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Artistes et Ecrivains

Jeudi 12 février 2009



J’ai appris sa mort le jour de Noël.

 

Nous le savions très affaibli, épuisé, par sa lutte quotidienne contre cette “longue et douloureuse maladie”. Le cancer, pudiquement surnommé ainsi. Lucide et courageux, jusqu’au bout.

 

Il savait son départ imminent. Consacrant ses derniers mois à organiser, inventorier, répartir, archives, manuscrits, livres, correspondances, articles, conférences, photos, prix ou récompenses internationales.

 

Strates successives du passage du temps, d’une œuvre foisonnante. Inestimable témoignage de la création littéraire, théâtrale, cinématographique, du dernier demi-siècle. Dont la British Library recueillera l’essentiel.

 

Nous espérions le voir, l’entendre, le sentir à nos côtés, quelques années encore. Un des derniers intellectuels de stature internationale, dont la vie, l’oeuvre et le combat politique, sont la fusion d’un talent et d’une générosité hors du commun.

 

 

 

 

Je voulais saluer son départ.

 

Au moment de prendre la plume, les atrocités de Gaza m’ont sauté à la gorge. Comme si, au lendemain de son envol, tout ce contre quoi il avait lutté, tirait une salve de défoulement sadique dans un déluge de feu, de mensonges et d’horreurs.

 

Après la disparition, cet été, de Mahmoud Darwich, celle d’Harold Pinter est un rude coup porté à la communauté des “citoyens du monde”. Celle du refus de l’extrémisme d’une idéologie, dite “libérale”. Religion, intégrisme, du culte de l’argent, sous ses formes les plus honorées : la spéculation et la prédation. Se nourrissant de l’exclusion, du fanatisme et de la violence. Violence du Fort contre le Faible. Au seul profit d’une ploutocratie insatiable.

 

Ce n’est pas à un résumé de sa vie, ni de sa production artistique, que je veux me livrer.

 

Vous trouverez tout cela, finement analysé, dans la magistrale biographie écrite par Michael Billington. Critique de théâtre, spécialiste mondialement reconnu de Pinter. Ne sachant pas si elle a été publiée en français, ce sont les coordonnées de l’édition britannique que j’indique. (1)

 

Juste une poignée de pétales, jetés au vent. Affection, reconnaissance, admiration, tristesse, regret, pour un homme, ses forces, ses fêlures, et son œuvre immense…

 

 

Le Dramaturge …

 

Je suis entré dans la création et l’art de ce génie du théâtre, par hasard. Par le cinéma…

 

Un film : The Go-Between. Traduit en français par Le Messager (2). Avec Alan Bates, qui restera un de ses interprètes favoris, au cinéma et dans plusieurs de ses pièces. Julie Christie, tenant le rôle féminin principal.

 

Pinter en était le scénariste, avec l’adaptation d’un roman de L.P. Hartley. Superbe “recréation” à l’écran d’une œuvre littéraire, d’une densité exceptionnelle. Tous les thèmes du théâtre de Pinter, que je retrouverai plus tard, y sont évoqués.

 

Au cœur de l’action, un jeune adolescent propulsé dans le monde des adultes. Découvrant la stratification sociale d’une société britannique, divisée en castes. Dans l’hypocrisie. Manipulé en “messager” par deux adultes pris de passion, que les conventions sociales interdisaient.

 

De messager, il devint observateur, puis impliqué, malgré lui, dans ce qui le dépassait. L’innocence de l’enfance déchirée, en lambeaux, sous le choc de ce qu’il ne connaissait pas : trahison, mensonge, injustice, violence. L’impossibilité de communiquer, d’exprimer. La cruauté de la fatalité. Mais, aussi, découverte de la sensualité, de l’amour, floraison de cette pulsion vitale qui nous lie à notre destinée humaine…

 

On l’oublie parfois, mais Pinter restera un des meilleurs adaptateurs à l’écran de grands romans. Exercice plus que difficile, que peu d’écrivains, d’auteurs de scénarios, réussissent. Travaillant avec les plus grands metteurs en scène de cinéma. Leur collaboration donnant des chefs-d’œuvre, devenus des “classiques”.

 

Parmi ces metteurs en scène, le magnifique Joseph Losey que certains pensent britannique. Alors qu’il était un réfugié politique, un dissident américain, obligé de s’exiler en Grande-Bretagne, lors de la “chasse aux sorcières” organisée par les fanatiques anticommunistes de l’ère McCarthy des années 1950. On lui reprochait ses idées. Le délit d’opinion existe, aussi, dans nos “démocraties”…

 

Les piliers de cinémathèque connaissent The Servant, inspiré d’un roman de Robin Maugham (3). Ou encore, Accident, adaptation d’un roman de Nicholas Mosley (4). Ou encore, fruit de sa collaboration avec le metteur en scène Karel Reisz, “La Maîtresse du Lieutenant français”,  splendide transposition du roman de John Fowles, The French Lieutenant’s Woman, où Meryl Streep interprète un de ses plus beaux rôles (5). Et, tant d’autres…

 

De là, j’ai remonté l’œuvre, comme je l’aurais fait d’une rivière, jusqu’à sa source : théâtre et poésie. Découvrant quelques uns des joyaux de son écriture, que sont les pièces écrites d’abord pour la radio, avant d’être mises en scène au théâtre ou à la télévision (6).

 

Du temps où la radio et la TV (7) étaient autre chose que du matraquage publicitaire, entrecoupé de discussions de café de commerce monopolisées par les Dupont Lajoie (8), ou de la “propagande gouvernementale”.

 

Traduites dans le monde entier, ses  29 pièces de théâtre l’ont hissé, aux yeux des amateurs de théâtre contemporain britannique, à la hauteur de ce qu’est Shakespeare pour le théâtre classique.

 

Ses talents, d’acteur, de metteur en scène, d’auteur, se sont forgés à l’exemple de Molière ou de Shakespeare. En parcourant les routes, au sein d’une petite troupe ambulante, avec des artistes méconnus, mais remarquables. La formation initiale de Pinter se fit dans les salles enfumées, aux effluves de bière brune, des petites villes et villages d’Irlande. Cette Irlande, pour laquelle il gardera tendresse.

 

Pratiquant le théâtre de Shakespeare, évidemment. Et, autres classiques. Aux confins de l’enthousiasme, de la fièvre créatrice et de la misère. Lorsque son fils est né, à Londres, il n’avait pratiquement pas d’argent pour le nourrir, lui et sa mère, dans un entresol où les murs ruisselaient d’humidité.

 

Loin de se dissoudre dans le misérabilisme, ses débuts de carrière sont un exemple d’énergie débordante : travail d’interprétation, de mise en scène, d’écriture, d’idées, de projets. Sportif, il était d’un excellent niveau dans une “discipline” qui le passionnait, le passionnera toujours : le cricket… Dont il tirera une scène d’anthologie, sous forme d’une percutante métaphore sociale, dans The Go-Between.

