce qui suit est le fruit de ma propre subjectivité.



Vous insistez beaucoup sur les influences extérieures dans les affaires  de Syrie et vous remontez même jusqu’au général Gouraud en 1919. Les complots souterrains sont une donnée permanente
des relations entre Etats. Il suffit de lire les mémoires de Talleyrand pour s’en convaincre. La présence ridicule de notre ambassadeur et de celui des Etats-Unis dans un cortège accrédite ce
point de vue, mais je pense qu’il s’agit là d’une péripétie absurde, bien digne de notre politique étrangère en lambeaux, mais  pour ma part, je pense que la cause profonde  des
évènements actuels en Syrie est avant tout syrienne.


Le 25 juillet 2011, le gouvernement syrien a adopté un projet de loi autorisant  enfin le multipartisme pour "permettre l'alternance" du pouvoir en Syrie. Comment appelle-t-on un pays dans
lequel l’alternance du pouvoir était  interdite? Une monarchie absolue ou une dictature.



En février 2011, un  Bachar  El Assad , sûr de lui,  affirmait que la Syrie était à l’abri des mouvements qui secouaient la Tunisie et l’Egypte en raison de sa politique étrangère
« honorable » et de sa non soumission à l’axe américano-sioniste. Bachar aurait dû mieux connaître son peuple et comprendre qu’une politique étrangère habile ne peut faire oublier une vie
quotidienne de plus en plus insupportable  qui génère  une vraie demande de changement ; il aurait dû prévoir que la contamination de la révolte sociale et politique était inévitable et
anticiper. Gouverner, c’est prévoir.



Un des réels avantages de la démocratie, c’est que les maffieux et les corrompus ne peuvent s’enkyster durablement dans les tuyaux du pouvoir. La corruption a besoin de la durée pour établir ses
réseaux et se « légitimer ». Or, les Syriens étouffent sous le trop long règne du père et du fils. Ils sont peu accessibles à des considérations de géopolitiques   et comme tous les
peuples de la terre,  veulent avant tout des réformes et plus de justice sociale. Ils sont dégoûtés par une corruption omniprésente et étouffent sous la poigne de fer des services
sécuritaires omniprésents  hérités du père de l’actuel dirigeant. Un parti unique, représentant une petite  tribu et un mouvement  religieux au pouvoir depuis un demi-siècle, 
ne pouvait que finir par devenir insupportable.



 Or, les Assad et leur parti militaro-religieux héréditaire sont au pouvoir depuis 1963. Il suffisait d’un prétexte ou d’une étincelle pour mettre le feu au pays, point n’était besoin d’un
complot. Si Bachar avait été assez fin politique et avait étudié la Révolution française, il aurait promulgué son projet de loi sur le pluralisme des partis  le 25 février 2011 et non alors
qu’il était pris à la gorge et il aurait entrepris dare-dare des réformes profondes de son régime dès le début des mouvements de Tunisie et avant que le peuple sorte dans la rue.  Mais un
pouvoir absolu rend aveugle et sourd.



Quand le peuple est dans la rue, tout est toujours trop peu et trop tard. Le temps des réformes est passé. On entre dans le temps de la révolution. L’aspiration à la justice et à la liberté sont
« totalitaires » au sens où le peuple veut tout et tout de suite et aucune considération de géopolitique  ou de prudence n’a de prise sur les demandes  d’un peuple en colère,
de plus en plus exigeant au fil des répressions et des capitulations du pouvoir.



Sur 14 millions d’habitants, il n’était  pas impossible de rassembler un million de sympathisants du régime en place autour d’un gigantesque drapeau. Issus principalement  de la 
classe moyenne  de  Damas chouchoutée par le pouvoir ils  crient leur  amour pour leurs dirigeants tout en défendant leurs avantages. Mais aucune conspiration extérieure n’est
en mesure de jeter  dans les rues de toutes les autres villes du pays, depuis trois mois, jour après jour,   les centaines de milliers de manifestants les plus pauvres  et les
plus revendicateurs : les innombrables laissés- pour-compte qui font les révolutions.



A quoi servait la pléthore de forces de police, de sécurité ou de contre-espionnage sans compter une armée de composition tribale  et dévouée au pouvoir, si tous ces organes de répression se
sont révélés  incapables de localiser et de  maîtriser  quelques groupes marginaux violents,  manipulés  ou non,   qui s’agrègent inévitablement à toutes les
manifestations populaires , comme on le voit également en France dans toutes les manifestations?  Par la force des choses, d’innombrables circonstances intérieures sont sources de
mécontentement et peuvent être qualifiés de « complot » : retour des salafistes d’Irak, luttes intestines entre tribus et  mouvements religieux  accusés d’être manipulés tantôt par
l’Iran, tantôt par le pays des Saoud. Je n’oublie pas les tentatives  des pays  occidentalo-sionistes de pousser leurs pions et de profiter de l’affaiblissement du pays. 



