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Géopolitique et Prospective

Mardi 15 septembre 2009



« Les puissants en mal de pensée appellent à la rescousse les penseurs en mal de pouvoir qui s’empressent de leur offrir les propos justificateurs qu’ils attendent. Et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes médiatico-politiques… »

Pierre Bourdieu (1)

 

 

 

Fin août 2009, du 26 au 28, s’est tenue, à Paris, comme chaque année, la Conférence des Ambassadeurs réunissant le gouvernement et l’ensemble du corps diplomatique. La 17° du genre. L’intérêt est d’y découvrir les orientations diplomatiques du pays.

 

La présentation officielle précise :

« La Conférence des ambassadeurs est un événement majeur de la diplomatie française qui rassemble chaque année, depuis 1993, autour du ministre et des secrétaires d’Etat du pôle « affaires étrangères », l’ensemble des quelque 180 chefs de mission diplomatique français et les responsables de l’administration centrale du ministère des Affaires étrangères et européennes ». (2)



Vassal et fier de l’être


Orientations qui, dans nos démocraties, ne sont jamais débattues publiquement, lors de débats contradictoires dans nos médias, encore moins dans notre parlement : assemblée nationale et sénat. Nos députés et sénateurs se contentant de voter, suivant les instructions reçues de leurs partis, les quelques textes éventuellement soumis au vote ; comme l'envoi de troupes à l'étranger.


"Domaine réservé" d’une nomenklatura, politiciens en cheville avec les lobbies de l’armement, s’entourant "d’experts" en relations internationales et "géopoliticiens". La préparation du Livre Blanc de la Défense Nationale ou les réunions de l’OTAN, ont donné un aperçu de ces pratiques.

 

En conséquence, rien de neuf dans les discours, déclarations et travaux de cette conférence. Inévitablement, on y retrouve la rhétorique des néoconservateurs US et des extrémistes sionistes qui s’est imposée comme l’unique doctrine des affaires étrangères et de la vision du monde à nos gouvernements. Copié-collé des argumentaires cuits et recuits par les officines de propagande US, style American Enterprise Institute, véhiculés par les ministres des affaires étrangères US, Condolezza Rice avec Bush, ou Hillary Clinton avec Obama.

 

Entre silences sur des évènements majeurs et diatribes bellicistes, on ne peut qu’être inquiet devant la conduite de notre diplomatie : vassalité aveugle à l’égard d’un Empire déclinant, immaturité confite d’arrogance et de mensonge…

 

Dans le discours inaugural de cette Conférence, le président de la république prononce la traditionnelle incantation :

« …C’est une période passionnante que ce début de XXI° siècle : il faut réinventer la pensée, il faut réinventer l’action, ne pas se contenter des schémas idéologiques commodes… »

 

Pourtant, la suite de ses propos ne reflète que cela : « se contenter des schémas idéologiques commodes », dans la plus pure tradition de la diplomatie de la canonnière en usage au 19° siècle. La loi du plus fort. Paranoïa, doublée d’un colossale arrogance, d’un Occident s’estimant menacé, envié, attaqué pour ses valeurs et sa richesse par des barbares. 

 

Enivré de sa puissance, avec son gigantesque complexe militaro-industriel, ses centaines de bases militaires dans des pays mis sous tutelle, l’Occident ne se rend même plus compte de ses propres limites et du basculement du rapport de forces en cours.

 

Evidement, tous ceux qui souhaitent être indépendants de l’emprise et de la spoliation d’un Empire conquérant, sont considérés comme ennemis. Cette idéologie de la force, au service du pillage créateur de la richesse occidentale, du moins d'une richissime minorité, structure notre diplomatie.

 

A l’exemple d’un Jacques Guillermaz, longtemps considéré comme un spécialiste de la Chine, qualifiant ce grand pays dans ses mémoires, portant le titre Une vie pour la Chine, de :

« … nation vouée… à la destruction finale de nos valeurs morales, de notre système politique et social fondé sur le droit. » (3)

 

Pour lui, la Chine devait rester celle du 19° siècle, soumise à l’exploitation de l’Occident. Vision primaire d’un attaché militaire de formation, fanatisé par la doxa anticommuniste. Admirateur de Tchiang Kaïchek, le dirigeant sanguinaire et corrompu célèbre pour ses massacres de communistes (4), son soutien au Japon et aux occidentaux dans le dépeçage de son propre pays…

 

Cette sclérose de la pensée, dans la compréhension de l’évolution du monde, transparaît dans cette diplomatie énoncée à chacun des paragraphes du discours du président de la république :

 


L’Europe

 

Normalisation des systèmes fiscaux, redistribution des richesses d’une Europe concentrant des pays prospères : « … Voir la France repasser au cinquième rang des économies du monde, c’est une satisfaction… » ? Développement des mécanismes de solidarité entre peuples et citoyens du même espace ?… Amélioration des systèmes d’éducation, santé, retraites, emplois ?…

 

Non.

 

La vocation de l’Europe se résume, encore et toujours, aux aventures coloniales :

« … L’Europe doit renforcer ses capacités militaires parce que l’Europe n’est pas une immense Croix Rouge ! … L’Europe doit défendre ses intérêts comme elle le fait dans les Balkans, en Géorgie, au Tchad ou au large des côtes somaliennes. »

 

Quels intérêts de l’Europe en Georgie ? Les gazoducs et oléoducs de Total, BP, Shell ?… Quels intérêts de l’Europe au Tchad ? Le pillage de l’uranium, avec celui du Darfour limitrophe, alors que les tchadiens crèvent de misère ?… 

 

Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, se lamente, dans son propre discours lors de cette même conférence des ambassadeurs, de voir le budget militaire de l’UE n’être qu’à hauteur de 40 % de celui des USA… Il est vrai qu'il a été un des plus efficaces promoteurs du Livre Blanc pour la Défense Nationale.


Le budget cumulé de l’Union Européenne en dépenses de Défense Nationale, exprimé en dollars, est déjà de 600 milliards. Soit 13 fois supérieur à celui de la Chine, pour une population trois fois inférieure. Mais, la grenouille voulant devenir plus grosse que le boeuf, ce n'est pas assez...


Ah!... Cette infinie tendresse de nos gouvernants pour le lobby militaro-industriel...

 

Rien pour le social. Tout pour l’armement et les conquêtes impériales.

 

 

L’Afrique

 

« Ne pas laisser tomber l’Afrique… », serait la préoccupation condescendante de Nicolas Sarkozy :

« … A ma demande, l’Agence Française de Développement a créé un fonds de soutien à l’initiative privée à hauteur de 2,5 milliards d’euros sur cinq ans… Et ce sera la meilleure réponse aux soupçons injustes mais trop répandus d’exploitation à leur seul profit des ressources africaines. Ce n’est pas si simple de rénover nos relations avec l’Afrique… ».

 

Sur cinq ans : 2,5 milliards d’euros. Ce montant représente, tout juste, la petite moyenne des bonus que s’attribuent "annuellement" les banquiers véreux d’une seule de nos banques…

 

Dans la droite ligne du discours de Dakar, c’est se payer la tête de nos frères africains, dont on comprend la colère face à l’impudence et au cynisme du pillage auquel ils sont soumis.

 

L’Afrique est le continent le plus riche de notre planète en ressources naturelles : minières et énergétiques, notamment. Un « scandale géologique », disent de lui géographes et économistes, tellement les ressources naturelles y sont concentrées. Immensément pillé. Pas une de ses ressources naturelles qui ne lui soit volée, pas un de ses services publics qui ne lui soit confisqué dans des privatisations truquées.

 

L’Afrique un jour va se réveiller, comme l’a fait la Chine. Rejetant les dictatures corrompues, mises en place, protégées par les anciens colonisateurs, avec pour mission d’être une façade dissimulant la préservation féroce de leurs intérêts. N’ayant aucunement besoin de l’aumône hypocrite des occidentaux, sous forme « d’aides ». Ni de nourrir les courants d’émigration vers l’Europe.

 

Gérant elle-même ses propres ressources, colossales, gigantesques, à leur juste valeur, dans la liberté du choix de ses échanges commerciaux et de ses investissements, les valorisant en priorité sur place pour assurer son développement.

 

Les soubresauts vécus récemment, en Côte d’Ivoire ou au Gabon, sont les signes précurseurs de l’inéluctable révolte qui aura lieu dans les décennies à venir. L’Afrique se libérera, même si la diplomatie française se refuse à le comprendre et l’admettre…

 

 

 Moyen-Orient et Palestine 

 

Même silence sur le Moyen-Orient et la Palestine.

 

Rien sur la négation permanente du droit international, des droits de l’Homme, des Conventions de Genève protégeant les populations civiles, des multiples résolutions de l’ONU, non encore appliquées à ce jour par les sionistes (une quarantaine). Depuis soixante ans…

 

Rien sur Gaza. Les crimes contre l’humanité, commis en ce début d’année dans des bombardements d’une sauvagerie implacable. Avec la complicité de la Communauté Internationale.

 

Rien sur le blocus de la faim et des médicaments, de cette partie de la Palestine. Autre crime contre l’humanité, qui dure depuis 3 ans.

 

Rien.

 

Si ce n’est distiller la logorrhée habituelle sur la création d’un Etat Palestinien, dont l’Occident ne veut pas. Qui se réduira s’il voit le jour, nous le savons tous, à une parodie d’Etat. Analogue aux Bantoustans de l’Afrique du sud ou aux Réserves des nations peaux-rouges aux USA…

 

 

L’Iran

 

Point de fixation de l’hystérie belliciste occidentale. Menaces, mensonges, gesticulations et autres postures matamores, tenant lieu de réflexion. La France se signalant par son zèle, comme si l’Iran était notre ennemi héréditaire, nous ayant volé l’Alsace-Lorraine :

« … En Iran en particulier, la crise politique a fait oublier que pendant la répression, la prolifération continue : il y a toujours plus de nucléaire militaire, toujours plus de tests de missiles, et il n’y a jamais eu aussi peu de négociation…

« … Et si l’Iran ne change pas de politique, la question du renforcement très substantiel des sanctions sera clairement posée. La France soutiendra des sanctions économiques sévères, à la hauteur de l’enjeu, au Conseil de sécurité et au Conseil européen ».

 

En fait, dans les négociations avec l’Iran, les occidentaux n’ont jamais présenté la moindre proposition de « dénucléarisation » du Moyen-Orient, avec garantie d’une paix durable. S’engageant pour la suppression de tout armement nucléaire dans la région y compris en Israël, dans les bases militaires occidentales pullulant dans cette zone, à bord des navires et des sous-marins dans le Golfe persique.

 

Rien.

 

Les occidentaux veulent uniquement, dans un brutal rapport de forces, l’arrêt de tout développement de la recherche atomique, aérospatiale et technologique de l’Iran. Avec, comme unique compensation des « aides » au développement… Du courant d’air.

 

A cette arrogance de la loi du plus fort, s’ajoutant le mépris :

« … Ce sont les mêmes dirigeants, en Iran, qui nous disent que le programme nucléaire est pacifique et que les élections ont été honnêtes. Qui peut les croire ? ».

 

L’agitation cynique se voulant vision politique à long terme :

« … On n’a pas le droit de se taire devant la crise qui s’organise. »

 

Mépris renouvelé, trois jours plus tard, dans des déclarations fracassantes, lors d’une conférence de presse :

« … Le peuple iranien "mérite mieux que les dirigeants actuels" à Téhéran, a déclaré lundi à Berlin le président français Nicolas Sarkozy au cours d'une conférence de presse avec la chancelière allemande Angela Merkel» (5)

 

L'Iran a parfaitement intégré deux paramètres fondamentaux, dans ses relations conflictuelles avec l'Empire :

=> Son indépendance politique et économique, depuis sa révolution renversant la dictature du Shah, sa récupération de l'exploitation de ses ressources notamment énergétiques, n'ont pas été admises et ne seront jamais admises par l'Occident.

=>  La doctrine de la domination de l'Occident, illustrée par la théorie du Choc des Civilisations, délire raciste et islamophobe, est d'interdire à tout pays musulman, chiite ou sunnite, arabe ou non arabe, l'accès aux instruments de souveraineté et d'autodétermination que sont (malheureusement...) l'arme atomique et la technologie aérospatiale (maîtrise des lanceurs et missiles balistiques).

La destruction en cours du Pakistan, par l'Occident, en est une illustration. Avec pour objectif prioritaire la suppression de ce "potentiel de libre arbitre", que le pays avait su édifier pour faire face aux menaces de son voisin Indien.

 

La cohésion interne de l'Iran et son niveau de développement, plus solides que ceux du Pakistan, lui permettent de mieux résister à la fureur impériale... Et, éventuellement, d'exercer une capacité de riposte redoutable à l'encontre de ses agresseurs.

 

Mais, "géopoliticiens" et diplomates occidentaux, eux, n'ont pas encore perçu cette dimension. Déclarations, comportements, hostiles, irresponsables, du niveau des traîneurs de sabre, ganaches et badernes militaristes, se multiplient.


Ridicule.


Menaces et insultes sont l’expression de la faiblesse des voyous, confondant sauvagerie de la force avec compréhension d’une situation et de ses conséquences. Indignes d’un chef d’Etat, d’une diplomatie, dont maîtrise de soi et fermeté sont indissociables du respect. 

 

Et, l’Iran, peuple de grande civilisation, ses dirigeants élus, méritent notre respect. A défaut, ayant franchi un point de non retour dans leur indépendance, les Iraniens sauront se faire respecter. Que notre nomenklatura, le veuille ou non.

 

 

L’Afghanistan

 

Même zèle, même cynisme, redoublant d’intensité pour « vendre » notre engagement en Afghanistan. Allant jusqu’à soutenir la fiction d’élections non truquées :

« … En Afghanistan, je partage l’analyse de Bernard Kouchner : la campagne électorale s’est bien déroulée, en dépit des pires menaces. En votant, les Afghans ont dit non à la barbarie et au terrorisme. »

 

Agitant la vieille breloque conceptuelle de la guerre froide, "la théorie des dominos", défendre la civilisation contre le chaos, pour justifier l’envoi de nos troupes :

« … La France restera fermement engagée, avec ses Alliés, aux côtés du peuple afghan. »

 

Alors que même les néoconservateurs US n’y croient plus. Un journaliste du journal de droite US Washington Post, George Will donne le ton dans un article "Time to Get Out of Afghanistan", "Il est temps de se retirer d’Afghanistan"… Provoquant la fureur des fanatiques de l’extrême-droite US. (6)

 

S’ajoutant aux commentaires du mois de juillet dernier de Rory Stew, professeur britannique à Harvard University, qui dans la London Review of Books exprime son profond scepticisme quant à la guerre menée par les occidentaux en Afghanistan, estimant « impossible » l’édification d’une nation (nation-building) avec le modèle stratégique actuel.

