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AfPak : Afghanistan-Pakistan

Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 17:33


«  La guerre en Algérie est une lutte imposée à la France par une minorité de rebelles fanatiques, terroristes et racistes, armés et soutenus financièrement par l’étranger. »

Extrait du Manifeste des Intellectuels Français (1)

 

 

 

Et, 30.000 de plus !…

 

L’escalade.

 

Telle est la décision d’Obama, pour mettre un terme à la guerre en Afghanistan : envoyer des troupes supplémentaires. Juste avant d’aller chercher son Prix Nobel de la Paix à Stockholm.

 

Il est vrai que les traîneurs de sabre du Pentagone en souhaitaient 80.000… A défaut, ils vont donc à coups de pied au derrière de leurs « alliés », vassaux, auxiliaires et autres supplétifs, en extraire quelques milliers de plus…

 

Résultat recherché par l’équipe Obama : remonter dans les sondages US ! Objectif atteint. D’après l’organisme Gallup, sa cote de « popularité » serait remontée de 47 % à 52 %. (2)

 

Nous ne sommes plus dans l’utopie démocratique, où règneraient raison et justice, mais dans l’émotionnel, le fugitif, la poudre aux yeux. Car les questions des sondages, habilement formulées, avaient pour toile de fond l’engagement d’Obama de retirer les troupes d’Afghanistan, d’ici 18 mois. Ce que souhaite, en fait, la majorité des américains : le retour de leurs soldats « at home ».

 

On a vu ce que les engagements du « nouveau Président » valaient : les américains attendent toujours le retrait des troupes US d’Irak. Quant au centre de détention et de torture de Guantanamo, au procès public et équitable de ses internés, le reste du monde attendra.

 

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Il n’est pire sourd…

 

Refusant d’écouter le nouvel ambassadeur US à Kaboul, nommé en mars 2009, Karl Eikenberry. Cet ancien général, opposé à de nouveaux envois de troupes, a remué ciel et terre pour faire comprendre à Washington que la solution n’était pas militaire mais politique :

 « Les problèmes américains en Afghanistan ne vont pas être résolus en tuant des gens, mais en aidant les Afghans à mettre en place des institutions gouvernementales fiables. » (3)

 

Les analystes les plus chevronnés de l’appareil de défense US, dès qu’ils ont la liberté de parole, insistent sur la nécessité de mettre un terme à l’aventure militaire, en Afghanistan mais aussi au Pakistan. Ainsi James Clad, ancien du Pentagone, dont la vision géopolitique est d’une rigoureuse clarté :

« Nous devons trouver la solution dans le cadre d’un règlement régional qui doit inclure l’Iran, la Chine, la Russie et l’Inde, dans un consensus global. » (4)

 

Les Russes, instruits de l’expérience de leur guerre en Afghanistan ne manquent pas de prodiguer leurs conseils de modération. Tel le général Igor Rodinov, qui a commandé les 120.000 hommes de la 40° Armée pendant 10 ans en Afghanistan, avant de devoir le quitter dans la défaite :

« Ils (les USA et leurs alliés) doivent comprendre qu’il n’y a aucune chance de succès militaire… Il s’agit d’un problème politique que nous avons été totalement incapables de résoudre par notre approche militaire. » (5)

 

De nombreux américains, citoyens, intellectuels, responsables, se mobilisent, contre cette folie guerrière. Sans être entendus… Beaucoup aux USA, hors les médias de la propagande ne cessant, avec Patrick Cockburn, de réclamer, manifester, pour le respect du droit à l’autodétermination, et laisser l’Afghanistan aux Afghans :

« Leave Afghanistan to the Afghans ! ». (6)

 

Tel Anthony DiMaggio dénonçant le « cynisme d’Obama » de prendre, avec son parti et son clan, une décision militaire uniquement dans un but électoraliste, celui de la préparation des élections présidentielles US de 2012 : La Politique du Cynisme - Afghanistan et les élections de 2012. (7)

 

Ou encore, Paul Craig Roberts, ancien ministre du Budget US, stigmatisant la « double fraude d’Obama », militaire et sociale :

« … Tout l’argent public a été dépensé pour financer les banques et les guerres. Le peuple américain, excepté les 1 % “superriches”, a été abandonné ». (8)

 

Dans une analyse décapante, Gary Leupp, historien spécialiste de l’Asie, mettant en lumière les réflexes idéologiques d’Obama :

« Obama est un politicien de la haute bourgeoisie traditionnelle qui, avec son Ministère des Affaires Etrangères, identifie les intérêts des multinationales américaines avec les intérêts « nationaux » ; persuadant ces derniers de se battre pour eux. Ou du moins, d’employer les soldats américains de se battre et de mourir pour eux ». (9)

 

D’autres, comme Susan Galleymore, militante de la paix pour avoir perdu un fils en Irak, rappelle, dans cet “Arc de la Guerre” allant de la Palestine à l’Afghanistan, l’écrasante responsabilité des USA :

« Reconnaître l’irréfutable évidence de “l’Arc d’Avilissement” qu’est la guerre, c’est l’obligation d’assumer notre responsabilité… et faire en sorte de ne plus jamais en accabler notre monde et ses populations ». (10)

 

Rien à faire.

 

Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre…

 

Et, puis Business is Business Les experts et milieux d’affaires disent que c’est excellent pour l’économie. Exemple ? Isabel Sawhill, senior fellow dans le Think Tank néoconservateur The Brookings Institution, estime que les dépenses de guerre stimulent l’économie  (11) :

« Toute dépense, même une guerre, peut être bonne pour l’économie. C’est grâce à cela que nous sommes sortis de “La Grande Dépression” des années 1930. » (12)

 

Conséquence : la bride est lâchée.

 

Terminator va pouvoir faire joujou avec tous ses gadgets mortifères. Les lobbies de l’armement, s’en mettre plein les poches.

 

AFGHANISTAN CHILD

 

Terminator danseuse “de luxe” des pays en faillite

 

Je ne sais si c’est le chiffre de « 30.000 », mais l’obstination du lobby militariste US, l’aveuglement de son état-major, me font penser à ceux du Portugal, en 1970, dans sa guerre pour maintenir son emprise sur le Mozambique.

 

Le général McChrystal, nouveau patron du dispositif occidental en Afghanistan, le plus fanatique des promoteurs de cette « escalade », semble le clone du général portugais Kautza de Arriaga.

 

Ce « fou de guerre » exerçait, à l’époque, son génie militaire dans cette partie du monde, que les « colonialistes » considéraient comme partie intégrante du Portugal. Ce fut une des plus atroces, des plus barbares guerres coloniales que des européens « pétris de valeurs » aient menées…

 

Archétype de ces généraux « jusqu’au boutistes » qui jalonnent l’histoire des guerres coloniales. Je l’ai évoqué dans un texte sur le poignant témoignage de la romancière portugaise Lidia JorgeLe Rivage des Murmures :

 

« … Mozambique, en 1970. Au plus fort de la guerre. Le général Kautza de Arriaga avait déclenché une opération de grande envergure avec 35.000 hommes et une centaine d’avions et d’hélicoptères près de la frontière tanzanienne. L’objectif étant de récupérer la ville et la région de Muda, que la résistance avait libérées.

Ce genre d’opérations folles, la « der des der », rêvées par des états-majors incapables de comprendre les mécanismes inexorables d’une guerre menée par une
Nation pour sa Libération. Plus d’hommes, plus de matériel et plus d’argent, disent-ils, et nous éradiquerons ces indépendantistes, ces terroristes, ces insurgés, qui mettent en danger la civilisation occidentale

 

Les militaires portugais n’avaient pas retenu la leçon des récentes guerres d’indépendance des colonies françaises d’Indochine quinze ans plus tôt, ou d’Algérie huit ans plus tôt. Ils se croyaient plus forts… »

 

Vieille rhétorique belliciste, coloniale, de ces Terminator galonnés.  Increvable. Encore un effort, clament-ils, le dernier, et on va gagner ! La Der des Der… Comme en 14, chaque guerre coloniale, chaque expédition. Chaque « opération » même,  avec son nom pour marquer la campagne de communication, ou de propagande plutôt, comme les marques de lessive ou de jeux vidéos.

 

En fait, jusqu’à ce qu’ils aient déplacé l’intégralité de la population dans des camps de réfugiés, après en avoir exterminé le plus possible : hommes valides, jeunes et vieux. Pas d’état d’âme : ce ne sont que des rebelles, des insurgés, des terroristes, ou s’ils ne le sont pas, ils en sont des sympathisants, sauvages, barbares.

 

Les enfants ?… Tués ? Amputés ? Traumatisés ? Brûlés ? Ensevelis vivants dans les bombardements ? Dégâts collatéraux, inévitables. Comme les effets secondaires dans un traitement de choc. C’est à ce prix, qu’on sauve les Civilisations. 

 

Le prix…

 

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Et, le coût ?…

 

Rien qu’aux contribuables américains, le coût de la guerre en Afghanistan atteindrait 228 milliards de dollars, à ce jour. En 2009, 60,2 milliards de dollars auraient été dépensés pour les seules actions militaires. Avec un rythme d’augmentation exponentiel : de 3,5 milliards de dollars par mois sous Bush, on est passé à 5 milliards de dollars par mois avec Obama. (13)

 

Encore plus vertigineux : Le Center for Defense Information fait apparaître un montant “budgété” par le Congrès des USA, de 300 milliards de dollars pour toutes les dépenses US, en Afghanistan ou liées aux actions le concernant, forces armées, agences et ministères divers, y compris dépenses de maintenance ou médicales, pour l’année fiscale 2010. Contre 173 milliards en 2009, et 140 milliards en 2008.

 

Obama et les « Démocrates » font plus fort, que Bush et les « Républicains »…

 

Depuis l'invasion de l’Afghanistan, en 2001, le montant cumulé des dépenses des USA liées à l’Afghanistan, militaires et civiles, atteint le montant astronomique de 739,8 milliards de dollars (14).