Tout cela augmente la confusion générale, mais seul un corps social et politique malade permet aux influences  parasitaires parallèles de prospérer. C’est faire injure aux Syriens de
considérer qu’ils sont assez stupides pour accepter de mourir pour l’Iran, pour l’Arabie ou pour tel ou tel exilé, marionnette des Américains. 



Quand la foule brocarde le pouvoir en chansons dans les défilés, la situation des dirigeants devient  périlleuse. On se souvient du « Ah ça ira… ».



«Bachar tu n'es pas des nôtres. Prends ton frère Maher, et lâche-nous»
«Prends le parti Baas avec toi et prends la porte, il y a la liberté qui y frappe»
«Maher, idiot, agent des Américains, le peuple syrien tu ne le soumettras pas.»
«Bachar, le sang des martyrs n'est pas bon marché, le feu que Dieu a allumé dans nos cœurs  emportera le système et châtiera les criminels.
Allez dégage Bachar.»



Entre chaque couplet est repris le refrain :
«Yallah irhal ya Bachar» («Allez dégage Bachar!»).



On remarque que la foule reproche au pouvoir son pro-américanisme, ce qui contredit la thèse de la manipulation par les Américains. De plus,  Israël s’est accommodé de Bachar. Un pouvoir
fort à ses frontières, même s’il s’affiche  comme hostile en paroles, lui convient parfaitement. Il  a d’autant moins un intérêt immédiat à le déstabiliser que c’est la frontière
égyptienne qui est devenue pour lui une source d’inquiétude. En effet, seule la  démocratisation du monde arabe lui fait peur, car elle seule est porteuse de principes et d’exigences
universels. Or, Israël a horreur des principes universels. Il revendique une « morale »&nb



Georges Stanechy 26/07/2011 19:14



 


Bonsoir Djazaïri


 


Merci de votre amical commentaire.


 


Pour ce qui est des français qui disent que « la colonisation a des aspects positifs », il convient de ne pas s’en étonner. Ce sont
ceux qui ont bâti leurs fortunes et privilèges personnels ou familiaux, dans l’exploitation, la spoliation, des colonies et néocolonies, et qui continuent… Les politiciens, à leur solde, ne
faisant que véhiculer cette imbécillité.


 


Le problème, en France, est l’extrême censure qui règne sur les horreurs de la colonisation française, et européenne en général. Livres,
documentaires, films, quasi inexistants. Travail à effectuer, peut-être en priorité, par les peuples qui ont subi la colonisation pour mieux en informer nos générations à venir…


 


Pour ma part, longtemps j’ai cru que ces exactions n’avaient été commises qu’en Amérique du nord contre les amérindiens "peaux-rouges", ou en
Amérique latine par les espagnols…


 


Il a fallu que je séjourne dans plusieurs pays, que je rencontre des témoins, que je trouve des documents, que je lise des auteurs. Puis, peu
à peu le voile s’est levé : j’ai progressivement découvert l’horreur de la colonisation européenne sous toutes ses formes : française (sur tous les continents jusqu’en Kanaky),
britannique (notamment au Kenya, en Malaisie et en Inde), allemande (Namibie et ce qui était le Tanganyika), portugaise (Angola et Mozambique), Hollandaise (Indonésie), Russe (peuples d’Asie
centrale), etc. Retrouvant toutes ces puissances européennes, auxquelles se joignirent USA et Japon, dans le pillage et les massacres en Chine, pendant un siècle (1840-1940)…


 


Cumulés ces massacres, depuis le XV° siècle, auxquels sont à ajouter ceux de l’industrie de l’esclavage dans le sens Afrique-Amérique,
représentent des dizaines de millions de morts. Ce serait d’après les estimations au minimum 200 millions de morts. Non compris spoliations et pillages enrichissant l’Occident dans
l’appauvrissement des populations colonisées...


 


Le choc ont été les photos, rares, difficiles à trouver car, très souvent, détruites ou censurées. Un jour je suis tombé sur des photos, d’une
collection privée, du massacre de la population civile d’Oued Zem en 1955, au Maroc, par des militaires et des colons français déchaînés : hommes, femmes, enfants, animaux domestiques… Une
orgie sanguinaire, barbare.