 

Notre diplomatie, avec un train de retard, déploie ainsi son zèle tous azimuts pour satisfaire l’extrême-droite de l’Empire, et le lobby de l’armement qui ne veut pas voir disparaître son plantureux fromage…

 

Notre diplomatie, multipliant menaces, mensonges et fureurs mégalomaniaques, trouve sa véritable expression dans l’affairisme. Se transformant en représentant de commerce, en vendeur, pour le compte de groupes privés. Lesquels ne cessent dans les médias dont ils sont propriétaires, sans craindre l’incohérence ou le paradoxe, d’exiger la non immixtion de l’Etat dans leurs affaires…

 

Alors, la France pavoise pour avoir vendu ou pré-vendu, on ne sait trop, 36 avions Rafale au Brésil. En fait, pour avoir conclu un "accord d’échange" d’avions du groupe privé Dassault, contre des achats d’avions de transport brésiliens et des transferts de technologie en leur faveur. Avec la création d’emplois au Brésil pour le montage des avions. Bravo le Brésil ! Bien joué.

 

Habituellement dans ce genre de "troc", payé par les collectivités au détriment de leur santé et de leurs retraites, entre industries d'armement de pays différents, les marges bénéficiaires de l’opération restent dans les groupes privés ou chez des intermédiaires soigneusement choisis. Qui, en l’absence de transparence du montage financier, dont est exclue la représentation nationale, se retrouvent dans un paradis fiscal.


Mais, comme chacun sait, la rigoureuse éthique du groupe Dassault est à l'opposé de pareil contexte.

 

Se refusant à appliquer le vieil adage : Nationaliser les pertes. Privatiser les profits…

 

 

 

Illustration des « valeurs » du Libéralisme 
donnant "la priorité à l’épanouissement individuel"…:
Enfants ouvriers dans une verrerie de l’Etat d’Indiana
USA - 1908.

 


L’obscurantisme géopolitique


L’oligarchie qui nous gouverne, dite de « droite » ou de « gauche » suivant les arrivages ou les saisons, prend soin de justifier ses orientations de politique étrangère, d’alliances et de conflits armés, comme celui que nous vivons actuellement en Afghanistan, par une propagande omniprésente, obsédante, martelée par tous les médias à sa disposition.


Au cœur de ce dispositif se trouve une discipline, La Géopolitique, avec pour finalité la compréhension à l’échelon de la planète des lignes d’évolution, de confrontation et de cohabitation des grands ensembles humains, forgés par l’Histoire et la Géographie, dans des civilisations complémentaires. Sa dimension prospective, horizon portant sur plusieurs générations, est capitale en termes d’instrument de recherche et d’anticipation.


Manipulée, d’instrument de recherche elle est devenue un outil de désinformation. Sa méthodologie d’analyse, « clinique », neutre, impartiale, s’est muée en puissant vecteur de propagande d’une idéologie. Dans le simplisme d’une vulgarisation, nourrie de clichés, destinée au grand public. Animée par une coterie de chroniqueurs, journalistes. Tour à tour, géopoliticiens, spécialistes des relations internationales. Incontournables : presse radio, TV, jusqu’à la caricature.


Certains, statufiés en véritables « stars » de la géopolitique. Qui ne connaît pas Alexandre Adler ? Ses outrances apocalyptiques de va-t-en-guerre, ciblant Palestine, Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan ; ses choucroutes d’amalgames "islamofascistes" ; ses anathèmes furibards contre qui ne partage pas son fanatisme ultraconservateur ou hypersioniste…


Mais, en amont et en aval de ce groupe médiatiquement visible, s’opère un travail de fond dévastateur en termes d’information, d’analyse, de réflexion prospective. A doses homéopathiques, plus discrètes. Effectué par des « géopoliticiens » ou spécialistes autoproclamés en relations internationales, noyautant le monde académique, l’enseignement, l’édition.


Aboutissant, par le monopole de la parole, de la stricte observance d’une doxa, jamais remises en cause, débattues, non pas à une diffusion de la connaissance, du savoir, mais au pilonnage d’une propagande. Excluant toute pensée, analyse, réflexion, vérification d’information, qui ne véhiculeraient pas l’eurocentrisme ou la glorification de l’Occident. Quitte à s’accommoder d’une mélasse d’arrogances, de manipulations et de mensonges, dans la bonne conscience.


La lecture d’ouvrages récents, dans le domaine de la géopolitique et des relations internationales, donne la mesure des ravages du délabrement de cette discipline fondamentale qu’est La Géopolitique.


Echantillon… Florilège…



Pour une poignée de chiffres et de faits


« Les faits n’existent pas, seules les interprétations », disait Nietzsche.


Encore faut-il que les uns ou les autres ne soient pas déformés, niés, manipulés. Géopoliticiens, experts, spécialistes, dont on attend une démarche scientifique, rigoureuse, n’hésitent pas à employer les procédés les plus primaires : falsifier faits et chiffres.


L’exemple le plus courant étant ceux des massacres occidentaux, dans les conflits coloniaux. Lorsqu’on ne peut les occulter, très simple : on minore sans scrupule.


Dans un livre intitulé Actualité Géopolitique, le géopoliticien Hervé Macquart estime le nombre d’Irakiens tués à la suite de l’invasion occidentale, de 2003 à janvier 2009, entre 34.000 et 38.000… (7) Alors que les études, recoupements d’information, au niveau international y compris aux USA, font état de chiffres beaucoup plus élevés et réalistes.


La revue médicale britannique, mondialement réputée pour son sérieux, The Lancet, a estimé ce nombre à juin 2006 à 655.000 au minimum. (8) D’autres études, toutes aussi sérieuses, arrivent au chiffre de 1.340.000 tués jusqu’à 2008. (9)

 

La plupart des analystes, chercheurs et observateurs, estimant que le chiffre réel et plus proche des 2 millions de morts. Non compris les blessés, amputés, traumatisés… Après six ans d’invasion, de destruction méthodique et d’occupation occidentales, le :
 « … résultat net est de plus d’un million d’orphelins, plus d’un million de veuves et plus de quatre millions de réfugiés ou sans abri ». (10)

 

Tout cela sur le fondement d’un mensonge, cyniquement assumé par l’Occident et son appareil de propagande : la possession, par l’Irak, d’armes de destruction massive…

 

Pour donner un ordre de grandeur du culot dans l’amplitude de cette désinformation, rappelons que dans un pays comme la France, ce sont en moyenne, chaque année, pas moins de 60.000 personnes tuées par le tabagisme et 60.000 personnes tuées par l’alcoolisme. Soit 120.000 morts, chaque année, rien que pour ces deux catastrophes humanitaires rigoureusement dissimulées.


Non compris, les dégâts collatéraux sous forme d’hospitalisés ou en traitements pour cancers, accidents cardiovasculaires, dépressions, suicides, et autres ravages, générés par ces pathologies. On est loin de la « grippette » à un milliard d’euros la vaccination, dans la poche du lobby pharmaceutique …


Moralité, en France : se laisser intoxiquer sous la pression des lobbies du tabac et de l’alcool, creusant frénétiquement le « trou » de la Sécu au passage, tuerait annuellement quatre fois plus qu’être bombardé et mitraillé, pendant six ans en Irak, par les armées les plus destructrices de la planète…


Qu’il y ait divergence dans une analyse statistique : rien de plus normal. L’honnêteté intellectuelle, la rigueur du chercheur, sont de mentionner au moins dans une note les différentes évaluations, avant de formuler sa propre hypothèse, la justifiant par un raisonnement fondé sur des calculs et des croisements d’information ou de sources. Autrement, il s’agit d’un « négationnisme » foncièrement malhonnête.


Occulter l’ampleur des massacres et destructions, fondés sur le culte du mensonge, afin de ménager l’Occident dans l’autosatisfaction de sa propre représentation, engendre, au-delà des considérations morales ou statistiques, l’inconvénient majeur de fausser toute analyse sur les réactions, rejets, radicalismes, et résistances des peuples, nations ou régions qui en sont les premières victimes. Victimes, évidemment, non consentantes…


Et, dire que le livre d’Hervé Macquart est présenté, recommandé même, comme un ouvrage essentiel pour la préparation des concours et examens !… Niveau d’analyse, d’approche méthodologique : affligeant. Nous sommes devant l’archétype de l’ouvrage de désinformation, de propagande. De « lavage de cerveau », digne des dictatures à trois sous…


En complément, la partie traitant du Moyen-Orient, notamment la problématique du nucléaire Iranien, ne mentionne, ni de près ni de loin, l’arsenal atomique d’Israël, dont le nombre des têtes nucléaires est évalué entre 200 et 400, avec ses fusées intercontinentales et ses sous-marins lanceurs de missiles… Pas davantage, que ce pays, non signataire du Traité de Non Prolifération Nucléaire, n’est l’objet d’aucune inspection, remontrance, sanction, ou contrôle de la Communauté Internationale


A la décharge de ce géopoliticien, aucun ouvrage du genre ne le mentionne non plus. Omerta, tabou, trou noir… Evoquer, pire, mettre en cause le nucléaire israélien, et ses vecteurs balistiques, constitue un sacrilège impardonnable pour les géopoliticiens. Provoquant immédiatement une excommunication nuisible à leur business


On les comprend : la régression de la liberté d’expression, en géopolitique, est un retour aux temps de l’Inquisition. Seuls les moyens d’intimidation et de répression ont changé…


 

 Le Bon, la Brute et le Truand


Un des procédés classiques de la désinformation est de diaboliser le concurrent, l’adversaire, l’ennemi, ou tout simplement L’Autre. Permettant, simultanément, d’idéaliser son propre comportement, dans la bonne conscience.


Jean-Jacques Gabas n’échappe pas à ce travers démultiplié à l’infini par les médias, dans le chapitre, d’un ouvrage collectif de géopolitique (L'Enjeu Mondial - Les Pays Emergents), intitulé Les pays émergents et la coopération internationale :

« La Chine, vis-à-vis de l’Afrique, observe une politique de non-ingérence dans les affaires intérieures et donc sur les questions de gouvernance. Cette attitude contraste avec les principes des bailleurs de fonds comme la Banque Mondiale ou l’Union Européenne qui allouent leur aide selon les critères de "bonne gouvernance" ». (11)


Visiblement, prendre ses désirs pour la réalité est une des tares de trop de géopoliticiens, "experts" et fonctionnaires internationaux. Rassurer la hiérarchie, satisfaire les attentes du client, respecter "la ligne idéologique" de l’organisation à laquelle on appartient sont, il est vrai, une obligation. Si ce n’est morale, du moins "alimentaire" : ne pas perdre son "job", son contrat…


De renoncement en évitement, on en vient à ne plus prendre en compte "la réalité". Se limitant à projeter ce que souhaite le client, le prescripteur. Raisonnements et évidences en trompe-l’œil. Syndrome des "villages Potemkine". Ce favori de Catherine II qui faisait monter et démonter des villages joliment décorés, avec une troupe de figurants en paysans, adultes et enfants, joufflus et bien habillés, afin que l’impératrice de Russie, visitant son pays, soit convaincue de la prospérité de sa paysannerie à chacune de ses étapes…


Le problème n’est pas la mise en scène de contrevérités. Pourquoi ne pas faire plaisir et se faire plaisir, par les temps qui courent ?… Mais, comment gérer, arbitrer entre des orientations, des choix, prendre des décisions, ou ne pas en prendre, lorsqu’il s’agit du destin d’une collectivité ?… Quand l’anticipation en géopolitique, avec les débats qu’elle implique, doit franchir les trente ans ou cinquante ans à venir …


Opposer la bonne gouvernance entre Chine et Occident en Afrique, représenté par la Banque Mondiale, l’Union Européenne, ou l’ancienne puissance coloniale, est-ce honnête de la part de ces « spécialistes » ?…


Alors que tout le monde le sait, pour peu qu’on s’informe :

i) La Banque Mondiale n’est que le « bras économique » de l’Occident. Au rôle, bien souvent, plus prédateur que soucieux de la prospérité des pays où elle intervient. Joseph Stiglitz, lui-même ancien responsable des études économiques de cet établissement, l’a démontré dans un livre : s’emparer à bon compte des richesses énergétiques et minières de la Russie, par exemple, via des privatisations accélérées totalement « bidons ». (12)

ii) Multiplier les travaux d’infrastructures ne correspondant pas aux besoins du pays pour le plus grand profit des groupes de BTP occidentaux, creusant l’endettement de l’Afrique. Ou, imposer les cultures d’exportation en cheville avec les groupes de l’agro-industrie occidentaux au détriment des cultures vivrières, appauvrissant le continent pour le bénéfice d’une richissime minorité.

iii) Maintenir le pillage colonial, à l’abri de nouvelles formes de dictatures dynastiques, le fils succédant au père comme on l’a vu au Togo, et comme on le constate au Gabon… Bien sûr, dictatures légalisées par des élections truquées, comme la France en cautionne depuis des décennies en Afrique. Dernièrement en Mauritanie, au Niger, au Congo Brazzaville

iv) Que dire des ravages de la Françafrique ?… (13) Cette tentaculaire organisation de la corruption, authentique mafia, dans laquelle politiciens locaux et nomenklatura française (tous partis politiques confondus…) se sont colossalement enrichis, et s’enrichissent, dans l’impunité. Schéma identique à ce qui se passe dans l’Afrique dite anglophone (Nigeria, Kenya, etc.), lusophone (Angola, Mozambique)...


S’il avait voulu s’informer, au lieu de stéréotypes et clichés stupides, Jean-Jacques Gabas aurait trouvé matière à réfléchir parmi des milliers d’exemples de la « bonne gouvernance » occidentale. Sans aller bien loin :

« Ecoutons Loïc Le Floch-Prigent, PDG d’Elf (« fusionné » aujourd’hui dans Total), de 1989 à 1993 :

 " Elf n’est pas seulement une société pétrolière, c’est une diplomatie parallèle destinée à garder le contrôle d’un certain nombre d’Etats africains… Et c’est justement parce que cette société avait un objet politique et diplomatique en Afrique qu’elle a de tout temps financé les services secrets"» (14)



Béquilles de la rationalité : Islamophobie et Sinophobie


Philippe Moreau Defarges présenté dans son livre, La Géopolitique pour les Nuls -  Déchiffrez les règles du jeu planétaire, avec rang de "Ministre plénipotentiaire", comme « … un des grands spécialistes français des relations internationales, de la géopolitique, de la construction européenne et de la mondialisation », illustre une des calamités de la géopolitique française actuelle : l’islamophobie.


En fait, le vernis une fois gratté, simple porte-voix des clichés éculés depuis les Croisades, ravalés par la théorie du choc des civilisations :

« … Fondé par Mahomet, l’islam est une théocratie guerrière qui, partant de la péninsule Arabique, déferle sur la méditerranée et l’Asie… Dans un monde régi par la rationalité et qui donne priorité à l’épanouissement individuel, l’islam peut-il échapper au sort du christianisme, au refoulement dans la sphère privée ?… (15)


Comment faire comprendre à un « grand géopoliticien », à un « ministre plénipotentiaire », qu’une religion n’est jamais une « théocratie » ?… Seul un système de gouvernement d’une nation, d’un pays, d’une collectivité, au service d’une idéologie, peut l’être. En s’appropriant, instrumentalisant, imposant une religion.