 

Avant de connaître succès et reconnaissance internationale, il a tout enduré. Aucune aigreur ou frustration. Son intelligence et sa générosité ne pouvaient que les sublimer. Dureté, vacheries d’une société fondée sur des rapports de domination, ont été son laboratoire d’observations de “la comédie humaine”.

 

 

… de La Dignité Humaine

 

Il n’était pas un “produit” des salons londoniens, lustré dans la servilité à l’égard de la nomenklatura. Son œuvre est charpentée par une lucidité, une sérénité, inébranlables.

 

Dans un démontage implacable des relations humaines, des pressions d’une société capable d’écraser l’individu, au point de s’interdire la communication, l’échange, l’expression des sentiments. Entre parents et enfants. Hommes et femmes. Puissants et faibles. Pouvoir et dignité humaine. Ville et solitude.

 

Jusqu’à les débusquer dans le langage et ses silences.

 

Langage, dont il ne cessera de dénoncer la manipulation par les castes au pouvoir et leurs médias, dans le mensonge et le cynisme :

“ Les mots, dans le monde où nous vivons, sont souvent employés pour déformer, dissimuler, ou manipuler, le sens qu’ils sont censés véhiculer… C’est devenu un langage de mensonges.

Ces mensonges peuvent atteindre une telle force persuasive, envahissante, que le menteur lui-même est convaincu de dire la vérité.

Comme cela a été prouvé à maintes reprises, quand les mots sont utilisés avec courage, dans le respect rigoureux de leur sens réel, les utilisateurs de ces mots sont récompensés par les persécutions, les tortures et la mort.” (9)

 

Il ne supportait pas l’hypocrisie, l’abus, la confiscation des mots qui n’ont plus de sens : démocratie, droits de l’homme, droit de vote, liberté d’expression… Si ce n’est de semer ravage et terreur, dans le monde, avec le fanatisme de “la bonne conscience”.

 

Auteur “engagé” ?... Certainement. Mais, il ne défendait aucun système politique. La politique et les politiciens ne l’intéressaient pas. Seules les souffrances, les injustices, les violences, dont ils sont responsables, le préoccupaient. Les totalitarismes ont le même comportement, la même idéologie, les mêmes techniques, quelle que soit leur époque, leur teinture politique…

 

Il aimait rappeler que Kafka, dans Le Procès, n’avait pas écrit contre le stalinisme. Ce régime n’existait pas encore, au moment de la rédaction de son chef-d’œuvre. Mais, contre l’Empire Austro-Hongrois, sa bureaucratie, son oppression policières. Prague vivait sous la botte d’une dictature et d’une occupation militaire “étrangères”. Comme Bagdad, Kaboul ou La Palestine, aujourd’hui. La sauvagerie des immenses ravages en moins...

 

Pinter était inquiet de l’extension constante d’un totalitarisme au sein même des sociétés occidentales, dont la Grande-Bretagne, constatant que :

“… les privilèges de la grande bourgeoisie coexistent avec un développement croissant du pouvoir répressif de l’Etat et nos vies sont de plus en plus régentées par un matérialisme narcissique dans lequel il est mal vu de se dresser contre l’injustice et la corruption.” (10)

 

Ou encore, l’érosion des libertés, dans nos sociétés, avec son mécanisme subtil et pervers :

“… une des préconditions du fascisme – une élite richissime, égoïste et myope, totalement indifférente aux décisions prises en son nom, se forme dangereusement en Grande-Bretagne.” (11)

 

Son intense travail de dramaturge, de création, ne l’empêchait pas de participer à toutes les luttes, sur plusieurs décennies et continents, pour le respect de La Dignité Humaine, contre les guerres, les dictatures militaires, les oppressions, les tortures et les massacres, imposés par l’Occident :

Apartheid en Afrique du sud, dictature militaire en Turquie, Asie (Cambodge, Indonésie, Laos, Philippines, Timor oriental, Vietnam), Amérique Latine (El Salvador, Chili, Guatemala, Nicaragua, Panama), Caraïbes (Haïti, République Dominicaine), Somalie...

 

Bien sûr, la destruction de l’Irak, fondée sur des mensonges. Il fut un adversaire très virulent du gouvernement britannique qui participa à ce crime collectif. Puis, l’Afghanistan…

 

Ses combats sont innombrables…

 

Encore inconnu, il s’était retrouvé dans un commissariat londonien, pour avoir échangé des coups avec un raciste qui l’avait traité  de “sale juif”, dans un bar.

 

Pinter était juif. La branche paternelle, en provenance de Pologne. Celle de sa mère, venant d’Odessa en Crimée. Cette province dont on ne sait plus si c’est l’Ukraine ou la Russie, depuis la chute du Mur de Berlin. La population souhaitant son rattachement à la fédération russe.

 

La défense de son identité juive, lui rendait détestable le fanatisme sioniste. Refusant d’admettre les atrocités, injustices et tueries récurrentes commises à l’encontre du peuple Palestinien.

 

Eprouvant le plus complet mépris pour les différents gouvernements israéliens qu’il considérait comme un ramassis de racistes, belliqueux, corrompus, marionnettes du complexe militaro-industriel, faisant régner la terreur armée occidentale au Moyen-Orient. L’hystérie raciste, anti-arabe, antipalestinienne, qui a imprégné les dernières “élections” en Israël lui donne raison…

 

Condamnant les destructions colossales infligées régulièrement par Israël aux peuples et pays voisins, dans des déclarations et écrits signés aux côtés de Noam Chomsky et d’autres intellectuels juifs courageux. Il n’avait pas hésité, lors des bombardements démentiels du Liban en juillet 2006, à persister et à signer : “C’est Israël le vrai responsable”. (12)

 

On le retrouvera au comité de soutien de Mordechaï Vanunu, cet ingénieur israélien qui a fait connaître au monde l’ampleur du programme nucléaire de son pays. Non signataire du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP). Enlevé à Rome où il s’était réfugié, par le Mossad, il a été condamné à 18 ans de prison pour s’être “exprimé”. Sa peine purgée, il est maintenu en résidence surveillée, dans l’impossibilité de communiquer librement.

 

Autrement dit, Pinter avait tout pour se faire détester des médias…

 

Couvert de prix, de distinctions littéraires, dans le monde entier, il s’est vu décerner le prix Nobel de Littérature en 2005. Présent à Londres, lors de la cérémonie de remise de son prix Nobel, j’ai été impressionné par le “silence médiatique”, dans son pays, sur cet évènement. Ces mêmes médias prêts à célébrer la dernière paire de chaussures de la plus ringarde des princesses chevalines, qui abondent dans ce pays…

 

Il n’avait pas pu se déplacer en Suède pour prononcer son discours et recevoir son prix, immobilisé sur un fauteuil roulant par la maladie. Il avait été enregistré et diffusé sur grand écran. Un modèle du genre, que je vous invite à lire. Limpide et fort. En deux parties. La première sur l’art et la vérité. La deuxième, sur le mensonge et le pouvoir.

 

Il en riait, avec son ironie incisive et son formidable humour :

“Ce fut totalement ignoré par la BBC. Cela n’était jamais arrivé. Certains assurent que la BBC a ignoré le discours (de remise du Prix Nobel) par complicité avec le gouvernement. Je ne le crois pas…” (13)

 

Plongez dans son œuvre.