 

Tout cela, comme le rappelle Jones, un des conseillers US à la Défense Nationale (National Security Adviser), alors que les Talibans ne sont pas “de retour”, et que les membres d’Al-Qaida seraient moins d’une centaine en Afghanistan… (15)

 

D’ailleurs Gates, le patron de la CIA, le reconnaît : après huit ans de guerre de haute technologie, on ne sait toujours pas où se trouve Ben Laden qui est connu souffrir des reins et être sous dialyse… (16). Parallèlement, d’après les propres rapports de l’ONU, la culture de l’opium, depuis le contrôle et l'administration du pays par les USA et l’OTAN, a mystérieusement décuplé…

 

Des milliards par centaines, de quoi transformer l’Afghanistan en un pays aussi arboré et prospère que la Norvège…


Mais, où va tout cet argent ?… Aspiré comme le sont les galaxies par un gigantesque Trou Noir, non plus intersidéral mais financier.

 

Encore, n’a-t-on de disponibles que les chiffres US. Connaissez-vous le montant des dépenses françaises pour l'Afghanistan ?… Le coût mensuel de notre corps expéditionnaire : avions, blindés, transport, logistique ? Pour un Etat en faillite, comme ne cesse de le répéter le Premier ministre français, la gestion devrait se faire au centime près, dans la transparence.

 

Et, l’OTAN ?… Cette énorme machine bureaucratique, qui regroupe directement ou indirectement, au-delà des pays européens, tous les satellites américains : Corée, Taiwan, Japon Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.

 

Ce que la France verse en contributions à l’OTAN, chaque année ? Les matériels et personnels que la France met à la disposition de l’OTAN, en termes de coûts pour le contribuable français ?…

 

Et, ce que l’OTAN jette par la fenêtre sous la rubrique « Afghanistan » ?… Dans les caisses de ce pôle d’incompétence, de gaspillage, dans l’impunité. Incapable de redresser ses échecs, accumulés depuis 8 ans en Afghanistan.

 

Impossible de savoir. Aucun débat public.

 

L’OTAN, véritable pôle antidémocratique, aussi. Ses dirigeants, dont on ne sait d’où ils sortent si ce n’est de tout sauf du suffrage universel. Parlant d’égal à égal, aussi arrogants que mégalomanes, avec les responsables élus des peuples européens. Réclamant sans cesse, eux aussi, plus d’argent, d’hommes et d’engagements, pour satisfaire les visions bellicistes et paranoïaques de cette organisation devenue ingouvernable. Sauf par le lobby de l’armement…

 

Toutes ces dérives illégitimes, dans le culte de l’opacité, du mensonge et de la gabegie. Induites par un appareil militaro-industriel, aux mains d’une oligarchie, d’une caste, qui échappe totalement au contrôle démocratique, celui des contribuables, de la collectivité, du peuple.

 

L’avez-vous remarqué ?… Dans nos pays occidentaux, les plus riches du monde, on multiplie les opérations de charité publique pour nourrir le pauvre, soulager le malade, financer la lutte contre les maladies.

 

Car, l’Etat n’a jamais assez d’argent pour financer le système de santé de la collectivité, les œuvres sociales, médicales. Il n’a même pas de quoi payer les heures supplémentaires de ses propres fonctionnaires, du moins les subalternes. Encore moins, la recherche médicale.

 

C’est tellement difficile de gérer un « Etat en faillite »…

 

Bizarrement, le même Etat n’éprouve jamais le besoin d’organiser des collectes publiques pour financer des investissements militaires, des expéditions coloniales ou des guerres lointaines. Les dons et versements s’affichant en temps réel sur un tableau lumineux. Genre : “TeleBomb”, ou “BombAction”… Avec leurs petits rubans, leurs T-shirts, leurs campagnes médiatiques : bals, dîners de gala, concerts, ventes de CD ou DVD…

 

Non. Miracle ! Tous les budgets sont disponibles, à tout moment, pour tout montant. Instantanément. Comme pour renflouer les banquiers véreux. Dans la discrétion…

 

Normal.

 

« Défendre La Civilisation » n’est-il pas prioritaire ?…

 

 

 

 

 


 

1)  Paru dans Le Figaro et Le Monde, le 7 octobre 1960. Parmi plus de 300 signataires, approuvant la guerre coloniale en Algérie, avec ses massacres, tortures et destructions, figuraient :
Chaunu, Dorgelès, Maulnier, Pauwels, Michel de Saint-Pierre, Nimier, Déon, Blondin, Romains, Henri de Monfreid, Gabriel Marcel, Jacques Laurent, André François-Poncet, Gaxotte, Pierre de Bénouville, le colonel Rémy, le maréchal Juin, etc…

2)  Eli Clifton, « Surge » sends Obama soaring, Asia Times, 10 décembre 2009, http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/KL10Df03.html

3)  Karl Eikenberry : « America's problems in Afghanistan weren't going to be solve by killing people, but by helping the Afghans build credible governing institutions ». Cité par Mark Perry, The day the general made a misstep, Asia Times, 10 décembre 2009, http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/KL10Df04.html 

4)  James Clad : « We will need to anchor the result in a regional settlement - one that draws Iran, China, Russia and India into a common purpose ». Cité par Mark Perry, Op. Cit.

5)  Général Russe Igor Rodionov : « They [the U.S. and its allies] have to understand that there is no way for them to succeed militarily…It is a political problem which we utterly failed to grasp with our military mindset ». Cité par Conn Hallinan, Obama's Escalation - An Af-Pak Train Wreck,  http://www.fpif.org/fpiftxt/6620, 7 décembre 2009.

6)  Patrick Cockburn, Leave Afghanistan to the Afghans – Why Afghans Oppose the Escalation, 9 novembre 2009, http://www.counterpunch.org/patrick11092009.html

7)  Anthony DiMaggio, Obama, Afghanistan and the 2012 Elections – The Politics of Cynicism, CounterPunch, 9 décembre 2009.

8)  Paul Craig Roberts, The Twin Frauds of Obama, Afghanistan and Elkhart, Indiana, 4 décembre 2009, http://www.counterpunch.org/roberts12042009.html :

« … In other words, all the public’s money has been spent on the banks and the wars. The American people, except for the one percent of super-rich, have been abandoned. »

9)  Gary Leupp, Obama as Hamlet, Wrestling With the Question of Afghanistan, CounterPunch, 24 novembre 2009 :

« Obama is a traditional bourgeois politician who with his State Department identifies corporate U.S. interests  as “national” interests and probably can be persuaded that they’re worth fighting for. Or rather, using U.S. troops to fight and die for. »

10)  Susan Galleymore, The Caualtie of Toxic Warfare – Global Connection an the Arc of War, 1 décembre 2009, http://www.counterpunch.org/galleymore12012009.html :
« As we recognize the incontrovertible evidence in the arc of degradation that is war we must accept our responsibility for it...and ensure we no longer contaminate our world or its people ».

11)  Isabel Sawhill : «  Any kind of spending - even a war - can be good for the economy. That's how we got out of the Depression in the 1930s. ». Cité par Matthew Rusling, Afghanistan costly, but no budget buster, 11 décembre 2009, http://news.xinhuanet.com/english/2009-12/11/content_12629827.htm 

12)  Cf. La Grande Dépression : http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_D%C3%A9pression

13)  Chiffres énoncés par Jo Comerford, directeur du National Priorities Project, cité par Pepe Escobar in Stuck in Kabul, With Saigon Blues Again, 8 octobre 2009, Asia Times, http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/KJ08Df01.html

14)  Consulter le tableau des montants répertoriés année par année : "The Cost of Iraq, Afghanistan, and Other Global War on Terror Operations Since 9/11," Amy Belasco, Congressional Research Service Report for Congress, RL33110, p. CRS–6); and Center for Defense Information, "Defense Budget Tutorial : So, You Think You Know the Cost of the Wars?" Web: www.cdi.org. et http://www.infoplease.com/ipa/A0933935.html

15)  In Pepe Escobar, Op. Cit.

16)  Al-Qaïda: les Américains ignorent où se cache Oussama Ben Laden (Gates), 6 décembre 2009, http://fr.rian.ru/world/20091206/185628167.html

 


 

Photos d’enfants Afghans victimes des bombardements occidentaux :

i)  Brûlé lors de l’écrasement de sa maison 

ii) “Réfugié” à la suite de la destruction de son village

iii) Mutilé à la suite de "dégâts collatéraux"

 


 

 


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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 16:29

 



La mort, toujours injuste, souvent stupide…

 

Quatre soldats français viennent de la rencontrer en Afghanistan. Et, les nombreux blessés de la frôler…


A 50 km de Kaboul. (1)

 

Je m’incline à leur mémoire et pense, avec compassion, à leurs proches.

 

Trois d’entre eux auraient été emportés par la foudre, un orage de grêle, de coulées de boue, de rivières en crue.

 

Nous dit-on.

 

Le quatrième aurait perdu le contrôle de son véhicule blindé, s’écrasant dans un ravin avec ses compagnons, grièvement atteints. Glissant sur une flaque boueuse, probablement.

 

Ou, peut-être, une plaque de verglas…

 

Tués par le « terrorisme météorologique ».

 

Waterloo, morne plaine, disait le poète…

 

Afghanistan, cruelles montagnes…

 

Mensonge.


 

 

Depuis ces dernières semaines, le temps est superbe en Afghanistan.

 

A Kaboul, les températures quotidiennes, minimales et maximales, de 16°C à 30°C. Avec un vent ne dépassant pas 5 kmh.

 

Lundi dernier, à 22h, la température était d’une douceur de 22°C, et la luminosité extraordinaire.

 

Pas une bourrasque, pas un nuage, pas une goutte de pluie. Sur tout le pays.

 

Désespérément sec.

 

Magnifiquement beau.

 

Que les incrédules consultent les images et animations satellitaires des sites "météo" (2). Ils n’y trouveront aucun nuage, ni signalement d’orage sur l’Afghanistan.