 


Je n’ai pas supporté que mon pays ait pu commettre « ça ». Elles me hantent, car symboles de toutes les colonisations.


 


Et, lorsque j’ai lu le récit terrible de Jean Genet (dans son Journal), se trouvant par un sinistre hasard au Liban en 1982, pénétrant dans
les camps Palestiniens de Sabra et Chatila juste après leurs massacres, je revoyais les images d’Oued Zem…


 


La colonisation… Permettez-moi l’expression : une « abjecte saloperie ». Et, si l’on s’estime être un « citoyen du
monde », souhaitant vivre dans le respect de la Dignité Humaine, quel que soit sa nationalité, on se doit de la dénoncer sans faillir.


 


Bien à vous


 





 



Georges Stanechy 26/07/2011 19:09



 


 


(suite du texte précédent / Cher Chahid)


 


 


3. Al Jazeera &
Voltaire.org (Thierry Meyssan)


 


Al Jazeera a joué un rôle considérable, c’est vrai, dans la défense du Peuple Palestinien et dans le soutien aux révolutions de Tunisie et
d’Egypte. Mais, c’est à regret qu’il faut prendre acte de son renversement de position et de son soutien actuel à la contrerévolution. Il est douloureux de voir une station de TV, qui avait
réussi à conserver une liberté de ton et une indépendance d'analyse rares pour un média international, sombrer dans la désinformation.


 


A présent, cette TV a rejoint les médias de la propagande de l’axe Washington-Tel Aviv–Riad. Grand bien lui fasse… Beaucoup de ses
meilleurs talents ont déjà quitté ce média dont le comportement professionnel indigne, notamment lors de l’invasion de Bahreïn par l’Arabie « Saoudite » pour soutenir dans l’extrême
violence la contrerévolution locale, a été vécu avec une profonde tristesse par tous les observateurs. Dont je suis.


 


Je ne connais pas Thierry Meyssan, de voltaire.org, et ne partage pas toutes ses prises de position. Toutefois, il reste pour moi un des rares
journalistes d’investigation français, de niveau international, qui a toujours soutenu le Peuple Palestinien, notamment lors des tueries de Gaza, le Peuple Libanais écrasé sous les bombes en
2006, et la Paix en général. Défendant sans relâche les pays arabes et l’Islam conte le racisme et l’islamophobie au plus fort des campagnes de haine. Ils ne sont pas nombreux en France…


 


Il a été un des tous premiers à dénoncer, preuves à l’appui, les arnaques du tribunal international accusant la Syrie d’avoir fomenté
l’attentat contre le premier ministre libanais Hariri. Qui par la suite, a dû reconnaître que ses enquêtes (4 généraux libanais réputés « pro-Syriens » ont quand même fait 4 ans de
prison pour rien…) et ses conclusions étaient fausses...


 


Et de dénoncer, encore, la nouvelle mouture de ce tribunal qui s’apprête à mettre en cause le Hezbollah, dont il a, après de minutieuses
recherches, démonté toutes les ficelles : ses membres étant tous des agents des services occidentaux.


 


Il a fait l’objet de nombreuses menaces de mort et a dû quitter la France. Pour son courage et pour le fait que je me refuse à voir mon pays
sombrer dans le néofascisme, Thierry Meyssan restera pour moi une voix à écouter, à respecter et à protéger. Lui, contrairement à Al Jazeera, n’a pas varié d’un pouce : l’axe W-TA-R
ne l’impressionne pas. Il n’a pas plié.


 


Amitiés


 


 





 



Georges Stanechy 26/07/2011 19:03



 


(suite du message / Cher Chahid)


 


2. « … Les arabes ne pourront jamais se
mettre d’accord sur aucune question … Ce régime est incapable de défendre sa propre souveraineté, de rendre hommage à ses propres « martyrs ».


 


Normal. Ce n’est pas à cause de tel ou tel pays. Pour le moment, chaque pays arabe vit un contexte spécifique, largement dominé politiquement,
militairement, économiquement par l’Occident. Ce qui explique l’incapacité « provisoire » à parler d’une même voix sur les « problématiques imposées » par les puissances
occidentales. Et, non à cause de la Syrie…


 


Qu’ont fait les gouvernements arabes quand Israël a bombardé la Syrie, le 6 septembre 2007 (en passant par l’espace aérien Turc…) ? Rien.
La Syrie s’est retrouvée seule face à une des premières puissances militaires et nucléaires du monde. A sa porte. Sa capitale à quelques minutes de la frontière de son pire ennemi, par vol d’un
chasseur-bombardier.