 

Un exemple de ce qu’est un artiste, un créateur : un messager, un passeur, entre “l’Art” et le “Sens”…

 

Un Go-Between.

 

Car, nos sociétés humaines doivent avoir un “Sens”, une éthique collective, une expression qui ne soit pas celle du seul cynisme. Le “sens de la dignité de l’homme”. Sinon, “l’Art” en est réduit à ces “productions”, similaires aux cadavres d’animaux dans des aquariums de formol, se vendant, avant la crise, à des dizaines de millions d’euros pièce… L’expression du néant.

 

Retenons son testament intellectuel, les dernières lignes de son discours de la remise du Nobel. Il nous rappelle ce que tout “citoyen du monde”, conscient de ses responsabilités, refusant d’être réduit à un "robot-consommateur", se doit de respecter (14) :

 

“ … Je crois que malgré les énormes obstacles qui existent, être intellectuellement résolus, avec une détermination farouche, stoïque et inébranlable, à définir, en tant que citoyens, la réelle vérité de nos vies et de nos sociétés est une obligation cruciale qui nous incombe à tous.

 

 Elle est même impérative.

 

Si une telle détermination ne s'incarne pas dans notre vision politique, nous n'avons aucun espoir de restaurer ce que nous sommes si près de perdre : notre dignité d'homme”.

 

 


 

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(1)   Billington, Michael, The Life and Work of Harold Pinter, Faber & Faber, London, 1997. 418 p.

(2)   The Go-Between, film de Joseph Losey de 1970, avec Julie Christie et Alan Bates. Palme d’or au Festival de Cannes 1971, entre autres distinctions internationales.

(3)   The Servant, film de Joseph Losey de 1963

(4)   Accident, film de Joseph Losey de 1967, avec Dirk Bogarde, Jacqueline Sassard, Delphine Seyrig. Couvert de prix internationaux, dont celui du grand prix du Jury du Festival de Cannes – 1967.

(5)   La Maîtresse du Lieutenant français, film de Karel Reisz de 1981, avec Meryl Streep et Jeremy Irons.

(6)   Voir un “document historique” sur Youtube : l’adaptation télévisée de sa pièce The Collection. En 1976 : http://www.youtube.com/watch?v=bPxLEAfjdIY&feature=related. Avec les grands acteurs du moment : Laurence Ollivier, Helen Mirren, Alan Bates et Malcolm McDowell.

(7)   La BBC était à l’époque des débuts de Pinter, dans les années 60-70, un extraordinaire foyer de créativité et de liberté d’expression. Aujourd’hui, complètement disparu…

(8)   Dupont Lajoie, Film d’Yves Boisset de 1974. Avec Jean Carmet et Jean-Pierre Marielle comme acteurs principaux. Mettant en scène les archétypes du racisme et du fanatisme imbéciles de nos sociétés.

(9)   The Life and Work of Harold Pinter, p. 372, Op. Cit.

(10) The Life and Work of Harold Pinter, p. 330, Op. Cit.

(11) The Life and Work of Harold Pinter, p. 331, Op. Cit.

(12)  John Berger, Noam Chomsky, Harold Pinter, José Saramago, C’est Israël le vrai responsable, Le Monde, 27 juillet 2006.

(13)  “It was totally ignored by the BBC. It never happened. There are those who argue that the BBC's ignoring the speech was to do with its complicity with government. I don't believe that.” http://www.guardian.co.uk/stage/2006/mar/14/theatre.stage

(14)  http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/2005/pinter-lecture-f.html

 

 

 

 

Photo Harold Pinter : Eamonn McCabe

Photo de la main d’un enfant Palestinien, sous les décombres de Gaza

 

N.B. La traduction des citations de l’ouvrage de Michael Billington est “garantie maison”…

 


 


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Mercredi 27 août 2008


Il est mort, le poète …

 

Je n’aime pas les nécrologies. Bien sûr, je ne parle pas des exercices de complaisance que l’hypocrisie mondaine ou médiatique nous inflige à intervalles réguliers. Mais, de celles des êtres que nous aimons.

 

C’est admettre une perte, un départ irrévocable. Mais, on se doit, parfois, de s’y soumettre. Marquer notre respect, notre affection. Pour que la Terre des Hommes ne se sente dépeuplée…

 

Un des plus grands poètes contemporains nous a quittés. Le 9 août 2008, à 67 ans. Pour moi, sa disparition est un des évènements marquants de cet été. Malgré sa tristesse.

 

Il est arabe, Palestinien. Il était…

 

Mahmoud Darwich.

 

Une trentaine de volumes, traduits dans près de quarante langues. Mondialement connu et célébré (1). Sauf en Occident, à part un cercle restreint. Quoi de plus normal ?... Censure, désinformation font bien leur travail. Il appartient à un peuple spolié, massacré, torturé, affamé, emprisonné, humilié, enseveli vivant dans l’oubli, par l’Occident, déguisé en “Communauté Internationale”. Depuis 60 ans.

 

Occulter…

 

Somme toute, il a eu la chance de vivre jusqu’à cet âge. Beaucoup de poètes, romanciers, artistes Palestiniens, ont été assassinés par les escadrons de la mort occidentaux. Systématiquement, au cours des décennies. Souvent, avec leurs enfants. Traqués, même en dehors de la Palestine. Mitraillés, mutilés par des colis piégés (2), bombardés, explosés dans leur véhicule familial. Les instruments de terreur habituels…

 

Réduire au silence …

 

Espérons qu’un jour, en Occident, la censure officiant dans les maisons d’édition, encore plus implacable qu’une censure publique car privatisée, laisse publier une anthologie des œuvres de tous ces artistes Palestiniens assassinés pour avoir eu le tort de vouloir témoigner, pacifiquement, par leur art, pour la liberté de leur peuple.

 

On le sait. Un des premiers objectifs des colonisateurs est d’éradiquer les intellectuels osant braver la loi du plus fort, et prétendre “résister”. Ecrire, chanter, vivre cette résistance. Plus grave : cultiver, entretenir la mémoire de leur nation.

 

Les occidentaux ne se sont-ils pas acharnés à pister, repérer, confisquer, détruire les archives, notamment officielles de l’Empire Ottoman dont la Palestine était alors une province autonome, parmi les plus prospères et les plus riches sur le plan agricole ?... Celles qui établissaient les cadastres, les registres de la Conservation Foncière des différentes régions de la Palestine, avec les références des propriétaires, l’historique des transactions... L’histoire d’une nation, au quotidien.

 

Effacer la mémoire d’un peuple. Rendre inaccessible les archives, étouffer la parole, détruire la transmission écrite et orale des fibres et des vibrations de son âme…

 

Mahmoud Darwich a connu le nettoyage ethnique de 1948, provoquant le déplacement de centaines de milliers de Palestiniens. La spoliation de leurs terres et de leurs maisons. Officiellement recensés par l’ONU : 750.000. En réalité, plus du double.