 

Une température et une période idéales pour visiter ce pays, aux paysages sublimes, s’il n’était ravagé des guerres imposées par les envahisseurs, depuis des décennies.

 

Ainsi, pour dissimuler la perte de ses meilleures troupes dans une guerre coloniale, face à un mouvement de résistance de plus en plus déterminé, la hiérarchie militaire, encouragée par la nomenklatura, utilise le mensonge.

 

D’un coup de crayon.

 

Les zozos de la propagande ont déplacé l’ouragan qui s’est abattu, au même moment, sur les Philippines en Afghanistan. Imaginant profiter de la confusion des images télévisuelles, dans une opinion publique qui ne sait pas que les Philippines sont dans une zone tropicale, à des milliers de kilomètre de l’Afghanistan.

 

Coulées de boue, orages de grêle, rivières en crue…

 

Sacrifier ses hommes dans un combat stupide, sanguinaire, ne suffit pas à la hiérarchie militaire.

 

Encore faut-il, par le mensonge, les ridiculiser dans une mort d’opérette. Tout juste s’ils ne sont pas prêts à travestir la mort de leurs soldats en celle de vieilles anglaises glissant sur une peau de banane, à la sortie de leur club de bridge…

 

Morts au combat, face à des résistants quasiment sans armes ni équipement, défendant l’indépendance de leur nation avec pour seule énergie l’espérance ? Jamais ! N’importe quoi, mais pas ça !

 

L’important est de dissimuler le bourbier colonial dans lequel, par affairisme d’une oligarchie de privilégiés, on enfonce la France. Claquant des milliards dans les poches des lobbies de l’armement et des traîneurs de sabre, pendant qu’on demande au pays de se serrer la ceinture. La crise…

 

Schéma classique, me direz-vous.

 

Sans remonter jusqu’à l’affaire Dreyfus, où la hiérarchie militaire n’hésitait pas à forger des faux pour manipuler l’opinion et la justice, on sait que les guerres d'indépendance coloniales, d'Indochine et d’Algérie, ont foisonné de mensonges militaires. Couverts par les politiques et véhiculés par les médias.

 

Mais, à l’époque, nombreux étaient les citoyens courageux menés par les Zola, Blum, Jaurès, puis Sartre, Genet, et tant d’autres, pour dénoncer mensonges et ignominies des castes militaires et affairistes au pouvoir.

 

Quand une armée ment à la nation, elle n’est plus une armée nationale mais une milice, une organisation de mercenaires, au service d’une caste.

 

Quand une caste au pouvoir refuse le recours au suffrage universel pour valider une expédition militaire, dont on sait que la majorité du pays la refuse, nous ne sommes plus dans une démocratie.

 

Nous sommes dans un « totalitarisme » pur et simple.

 

Certes, ce n’est plus le totalitarisme CNB (Chemises Noires & Brodequins) de citoyens embrigadés, mais un totalitarisme PST (People, String & Tong) de consommateurs anesthésiés.

 

A la mode romaine : Panem et Circences, du Pain et des Jeux…

 

Oubliant ces soldats disparus dans une mort injuste, stupide et tragique.

 

Tragique, du mensonge de leurs chefs.

 

 

 

 

 

 

 

 

1) http://www.ladepeche.fr/article/2009/09/28/681977-Afghanistan-Quatre-soldats-francais-tues.html

2) Parmi les sites « météo », consulter par exemple :

http://fr.weather.yahoo.com/AFXX/AFXX0003/index_c.html

ou encore :

http://monde.meteofrance.com/monde/previsions?MONDE_PORTLET.path=previsionsvilleMonde%2F40948


 


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Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /2009 21:00

 


« Pauvre troupe, dont les malheurs injustes demeurent comme une ineffaçable leçon dédiée à ceux qui gouvernent et à ceux qui commandent. »

 

Général de Gaulle  (1)

 

 


 

Je m’attendais au pire…

 

Ce fut pire !…

 

Cette formule, sans paternité précise, résume mon sentiment aux propos de notre sympathique président (2), « chef des armées », devant micros et caméras au pied de la tribune officielle du 14 juillet, dès la fin du défilé.

 

L’engagement des troupes françaises en Afghanistan, nous a-t-il expliqué, a pour finalité la défense de la démocratie, de la femme afghane et « des petites filles afghanes à qui on coupe les mains pour avoir mis du vernis à ongles… ».

 

 

Liberté de la malnutrition et du massacre

 

Eh, oui ! Les pauvres petites filles afghanes qui envient le vernis à ongles de leurs mères et de leurs grandes sœurs, à la sortie de la manucure chez leurs coiffeuses, tous les jeudis soirs. Parce que chez ces attardés, ils ne peuvent pas faire comme tout le monde, le dimanche : c’est le vendredi…

 

Petites filles, rêvant à la lecture des magazines spécialisés dans « la libération de la femme » … Marie-Claire, Elle, Cosmopolitan, sur les tables basses du salon devant les écrans TV, multipliant la vision de toutes ces belles jeunes « femmes libérées », dans les publicités des fabricants de cosmétiques ou les feuilletons… FriendsPlus belle La Vie… Dans le ronronnement des climatiseurs, en été. En hiver, dans le canapé noyé de coussins, face au feu de cheminée…

 

On se doit de les comprendre, à leur âge, elles n’ont qu’une envie. Se précipiter au supermarché du coin pour s’acheter le symbole de la liberté et de la civilisation : le vernis à ongles

 

Problème : les méchants Talibans, enturbannés de machisme, qui les attendent sournoisement au coin du parking pour leur couper les mains… Tchac ! D’un seul coup ! Sans anesthésie, en plus !… Avec leurs grands sabres, recourbés par la fourberie de leur sauvagerie ancestrale.

 

Affection, tendresse, sentiment paternels : connaissent pas. Même pas des animaux… Racisme ?… Mais, non, c’est scientifique, je l’ai lu dans les journaux et je l’ai vu à la TV : résultat des enquêtes journalistiques, diffusées uniquement sous forme de clichés et de stéréotypes par nos grands médias…

 

Comment être insensible à la souffrance du manque de vernis à ongles des petites filles afghanes ?… Tant de cruauté de ces terroristes… Pardon : « insurgés », est la nouvelle appellation. Je m’y perds. Elles qui n’ont rien pour se soigner, rien à manger (3). Leurs maisons bombardées, saccagées, les récoltes familiales détruites par les armées d’occupation.

 

Pourquoi ne leur laissent-ils pas, au moins, le vernis à ongles ?… Ne pas comprendre combien elles en ont tant besoin pour oublier cette apocalypse quotidienne infligée par la soldatesque OTANesque.

 

Si au moins, ils faisaient semblant comme pour l’organisation des élections par l’OTAN. Truquées, évidemment, jusqu’à trois chiffres après la virgule. Mais, on fait comme si… Alors que les Talibans, eux, ne simulent pas. Tchac !… Faire semblant, c’est trop sophistiqué pour ces primitifs.

 

Regardez la différence avec les glorieux soldats occidentaux défenseurs de la Civilisation, dans leurs costumes d’extra-terrestres, devant les TV du monde entier, faire semblant de « créer des écoles ». Gagner « les cœurs et les esprits » : « hearts and minds »… Chevaliers sans peur et sans reproche…

 

C’est une des marottes des spécialistes de la « guerre psychologique » : « ouvrir des écoles ». En fait et en priorité, de la « guerre psychologique » contre les opinons publiques des pays occidentaux qui n’acceptent pas les délires coloniaux.

 

Ils pondent à répétition des remakes des grands classiques des films de propagande des guerres coloniales des années 60–70 : les portugais en Angola ou au Mozambique, les britanniques au Kenya et ailleurs, les hollandais en Indonésie, les français en Algérie, les américains au Vietnam.

 

Dans ces films, on ne massacrait pas, on ne brûlait pas des villages, on ne torturait pas les résistants, on passait son temps à « ouvrir des écoles ».

 

La trouvaille n’est pas mal. Inusable, on n’arrête pas de s’en servir. Mais, je la trouve un peu intello, avec un risque de saturation à force de répétition. Il faut, de temps en temps, une formule choc : « couper les mains des petites filles pour cause de vernis à ongles »… Là, nous atteignons un palier supérieur : « Le choc des images, le poids des mots », comme dit l’autre...

 

Aghhh !…  Même si cela n’a jamais existé, ne s’est jamais produit, rien que d’y penser j’en ai la rage !…

 

Salauds de Talibans, il faut les nucléariser ! Les droner n’est pas suffisant. Comprennent pas. Noyer ces barbares dans le feu de l’enfer, eux, leurs ascendants, descendants et collatéraux. Jusqu’à la cinquième génération.

 

Cinq générations, déjà, qu’ils en bavent dans les invasions successives : britanniques, soviétiques, occidentales. Et, ils n’ont pas encore compris l’importance du vernis à ongles… Il leur faut cinq autres générations, pour parvenir au seuil de l’intelligence.

 

Les atomiser jusqu’au dernier, c’est tout ce qu’ils méritent. Des têtes de mules…

 

 

La loi du genre

 

Certains trouvent pathétique de voir notre « chef des armées » justifier l’envoi de nos soldats en Afghanistan sur un tel mensonge. Ils exagèrent. Ils manquent de réalisme, des romantiques égarés en politique.

 

D’autres protestent : les petites afghanes ne portent pas du vernis à ongles, mais les « stigmates de la guerre ». Quand elles survivent, avec leurs petits frères….

 

Beaucoup meurent dans les bombardements ou les tirs aveugles des troupes de l’OTAN. Périodiquement, des fillettes sont tuées par les soldats de cette coalition (4). Nombreuses sont celles qui resteront estropiées, infirmes ou aveugles.

 

Voilà ce qu’affirment des spécialistes de la santé de l’enfant. Des âmes sensibles…  Parce que même les bureaucrates de l’ONU, des multiples ONG prospérant dans le Charity Business, n’en font jamais état.