Comme le furent le Christianisme en Europe dès l’empereur romain Constantin, le Catholicisme en Amérique latine par la conversion sanguinaire des amérindiens, les différentes mouvances du Protestantisme dans les premières communautés immigrantes d’Europe en Amérique du nord, le Calvinisme à Genève, ou le Bouddhisme au Tibet…


Comme le sont actuellement, le sionisme en Israël ou le wahhabisme en Arabie Saoudite…


Comme chacun sait, les collectivités, nations et pays musulmans, dans leur majorité, n’ont jamais vu « déferler » une armée arabe : Indonésie, Malaisie, Afrique de l’Est, Afrique de l’Ouest, etc. L’Islam y est arrivé, pacifiquement, par les commerçants…


Verrouillé dans son islamophobie viscérale, ce docte savant et spécialiste ne le comprendra jamais. N’en acceptera jamais l’évidence. Comme beaucoup, convaincus d’être des membres éminents d’une « espèce dominante », seule créatrice de « valeurs » et de la « modernité » :

« … Si le Moyen-Orient demeure la "poudrière" de la planète, ce n’est pas seulement à cause de la Palestine… [mais au] choc du déferlement des valeurs occidentales sur des sociétés tribales et modelées par l’islam, mise en cause radicale de cette foi par la modernité… » (16)


Ainsi, empires, royaumes, nations, qui ont bâti la civilisation musulmane, une des plus brillantes de l’humanité, de penseurs, d’artistes et de savants, Ottoman, Perse ou Séfévide, Omeyyade, Fatimide, Almoravide, Almohade, Moghol, dans le désordre et j’en oublie, ne sont, dans l’analyse de ce « grand spécialiste – ministre plénipotentiaire », que de vulgaires « sociétés tribales »…


Pour ces géopoliticiens, la pluralité du monde ne s’exprime que par le mépris.


Jusqu’à des "géopoliticiennes" jonglant avec contrevérités et erreurs grossières, telle Sophie Chautard dans un ouvrage d’une rare nullité. Se référant au Coran, sans en avoir lu au moins deux ou trois traductions, citant en lieu et place comme source le Quid 2004 publié par Robert Laffont : 

« Le coran condamne (IX, 29-30) en effet fermement les autres confessions religieuses… ». (17)


Ce qui est évidemment faux, comme chacun sait, les versets sur le respect des religions monothéistes, judaïsme et christianisme, étant multiples. Ce qui n’exclut pas, pour les musulmans, de se défendre en cas d’agression armée de la part de ces religions, telle que les croisades.


Accessoirement, en matière de religion, confondant la politique millénaire de la Chine en ce domaine, avec les brèves tentatives de la Révolution Culturelle des Gardes Rouges, lors des troubles des années soixante, souhaitant éradiquer le Confucianisme et les religions dans tout le pays. Véhiculant la traditionnelle désinformation antichinoise :

« Les autorités chinoises ont entrepris de siniser le Tibet, et de faire disparaître le fondement de son identité, la religion… » (18)


 

Le racisme tranquille 


Denis Lambert, dans un ouvrage au titre accrocheur, Géopolitique de la Chine – Du bronze antique au plutonium, nous explique le ressort du rapprochement, qui semble le chagriner, entre le monde arabe et la Chine : « l’humiliation par l’Occident » !


Passons sur l’aspect primaire d’une telle analyse, fondée sur l’arrogance de "la race supérieure", et relevons une des plus brillantes perles racistes trouvées dans ces ouvrages récents qui, comme les feuilles mortes, se ramassent à la pelle…


Le sentiment prochinois du monde arabe aurait pour moteur, d’après ce « géopoliticien », la « rancune » hygiénique et médicale… :

« Le monde arabe, toujours rancunier d’une colonisation qui lui a apporté l’hygiène et la médecine tout en préparant son introduction dans le monde moderne. » (19)


Que les centaines de milliers de morts du "monde arabe" dans leurs luttes pour l’indépendance, de torturés, de massacrés, d’invalides, pour ne pas avoir accepté, et ne pas accepter, colonisation et pillage de leurs pays par l’Occident, me pardonnent. Partagé entre le rire et la stupeur, devant un tel concentré d’imbécillité et d’inculture, j’ai choisi d’en rire.


En bonne compagnie…


Celle de Saladin, ses généraux et les chroniqueurs de l’époque, lors de la conquête des châteaux forts construits par les Croisés en Palestine et en Syrie. Epouvantés qu’ils étaient, au 12° siècle, devant l’état de saleté des locaux précédemment occupés par les troupes franques et autres soudards européens. La première mesure édictée fut de construire des toilettes, des bains, des hammams, dans ces places fortes nouvellement conquises…


Celle d’Avicenne, et des 5 volumes de la monumentale encyclopédie médicale qu’il écrivit en arabe au 10° siècle : Livre des Lois Médicales (20). Ramenée par les Croisés en Europe, elle sera utilisée comme fondement des études de médecine jusqu’au 17° siècle…


L’obscurantisme intellectuel de ces « géopoliticiens », mandarins ignares, est sans limite. Leur manque de rigueur, d’honnêteté intellectuelles, consternant.


Plusieurs générations seront nécessaires pour se décrasser de notre habitus colonial, de cette lèpre de l’intelligence, nés de notre passé de prédateur raciste…


Obscurantisme dégénérant en fanatisme. Gangrenant La Géopolitique, discipline fondamentale pour les analyses prospectives et l’anticipation des évolutions de notre planète. Imbibant l’oligarchie, qui nous gouverne.


Contribuant par son aveuglement, en dépit des postures d’autosatisfaction et incantations mégalomanes, à l’affaissement complet de l’influence de la France, incapable de faire entendre sa volonté, sa personnalité. Enfermée, étouffée, manipulée, dans une vassalité qui ne répond ni à ses intérêts, ni aux valeurs fondatrices de sa République.


Réduite, gérée par une poignée de clans familiaux, en supérette d’armements et mercenariats en tous genres…



Les Peuples méritent-ils leurs dirigeants ?…


Une certitude.


La France ne mérite pas la nomenklatura qui la vampirise.








 



1)   In Bourdieu, Marie-Anne Lescourret, Flammarion, 2008, p.402.

2)   Cf. programme et discours (téléchargeables) : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/ministere_817/evenements_11561/conference-ambassadeurs_17120/xviie-conference-ambassadeurs-26-28-aout-2009_19694/xviie-conference-ambassadeurs-26-28.08.09_75980.html

3)  Jacques Guillermaz, Une vie pour la Chine – Mémoires – 1937 – 1989, Robert Laffont, 1989, p. 296.

4)  Lire ou relire le roman d’André Malraux, La Condition Humaine, avec pour toile de fond les massacres de Shanghai, en 1927, dans lesquels périrent des milliers de militants communistes avec le soutien des puissances occupantes. Entre autres pratiques, les tueurs de Tchiang Kaïchek s’amusaient à les jeter vivants dans les foyers des locomotives à charbon…

5)  Hebdomadaire Le Point, 31 août 2009, http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-08-31/sarkozy-les-iraniens-meritent-mieux-que-leurs-dirigeants-actuels/924/0/373040

6)  Daniel Luban, Washington’s Afghan Clock Ticking, 3 septembre 2009, Asia Times, http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/KI03Df03.html

7)  Hervé Macquart, Actualité Géopolitique, Vuibert 2009, p. 18 :

"... Civils irakiens tués : selon les estimations les plus fréquentes le nombre de morts serait de 34.000 à 38.000. Certaines études avancent le chiffre de 100.000 morts sans qu'il soit possible d'apporter des preuves incontestables".

8)  http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140673606694919/abstract

9)  http://www.justforeignpolicy.org/iraq

10)   Bouthaina Shaaban, Notes From a Wrong Place – In Praise of Admiral Mullen, Counter Punch, September 7, 2009.

11)  In L’enjeu mondial – Les pays émergents, sous la direction de Christophe Jaffrelot, SciencesPo Les Presses / L’Express, p. 225.

12)  Joseph Stiglitz, Globalization and its discontents, Penguin Books, 2002.

13)  Voir l’Association Survie (http://survie.org/) héritière du formidable travail d’information, d’analyse et de combat du regretté François-Xavier Verschave.

14)  Thomas Snégaroff, Missions et illusions – La puissance française, in Les Grandes puissances du XXI° siècle – Rapport Anteios 2008, Gauchon et Huissoud ouvrage collectif, PUF, 2007, p. 184 & 185.

15)  Philippe Moreau Defarges, La géopolitique pour les nuls – Déchiffrez les règles du jeu planétaire, Editions First, 2008, p. 147.

16)  Philippe Moreau Defarges, Op. Cit., p. 278.

17)  Sophie Chautard, Comprendre la géopolitique, Studyrama, 2006, p. 170.

18)  Sophie Chautard, Op. Cit., p. 183.

19)  Denis Lambert, Géopolitique de la Chine – Du bronze au plutonium, Editions    Ellipses, 2009, p. 417.

20)  Livre des Lois Médicales, encyclopédie médicale connue aussi sous le non de Qanûn ou Canon, est la traduction de Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb, dont les cinq volumes ont été un des premier ouvrages imprimés en latin, en 1593, à Rome.




Photo de Lewis W. Hine

 

 

 


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Vendredi 19 juin 2009



Les Iraniens viennent d’élire leur président. Malheureusement, ils ont mal voté…

 

Mais, qu’est-ce qu’ils ont dans la région ?… A moins de leur taper dessus, ils votent tous mal !... Pourtant, nous n’avons pas arrêté de les inciter à voter pour les candidats qui représentent nos intérêts chez eux. Pas moyen. Ils n’écoutent pas.

 

Vérification, encore une fois, de ce que nous n’arrêtons pas d’affirmer : “ils ne comprennent que la force”. Cogner est la seule solution pour leur faire entendre ce qu’est une véritable démocratie : voter pour ceux que nous souhaitons, nous, les occidentaux.

 

A l’exemple de l’Irak, de l’Afghanistan, ou de Gaza, et d’ailleurs. Du Mexique à Taïwan, du Nicaragua au Gabon, de l’Argentine à l’Egypte. Bref, partout, où nous utilisons drones, obus au phosphore, à l’uranium “appauvri”, ou nos escadrons de la mort, “experts es-tortures”, “chasseurs d’opposants”, formés dans nos écoles des “forces spéciales”.

 

Le droit des peuples à décider de leur destin ?... Bien sûr. C’est exécuter d’abord ce que nous dictons. Parce que “nous”, nous sommes porteurs de civilisation, les autres peuples doivent nous écouter. Les Iraniens, tout comme les Vénézuéliens ou les Palestiniens, doivent obéir à nos consignes de vote.

 

Tant pis pour eux, ils ont été prévenus.

 

La main tendue ou le bâton. En clair : “tu t’écrases, ou tu as mon poing dans la gueule”. On va être obligé de leur faire le coup de Gaza. Quelques bonnes séances de bombardement. Cela va crier un peu dans les chaumières, chez nous (chez eux, on s’en fiche…), mais ils verront ce que parler veut dire. Si nous ne nous faisons pas respecter, où va-t-on ?...

 

A moins qu’entre-temps, ils n’arrivent à renverser leur président…

 

 

Prendre ses désirs pour la réalité

 

Chez nous, quand Sarkozy a été élu, les voitures ont brûlé dans les “quartiers défavorisés”, ce qu’on appelle “les banlieues”. Plusieurs nuits durant. Nous étions la risée de nos amis anglo-saxons, se payant notre tête avec notre démocratie policière sur fond d’inégalités sociales. Oubliant que chez eux, c’était pareil…

 


 

Finalement en Iran, à l’annonce des résultats, ceux qui ont perdu les élections ont fait comme chez nous.

 

Sauf que…

 

En Iran, en fait à Téhéran, c’est dans les quartiers nord où il y a eu des incendies. Ce sont les quartiers chics. Certes, les riches quartiers d’une capitale ne représentent pas tout un pays. De plus de 75 millions de personnes. Toutefois c’est un symbole, et les médias ont raison de ne se focaliser que sur ça. Car, les beaux quartiers c’est l’avenir de l’Iran. Comme chez nous, en France.

 

Les beaux gosses des quartiers riches se sont défoulés, sous les encouragements des SMS des Lolitas peinturlurées en Gucci, brûlant de descendre dans les rues avec leurs minijupes (1). Comprenons-les, elles n’en peuvent plus de ne les porter que dans les “boom-disco-techno-boum-boum”, chez les parents, les tantes ou les oncles.

 

Toutefois, les gentils casseurs ont courageusement évité de brûler les voitures des quartiers huppés. Prenant soin d’épargner la limousine Toyota de papa, et le 4x4 Mitsubishi de maman. Et, surtout, leurs coupés Hyundai. Importés d’Abu Dhabi, via les cousins installés sur place. Des milliardaires du business. Ils n’ont brûlé que des poubelles, ou quelques pneus traînant dans les garages de la maisonnée.

 

Se réunir en criant : “Halte à la dictature”, “Où est mon vote ?”, “Ahmadinejad va te laver” !... Quel frisson ! Avec un peu plus de poils au menton, ils pourraient être pris pour le Che, sur les photos de leurs portables. Envoyées illico aux Lolitas, s’extasiant sur les exploits de leurs preux chevaliers.

 

Certains, se sont quand même posé des questions existentielles, pour manifester leur mécontentement face aux résultats. Fallait-il jeter l’écran plasma familial par la fenêtre sur les policiers, avec les consoles de jeu, ou pas ?... To be or not to be, “plasma” ?...

 

Finalement, ils ont renoncé. Cela aurait fait “enfant gâté”. Se limiter à quelques poubelles, c’est plus écolo.

 

La jeunesse des beaux quartiers s’ennuie...

 

C’est vrai comme le disait un "étudiant-ingénieur" sur une vidéo que les chaînes TV françaises passaient en boucle. En train de jouer à la Box, bardé de PC, portables, IPhone, Blakberry, devant l’écran géant de son salon climatisé. On s’ennuie, en Iran.

 

Bien sûr, dans les campagnes beaucoup de “jeunes” font une dizaine de kilomètres à pied pour rejoindre leur école, souvent sans chauffage en hiver. Tous les jours. Ceux-là n’ont pas le temps de s’ennuyer. Ils ont de la chance.