 

Ne fallait-il pas affirmer (3) que la Palestine était une terre vide d’habitants, à part quelques bergers nomades ?...

 

Son village natal en Galilée, Barweh, a été rasé jusqu’au sol, cette année-là. Plus de 400 subissant le même sort. Un autre a été reconstruit depuis, par des colons. Venus d’Europe. Avec un autre nom. Avec des bulldozers, des explosifs. Jusqu’à défoncer le cimetière. Pour construire dessus.

 

Effacer. Toujours et encore …

 

Ne fallait-il pas soutenir que la Palestine était une terre stérile avant l’arrivée “civilisatrice” des colons européens ?...

 

Il a connu la sauvagerie et la prison des colons. Cinq fois. Dont une fois, pendant trois ans. Une dizaine d’années en prison, en tout. Il n’a, pourtant, jamais tenu une arme de sa vie. Motif ?... Avoir écrit des poèmes contre la spoliation de sa terre natale, l’oppression de son peuple et le saccage de sa culture.

 

Déjà à 12 ans, un de ses poèmes mettant en scène un jeune Palestinien retrouvant sa maison occupée par un colon, cultivant la terre de ses ancêtres, lui avait attiré la haine de la police politique de l’occupant. Elle l’avait menacé, s’il continuait à écrire, de s’en prendre non seulement à lui, mais aussi à sa famille. A commencer par son père. Censure, menace, chantage, racisme, haine, violence, dès l’enfance, il avait tout expérimenté de la barbarie coloniale.

 

Il est vrai que l’oppression coloniale ne connaît pas de limites, quant à l’âge de ses victimes. Ni dans les moyens. Cette année, dans son hystérie prédatrice, ne va-t-elle pas jusqu’à interdire la publication, en langue arabe, des ouvrages hautement subversifs tels que “Pinocchio” ou “Harry Potter” ?… (4)

 

Mais, les colons occidentaux ne prétendent-ils pas représenter la “démocratie” dans le monde ?...

 

Mahmoud Darwich sera enterré à Ramallah, où il vécut ces dernières années. Il aurait tant aimé être enterré dans le cimetière de ses ancêtres.  Même mort, l’occupant n’en veut pas. Choc de deux cultures ?... Hospitalité orientale contre exclusion occidentale ?... Le partage du pain contre le saccage du bulldozer ?... De toute façon, son village, avec sa petite mosquée et son cimetière, n’existe plus…

 

Il a pleuré la souffrance et l’exil. La Terre perdue. La Mère disparue.

 

 

L’olivier, symbole de l’Histoire et de la prospérité de la Palestine, si souvent chanté par Mahmoud Darwich

 

 

Ecoutons-le, même si la traduction ne restitue pas la splendide musicalité de la langue arabe, langue par essence des poètes :

 

… Tu as volé les vignes de mes pères

Et la terre que je cultivais.

 

Moi et mes enfants, ensemble.

 

Tu nous as tout pris, hormis

Pour la survie de mes petits-fils

Les rochers que voici.

 

Mais ton “gouvernement” va les saisir aussi                                                             

... à ce que l’on dit !

 

Ou encore :

 

Je viens de là-bas et j’ai des souvenirs…

 

Je suis né comme tout mortel, avec une mère

Une maison avec beaucoup de fenêtres

Des frères, des amis,

Et, une cellule de prison, avec une fenêtre ouverte sur le froid.

 

La vague est mienne, emportée par les goélands,

Ma vision est l’horizon

Avec un simple brin d’herbe.

 

La lune est mienne, au lointain extrême des mots,

Tout comme le don des oiseaux

Et l’immortel olivier.

 

J’ai parcouru cette terre avant que les épées

Ne transforment son corps vivant en une pierre nue.

 

Je viens de là-bas. Pour ma mère, je suis le ciel,

Quand le ciel pleure pour sa mère.

Et, je pleure pour me faire entendre d’un nuage qui en revient.

 

J’ai appris tous les mots en usage dans le tribunal du sang,

Afin d’en briser les décisions.

 

J’ai appris tous les mots et je les ai brisés,

Afin d’en écrire un seul :

 

“Patrie” …

 

 

Dès le jour de ses obsèques, les cloportes se sont mis au travail…

 

Grouillant, s’appliquant, méticuleusement, à transformer, déformer, dévaloriser, caricaturer l’immense engagement de l’artiste et de l’homme pour la cause de son peuple et celle de la dignité humaine (5).

 

Dans l’abjection intellectuelle la plus cynique.

 

Bien sûr, Mahmoud Darwich  ne voulait pas être considéré uniquement comme un “artiste militant”. Il se voulait avant tout poète. Mais, les bouffons veulent sa peau, une deuxième fois. Réduire sa poésie à un exercice mondain, élégiaque. D’où seraient bannies toutes références à la Palestine et son martyre.

 

Sécrétant, sous leurs plumes, dans leurs propos, l’ignominie.

 

Lui, qui n’a jamais cessé de célébrer, de chanter le souvenir de sa nation… En arriver à lire :

“… ce qui manquera à jamais, c’est sa voix, ce grain unique assorti d’un regard porteur d’une vision”.

 

Quelle “vision” ?... Comme s’il s’agissait d’un Lamartine cultivant ses vapeurs romantiques.

 

Lui, qui a connu la prison, l’exil, les menaces de mort pour ses écrits… Lire :

“… il s’était exilé en 1970, vivant dans plusieurs villes étrangères, notamment à Paris (”J’habite dans une valise” disait-il alors) ne retournant dans son pays qu’un quart de siècle plus tard… ”.

 

Il “s’était exilé”… Volontairement, par plaisir ou par fantaisie, sans doute ?...

 

Lui, ardent militant, longtemps membre du parti communiste Palestinien, ne cessant de dénoncer l’injustice, la colonisation et la complicité criminelle de la “Communauté Internationale”… Lire :

“… Il s’était retrouvé un peu malgré lui à se faire le porte-voix de la cause palestinienne, notoriété et prestige obligent … Rien ne l’exaspérait que d’être réduit et enfermé dans l’appellation de “poète officiel de son peuple” ou de ”poète de la résistance…”.

 

Oser écrire : “… un peu malgré lui à se faire le porte-voix de la cause palestinienne”…

 

Un de ses plus beaux poèmes est consacré à l’enfant Palestinien, tué par un sniper : Muhammad al Durrah. Nous avons tous vu cette tragique photo. Cet enfant blotti contre le dos de son père, les deux accroupis sous la fusillade, contre un mur. Terrorisés. Avec la main et le bras de son père pour seules protections. Sans armes, donc sans danger pour la soldatesque. Enfant assassiné de sang froid. Oui, car impossible de rater sa cible avec un fusil à lunette.

 

A la suite de ce crime, contrant la propagande occidentale des Palestiniens et Arabes traités en peuples “n’aimant pas la vie”, il prononça la célèbre formule : “ Bien sûr que nous aimons la vie, encore faut-il qu’on nous la laisse vivre !”.