 

Voyez l’UNICEF, l’organisation de l’ONU chargée de la protection de l’enfance : vous ne trouverez aucune publication d’étude, de statistique, d’enquête, de recensement, sur les ravages des bombardements, des blessures et infirmités de guerre concernant les enfants, conséquences des opérations militaires et des bombardements des troupes occidentales. Encore moins, un inventaire précis du nombre d’orphelins dus à ces actes. (5)

 

En Afghanistan, comme en Irak. Malgré son budget en millions de dollars…

 

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien savoir…

 

Je comprends l’UNICEF, et les « grandes » ONG, cela mettrait en difficulté leur star system. Angelina et autres People risqueraient d’en défaillir et de ne plus venir se balader en Afghanistan, devant les caméras. Il faut bien collecter des fonds. Money, money, money

 

On ne tartinera donc que sur la malnutrition ou les écoles… Enfants tués, blessés, orphelins suite à des actes de guerre ?… Par des occidentaux ?… My God !… Hors de ma vue !…

 

Normal. Les guerres coloniales sont fondées sur le mensonge. L’omission. La dissimulation. C’est la loi du genre. Considérer les peuples occidentaux, le peuple français, comme des veaux pouvant ingurgiter n’importe quelle « hormone de croyance », enrobée d’OGM médiatique (Obsession Grossièrement Manipulée).

 

Comme en Irak. Aucune des infrastructures civiles protégées par les Conventions de Genève comme les stations d’épuration d’eau, écoles, universités, hôpitaux, ministères (à part celui du pétrole), musées, administrations, n’a été épargnée de la destruction. Comment le faire admettre ?… A cela s’ajoutant 2 millions de morts, un pays entièrement détruit, sans mentir à fond ?…

 

Mentir à fond… Quoique…

 

Croire que plus l’argument est stupide et plus ça passe auprès de l’opinion publique, peut se révéler une erreur. Une fois encaissé l’effet choc émotionnel, une argumentation futile, dérisoire et grotesque peut aller à l’encontre de l’objectif souhaité. L’esprit critique insuffisamment anesthésié peut réagir à contretemps.

 

J’en conviens, on peut s’étonner devant l’image projetée « des mains de petit fille coupées pour délit de vernis à ongles ». Même ma grand-mère a pouffé de rire sous son chapeau de paille : « Qui peut avaler pareille tourte ?…», s’est-elle exclamée quand elle a entendu ça…

 

Pour elle, « tourte » est très péjoratif. Madrée, intuitive comme pas deux, elle déteste les tourtes. Jugement sans appel, ce sont les « cache-restes » des restaurants à touristes : tirer un coup de fusil avec des restes et des invendus comme cartouches…

 

Tout en essayant de la convaincre, elle m’a fait réfléchir…


J’ai dû, patiemment, lui expliquer qu’il ne faut pas en vouloir à un chef d'Etat qui fait son boulot. Surtout, quand il le fait bien. Celui de justifier l’injustifiable. Promouvoir l’inacceptable. Avec la conviction de la bonne conscience balayant toutes les hésitations. Ça c’est du talent ! Mais, aux claqueurs de talons qui l’entourent, incapables de formuler une propagande qui tienne la route.

 

Au fond, c’est vrai… Régresser jusqu’au « vernis à ongles », ne serait-il pas la démonstration du manque de créativité des experts en désinformation ?… N’est-on pas allé un peu trop loin dans la fantasmagorie de la caricature ?…

 

Moi, ce qui me gêne ce n’est pas le mensonge, dans une propagande. C’est la faiblesse du mensonge. Sa mauvaise articulation. Le niveau d’argumentation est en train de baisser. Admettons-le…

 

Des nuls…

 

Un moment, ils affirmaient que les Talibans jetaient de l’acide sur les visages des petites filles qui allaient à l’école. Impossible de trouver de l’acide en Afghanistan ! Le droguiste du coin n’a pas ça. Sauf dans les labos de transformation de l’opium, étroitement contrôlés par les armées d’occupation. Livré par avion. Pas sérieux, comme baratin, l’acide. Alors, ils ont changé de chanson…

 

Je le reconnais. Dans le temps, la propagande coloniale avait du souffle. Du panache. On partait massacrer, violer, piller, spolier, annexer, pour « évangéliser » les sous-hommes. Du style, de la grandeur !…

 

Plus tard, ce fut pour « apporter la civilisation » à des cannibales, des moyenâgeux, endormis dans leur passivité. Les « instruire », les « initier à la modernité ». Récemment, on s’est précipité pour démolir méthodiquement l’Irak au nom de la liberté, de la démocratie, des droits de l'homme. Argumentaire qui avait un minimum de tenue…

 

Mais, crever des gens et se faire trouer la peau pour du « vernis à ongles »…

 

L’idée est choquante à souhait, la preuve : j’ai failli perdre ma sérénité bouddhique. Mais, c’est un peu gros. Ou, léger en crédibilité. A ce rythme là, on ira se battre en Afghanistan, bombarder et mitrailler les villages, pour imposer des distributeurs automatiques dans les écoles primaires afghanes. Pour « libérer les petites filles ».

 

Non pas pour distribuer des brioches ou des barres chocolatées, elles ne pourraient pas payer, mais pour installer des distributeurs automatiques de préservatifs gratuits. Puisque les « zélateurs de la liberté », il y a même un rigolo de la TV française qui fait sa pub personnelle là-dessus, nous disent que notre propre jeunesse doit y avoir accès dès son plus jeune âge, dans les établissements du primaire. Copuler et consommer, tels des lapins en cage : voilà l’horizon radieux de « la modernité », le sens, la finalité de la Destinée Humaine.

 

Après le vernis à ongles, le préservatif dans les cours de récréation du primaire…

 

Ma grand-mère a raison.

 

Trop facile tout ça. Vraiment, notre propagande doit se recycler. Il y a du laisser-aller. Aucune créativité. Nous ne sommes pas dans une émission de télé-réalité. C’est du sérieux. Notre « chef des armées » doit reprendre en main les "services d'action psychologique". Un effort d’imagination, d’originalité, que Diable !… Mettre tout le monde au travail, virer les incapables et renouveler son staff…

 

D’autant que les choses sont en train de tourner au vinaigre, en Afghanistan…

 

 


Petite fille afghane blessée.
Non, elle ne demande pas du vernis à ongles.
Elle réclame ses parents tués avec le reste de sa famille, dans leur maison écrasée sous les bombes de l’OTAN.

 


Putain de guerre

 

On vient de rapatrier le corps d’un de nos soldats tué, avec deux de ses camarades gravement blessés…

 

J’éprouve compassion à leur « malheur injuste », pour reprendre la citation du général de Gaulle. Leur jeunesse fracassée, physiquement, moralement.

 

Dans une guerre coloniale dont la cruauté, la stupidité, n’ont d’égales que celles des irresponsables qui « gouvernent » et qui « commandent » pareilles aventures, sur fond de crimes contre l’humanité.

 

Je leur dédie un extrait du livre, Putain de Guerre (6), écrit pas un marine américain Joshua Key. Réfugié au Canada, avec sa femme et ses enfants, il a refusé de retourner en Irak.

 

Il témoigne de ce qu’il a vu, ce à quoi il a participé en Irak, ce qu’il a été obligé de pratiquer, contre sa conscience. Il restitue ce qui est méticuleusement censuré tous les jours, en Occident, dans les médias, les moteurs de recherche, occulté par le matraquage de la propagande : photos, cris, informations, récits de l’horreur.

 

L’horreur coloniale, qui se perpétue en Afghanistan :

 

« … J’avais participé à près de deux cents perquisitions, mais je n’y croyais plus depuis longtemps. La plupart de mes camarade ressentaient la même chose.

Ces raids n’étaient qu’un prétexte pour insulter, intimider et appréhender les Irakiens.

 

Ils nous offraient une cible pratique, un moyen de relâcher nos frustrations, puisque nous n’avions pas de vrais ennemis à combattre. Pendant un certain temps, ces descentes nous ont permis de frapper des civils, de voler leurs biens et de détruire tout ce qu’on ne pouvait pas embarquer.

 

Je ne suis pas le seul à avoir renoncé aux passages à tabac et au pillage, tandis que ma conscience se réveillait. Pour nombre d’entre nous, poser des pains de C-4 (7), saccager des maisons, menotter des adolescents et des hommes nous a stimulés, voire excités, pendant un mois ou deux, mais pas davantage.

 

Le temps s'étirait et nous n’avons pas trouvé d’armes de destruction massive. Nous n’avons pas trouvé de signes d’activité terroriste. Nous n’avons découvert que des civils dont nous avons ruiné la vie ou que nous avons tués, simplement parce qu’ils avaient croisé notre chemin.

 

Certains d’entre nous ne les ont même pas respecté dans la mort… »

 

 

La guerre coloniale, c’est ça.

 

L’occupation occidentale en Afghanistan, c’est ça.

 

Ce n’est pas la distribution gratuite de vernis à ongles aux petites filles Afghanes.

 

Une bouillie, que le cynisme et le sadisme du plus pervers des serial killers aurait du mal à porter au point d’ébullition atteint à présent : sauvagerie, souffrance, avilissement, terreur.

 

Dans le Chaudron du Malheur, où nous immergeons…

 

… Le Peuple Afghan.

 

 

 

 

 

 

(1)   A propos du désastre militaire de 1870 provoqué par la stupide incurie de Napoléon III, son gouvernement et son état-major, face à l’Allemagne de Bismarck.

(2)       Un récent sondage fait état de 63 % de français trouvant Sarkozy « sympathique » …

(3)       « … L'Afghanistan occupe la quatrième place dans le monde en termes de malnutrition. Un enfant afghan sur 10 est sévèrement mal nourri, plus de la moitié des enfants souffrent d'un retard de croissance et un enfant sur quatre meurt avant l'âge de 5 ans. La diarrhée et les infections aiguës des voies respiratoires - des états encore aggravés par la malnutrition - représentent environ 41 % de la totalité des décès infantiles et un enfant afghan sur trois souffre de carence en iode… 
La mortalité maternelle représente une large proportion des décès en Afghanistan… », UNICEF, Août 2009, http://www.unicef.org/french/emerg/afghanistan/index_action.html

(4)       Des soldats canadiens tuent une fillette, Le Devoir Montréal, 29 juillet 2009.