 

Cette jeunesse issue de la bourgeoisie qui n’a connu ni la dictature sanguinaire du Shah, ni la guerre de 8 ans avec l’Irak (2), a envie de s’éclater. Normal. A sa place, j’éprouverais le même spleen

 

Des intellectuels et des artistes, aussi, qui ont envie de vendre à une riche clientèle leur production avec les prix qu’atteignent les moindres croûtes en Occident. En Iran, on est très loin des cotes des galeries d’art moderne occidentales. C’est vrai, il y a de quoi souhaiter tout casser.

 

Mettez-vous à leur place. Voir des ballons gonflés à l’hélium au château de Versailles, ou dans le musée-palais de Pinault à Venise, atteindre des millions d’euros… Produire n’importe quoi et ramasser des millions dans l’extase des gogos ! Qui ne voudrait pas gagner des millions, dans ces conditions ?...

 

Moi, je les comprends. Attendre encore une génération, voire deux, pour pouvoir jouir des mêmes spectacles qu’à New York, Londres ou Amsterdam, j’en conviens, c’est trop long. Horrible attente, comme pour ce spectacle en ce moment à Paris (3) :

«… Pâquerette ne se contente pas d'effeuiller la marguerite mais de "faire danser tous les orifices, dont l'anus", selon ses auteurs. "On a envie de trouver des intensités nouvelles, loin des normes et des codes, raconte François Chaignaud.

… La question de la morale est rejetée par les artistes. La fameuse formule, bien commode aussi, "l'art est au-delà de la morale" fleurit un peu partout. "Mais il y a des limites à la représentation de l'acte sexuel sur un plateau, nuance Alain Buffard, dont la nouvelle pièce, Self & Others, est en tournée en France… »

 

Chez nous, en Europe, nous n’avons pas le droit de contester le résultat des élections, même si vous comme moi, nous n’avons pas la possibilité de nous présenter à la présidence de la république. Pour être candidat, on doit être "coopté"... On n’a même pas le droit de contester la Constitution européenne par référendum. Refusé. Mais, par contre, nous avons le droit, sur des scènes de théâtre subventionnées, de “voir danser tous les orifices, dont l’anus”…

 

Ils ont du chemin les Iraniens, avant d'arriver à notre niveau de liberté !…

 

Il est évident que ce n’est pas avec ces amateurs qu’on va provoquer la chute d’un régime. C’est notre vitrine qui permet de modeler l’opinion publique dans nos pays. Pas plus. Faire croire que quelques quartiers représentent l’ensemble des Iraniens, passant leurs journées à activer leurs PC et leurs GSM.

 

Pour passer aux choses sérieuses et accentuer la tension, nous avons nos provocateurs, nos tueurs, capables de tirer dans la foule. Nos valises de dollars. Comme lorsque nous avons renversé Mossadegh, en 1953, qui avait eu la prétention de restituer les revenus du pétrole et du gaz aux Iraniens. Une opération de déstabilisation qui est un chef-d’œuvre du genre. Modèle étudié, de nos jours, dans toutes les officines des services spéciaux dans le monde…

 

 

En “vert” et contre tout

 

Nous savions qu’Ahmadinejad allait l’emporter. Depuis trois semaines, c’était l’évidence. Tous les sondages “sérieux” que nous avions commandés donnaient, avant les élections, la victoire d’Ahmadinejad par au minimum 2 voix contre 1 à Moussavi.

 

Notamment, celui financé par le Rockefeller Brothers Fund, organisation qu’on ne peut accuser de “pro-Ahmadinejadisme”… Ce n’est un secret pour personne, un article du Washington Post en donne le détail (4).

 

Vainqueur de loin. Dans les 30 provinces. Pire : Ahmadinejad est le plus populaire des candidats, notamment parmi les 18-24 ans. L’horreur !...

 

Ken Ballen et Patrick Doherty, analystes des sondages et observateurs des élections, estiment qu’il n’y a pas eu fraude. Du moins à grande échelle. Les résultats correspondant aux sondages.

 

Les commentaires, occultés en Occident, de Pavel Zarifoulline, rédacteur en chef du portail analytique Geopolitika (Russie), qui a suivi parmi les observateurs russes la dernière élection présidentielle en Iran, estimant les résultats corrects, ont fait beaucoup de bruit dans les médias internationaux non-occidentaux et la blogosphère. Il a été clair (5) :

" A titre d'observateur, j'ai participé à bien des élections, notamment en Biélorussie et en Moldavie, mais je n'ai vu nulle part d'élections aussi démocratiques qu'en Iran".

 

Et, alors ?

 

Si la popularité d’Ahmadinejad est un obstacle dans l’opération de putsch en cours, elle n’en est pas insurmontable. Une popularité se dynamite encore plus facilement qu’un bloc de rochers. Il suffit de lui tailler un costume sur mesure à la Chavez.

 

Regardez Chavez, c’est un des rares chefs d’Etat élu dans des conditions de régularité parfaites, dans le monde, mais notre propagande le fait passer pour dictateur. Et ça marche !

 

L’opération actuelle est préparée de longue date. Suivant les techniques rodées dans plusieurs pays, nous avions adopté le “vert” comme couleur emblématique du mouvement de contestation du résultat des élections. Couleur symbolique en pays d’Islam. Ces mouvements "colorés" ont beaucoup de succès et se véhiculent très bien dans les médias occidentaux. On se souvient du plus réussi : la révolution “orange” en Ukraine.

 

Cela fait des mois que nos experts de la désinformation bossent sur cette opération, avec un budget “no limit. Notamment israéliens, qui sont parmi les plus forts pour mettre au point les argumentaires de "décrédibilisation" (6). Très implantés dans les médias, ils sont chargés de l’encadrement des rédactions.

 

Un solide argumentaire, auquel s'ajoutent de confortables enveloppes dans des paradis fiscaux, font des merveilles dans le réseau médiatique. Comparé à notre appareil de propagande en Occident, par sa sophistication et son efficacité, celui de Staline paraît, à posteriori, dérisoire…

 

Quand on a franchi les bornes, il n’y a plus de limites… Suivant le mot bien connu. Autant y aller à fond ! Objectif : Arriver à persuader le chaland que la lune est carrée. Et, décliner à l’infini. Inverser la réalité. Nous avons été royalement servi. Un régal, jusqu’à présent. Comment ne pas admirer le niveau de désinformation atteint par nos médias ?... Nous évoluons au sommet de l’art, en la matière.

 

Parmi les summums de la virtuosité médiatique, admirez dans le genre :

« Les conservateurs euphoriques, les réformateurs en colère. » (7)

En fait, c’est le contraire. Ce sont les conservateurs qui sont en colère et les réformateurs qui sont euphoriques. Formidable renversement de perspective !

 

Ou encore, parler d’un score électoral stalinien pour Ahmadinejad, élu avec 62,3% des voix sur un pourcentage de votes exprimés de 80%. Alors que son prédécesseur, Khatami (le patron de son concurrent Moussavi) avait été élu avec une moyenne de 70% des voix sur un pourcentage de votes exprimés de 84%.

 

Pendant les élections, les médias occidentaux n’ont montré que les manifestations des partisans de Moussavi. La plus importante a réuni 100.000 personnes dans le centre de Téhéran. Le maximum qu’ils peuvent atteindre. Alors que la veille ceux d’Ahmadinejad en avaient rassemblé environ un million. Cela, ils n’en ont pas parlé. A chaque manif, c’est la même chose. Voilà du bon travail.

 

Ne montrer que des jeunes, au visage lisse et sympathique, pour la contestation. Face à des partisans d’Ahmadinejad qui ne peuvent être que des vieux ou des gueules patibulaires. Excellent !

 

Pour le reste, il suffit de jeter de l’huile sur le feu de l’imaginaire émotionnel...

 

La jeunesse iranienne est frappée par le chômage. Comment ne pas partager son inquiétude, et en profiter pour la présenter en martyre du régime ?…

 

Quand on analyse les statistiques du chômage des jeunes en Iran, ce sont les mêmes qu’en Europe avec des taux moyens supérieurs à 10% et des zones où il dépasse les 20 à 40%. A l’identique de certains de nos quartiers ou de nos pays. Surtout chez les diplômés de l’enseignement supérieur. (8)

 

Une différence, toutefois : les pays européens, parmi les plus riches du monde, peuvent commercer librement alors que l’Iran est soumis à un embargo drastique. Qui fait la fortune des contrebandiers, de leurs couvertures, et bien sûr de leurs partenaires occidentaux. Mais, ça, il ne faut pas le dire… Chut !

 

Mettez-vous dans la peau d’un libéral de l’import-export, d’un conseiller financier, d’un avocat d’affaires, d’un architecte, d’un chirurgien, de tous ces traders et brokers, ces businessmen, ils étouffent avec cet embargo qui les empêche de démultiplier un business aux multiples ramifications, depuis le pétrole jusqu’à la privatisation des services publics. En liaison avec la diaspora iranienne, celle qu’on voit manifester devant les ambassades dans les pays occidentaux.

 

Ces exilés qui avaient pu partir avec une partie du magot familial amassé pendant les années de la terrible dictature du Shah, compromis dans la corruption  et les exactions du régime. Ce sont leurs rejetons qu’on fait passer, à présent, pour des “experts” sur l’Iran. Nos meilleurs auxiliaires, pour nos campagnes de propagande.

 

Tous ces gens ont le sentiment de bricoler, alors que le jackpot est à portée de main : pétrole et privatisations !... De quoi enrager.

 

 


 

L’entropie

 

Problème : la révolte gronde dans les beaux quartiers de la capitale, le reste du pays est calme. Même à Téhéran, il y a des points de blocage. Dans l’opération de déstabilisation actuelle : le “Bazar” ne bouge pas.

 

Rien à voir avec le folklore orientaliste. En Iran, c’est ainsi qu’on désigne le grand commerce qui a son siège à Téhéran. Articulé sur les grossistes, demi-grossistes. Ils tiennent l’économie du pays. Ce sont eux qui vivent du commerce intérieur, qui assurent la banque de détail, par des prêts aux particuliers, aux détaillants, aux petits commerçants, aux transporteurs, jusque dans les provinces les plus éloignées. 

 

Ils savent qu’avec la libéralisation à outrance, rêvée par les spéculateurs de la mondialisation en cheville avec les milieux financiers internationaux, ils vont être balayés avec autant de considération que pour des feuilles mortes.

 

Le “Bazar” est la mémoire du pays. Il a vécu le “libéralisme économique” du Shah avec les richesses du pays confisquées par l’Occident et une oligarchie pourrie jusqu'à la moelle vivant dans un luxe inimaginable. Laissant le pays à l’abandon. Ils ont efficacement contribué au renversement du Shah.

 

Normal que Le Bazar traîne des pieds. Il va falloir augmenter la pression de l’insécurité pour l’assouplir, le bousculer, le convaincre. L’insécurité, ce n’est pas bon pour le commerce. Ils devront choisir…

 

La situation est complexe, plus que les clichés médiatiques. Mais la grille d’analyse est simple. Nous sommes face au principe de l'entropie qui veut que tout système d’organisation, fut-il "révolutionnaire", génère son propre éclatement ou son propre chaos.

 

Cela me rappelle l’évolution de la révolution de Sun Yat-sen, le fondateur de la république Chinoise, qui a vu progressivement deux clans se former : celui autour de Mao et sa volonté de réforme d’une société féodale, et celui de Tchang Kai-Chek corrompu et désireux, en satellisant la Chine à l’Occident, d’y retourner.

 

Pour nous, ceux qui acceptent de passer sous la coupe de l’Occident ce sont les réformistes. Les autres, ce sont nos adversaires : les conservateurs.

 

En Iran, abstraction faite de la religion, on assiste au même phénomène, à l’affrontement de deux clans :

 

=> Les “Pro-West”, les réformistes, qui comptent deux anciens présidents : Rafsandjani et Khatami. Ceux sont eux qui “drivent” leur poulain ou leur marionnette : Moussavi, ancien collaborateur des deux.

 

Ils sont modernes, pour nous ce sont des pragmatiques. Ils se sont considérablement enrichis depuis la révolution. Eux, ils ont compris l’évolution du monde et de sa loi fondamentale : La Loi du Plus Fort. Ce sont nos alliés dans la place.  Des alliés de poids.

 

Rafsandjani, président élu de l’Iran de 1989 à 1997, est l’homme le plus riche d’Iran. Une des plus grandes fortunes mondiales d’après le périodique américain Forbes. Fortune bâtie à une vitesse exponentielle, dès la fin de la guerre avec l’Irak : pétrole, gaz, immobilier, immenses propriétés agricoles, commerces, industries. Une colossale puissance financière.

 

A l'origine son père était un producteur prospère de pistaches. Nous savons qu’il est méprisé par le peuple iranien pour avoir sombré dans l’affairisme et la corruption. Il a su acheter et corrompre une partie du haut clergé. Il est surnommé par l’homme de la rue : Le Requin... Avec son clan, ses fils et ses filles. Tous richissimes.

 

Il est d’ailleurs amusant de voir les médias occidentaux montrer une de ses filles, milliardaire elle aussi, haranguer dans une mise en scène un groupe de femmes (100 $ pour chaque participante…), comme si elle souhaitait défendre les libertés publiques !... A se tordre de rire. Encore un bon coup de notre appareil de propagande.

 

Khatami, président de 1997 à 2005. Même évolution, en plus discret dans l’ostentation de la richesse et de l’influence. C’est la vitrine “intello” du clan. Le cachet  et la patine de la respectabilité.

 

C’est avec des gens de cette étoffe, que nous nous entendons à merveille. Pour faire du bon busines il nous faut, en Iran, des hommes de la trempe d’un Eltsine.

 

 

=> Face à eux, un clan représenté par Khamenei, qu’on appelle “le guide spirituel” et Ahmadinejad. Des demeurés. Ils n’ont rien compris : ils sont “incorruptibles”. Se prenant pour Eliot Ness face à Al Capone. Ou, dans un autre genre, pour Mao face à Tchang Kai-Chek. Des rêveurs, des idéalistes. Ceux qui croient que demain on rasera gratis. Il y en a encore de ces bouseux. Les plus faibles.

 

Pour le peuple Iranien les partisans de Moussavi sont les conservateurs, l’extrême-droite. Ceux qui veulent rétablir un régime analogue à celui du Shah, avec ou sans son héritier en exil, approuver tout ce que veut l’Occident, surtout privatiser à tour de bras, casser le peu d’aide sociale et laisser crever le reste du pays. Pendant la campagne électorale à la TV iranienne, Ahmadinejad a mis en cause la corruption de ce groupe. Il faut inverser cette perception.

 

Imaginez : Ahmadinejad a mis en place une couverture sociale pour toutes ces femmes qui travaillent dans une des principales industries du pays, celle de la fabrication des tapis ! Exploitées par les riches propriétaires qui ne rêvent que de casser cela aussi vite que possible. Exemple dévastateur pour le reste de la région.

 

Khamenei et Ahmadinejad : des hommes dangereux pour notre stratégie coloniale en Iran.