 

Lui, qui est entré en conflit avec Arafat prêt, sous la pression occidentale lors des “Accords d’Oslo”, à abandonner l’application des résolutions de l’ONU censées protéger, même si elles n’ont jamais encore été appliquées, les quelques droits à l’existence du peuple Palestinien. Lire :

“… Ces dernières années, il avait pris ses distances, réservant ses ultimes lances à Yasser Arafat auquel il consacra des tribunes implacables…”

 

“… Il avait pris ses distances…”. Comme s’il avait abandonné une cause perdue, comme s’il s’était soumis à l’occupant.

 

Au mois de mai dernier, malade, il avait envoyé une lettre aux participants du Festival Palestinien de Littérature, rappelant :

“… combien il est difficile d’être Palestinien, et pour un Palestinien d’être un écrivain et un poète… Comment peut-il parvenir à la liberté d’écriture dans de telles conditions d’esclavagisme ?... Comment peut-il préserver le travail des mots qu’exige toute Littérature dans un contexte aussi sauvage ?...”

 

Lui, qui, nourri de toute la grande tradition de la poésie arabe, composante essentielle de sa civilisation, a vu ses poèmes mis en musique et repris dans toutes les rues arabes… Lire :

“… Il se réclamait d’une tradition lyrique et humaniste qui puise son inspiration dans un imaginaire arabe bien antérieur à la naissance de l’Islam…”

 

L’éternel et inusable cliché de l’islamophobie. Pour un islamophobe, le monde arabe ne connaît depuis l’apparition de l’Islam aucune littérature, poésie, art, imagination, créativité… (6). Qu’attendre de plus de ces fanatiques ?...

 

Les pulsions irrépressibles de la salissure.

 

A vomir.

 

Mais, qu’importe les cloportes …

 

Ils ne pourront rien devant cette évidence gravée dans les marbres de l’Histoire :

 

“… Tu as volé les vignes de mes pères…”

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Voir le site en anglais : http://www.mahmouddarwish.com/english/index.htm

(2) Un exemple parmi des dizaines : le chercheur universitaire Anis Savigh, a perdu la vue et les doigts, à la suite d’un attentat sous forme d’une lettre piégée expédiée par les services secrets sionistes. Il avait “osé” prendre la direction du Palestinian Research Center

(3)  Ce qui permet d’affirmer, encore à ce jour, à un Jean-François Khan par exemple, que “… la Palestine n’a jamais existé…”, dans une récente émission de TV ARTE sur la Georgie…

(4) “Pinocchio” et “Harry Potter” en langue arabe interdits en Israël, Benjamin Barthe, Le Monde, 12 août 2008.

(5) Un des sommets de cette pratique, dans la presse francophone (la presse étrangère occidentale n’est pas en reste…), est atteint dans l’article de Pierre Assouline dans le quotidien Le Monde, du 9 août 2008, qui est une reprise de l’article de son blog : Pour saluer Mahmoud Darwich (http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/08/09/pour-saluer-mahmoud-darwich/). Des lecteurs (voir les commentaires dans son blog de Laurent, Benoît, D. Ni., Louis-James, etc.) n’ont pas manqué de réagir devant ce concentré de bassesse.

(6)  Les citations, relatives au « portrait » de Mahmoud Darwich, sont extraites de l’article cité de Pierre Assouline.

 


 

 

 


 


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Dimanche 27 juillet 2008


31 juillet 1944 ...


Parti en mission de reconnaissance aérienne au-dessus de la France, depuis sa base en Corse, dans le cadre de la préparation  du débarquement en Provence, Antoine de Saint-Exupéry, disparaît aux commandes de son avion P 38 Lightning.


Il avait 44 ans.




 


Bien plus tard, à l'est de l'île de Riou, au sud de Marseille... On retrouva d'abord sa gourmette, signée du nom de sa femme, Consuelo. Elle lui avait offerte. Emouvant témoignage de ce qui fut une splendide Passion, avec ses joies, ses douleurs et sa tendresse. Nous léguant, braises rougeoyantes, un des plus beaux échanges de lettres d'Amour que l'on connaisse. Quelques années après, les débris de son appareil ont été découverts. Officiellement identifiés en avril 2004.


Saint-Ex, comme on le surnommait, écrivain déjà célèbre, avait soulevé des montagnes, mobilisant toutes les relations et interventions possibles... Pas pour obtenir une quelconque sinécure, un marché public, la "Légion d'Honneur", ou un fauteuil à l'Académie Française...


Non.


Tout simplement, pour pouvoir voler dans les forces aériennes alliées. Contribuer à la libération de son pays. En première ligne. Il avait franchi l'âge limite pour ces opérations de guerre. Cette dernière mission, aussi, il aurait pu s'en abstenir. Il avait dépassé son quota...


Difficile d'imaginer un tel geste de nos "littérateurs" médiatiques actuels. Se prenant pour des Torquemada de génie, ils passent leur temps à organiser des bûchers pour brûler les blasphémateurs du "politiquement correct"...


Ah ! Que ne ferait-on pas pour complaire à ses sponsors ?... Au premier courant d'air vous êtes excommunié pour hérésie, déclaré antisémite, anti-américain primaire, quand ce n'est pas stalinien ou suppôt du terrorisme. Au Moyen Age, on disait suppôt du Diable. Rénovation du vocabulaire, à défaut des institutions et des mentalités. Leurs caisses à outils de chasseurs de primes débordent de ces accusations inquisitoriales.


Saint-Ex était d'une autre étoffe. Incapable de s'abaisser pour manger dans de tels râteliers. Rare à notre époque. Ni un courtisan, ni un planqué. Encore moins, un traîneur de sabre. Il l'avait écrit dans son roman Pilote de Guerre :

"La guerre n'est pas une aventure. La guerre est une maladie comme le typhus".


Son courage, son esprit chevaleresque, sa sensibilité, sa poésie, il les mettait au service de la "dignité humaine".


L'univers du cynisme, du racisme à l'encontre de tout ce qui n'est pas "blanc", de l'hypocrisie, de l'escroquerie du "Charity Business", de l'arnaque des charlatans des "droits-de-l'hommisme", est à des années-lumière du sien. Au cœur de sa pensée, de ses préoccupations, l'Homme dans sa dimension fraternelle :

 "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis".


Qui oserait écrire cela, aujourd'hui ?... L'écrire et le vivre.


Lucide. Les lendemains de la victoire l'inquiétaient. Atterré, il voyait les ambitions personnelles, de tous bords, grouiller, aiguisant leurs couteaux dans la perspective du partage des dépouilles...


Lui, fasciné par les étoiles et le désert :


"La termitière future m'épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j'étais fait pour être jardinier"... 



C'est sur le souvenir de ce Prince du Courage et de la Tendresse que je vous quitte, pour quelques semaines.


Baissant le rideau de ce blog, sans savoir si j'en continuerai le cours, lors de la prochaine "rentrée".


Alors, laissez-moi vous dire, au lieu du traditionnel " à bientôt "...


... " À peut-être "...



Salut et Fraternité

 

 

 


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Mardi 20 mai 2008



Il a gagné toutes les courses, les plus grandes. Pilotant des merveilles de technologie. Participant à leur conception, leur création, leur mise au point.