(5)       La dernière « vague » étude du genre, en Afghanistan, remonte à 1997 (il y a 12 ans !…) : http://www.unicef.org/french/emerg/afghanistan/index_9028.html

(6)       Joshua Key, Putain de Guerre, Albin Michel, 2007, pp. 208-209.

(7)       Puissant explosif, présentant l’avantage d’être malléable comme de la pâte à modeler avant sa mise à feu au moyen d’un détonateur.

 

Photo : The Cleveland



 


 

 


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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /2009 00:35

 

 

N.B. Le texte étant tronqué par le serveur, il a été scindé en  deux.

Suite de la première partie :

Tahar Ben Jelloun et les Talibans : Tartarin et les Lions… (1)

 => Tartines de Tartarinades

 => Emballage au ruban de soie

 

 

 

Hamburger au hachis de porc

 

 

La cohorte des chasseurs d’islamistes et de Talibans ne cesse de s’étoffer, en France. Parmi les plus pétulants figurent des représentants de la sphère arabo-musulmane, dans sa spécificité franco-maghrébine.

 

Prenons l’exemple de l’écrivain Tahar Ben Jelloun, qui déploie une activité fébrile sur ce terrain, depuis quelques temps. Son argumentation, son niveau d’analyse, la fiabilité de sa documentation ou de ses sources, méritent l’intérêt.

 

Se proclamant Musulman, ses positions ont de l’écho auprès de ceux qui connaissent mal et l’Islam et les pays musulmans. Son influence dans les médias, notamment auprès des journaux dits “de gauche”, n’est pas négligeable. C’est devenu un notable du monde des Lettres.

 

J’admire Tahar Ben Jelloun dans son art de “la chasse aux barbus”. Il arrive, grâce à ses dons de pisteur Apache, jusqu’à débusquer des “islamistes” derrière des porcs !... Difficile de faire mieux. Oui, il s’indigne de l’abattage des porcs ordonné par le gouvernement égyptien dans le cadre de la lutte contre la grippe porcine.

 

Ses cris d’indignation sont d’autant plus impressionnants qu’il s’était révélé d’une remarquable discrétion pendant le massacre des Palestiniens de Gaza, fin décembre et courant janvier 2009 (8). Plus muet qu’une carpe…

 

Il est vrai que ses couinement déchirants, dans la défense des porcs, ont pour finalité sa solidarité avec les Coptes visés dans cette mesure prophylactique, nous explique-t-il, par les Frères Musulmans. (9)

 

Seul problème…

 

François Burgat, le meilleur spécialiste français et européen de la question (de très loin !...), le rappelle : le Mouvement des Frères Musulmans a été créé par des membres de la bourgeoisie égyptienne : commerçants, médecins, architectes, ingénieurs, enseignants, fonctionnaires, artisans. Beaucoup de femmes, aussi, instruites et occupant des postes de responsabilité, notamment dans la santé publique, la justice et l’enseignement.

 

Créé conjointement, par des Musulmans et des Coptes. (10)

 

Pour lutter contre le féroce colonialisme britannique qui rançonnait l’Egypte, dissimulé derrière le rideau de la royauté de pacotille du roi et de son entourage, débauchés et corrompus, Farouk 1er.

 

Et, tenter de subvenir aux besoins de la population oubliée, des plus démunis (au Caire, il n’y avait pas que Soeur Emmanuelle…), par des créations de dispensaires, écoles, orphelinats. Ils en ont fondé, financé, des centaines. Sur leurs propres derniers.

 

Musulmans et Coptes : à la fois “résistants” au pillage colonial exercé via une nomenklatura corrompue, et “militants” pour une société démocratique fondée sur la justice sociale et économique. Beaucoup sont morts sous la torture, dans des exécutions sommaires, ont croupi de longues années dans d’atroces conditions de détention.

 

D’abord sous les coups des tortionnaires britanniques. Puis, sous ceux des nassériens, bien qu’ils se soient alliés à eux pour renverser le régime colonial. Les généraux putschistes n’admettaient pas le refus de la dictature militaire par les Frères Musulmans. Malgré l’évidence : s’ils avaient participé au renversement d’une monarchie corrompue, ce n’était certainement pas pour accepter qu’une dictature militaire succède à un régime policier…

 

Bien sûr, depuis s’est constituée une branche “radicale”, histrionique, guignol médiatique, largement infiltrée et instrumentalisée par les services spéciaux égyptiens et occidentaux. Spécialisée dans les déclarations obscurantistes, sous couverture “fondamentaliste”, l’organisation d’attentats et la création de tensions artificielles avec la communauté Copte.

 

Intense travail de désinformation pour justifier, auprès de l’opinion internationale, le soutien occidental à la dictature militaire du général Moubarak. Diviser pour régner. Neutraliser la seule opposition organisée et puissante. Supprimer, entraver toute liberté d’expression. Avec pour finalité de caricaturer, diaboliser, l’image du Mouvement des Frères Musulmans. En Egypte et ailleurs.

 

La partie la plus éduquée de l’Egypte ployant sous la dictature du général Moubarak et ses persécutions, similaires à celles du roi Farouk, membre, sympathisante du Mouvement des Frères Musulmans, sait très bien que les attentats, aussi tragiques que stupides, avec leur mise en scène impeccablement formatée, sont contraires à ses intérêts économiques et politiques. Ils n’ont pour but que de déconsidérer toute opposition à un régime détesté pour sa corruption, et son déni des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme. L’action violente ne fait pas partie de son credo.

 

En Egypte, hors la caste dirigeante, les cadres comme l’ensemble de la population du pays, qu’ils soient Musulmans ou Coptes, formulent exactement les mêmes souhaits. Musulmans et Coptes sont avant tout Egyptiens, fervents défenseurs de leur identité nationale. Souhaitant vivre dans un pays libre, dans la justice et la solidarité, et non pas dans une colonie américano-israélienne encadrée par une nomenklatura imposant une dictature militaire.

 

Défendre les porcs pour sauver les Coptes… Pourquoi nous présenter un tel un hachis de désinformation, aussi grossier ?...

 

Ce n’est pas par malhonnêteté intellectuelle que Tahar Ben Jelloun nous sert ce coulis de clichés. Non. Probablement, ne connaissant pas l’Egypte, encore moins le Mouvement des Frères Musulmans dans ses différentes composantes, y compris celle créée en trompe-l’œil par l’appareil répressif de la dictature militaire, s’est-il laissé emporter par son émotion. Voler au secours des Coptes !...

 

Confondant, ainsi, “marketing éditorial” avec recherche historique et sociologique. Mais, ce n’est pas voulu.

 

L’émotion, que voulez-vous…

 


 

 

Sauce “blue cheese”

 

 

Agghhh, l’émotion !...

 

On retrouve ce même emportement fatal, quant à l’exactitude des faits, la fiabilité des informations, dès que Tahar Ben Jelloun armé de son escopette et de son tromblon part, en valeureux Tartarin, chasser le Taliban. Sautant de l’Egypte en Afghanistan. Ou vice-versa. Selon la direction du vent médiatique.

 

Il s’emporte dans un article (11), suffocant de rage, sur l’obsession possessive des Talibans pour le sexe féminin. A le lire, sous son cri d’indignation, l’émotion nous étreint tout autant :

“… Les talibans, par exemple, imaginent un monde où la femme s'est retirée du monde. Elle existe, mais cloîtrée dans la maison et n'ayant aucun droit de sortir. Cela ne veut pas dire qu'ils crachent sur le plaisir sexuel, au contraire, ils aiment ça au point de vouloir le posséder et d'être les seuls à en jouir”.

 

Waouh !... Face à ces mâchoires de carnassiers baveux, il ne reste plus qu’à déclarer les Talibans anthropophages !... Prochain épisode, certainement…

 

Une pincée d’analyse politique, pour conforter le propos dans le sérieux :

“… C'est le sens du projet de loi que le président Hamid Karzaï a voulu déposer. Un projet qui souhaitait rendre légal "le viol de l'épouse" et interdire à celle-ci de sortir sans l'autorisation du mari.

“… Cette loi aurait visé les femmes chiites (10 % de la population).

“… Hamid Karzaï comptait sur ce projet de loi pour s'attirer la sympathie et les votes des chiites lors des prochaines élections”.

 

Une pointe de doute, toutefois, devant l’extrême excitation de ses transes. Notre Tartarin maîtriserait-il son sujet ou exorciserait-il ses propres obsessions ?...

“… Une femme qui jouit est une "salope" ; elle est considérée comme une prostituée (sauf que les malheureuses travailleuses du sexe ne jouissent pas, ce n'est pas un plaisir, c'est un travail, une corvée pour gagner leur vie). Il serait intéressant de faire lire aux hommes ayant peur de cette jouissance quelques-uns des témoignages de femmes qui racontent leur vie sexuelle”.

 

D’autant plus que sa conclusion est plus que bâclée, comme si l’auteur, épuisé par ses propres incantations, avait perdu le fil de sa crise d’hystérie :

“… Cette image résume la situation : la guerre en Afghanistan tourne autour du l'opium et de la femme. Il faut contrôler les deux, sinon, c'est la fin de la tragédie entamée par la barbarie au nom d'un islam totalement étranger à ces pratiques”.

 

Ainsi, faut-il "contrôler l’opium et la femme" pour en terminer avec la catastrophique situation afghane… Nous déclare Tartarin dans sa fulgurante vision géopolitique !

 

Sous la sauce “blue cheese” que nous déverse Tahar Ben Jelloun, cette fantasmagorique obsession sexuelle telle que l’Occident la projette sur les autres en l’occultant chez lui, que trouve-t-on ?...

