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Economie et Enjeux

Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /2008 14:40



De Versailles …

 
« Nous ne manquerons plus de pain, nous ramenons le boulanger, la boulangère, et le petit mitron »
. Célèbre refrain chanté par les manifestants ramenant le roi Louis XVI, la reine et le prince héritier, de Versailles à Paris. Après deux journées d’échauffourées, provoquant la mort de quelques protestataires et membres de la garde royale.

 
Evènement marquant : essentiellement des femmes, environ 7.000 d’après les estimations de l’époque. Faisant le trajet à pied, depuis Paris, pour protester et exprimer leur colère au roi de France, contre l’explosion des prix et l’impossibilité de trouver de la farine pour confectionner du pain. C'était le 6 octobre 1789, en début d’après-midi.

 

 

Manifestantes parisiennes en route vers le palais royal de Versailles

 

Une mise en cause populaire des symboles du pouvoir. D’une politique économique, dans un des pays les plus riches du siècle, ne cessant d’enrichir les riches par de perpétuels cadeaux fiscaux, octrois de sinécures, prébendes et monopoles.

 
Ecrasant d’impôts le reste de la population, non sur leurs revenus déjà très faibles, mais par un système de taxation sur la consommation, aggravé d’une spéculation sur les produits de première nécessité, entretenue par les hommes de paille des privilégiés du régime. Au point d’en arriver, pour ces populations méprisées par l’aristocratie, dans la pauvreté, au seuil de la famine.

 
Disette, famine, misère, explosion des prix des denrées de base, étaient des fléaux récurrents en ce 18° siècle. Mais, trois siècles plus tard, les mêmes n'en continuent pas moins de secouer des pays, sur plusieurs continents. Avec une intensité variable suivant leur niveau de développement économique.

 

 
A Calcutta …

 
Pas aussi dramatique que la famine de 1943, avec 3 millions de morts, dans la province du Bengale, me direz-vous. Amartya Sen, avait 9 ans à l’époque. Il en a été marqué à vie. Indien, originaire du Bengladesh, il a été un des premiers chercheurs à s’interroger sur les mécanismes et origines des crises alimentaires (1).

 
Il publia en 1981, Poverty and Famines : An Essay on Entitlement and Deprivation, dans lequel il démontrait que la famine de 1943, n’était pas la conséquence d’un manque de produits alimentaires. Au contraire, cette année là, la production agricole avait été supérieure aux années précédentes et toutes les ressources alimentaires étaient sur place. C'était les inégalités sociales et économiques, dont la quintessence s’exprimait dans les mécanismes de distribution des produits alimentaires, qui l’avaient provoquée.

 
Le Bengale, province de l’Inde alors colonie britannique, était miné par une injustice sociale qui provoquait une paupérisation dans les campagnes et dans les villes. Les achats importants de produits alimentaires par l’armée britannique, en lutte contre le Japon dans cette partie du monde sur différents théâtres d’opérations (dans la Birmanie voisine, en particulier), faussaient l’équilibre du marché, provoquant des augmentations impossibles à suivre par les plus modestes.

 
S’ajoutaient d’autres phénomènes pervers suscitant une panique, démultipliant la spéculation : constitution de stocks spéculatifs par une oligarchie soucieuse de profits immédiats et élevés, en complicité avec l’administration coloniale dont les membres éminents s’enrichissaient outrageusement. Avec, en conséquence, la manipulation des prix dans des hausses vertigineuses (2), facilitée par la maîtrise du circuit de distribution lié à cette même oligarchie.

 
Preuve, terrifiante par son coût humain, que l’autorégulation d’un marché, quel qu’il soit, est un mythe créé par des “économistes”, zélotes du “capitalisme sauvage”.

 
Colères, émeutes grondent, aujourd’hui, aux portes des pays riches, comme aux portes du palais de Louis XVI en son temps.

 

 
De Rome …

 

Ils étaient donc tous là : boulangers, boulangères et petits mitrons. Les “grands” et “petits décideurs” de ce monde. Du 3 au 5 juin, à Rome, rassemblés en un sommet de l’organisation de l’ONU spécialisée dans l’agriculture  et l’alimentation : la FAO (Food and Agriculture Organization). Du moins, institution conçue pour en anticiper et résoudre les problèmes, tout en assurant un minimum de cohérence dans leur résolution. (3)

 
Une des rares interventions pertinentes a été celle du représentant de la Suisse, Manfred Boetsch, directeur de l’Office Fédéral de l’Agriculture. Lui seul a dégagé la synthèse de la situation actuelle :

L’agriculture industrielle a échoué. L’agriculture familiale est la réponse au défi alimentaire”.


Tout est dit.  


Bien sûr, les médias dominants ne s’en sont pas fait écho, préférant "retartiner" les dépêches des agences de presse, copies conformes des communiqués des instances officielles. Pour nous livrer, une fois encore, leur traditionnelle bouillie. Eric de Ruest en a clairement épinglé les travers : Les Fausses Explications de la Crise Alimentaire dans la Presse (4).


Il évoque le cas emblématique d’Haïti qui, à lui seul en résume bien d’autres. Ce pays connaissait l’autosuffisance alimentaire, avant l’installation par l’Occident de la dictature de la famille Duvalier (5). Sa paysannerie a été éradiquée par l’importation du riz et autres produits alimentaires des pays occidentaux, subventionnant leurs producteurs. Provoquant une misère dont il ne peut sortir. Avec, aujourd’hui, un prix du riz augmentant de 200 %.

 

En fait, les mécanismes des crises et tensions sur les produits alimentaires sont connus, mais on ne les remet pas en cause : trop d’intérêts, financiers ou géopolitiques, et de création de fortunes faciles, en jeu.

 

L’agriculture industrielle, imposée par les pays occidentaux, avec une spécialisation dans des monocultures, a profondément déséquilibré l’économie des pays en développement, tout en accentuant inégalité économique et sociale. Coton, café, cacao, fruits (ananas ou bananes), céréales, élevage, dans d’immenses propriétés aux mains d’oligarchies qui sont le plus fervent soutien de la néocolonisation de leurs pays, servant d’écran à des multinationales (6). Rendant ces pays tributaires des marchés internationaux et des importations pour les produits alimentaires de base, dont les cours sont maîtrisés par les grands groupes agroalimentaires et leurs courtiers.

 

Car le marché international est le dernier à appliquer les principes de la “libre concurrence”. Ce sont des rentes de situation qui sont entretenues et protégées, grâce aux subventions à l’exportation accordées aux producteurs occidentaux, et au monopole de la distribution réparti entre quelques multinationales. A l’opposé de l’orthodoxie du “Libéralisme Economique”, systématiquement invoquée …

 

Les projections du modèle “occidental”, agricole et alimentaire, que les lobbies tentent de promouvoir en Inde, par exemple, démontrent qu’à terme ce seront plusieurs centaines de millions de personnes qui vont être jetées dans la misère absolue. Les évaluations les plus optimistes reconnaissent que l’industrie ou les services ne pourront pas les absorber. Les estimations, dans le cas de l’Inde, citent des chiffres de plus de cinq cent millions…

 

Stabiliser les populations, en évitant l’exode rural, en assurant un minimum de revenus et des ressources élémentaires rapidement accessibles, implique l’exploitation agricole familiale comme vecteur de développement essentiel. L’objectif de vouloir ramener une population active du secteur agricole à 3% ou 5% est  pure folie, dans des pays où il faudrait la maintenir entre 20 et 50 %.

 

De même, forcer les pays en développement dans des mécanismes brutaux du libre échange, faussé par la politique de subventions à l’exportation des productions occidentales, est une erreur fondamentale. Encourager la spéculation sur les produits de première nécessité de l’humanité, une aberration. La “bombe” qui menace l’humanité est là, pas ailleurs…


 


 

Tous les chercheurs et praticiens, un tant soit peu “honnêtes”, l’admettent : les économies en développement ne peuvent être livrées brutalement à l'emprise de marchés et, surtout, de spéculateurs, dans un environnement non régulé. Même parmi les dévots du “Libéralisme”, je citerai Thomas Homer-Dixon (7) :

“… Les pays qui ont progressé le plus vite, dont la Chine et l’Inde, mais aussi La Malaisie et le Chili, sont ceux qui ont protégé avec détermination leur économie, par notamment le contrôle des mouvements de capitaux et la protection douanière…” (8)

 

Les ressources essentielles aux hommes doivent être régulées et supervisées par un organisme international, tout particulièrement : eau, produits alimentaires, énergie.  Incorruptible, transparent dans son fonctionnement et la publication de ses travaux, chargé de museler les spéculateurs, veiller à la “salubrité” des cours et des prix, prohiber le vol des ressources au détriment des populations des pays producteurs, casser les monopoles et ententes des multinationales.

 

Mais les pays riches, bénéficiant d’une rente de situation confortée par la force, s’y refusent et s’y refuseront toujours. Il faudrait une révolution copernicienne. Impossible en l’état actuel des mentalités conservatrices des castes dirigeantes, adossées aux lobbies de Big Business et de Big Bang (industriels de l’armement et théoriciens bellicistes).

 

Seul un rapport de force peut faire évoluer les choses. Malheureusement. Comme le rappelle Anthony Payne :

“… la politique mondiale du “développement inégalitaire” est liée et contingente des “hiérarchies de puissance” … les pays désavantagés ne trouveront un développement plus égalitaire, n’obtiendront des concessions ou des changements dans les politiques actuelles du secteur des finances, du commerce, ou de l’environnement, qu’en opérant des changements d’alliances, dans un contexte de rapports de forces, en maîtrisant ou déployant les ressources de la puissance, même limitée, dont ils disposent.” (9)

 

 

A Osaka …

 

Ce week-end, du 13 au 15 juin, le G8 s’est réuni, à Osaka. Notamment ses représentants financiers avec ceux, inévitables, du FMI et de la Banque Mondiale. Tout ce beau monde “s’inquiète” des tensions :

“… le prix élevé du pétrole et des produits alimentaires présentent des risques sérieux pour la croissance économique globale… (10).

 

Lors de ce sommet, Christine Lagarde, notre ministre des finances s’est, à son habitude, illustrée par ses lapalissades : “Cette flambée des prix, massive, et durable comporte des aspects qui sont inexplicables”. Quelle puissance d’analyse !... Sidérant de lucidité pour un responsable politique, non ?... (11).

 

Plus courageux et concret, le ministre des finances italien, Giulio Tremonti, a estimé qu’il était “impératif” que les pays coopèrent dans la lutte contre la spéculation (to fight speculation). Rien que sur le marché à terme (futures) des matières premières de Londres, les transactions ont augmenté de 100 % et plus, en 2008, par rapport à l’année précédente. Devant la crise des subprimes et des établissements financiers, la spéculation s’est jetée sur le riz, le blé, le colza, le maïs… Pas d’état d’âme. Les fonds spéculatifs, les fameux CTA (Commodities Trading Advisers), les plus actifs, jouent à la hausse, et s’en mettent plein les poches.

 

Entre autres mesures pertinentes, Giulio Tremonti a donc recommandé d’exiger des intervenants, sur les marchés de matières premières et de produits alimentaires, des dépôts de garantie plus importants que la pratique actuelle (12). Afin de limiter les interventions spéculatives, tant au niveau de leur montant que de leur nombre.

 

Bien sûr, ce fut le tollé, l’apoplexie, parmi ses partenaires du G8 : de même qu’on ne touche pas aux paradis fiscaux, on ne touche pas davantage à la spéculation !... Comme dirait Obélix : “Ils sont fous ces romains !...”.

 

Pour se donner bonne conscience, et rassurer l’opinion, on dénoncera le moment venu “l’inertie criminelle” des gouvernants de Corée du Nord ou de Birmanie. On trouve toujours un bouc émissaire dans un coin.

 

Bla, bla, bla …

 

La fuite en avant.