 


Ennemi, qui ne souhaite que sa disparition en tant que nation, et le lui crache au visage tous les matins. Connais-tu beaucoup de pays et
peuples capables d’encaisser une telle pression agressive et de défendre sa souveraineté dans la dignité ?... Tant bien que mal, la Syrie y arrive, seule et sans arsenal équivalent à ceux
qui souhaitent sa destruction, sa disparition. Dans la dignité. Et, pour ma part, je l’admire pour ce courage.


 


Pourquoi rejeter sur la Syrie ce qu’on ne peut pas assumer soi-même ?


 


Je connais des pays du Maghreb qui, à ce jour, un demi-siècle après leur indépendance politique, ont été incapables d’édifier un mausolée avec
un musée à la mémoire des « martyrs » et « résistants » morts sous la torture, fusillés, massacrés par la puissance coloniale (y compris des européens assassinés par les
colons parce qu’ils osaient soutenir l’indépendance du pays hôte). Avec photos des exactions, reconstitution d’une salle de tortures utilisées par la police coloniale, portraits de ceux qui se
sont sacrifiés pour l’indépendance de leur pays, chiffrage de la spoliation coloniale, etc.


 


Permettant les visites des écoles, des jeunes qui ne connaissent même pas le sacrifice de leurs ainés. Dans leur imaginaire, tout est fait
pour cela, croyant que c’est l’Occident qui les délivre de l’obscurantisme…


 


Par contre, ces mêmes pays se sont précipités, je dirais « vautrés », tête baissée dans les tristement clownesques
« commissions de réconciliation », imposées par l’Occident, pour faire pardonner les soi-disant « années de plomb ». Car, pour l’Occident un pays qui ne se soumet pas à ses
injonctions et à ses pillages vit des « années de plomb »… En fait, tout un cirque pour faire oublier les ravages de la colonisation… Vieux piège, mais qui fonctionne très bien.


 


La souveraineté nationale passe, en premier lieu, par la réappropriation de son Histoire.


 


Ensuite, dans le refus de brader les biens de son pays : les meilleures terres agricoles aux étrangers, les « privatisations-rentes
de situation » quasi-cadeaux à des groupes internationaux telles que la distribution des eaux ou de l’électricité (même pas de la production…), les transports urbains, la grande
distribution, le système bancaire, le secteur des assurances, le tourisme, les télécommunications et autres rackets. Qui a défendu sa « souveraineté nationale » sur ce plan ?...
Rien qu’un nom…


 


Alors, que celui qui n’a jamais pêché en matière de « souveraineté nationale » jette la première pierre à la Syrie et à son
Peuple.


 


 


(Suite du texte dans le message suivant...)


 





 



Georges Stanechy 26/07/2011 18:56



 


Cher Chahid Bonsoir


 


« Le sujet est très sensible, et la bonne foi des uns et des autres ne suffit pas pour s’éclairer et éclairer. »


 


Je te cite, et j’ajouterai : « … et ne suffit pas, aussi, pour ne pas en souffrir. »


 


Car, toi comme moi, et comme beaucoup d’autres, pour des raisons convergentes même si elles sont différentes au départ, nous n’acceptons pas
ce qui se passe. Nous nous efforçons d’être des hommes de Paix et d’Espoir, de contribuer à construire un monde solidaire où la guerre et la misère, la prédation et la haine, n’existeront plus,
chassés par la solidarité et le bon sens. Vaste utopie, mais c’est cette recherche de sens qui nous fait rester « Humain ».


 


Que faire ?... Rester le plus lucide possible et le plus méthodique. Ne pas mélanger tous les problèmes en même temps, les solutions
seraient introuvables. Je reprends quelques uns des points intéressants que tu soulèves.


 


1. Pour la Syrie, ne nous laissons pas entraîner
dans la confusion entretenue par l’Empire et son discours hypocrite sur La Démocratie. Le régime militaire d’El Assad est tout ce qu’on veut. D’accord. Chargeons la barque. Accusons-le
de tous les maux. Mais, sans oublier ses voisins bien pires que lui, ce que j’appelle le « chancre » qui infeste la région : les régimes féodaux de l’Arabie « Saoudite »
avec sa cohorte de pétromonarchies, et les crimes contre l’humanité à l’encontre du Peuple Palestinien commis au quotidien. Dans le silence des médias et des « Belles Ames »…


 


Faire de la Syrie un bouc émissaire de tous les problèmes de la région ne résoudra rien, et nous nous défoulerions pour pas grand-chose. En
conséquence, refusons énergiquement que la Syrie subisse le cirque sanguinaire ONUesque et OTANesque qu’endure la Libye dans la guerre civile, ou encore la tragédie du peuple Irakien dont le pays
a été rasé pour « en chasser un dictateur » …


 


On ne peut pas instaurer une démocratie dans un pays, en lui imposant au préalable un contexte de menaces, d’agressions, de guerres, de
destructions. Garantissons-lui la paix, n’intervenons pas dans ses affaires intérieures ou ses « processus électoraux », et le régime autocratique implosera.