 

Tout simplement, trois vecteurs de la propagande du lobby militaire occidental justifiant sa colonisation de l’Afghanistan et sa stratégie anti-iranienne, aisément repérables :

 

 

i)  Le mythe de l’instauration de la démocratie par l’Occident

 

Tout cela à partir d’un projet de texte de loi, destiné à satisfaire des tribus chiites, nous assure-t-on. Façon de nous dire : vous voyez, grâce à l’instauration de la démocratie que nous avons réussi à imposer, chez ces sauvages, ce texte a pu être bloqué. Heureusement que nous sommes présents sur place !

 

Tous les observateurs attentifs au contexte afghan avaient compris qu’il s’agissait d’un “hoax”, un coup monté par les “services d’action psychologique”, les “PsyOps”, relayé au quart de tour, dans une parfaite coordination, par tous les médias occidentaux. Et, leurs relais sponsorisés : les “leaders d’opinion”.

 

Les évidences crevant les yeux :

=> Il n’y a pas plus de “parlement” en Afghanistan qu’il n’y en avait sous l’occupation par les nazis ou les staliniens en Europe, au sens d’élections libres, selon des programmes de gouvernement librement débattus dans la diversité des opinions.

=> Les pseudo “parlementaires” ne sont que des chefs de guerre ou de gang, parmi les pires “collabos” ultracorrompus et complaisants, que les forces d’occupation ont pu ramasser dans les différentes provinces.

=> Les “textes de loi” qui leur sont soumis sont, uniquement, ceux concoctés par les forces d’occupation. Celui sur le “viol des femmes dans l’espace conjugal”, véritable provocation ne correspondant à aucune nécessité, n’avait pour but que de déclencher une campagne de propagande à l’intention des opinions publiques en Europe, et en Occident de façon globale, afin de renverser leur opposition à l’aventurisme de leurs gouvernements en Afghanistan.

 

L’irréalisme de ce texte, son niveau d’absurdité, d’imbécillité (appliquer une loi dans une chambre à coucher…), sous le prétexte de réunir 10% de voix chiites au bénéfice de Karzaï (contesté actuellement par les militaires américains du fait de ses condamnations répétées des bombardements aveugles...), démontrent que la propagande, confiante dans l’énormité de ses moyens, n’hésite pas à solliciter cyniquement les niveaux de crédulité les plus primaires, et les plus pervers…

 

 

ii)  La diabolisation du Chiisme

 

La population chiite en Afghanistan ne représenterait que 10% des musulmans. C’est le deuxième palier de la manœuvre : la diffamation incessante du Chiisme. En fait, c’est l’Iran, où se trouve la majorité des musulmans chiites, qui est visé.

 

Nous avons tous subi cette propagande incessante, très souvent sans nous en rendre compte, sur la diabolisation du Chiisme. En Irak a été entretenu artificiellement une guerre de religion à grand renfort d’opérations commandos, faisant sauter mosquées, lieux de pèlerinage, alternativement Chiites et Sunnites. Ou encore, luttes armées entre “milices” armées chiites et sunnites.

 

Alors que pendant la longue guerre contre l’Iran, qui a duré 8 ans, les Irakiens sunnites et chiites combattaient côte à côte… Tout le monde sait au Moyen-Orient, que ce sont les occidentaux qui sont derrière ces manœuvres de division et de propagande.

 

Qui n’a pas subi ces discours fumeux, répandus par les “experts” patentés dans nos médias, sur le spectre de “l’Arc Chiite” qui menacerait le monde musulman sunnite, et de là l’Occident ?... Par ses fusées et sa prétendue fureur nihiliste.

 

Dans la propagande, le Chiisme se résumerait à une secte de sauvages, acharnés à la destruction des “valeurs de l’Occident”. Pire, une horde de primitifs, pervers frustrés, assoiffés de sexe, acharnés dans la violence faite aux femmes.

 

Le Chiisme n’a rien à voir avec les descriptions sordides, dégradantes, que peuvent en laisser croire une poignée de radicaux ou de charlatans, bien souvent instrumentalisés, comme toute religion en période de crise, de tension et de guerre. Et, bien sûr, diabolisé par une propagande hostile aux pays où il est majoritaire, pour des raisons coloniales ou idéologiques.

 

Cette branche minoritaire de l’Islam, comme le protestantisme dans la chrétienté, représente par son apport dans les domaines de la philosophie, de la spiritualité et de la mystique un immense patrimoine universel.

 

Ceux qui en ont approché l’étude parlent d’un véritable “continent” de la connaissance humaine, pratiquement ignoré en Occident. En tout cas, systématiquement occulté par l’appareil de désinformation. Patrimoine que nous devons reconnaître avec respect comme un bien commun, un héritage incomparable de la pensée collective (12).

 

Henry Corbin, par exemple, éminente figure du protestantisme français, d’une exceptionnelle élévation morale, spécialiste de Karl Barth, Heidegger, Ibn’Arabi, a passé une grande partie de sa vie à étudier le Chiisme en Iran, la gnose Chiite.

 

Il en a rédigé, entre autres ouvrages sur le sujet, une somme impressionnante : En Islam Iranien : aspects spirituels et philosophiques (13). Quatre volumes, que je vous invite à feuilleter pour sortir des âneries véhiculées sur le Chiisme, par les bonimenteurs pullulant sous forme “d’experts”, “islamologues”, ou  “psychanalystes de l’Islam” dans la sphère médiatique. 

 

Il est certain que dans des pays apaisés et prospères, lorsqu’ils ne seront plus en état de siège, le Chiisme trouvera sa juste place de religion dans une société civile, à l’exemple des autres religions et croyances dans le monde.

 

 

 

iii)  L’islamophobie sexuée

 

Instrumentaliser le sexe de la femme musulmane, pour exciter le mépris à l’égard d’un peuple. Thème devenu traditionnel dans la propagande occidentale. Représentation du racisme dans toute sa perversité, dans son fanatisme absolu, via l’instrumentalisation du sexe de “l’Autre”, celui que l’on veut opprimer. Expression de la psychose actuelle et structurelle de l’Occident.

 

Racisme sexuel, d’abord, à l’encontre de la femme musulmane, afghane dans le cas présent. L’argumentaire restant le même.

 

Femme totalement infantilisée, déclarée, réputée, définie, sans personnalité, sans caractère. Incapable de se faire respecter à l’intérieur de son couple, de “gérer” sa relation sexuelle, sans le secours et la tutelle de l’Occident, via son “Business Féministenoyauté par les services spécialisés dans la désinformation (associations de “défense” de la femme, presse féminine et autres médias…).

 

Femme, bien sûr, encore moins en mesure de partager respect, tendresse, complicité, affection, amour, passion, avec son homme. Dans l’imaginaire, l’imagerie de la propagande, ces sentiments sont inaccessibles aux peuples et nations n’ayant pas encore été “civilisés” par l’Occident. Dans le fantasme raciste, les musulmanes, les afghanes, et leurs hommes, sont considérés encore au stade animal, inaptes à l’Amour.

 

En Afghanistan !... Dans un pays qui regorge des plus beaux poèmes, chansons, légendes d’amour de l’histoire de l’humanité… Avec des figures de femmes magnifiques de beauté et d’héroïsme comme la célèbre Malalaï de Maïwand, que j’ai eu l’occasion d’évoquer.

 

Racisme sexuel, ensuite, à l’encontre de l’homme musulman. Trouver les images les plus choquantes provoquant horreur et haine, dans l’opinion publique, pour des hommes que notre soldatesque se doit de massacrer sans états d’âme. Pour avilir le courage exceptionnel de “résistants” capables malgré des moyens dérisoires de s’opposer, avec succès, aux armées les mieux équipées et entraînées du monde.

 

La propagande actualise, ainsi, un argumentaire digne du temps des croisades et des premières aventures coloniales. Seule différence avec les siècles précédents, évolution des mœurs oblige, les références sexuelles y sont, à présent, dominantes.

 

Justifiant, ainsi, l’asservissement d’un peuple, pour l’éduquer, lui apprendre la civilisation. Le bon usage du sexe. Classique. Rallier l’opinion au mythe du sous-homme ne méritant que la violence et l’esclavage. A la Daniel Pipes, un des gourous islamophobes des gouvernements US toujours très actifs : “Les Palestiniens sont misérables et ils méritent de l’être”. (14)

 

 

 

Trous de gruyère ou de mémoire

 

Dans sa diatribe, en donneur de leçons, Tahar Ben Jelloun pointant du doigt la sauvagerie des mâles afghans, évoque la possession sexuelle, la prostitution, la confiscation du sexe de la femme à l’usage exclusif d’une obsession.

 

Pour compléter sa leçon de morale, il aurait pu prendre pour exemple les algériennes violées par des militaires français pendant la colonisation de l’Algérie, contraintes à la prostitution, enrôlées de force dans les Bordels Militaires de Campagne, les fameux BMC.

 

Certaines de ces prostituées algériennes avaient même été affectées en Indochine, à Dien Bien Phu, à 10.000 km de leur pays, pour satisfaire les besoins sexuels du corps expéditionnaire français. Dans le camp retranché, lors de sa reddition, les troupes de la résistance vietnamienne du général Giap, ébahies, ont trouvé deux BMC avec 18 filles, algériennes et vietnamiennes…

 

Pour illustrer son prêche, Tahar Ben Jelloun aurait pu parler du célèbre tortionnaire israélien portant le surnom de Kojak. Spécialisé avec son équipe dans les viols et sévices sexuels à l’encontre des femmes Palestiniennes. Les forçant dans des mises en scène pornographiques, les prenant en photo lors des séances de viols collectifs.