 
Ne confondons pas. Il ne s’agit pas de ces véhicules tournant sur des circuits pendant “deux” heures. Dans les paillettes, les bullettes, et les pétarades gorgées de CO2. Suivis par la béatitude du regard cocaïné, des bimbos siliconées. Ces pom-pom girls, des paddocks aux senteurs de kérosène, se demandant, chaque matin, si demain n’est pas la veille. Moteurs hurlants et fumées, caricatures de la performance dite “sportive”, que s’arrachent les TV, une des images les plus achevées de nos vies citadines, noyées dans le paraître et la pollution.

 
Non. Ce sont des courses qui se comptent en journées, en milliers de miles nautiques ou de kilomètres. Au large. A travers hémisphères et océans. Les plus exigeantes, sur une centaine de jours. En équipage ou seul. Seul à bord : les courses en solitaire. Autour du monde, sans escale. Les plus belles. Seul face à vous-même, l’océan, le ciel, votre voilier et le vent pour le propulser.

 
A ne pas confondre, non plus, avec les “régates”, se déroulant entre des bouées, dans le confort abrité d’une baie. Certaines, contaminées à l’extrême par les mondanités, l’ostentation et le snobisme. A l’identique des courses motorisées, sur des circuits. Comme s’il existait une corrélation dans les activités humaines : plus on se rapproche du rivage, et plus l’âme se rouille…

 
 Titouan Lamazou est un de ces navigateurs formés, entre autres, par Tabarly, sur ses bateaux et dans ses courses. Leur maître à tous, non par le discours, mais par l’exemple. Ces courses transatlantiques qui vous greffent, à la place du plexus, une boule aussi lourde qu’une masse de plomb. Nœud gordien en fils d’acier, liant ce que vous êtes et souhaiteriez devenir : doute, espoir, ténacité, découragement, colère, volonté, angoisse, apaisement…

 
Rationalité et superstition. Quel est le marin au large, quelles que soient ses croyances, qui n’a pas ses gris-gris ?... Dérisoires et émouvants : peluches, photos, médailles, tire-bouchon ou autres objets surprenants, censés se concilier la Chance, la Baraka. Paratonnerres microscopiques pour conjurer les cruautés du Destin. Lorsqu’il se déchaîne, en un centième de seconde. Vous brise ou vous engloutit…

 
Et, la tendresse. Fondamental. Car, par-delà l’horizon, il y a ceux que vous aimez. Vos seules forces et certitudes.

 
Face à des montagnes d’eau ou de glace. Tels ces icebergs du Pacifique sud, cauchemars fascinants de beauté. Les plus effrayants étant ceux à fleur d’eau, imperceptibles au radar et au regard. Surgissant, dans le brouillard ou la nuit, la clarté lunaire ou la splendeur solaire.

 
La solitude, et tous ces bruits qu’un terrien assimilerait au silence, dans la crainte : choc ou glissement des vagues contre la coque, murmure de la pluie ou clameur des “quarantièmes rugissants” (1). Mais qu’un centaure marin, cet homme-bateau, écoute, avec respect, à chaque creux, à chaque crête.

 
Solitude, accompagnée des voix de l’assistance technique d’une équipe au loin, sur un autre continent : spécialistes en météo, en architecture ou en maintenance navales, médecins ou chirurgiens (2). Qui, tour à tour, vous agacent ou vous rassurent. Parfois, préférant couper le son pour mieux prendre conscience de la chance que vous avez : réaliser votre rêve… Dans l’humilité pascalienne de notre petitesse, se mesurer aux immenses forces de la nature qui régissent notre planète. De cap en cap, dont le célèbre Horn (3).

 
Vaincre (4). Et, partir.

 
Forgé par cet univers, Titouan Lamazou a quitté la compétition (5). Avec pour richesse, la vision d’une Terre sans frontières, ni races. Pour retrouver sa première vocation : artiste. Passionné de dessin, de peinture, de photos. Poursuivant ses rencontres, sur tous les continents. Oiseau migrateur avec, pour ailes, ses carnets de croquis et ses pinceaux…

 

 

C’est lui, qui m’a fait découvrir l’art des peintres d’Haïti. Dans un magnifique livre, composé de reproductions d’aquarelles, et de photos des principaux artistes de ce pays : Haïti – Récits de voyage (6). D’autres ouvrages, aussi, m’ont comblé. Il les a intitulés : Carnets de voyage (7). Ce mélange de découvertes, de rencontres avec des peintres, artistes et personnalités à l’extraordinaire vitalité. Loin. Au large des circuits habituels de la mode et de la routine touristiques.

 
A partir de 2002, il s’est lancé dans un ambitieux projet, alliant l’art traditionnel du peintre et du photographe, avec les plus récentes techniques "reprographiques". Passionné de high tech, il utilise toute la palette de ces nouveaux instruments artistiques que peuvent être l’informatique ou le numérique. Epaulé par une excellente équipe, notamment d’infographistes, lui assurant tout particulièrement, parmi ses visions picturales, la maîtrise des difficiles photographies panoramiques.

 
Il a travaillé sur un tour du monde, à travers des portraits de femmes. Une quinzaine de voyages, répartis sur 6 ans, cinq continents, une trentaine de pays. Il en a ramené 200 portraits, avec des photos et des films. Aboutissant, en octobre 2007, à l’exposition “Femmes du Monde” au Musée de l’Homme, à Paris.

 
Le résultat est superbe.

 
Magnifiques visages de femmes. La doyenne, brésilienne, a 107 ans. Portraits mais, "portraits-dialogues" devrait-on dire : témoignages, échanges, confidences. Elles ont, toutes, répondu à ses questions. Sur l’évolution des sociétés apparemment si différentes, où les problèmes de l’être humain sont exactement les mêmes. En leur temps, pas si lointain, des artistes que je vénère, la photographe Tina Modotti ou le peintre-sculpteur Guayasamin, ont construit leur art sur cette quête universelle.

 
Quête des besoins élémentaires que tout être humain, aujourd’hui, devrait voir satisfaits, compte tenu de la richesse accumulée dans le monde : travail, accès aux soins, éducation, justice, dignité, liberté. Epanouissement, aussi : l’Homme n’est pas un poulet de batterie…

 
Ces portraits de femmes, pour l’essentiel, se situent sur d’autres continents que le nôtre, où dans ces sociétés comme ailleurs, comme toujours, elles sont un des moteurs essentiels de l’évolution. Mais, qui dans beaucoup de ces contrées ne peuvent rien devant les cataclysmes et la misère qui les accablent, pas plus que leurs hommes qui en désespèrent. Rien devant le pillage des ressources de leurs pays, qui subissent tous, oui tous, la complicité d’une caste au service des pillards internationaux.

 
De cela, il n’en est pas question dans l’exposition. C’est normal. Ce n’est ni le lieu, ni l’esprit. L’Art, souvent, est obligé de tourner le dos à la politique pour ne pas y perdre sa substance. Il ne peut se réduire à la production de Guernica, ou à la reprise des thèmes de Goya, à la chaîne… Mais on se doit, sans altérer son plaisir, de ne pas oublier l’envers du décor.