 

En trente ans, l’Iran, malgré l’embargo s’est beaucoup développé, avec des réalisations spectaculaires. C’est au Moyen-Orient le pays, avec la Turquie, où la société civile évolue le plus rapidement. Dans les universités plus de 60% des étudiants sont des femmes. Avec un taux atteignant 70% en médecine. (9) Le meilleur taux mondial, actuellement. La plus grande partie de ces femmes, issue de milieux modestes, soutient Ahmadinejad. Nous arriverons à les convaincre du contraire.

 

Deux visions différentes. Des conservateurs qui rêvent de prospérer au sein d’une confortable nouvelle féodalité, arrimée au Big Business US et occidental. Face à des réformateurs qui rêvent d’une société fondée sur la solidarité.

 

Le choc : d’un côté les nantis et de l’autre les ouvriers, paysans, petite bourgeoisie qui ne supportent pas la corruption en train de  se développer, avec la spéculation, à grande vitesse. Individualisme, face au vivre en communauté. La “loi du plus fort”, face à la solidarité.

 

Symbolisé par l’opposition entre l’architecte Moussavi, fils de riches commerçants, et l’ingénieur Ahmadinejad, fils d’un modeste forgeron. Situation dangereuse pour nos intérêts : les néo-conservateurs iraniens, alias les réformistes dans notre propagande, doivent impérativement gagner. Tout doit être fait pour les appuyer. Le putsch doit réussir.

 

Après avoir écrabouillé consciencieusement Gaza, nous démolissons avec application le Pakistan, dans l’impunité. Nous avons réussi à casser brillamment l’Irak, l’Afghanistan. Pris en étau, l’Iran va être démembré, éclaté. Comme les autres.

 

En fait, la véritable arnaque ce n’est pas le comptage des votes ou l’identification des fraudes électorales, c’est de faire croire qu’on se préoccupe de la démocratie en Iran. C'est notre force.

 

Notre seule préoccupation, ce n’est même pas “la bombe”, c’est tout simplement comme en Irak : le Pétrole, le Gaz. Avec, au passage, la privatisation à notre profit des services publics (de véritables rentes de situation !) et la main mise sur le système bancaire et financier. Le reste on s’en contrefiche !...

 

L’Iran, ce n’est qu’une question de temps. L’Empire aura sa peau.

 

Que le reste du monde, la Russie ou la Chine estiment que cela commence à faire beaucoup ou pas… Même eux ne perdent rien pour attendre. Plus tard, leur tour viendra. On s’occupe déjà, méthodiquement, de leur cas.

 

L’Empire a l’éternité devant lui !

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  En référence au titre du roman de Azar Nafisi : Lire Lolita à Téhéran

(2)  1980-1988. Plus d’un million de morts du côté iranien et toute l’infrastructure de raffinage de pétrole et de gaz détruite (par des avions français Super-Etendard armés de missiles exocet).

Avec l’embargo qui a suivi, notamment sur les pièces détachées et composants spécifiques aux installations, les Iraniens ont éprouvé les plus grandes difficultés à les reconstruire. Ce qui explique que ce producteur de pétrole soit obligé d’importer une grande partie de l’essence nécessaire à sa consommation intérieure.

(3)  Journal Le Monde du 13 juin 2009 : http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/06/13/erotisme-sexe-et-strip-tease-s-invitent-sur-les-scenes-actuelles_1206508_3246.html

(4)  Ken Ballen et Patrick Doherty, http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/06/14/AR2009061401757.html, traduction en français : http://www.legrandsoir.info/Le-peuple-iranien-s-exprime-Washington-Post.html

(5)  http://fr.rian.ru/world/20090617/122018642.html RIA Novosti 17/06/09

(6) Trans-Atlantic Con Man, Guest Post by Marsha B. Cohen, http://www.ips.org/blog/jimlobe/?p=258 :

“… Two weeks ago, the head of the Israeli Foreign Ministry’s “Task Force on Isolating Iran” sent a classified telegram to all Israeli embassies and consulates titled “Activities in the Run-up to Iran’s Presidential Election.” It detailed a variety of ways that Israeli representatives could “blacken Iran’s international reputation” and delegitimize the Iranian elections, before, during and after they took place on June 12…”

(7)  “Les conservateurs euphoriques, les réformateurs en colère”, Le Monde, 13 juin 2009.

(8)  Lire l’excellent dossier économique sur l’Iran, de Thierry Coville, dans Alternatives Internationales -  n°43 - Juin 2009

(9)  Thierry Coville, Op. Cit.

 

 

Caricature : Intronisation de Sarkozy vue par Steve Bell – The Guardian - 8 mai 2007

Photo : Mirdamad Street-Téhéran-dejkam-com


 

 

 

 


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Lundi 4 mai 2009

 


Ce billet reprend l’essentiel de mes commentaires publiés dans le précédent, intitulé Racisme : La Terre est Plate…

 

Des amis lecteurs m’ont demandé de les réunir pour les rendre plus faciles à lire qu’éclatés en différents morceaux. Je les ai donc repris, ajoutant des liens pour ceux qui souhaiteraient compléter leur information, complétant certaines phrases, corrigeant des coquilles au passage...

 

Ils traitaient d’un point soulevé (1) sur le rôle désastreux, cette "collaboration" servile avec l'occupant, de l’Autorité Palestinienne, autrement dit de Mahmoud Abbas et de son équipe, dans la représentation de la Nation Palestinienne.


Il pose effectivement un problème capital dans la conduite des collectivités : celui du rôle moteur du “responsable”, du “chef”, du “leader". Qu’on me pardonne cet anglicisme, mais j’adopte le concept de Leadership plus proche du coeur de l’analyse que celui d’ “Elites”.

 

Une lucrative discipline prospère, avec des kilomètres d’ouvrages académiques, dans les écoles de gestion et les Business Schools, de Stanford à Fontainebleau, sur le Leadership et son importance dans les organisations humaines.

 

La plupart sont du niveau d’un roman de gare. Consistant à démultiplier des clichés-recettes : comment licencier, sous couvert de l'excellence en productivité, ou comment délocaliser sous habillage de “culture de la mondialisation”. Car un Leader, sa culture, sa personnalité, son expertise, ne peuvent être qu’un vecteur de la mondialisation. Sans peur et sans culpabilité. Certains charlatans en coaching ne vont-ils pas jusqu'à décréter que le meilleur leader est celui qui saute à l'élastique plus haut que les autres...

 

On voit où cette profondeur conceptuelle a conduit l’économie, la finance, la gestion des entreprises, des groupes industriels et bancaires, dans leur ensemble…

 

A ma connaissance, les recherches sur le leadership d’une “nation occupée militairement” et “asservie” par une puissance coloniale sont inexistantes. Car, le cas de la Palestine s’inscrit dans ce cadre extrêmement précis.


 

Pour reprendre le cas dramatique que vit la Nation Palestinienne, il convient d’avoir présent à l’esprit des paramètres fondamentaux, dans la relation “puissance occupante-nation asservie” :

 


1. L’assassinat systématique des “leaders”

 

Depuis une soixantaine d’années, les sionistes ont appliqué une politique d’élimination systématique des leaders Palestiniens refusant le fait accompli de la Nakba, du vol de leurs terres et de leur identité.

 

A l’exemple de toutes les entreprises coloniales dans l’Histoire. Le meurtre, par exemple, des chefs Amérindiens en Amérique latine, en Amérique du nord a découlé de ces mêmes priorités. De nos jours, moyens décuplés par la technologie. En Afghanistan, c’est actuellement la "politique des drones" avec pour objectif de tuer tout responsable s’opposant à l’Occident, quels qu'en soient les dommages collatéraux.

 

Qu’on se souvienne des assassinats des responsables ou leaders Palestiniens dans les capitales européennes, y compris à Paris. Qu’on se souvienne des assassinats à Beyrouth, qui mettaient les médias occidentaux en extase, où des responsables Palestiniens étaient tués dans leur sommeil. Ou encore, dans des camps Palestiniens au Liban, ou même à Damas, récemment, et ailleurs. Assassinats pour lesquels on attend à ce jour une mobilisation de l’ONU…

 

Ajoutons que, dans "leaders", sont visés par les puissances coloniales : artistes, écrivains et poètes. Qui, très souvent représentent l’âme de la nation victime de l’oppression et du massacre. La plupart n’ayant jamais tenu une arme entre leurs mains, mais simplement un stylo, ou un pinceau, pour défendre leur nation.

 

Pour les sionistes, ces “leaders d’opinion” ont été, et sont, une cible tout aussi prioritaire qu'un "leader politique". On n’imagine pas en Occident, l’ampleur, le degré de cruauté, de cynisme, de sauvagerie, de cette chasse à l’homme.

 

Un témoignage émouvant : Le grand poète Mahmoud Darwich, lors d’un colloque de poésie à Tunis, peu de temps avant sa mort, ne pouvait s’empêcher de fondre en larmes à l’évocation de tous ces poètes sacrifiés, tués, par la barbarie sioniste (2).

 

 

2. L’installation des marionnettes et le règne de la terreur

 

Suite à un tel régime de tuerie industrielle, il ne reste que la médiocrité sur laquelle s’appuie l’occupant. Une fois éliminé les meilleurs, il ne reste plus qu’à acheter les plus faibles, ceux qui ont renoncé, et installer des “marionnettes” dont on tire les ficelles. Les exemples abondent.

 

La famille d’Abbas est milliardaire, puisque toute l’aide et les autorisations, licences d'importation et autres, passent par lui et son clan : depuis les matériaux de construction jusqu’à l’aide alimentaire.

 

Dans l’écrasement de Gaza, une des priorités est de ne faire transiter l’aide alimentaire et les fonds de la reconstruction qu’à des membres de ces clans de “collabos”, pour neutraliser l’important rôle social et humanitaire du Hamas.

 

Le plus terrible est de voir l’occupant promouvoir d’authentiques bandits pour continuer leur travail. A l’exemple des allemands pendant l’Occupation en France. Et, l’Occupation n’a duré que 4 ans. Imaginons 60 ans d’occupation allemande en France, où la moitié des français seraient chassés de leurs terres et de leurs maisons, pour être remplacés progressivement par des colons allemands…

 

Paris se souvient encore d’Henri Lafont et de sa bande de la rue Lauriston, un des rouages essentiels de la Gestapo allemande. Spécialisé dans les enlèvements, les assassinats, les tortures pour le bénéfice de l’occupant.

 

Le sinistre Dhalan avec sa milice privée, bras droit d’Abbas, est dans la ligne de ces criminels “collabos”. Bénéficiant du soutien armé et financier de tous les services spéciaux occidentaux, pas simplement celui des sionistes.

 

N’oublions pas la panoplie des différentes pressions, destinée à inscrire la terreur au quotidien et annihiler toute émergence de leadership. On menace vos parents, les gens que vous aimez, etc. On vous “convie” à des séances de torture. Souvenons-nous des témoignages sur la sinistre SAVAK, la police secrète du Shah d’Iran, qui torturait des parents devant leurs enfants, ou des enfants devant leurs parents…

 

 

3. Environnement et soutiens extérieurs

 

Si de Gaulle n’avait pas été basé à Londres, il n’aurait jamais pu animer et coordonner la résistance et représenter la France. En France, il aurait été assassiné, ou pris et mort sous la torture, comme Jean Moulin.

 

C’est un des points faibles de la résistance Palestinienne. Il aurait fallu constituer un gouvernement fort et soudé “en exil”, protégé par un Etat “puissant”. La petite et courageuse Tunisie, qui a accueilli, un moment, le gouvernement Arafat en exil ne pouvait pas grand-chose. Jusqu’au fauteuil d’Arafat qui était truffé de micros…

 

Pour le moment tous les voisins de la Palestine sont à la botte de l’occupant occidental, en particulier l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie Séoudite, et les pays du Golfe. La Syrie, dont on ne soulignera jamais assez l'extraordinaire courage, est mise sous pression constante, sur la défensive, subissant même des bombardements aériens auxquels elle n’a pas les moyens militaires de répondre…

 

Castro, dont on ne peut nier l’exceptionnel charisme lors du renversement de la dictature Batista, a bénéficié de la protection du relief de l’île de Cuba, de la "guerre froide" et du fait que le pays n’était pas occupé militairement par une puissance coloniale. Ho Chi Mhin aurait-il survécu sans la protection de la jungle du Vietnam et du soutien militaire russe, du fait aussi de la "guerre froide" ?...

 

Les Palestiniens sont pour le moment dans le dénuement extrême, sans réel appui extérieur et dans un pays totalement quadrillé. Oui. Abbas, malgré son passé, est totalement discrédité auprès de son peuple. Oui, lui et son clan sont vomis par les Palestiniens.

 

Que faire ?...

 

Le sort de la Palestine et de la région, dit-on, ne pourra être réglé que si du côté de la Palestine surgit un Mandela, et un De Klerk du côté sioniste, comme en Afrique du sud. Mais le conflit a atteint une telle proportion qu’il en faudrait autant chez les pays voisins, que chez les occidentaux.

 

Les conditions, pour que de tels leaders émergent, ne sont pas réunies, tant que l’Occident soutiendra aveuglément l’extrémisme sioniste, comme on vient de le constater à Durban II…

 

 

4. “Vide politique” et radicalisme

 

Au meurtre des leaders, s'ajoute, aussi, un “double effet” : le soin particulier, cynique et constant du colonisateur de freiner au maximum l’accès à l’éducation, notamment au niveau universitaire, des colonisés. On veut bien des “petites mains”, capables d’occuper des fonctions subalternes et de comprendre ordres et consignes, mais pas davantage.

 

A la grande époque de la colonisation, l’Algérie (Maroc et Tunisie étant des “protectorats”), l’Afrique, l'Asie, l'Amérique latine, colonisées par les anglais, français, portugais, hollandais, espagnols, sont un exemple historique de cette pratique. Rappelons qu’en Palestine, les écoles sont des cibles prioritaires. Déscolariser les Palestiniens étant un objectif fondamental…

 

Nous retrouvons l’impact de ce phénomène dans un domaine connexe. Si tant est que nous puissions dresser, dans notre monde contemporain, une typologie des différents régimes d’oppression instaurés par des nations conquérantes, coloniales ou impériales, sur des nations asservies.

 

Nous ne sommes plus dans le cadre d’une occupation militaire (à part des bases discrètement positionnées) type Palestine, Irak ou Afghanistan, qu'on ramène à "l'âge de pierre" pour reprendre un terme qu'affectionnent les "ziocons". Il s’agit d’un autre cas de figure : celui des dictatures relais-nations asservies. On a parlé de néocolonialisme, mais le mot est galvaudé.

 

Dans ce cas, l’Occident exerce son emprise, et contrôle des pays, sans les occuper militairement, via des dictatures installées, tout en maîtrisant leur appareil militaire, de renseignement, de police et bien sûr leur économie. Par des “experts” détachés, ou formés par l’Occident.