 

Menaçant, dans un chantage implacable, de les montrer à leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs fiancés ou maris, leurs enfants, si elles ne collaboraient pas avec les services secrets d’occupation. Pendant des années. Pour certaines, ces tortures sexuelles ont duré 9 ans…

 

Pour émouvoir ses paroissiens, Tahar Ben Jelloun aurait pu égrener quelques uns des multiples forfaits sexuels commis par les troupes d’occupation occidentales en Irak. En général, ils sont systématiquement étouffés. De temps en temps, il arrive qu’on en coince un. Alors, on fait un exemple. Uniquement lorsqu’il y a crime de sang.

 

Comme la semaine dernière, en ce 21 mai 2009, où ont été condamnés aux USA, Steve Dale Green, 24 ans, et quatre de ses collègues. Ils ont violé une jeune irakienne de 14 ans, Abeer Qassim Hamza Al-Janabi, alors qu’ils servaient en Irak en tant que soldats, chargés d’apporter civilisation, liberté et démocratie…

 

Ils l’avaient repérée lors de leurs patrouilles. Elle leur plaisait. Ils ont organisé une descente chez elle et l’ont violée, collectivement, devant sa famille. Puis, ils l’ont jetée comme un kleenex. Mais, ils ont un peu dépassé les bornes…

 

En fait, ils l’ont tuée, après usage, avec son père, sa mère, et sa jeune sœur âgée de six ans. Tous. Ces vaillants soldats sont revenus sur les lieux pour brûler le corps. Ne pas laisser de traces…

 

Comme des centaines de femmes et jeunes filles Irakiennes. Violées, il ne leur reste que la prostitution. Phénomène social, inconnu sous la dictature de Saddam, atteignant à présent des chiffres considérables, là encore, occultés par la propagande.

 

L’obsession du sexe en Occident ?... Des milliers d’exemple. Rien que nos campagnes de pub, ne serait-ce que dans la presse féminine, en sont noyées. Mais, non. Pour être un obsédé sexuel, de la possession sexuelle, d’après la propagande, il faut être “enturbanné”.

 

Tahar Ben Jelloun a raison de s’indigner. C’est bien !  C’est beau, un acte solidaire, citoyen, défendre des “valeurs”. Il suffit de ne pas s’égarer dans le manichéisme, sinon l’indignation devient posture. De Tartarin on termine en Tartufe.

 

Regardez le “courage” de nos parlementaires exprimant leur “émotion” et leur “solidarité”, dans un message de soutien officiel de l’Assemblée Nationale, à l’opposante birmane Aung San Suu Kyi qui comparait pour un procès public dans son pays. Eux, si silencieux lors des massacres du Liban, d’Irak, de Gaza, d’Afghanistan. Femmes et enfants, il est vrai, à partir du moment où ils sont musulmans, du moins ceux qui ne mangent pas de camembert et ne boivent pas du vin, n’y ont pas droit…

 

Indignation sélective ?... Racisme ?...

 

Normal en Occident, en matière des “droits de l’homme”, il ne faut jamais confondre la “tendance” et le “tabou”… Le “In”, et le “Out”…

 

Problème : où passe la frontière entre la “tendance” et le “tabou” ?... Où se situe la norme ?... Beaucoup d’intellectuels semblent y perdre le nord. Surtout, quand le gagne-pain est en jeu…

 




Intellectuels ?...

 

Julien Benda  les fustigeait sous l’appellation de “Clercs”. Du moins, ceux qui trahissaient leur engagement dans des petits calculs partisans, courtisans  ou carriéristes. Au détriment de la défense des valeurs universelles, de la Dignité Humaine.

 

En 1927, il a publié ce grand classique de l’histoire des idées : La Trahison des Clercs (15). La droite de l’époque, extrême ou bien-pensante, fulminait de rage. Juif, elle le traitait de “Rabbi Bendada”. Homme rigoureux, exceptionnel de ténacité, il avait des tripes. Peu lui souciaient injures et diffamations. Peu lui importaient Prix Littéraires et autres colifichets honorifiques. Un exemple pour tous les intellectuels.

 

Et, si Tahar Ben Jelloun, délaissant les Tartines de Tartarinades, avec son talent d’indignation, son courage, nous comblait d’un ouvrage actualisant, dans une suite, celui de Julien Benda ?...

 

Au risque, peut-être, de se fermer les portes de l’Académie française, mais quel panache avec pareil titre :

 

L’Abjection des Clercs !

 

 

 

 

 

 

 

 

(8)  Je fais partie de ceux (nombreux) qui cherchent en vain le moindre écrit de Tahar Ben Jelloun, dans un média francophone, condamnant les atrocités des bombardements de Gaza… J’offre un grille-pain à manivelle au lecteur qui m’en trouvera un.

(9)  Grippe : le massacre des porcs se poursuit en Egypte, Le Monde, 17 mai 2009.

(10) Burgat, François, L’islamisme en face, La Découverte, première publication 1995, dernière mise à jour décembre 2007. Ouvrage indispensable pour comprendre le contexte et les enjeux politiques, au Moyen-Orient en particulier. Excellentes analyses et documentation, d’un niveau introuvable dans les médias français.

(11) Tahar Ben Jelloun, Afghanistan : l'opium et l'obsession de la sexualité féminine, Le Monde, 9 avril 2009.

(12) Je recommande un excellent ouvrage d’initiation ou de vulgarisation sur les religions et spiritualités, avec une iconographie très soignée, Les Grands Maîtres de la Spiritualité, Collection « La Mémoire de l’Humanité », Larousse-Bordas, 1998.

Y sont présentés quelques grands mystiques iraniens qui ont marqué l’histoire de la spiritualité : Al-Hallaj, Ibn Sînâ (Avicenne), Ghazâli, ’Attâr, Sohrawardi, Ibn’Arabi. Ainsi que Djalâl Ad-Dîn Rûmî (admiré de Goethe et Hegel), né en Afghanistan et fondateur en Turquie de la confrérie des Derviches Tourneurs.

(13) Corbin, Henry, En Islam Iranien : aspects spirituels et philosophiques, 2e éd., Gallimard, 1978, 4 vol.

(14) Washington Report on Middle East Affairs, July 2001.

(15) Benda, Julien, La Trahison des Clercs, Les Cahiers Rouges, Grasset, 2003 (première publication 1927).

 

 

 

 

 

Photos d’un échantillon de “Femmes Musulmanes” démontrant leur épanouissement sous la botte “démocratique et droits de l’hommiste” de la soldatesque occidentale. Clichés réalisés par différents auteurs, en Palestine, dont Nayef Haslamoun.

 

 

 

 

 


Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les 21 commentaires - Publié dans : AfPak : Afghanistan-Pakistan
Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /2009 00:30

 

"Au Rwanda, les interventions de journalistes et d'intellectuels haineux jouèrent un rôle essentiel dans la légitimation du génocide, notamment par la désignation quotidienne des Tutsis comme "cancrelats"..."

La Honte - Psychanalyse d'un lien social
Serge Tisseron - Dunod - 2007

 



Tartines de Tartarinades …

 

Non, ce n’est pas le plat du jour. Juste le “hamburger” quotidien… Junk Food, comme disent nos amis anglo-saxons. Traduisons par “nourriture industrielle”, pour rester poli…

 

Que souhaite nous voir ingurgiter la propagande.

 

De temps en temps, j’aime bien examiner, avec ma loupe et mes pincettes, le degré de “fraîcheur” de cette “nourriture intellectuelle”, servie par nos fast-foods médiatiques.

 

En ce moment, en Afghanistan et au Pakistan, se déroule un des plus atroces nettoyages ethniques de l’époque contemporaine. Plus de 3,4 millions de personnes sont chassées de la vallée de SWAT au Pakistan, frontalière de l’Afghanistan. En fait, un ensemble de vallées.

 

Plus de 3 millions, sous les bombes, dans la famine, la misère, l’exode. A peine le temps d’enterrer ses morts et de charger les blessés sur son dos.

 

Dans l’indifférence…

 

Encore s’agit-il de "statistiques" de l’ONU, dont on sait combien elles sont finement édulcorées. Un carnage et un désastre humanitaire qui vont dépasser ceux vécus, récemment, au Burundi, au Ruanda et au Congo.

 

Il est vrai que l’Occident, dans sa paranoïa musulmane, se doit de “casser” l’Afghanistan et le Pakistan. Comme pour l’Irak. En attendant de passer à l’Iran. Il convient, en conséquence, de “casser” les "résistants". Ceux qui s’opposent aux occupations militaires, aux déplacements de population, aux tueries organisées par des puissances étrangères.

 

Recette classique : les résistants sont qualifiés de terroristes. Mais, le mot s’étant banalisé, la propagande les carbonise médiatiquement dans un raccourci commode, ils sont transformés en “Talibans”. Peinturlurés, dans la fantasmagorie de l’hystérie des médias, en adjoints de Lucifer.

 

Pour raviver l'image phobique, on y rajoute une tranche de sexe. Comme autant de poivre ou de piment rouge. Les Talibans sont des obsédés du sexe, des violeurs. Rien de bien neuf.

 

On nous ressert “La Femme Esclave des Barbus”, dans un scénario assaisonné de psychanalyse de sandwicherie, à la Malek Chebel ou à la Abdelwahab Meddeb. Thème traité par Atiq Rahimi, dans le dernier prix Goncourt, encensé par l’appareil de désinformation. Comme il se doit.

 

Oui, mais le sexe fait vendre dans nos sociétés occidentales. Pour le moment, le marketing du lobby belliciste ne trouve pas mieux pour accrocher le chaland et justifier la barbarie de ses actes quotidiens.

 

Alors, la propagande active ses cuistots chargés d’emballer, de servir, cette cuisine avariée, redoublant d’efforts. Les ingrédients ne pouvant changer, on "relooke", jouant sur la présentation, l’éclairage, le décor, l’uniforme des serveurs. Jusqu’à la tête des serveurs…

 

Cette agitation, face à la réticence de l’opinion publique devant ces massacres à répétition perçus malgré censure et désinformation, me rappelle celle de Tartarin de Tarascon d’Alphonse Daudet et ses fanfaronnades pour chasser le lion en Afrique.