 

Ainsi font, font,

Le boulanger, la boulangère

Et le petit mitron …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Trois de ses publications traitent, plus particulièrement, de ce sujet :
=> Poverty and Famines : An Essay on Entitlements and Deprivation, Oxford, Clarendon Press, 1982.
=> Food Economics and Entitlements, Helsinki, Wider Working Paper 1, 1986
=> Hunger and Public Action, en collaboration avec Jean Drèze, Oxford, Clarendon Press. 1989.
(2) Pratique dite du “
Price Gouging”, en anglais.
(3) En français : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, dont le siège est à Rome. Encore une de ces organisations internationales éléphantesques dont les coûts extravagants de fonctionnement assurent des sinécures pour des privilégiés, avec une efficacité ridicule.
(4) De Ruest, Eric, Les Fausses Explications de la Crise Alimentaire dans la Presse, CADTM, 13 avril 2008,
http://www.cadtm.org/spip.php?article3269.
(5) Sanguinaire dictature, du père auquel le fils succéda, de 1957 à 1986. Protégée, pendant 29 ans, par l’Occident dans le cadre de la guerre froide, redoutant l’extension de l’exemple cubain.
(6)  Lamb, Harriet, Fighting the Banana Wars and Other Fairtrade Battles, Rider, Ebury Publishing, UK, 2008.
(7) Thomas Homer-Dixon, canadien, est Directeur du Trudeau Center for Peace and Conflict Studies, collabore à la presse “mainstream” (New York Times, Washington Post, Financial Times), ainsi qu’aux organismes “politiquement corrects” que sont la Banque Mondiale, la CIA et le National Security Council US. Il est représentatif de cette nouvelle génération de chercheurs adeptes du “Libéralisme”, mais avec une approche plus réaliste que doctrinaire.
(8) Homer-Dixon, Thomas, The Upside of Down – Catastrophe, Creativity and the Renewal of Civilisation, Souvenir Press Ltd, 2007, p. 192 :
“… some of the countries that grew the fastest – including China and India, but also Malaysia and Chile – actively protected their economies using capital controls and barriers…”
(9)  Payne, Anthony, The Global Politics of Unequal Development, Palgrave Macmillan, New York, 2005, p. 246 & 247.
(10)  G8 set to warn oil, food price shock endangers world economy,
Asia Times, Hong Kong, samedi 14 juin 2008.
(11)  In  Business du Sunday Times, 15 juin 2008.
(12)  Dans le
mécanisme des achats et des ventes à terme, vous pouvez acheter pour la revendre à terme, la cargaison de céréales d’un bateau, pour 5% ou 10 % de sa valeur totale. Entre le moment où un bateau céréalier quitte l’Argentine, par exemple, pour aller vers un autre continent, il est fréquent que la propriété “virtuelle” de sa cargaison (souvent difficilement identifiable du fait de l’intervention ou de l’écran des courtiers…) change une dizaine de fois, en plein milieu de l’Océan. Le capitaine ne sachant même pas sa destination finale, quand il quitte le port d’embarquement : Hambourg, Singapour ?... Les profits de ces transactions se retrouvant, bien entendu, dans les paradis fiscaux. L’économie-casino dans sa splendeur.

 

 

Illustration : http://www.royet.org/nea1789-1794/ihm/zone_images.htm

Crédit Photo : Voyages dans tous les sens

 

 


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Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /2008 17:42


J’ai lu le rapport Attali (1) sur la “libération de la croissance française”, et ses 316 propositions…
 
Raffinerie-Yves-Forgues.jpg
 

Totem, pour les uns, érigé à la gloire du Libéralisme, devant lequel les grands-prêtres (2) des médias nous invitent à se prosterner. Usine à gaz, pour les autres. Aux pieds d’argile, ajouterais-je, par dérision.


Car, j’appartiens à cette deuxième catégorie. D’excellentes critiques (3) ont été publiées, dans le silence médiatique. Je ne voudrais pas en rajouter une couche, mais mettre en relief un aspect qui m’a particulièrement frappé.

 

Dans un rapport, je ne commence jamais par le résumé ou le “summary”, et son introduction. Mais, toujours par la fin : annexes, références, documentations, sources. Pour voir la solidité de l’ensemble. Solidité de la méthodologie et du sérieux de l’approche professionnelle. Un peu comme l’étude “béton”, ou “ferraillage”, pour un ouvrage d’art ou un bâtiment.

 

N’ayant rien trouvé, je suis parti “à la pêche”, sur le site de la commission… J’en ai inventorié une vingtaine (4). Léger, pour une étude de ce type, avec des implications d’une telle envergure.


Avec un manque de fraîcheur, évident. Pour un travail de prospective, dans un domaine où les évolutions sont extrêmement rapides. Certains truffés d’approximations et d’erreurs graves (5). Le plus horripilant, ce sont ces statistiques creuses, servant de soubassement à des raisonnements vides.

 

Un exemple, travers récurrent de ce type de travail d’amateur : les comparaisons entre pays sur le nombre de “ brevets déposés”. Ce qui ne veut absolument rien dire. L’important c’est le nombre de brevets induisant une “production ou une réalisation effectives”…


Bien des brevets sont farfelus, ou destinés à paralyser une approche concurrentielle. Je peux, demain, déposer une trentaine de brevets sur le fil à couper le beurre : à base de fil de chanvre, polypropylène, cuivre, carbone, acier, soie, nylon, fibre de noix de coco, avec des mécanismes de découpes agencés de différentes façons, manuels, automatiques, électromécaniques, électroniques.

So what
 ?... Et, alors ?... C’est ce que j’appelle : ne pas analyser, ni synthétiser, mais jouer du tambourin…


La plupart des arguments et recommandations étaient, déjà, contenus dans le fameux rapport Camdessus de 2004 (6). Les mêmes contributeurs se retrouvant, en général, dans l’une ou l’autre des entités ou commissions éditant ces rapports. D’année en année. Les chaises musicales… Les inamovibles fossiles théorisant sur “l’innovation”, la “compétitivité”, le “changement”, le “renouvellement”…

Le rapport Attali sent le “fast-food” à un kilomètre…

Sa lecture a confirmé mon impression initiale.

 

Destinataire,  “client” de ce rapport, je ne l’aurais pas accepté en l’état. C’est du mauvais “consulting”. Pour ne pas dire : nul. Sans entrer dans le détail, deux raisons majeures :


i) On ne dit jamais à son “client” : “mes propositions forment un tout que tu appliques, sans discuter et en urgence” (7).


La croyance, vraie ou fausse, dans la qualité de son travail ne doit jamais être supplantée par l’arrogance. Pour ne pas dire, la mégalomanie… Ce comportement immature, imbécile diront les moins charitables, est disqualifiant en soi.


De plus, ce rapport prétend contenir des recommandations incontournables, s’appliquant à un pays, une collectivité. De quel droit des professeurs Nimbus imbus de leur science infuse, une quarantaine, se substitueraient-ils aux organes de délibération et de décision républicains ? A moins, bien sûr, d’être le révélateur du “cirque démocratique” actuel, chargé uniquement d’entériner les exigences des lobbies dictées dans les coulisses…

 


ii) Dans une étude prospective, destinée à d’éventuelles prises de décision, on ne part jamais d’une thèse.

Faute impardonnable en termes de méthodologie. Nous ne sommes pas dans un travail académique. C’est l’observance rigoureuse de la neutralité, de l’approche chirurgicale qui s’impose.

 

Libérer la croissance”, marque un a priori. “La croissance” serait donc emprisonnée, prise en otage, étouffée ?...  Par qui ?... Comment ?...


C’est instiller l’esprit de culpabilisation, de délation, de condamnation, de marginalisation. Désigner des coupables ou des dysfonctionnements qui sont rarement, lorsqu’on part de préjugés, ceux auxquels on doit s’attaquer en priorité. C’est vouloir créer un écran de fumée, dissimulant les authentiques responsables.


Que retenir du rapport Attali ?… Pour ma part, une idée-force :


=>   la protection de la rente
.


Patchwork, assemblage de réformettes (8), vieilles recettes, lapalissades, clichés, poncifs (9), voire idées saugrenues, traînant de rapport en rapport, souvent depuis une vingtaine d’années, n’arrivent pas à dissimuler la réalité. Derrière l’hymne à la croissance, sous couvert de vaincre un supposé immobilisme, de défendre le mérite, la concurrence, l’équité, grattant ce vernis, que trouve-t-on ?... 

 


Des arguments éculés, usés jusqu’à la corde.


Pour justifier quoi ?...


La protection de la rente. La rente de situation, du privilège, de la féodalité.


Ce n’est pas du Libéralisme, ni de l’Ultralibéralisme.  C’est du “Capitalisme Sauvage”. Ce qui est fondamentalement différent. Ce n’est pas de concurrence, de compétition, ou de “remise en question”, dont il s’agit. Mais, de “protection de la rente”, au bénéfice d’une caste au pouvoir, d’une aristocratie, et de leurs seconds couteaux, constituées à la sortie de la dernière guerre mondiale et des guerres coloniales qui lui ont succédé.


Mixant revenus du pillage colonial, avec ceux de la spéculation immobilière et boursière. Avec le respect rigoureux, dans ce rapport comme dans les précédents du même genre, de dogmes, de tabous et de silences, supports du discours dominant de la dernière décennie, dont quatre points d’ancrage sont rapidement identifiables :

 
 
1.  La promotion de l’idéologie féodale
 

Une réflexion sur le devenir du pays, et de sa modernisation, doit avoir pour trame un rappel des valeurs qui structureront les orientations proposées ou à prendre. Le contrat social de notre collectivité est fondé sur trois valeurs : liberté, égalité, fraternité. Où en est-on ? Faut-il les renforcer, les réactiver ou les changer ?...


En fait, l’idéologie féodale ne s’accommode que d’individus soumis, à des obligations uniquement, à commencer par celle de se taire. Surtout pas de citoyens, préoccupés de solidarité et de justice, estimant avoir les mêmes droits que les puissants.


L’esprit de ce rapport confirme cette focalisation sur l’individu, le consommateur, au détriment du citoyen et de la dignité humaine. Sur le démantèlement des institutions de protection et de justice sociales, mises en œuvre au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Cette idéologie, imposée à l’échelon de l’Europe, a pour socle La Loi du plus Fort, malgré les déclarations de bonnes intentions.


Le mépris élitiste qui sous-tend ce rapport, à l’égard des autres catégories sociales, est intellectuellement irrespirable. Les français ne comprendraient pas la modernité, ni internet… Comme ils n’ont pas compris la Constitution Européenne. Ils seraient moroses, manqueraient de dynamisme, auraient peur du risque, n’aspirant qu’à être “assistés”… Des ploucs, des attardés !…


Un des multiples dogmes énoncés. Il faut les former, les recycler, etc. Avec ce ton paternaliste voulant passer pour de la gestion “anticipative”, voire de la grandeur d’âme…


Quand on constate que des présidents de la République ne maîtrisent pas l’usage d’un PC (l’actuel et les deux précédents…), on se dit que c’est la caste au pouvoir (tous partis confondus) qui doit se recycler. Engluée dans ses privilèges, c’est cette pseudo élite qui est le pire frein à la modernisation du pays et de ses institutions.


Le rapport Attali, dans son esprit et dans sa forme, n’est porteur d’aucun “sens” en termes de contrat social. Il n’est que la promotion de l’idéologie féodale.

 
 
2. La protection des privilèges aristocratiques
 

La France est le quatrième pays le plus riche du monde. Madame Christine Lagarde, actuel ministre de l’Economie et des Finances, ne cesse de le répéter, au niveau mondial : “La France est le quatrième exportateur de services, le cinquième exportateur de produits et le deuxième exportateur par habitant derrière l’Allemagne” (10).


Où est l’argent ?... Où va l’argent ?...

Nous touchons, là, un des grands tabous de l’oligarchie en place. "La fiscalité" dans un Etat moderne est un outil de gestion essentiel de sa justice sociale, par la redistribution de la richesse nationale, qui est un bien collectif.

Il n’est pas abordé, dans le rapport, si ce n’est à la marge. Suivant le refrain, qu’on ne cesse de claironner : “Les caisses de l’Etat sont vides”…

Pour mieux asséner un autre dogme : “diminution des dépenses publiques”. Le souci insistant de la bonne gestion des dépenses publiques serait compréhensible. Mais non, le dogme impose « diminution », concernant uniquement les « dépenses publiques », excluant toute autre approche intellectuelle ou logique.