 

Là encore, est rigoureusement appliqué le schéma d’action évoqué : éradiquer tout leadership s’opposant à cette mainmise.

 

Au plus fort de la “guerre froide”, l’Amérique latine a subi le choc de ces atrocités. On parle des goulags de Staline et de ses épurations, mais jamais de ce que l’Occident a perpétré dans de multiples pays sur plusieurs continents pendant cette même période.

 

Nous connaissons l’Opération Condor, en Amérique du sud, dans laquelle se sont particulièrement illustrés les spécialistes français réputés, en ces années-là, pour leur expertise forgée pendant la guerre d’Algérie : manœuvres de contre-insurrections, désinformations et propagandes, emploi systématique de la torture contrôlée médicalement, assassinats et disparitions des corps et traces.

 

Ils étaient envoyés auprès des gouvernements sud-américains, en supplétifs des USA, dans le cadre d’accords secrets remontant à 1959. Coopération atteignant son régime de croisière entre 1971 et 1984. Tout cela, sous la présidence des “humanistes distingués” : Giscard et Mitterrand…

 

Des milliers de leaders, d’opposants, sous prétexte de lutte anticommuniste, enlevés, torturés, tués, dont on ne retrouva même pas les corps. Dans tous les secteurs de la société (y compris des religieux et religieuses), des gens éduqués, formés, constituant une classe moyenne active et à fort potentiel de développement pour tous ces pays.

 

Même schéma, en Amérique centrale, notamment au Nicaragua, magistralement évoqué dans le discours du Nobel par Harold Pinter qui s’était fortement mobilisé pour défendre ce petit pays. On pourrait évoquer aussi les 500.000 morts et disparus en Indonésie (3), etc. Cela n’en finirait pas.

 

Le point fondamental évoqué comme conséquence de ces tueries de masse, le “vide politique”, du fait de la disparition de cadres et leaders, s’est parfaitement vérifié en Iran. La SAVAK du Shah, formée et encadrée par les occidentaux, a fait disparaître des milliers de cadres, sous prétexte encore de "lutte anticommuniste" : médecins, ingénieurs, architectes, techniciens, écrivains, journalistes, enseignants, etc. Ne restent alors, quand le “réservoir” de cadres est insuffisant, que les éléments radicaux, corrompus, noyautés souvent par des gangsters…

 

In Iran cela durait depuis 1953 : le renversement par la CIA de Mossadegh, régulièrement élu mais ayant eu le tort de vouloir que les richesses de son pays soient exploitées au bénéfice de ses habitants, et non pas exclusivement pour celui des compagnies pétrolières étrangères. Tout ce qui aurait pu provoquer un début de contestation a été anéanti, dans ce qui restera dans l’Histoire comme un des plus atroces régimes conçus par l’Homme. 

 

Tant et si bien que lorsque la révolution est arrivée, le régime lâché par l’armée, la rénovation sociale n’avait plus, comme structure apte à assurer un leadership, que la hiérarchie religieuse qui avait été à peu près épargnée…

 

Rappelons qu’à la même époque, lorsque Saddam a réussi son coup d’Etat en Irak, soutenu par les occidentaux dans le cadre de la "lutte anticommuniste", j’ai eu l’occasion de le mentionner, les historiens ont démontré que la CIA lui avait remis une liste de 9000 personnes à faire disparaître. Tous des cadres et des gens extrêmement bien formés.

 

Il est vrai que décapiter cette "matière grise" entraîne des retards dans le développement de ces pays, de plusieurs générations... N'est-ce pas aussi le but non avoué, mais recherché ?... Notamment, pour les pays musulmans ?...

 

Comment s’étonner que l’acharnement occidental, son fanatisme, rappelant les années noires de l’Inquisition, son aveuglement, aient provoqué une radicalisation des populations et un rejet des “fausses valeurs” promues par des régimes détestés…

 

Pas surprenant, non plus, que dans ces pays, lorsque nous, occidentaux, prononçons, invoquons, les mots “droits de l’homme” ou “démocratie”, on nous (dans le meilleur des cas…) rit au nez…

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

(1)  Merci à Aline-Mariali et Hédi d’avoir suscité et animé ce débat, ainsi qu’aux autres amis lecteurs pour m’avoir incité à rédiger ce billet, notamment emcee du blog Des Bassines et du Zèle.

(2)  http://www.elaph.com/Web/Video/2008/8/355806.htm

(3)  Pour les cinéphiles, je recommande un film qui a pour cadre le début de l'organisation de ce qui fut un gigantesque massacre au nom de la "lutte anticommuniste" en Indonésie, sous la présidence de Sokarno : "L'année de tous les dangers". Film de Peter Weir sorti en 1982, aux multiples récompenses, avec Mel Gibson, Segourney Weaver et, surtout, la bouleversante Linda Hunt qui obtint l'Oscar du meilleur second rôle.

 

 


Illustration : La reddition de Vercingétorix, héros de la résistance gauloise, à Alésia, face à Jules César. Tableau de Lionel Royer (1899).
Vercingétorix fut étranglé dans sa prison, à Rome, après avoir été exhibé comme trophée lors de la parade triomphale de César à son retour de Gaule. Au préalable, ce guerrier magnifique avait été réduit à l'état de loque humaine...






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Dimanche 1 février 2009




“Quiconque justifie cette guerre

 Justifie également tous ses crimes…

Tous ceux qui soutiennent cette guerre

Soutiennent aussi l’horreur.”

Uri Avnery

 



 

Le premier assassin de l’histoire de l’humanité fut Caïn, nous dit-on (1).

 

Archétype du meurtrier, de la violence, aussi stupide que sadique. Tuant son frère Abel. La violence est toujours stupide et sadique…

 

C’est à son triomphe que nous venons d’assister. A Gaza.

 

En photos, vidéos, et en couleurs. Impuissants. Horrifiés. Dans ce qui restera dans l’Histoire contemporaine, un des plus abjects, des plus cruels, “Crimes contre l’Humanité”.

 

 


 

La résonance de cette tuerie implacable, cynique, va bien au-delà, très au-delà, du jeu diplomatique, du cirque médiatique, avec ses réunions internationales et “sommets” guignolesques. Où certains, politiciens narcissiques, chroniqueurs journalistiques, “experts” télévisuels, et autres relais mondains de la propagande, veulent la confiner.

 

Véhiculant désinformation, cliché, ignorance de la réalité et des mutations en profondeur de la région, dans cette tectonique des rapports de force remodelant actuellement notre planète. Pratiquant la vision de l’autruche apeurée.

 

Les conséquences géopolitiques, les forces souterraines accumulées, “l’insurrection des consciences” (2) exacerbées, d’une extrémité à l’autre de la planète, ne sont pas évoquées, entrevues, analysées.

 

Elles sont pourtant colossales, vertigineuses !...

 

Tel un volcan à l’irruption imminente. Très bien représenté par le dessin de Saeed  Sadeghi, que je reproduis. Le sang du massacre de Gaza représentant la lave en fusion, à son sommet.

 

Au-delà du peuple Palestinien, martyrisé depuis plus de 60 ans, sans défense, massacré de sang-froid par une armée high tech, au-delà du Moyen-Orient sous tutelle armée occidentale, c’est le monde entier qui s’est vu, senti, agressé, violenté.

 

Sous le choc, réagissant dans une solidarité instinctive à l’encontre de fanatiques, d’une cruauté sans bornes, irresponsables, fous furieux incapables de maîtriser les immenses arsenaux d’instruments de mort qu’ils détiennent.

 

Qui, non seulement, volent la terre d’un peuple mais, entendent l’exterminer, entraînant l’humanité au bord du précipice, dans leur hallucination mégalomaniaque.

 

Face à cette orgie sanguinaire, les gouvernements occidentaux ont opté pour le silence. Avant, pendant et après. Refusant de prendre la mesure de ses deux implications majeures. L’une au niveau mondial : l’enterrement public, télévisuel, médiatique, de leurs prétentions à être seuls dépositaires de “valeurs” en tant que “race supérieure”. L’autre régional, au Moyen-Orient, la mise à nu d’une idéologie coloniale, sclérosée dans l’axiome des Croisades.

 

 


 

 

Sous les bombes au phosphore : L’enterrement de l’Occident…


Le bain de sang à peine terminé, pour en dissimuler l’étendue et les conséquences, les médias de la propagande se sont rués dans l’Obamania. Célébrant, dans la béatitude des miracles moyenâgeux, Merlin l’Enchanteur descendant des cieux…

 

Mais, les massacres n’échappent pas aux engrenages de la géopolitique. Ce ne sont pas de simples opérations d’intimidation, de vols, de meurtres, organisées par des assassins se croyant, convaincus de leur impunité, plus malins que le commun des mortels. Forfaits aussi vite oubliés qu’accomplis.

 

Ou d’essais de matériels de guerre, de “systèmes d’armes”, dans la discrétion, pour le plus grand bénéfice des marchands de canon et autres quincailleries aéronautiques. Les médias ne soulèvent jamais ce point. Normal, ils sont détenus, directement ou indirectement, par eux. Aucune raison de mécontenter leurs patrons…

 

Chiffre d’affaires mis à part, les vendeurs d’armes apprécient beaucoup ces déluges guerriers, récurrents et lucratifs. Occasions idéales pour valider leurs nouveaux produits. Les faire passer du stade de “prototype” à celui “d’opérationnel”. Obtenir ainsi le fameux label international : “Combat proven” (“Testé en combat réel”), qui propulse les ventes sur le marché florissant, aux crises inconnues, de l’armement...



Leçons” de l’Occident au reste du monde : délégitimées…

 

Jamais.

 

Morts, blessures, cascades de sang, souffrances ne disparaissent jamais sous les brûlures de l’injustice. Beaucoup plus longtemps que celles du phosphore blanc, elles restent gravées dans l’inconscient collectif. La Palestine et, à ses côtés, le reste de l’humanité n’oublieront pas ce qui vient de se passer.

 

Dans son peuple affamé, enfermé, verrouillé dans La Bande de Gaza, la Palestine n’a pas subi seulement le massacre d’Israël, mais aussi celui de l’Occident. Soutenant un Etat terroriste, colonial, dans la communion complice de tous ses gouvernements. (3)

 

La planète entière l’a perçu, et parfaitement compris.

 

Les conséquences de la préméditation et de l’accomplissement, par l’Occident, de ces crimes contre l’Humanité, sont catastrophiques pour le présent et le futur de son rôle dans l’évolution du monde.

 

Sous les bombes, c’est son ensevelissement, son enterrement dont nous avons été témoins. Avec ses fausses valeurs, sa mégalomanie, son racisme. Dans le délire de son autosatisfaction. Délire suicidaire.

 

L’Occident n’était pas pris au sérieux dans ses prétentions à donner des leçons de démocratie et de “valeurs” au reste du monde. Depuis longtemps. Depuis ses incessantes conquêtes et tueries coloniales. Il n’y a que les médias occidentaux pour en refuser l’évidence et la dissimuler à l’opinion publique.

 

En ce début du 21° siècle, le comble a été atteint. Au dégoût devant ce sadisme, a succédé le mépris. Mépris devant l’arrogance cyniquement affichée. A présent, c’est le rejet. (4)

 

De ce rejet, aucun politicien, membre de la nomenklatura ou de l’intelligentsia, n’en a saisi l’onde de choc. Tous, incapables d’en dessiner une perspective, d’en formuler une approche prospective.

 

La caste politique française en particulier, dont beaucoup de ses membres descendent de familles de “colons” d’Afrique du nord, avec son “habitus de petit blanc” pétri de racisme, encore moins qu’ailleurs. Brandissant des “valeurs” à tout propos, dès qu’il s’agit de diaboliser peuples ou pays n’appartenant pas au “club occidental”…

 

“Valeurs” ?... Quelles “valeurs” ?...

 

L’horreur des massacres de Gaza a provoqué un refus de cette prétention ridicule, avec laquelle l’Occident accomplit ses forfaits les plus ignobles. La répulsion du reste du monde face à ce sentiment de supériorité est unanime, contestant le cynisme du double langage, consistant pour les occidentaux à ne pas appliquer les vertus dont ils s’autoproclament.

 

Ce ne sont pas les “valeurs” qui sont contestées. Au contraire. Quel est le peuple ou la nation qui n’y aspirent pas dans la vie de leur collectivité ?... Ce sont les postures, d’arrogance et d’hypocrisie, qui révulsent le reste du monde, quant aux “valeurs” affichées et aux institutions censées contribuer à leur application ou à leur diffusion, par un Occident aux comportements de voyou :



“Valeurs” de l’Occident : pulvérisées…


i)  Droits de l’homme, Démocratie, Lumières et autres casseroles


L’Occident phare de l’humanité…

 

Au paroxysme des atrocités de Gaza, par des occidentaux, par des armes occidentales, avec la complicité de tous les gouvernements occidentaux, alors que les images des tueries d’enfants réussissaient à franchir les barrages de la censure médiatique, les nomenklaturas se gargarisaient de ces lieux communs.

 

Je contemplais un exemple sidérant, sur une TV française, deux “philosophes” se complaire dans cette autosatisfaction.(5)

 

Michel Onfray gagatisant sur La France des Lumières, oubliant que ces Lumières n’ont existé que dans les ouvrages académiques. Où est la France des Lumières dans cette complicité assumée, sans complexe, avec un Etat perpétrant des crimes contre l’Humanité ?...

 

D’ailleurs… Qui peut me situer, me dater, ce temps béni des Lumières ?...

 

Ancien Régime et guerres de religion, Révolution et guillotines, guerres napoléoniennes et ravages, conquêtes coloniales et autres crimes collectifs, telles les révoltes des ouvriers de la soie à Lyon ou ceux de la Commune de Paris réprimées dans le carnage, guerres mondiales aux millions de morts, guerres d’indépendance coloniales avec ses monceaux d’horreurs…

 

Je n’en trouve pas trace.

 

En écho, Chantal Delsol soufflait dans son pipeau philosophique la même mélodie. Couvrant le fracas des bombes à Gaza. Affirmant que “si l’Occident disparaissait, les valeurs des droits de l’homme disparaîtraient”... (6)

 

Toujours ce culte de “l’être supérieur”. Indécrottable.

 

En plein Massacre des Innocents… Pathétique, et symbolique de la décadence de la pensée en Occident, de voir ces membres de l’intelligentsia traîner leur ignorance de la souffrance des peuples, la cruauté de leur indifférence devant l’horreur, leur arrogance dans le contentement de soi, comme autant de casseroles. Nullement gênés par leur tintamarre, fiers de leur manteau de Nessus de la bêtise, du racisme, du fanatisme…



ii)  Droit des peuples et droit international ou la fureur sanguinaire


Les massacres de Gaza avaient été soigneusement programmés. Depuis au moins 6 mois, reconnaissent les responsables eux-mêmes. La période choisie était celle des fêtes de fin d’année, misant sur la paralysie de l’opinion publique occidentale, noyée dans les vapeurs des réveillons, de la grande bouffe et de la frénésie des achats festifs. Neutralisée par l’intermède des congés annuels, pensaient les stratèges du carnage.