 

Partir à la chasse de ce monstre hybride : le “Taliban-obsédé sexuel-violeur”. Pour sauver la femme afghane, pakistanaise. Par extension : la femme iranienne. Par généralisation : la femme musulmane. A présent, défendre le sexe de la femme musulmane, menacé, maltraité, profané, par “les barbus enturbannés”…

 

Eternelle posture matamore de l’Occident.

 

On en rirait, si contexte et conséquences n’en étaient pas aussi tragiques.

 

 

 

 

 

Emballage au ruban de soie

 

 

Les serveurs de ces Tartarinades sont légions. Dans tous les segments de notre société. Je ne m’attarderai pas sur les multiples exemples. Dans ce grouillement, j’en ai retenu quelques uns. Bref rappel…

 

Kouchner, ministre des Affaires Etrangères de la France, on se doit de le citer. En France, il est le chef publicitaire des menus imposés par les officines de la propagande (1) :

“… L'avenir de la démocratie passe par les femmes. Sans les femmes en Afghanistan, il n'y aura pas de progrès. (...)", a déclaré M. Kouchner au dernier jour de sa visite, accompagné du représentant spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan Pierre Lellouche (2).

"Nous avons senti dans nos rencontres (...) un courage admirable chez les femmes afghanes", a-t-il souligné.

La situation des Afghanes est dramatique dans ce pays très conservateur. Outre les crimes d'honneur, courants dans les zones rurales, les défenseurs des droits de la femme y sont régulièrement la cible de violences.

… M. Kouchner s'est dit "très attentif" au "combat" des Afghanes, promettant que la France les "soutiendra à fond" si elles s'organisent en un quelconque rassemblement politique”.

 

Dans cette rhétorique, un point intéressant à relever :

“… Le ministre français a également rencontré le président afghan Hamid Karzaï à deux reprises, notamment pour évoquer la liberté de la presse --plusieurs journalistes afghans croupissent en prison pour offense à l'islam, religion officielle-- et l'élection présidentielle du 20 août.

… Ce scrutin sera "un moment décisif de notre présence", a-t-il jugé, car "si les élections sont souillées, apparaissent comme truquées ou incomplètes, si la sécurité n'est pas assurée, alors il sera difficile d'expliquer au peuple français, réticent à cet engagement, le maintien de notre présence" en Afghanistan”.

 

Passons sur l’inévitable relent de cuisine islamophobe :

“… pour offense à l’islam, religion officielle…”, et concentrons-nous sur le propos magique : “élections présidentielles du 20 août prochain”…

 

Ainsi, les femmes Afghanes iront voter “utile”, contrairement à leurs hommes. Ce ramassis de barbus sauvages qui n’ont rien compris à la rayonnante “démocratie occidentale”. Se dirigeant vers les bureaux de vote, lors d’une “Journée de la Jupe”, string déployé, accompagnées de la fanfare de la glorieuse association Ni Putes Ni Soumises… (3)

 

Il faut être intellectuellement pourri, jusqu’au dernier neurone, pour véhiculer pareilles fables, et faire semblant d’y croire.

 

Comment penser, un quart de seconde, que des élections libres, fiables, puissent se tenir dans un pays en guerre, occupé militairement ?...

 

Où sévit une terrible famine dans les campagnes : 8 à 10 millions de personnes souffrent de malnutrition d’après les statistiques officielles (4). Ecrasé de bombes au quotidien.

 

Où déplacements de population, massacres de civils, se succèdent, sans arrêt. Essentiellement des femmes et des enfants. Ces dégâts collatéraux pour lesquels forces d’occupation des USA et de l’OTAN simulent des excuses ou des regrets, dans leurs communiqués stéréotypés. Tout en continuant.

 

Ce ne sont, ce ne seront, qu’élections “truquées”, comme en Irak, où les chefs de tribus dans les campagnes, et les responsables de quartiers dans les villes, votent collectivement, sous la contrainte, apportant le paquet de voix dont ils sont détenteurs, d’après fiches et listings des forces d’occupation, en faveur du candidat qui leur est désigné.

 

Dans les bureaux de vote, car il en faut bien pour la mise en scène médiatique ou lors des tournées bien balisées des “observateurs indépendants”, les votants qui passent par l’isoloir doivent remettre à la sortie, au coin de la rue, les bulletins (interdiction ou impossibilité d’en prendre plus d’un par candidat…) de celui ou de ceux pour qui il ne fallait pas voter, suivant les instructions des autorités. Autres candidatures qui ne sont, dans la plupart des cas, que des figurants consentants. Dans un simulacre de choix électoral.

 

Dans le cas contraire, c’est la suppression assurée de la “carte de ravitaillement” et l’impossibilité d’obtenir le moindre papier administratif. Quand ce n’est pas le passage en salle de tortures…

 

Telle est la réalité de la parodie des “élections” en Irak et en Afghanistan. Telle est la réalité qu’on veut, à présent, imposer à Gaza. Un bulletin de vote “utile”, contre une “carte de ravitaillement”.

 

Mais, Kouchner est sûrement quelqu’un d’honnête.

 

Il n’a simplement pas le temps de vivre avec les populations occupées, terrorisées, affamées, déracinées, jetées sur les chemins sans abri, par la violence des armées occidentales. De s’informer, d’exercer son esprit critique. Il ne sait pas, ne cherche pas à savoir. Trop sollicité. Trop  occupé à diffuser la bonne parole des bienfaits de l’Occident. Pas le temps.

 

Oui. Probablement. C’est la faute à : “Pas le Temps”…


Autre genre. Même les snobs, retroussant les manches, rejoignent “la chasse aux barbus”.

 

Fi donc !

 

Dans une émission de TV (5), je regardais la délicate Eliette Abécassis, drapée de soie, ombrée de blush, irisée de mascara, nous recommander son choix d’ouvrages à lire. Parmi eux, celui écrit par une iranienne sur son viol en Iran. Inévitablement.

 

Je n’en ai pas retenu le titre. Simplement les non-dit. Soupirant, combien était détestable “le fanatisme religieux”. Sous-entendu susurré : on ne viole que par fanatisme religieux et cela, évidemment, ne peut se produire que dans des pays musulmans, et plus particulièrement en Iran Chiite…

 

Avec l’assurance, dans la formulation de ses commentaires, d’une double légitimité. Le sujet de sa thèse, nous précise son site officiel, porte sur “Le Mal”. Et, sa famille n’est-elle pas originaire d’un pays musulman : le Maroc ?...

 

Elle a même écrit, nous précise-t-elle, sur le “fanatisme musulman” : “… Dans « Le Trésor du Temple », j’évoque la question du fanatisme musulman à travers une secte. Cela était évidemment lié à une fraîche actualité. Je m’inspire constamment de ce qui anime mon quotidien en terme de faits, d’informations et d’actualités” (­­6).

 

Perle rare : une spécialiste du “Mal”, inspirée “constamment” par les faits, les informations, et l’actualité !…

 

 


 

 

Bizarre, cependant…

 

Elle adore Jérusalem (7), où elle s’est mariée. Bien. Séjournant souvent en Palestine. Formidable, pour une intellectuelle inspirée “constamment” par les faits, les informations et l’actualité. Les témoignages de première main vont fuser, se dit-on…

 

Curieusement, elle ne semble pas y constater, percevoir, sentir, “Le Mal”, lors de ses séjours. Pourtant…

 

Par delà massacres, destructions, humiliations, persécutions, les témoignages, soigneusement occultés par les médias occidentaux, de viols, de tortures sexuelles, de femmes et jeunes filles Palestiniennes dans les prisons israéliennes, abondent

 

Ne parlons pas des viols des femmes Irakiennes, dans les prisons gérées par les occidentaux dans ce pays proche de la Palestine qu’est l’Irak. Que dire des milliers de femmes et d’enfants tués, mutilés, par les armées d’occupation occidentales, en Afghanistan, qui dure depuis plus de sept ans… Trop loin, peut-être ?...

 

Et, puis, ce serait indécent…

 

Le raffinement, la distinction, l’élégance, c’est cela : voir ce qui doit être vu, dire ce qui doit être entendu, détourner le regard de l’obscène.

 

Normal.

 

Bernard Kouchner, Eliette Abécassis, représentent les archétypes de ceux qui affirment, sur des registres d’expression différents, leur sympathie et leur activisme communautaires. Libre à eux. Laissons donc de côté la “Bonne Foi”, et admettons lucidement que c’est, de la part de ces “responsables” et “intellectuels”, de “Bonne Guerre”…

 


 

N.B. Le texte étant tronqué par le serveur, il a été scindé en  deux.

Suite deuxième partie :

Tahar Ben Jelloun et les Talibans : Tartarin et les Lions… (2)

 => Hamburger au hachis de porc

 => Sauce “blue cheese”

 => Trous de gruyère ou de mémoire

 

 

 

 

 

(1)  Tournée diplomatique – Kouchner : “Sans les femmes en Afghanistan, il n’y aura pas de progrès”, Le Point, 16 mai 2009.

(2)  Cf. Pierre Lellouche in : Livre Blanc de la Défense Nationale ou Chèque en Blanc ?...

(3)  Lire le remarquable article de Mona Chollet, Ils ne comprennent que la force, du 12 avril 2009 sur le film, avec Isabelle Adjani, La Journée de la Jupe, http://blog.mondediplo.net/2009-04-12-Ils-ne-comprennent-que-la-force

(4)  Cogan, James, Millions face starvation in Afghanistan, 9 January 2009, http://wsws.org/articles/2009/jan2009/afgh-j09.shtml

(5)  France 2 – TV5 - Télématin

(6)  http://pagesperso-orange.fr/mondalire/abecassis.htm

(7)  “… Elle est attachée à cette ville comme à une personne. Elle s’y marie en 2002. Elle a rencontré son futur époux deux ans auparavant, au cours d’un vol Tel-Aviv-Paris…”. http://www.vsd.fr/contenu-editorial/en-coulisses/cv-de-stars/849-eliette-abecassis


 



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