Dans le “privé”, évidemment, tout est parfait. Aucune gabegie, aucun gaspillage, aucun dysfonctionnement… Comme on vient de le voir avec la Société Générale ou avec le scandale des “subprimes”, bulle spéculative immobilière, un peu partout en occident. Surtout pas chez ceux qui vivent plantureusement des commandes de l’Etat. Le parti pris est aveuglant.

Car, tout le monde le sait, des “caisses vides” dans un Etat extrêmement riche, sont le résultat d’une politique : "la baisse du rendement de l’impôt" par des privilèges fiscaux accordés aux revenus issus du capital, et non pas du travail.

Créant, ainsi, un excès d’épargne pour les classes privilégiées, créant un gonflement constant des bulles spéculatives boursières et immobilières, avec en corollaire une insuffisance de l’investissement. Les revenus considérables de ces capitaux spéculatifs, détenus par des classes privilégiées, échappant à l’impôt.

Suivant le principe des vases communicants, l’impôt s’abat, alors, sur le travail et la valeur ajoutée. En bonne logique féodale, la répartition des revenus, la redistribution de la richesse nationale, sont bloqués. Le rapport Attali, reprenant les dogmes de l’idéologie dominante, ne fait que promouvoir ce blocage. On en retrouve la perversité des mécanismes, à quatre niveaux :
 
 
i) Fiscalité Indirecte 
 

La TVA atteint pratiquement 20%. Il est question de l’augmenter par un nouvelle tranche, appelée “TVA sociale”. Puisqu’on va transférer une grande partie des charges des entreprises sur la TVA. On connaît, pourtant, les dégâts de cet impôt indirect, sur deux plans notamment : justice sociale et consommation.


Il n’y a pas pire impôt injuste.


Comparable à l’impôt de La Gabelle de l’Ancien Régime, auquel seul le peuple était soumis. Il n’y a pas pire frein pour les dépenses de consommation car, à partir d’un seuil, trop d’impôt tue l’impôt. Et, trop de TVA, tue la consommation.


Mais, indifférente à cela, l’oligarchie, refusant de contribuer au devoir de solidarité et de justice sociale, arc-boutée à  la préservation de ses privilèges comme sous l’Ancien Régime, préfère charger encore la barque. Jusqu’à ce qu’elle coule.

 
 
ii)  Fiscalité Directe 
 

La fiscalité directe, l’impôt sur le revenu, s’appliquant individuellement, est le cœur du blocage de notre société et de sa modernisation.


Le problème n’est pas tant la fuite des salaires extravagants devant l’impôt, mais celui des revenus des fortunes accumulées dans la spéculation boursière et immobilière, en particulier. Si ces revenus payaient les mêmes taux que ceux appliqués aux revenus du travail, le budget du pays ne serait pas déficitaire, et aucun de nos régimes sociaux n’auraient à quémander : les “caisses seraient pleines”…


Trois principaux mécanismes de fuite, des classes privilégiées, devant l’impôt sont connus :

 

=> Toute une série d’astuces, de passe-droits, permettant aux grandes fortunes et aux revenus de la rente de ne pas payer des impôts, en parallèle et en équité, avec ceux de leurs concitoyens vivant du revenu de leur travail : depuis les "prélèvements forfaitaires" de 10 % exonérant la spéculation boursière de tout autre impôt, jusqu’aux tours de passe-passe permettant d’assimiler un  patrimoine à un “outil de travail”, échappant ainsi à l’Impôt Sur la Fortune. C’est le fond de commerce des conseillers fiscaux, tant français qu’européens.

 

=>  Les gains spéculatifs extrêmement nombreux issus des bulles spéculatives. Dangereuses pour l’économie, et sans rapport avec une valeur ajoutée effective pour la collectivité. Notre système fiscal privilégie la spéculation, au détriment de la valeur ajoutée et du travail. Une taxation de ces opérations relevant de l’économie-casino permettrait facilement de “remplir les caisses”. Mais le rapport Attali, comme ses prédécesseurs, prend soin de ne pas en parler.

 

=>  Héritage et mérite. Si les droits de mutation sont abordés dans le rapport, les droits de succession ne sont même pas évoqués. Qu’en est-il des impôts s’appliquant à l’héritage ?... Nouveau silence du rapport Attali…

 

C’est, pourtant, la clé de voûte d’une société fondée sur “le mérite”, et non pas sur la rente de situation ou sur l’héritage. Il est normal qu’un héritage minimum soit exonéré, ou faiblement taxé, s’appliquant à la résidence principale et à un patrimoine n’excédant pas, par héritier, une certaine limite (pouvant être évaluée sur la base d’années/Smic).


Au-delà, la progressivité des droits de succession devrait être élevée, afin d’assurer la solidarité de la collectivité dans ses retraites et son système de santé. Là encore, il convient de ne pas assimiler le fruit du travail d’une famille sur toute une vie, avec les fortunes édifiées sur la spéculation ou sur la corruption. Quand ce n’est pas sur ces deux paramètres à la fois.

 


iii)  Fiscalité des entreprises


Le rapport Attali n’échappe pas à l’exercice obligé : le “chœur des pleureuses”. Sous prétexte de compétitivité, les organisations patronales souhaitent des exonérations fiscales, notamment sur l’impôt des bénéfices.


Mais loin de faire bouger les choses, dans un sens dynamique, le rapport Attali est incapable de proposer la moindre innovation. Des distinctions élémentaires, au moins, devraient s’appliquer :


=>
 Un système de taxation élevé sur les profits des sociétés bénéficiaires qui licencient et délocalisent.


A l’abri du mythe de “la destruction créatrice” et de la “compétitivité”, des entreprises détruisent des emplois au sein de notre collectivité, alors qu’elles amassent des profits, souvent considérables. Pour les distribuer aux actionnaires. Ces destructions d’emplois correspondent, en fait, à la spoliation de ceux qui ont travaillé et contribué à la prospérité de l’entreprise.


La collectivité doit se rembourser sur les avantages acquis pendant de nombreuses années : sacrifices salariaux, subventions reçues, exonérations et aides fiscales, usage des équipements d’infrastructure et autres (transports, voieries, éducation, santé, etc.) financés par la collectivité, usage du label France alors que l’essentiel de la fabrication est délocalisée, etc.


Une entreprise n’est pas créée ex nihilo sur une terra incognita… L’appartenance à une collectivité a un prix. Lors des licenciements et délocalisations, dans un environnement bénéficiaire, un impôt sur les profits, à hauteur de 50 % minimum, serait à appliquer



=>  Un système d’avantages fiscaux pour celles qui créent des emplois de longue durée

Les exonérations fiscales ou les diminutions d’impôts, ne seraient accordés qu’aux entreprises qui créent des emplois de longue durée (non pas des remplacements de départs à la retraite ou autres astuces du genre).


Le critère d’évaluation d’une bonne gestion d’entreprise devrait être la création d’emplois et la valorisation du travail. Non pas, le contraire.



=> Un système de redevance et de royalties, en faveur de l’Etat, sur les marques d’entreprises délocalisant la quasi-totalité de la production hors de France. Les sociétés utilisant le “label France”, notamment dans l’industrie dite “de luxe”, auraient à verser des royalties pour utiliser les marques de produits, dits “français”, entièrement fabriqués à l’étranger.


Autrement dit, comme on le constate dans plusieurs cas, il y aurait "nationalisation" des marques ayant édifié leur réputation sur le travail de la collectivité pendant des années. Il serait temps de mettre un terme à ce type de spoliation au détriment de la collectivité.


Notons, au passage : aucune suggestion ou allusion, le grand silence, quant à la "participation des salariés au capital de l'entreprise", à la revalorisation du travail, à la distribution des bénéfices… Les grandes idées sociales du Général de Gaulle. Vite enterrées par ses successeurs…

 
 
 
iv) Emplois protégés et sinécures 
 

L’affaire des licences des taxis a été une excellente opération de diversion. Vieille tactique de la désinformation. La cape rouge devant le taureau… Car, profitant de l’occasion, c’était passer à la trappe les emplois protégés et autres sinécures, dont bénéficient outrageusement les castes au pouvoir.


Le cumul des mandats chers à nos politiciens, en premier. C’était faire oublier, ensuite, tous ces postes et emplois, dans le public comme dans le privé. Trustés par les mêmes, se renvoyant l’ascenseur.


Ce réseau dont la nomenklatura est la principale bénéficiaire : dirigeants, administrateurs, conseillers... Les mêmes occupant chacun une dizaine de postes ou d’emplois, avec des salaires sans commune mesure avec la prestation livrée.


Paralysant les promotions et l’émergence de talents. S’apparentant davantage à une maffia qu’à un milieu ouvert à la diversité, la compétition, le changement, le renouvellement, la récompense du mérite…


Prenons un exemple : dans l’audiovisuel, ce “nouveau clergé” chargé d’administrer « l’opium du peuple ». Les mêmes individus se retrouvent à la TV, radio, journaux, hebdomadaires, etc. Tour à tour, ou en même temps, animateurs, chroniqueurs, dirigeants… Des dizaines d’emplois, trustés par une poignée de ces “cardinaux” et “évêques” d’un nouveau genre, chargés de véhiculer “la bonne parole” de la ploutocratie en place. Emblématique de l’abus de position dominante de certains clans. Les dernières “affaires” Christine Ockrent en sont une lamentable  illustration.


Evidemment, il convient de ne pas assimiler les dérives de ce “haut clergé”, avec les soutiers de l’audiovisuel vivant dans une extrême précarité. A l’image du “bas clergé”, à la veille de la Révolution…

 
 

3.   La protection des féodalités commerciales et industrielles : cartels et oligopoles

 

fardeau_des_privileges.jpg Nos systèmes économiques sont contrôlés, sans aucune régulation véritable, par des oligopoles et cartels. Une poignée d’entreprises contrôlées par une richissime aristocratie.


Exerçant une totale emprise sur des marchés “captifs”, où les consommateurs se retrouvent prisonniers. Si la privatisation des monopoles des services publics est sans cesse rappelée, les monopoles privés sont soigneusement occultés, dans les rapports du genre de celui de la Commission Attali.


Au contraire, tout est argumenté pour accentuer les “monopoles privés” au détriment du citoyen et de la collectivité. C’est le renforcement forcené des féodalités qui est proposé. Sous deux aspects : privilèges directs et privilèges occultes :

 


i) Renforcement des privilèges des groupes féodaux 


On retrouve les deux grands pôles féodaux, soutenus dans le rapport Attali :


=>
   La Grande Distribution, secteur contrôlant pratiquement 90 % de la distribution en France, avec un effet de nuisance ravageur quant à la destruction des emplois et du tissu social.


Au lieu de proposer un démantèlement de ces monopoles, afin de stimuler une authentique concurrence, le rapport recommande son renforcement, dans la glorification de la “libre concurrence”…


=>
 Le secteur des pétrochimistes et de l’agriculture industrielle (dont le business est en étroite interaction): produits pharmaceutiques, phytosanitaires (pesticides), vétérinaires, semenciers - producteurs d’OGM, agriculture industrielle, etc.


Froidement, le rapport, préconise la suppression du principe de précaution (11) : les dangers encourus par la santé publique sont subordonnés aux intérêts immédiats de ces lobbies.

 
 

ii) Silence sur les distorsions anticoncurrentielles et corruptrices


Des masses de capitaux et d’argent payés par les contribuables, sont utilisées sans contrôle, souvent sans discernement, dans des circuits occultes, détournés, gaspillés, alors que de substantielles économies pourraient être réalisées. Des milliards pouvant être redistribués ou, en tous cas, remplir les caisses de l’Etat.


Ce grand silence du rapport Attali, s’applique, en particulier à trois « trous noirs » :


=>
Les entreprises vivant des marchés publics. Aucune recommandation relative à la transparence des marchés publics, monopolisés par quelques entreprises.


Une transparence des marchés publics, et de leurs appels d’offres, permettrait une économie de 20 à 30 %, au minimum, sur le coût de ces marchés. Par des délibérations publiques, avec des documents relatifs à l’octroi de ces marchés, accessibles en ligne, notamment les propositions examinées lors des appels d’offres.


Une poignée d’entreprises verrouillent, en effet, les services aux collectivités : ramassage d'ordures ménagères, parkings publics, distribution d’eau, téléphonie mobile, accès internet, gestion des monuments historiques, jusqu’aux pompes funèbres.