 

Paralysie renforcée par une censure sur les lieux du crime, d’abord, empêchant les journalistes de pénétrer dans Gaza. Relayée, ensuite, par les rédactions des JT, toutes inféodées au lobby sioniste, bloquant la diffusion d’images éventuellement incompatibles avec sa propagande. Seuls devaient être diffusés les déclarations du gouvernement israélien et les documentaires autorisés par son armée…

 

Contrairement à ces attentes, les tueries n’ont pas pu être dissimulées. Stupéfait, le monde en a découvert l’horreur et, aussi, la criminelle complicité des gouvernements occidentaux, européens en particulier.

 

S’exhibant sans pudeur. Dans des séances de rigolade, et autres fous rires de leurs représentants, partagés avec les dirigeants d’Israël, lors des rencontres internationales censées mettre un terme aux massacres et destructions d’infrastructures civiles. La connivence, la satisfaction, des gouvernements occidentaux était éclatante, rayonnante…

 

Les témoignages sur l’intensité de l’horreur des bombardements sauvages et de la désolation submergeant Gaza se multipliaient, les enfants étant les victimes les plus nombreuses, authentiques crimes de guerre et crimes contre l’Humanité. Avant d’en arriver à parler de trêves, d’accords, ou d’autres considérations politiques, l’Occident se révélait, sans honte ni remord, incapable de respecter et d’appliquer les Conventions de Genève (7).

 

Rappelons que ces conventions internationales, s’imposant à tout belligérant, sont au nombre de 4, auxquelles s’ajoutent deux protocoles additionnels en 1977, et un autre en 2005. Avec pour finalité, dans un conflit armé, d’empêcher les massacres des populations, tout spécialement les enfants, et les destructions d’infrastructures civiles. Interdisant représailles et châtiments collectifs. Evidemment, tortures et atteintes à la “Dignité Humaine”…

 

Cette obligation morale, politique et militaire, est renforcée dans le cas d’une puissance occupante à l’égard de la nation occupée. Par définition, une école, une station d’épuration d’eau, une centrale électrique ne sont pas des objectifs militaires. Les civils et les enfants ne sont pas des combattants.

 

Mais, à l’exemple de l’Irak, du Liban, de l’Afghanistan, toutes les infrastructures ont été détruites. Et, les enfants considérés comme des cibles militaires. Sous forme de “dégâts collatéraux”…

 

A l’occasion, on perçut le silence des “droits de l’hommiste”, des spécialistes du “couloir humanitaire”, du “droit d’ingérence”, de l’intervention armée de l’OTAN pour empêcher des massacres, avec ou sans sac de riz sur l’épaule. Même la star de l’écologie et des droits de l’homme, Cohn-Bendit qui ne cessait de se montrer, pendant des semaines, au parlement européen ou devant des caméras de TV, avec un T-shirt de Reporters Sans Frontières pour la défense du Tibet, était muet et invisible !...

 

Démonstration, une fois encore, de l’hypocrisie et du cynisme de l’Occident. Ce ne sont pas simplement les conventions de Genève qui ne sont pas appliquées, c’est le droit international dans son ensemble. Et, le blocage des instances censées les imposer.

 

Depuis plus d’un demi siècle, c’est une quarantaine de résolutions de l’ONU qui ne sont pas appliquées en Palestine. L’ONU, “La Communauté Internationale” se révélant incapables d’exercer la moindre pression pour sanctionner un Etat voyou. Les discussions sur ces points étant systématiquement entravées par le veto des USA, auquel se joignent la plupart du temps d’autres pays occidentaux.

 

En fait, l’Occident refuse de faire respecter le principe fondamental de l’Humanité et des Droits de l’Homme : celui du droit à l’autodétermination.  Cette même Communauté Internationale qui a imposé en quelques mois la création de l’Etat du Kosovo, cette province berceau de la Serbie, à coups de sanctions, d’actions militaires, s’oppose à la protection de l’identité et du territoire de la Palestine.

 

Dans le sadisme des bombardements de Gaza, le monde et l’opinion publique occidentale, ont pu mesurer l’étendue de la mauvaise foi des dirigeants occidentaux, leur obstination à nier, dans le cas de la Palestine, le droit à l’autodétermination des peuples, le droit international et les Conventions de Genève assurant la protection des populations civiles pendant les conflits.

 

Gaza n’est pas un “choc des civilisations”, mais l’expression hyper violente de la barbarie coloniale imposée par l’Occident à toute une région.



iii)  La  “Laïcité”  ou la baudruche culpabilisante


Probablement, la prétention occidentale, française tout spécialement, perçue comme étant la plus hypocrite…

 

La France se distingue par sa “laïcité”, la séparation entre “la religion” et l’Etat. Se glorifiant, du fait de son “modèle laïc”, d’être à la pointe de l’évolution politique dans ce domaine, même par rapport à ses partenaires occidentaux. Bravo, se dit-on ! Dans un premier temps…

 

La plupart des autres chefs d’Etat, américains, britanniques, européens, y compris en Europe du Nord, n’hésitant pas, en effet, à prêter serment sur un livre religieux lors de leur prise de fonction ou à être, ne serait-ce qu’à titre honorifique, chef de leur Eglise nationale. Avec mention dans leur Constitution, de la religion officielle ou historique…

 

Dans sa défense et illustration du dogme de la laïcité, la France est capable d’atteindre l’hystérie collective, entretenue par des pyromanes médiatiques, spécialistes en bûchers de la diabolisation. Mais, contrairement au principe de neutralité laïque, s’appliquant aux religions et croyances, la France est en Occident un des pays où le racisme islamophobe est le plus encouragé par le système politique et la propagande qui le sert.

 

Certains politiciens, philosophes, journalistes, “experts” et autres démagogues, nageant comme des poissons dans l’eau de cette propagande, tirant de confortables revenus de ce qu’ils exploitent comme un juteux fonds de commerce. La haine et le racisme islamophobes, astucieusement camouflés, brassent beaucoup d’argent. Un véritable filon…

 

Encore plus frappant, ou curieux…

 

Dans leur politique étrangère, nullement gênés par l’absence de cohérence, les gouvernements successifs occidentaux, la France se voulant chef de file, soutiennent, avec ferveur les plus rétrogrades théocraties. Des régimes ou mouvements, organisant les collectivités qu’ils dominent suivant l’application de textes religieux arbitrairement interprétés par la caste au pouvoir.

 

En Asie, on assiste à leur indéfectible soutien aux prétentions théocratiques d’un chef “spirituel”, le Dalaï Lama, souhaitant rétablir un régime obscurantiste dirigé par une caste de religieux, associée à de grands féodaux, pour gouverner le Tibet…

 

Au Moyen-Orient, ils entretiennent les meilleures relations avec la théocratie délirante du clan Saoud, en Arabie. Dans l’obséquiosité et la bousculade, se disputant entre eux les contrats d’armement ou de grands travaux d'infrastructure.

 

Il s’agit, pourtant, d’un pays théocratique appliquant les principes d’une secte constituée au 18° siècle par des illuminés s’alliant à des féodaux, le wahhabisme. Secte qui n’a rien à voir avec le sunnisme pratiqué par l’immense majorité des musulmans, ou même le chiisme. Tous deux, considérant le wahhabisme comme une calamité pour le monde musulman.

 

Dans leur volonté d’opposer sunnisme et chiisme par une guerre civile artificiellement suscitée et entretenue, avec pour pivot l’Arabie des Saoud se faisant passer pour les champions du sunnisme, les dirigeants de l’Occident démontrent à quel point ils sont l’otage de l’élucubration de “stratèges” déjantés… (8)

 

Il est vrai que cette théocratie arrange beaucoup les intérêts des occidentaux. Du moins de leurs “élites”. La corruption colossale de cette dictature familiale, permet en effet d’obtenir des contrats permettant des enrichissements personnels et secrets, dans les paradis fiscaux, pour les politiciens européens et américains. Les fameuses rétrocessions de commissions.

 

Tout aussi intéressant, cette théocratie permet d’alimenter sans fin la propagande islamophobe nécessaire à la justification, auprès des opinions publiques occidentales, de l’occupation armée du Moyen-Orient : “civiliser les barbares”…

 

Sur la rive sud de la méditerranée, l’Occident soutient aveuglément un Etat confessionnel : Israël. Etat raciste, pratiquant l’apartheid et le nettoyage ethnique, selon les critères de son idéologie fondatrice : le sionisme. Justifiant sa légitimité d’après la lecture “politique” d’un Livre Saint : la Bible.

 

Colonisation excluant, des terres conquises militairement, ceux qui ne partagent pas sa religion. Spoliant la terre des Palestiniens, dont beaucoup sont d’ailleurs chrétiens ou d’anciens juifs convertis à l’Islam au cours des siècles…

 

Le sionisme issu d’un mouvement politique né au 19° siècle, que plus personne ne confond avec la religion qu’est le Judaïsme, est d’ailleurs contesté par beaucoup de juifs de par le monde. Mais les gouvernements occidentaux, et tout particulièrement ceux de la France censés défendre la laïcité, n’éprouvent aucune gêne à aller à l’encontre de leurs grandes déclarations “laïques”…

 

Bombarder, maintenir sous occupation armée, des populations civiles en prétextant qu’il s’agit d’infâmes islamistes, alors qu’elles résistent au vol de leur terre et à la destruction de leur identité, c’est vouloir faire prendre une baudruche pour la réalité…

 

En fait, la laïcité, dans sa manipulation politique, n’est qu’un des déguisements du fanatisme colonial…



iv)  La  Censure ou la Liberté d’Expression empaillée


Je parcourais, admiratif, l’ouvrage publié à l’occasion du 20° anniversaire du “Festival International du Photojournalisme Visa pour l’Image”, qui se tient chaque année à Perpignan (9). Un des meilleurs du genre dans le monde. Il s’est tenu la première quinzaine de septembre 2008.

 

Excellente synthèse des tendances et des modes sur le “marché de l’information”. Ce sont les photos et reportages  achetés, ou commandés, par les médias. Sans oublier les classiques, comme dans la musique : les photos historiques. A commencer par la couverture du catalogue, reprenant la célèbre levée du drapeau américain par les marines à Iwo Jima. L’équivalent de la 5° symphonie pour un photographe. Tout un symbole, pour un catalogue…

 

Admiratif, non pas des excellentes photos des meilleurs professionnels travaillant en agence ou en free-lance. Les thèmes sont connus, avec leurs répétitions, ces dernières années, inépuisables comme un disque rayé. Mais admiratif, encore une fois, de l’efficacité de la censure et de la propagande occidentale.

 

Ces expositions, reflet d’un marché, n’échappent pas aux mille et une astuces de la désinformation et du “lavage de cerveau”... Elles sont un indicateur, d’une totale fiabilité, si l’on veut mesurer l’intensité et les vecteurs de la propagande en Occident. Ce qui doit être vu, et, par défaut, ce qui ne doit pas l’être.

 

Si vous parcourez cet ouvrage, vous y trouverez les meilleures photos de ces dernières décennies : Mai 68 et guerre du Vietnam, y compris. Un tour du monde de “l’actualité” : Irak, Afghanistan, Kenya, Népal, Iran, Tibet, Darfour, Grozny, la pauvreté, la faim, l’excision, les enfant soldats.

 

Et, j’en oublie… Evidemment, toute la misère et la violence du monde y sont représentées, sauf dans nos “contrées civilisées”. Paradisiaques, il n’y a rien à dénoncer, à montrer.

 

Mais, j’ai eu beau tourner les pages, les retourner, dans tous les sens…

 

Palestine ?... Liban ?... Trou noir.

 

Palestine ?... Les massacres, la torture, les 10.000 résistants internés sans procès, les humiliations, les camps de concentration, la spoliation des terres, les immenses destructions, maisons, champs, arbres, troupeaux, le désespoir et la colère, endurés par le peuple Palestinien, depuis plus de 60 ans : rien.

 

Si : une photo !...

 

Celle d’un soldat israélien debout sur un éboulis, probablement les restes d’une maison Palestinienne dynamitée, avec son fusil prêt à tirer. Comme pour faire rempart face à l’irruption des barbares. Derrière lui, deux enfants israéliens avec des ballons, dont l’un porte la kippa. A Hébron, en 2002-2003, nous précise-t-on. La posture du chevalier “sans peur et sans reproches”. Image subliminale mettant en scène “Le défenseur de l’Occident”… (10)

 

Liban ?... Les colossaux bombardements du sud Liban de juillet 2006 ?... Les immenses démolitions, les morts, dont de nombreux enfants, les mutilés, les souffrances, les centaines de milliers de mines à fragmentation déversées par avions d’Israël, sur les champs et vergers de la région ?... Toutes les infrastructures détruites : routes, ponts, ports, aéroports, jusqu’à des usines d’embouteillage de lait : rien.

 

Si : la photo d’un char d’une faction libanaise, pendant la guerre civile dans une rue de Beyrouth, en 1984 !… (11)

 

Paradoxe d’une profession qui ne cesse de célébrer, dans l’autosatisfaction, ses mérites dans la pratique de l’information, la dénonciation de ce qui est inacceptable dans le monde. En premier lieu, la violence imposée, sans limite, par le fort sur le faible. Feuilletant ce catalogue, la profession du photojournalisme confesse, en fait, sa pratique : “ne rien voir, ne rien entendre, ne rien montrer”. Qui n’ait reçu l’imprimatur de la propagande…

 

Au fond, rien de surprenant à tenir entre ses mains un livre expurgé de photos, d’informations, de témoignages, sur les exactions de l’Occident dans cette région. Exactions directes, via Israël : massacres et tueries d’une occupation militaire avec dans son sillage une colonisation civile, de forme paramilitaire.  Les exactions indirectes, celles de la faim, de la pauvreté, prenant des circuits opaques, invisibles.

 

Occulter” est le moteur de la propagande en Occident. On n’interdit pas. Beaucoup plus efficace : on ne diffuse pas. Comme par hasard, “le marché, n’est pas preneur”…

 

Les massacres de Gaza ont été une démonstration supplémentaire de la puissance de cette propagande, sous forme d’une censure médiatique implacable. Dans tous les pays occidentaux. Il n’y aurait pas eu Internet, les tueries se seraient déroulées dans le silence des médias, comme pour Sabra et Chatila, au Liban en 1982. On l’aurait su plus tard, incidemment, sans photos, ni témoignages.

 

Cette censure continue. Autre exemple.

 

Ces jours-ci, on assiste à Londres à un énorme scandale qui a mobilisé le week-end dernier (12) des manifestations devant le Siège de la BBC, à Londres et dans plusieurs villes.