 


Je reviens toujours à l’exemple de la Turquie. Le mur de Berlin écroulé, la pression s’est relâchée sur la Turquie, le « pouvoir »
des galonnés ayant perdu de son importance, permettant la renaissance d’un pays très dynamique, avec une nouvelle génération de leaders de grand talent. Démocratie fragile, certes. Mais, le pas
est franchi…


 


Comme le peuple Turc, dont il partage beaucoup d’affinités, le peuple Syrien est un grand peuple. Pas le genre à se faire
« burqanizer » sur injonction d’un pays étranger. Pas, non plus, du genre à consentir à se laisser plonger dans une guerre civile au détriment de son unité nationale.


 


Ce que veut l’Occident : atomiser, démembrer, éclater la Syrie. Le plan géostratégique, écrit en toutes lettres, existe depuis trente
ans. Nous l’avons sous les yeux, impossible à nier. Nous nous devons de l’empêcher. Première des priorités. La liberté nait de la paix, dans l’indépendance politique et économique. Et, non pas le
contraire.


 


 


(Suite du texte dans le message suivant...)


 






Djazaïri 25/07/2011 20:31



Je viens de découvrir votre site à travers un de vos articles publié sur alterinfo.net où j'ai pour habitude de consulter les nouvelles autrement rapportées que ne le sont par nos télévisions et
journaux.


Cet article traite de la question de la Syrie et de l'implication française, et à sa lecture, je n'ai pu m'empêcher de penser que de telles affirmations sous la plume d'un français étaient rares
et qu'elles font beaucoup de bien en ces temps de consensus.


Il est tellement rare qu'un français évoque la question algérienne et le drame de Sétif, pour que je sois ému surtout après que votre président ainsi que vos resonsables politiques aient déclarés
qu'ils ne reconnaitront jamais les méfaits de la France coloniale; pire, ils lui trouvent des aspects positifs.


Votre contribution dans son honnêteté vous honore.


Soyez remercié de votre implication dans la marche vers la vérité en diffusant ce faisceau de lumière sur une part très sombre de l'histoire française.


Le contenu de vos écrits est de très bonne facture.


Comme on dit souvent "la première qualité du style c'est la clarté".


Et dans votre cas, votre ton est, je dirai vivifiant pour un esprit en quête de qualité et ça nous change devant tant de déficience ambiante fait sur mesure pour gloutons "médias-médiocres".


Je vous mets dans mes favoris et j'invite dès maintenant mes amis à m'y joindre.


Bonne continuation.



Chahid Slimani 25/07/2011 18:42



Bonjour cher Georges


 


Justement il est question de savoir : comment peut-on faire pression sur ces « oligarchies militaro mafieuses » s’il y a chaque fois des voix pour
crier au « complot », à la « trahison » etc.


 


Le sujet est très sensible, et la bonne foi des uns et des autres ne suffit pas pour s’éclairer et éclairer.


 


Le régime de Bachar continue de nier  le raid israélien du 6 septembre 2007 qui a détruit un réacteur ou une étable… peu importe, se ridiculisant
et ridiculisant son peuple. Les victimes de ce raid méritent d’être enterrées comme « martyres » et non demeurer « inconnues »…


 


De quelle "résistance" parlons-nous alors ?  Ce régime est incapable de défendre sa propre souveraineté, de rendre hommage à ses propres
« martyrs ».


 


Tout se joue donc entre l’Iran et les autres puissances. Ce que la rue arabe ne digère plus.


L’équation ne passe plus. Le mot « sécurité nationale arabe » circule de plus en plus, ce que les saoudiens ont voulu tuer dans l’œuf en invitant le Maroc
et la Jordanie etc.


 


Avec Bachar et Kadhafi, (voire Bachir du Soudan) les arabes ne pourront jamais se mettre d’accord sur aucune question. Le premier est soumis aux desseins de l’Iran
et le second aux desseins de sa propre démence.


 


La « version » nouvelle de la Ligue arabe permettra à l’Egypte de s’imposer de nouveau comme la première puissance arabe. En attendant, il est de
l’intérêt des saoudiens et des iraniens  qu’une « contre révolution » s’installe en Egypte ou ailleurs.