Tous ces oligopoles et cartels, constituant des rentes de situation, sont à démanteler afin de stimuler la concurrence, la création d’entreprises, notamment régionales.



=> Les lobbies de l’armement et le budget de la défense nationale sont complètement occultés. Alors qu’il s’agit du secteur industriel constituant un monopole partagé par quelques entreprises. Monopole où règnent gabegie et corruption : contrats d’armement, subventions pour les recherches, etc. Octroyés dans l’opacité la plus totale.


Sans oublier les milliards dépensés, à l’étranger, dans des expéditions ruineuses et lamentables dans leur exécution. Exemple : la tristement célèbre Opération Turquoise au Rwanda. Voir le récit ébahi, du général canadien Dallaire, commandant à l’époque le maigre contingent de l’ONU, devant le luxe, la débauche de matériels et d’équipements déployés par l’armée française dans sa rocambolesque équipée au Rwanda… (13).



=> Les crédits à la “Coopération”, sans aucune régulation, sans aucun contrôle, servant à soutenir les pires dictatures. Une des sources de financement des partis politiques français, ainsi que l’ont démontré les recherches. Tout spécialement, dans les sinistres opérations de la  “Françafrique”, appelée aussi “France-à-Fric” (14)…


Des milliards qui partent en fumée, chaque année. Grand silence…

 


4.   La protection des féodalités financières : banques et assurances


Le secteur bancaire, en dépit des techniques informatiques de masse, derrière l’habillage immobilier luxueux de ses directions et agences, représente le secteur le plus sclérosé de France (dans d’autres pays, aussi).


Loin d’assumer sa responsabilité fondamentale, celle de stimuler la création d’entreprises, on constate en fait un analphabétisme complet en ce domaine. Il tue, il étrangle, il étouffe, il freine la création d’entreprises et leur développement. En conséquence : la création d’emplois.


Impossible de trouver une recommandation dans le rapport Attali, une initiative consistante, à part reprendre les formules creuses des études indigentes, telles que celle du Rapport Montaigne (12), Pourquoi nos PME ne grandissent pas.


Cet aspect et les défaillances de ce secteur “privé”, dans le domaine de la création d’entreprises, sont soigneusement oubliés.


Comme dans un carrousel, on reprend donc le bla-bla-bla habituel : l’Etat doit faire ceci ou cela. En fait, l’Etat n’a pas à financer la création d’entreprises. C’est au secteur bancaire de prendre des risques, via des sociétés de capital-risque et des banques d’affaires, au lieu de jouer des milliards d’euros dans l’économie casino, ou de se consacrer exclusivement au financement des "grands groupes".


C’est dans la création et dans l’accompagnement du développement d’entreprises et la création d’emploi que ce secteur doit orienter ses politiques et être jugé. Principalement, PME et PMI. Qui représentent plus de 60 % des emplois en France et pratiquement 100% de la création d’emplois actuellement.


Trois mesures immédiates, non évoquées dans le rapport Attali, pour “réveiller ” ce secteur :


=>
 Recyclage des états-majors des banques, avec stages obligatoire dans des PME-PMI. Les dirigeants de ces établissements financiers sont des “notables”, analphabètes dans la création d’entreprises. Issus d’écoles à concours, ils n’ont aucune idée des problèmes d’investissement et de créations d’entreprises. Tout simplement, pour n’y avoir jamais mis les pieds. Ils ne connaissent que les parcours de golf et les déjeuners d’affaires avec les représentants des “grands groupes”…


C’est ainsi que des PME “pointues” dans leur domaine, travaillant à 100% sur des marchés internationaux, se retrouvent devant des banquiers ignares de la réalité commerciale de leur secteur d’activité et des marchés sur lesquels elles évoluent. Incapables de comprendre leurs besoins de financement spécifiques.



=> Obliger les établissements financiers à utiliser une grande partie de leurs fonds (les "remplois", dans le jargon) dans des structures adéquates pour financer la création d’entreprises. La “prise de risque”, doit se faire dans la création d’emplois et non pas dans le jeu de la spéculation boursière. Où, des banques s’amusent à perdre 7 milliards d’euros, sur une seule année…



=> "Casser les ententes" entre banques. Les ententes sur les taux entre banques sont à sanctionner.


Une authentique concurrence doit être instaurée. Doublée par une révision de leurs facturations qui atteignent une dimension usuraire, pour les particuliers et les petites entreprises. Avec des taux d’augmentation du TEG de 25 % par trimestre (oui : par trimestre !) en 2007. Les meilleures conditions n’étant accordées, une fois de plus, qu’aux “grands groupes” incapables de créer des emplois…


Des mécanismes de pénalisation, au niveau de leur refinancement et de leurs profits, seraient à mettre en place pour sanctionner les établissement financiers ne participant pas à cet effort de redynamisation de l’économie.


Même chose, pour les compagnies d’assurance. Les comportements et archaïsmes sont identiques. Vivant grassement sur un marché ultra protégé. Elles contribuent à majorer les coûts de fonctionnement des entreprises en création et en développement.


Je me limiterai à un exemple : fin 2007, le coût d’une assurance en “responsabilité professionnelle” à hauteur de 2 millions de livres sterling (près de 3 millions d’euros), pour une entreprise de services, est 7 à 10 fois plus élevé en France qu’en Grande Bretagne (j’ai le dossier sous les yeux…) !...

 

Ces points d’ancrage, expression du refus de toute remise en cause de ses privilèges, sont révélateurs de l’immobilisme de la caste au pouvoir, de sa sclérose intellectuelle et de son déni de la rénovation du contrat social, donnant du sens à notre collectivité et organisant ses institutions.


Cette tétanie des oligarchies ne se limite pas à la France. L’Europe entière est atteinte par cette pathologie.


Ne l’oublions pas : c’est une politique imposée par les instances européennes. La Constitution européenne est claire : l’Europe est une organisation de la protection des privilèges et non pas de la justice sociale. Le changement en profondeur devra donc se faire dans un contexte de crise, comme toujours.


Crise que les élites, dans leur aveuglement, ne verront pas venir…

 

Oui. Protégeant la rente aristocratique, dogmes, tabous et silences, “ pieds d’argile” de cette Usine à Gaz, en carton pâte …

 
 
 
 


 
 
 

(1)  Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française – Sous la présidence de Jacques Attali, 245 p., téléchargeable : www.liberationdelacroissance.fr

(2)   Pour vous amuser, regardez (vidéo téléchargeable) l’obséquiosité sirupeuse d’un Jean-Pierre Elkabbach recevant Jacques Attali et des membres de la commission, dans l’émission Bibliothèque Médicis sur la chaîne TV “Public Sénat”.

(3)  Lire l’intéressante critique, même si on reste sur sa faim au niveau des contre-propositions, éditée par le cercle de réflexion La Forge : Contre - Expertise du rapport Attali – Assemblée Nationale – 24 janvier 2008, www.la-forge.info

(4)  Les principaux rapports ou études étant :
=>  Mondialisation : les atouts de la France, Philippe Aghion & al., La Documentation Française, Paris 2007.
=> Politiques de la Concurrence, David Encaoua et Roger Guesnerie – Conseil D’Analyse Economique – La Documentation Française, Paris, 2006.
=> L’économie de l’immatériel – la croissance de demain, Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet, Commission sur l’économie de l’immatériel - Ministère de l’Economie, des Finances et de l’industrie, Paris, novembre 2006.
=>   Pourquoi nos PME ne grandissent pas, Anne Dumas, Institut Montaigne (“think tank” ou lobby créé par Claude Bébéar – AXA) Paris, juillet 2006.
=> Productivité et Croissance, Patrick Artus et Gilbert Cette, La Documentation Française, Paris, 2004.

(5) Cf. Rapport sur L’économie de l’immatériel – la croissance de demain, (Op. Cit.), préconisant la “protection des idées” (p. IV de l’introduction générale). Visiblement, les auteurs ne maîtrisent pas leur sujet. Une « idée » n’est pas protégeable. Ce serait paralyser l’innovation. C’est sa réalisation technique ou pratique, conduisant à une exploitation et à une commercialisation, qui l’est. Principe de base de la propriété intellectuelle …

(6)   Le Sursaut – Vers une nouvelle croissance pour la France, groupe de travail présidé par Michel Camdessus, La Documentation Française, Paris, 2004.

(7)   Cf. p. 20, sous le titre : “Conduire la réforme tambour battant”. Ou encore, p. 235 : “Le Président de la République et le Premier Ministre devront d’abord se convaincre de l’intérêt d’appliquer les conclusions de ce rapport. Ils ne devront pas pour cela ordonner d’étude nouvelle : s’ils en retiennent le principe, ils devront mettre en œuvre ces conclusions.”

(8)   Cf. p. 94, sous le titre : “Décision 99” : … (pour les étrangers hautement qualifiés) “… mise en place d’un guichet spécifique pour la délivrance rapide de titres de séjour de longue durée…”

(9)   Cf. “Décision 87” : “Sécuriser l’approvisionnement des ressources minières…”

(10) Cité dans le rapport Mondialisation : les atouts de la France, (Op. Cit.), p. 47, note 5.

(11) Cf. p. 91, la longue argumentation : “Repenser le principe de précaution…”

(12) Pourquoi nos PME ne grandissent pas, Op. Cit.

(13) Dallaire, Roméo, Shake hands with the devil : The failure of Humanity in Rwanda, Knopf Canada, 2003.

(14) Cf. les remarquables travaux et combats du regretté François-Xavier Verschave.

 
 



 
 
 
¤ Photo : Yves Fourgues
¤ Caricature du XVIII° siècle : Le Fardeau des Privilèges. Le peuple ployant sous le poids du clergé et de l’aristocratie…




 

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Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /2008 22:27
 
 

Un conflit social, extrêmement dur, vient de se terminer, sans grand écho médiatique. Il avait pour cadre un des hypermarchés Carrefour de Marseille. La revendication du personnel portait, essentiellement, sur une revalorisation du salaire mensuel moyen qu’il souhaitait voir porter de 900 € à 1000 €, et une augmentation de la valeur du ticket repas de 3,50 € à 5 €, soit 1,50 € par ticket.


Caddies1.jpg
 
 
 

Dans un pays où les responsables des groupes du CAC 40 sont payés en millions d’euros, avec des augmentations moyennes de 40% en 2007, s’offrant pour certains le luxe de milliards d’euros de pertes dans l’entreprise qu’ils dirigent, ces revendications semblaient plus que raisonnables. Eh bien : non. Elles ne seront pas accordées…

 

Parfaite illustration, en février 2008, de la réalité de la Grande Distribution. Elle représente, dans tous les pays, l’archétype de l’oppression sociale, du mépris de la dignité humaine, de la négation de la valeur du travail, du racket économique. Détruisant, phagocytant, vampirisant tous les circuits économiques, absorbant valeur ajoutée et richesse de la collectivité à son seul profit. Quelques familles devenues richissimes, associant des actionnaires à leur empire dont elles verrouillent fermement les commandes.

 

Au-delà des extraordinaires privilèges que s’est octroyée cette “aristocratie du tiroir-caisse”, avec la complicité des politiciens, on ne mesurera jamais assez les destructions considérables infligées au lien social de la collectivité, à l’emploi, à nos institutions politiques par la corruption et l’obstruction à la liberté d’expression. Minant autant nos fragiles équilibres “démocratiques”, que le tissu social de nos collectivités dans nos villes et campagnes…

 

Car nos représentants politiques éprouvent une “grande tendresse” (1) à l’égard de ce secteur d’activité censé représenter, à les entendre, le nec plus ultra des bienfaits du libéralisme et du développement. Présenté comme l’ultime bienfait du système économique actuel, il se révèle, en fait, l’équivalent d’un véritable Sida économique.

 

Les recherches sont rares, toutefois, sur les dangers et les dégâts de cet oligopole, ce partage d’un monopole entre une poignée de féodaux, représentant l’antithèse de la libre concurrence. On trouve, à foison, des ouvrages de commande célébrant les idées de génie de leurs fondateurs et autres qualités dans le dithyrambe et la flagornerie les plus serviles.