 

Exposition qui se décline, et se complète, sur tous les supports : catalogue, livre, DVD. Modernité oblige. Ce qui est très bien, donnant du relief à tout détail qui aurait échappé, ou à toute contemplation qui aurait été, à regret, écourtée. Les petits films, illustrant chaque portrait, sont de véritables délices. Dégustez-les, déjà, en ligne (8).

 

 
Ce travail implique d’importants moyens financiers. Titouan Lamazou est soutenu par de puissants sponsors (9). Souhaitons qu’ils n’enserrent pas, progressivement, l’inspiration et la recherche de l’artiste dans une “cible” de consommateurs… Eternel bras de fer, me direz-vous, entre l’artiste et son mécène, galeriste, éditeur, producteur, public…

 
Des excès, dans ce “marketing de la création”, sont courants dans d’autres domaines : cinéma, audiovisuel, édition. Où la représentation du monde, autre que celui dans lequel nous vivons en Occident, ne doit laisser transparaître que le folklore ou le misérabilisme. L’indépendance déterminée d’un artiste, face au “système marchand”, court un danger aussi grand qu’un voilier croisant la route d’un tronc d’arbre, flottant entre deux eaux…

 
Si vous avez un bouquet de minutes à vous offrir, ou à offrir, allez visiter cette exposition. Sa prolongation, initialement prévue du 30 mars au 16 juin prochain, vient d’être étendue jusqu’à la fin du mois d’août 2008.

 
Vous y vivrez un tour du monde de la dignité humaine. Dans la tendresse du regard de femmes, belles de leur courage.

 

 

 

 

 

(1)  “Quarantièmes Rugissants”, Roaring Forties, nom donné aux latitudes du Pacifique sud, pour leurs phénomènes météorologiques et océaniques impressionnants. Avec des murs de vagues, sur des kilomètres, pouvant dépasser les 35 mètres de hauteur…
(2)  Lors du Vendée Globe 1992-1993, le navigateur Bertrand de Broc se recoudra la langue, en dépit des secousses incessantes de son bateau, suivant les indications à distance du chirurgien, le docteur Chauve…
(3)  Cap mythique, à l'extrémité de l'Amérique du sud, que tout navigateur rêve de franchir. Lieu de rencontre, souvent tumultueuse, entre Atlantique et Pacifique.
(4)  Notamment, en 1990 : Titouan Lamazou remporte la première édition de la prestigieuse course autour du monde, en solitaire et sans escale, le Vendée Globe. En tête dès le troisième jour, il boucle le tour du monde en 109 jours et, environ, 9 heures. Il termine premier, dans la catégorie des monocoques, dans la célèbre course transatlantique : La Route du Rhum. Il est Champion du Monde de course au large de 1986 à 1990.
(5)  En 1993, il quitte le milieu professionnel de la course au large.
(6)  Haïti – Récits de voyage, qu’on retrouve dans une édition refondue : Carnets de voyage 2 : Haïti, Mali, Colombie, Russie, Indonésie, Gallimard 2000.
(7)  Carnets de voyage 1 : Egypte, Cuba, Bénin, Grèce, Japon, Gallimard, 1998.
(8)  http://www.france5.fr/femmes-du-monde/index-fr.php?page=accueil
(9)  UNESCO, Groupe l’Oréal, Paris Match, Gallimard, France 5, entre autres.

 

Illustration : Dayu  et  Sariah, portraits par Titouan Lamazou






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Mardi 6 mai 2008


Dans la discrétion, elle est partie. Le 19 avril 2008. Il y a quelques jours. Germaine Tillion allait fêter ses 101 ans, le 30 mai prochain. S’éteignant, comme une bougie. Dans les bruits de fond de “l’actualité”. Peu a été dit, dans les “médias dominants”, sur cette femme extraordinaire.

 


 
Mes pensées allaient vers elle, le tympan percé des couinements des thuriféraires et laudateurs de la théocratie tibétaine, psalmodiant leurs louanges au féodal Dalaï Lama. Toute la France laïque. Celle que j’avais vue, pourchassant la moindre porteuse de voile, lors de l’hystérie collective sur le port des signes religieux. A présent, courbée en deux de dévotion pour un hiérarque religieux, en soutane safran…

 

Tous ces puritains du “droit de l’hommisme”, silencieux quant aux crimes contre l’humanité se déroulant au même instant en Palestine, en Irak ou ailleurs. Des enfants, par dizaines. Dont les funérailles, sont censurées par nos médias. Prier à leur mémoire, exige de franchir ce mur de la honte qu’est la censure médiatique française, occidentale en général, et s’informer sur des médias étrangers. 

 

Tous ces prêcheurs de la bonne parole “démocratique”, oublieux de toutes les dictatures africaines soutenus par notre pays, dans le pillage des ressources de leurs pays, au détriment des populations. Crevant de faim sur des richesses colossales, volées à longueur de siècles, par notre pays. Encore plus aujourd’hui qu’hier…

 

Censure… Amnésie… Géométrie variable de la bonne conscience…

 

Mes pensées allaient vers elle regardant, médusé, la conférence de propagande de notre président de la République. Ce parterre de journalistes, “les meilleurs” nous–a-t-on martelé, les jours précédents, afin de nous convaincre de leur conscience professionnelle. Et, tétaniser notre esprit critique. Chut ! L’oracle va parler, obséquieusement interrogé par les “grands prêtres”…

 

A tour de rôle, récitant leurs questions “téléphonées”, “siphonnées”… Préalablement, concoctées par les communicants. Ces vases creux, transférant leurs vides. D’un réceptacle à l’autre. L’essentiel étant que le vide circule. Occupant l’espace et le temps. Illusion de l’action et de la gestion d’une collectivité. Pompe à vide. Pour ne pas dire autre chose. Pas un mot sur ces crimes, non plus.

 

Censure… Servilité… Hypocrisie permanente de la bonne conscience…

 

Germaine Tillion, nous laisse orphelins. Exemple de ce qu’est une exigence morale, une éthique authentiquement vécue et défendue. Rien à voir avec cette hypocrisie générale, cette malhonnêteté intellectuelle, submergeant notre pays. Véritable glue, paralysant intelligence et courage.

 

Couverte des plus hautes décorations, elle ne recherchait pas les honneurs. Un exemple de modestie, dans la ténacité, pour la défense de la dignité humaine. Comme Denise Masson, elle souhaitait la “fraternité” dans nos collectivités. Rêvant même de voir, dans notre devise nationale, la “fraternité“ inscrite avant la liberté et l’égalité.

 

Ethnologue de formation, elle avait travaillé, avant la dernière guerre mondiale, dans les montagnes algériennes des Aurès. Découvrant l’horreur de la misère coloniale. La “clochardisation” d’un peuple, ainsi qu’elle appelait ce phénomène sociologique.