 


Les « attaques » contre Aljazeera et Youssef Al-Qaradaoui s’inscrivent dans cette stratégie.


 


Rappelons que sans Aljazeera les tunisiens n’auraient jamais connu l’histoire de Bouazizi, les Egyptiens la Place Tahrir, le monde le génocide de Gaza etc.
etc.


 


Rappelons aussi que sans Youssef Al-Qaradaoui, les wahhabi saoudiens et les ayatollahs iraniens auraient déjà « burqanisé » tout le monde arabe.


 


Il est temps de dénoncer des sites nauséabonds et funestes comme voltaire.org…


 


Amitiés



Georges Stanechy 25/07/2011 16:07



 


 


Cher Abdelkader


 


Merci de ton commentaire, permettant de compléter mon texte. Voulant, avant tout, me focaliser sur les dérives de notre diplomatie il pourrait
paraître, en effet, oublieux du système politique actuel.

Je souscris entièrement à ce que tu dis : les régimes locaux, quels qu'ils soient, portent leur large part de responsabilité dans la situation actuelle et sont, tous sans exception, indignes des
grands résistants et combattants qui les ont précédés (sans remonter jusqu'à Saladin...).


 


Comme beaucoup, j’espère et souhaite que la Syrie, comme d’autres pays, s’affranchissent du pouvoir militaire, dans la paix civile, à
l’exemple de la Turquie. Qui a vécu, ne l’oublions pas, pendant des décennies sous une dictature militaire effroyable, soutenue par l’Occident bien que membre de l’OTAN, pour cause de
« Guerre Froide » et de sa frontière avec l’ex-URSS.


 


Comme aujourd’hui, est invoqué le « terrorisme » : soit pour protéger un régime, soit pour le renverser, suivant les critères
de soumission, politiques ou économiques, exigés de l’Empire.


 


Raison de plus de lutter pour que les anciennes puissances coloniales respectent son droit à l’autodétermination, n'interviennent pas dans les
affaires intérieures, soutenant un « clan » par rapport à d’autres, enfermant le pays dans un embargo et autres manœuvres souterraines, le menaçant ou le diabolisant. Quand ce n’est pas
le tout à la fois…


 


C’est, au contraire, permettre à un régime de perdurer dans la "radicalisation". Les équilibres s’établiront d’eux-mêmes, comme on vient de le
voir dans l’exemple Turc si les pressions diminuent, accompagnés du développement économique et d’une meilleure répartition de la richesse nationale.


 


Reste que certains pays vivent une dictature, une autocratie, avec des simulacres électoraux, sans qu’il y ait de pouvoir militaire
apparent.


 


Je pense aux pays d’Afrique sub-saharienne qui vivent avec la présence permanente de forces militaires françaises (Côte d’Ivoire, Gabon,
etc.) ; ou britanniques, dans le cas des pays du Commonwealth… Qui ne sont en fait que la garde prétorienne des tyrans en place couvrant le pillage de leur pays. Le Nigéria, pays de 100
millions d’habitants immensément riche de son pétrole, étant un dramatique exemple.


 


Reste que même en Occident, en France, La Démocratie est un combat permanent…


 


En France, dans notre « monarchie élective », au service d’une ploutocratie qui n’occupe pas le devant de la scène, nous avons
assisté récemment au coup d’Etat consistant à contourner les décisions des citoyens français rejetant, par référendum (principe ultime du droit de vote), le Traité de Lisbonne. A l’encontre de
son souhait et pour satisfaire les intérêts de l’oligarchie, le « parlement croupion » a sciemment ignoré la décision républicaine en votant le contraire. De même, sans consulter les
citoyens, notre « monarchie élective » lance notre pays dans des aventures militaires, sachant que soumises à une décision référendaire, ce serait un « non » franc et massif…
Mais, c’est un autre débat.


 


Longue et fragile construction que la démocratie…


 


Amitiés


 





 



Abdelkader DEHBI 25/07/2011 15:21



 


Cher Georges,


 


Qu’il est difficile d’émettre quelque critique que ce soit, sur ton brillant plaidoyer pour la Syrie !  Un pays que nous aimons et
que nous considérons ici en Algérie, comme une seconde patrie, à plus d’un titre.


 


Ce qui me met d’autant à l’aise, pour soulever une question embarrassante – élégamment omise par ton tact, mon cher Georges…  – à savoir,
celle de la double illégitimité du pouvoir en place à Damas, un pouvoir exercé par un parti unique et dirigé par une quasi dynastie, celle des Assad.