 

Sans parler de ces campagnes de communication incessantes, nous présentant ces prédateurs comme des “chevaliers sans peur et sans reproche”, uniquement soucieux du pouvoir d’achat et de la santé de leurs concitoyens. Entre Bayard ou Mère Térésa, leur cynisme dans le choix des masques en serait presque émouvant…

 

En général, les travaux universitaires, les centres de recherches, les journaux et autres médias, censés décortiquer l’information et proposer une analyse, n’adoptent qu’une seule attitude : la soumission… Un média, journal, TV ou radio, qui se permettrait une enquête approfondie, verrait une chute drastique de ses revenus publicitaires A quoi bon donner des bâtons pour se faire battre ?... Mieux vaut parler des dramatiques conséquences, pour nos sociétés, de la disparition progressive du tigre du Bengale ou du Gorille !...

 

Rares sont, donc, les courageux. Citons les, pour nous rassurer quant à la survie de la vigilance intellectuelle et de l’esprit critique dans nos sociétés. Quelques travaux parlementaires, pour y voir un peu plus clair et anticiper les lendemains qui ne chanteront pas : Jean-Paul Charié (2), Jean-Yves Le Déaut (3). Ou encore, des chercheurs comme Philippe Moati (4) ou  Christian Jacquiau (5) qui n’a pas hésité à jeter son pavé dans la mare, par un article retentissant : Producteurs étranglés, consommateurs abusés – Racket dans la grande distribution « à la française ».

 
 

Bref rappel de quelques points, que médias et politiciens n’évoquent jamais :

 
 
 
1. Les ravages de nos systèmes économiques
 

Les quatre symptômes majeurs de cette maladie sont, habituellement, les suivants :

 
 

=>   La disparition des petits commerces 

 

Boulangeries, boucheries, épiceries, drogueries, quincailleries, bijouteries, librairies, merceries, et tant d’autres, faisant vivre des milliers de familles ont été, et sont encore pour les survivants, progressivement éradiqués de nos environnements urbains et ruraux.

 

La Grande-Bretagne, pays du libéralisme le plus sauvage est en train de se poser, en ce début d’année 2008, de sérieuses questions sur la “viabilité” de ce modèle économique. Des mesures, encore timides, sont prises pour mettre un frein à cette politique de la terre brûlée. Après une enquête de deux ans… Les petits commerces obtiennent protection contre les géants de la Grande Distribution (6), nous annoncent plusieurs médias britanniques. Une enquête a fait ressortir que l’étranglement (stranglehold) exercé par ces géants ont tué des milliers de rivaux plus petits (7).

 

Les autorités britanniques viennent de se rendre compte (enfin !...) que quatre distributeurs contrôlent 75% (pourcentage édulcoré quand on constate la réalité…) du secteur alimentaire : Tesco, Sainsbury’s, Asda et Morrisons… Où est le respect de la libre concurrence ?...

 

Bien sûr, en 2008, en France, où la configuration est identique, en termes de “fausse concurrence”, nous allons encore accentuer les privilèges de ces géants, si on suit les conclusions de la Commission Attali…

 
 

=> La démultiplication du chômage et de la précarité

 

La disparition de ces milliers de petits commerces qui faisaient vivre dignement plusieurs membres d’une même famille, a provoqué, corrélativement, des milliers de chômeurs. En comparaison, le peu d’emplois créés ont été fondés sur des emplois sous-qualifiés et, surtout, sous rémunérés. Même si, souvent, ce sont des BAC+ 4 ou 5 qui les occupent, du fait du chômage généralisé.

 
 
 

=>  La constitution et la protection d’un monopole des achats


L'oligopole constitué par les cinq groupements de la distribution représente, en France, un contrôle de plus de 90 % des produits de grande consommation. Le schéma est le même dans d'autres pays...

"En France, le maillage continue et s'oriente vers le non alimentaire : jardinerie (Jardiland, Tryffaud), sport (GO Sport, Décathlon), l'automobile (Centres Autos de distributeurs, Norauto...). Ils tiennent déjà 95 % de l'alimentaire. Ils pourront vendre des voitures à partir de cettte année. Leclerc est déjà le premier bijoutier de France, etc." (8)

Le problème des "marges arrières" et des commissions imposées aux fournisseurs pour être "référencés" fait l'objet de débats, insuffisamment rendus publics toutefois. Ces pratiques étant, effectivement, une forme de racket. L'assainissement s'impose, mais la Grande Distribution s'y oppose...


=>  Les ententes sur les prix

 

Les ententes sur les prix, entre membres de l’oligopole, sont systématiques. Profitant des faibles moyens des organes de régulation de la concurrence. On a ainsi appris que le 20 décembre 2007, le Conseil de la Concurrence avait infligé une amende de € 37 millions à huit sociétés, dont les hypermarchés Carrefour (€ 27,4 millions), pour avoir organisé une entente sur le prix de vente des jouets à l’occasion des fêtes de Noël et de fin d’année. Dans ce système d’entente on retrouve les maîtres du secteur : Hasbro, Lego, Chicco, Goliath, Megabrands, Maxi Toys et JouéClub… (9)

 

Les britanniques ont mis à jour, après trois ans d’enquête, un système mafieux de la même espèce dans les produits laitiers (lait, beurre et fromages) sur la période 2002 et 2003. Les enquêtes sont longues et labyrinthiques…  Le surcoût, pour les consommateurs, a été estimé à £ 270 millions (€ 378 millions). L’autorité de régulation britannique (OFT) a donc infligé une amende de £ 116 millions (€ 162 millions) à la Grande Distribution et aux industriels qui ont collaboré dans cette escroquerie à l’encontre du consommateur. (10)

 

Deux exemples, récents et limités par le manque de moyens. Mais, partie visible de l’iceberg qui donne une idée de l’ampleur du phénomène…

 
 
 
2. Les ravages de notre organisation sociale
 
 

Beaucoup de pays, notamment dans les économies dites émergentes, se préoccupent de l’apparition, difficilement contrôlable, de cette pathologie économique et sociale. L’Inde, par exemple. Préoccupation d’ordre économique mais, plus encore, d’ordre social. Portant sur les valeurs qu’une collectivité se doit de défendre pour assurer sa cohésion et son développement. Cinq plaies majeures affectent le tissu social, sous l’emprise de ces oligopoles :

 
 

=>  La corruption de nos institutions

 

La Grande Distribution est, avec l’industrie de l’armement et les Marchés Publics dans leur ensemble, un des principaux modes d’alimentation de la corruption politique. Quelques citations, qui donne la mesure de ce poison pour le fonctionnement de nos sociétés :

 

“Contre une enveloppe, voire une valise, il était facile de s’assurer le vote d’un édile siégeant à la CDUC ou à la CUC (commissions spécialisées dans les autorisations d’ouverture), voire du Ministre du Commerce lui-même, appelé à trancher en dernier ressort.” (11)

 

“Certains grands noms de la distribution se sont faits prendre la main dans le sac : en 1998, Michel Bourriez, alors numéro deux de CORA a été incarcéré pour des pots-de-vin versés au maire de Toul ; depuis 1995, Gérard Mulliez, patron fondateur d’Auchan et Paul Louis Hallez, PDG de Promodès, sont mis en examen dans l’affaire Jean-Louis Destrade, de nom de ce député socialiste qui aurait collecté 33 millions de francs auprès des grands noms de la distribution pour le compte de son parti…” (12)


"Il sert aussi à financer la corruption du pouvoir politique, habitué à monnayer sa signature pour les autorisations d'ouverture. Le "péage" obligatoire de 1 million d'euros minimum pour un hypermarché, est né à la fin des années 1970. Avec les "années Mitterand", les enchères montent et les enveloppes se font plus épaisses : on passe à 1,5, puis 2, puis 3 millions d'euros. M. Michel-Edouard Leclerc, fin connaisseur, l'a d'ailleurs reconnu publiquement : "La vérité oblige à dire que près de la moitié des ensembles commerciaux ont été soums à ce trafic". (13)


 

=>   Le patrimoine bradé de la collectivité

 

L’implantation des grandes surfaces et centres commerciaux fait l’objet, dans beaucoup de pays, d’astucieux montages financiers. Sur le plan immobilier, notamment. En général, on s’approprie en sous-main des terrains agricoles, à la périphérie des villes, à prix cassés, via une société écran qui sera rachetée, le moment venu par la holding foncière de la famille fondatrice du groupe de supermarchés. De terrain agricole, il sera déclaré “constructible”. Sa valeur (non déclarée) se trouvera ainsi multipliée par dix, cent  ou plus, suivant les régions, du fait de ce changement de statut…

 

Mais, la zone de chalandise est inexistante. Nous sommes en plein champ… Il faut amener le consommateur !… Qu’à cela ne tienne. Le grand distributeur construira son hypermarché et sa galerie marchande, prenant soin de créer un parking et une station service. Avec quelques arbres pour faire écolo et pratiquer le bla-bla-bla du "développement durable". Enfumer les gogos et faire plaisir aux politiciens locaux…

 

Par contre, tous les équipement collectifs seront financés par la collectivité : routes d’accès, ponts, échangeurs, ronds-points (Ah ! les juteux ronds-points, une encyclopédie à rédiger sur ce mode d’enrichissement personnel…), viabilisation (adduction d’eau, électricité, évacuation des eaux usées), etc. Sur les impôts de tout un chacun, directs et indirects.

 

Cela s’appelle une escroquerie, dans les grandes largeurs. Car, la collectivité devrait rester propriétaire des terrains et des murs. Au lieu de brader ce patrimoine à de richissimes familles. Leur location, permettrait de financer beaucoup d’aides sociales et de projets en faveur de la collectivité. Et de diminuer, en conséquence, les impôts locaux. Ce pillage, au vu et au su des politiciens, mais soigneusement occulté, est inacceptable dans une démocratie.

 
 

=>  Un système bancaire dévoyé

 

La Grande Distribution est une énorme “pompe à cash”. Constituant un de ses pôles de profit essentiels. Forte de cette trésorerie, elle est devenue un gigantesque établissement financier, dont elle sous-traite les opérations aux organismes traditionnels. Elle obtient, de ce fait, des privilèges dont le client lambda d’une banque n’a aucune idée.

 

Dans le “cash management”, on joue beaucoup sur les “dates de valeur” permettant d’établir les “échelles d’intérêts”. Autrement dit, de calculer les périodes de découvert ou de crédit. Ainsi, un chèque “hors place” (tiré par le client sur l’agence bancaire d’une autre ville) ne sera pas crédité en date effective de “valeur”, comme pour le commun des mortels, huit jours, voire plus, mais le jour même de sa remise à la banque. Le cash déposé n’est pas crédité “valeur lendemain” de sa remise, comme sur votre relevé de compte. Mais, le jour même. J’ai même vu des comptes bancaires de la Grande Distribution crédités “valeur veille”. C’est-à-dire 24 h plus tôt que la remise effective des espèces. Pas mal, non ?...

 

Normal que les banques soient à le recherche de ce “cash”, et que les financiers le fassent fructifier. Mais, on en arrive, par dérives successives, à des dévoiements certains, par rapport au déposant ordinaire ou à la petite entreprise, qui ne seront pas traités dans l’égalité.

 

Plus grave encore est le surendettement des ménages encouragé par la grande distribution. Attirant le chaland avec des “crédits gratuits” qui sont des produit d’appel trompeurs puisque, dès la première défaillance, il seront matraqués en agios, intérêts, pénalités de retard qui atteignent des montant usuraires…

 


=> Une nouvelle forme d'esclavage


Les prix imposés par la Grande Distribution, dans l'alimentaire en particulier, provoquent une nouvelle forme d'esclavage. Habituellement, elle traite avec un grossiste et peut donc "jouer à l'innocent". Recevant produits et factures, en bonne et due forme. Point final, quant à sa responsabilité... Souvent, le grossiste, le sous-traitant, en fait un intermédiaire, "s'arrange" pour arrondir sa marge avec une nouvelle génération de "négriers". Exploitant des ouvriers agricoles, par exemple, dans l'indignité totale.


Ainsi, récemment dans le sud de la France, des ouvriers agricoles laotiens employés au ramassage des courgettes, vivant sous une toile en plastique en lisière d’un bois, sans aucune condition d’hygiène, en esclaves, sans aucun droit.