 

En France, au moment de la signature de l’armistice avec l’Allemagne, elle participe à l’organisation d’un des premiers réseaux de résistance : le réseau du Musée de l’Homme. Arrêtée en 1942, par les allemands et, considérée comme terroriste, elle sera déportée en Allemagne, après un an de détention en France. Au camp de Ravensbrück, spécialisé dans l’internement des femmes et des enfants. Destinée à la mort. Elle en réchappera. Mais, pas sa mère, internée dans le même camp.

 

Elle avait été dénoncée, ainsi que les principaux membres de son réseau (1), par un prêtre qui avait gagné sa confiance, Robert Alesch (2). Pour ce prêtre, les nazis étaient les plus forts à l’époque. Ils représentaient, en conséquence, la légitimité. Et, puis, le gouvernement français, n’avait-il pas signé un accord d’armistice, une multitude de conventions de coopération dans tous les domaines ?... Pour lui, ils personnifiaient la civilisation. Les résistants n’étant que des terroristes. Les occupants allemands le payaient grassement, ce qui confortait sa bonne conscience. Les consciences s’achètent, comme des patates. De tous temps…

 

Mais, pas toutes. En Algérie, dès le début de la guerre d’indépendance, en 1954, Germaine Tillion ne cessera de dénoncer la torture, les exactions des forces armées françaises. Voyant horrifiée son pays commettre les mêmes crimes contre l’humanité et la dignité humaine, que l’occupant allemand, qu’elle avait combattu en France. Son pacifisme lui interdisait d’admettre la logique de la violence, dans sa folie “jusqu’au boutiste”.

 

Je me souviens d’un témoignage, dans un documentaire, d’une grande résistante algérienne. Je n’arrive pas à retrouver son nom. Qu’elle me pardonne. Faisant état de son incompréhension, face à Germaine Tillion lui demandant d’arrêter la lutte armée. Sortant des séances de tortures infligées par les militaires français, accablée de souffrances et d’humiliations, elle n’en était que plus déterminée. Interaction infernale. Franchi ce seuil de la déraison qu’est l’aveuglement du racisme et du colonialisme, rien ne peut arrêter la logique du sadisme et de la mort. Le règne de Thanatos.

 

Racisme dont elle appréhendait la résurgence dans notre pays. Gangrenant ses esprits, son opinion publique et ses institutions. Le considérant comme le fléau du siècle. Anti-arabe, islamophobe, antinoir, antichinois…  Anti- “L’Autre”. Le culte de la peur… Instrument de gouvernement principal des oligarchies régnantes.

 

Tout aussi pervers, et vigoureusement entretenu par la nomenklatura et son appareil de propagande, ce racisme qu’est le culte de l’exclusion contre les pauvres, les démunis, les sans logis, les sans travail, les “sans papiers”. Les diabolisant au point de dresser les citoyens en situation de précarité, non pas contre la ploutocratie qui les exploite dans le cynisme le plus insolent, mais contre plus pauvres et précaires qu’eux (3).

 

Germaine Tillion, néanmoins, luttait pour croire en l’humanité. Une des très rares héroïnes, si ce n’est la seule, de la dernière guerre à ne pas détourner son regard des crimes, des tortures, commis en Palestine par l’occupant. Ou encore, en Irak. Les dénonçant sans cesse. En 2004, elle lance avec d'autres intellectuels français un appel contre la torture en Irak. “Il faut condamner la torture non pas à cause d’hier, par vengeance, mais à cause  de demain”, disait-elle. (4)

 

Elle n’avait pas l’hypocrisie chevillée au corps de nos intellectuels médiatiques. Bien sûr, elle était occultée par ces mêmes médias…

 

Censure…

 

L’avez-vous remarqué ?... L’hypocrisie, le cynisme de la nomenklatura. Jusque dans les hommages rendus lors de ses obsèques. Seul son rôle pendant l’occupation allemande a été évoqué. Ses faits de résistance. A peine son rôle actif dans la défense des “sans papiers”, qui étaient avant tout, pour elle, des êtres humains. Méritant respect, dignité.

 

Le reste : silence absolu. Rien, sur ses dénonciations, en tant que sociologue-ethnologue, sur les terribles conditions imposées par la colonisation sur les populations algériennes. Rien, sur son action contre la torture et les crimes commis par les forces d’occupation en Algérie. Rien sur ses dénonciations répétées des crimes commis par la “Communauté Internationale” en Palestine et en Irak.

 

Censure…

 

Elle n’a pas eu le temps de voir nos parlementaires, tous unis, dans la promotion abjecte de la censure. Portant de 60 à 75 ans, la non accessibilité des chercheurs à nos archives. Dans un texte de loi adopté le 29 avril 2008 (5). Allant jusqu’à créer, suprême innovation, des archives “incommunicables” !... Dix jours après sa mort…

 

Bien sûr, ce que souhaitent cacher aux yeux de l’opinion, rendre inaccessible, les castes au pouvoir (car tous les partis l’ont voté avec empressement), ce sont, tout particulièrement, ces archives de la guerre d’Algérie et des décolonisations. Périodes noires, où toutes les horreurs ont été commises pour l’enrichissement fabuleux d’une poignée. Tous ces politiciens et milieux impliqués dans ces horreurs,  se couvrant, pour mieux donner des leçons aux autres...

 

Censure…

 

Doucement, la France sombre dans le négationnisme colonial… Progressivement, dans l’amnésie entretenue par une “république” aussi indigne que décadente. Submergée, par le silence de l’oubli. Où seuls subsistent, signes de survie intellectuelle affaiblie, les couinements sélectifs de sa bonne conscience…

 

Germaine, vous allez nous manquer dans ce royaume…

 

Royaume déserté par le courage, la justice et la compassion…

 

Où les couinements sont rois…

 



 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Dix ont été condamnés à mort, dont sept seront fusillés par les allemands.
(2)  L’abbé Robert Alesch, prêtre catholique, ordonné en 1933, a été fusillé en 1949, à l’âge de 43 ans. Collaborateur des services secrets allemands, il vivait confortablement de la rémunération mensuelle, équivalente à celle d’un officier supérieur, qui lui était accordée par l’occupant. Il recevait, en plus, une prime par résistant livré. Ce qui l’incitait à encourager, ceux qui avaient sa confiance, à s’engager dans la résistance. Pour pouvoir les dénoncer ensuite, et encaisser les primes. Menant double vie, dans un luxueux appartement d’un quartier chic parisien, avec ses deux maîtresses, il fut un des plus efficaces chasseurs de primes de
s forces d’occupation.
(3)  Voir, à titre d’illustration de ce phénomène, le déchaînement raciste dans certains commentaires du remarquable blog de Thierry Pelletier, “La France de Toutenbas”, prenant courageusement la défense des “sans papiers” expulsés sans considération humaine. Des précaires et exploités, s’en prenant à plus pauvres qu’eux. La déchéance absolue d’un peuple…
(4)  Tillion, Germaine, A la recherche du Vrai et du Juste – A propos rompus avec le siècle, Editions du Seuil, 2001, p. 396.
(5)  « Le gouvernement crée une catégorie d’archives “incommunicables” », Le Monde, 30 avril 2008.

 

 

 


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3° Année du Blocus


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