 


Mon observation pourrait paraître déplacée, à un moment où ce pays frère est soumis à une opération de déstabilisation manifeste, préparée de
longue main, par le tandem impérialiste-sioniste, ses relais et ses supplétifs de l’intérieur et de l’extérieur, comme la pauvre France qui en est réduite aujourd’hui, à subir la forfaiture
permanente d’un petit télégraphiste-truand, jouant ouvertement, le rôle indigne de Proconsul d’Israël à Paris.


 


Mais la vérité oblige à dire que nous ne pouvons continuer de jeter l’anathème sur l’Extérieur ; car, tant que la souveraineté de nos
peuples est confisquée, ici, par des monarchies totalement félonnes et corrompues comme l’Arabie et les autres monarchies du Golfe, là, par des oligarchies militaro mafieuses comme en Algérie ou
en Syrie l’essor de nos pays demeurera plombé par cette illégitimité originelle des pouvoirs en place.


 






Georges Stanechy 25/07/2011 10:25



 


 


Cher Hédi


 


Les pressions subies par la Syrie sont, effectivement, énormes. Souhaitons que ce pays, que j’admire et aime beaucoup, ne subisse pas le sort
de l’Irak.


 


Bien sûr, la défense d’un pays ami ne passe pas par le soutien aveugle à un régime politique donné. Mais, il est du ressort de ce peuple seul,
sans interférence étrangère, de gérer ses institutions.


 


C’est dans la paix et la prospérité que les redistributions de cartes s’effectuent. Le contraire conduit à des radicalisations et à des
« légitimations » de régimes dits de "crises" ou "d’unions nationales", bien souvent préjudiciables à l’instauration des libertés publiques.

La "diabolisation" de la Syrie  ne sert ni la paix dans la région, ni le destin du peuple Syrien.


 


Elle permet, outre le fait de préparer sa destruction dans une guerre civile, de faire oublier les atrocités et injustices infligées au Peuple
Palestinien, et de dissimuler ce chancre qui infeste la région : les régimes tyranniques, moyenâgeux, corrompus, notamment l’Arabie « Saoudite » et la nébuleuse des
pétromonarchies.


 


Cette hypocrisie parfaitement assumée par Al Jazeera, qui a retourné sa veste depuis qu’il a été décidé d’entamer une
« contrerévolution », est tristement représentative de ce mouvement.


 


Amitiés


 





 






Georges Stanechy 25/07/2011 10:03



 


Cher Omar


 


Merci de ton amical commentaire et de ta solidarité. S’agissant d’articles librement diffusables, sur un blog à but non lucratif, je ne suis
pas en mesure de savoir combien de personnes lisent ces textes. D’autant plus que certains sont publiés sur plusieurs sites ou blogs, et traduits en plusieurs langues.



L’essentiel est de participer à un débat d’idées, et de se joindre à cette immense communauté souhaitant construire un monde meilleur. Bien
souvent contre les castes et pouvoir en place.


 


Amicalement


 





 



Georges Stanechy 25/07/2011 10:03



 


Bonjour Xuan


 


Le déplacement de l’ambassadeur de France à Hama, dans le véhicule et aux côtés de l’ambassadeur des USA, est l’image la plus choquante,
dégradante, avilissante que notre diplomatie ait donnée au reste du monde, ces dernières années. Inacceptable et inadmissible de servitude.


 


A partir de ce constat, il est évident que la responsabilité de la France n’est en rien exonérée, au contraire, par cette démonstration
d’allégeance à son suzerain. Que ce soit sous ses injonctions, ou de son libre arbitre dans l’espace d’autonomie qu’il lui consent, notamment dans le pillage continu de ses anciennes colonies. En
Afrique ou dans les DOM-TOM. Je pense tout particulièrement au destin tragique de la Nouvelle-Calédonie, ou de son vrai nom : Kanaky.


 


Le fait de souhaiter pour mon pays une diplomatie indépendante des « fous de guerre » de l’Empire s’engraissant sur un budget
militaire de plus de 1000 milliards de dollars annuels, une diplomatie porteuse d’actions et de paroles de Paix, dans l’apaisement, le développement solidaire, n’est en rien « flatter
l’esprit national ».


 


Mais, le souhait de voir l’avenir de notre planète fondé sur le respect mutuel entre peuples et nations, pour faire face main dans la main aux
défis que doit affronter ce grain de sable perdu dans l’espace.


 


Bien à vous


 





 



Xuan 24/07/2011 20:44



Bonjour,



Je ne suis pas d’accord  avec un point très important de votre article : 


La
France n'est pas victime ni manipulée, elle est agresseur et pleinement responsable de ses exactions.