 

En Grande-Bretagne, dernièrement, il y a eu le cas d’ouvriers polonais traités en esclaves, bien que leur pays soit “intégré” à l’Union Européenne. Dans ce cas précis, c’était un sous-traitant de la chaîne Marks & Spencer, pour le conditionnement de la viande rouge, dans le sud du Pays de Galles, imposant des conditions épouvantables d’exploitation (14).

 

Ces cas sont nombreux et, la plupart, dissimulés aux yeux du public ou de l’opinion. Quel média, là encore, oserait pratiquer du “journalisme d’investigation” et enfoncer le clou ?... Liberté d’expression…

 
 
 

=>  La destruction du lien social : désertification et environnement

 

Avez-vous feuilleté les belles plaquettes publicitaires de la Grande Distribution sur sa contribution au “Développement Durable” ?...  La grande tarte à la crème de la profession… Quel développement durable ?... Alors que c’est le secteur d’activité qui aura le plus contribué à la désertification, à la dévitalisation de quartiers et de villages entiers !...

Dépossédés de leurs petits commerces, des villageois sont obligés de prendre une voiture pour aller faire leurs courses à une dizaine de kilomètres. La Grande Surface ayant tué toutes les activités commerciales qui donnaient vie à leur village. L’utilisation de la voiture accroissant la pollution…


Que dire de ces personnes âgées, contraintes de “ migrer” dans une maison de retraite, ne pouvant plus conduire ?... Alors qu’elles auraient pu et voulu rester dans leur village, rester actives, continuer à faire leurs courses, échanger avec les commerçants, avoir une vie sociale… 

 
 
 
 
3.  Les contre-mesures
 
Solution ?...
 
Elémentaire, mon cher Watson !... Ou, mon cher Attali …
 

Appliquer les règles de base de la libre concurrence. Il ne s’agit pas de supprimer le supermarché ou l’hypermarché. Non. Mais, de rétablir la libre concurrence en brisant monopoles ou oligopoles. Aucune chaîne de supermarché, ou de centrales d’achat, ne devrait excéder, en parts de marché : 5%. Et ceci, dans le cadre d’une réglementation tant européenne qu’internationale.

 

Avec une supervision, sans faille, d’un organisme de régulation ayant les moyens d'appliquer cette discipline, avec la rigueur et l’honnêteté nécessaires…

 
Utopique ?... Mais, qui se targue de réformer le pays ?...
 

Les membres d’une collectivité, les citoyens d’une nation, ne sont pas un troupeau de moutons à la disposition exclusive d’une oligarchie, avec les politiciens à sa botte, vivant grassement du privilège de lui tondre la laine sur le dos, à longueur d’année…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

(1)  Propos de Raffarin, entendus de mes propres oreilles, à l’égard du soutien aveugle d’Attali au lobby de la Grande Distribution, dans son fameux rapport. La fable de la paille et de la poutre, une fois encore, à l’œuvre…
(2) Charié, Jean-Paul, Pour une libre concurrence à dimension humaine. Redéfinir les règles de la loyauté, rapport à l’Assemblée nationale, no 2187, 27 juillet 1995, et Un enjeu de société : vers une concurrence libre et loyale, rapport no 836 du 9 décembre 1993. In Jacquiau Christian, Op. Cit.
(3)  Le Déaut, Jean-Yves, Rapport sur l’évolution de la Distribution : de la coopération à la domination commerciale, rapport à l’Assemblée nationale, no 2072, 11 janvier 2000.
(4) Moati, Philippe, L’avenir de la Grande Distribution, Editions Odile Jacob, Paris, Mars 2001.

(5) Jacquiau, Christian, Les coulisses de la Grande Distribution, Albin Michel, Mars 2000.
(6)  Knapton, Sarah, Shops get protection against supermarkets giants, The Guardian, vendredi 15 février 2008
(7) “The recommendations follow a two year inquiry… Figures suggest the supermarket’s stranglehold has killed off thousands of smaller rivals. The four supermarkets have a 75 % market share”. In Sarah Knapton, Op. Cit.
(8)   Producteurs étranglés, consommateurs abusés – Racket dans la grande distribution « à la française ». Op. Cit.
(9)   Carrefour lourdement sanctionné pour entente sur les prix des jouets, Le Monde, 21 décembre 2007.
(10)  Walsh, Fioana, OFT (Office of Fair Trading) hands out £ 116 m fines for milk price fixing, The Guardian, vendredi 7 décembre 2007.
(11) Courage, Sylvain, La vérité sur Carrefour – L’épicier planétaire, Editions Assouline. P. 74.

(12) Courage, Sylvain, p. 77, Op. Cit.
(13)   Jacquiau, Christian, in Producteurs étranglés, consommateurs abusés – Racket dans la grande distribution, Op. Cit.
(14)    Taylor, Matthew, Union challenges M&S on migrant workers, The Guardian, jeudi 13 décembre 2007.

 
 
 
 
 
 
Crédit Photo : Yan LF
 
 

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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /2007 23:59

 


Rafael Correa, dès son élection (1), a décidé de diminuer sa rémunération de Président de la République, par deux. Estimant indécent, l’écart entre les revenus de cette fonction, directs et indirects, avec leurs privilèges annexes, et ceux du citoyen moyen. Fonction, qu’il estime comme devant être vécue, avant tout, sous forme d’un sacerdoce et non pas d’un "fromage" lucratif pour lui, sa famille, ou son clan. Il a, d’ailleurs, étendu cette mesure à tous les titulaires de postes gouvernementaux.

 

Nous sommes à des milliers de kilomètres de l’Europe, il est vrai. A Quito, capitale de l’Equateur. Sur une autre planète…

 

 

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En France, une des premières mesures du nouveau Président de la République, lors de sa prise de fonction, a été d’augmenter ses revenus de 140 %. Parallèlement, pour témoigner sa reconnaissance à l’égard des sponsors qui l’ont soutenu pendant sa campagne électorale, il a accordé à la catégorie des revenus les plus élevés, c’est-à-dire aux plus riches de la population, des "cadeaux fiscaux".

 

La propagande est arrivée, difficilement, à minimiser leur total à une quinzaine de milliards d’euros. En fait, c’est, au minimum, du triple de ce montant dont il s’agit. Au moment, où, ne cessent de nous répéter les politiciens et leurs organes de propagande, des efforts sont "indispensables" pour relancer la croissance…

 

Nous sommes dans la symbolique rayonnante d’un régime ploutocratique.


A l’exemple de ce qui se passe dans les autres pays occidentaux, européens notamment. Triomphe du "Libéralisme Economique", dont on sait qu’il n’est que l’habillage idéologique du "Capitalisme Sauvage", le plus brutal.


Pour la France, ce modèle économique et social va être imposé avec détermination par la caste au pouvoir. Il est devenu européen, ne l’oublions pas. Organisé, coordonné, cautionné par les oligarchies dirigeant l’Union Européenne.

 

Les grèves et manifestations massives, réactions et sursauts démocratiques salutaires, n’y pourront rien. Le cynisme des nantis n’a plus de bornes. Les fondements mêmes du contrat social de notre République vont être dynamités : Liberté, Egalité, Fraternité.


Ce sont ces trois piliers dont je veux évoquer la disparition. En les prenant dans le sens inverse de leur invocation illusoire, pour terminer par la Liberté. Notre bien le plus précieux.

 

 
Le dynamitage de la Fraternité ou de la Solidarité

 

Les "régimes spéciaux" de retraite de certaines catégories de salariés, mis en place essentiellement au lendemain de la deuxième guerre mondiale, ont été diabolisés par le pouvoir. Présentés comme une injustice, à l’égard des autres français qui n’en bénéficient pas.

 

Or, ces régimes de retraite ne sont que la base sur laquelle devaient et devraient être alignés les régimes de retraites de tous les français. Loin d’être une injustice, c’est un minimum à atteindre, dans un des pays les plus riches du monde qu’est la France. Dont la richesse n’a cessé de progresser depuis 1945 et sa reconstruction.


La retraite devrait être l’exemple même du fonctionnement de la solidarité, et de la redistribution des richesses acquises par l’ensemble de la communauté.

 

Mais, le modèle de société en cours de constitution est tout autre : une ploutocratie, assemblée de riches super privilégiés, régnant sur une communauté de moutons de Panurge. Panurge étant, ici, l’appareil médiatique. Ayant comme mécanisme fondateur de l’exploitation : "le travail", considéré comme une vulgaire matière première.


Seuls étant valorisés, protégés, honorés, le capital et la spéculation.

 

On a pu mesurer, pourtant, l’importance de ce travail. Une ville peut être paralysée, un pays ne plus fonctionner, si des travailleurs se mettent en grève. Alors que les actionnaires et les PDG, hyper gavés de rentes, pourraient faire grève, rester sous leurs couettes, sans que la collectivité n’en ressente les moindres effets...


Preuve d’un profond dysfonctionnement dans l’appréciation et la rémunération du travail par rapport au capital, et à son importance fondamentale pour une société.

 

Derrière cette violente attaque contre les régimes de retraite s’activent des intérêts de lobbies extrêmement puissants. Ceux des milieux financiers, comme toujours. Sociétés d’assurances, tout spécialement. Avec pour autre cible prioritaire : la Sécurité Sociale.


Objectif : leur privatisation, à l’exemple du modèle américain. On sait de quoi il retourne. Aux USA, ceux qui peuvent se payer retraite et protection sociale sont les hauts revenus et les riches. Les autres, marginalisés, restant à leur place : "en bas".

 

Forts de leur puissance, ces milieux prédateurs ne s’en cachent même pas. Une illustration de ce travail acharné de sape : parmi les membres les plus fanatiques de ces lobbies figure Denis Kessler. Il dirige la SCOR, compagnie de réassurance, après avoir été un dirigeant du groupe Axa, le président de la Fédération française de sociétés d’assurances (FFSA), et le vice-président du Medef aux côtés d’Ernest-Antoine Sellières,

 

Ce fondamentaliste du capitalisme sauvage, s’était fait remarquer pour ses interventions répétées, en tant que président de la FFSA  "... afin de mettre fin au secret médical en réclamant d’avoir accès aux données privées transmises dans les feuilles de soins électroniques (FSE)" (2). Permettant, ainsi, un tri entre les malades potentiellement rentables et les autres. A l’exemple de la pratique des compagnies d’assurances américaines.

 

N’hésitant pas à dire et écrire clairement, ceux que d’autres pensent :

"La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance !" (3).


Restons lucides, cet intégriste du Libéralisme Economique, n’est que la partie visible de l’iceberg. A sa suite, ce sont de gros moyens pour casser le système social de notre pays.


La présidente du Medef, Laurence Parisot, enfonce le clou. Il y a deux jours, elle envisage avec son  organisation de remettre en cause un des droits les plus difficilement acquis, la "durée légale du travail" :

"Je me demande s'il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail … Tout le monde voit bien que le mécanisme des heures supplémentaires n'est pas suffisant… Je sais autour de quoi certains ministres réfléchissent depuis quelque temps et la question de la durée du travail est un axe de réflexion" (4).


Ces propos confirment ce qu’un ancien inspecteur du travail, Richard Abauzit, a recensé en termes de destruction méthodique, systématique du droit du travail et des acquis sociaux. L’étude qu’il a réalisée, à titre personnel, circule. Il convient de la lire et de la distribuer autour de soi, pour prendre la mesure des conséquences qui se profilent :

"Nous sommes en train de perdre une à une, dans le plus grand secret, toutes les protections contre les abus de pouvoir que nos grands-parents ont fait inscrire depuis un siècle dans le droit du travail" (5).


Lui, parle d’une "démolition accélérée" et de "casse" …

 

Arrêtons avec les faux problèmes créés par l’oligarchie : les retraites et la sécurité sociale trouveraient facilement leur complément financier, et même au-delà, en taxant tous les revenus des "capitaux spéculatifs" à hauteur de 50 %. Moitié pour le financement du système de protection sociale et des retraites, et moitié pour le spéculateur.


Etant entendu qu’un capital spéculatif est celui qui est investi à moins d’un an dans des opérations financières non liées à son activité d’origine, ou à plus d’un an, non lié à des opérations industrielles et commerciales. Telles que les constitutions de réserves foncières ou autres…


Voilà un axe de réflexion sur lequel Laurence Parisot devrait se pencher…

 



Le démantèlement de l’Egalité

 

Le cynisme de tous ces nantis soutient que pour "stimuler la croissance", l’Etat doit réaliser des économies.  Non pas : "l’Etat doit améliorer ses rentrées fiscales", et "assurer la redistribution des revenus de la collectivité".


Cette politique antisociale a pour conséquence de mettre fin au principe républicain de l’Egalité. En réalité, l’idéologie d’une ploutocratie ne peut accepter de cohabiter avec la conception d’une société fondée sur la "redistribution".


Son obsession : ne pas payer d’impôt !...

 

Ce concept a été étendu à l’entreprise. Ce sont, donc, de multiples avantages, exonérations et autres cadeaux, planifiés en faveur des entreprises. Pour tromper les citoyens, ce sont les termes fumeux de "stimuler la croissance", en faveur des "entreprises", sans cesse évoqués, en boucle, la main sur le coeur. Un disque rayé…

 

Car, sous le vocable trompeur de "stimuler la croissance", deux "perspectives" sont passées sous silence :

 

i)  ce sont des cadeaux fiscaux en faveur des "actionnaires" des entreprises, et non pas des salariés,

 

ii) ce sont des cadeaux fiscaux destinés, en priorité, aux "grands groupes" et autres "sociétés multinationales" à capitaux français.

 

Ne nous laissons pas abuser, par "entreprises", dans la sémantique des politiciens et de la propagande, il s’agit bien des grands groupes, de la catégorie des sociétés multinationales : grande distribution, banques, compagnies d’assurances, et autres marchands de béton et de canons.


Ceux qui ne créent aucun emploi.


Ce raisonnement se fonde sur le mythe de "moderniser" la société afin de "sortir" de la crise économique, "d’augmenter réellement et durablement la croissance". Et autres tartes à la crème…

 

Lorsque j’entends ces fariboles, le premier baromètre économique que je consulte est celui de l’industrie dite de "luxe". Car, qui dit difficulté économique ou crise économique, l’est pour toutes les catégories sociales. S’il y a en a qui y échappent, c’est que nous ne sommes pas dans le cadre d’une crise, mais dans celui d’un dysfonctionnement, d’une distorsion : l’absence de mécanisme de redistribution de la richesse nationale. L’absence d’Egalité…

 

Attention : l’industrie du "luxe" est  un secteur économique très segmenté. Il y a luxe et luxe. Ne pensons pas aux parfums, maroquineries, fanfreluches et autres breloques ostentatoires qui donnent lieu, avec raison, à toutes les imitations possibles. Là, nous ne sommes que dans l’arnaque du "paraître".

 

Il y a un segment bien plus sérieux et consistant, sur lequel je focalise mon attention : "la construction des yachts de luxe". Un monde ultra discret, uniquement pour gens fortunés, avec ses réseaux, médias et foires spécialisées, sans publicité tapageuse affichée sur les abribus ou magazines pour salles d’attente.

 

Un monde que les analystes et autres pseudo journalistes "économiques" n’abordent jamais. Leurs patrons n’apprécieraient pas, se sentant visés…


Tous les bateaux supérieurs à 80 pieds (6). Pas ceux que vous voyez habituellement dans nos sympathiques ports de plaisance. Non, ceux-là, beaucoup plus volumineux, sont enregistrés dans des paradis fiscaux, aux Bahamas et autres lieux exotiques. Ces palais de luxe flottants, achetés par les riches actionnaires des multinationales, sur lesquels se prélassent les penseurs et artisans des politiques antisociales.

 

Tenez, pour vous changer les idées, visitez un de ces bateaux de luxe, bourrés de marbre et de bois précieux : Le Capri. Construit par les célèbres chantiers Lürssen de Brême (7). C’est un 192 pieds. Son réservoir contient 150 000 litres de carburant. Réchauffement climatique ? C’est quoi ça ?...

 

Figurez-vous que le marché de la construction des bateaux de luxe privés n’a jamais été aussi florissant. Toutes les études de marchés font ressortir une progression moyenne de 20 % par an. Tous les chantiers spécialisés, en Europe tout particulièrement, croulent sous les commandes, avec des bateaux de plus en plus luxueux, de plus en plus gros, et, corrélativement de plus en plus chers.


Les français sont de gros acheteurs. Par discrétion, un des français les plus riches fait construire le sien à Taiwan. Un autre, en Nouvelle Zélande. Ah !... La discrétion…

 

Promenez vous sur les sites des chantiers navals italiens, qui détiennent 35 % environ du marché mondial : Feretti, Cantieri di Pisa, Benetti, Sanlorenzo


Je ne vous parle pas des coûts de fonctionnement avec équipage, ni des coûts de maintenance annuels, pour ne pas vous encombrer. Ajoutons que ces jouets de luxe ne naviguent, avec leurs propriétaires prédateurs, que quelques semaines par an, dans le meilleur des cas.

 

Apparemment, les fortunes privées qui achètent ces objets précieux n’éprouvent aucune difficulté quant à la "croissance réelle et durable" de leurs revenus, pour reprendre les expressions alambiquées de Laurence Parisot…

 

Toujours plus, pour les uns, et toujours moins, pour les autres. Telle est la finalité du démantèlement de cet idéal républicain qu’est l’Egalité.


Nous évoluons intellectuellement, et en termes de valeurs, comme sous la monarchie de Charles X, qui prétendait remettre en cause les acquis de la Révolution...

 

 

 

L’étouffement de La Liberté

 

"Serf" en temps de paix, "Chair à canon" en temps de guerre…  C’est ainsi que les castes au pouvoir ont toujours considéré "Le Peuple". A moins que celui-ci ne sache se lever, et se faire entendre.

 

Charles X et les milieux prédateurs de l’époque, représentés par le puissant ministre et prince de Polignac, voulaient supprimer les acquis de la Révolution. Provoquant trois jours de révolte. Les "trois glorieuses" : 27, 28 et 29 juillet 1830. Qui renversèrent définitivement les Bourbons.

 

C’est le sujet du tableau d’Eugène Delacroix, que j’ai mis en illustration : La Liberté guidant Le Peuple. Sur les barricades se retrouvent toutes les composantes du peuple français, autour de la Liberté : le bourgeois ou l’artisan avec son haut de forme, l’ouvrier avec son béret et sa chemise, la jeunesse avec un gavroche armé… Luttant contre l’armée qui, au lieu de défendre le pays, agissait comme la milice en uniforme d’un régime détesté.

 

Je le dédie à tous les grévistes qui, sous les diffamations quotidiennes des médias de la propagande, ont eu le courage de faire grève. Accusés, à longueur de journée, de "prendre en otage" les "usagers"...

 

En cela, ils ont défendu ce droit démocratique élémentaire qu’est la grève. Ils ont surtout lutté pour défendre les valeurs d’une société, où le travail doit avoir sa juste considération fondée sur le partage de la richesse nationale.


Tout aussi fondamentalement, ils ont défendu une liberté d’expression dont les médias ne sont plus capables. Lâcheté, hypocrisie, mensonge


L’abjection. Les "grands médias" ne sont qu’un outil de propagande privatisé, au service de la ploutocratie leur maître, contribuant à l’étouffement de toutes les libertés.

 

Courage d’autant plus méritoire des grévistes que leurs propres dirigeants syndicaux, pour la plupart, ne sont entrés dans cette grève, traînant des pieds, qu’à reculons. Leur attitude me faisant penser à celle des dirigeants syndicaux du chef d’œuvre d’Elia Kazan Sur les Quais, avec Marlon Brando (8).

 

Bravo aux grévistes et au courage dont ils ont fait preuve.


Comme toujours, c’est une minorité qui agit pour le bien d’une majorité, paralysée par la peur et la veulerie.


Ces grévistes sont le levain qui fait lever la pâte molle d’une nation…

 

 

 

 


 

 

1)  Elu à la Présidence de l’Equateur, le 26 novembre 2006, avec plus de 57 % des voix.
2)  Il a, pour cet intense travail de lobby, obtenu le prix Orwell 2003.
Cérémonie pastiche, organisée par l'ONG britannique Privacy International, visant à dénoncer les atteintes à la vie privée.
3)  Kessler, Denis, Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !, Magazine Challenges. 4 octobre 2007.
4)  Le Medef suggère de supprimer la durée légale du travail, Le Monde, 21 novembre 2007.

5)  Abauzit, Richard,
Casse Du Code Du Travail, La Fin Du Boulot.
6)  Le "nautical foot" (feet au pluriel), le pied nautique, en terme de mesure, en usage dans la construction navale internationale, représente 30,48 cm. Ainsi, quand on parle d’un 80 pieds ou feet, cela équivaut à 24,38 mètres (80 x 30,48).
7)  Chantiers Lürssen Werft GmbH & Co, www.lurssen.com
8)  Sur les Quais, On The Waterfront en anglais, chef d’œuvre classé à la huitième place du Top 100 de l'American Film Institute, avec un des plus beaux rôles de Marlon Brando. Les relations troubles entre responsables syndicaux des dockers, mafia et armateurs du port de New York, constituent la toile de fond de ce film.



Illustration : Tableau de Delacroix : La Liberté guidant Le Peuple.

 


 

 


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Dimanche 14 octobre 2007 7 14 /10 /2007 20:26
 
Naomi Klein : "The Shock Doctrine"…
 

jacket-uk.jpg La publication française de livres
(1), remettant en cause ce qu’on nous présente comme l’aboutissement de la pensée et de l’organisation humaines : le Libéralisme Economique, est quasiment désertique, quand on la compare aux vagues produites dans le monde anglo-saxon. Malgré la censure, ou l’hostilité, des médias dominants.
 
Ainsi, tout récemment, l’ouvrage de Naomi Klein, qui s’annonce comme un best seller : The Shock Doctrine - The Rise of Disaster Capitalism. Il est sorti en librairie, en septembre (2), la version française étant prévue pour le printemps prochain.
 
Journaliste canadienne, intellectuelle engagée dans les débats de notre temps, Naomi Klein, est déjà connue, en France, par le succès de son livre No Logo (3). Elle y mettait en cause l’abus des marques contrôlant les marchés et la distribution. Résultat d’une stratégie des multinationales, multipliant les délocalisations, les fusions d’entreprises, pour se focaliser sur le marketing et, donc, les marques. Ces délocalisations conduisant à des licenciements massifs dans les pays occidentaux d’origine et, parallèlement, à l’exploitation des sous-traitants et de leurs personnels dans les pays émergents.
 
Par le jeu des concentrations, ces groupes, plus financiers qu’industriels, enferment les consommateurs dans un choix de marques qui sont toutes conçues et gérées par le même oligopole. Le point fondamental de No Logo portait sur le mythe de la libre concurrence. Mythe, ou imposture devrait-on dire, puisqu’il s’agit d’un vaste réseau d’ententes, de partages de monopoles, organisés par le Big Business. La libre concurrence étant réduite au niveau de la sous-traitance, du petit commerce "survivant", et du salariat…
 
Refusant de se considérer comme une spécialiste en économie (4), Naomi Klein n’en est pas moins une des meilleures. Les trucs et astuces du Big Business, son bla-bla-bla, elle les connaît comme le fond de sa poche. Ses attaques portent sur le point faible de l’idéologie du Libéralisme Economique : l’écart entre le discours idéalisé et l’injustice de sa réalité. Cette idéologie, elle la combat avec de solides références et de minutieuses recherches. Ses positions, ses remises en cause antilibérales provoquent, en conséquence, la fureur. C’est, actuellement, la militante antilibérale la plus compétente, sur le plan économique.


Naomi-Klein.jpg
 

Signe qu’elle dérange : elle est régulièrement agressée par les organes de propagande les plus puissants de cette idéologie. Le meilleur baromètre, c’est l’hebdomadaire britannique The Economist. Représentant, le plus talentueux sur le plan mondial, de "l’Intégrisme Libéral". En général, les campagnes, thèmes et articles de cet hebdomadaire sont repris, dans notre pays, par nos "journalistes économistes", quasi à l’identique, la semaine qui suit leur publication…
 
La rigueur et la pertinence de son travail, de sa méthodologie, de ses recherches, de ses références et de ses critiques, étant difficiles à contester, The Economist (5) en est réduit à traiter Naomi Klein "d’adolescente en colère". Elle a 37 ans… Une telle diffamation, venant de ces milieux fanatiques, constitue le meilleur label de qualité de son travail.
 