 


L’impérialisme
français poursuit des objectifs propres (si on peut dire) c’est-à-dire distinct de ceux des USA, notamment autour du projet d’Union pour la Méditerranée.


Leurs
intérêts convergent mais ne sont pas identiques.


 


L’impérialisme
français possède encore de nombreux intérêts en Afrique et au Moyen Orient et les voit menacés par l’émergence de l’Afrique, du Monde arabe et par la concurrence de la Chine dans cette
région.


 


L’histoire
du colonialisme français montre que cette unité s’est accompagnée de rivalités, par exemple lors de l’affaire de Suez, mais également lors des guerres d’Indochine et du Vietnam.


Lorsque
De Gaulle s’est opposé à l’impérialisme US, peut-on dire que l’impérialisme français s’était alors assagi ? Non, cette opposition répondait alors à ses intérêts, au moment où se mettait en place
la Françafrique.


 


Affirmer
qu’aujourd’hui l’impérialisme français serait simplement aux ordres des USA est une erreur d’appréciation et une simplification abusive de ce qui constitue une communauté d'intérêts
momentanée.


Car le
fond du capitalisme et de l'impérialisme n'est pas l'unité mais la concurrence, la rivalité et finalement la guerre.


Par
exemple la politique monétaire des USA, directement liée à la dette US, est une sérieuse pomme de discorde entre la France et les USA.


 


En
particulier le renouveau belliciste de cet impérialisme ne manifeste pas l’asservissement de la France à autrui mais sa volonté d’asservir d’autres nations pour son propre compte. Comment
expliquer autrement son intervention armée en Côte d'Ivoire ?


Et
pourquoi D. Cameron, traditionnellement allié aux Etats Unis, s’est-il tenu en retrait du plan d’agression de la Libye prévu par Sarkozy ?


 


Vous avez
entièrement raison de dénoncer les appétits occidentaux et sionistes concernant la Syrie.


Mais la
diplomatie française ne représente ni les intérêts du peuple français ni ceux d’une puissance étrangère. Elle représente les intérêts de la bourgeoisie française bien de chez nous.


 


Flatter
l’esprit national au moment où la France impérialiste affute ses couteaux ne peut que desservir la cause du prolétariat.


 



Omar 24/07/2011 11:32



Cher Georges, encore une fois merci pour ces informations et cette analyse. Bien souvent je suis au courant du QUOI et grâce à toi, je comprends un peu mieux le POURQUOI...


J'ai vivement recommandé ton site à un de tes compatriotes que j'ai eu le plaisir de rencontrer il y'a peu à Casablanca. Un jeune homme engagé et profondément humain.


 


Au fait, je me demande si tu as une vague idée de ton audience sur le net? J'aimerais beaucoup savoir combien de personne SAVENT ou simplement cherchent à savoir et à ouvrir les yeux.


 


Au fait, j'imagine que je me permets de te tuttoyer comme je tuttoie mon frère, mes amis ou mon père avec respect et la reconnaissance.


Merci et au plaisir de lire ta prochaine publication que j'attends toujours avec impatience...


Omar



Hédi 23/07/2011 16:16



Cher Georges,


Merci pour cet article qui me rappelle le magnifique "Tibet : excuses d'un Français au peuple chinois". La Syrie est l'anti-Israèl : Israel divise, la Syrie rassemble; Israel colonise, la Syrie
perd ses territoires (il ne faut pas oublier le poids dans le passif de la France en Syrie, de l'octroi par la France mandataire de la province syrienne d'Alexandrette à la Turquie ); Israél
érige une théocratie et veut ramener toute la région à l'époque des frontières ethnico-confessionnelles — et instrumentalise la puisance US dans ce but— la Syrie maintient contre vents et
tempêtes un Etat laïc et la civilisation ouverte et conviviale qui va avec… Cela lui vaut les foudres d'un Qaradaoui, prédicateur de service d'Al-Jazeera -devenu le media arabe de la
désinformation- et de son alter-ego d'"Al-Qaïda", Zarkaoui, pour lesquels la mort des Syriens quel qu'en soit le nombre n'est rien par rapport à la chute du régime!


On pourrait multiplier les exemples; les guerres israeliennes et américaines créent des réfugiés par millions, la Syrie en recueille (ils sont estimés à 15% de sa population.


Les forces qui désirent la chûte de ce régime sont tellement puissantes à tous égards que l'on ne peut qu'être admiratifs devant la résistance du peuple qui habite ce berceau historique de la
civilisation urbaine.