Avec The Shock Doctrine – The Rise of Disaster Capitalism, elle fait encore plus fort. Du béton ! Livre de 600 pages, extrêmement bien documenté. Adossé à un travail d’équipe de haut niveau, ainsi qu’en témoigne ses "acknowledgments" ou "remerciements", en fin d’ouvrage. Avant même sa distribution publique, il a fait l’objet d’un site de discussions hébergé sur celui du quotidien britannique The Guardian. Ainsi que d’un court-métrage (6) présentant le thème central du livre.
 
Spectaculaire dynamitage du mythe du Libéralisme Economique, qui serait la conjonction, d’après la propagande officielle, d’une "volonté collective" partagée et d’une "évolution naturelle", fondées sur la libre expression démocratique !... 
 
Alors qu’en réalité, ce n’est que la résurgence, méthodique, implacable, hyper violente, depuis une cinquantaine d’années, d’un des plus anciens régimes de l’histoire humaine : la ploutocratie. Le gouvernement, la dictature le plus souvent, des riches pour les riches. Même en Occident, dont les simulacres d’élections limitent le choix du citoyen aux représentants cooptés par les riches. Riches, dont la richesse ne cesse de croître. De façon exponentielle (7).
 
Rien de nouveau, à priori, dira-t-on.
 
Erreur : la nouveauté c’est l’approche analytique. La dénonciation d’une idéologie remise à niveau, actualisée, renforcée, depuis les années 50, du fait des nouvelles connaissances acquises dans d’autres disciplines, notamment la psychiatrie, la psychologie, ou la sociologie.
 
Avec une efficacité démultipliée par le développement des industries de "haute technologie" appliquées à la répression et la coercition : écoutes téléphoniques, fichages informatisés dans des bases de données occultes, armements sophistiqués des forces dites de "sécurité intérieure", en particulier. Avec leurs budgets colossaux qui ne connaissent, évidemment, jamais les "trous" de la sécu ou des régimes de retraite…
 
Milton Friedman et les théoriciens de l’Ecole de Chicago, méticuleusement stigmatisés par Naomi Klein, sont les principaux artisans de la rénovation de l’idéologie « Libérale ». Préconisant, tout spécialement, le démantèlement des systèmes de protection sociale, avec le retour au capitalisme sauvage du début du XIX° siècle. Seul garant, à leurs yeux, de la valorisation du mérite individuel. Clef de la réussite et du développement économique, même si ce ne sont que les plus forts qui en profitent.
 
C’est la ploutocratie triomphante qui, en France, s’assume actuellement sous l’arrogance du slogan : "Droite Décomplexée"…
 
Seul problème : les opinions publiques. Elles n’admettraient pas ce régime imposé aussi cyniquement. Le Libéralisme Economique, sous sa forme prédatrice, ne peut s’installer et durer que par l’affaiblissement ou la régression de la résistance des citoyens face à l’injustice. Toutefois, une opinion publique "ça se travaille", vous diront "experts en communication" et "politiciens" de tous bords. Le moteur de l’application de cette idéologie est tout trouvé : le « Choc Thérapeutique ». Suivant le postulat de Milton Friedman: "Seule une crise, réelle ou supposée, peut produire un véritable changement" (8).
 
L’analyse de cette doctrine, fondée sur le "Choc Thérapeutique", ses implications, ses dérives, ses horreurs, est au cœur du livre de Naomi Klein. Guerres ou perspectives de guerre, attentats, cataclysmes, culte des peurs et des racismes, toutes les crises, permettant la régression du réflexe citoyen, sont une avancée dans le renforcement de la dictature ploutocratique.
 
Avec leurs déclinaisons du conditionnement humain, permettant l’acceptation de l’inacceptable, à partir de nouvelles techniques mises au point dans la deuxième partie du XX° siècle : électrochocs, tortures adaptées aux résistances physiques et psychologiques individuelles, propagandes modulées suivant les niveaux d’alphabétisation ou de connaissance collectives, désinformations fondées sur les pulsions ou peurs des foules, etc. La palette, entre violence directe ou aseptisée, variant suivant le niveau de l’organisation sociale et culturelle des pays concernés.
 
Car, Naomi Klein nous entraîne dans un tour du monde de l’imposition par la force, la violence, la contrainte, de ce capitalisme sauvage, à l’issue de crises, catastrophes, dangers réels, suscités ou supposés. Israël, Irak, Pologne, Russie d’Eltsine, Asie du tsunami… Grande-Bretagne de Thatcher, qui a démantelé les puissants syndicats des mineurs, des cheminots, dans le sillage de l’union sacrée autour de la guerre des Malouines. USA de l’ouragan Katrina, balayant les logements sociaux et autres pôles de solidarité, assurant la fortune des spéculateurs immobiliers…
 
Un des chapitres les plus "tristes", est celui concernant l’Afrique du sud, décrivant les lendemains de la libération de Mandela (10). Tous les compagnons de lutte, obligés de plier devant Big Business, avec, parmi les plus actifs dans cette reddition, son successeur Thabo Mbeki. Acceptant de ne pas mettre à exécution le programme économique et social promis aux militants, pendant la lutte contre l’apartheid. Celui de la redistribution des revenus et des richesses du pays. L’Afrique du sud étant aujourd’hui un des pays les plus riches du monde, où la pauvreté de la majorité de la population est immense. Avec une des polices les plus férocement organisées, dotée des mêmes méthodes et encadrement que durant l’apartheid…
 
L’Amérique Latine, bien sûr. Le Chili de Pinochet, évidemment… Je partage entièrement son analyse du pillage de l’Amérique Latine, réduite en esclavage pendant cinq siècles. Son calvaire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Cette succession de dictatures parmi les plus sanguinaires qu’on puisse imaginer, soutenues, armées par l’Occident.
 
La lutte contre le communisme servant de paravent, pendant la "Guerre Froide". Ce qui permettait aux dictateurs argentins, l’Amiral Massera par exemple (9), d’affirmer que la suppression des libertés était une nécessité imposée par : “… une guerre pour la liberté et contre la tyrannie… une guerre contre des nihilistes, contre des agents de la destruction dont le seul objectif est la destruction en elle-même, bien qu’ils dissimulent cela sous couvert de luttes sociales".
 
Habillage de propagande qui sera repris pour couvrir toutes les exactions en Indonésie. Avec plus de 500.000 morts et disparus. Ou, en Iran, sous la dictature du Shah protégé par les occidentaux. Des disparitions, tortures, innommables. Des dizaines de milliers de morts…
 
Argumentaire similaire et actuel, sous couvert de la "Lutte contre le Terrorisme"… En Occident ou ailleurs. Justifiant l’encadrement et l’étouffement de toutes revendications sociales, de toutes contestations sur les orientations de nos sociétés, non approuvées par les grands prêtres du "Libéralisme Economique". Comme, par exemple, celles portant sur la culture des OGM en plein air, violemment réprimées par les forces de l’ordre et la justice, au service des lobbies. Tant et si bien que la contestation de cette pratique dangereuse pour la santé et l’alimentation dans les pays dits "démocratiques" est, progressivement, considérée comme une forme de terrorisme : le "terrorisme vert" !…
 
A la fin de la lecture, on se retient de crier : « Arrêtons çà ! ». Et, c’est le seul regret que je formulerai, quant à la conclusion de The Shock Doctrine : l’absence de pistes de réflexion pour en terminer avec les ravages d’une telle idéologie.
 
C’est un autre débat, il est vrai. Un prochain livre, peut-être. Ancré, probablement, sur les travaux passionnants de toute une série de chercheurs qui imaginent d’autres modèles de sociétés humaines. Différentes de celles que nous avons connues jusqu’à présent. Capitalisme ou Libéralisme Economique dans sa présentation actuelle, communisme, sous leurs différentes formes n’étant que des échecs, incapables d’apporter un sens, des valeurs et la justice au quotidien.
 
Ce sont des penseurs, à la croisée de l’économie et de la philosophie politique qui ont clairement établi que le développement économique n’en est pas un lorsqu’il développe la pauvreté, et pas simplement la pauvreté matérielle, tel Amartya Sen. Que le développement économique n’a aucune légitimité lorsqu’il est confisqué par une oligarchie, oubliant que la justice est le fondement d’une démocratie, tel John Rawls.
 
Travaux et recherches continuent. Ce qui est sûr, c’est qu’il devient urgent de rétablir et d’élargir les libertés publiques, et, en interaction, de mettre l’économie, la richesse collective en fait, hors de portée des "prédateurs-spéculateurs" pour que les citoyens en gardent le contrôle. Beaucoup d’efforts et de luttes, devant nous, afin d’enrayer la course de nos sociétés vers un régime politique totalitaire. Ce "Libéralisme" fondé sur le culte de la loi du plus fort et de l’argent-roi, au service d’une caste privilégiée.
 
Mais, au-delà de cette critique, l’ouvrage de Naomi Klein est une contribution indispensable à la remise en cause des dérives de la gestion économique et sociale de nos sociétés. Lecture d’autant plus nécessaire, qu’on assiste à un renforcement, en France, des mesures visant au démantèlement de tous les avantages sociaux, acquis après plusieurs siècles de luttes. Conjointement à l’octroi incessant de faveurs à l’égard de l’oligarchie.
 
Avec le support d’une propagande écrasante de culpabilisation, dans le genre : " les français ont peur de l’innovation, de la croissance, donc du Libéralisme Economique", ces" frileux", ces "paresseux", pour ne pas employer le mot en usage dans les salons, ces "idiots" (pour rester poli)...
 
Propagande parallèle à une volonté de supprimer tout ce qui serait assimilable à une mesure de régulation, de contrôle ou même de précaution, relevant du fonctionnement du système économique. C’est le : "Vive la diffusion et l’octroi du monopole des OGM aux mafias de l’Agrobusiness !", ou "Gloire à la multiplication des hypermarchés et des grandes surfaces !", ou encore…
 
Leur credo : "No limit"
 
Oui. The Shock Doctrine est un puissant antidote, face à la rhétorique (11) des fondamentalistes de la ploutocratie « Libérale » et de leurs propagandistes !...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(1)  Précisons que cela est dû davantage aux réticences des maisons d’édition qui savent que ce type d’ouvrages ne fera pas l’objet de "couvertures médiatiques", et donc peu de ventes, qu’à l’absence de talents ou de volontés chez des auteurs français.
(2)  Les éditeurs changent suivant les pays. L’édition que j’ai entre les mains est celle de Londres, sortie le 18 septembre dernier chez Penguin Books. On pourrait traduire le titre par : La Doctrine du Choc Thérapeutique  – L’Essor du Capitalisme fondé sur l’exploitation des catastrophes.  
(3)  Titre original : No Logo – Taking Aim at the Brand Bullies.
(4)   Elle a été invitée, entre autres universités, à donner des conférences sur la mondialisation dans la prestigieuse école où l’on enseigne l’Economie : la London School of Economics.
(5)  Exemple de mépris, dès le titre : "Why Naomi Klein needs to grow up", Pourquoi Naomi Klein a besoin de grandir, "The Economist", 7 Novembre, 2002.
(6)  Court-métrage d’Alfonso Cuarón et de Naomi Klein, dirigé par Jonás Cuarón. Sélectionné pour les Festivals de Venise et de Toronto.
(7)  Un exemple parmi une multitude : les salaires des dirigeants d’entreprises qui étaient en moyenne 43 fois celui des salariés en 1980, atteignent le multiple de 411 fois en 2005 (p. 444- Op. Cit.). Sans parler de la rémunération des capitaux spéculatifs (Bourse et autres rouages de l’économie-casino) ou les multiples (hors impôts) sont faramineux…
(8) Milton Friedman : "Only a crisis actual or perceived produces real change".
(9) “A war for freedom and against tyranny… A war against nihilists, against agents of destruction whose only objective is destruction itself, although they disguise this with social crusades”, p.96 – Op. Cit.
(10) “Democracy Born in Chains” – p. 194, Op. Cit.
(11) Exemple caricatural, en France : Premières Propositions sur le Pouvoir d’Achat – Commission pour la Libération de la Croissance Française – dite « Commission Attali » - 12 octobre 2007.
 
 

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