 

La BBC a refusé, malgré la pression de l’opinion, de ses propres journalistes, de plusieurs parlementaires, de milliers de protestations téléphoniques et d’emails, de diffuser un appel à la charité publique pour collecter des fonds en faveur des Palestiniens de Gaza.

 

Les appels à la charité publique, sous forme de “spots” ou de “clips”, sont habituellement diffusés par la BBC. Parmi les derniers, on se souvient de ceux sur la Birmanie ou sur le Congo. Seul refus remarqué, toutefois : un “spot caritatif” à la suite des bombardements qui avait écrasé le Liban, en 2006. Pour respecter la “neutralité”. Déjà…

 

A présent, il s’agit d’un clip de 3 minutes comportant les coordonnées d’un syndicat de 13 associations humanitaires, dont les très sérieuses Croix Rouge et Oxfam. Motif : diffuser cet appel humanitaire irait à l’encontre de la déontologie de “stricte neutralité” exercée par la BBC.

 

A la BBC, s’est joint le groupe de TV satellitaire Sky de Rupert Murdoch. On connaît le fanatisme sioniste de ce milliardaire possédant des médias sur plusieurs continents. Son appui à la politique de Bush, notamment lors de la préparation, de l’invasion et de la destruction de l’Irak. Des journalistes de la BBC se sont insurgés, en interne, contre la manœuvre de leur direction.

 

Tim Llewellyn, ancien responsable de la zone Middle East à la BBC, la dénonce aussi, n’hésitant pas à écrire que “la lâcheté de cette décision trahit les valeurs de l’entreprise”. Il rapporte le “mépris” des journalistes à l’égard des dirigeants de la BBC qui affichent pareille position. Ceux qui protesteraient publiquement ont été menacés d’un licenciement disciplinaire immédiat… (13)

 

Même l’archevêque de Canterbury, le Chef de l’Eglise Anglicane, a tourné en ridicule cette “neutralité” hypocrite. D’après lui, la direction de la BBC démontrait par ce refus, au contraire, sa partialité et le choix de son camp… (14)

 

Des chaînes privées ont néanmoins décidé de diffuser cet appel : ITV, Channel 4, Channel 5. Juste retour de manivelle : du fait de ce blocage, l’appel a rencontré un formidable succès !... Internet ayant, en plus, pris le relais de la diffusion.

 

En France : plus facile…

 

Calme plat. Il n’y a eu aucun “spot” ou acte caritatifs pour Gaza, sur les chaînes de TV et de radio, à part les efforts désespérés de Jamel vite étouffés. Pas de concert organisé, comme pour Ingrid Betancourt ou la Tchétchénie… Exception, quand même, j’ai aperçu un spot de la Fondation de France, pour collecter des fonds destinés aux sinistrés du sud-ouest après la tempête…

 

Cela n’empêchera pas ces mêmes propagandistes de dénoncer le manque de liberté d’expression, la censure, dans d’autres pays. Dans des campagnes de diabolisation incessantes, aux confortables moyens.

 

Casser” du chinois, du russe, de l’arabe ou du musulman, est nettement plus facile que de diffuser un appel à la charité publique, dans un but humanitaire, pour les Palestiniens massacrés…

 

Liberté d’expression, d’information, en Occident ?...




Moyen-Orient : L’idéologie fossilisée des Croisades


Bien sûr, il y eut aussi la complicité des pays arabes. Notamment, ceux frontaliers ou voisins de la Palestine : Egypte, Jordanie, Arabie saoudite. Complicité au niveau des gouvernements, vigoureusement critiqués par l’ensemble de leur opinion publique.

 

 “Régimes” arabes devrait-on préciser…

 

Dans chacun de ces pays, ce n’est pas le “pays réel” s’opposant au “pays légal” à la suite d’une distorsion de l’expression politique de la majorité de la population. C’est un peuple désarmé s’opposant à une dictature, militaire dans la plupart des cas, soutenue par l’Occident. Régimes strictement analogues, folklore et contexte locaux mis à part, à ceux qu’endurait l’Amérique latine dans les années 70.

 

Tous les gouvernements arabes ne soutenaient pas le carnage s’abattant sur les Palestiniens de Gaza. Désaccord ou désunion se manifestaient dans les tentatives de réunions de leurs organisations politiques régionales. La Ligue Arabe, en a été l’exemple le plus pathétique.

 

La cacophonie de leurs différentes organisations peut prêter à rire, mais elle est en elle-même le signe d’un basculement important. Pour tout observateur et témoin attentifs, deux niveaux d’analyse se dégageaient. Déterminants pour l’avenir de la région.

 

Chaque sanglant bombardement de Gaza provoquait l’élargissement d’une fracture entre ces régimes et leurs peuples, et l’apparition d’un sentiment nécessaire d’union, de solidarité, de communauté de destins face à un Occident. Occident dont la violence coloniale n’est que l’expression fossilisée de l’idéologie des Croisades.



La “rue arabe” ou la fracture entre peuples et dirigeants


Les médias occidentaux se sont efforcés de démontrer que le monde arabe ne se souciait pas du sort des Palestiniens. Leurs gouvernements se montrant incapables de se réunir autour d’une plateforme commune, de déclarations, ou mieux encore, de décisions.

 

Un “expert” du Moyen Orient (15) ironisait sur le fait qu’au Caire les manifestations n’avaient pas réuni plus de 50.000 personnes, contre 5 millions lors des funérailles de la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum, en 1975. Affirmant, à partir de cette statistique, que “la rue arabe” ne se mobilisait plus pour le “conflit palestinien”.

 

Prémisses biaisées, conduisant à des conclusions mensongères. Pour ne pas changer. Rien de surprenant devant pareils propos et raccourcis, connaissant ces vecteurs de la propagande des “ziocons”.

 

Cet “expert” taisait cyniquement que le gouvernement égyptien, comme en Arabie saoudite, s’acharnait violemment contre les organisateurs et les participants des manifestations de solidarité avec Gaza. S’efforçant de les empêcher, dans la capitale essentiellement. Elles tournaient, en effet, au défi et à la dénonciation, dans les slogans des foules réunies, d’un régime corrompu qui ne doit sa survie qu’à l’inébranlable soutien de l’Occident.

 

Pas un égyptien qui ne soit senti solidaire du peuple Palestinien de Gaza. Des mutineries ont même été signalées dans le corps des officiers refusant d’être affectés avec leurs hommes à la frontière de Gaza. Pour ne pas avoir à bloquer les secours humanitaires ou la fuite des habitants pris au piège. Certains ont dit à leurs généraux qu’ils préféraient se battre contre les assassins, que de ne pas secourir leurs victimes Palestiniennes.

 

Le gouvernement égyptien en a été ébranlé. Le “président”, Moubarak, est méprisé à l’extrême par son peuple et dans le monde arabe en général. Son cynisme, sa cruauté, l’ont coupé définitivement de tout soutien populaire. Les Egyptiens le surnomment : “la vache qui rit”. Ce qui en dit long sur leur ressentiment...

 

Dans tout le monde arabe, ce fut l’apparition de manifestations de solidarité des populations, souvent impressionnantes, en opposition à leurs gouvernements à la solde de l’Occident. La fracture entre les régimes despotiques et corrompus, qui ne doivent leur maintien qu’à cet appui, et les peuples, ne cessait de s’élargir à chaque jour de tuerie.

 

L’Arabie Séoudite connut l’effervescence. Malgré l’interdiction des manifestations. Phénomène inconnu jusqu’à présent, les Saoudiens via la blogosphère ont fait état, massivement, de leur indignation. A tel, point que même la chaîne de propagande saoudienne Al Arabya a dû progressivement atténuer son ton de propagande “pro-Israël”. Les tensions, extrêmement fortes, n’épargnent pas le clan Saoud lui-même…

 

Ce qui est apparu de façon caricaturale, en Egypte, Arabie saoudite et Jordanie, est signe qu’à terme ces régimes vont être balayés aux premiers bouleversements politiques qui vont inévitablement se produire. Ils n’ont aucune légitimité populaire. (16)

 

Un autre phénomène a pris une ampleur importante dans l’émotion suscitée par le carnage de Gaza. Face à un Occident qui abrite ses spoliations, et sa pratique de La Loi du Plus Fort, derrière des “valeurs” qu’il n’applique pas, les peuples du Moyen-Orient prennent conscience que la fédération de leurs moyens et de leurs avenirs est plus que nécessaire. Même si les dictatures actuelles, sous travestissement “démocratique”, sont chargées par les occidentaux d’en torpiller les efforts.

 

Des manifestations ?... Pour le moment, pas de quoi fouetter un chat, diront les adeptes de la realpolitk occidentale… Rien ne sert de s’inquiéter : les gouvernements, la gestion politique et économique de ces pays, sont solidement tenus en main.

 

Pas si sûr…



La fossilisation géopolitique de l’Occident dans les Croisades


Gaza, dans son drame sanglant, est le rappel d’une réalité que la géopolitique, contrairement aux illusions idéologiques de la diplomatie, identifie cliniquement en deux volets :



i) L’Occident ne veut pas de la Palestine


Israël ne veut pas la paix et ne la voudra jamais. Israël ne veut pas entendre parler de la Palestine, de la nation Palestinienne, du peuple Palestinien. Tout le monde feint de l’ignorer, du moins la propagande, mais tout le monde le sait : seules les conquêtes territoriales intéressent les sionistes. Les extrémistes sionistes, veulent la disparition de la nation Palestinienne. C’est clair.

 

Enonçons une autre évidence, que les massacres viennent de prouver. Dans l’horreur, le sang et la souffrance. Soyons encore plus clair : Israël, c’est l’Occident. En fait, C’est l’Occident qui ne veut pas de la Palestine, sinon il y aurait longtemps que les résolutions de l’ONU protégeant cette nation seraient imposées.

 

A commencer par celles qui ont déjà été votées, depuis longtemps, rappelons-le : dont une quarantaine, non appliquées à ce jour. De plus, l’ONU réagirait dans la seconde devant la gravité des crimes commis en permanence à l’encontre du Peuple Palestinien, si la fin de la colonisation était réellement condamnée, en votant et instaurant de nouvelles résolutions.

 

Dans la région, pas un interlocuteur, penseur indépendant, responsable politique ou citoyen ordinaire, qui n’estime que l’Occident souhaite une présence coloniale en annexant la Palestine, et au-delà... Comme il en eut la conviction lors des Croisades au 11° siècle. Sous le couvert d’un motif religieux : “sauver le tombeau de Jésus”, “garantir le libre accès aux Lieux Saints chrétiens”, etc.

 

Réussissant par les armes, pendant deux siècles environ, à se tailler des entités territoriales, royaumes, principautés ou comtés, le long de la côte méditerranéenne de ce qui est à présent la Palestine, le Liban, la Syrie, et une partie du sud de la Turquie :

Royaume de Jérusalem (1099 à 1291), Principauté d’Antioche ((1098 à 1258), Comté d’Edesse (1098 à 1146), Comté de Tripoli (1102 à 1288). Le royaume de Chypre que les croisés se sont disputés comme des voleurs, constitué en 1192, a été annexé par les Vénitiens en 1489, pour passer dans l’Empire Ottoman en 1571…

 

Au bout de deux siècles, pour la plupart, ces créations artificielles s’étaient dissoutes, absorbées par l’immense région dans laquelle elles avaient la prétention de s’imposer par la force.  Un projet colonial sous habillage religieux, quel qu’il soit, n’a aucun avenir au Moyen-Orient. Cela peut abuser une opinion publique dans un Occident endoctriné, mais c’est fuir la réalité de l’Histoire…



ii)  Le Moyen-Orient n’acceptera jamais un Etat colonial


Le carnage de Gaza est la dernière borne d’un long martyrologue. La greffe ne prendra jamais. La Palestine, la région entière, n’acceptent pas et n’accepteront jamais l’implantation d’un Etat colonial, par la force et la volonté impériale de l’Occident.

 

Le refus est définitif, irrévocable. Refus d’un Etat confessionnel, théocratique, raciste, instaurant un apartheid inhumain, quel qu’en soit le prétexte religieux ou biblique. C’est un mythe analogue à celui des Croisades qui, à terme, disparaîtra. Il est incompatible avec le droit, avec la justice et l’éthique. Avec l’Histoire.

 

Evidemment, cela ne va pas s’effectuer d’un coup de chapeau. Soulèvements et horreurs, imbriqués, sur fond de propagande antipalestinienne déchaînée, vont se succéder. Entre tueries, trêves, sommets internationaux. Mais tous les schémas diplomatiques sont dérisoires. Dépassés. Les arrangements imposés par la force, ne pourront durer. Ce ne seront que des chiffons de papier.

 

L’idée de deux Etats est dépassée. Avec une Palestine sous administration coloniale, sans souveraineté, ni autonomie économique ou politique, en forme de Bantoustan, comme il en fut créé en Afrique du sud du temps de l’apartheid : encore plus obsolète.

 

Ce n’est pas à l’Occident de décider ou de garantir le sort de la Palestine, ce n’est qu’aux parties de la région de  trouver le juste équilibre. Toute intervention ne sera qu’une poursuite des interventions coloniales, vouées à l’échec. Leur durée n’étant due qu’au rapport de force, et non pas au partage d’un destin mûrement réfléchi et accepté.

 

La construction coloniale de l’Occident en Palestine, sa dictature armée dans la région, s’effondreront. Ces idéologies et comportements, dont les racines plongent dans le Moyen Age, ont vécu. Le Moyen-Orient n’en veut plus. L’Humanité n’en veut plus.

 

Impossible. Israël détient 200 bombes nucléaires !... Et alors ?... Le Mur de Berlin s’est écroulé de lui-même. Il avait pour fondation plus de 10.000 bombes atomiques et les arsenaux de l’armée soviétique, une des premières du monde, avec des centaines de milliers de soldats… 

 

Pas de solution ?...

 

Si : c’est à une refondation que nous devons travailler. Dans les mentalités.

 

Comprendre, enfin, que seul un Etat sera légitime, dans lequel toutes les religions seront reconnues, dans la paix et le respect mutuel. La présence juive qui a toujours été acceptée dans la région, avec les autres religions, ne pourra être vécue que dans le cadre d’un seul Etat, en dehors de tout contexte théocratique.

 

Cela suppose deux conditions : la première, que la communauté juive ne soit plus l’otage de l’extrémisme sioniste, manipulé par un complexe militaro-industriel surpuissant. Avec l’apparition et le leadership de juifs “éclairés”. Ils sont nombreux, mais n’ont pas encore le pouvoir. Un jour, ils l’obtiendront. La seconde, que la "Communauté Internationale", se libère politiquement du racket de ce même lobby belliciste, qui entrave toute évolution vers la paix.

 

Qui aurait cru que le projet fou de la domination blanche (white supremacy), en Afrique du sud, avec elle aussi une armée high tech et le soutien aveugle des gouvernements occidentaux, en arriverait à renoncer à l'apartheid et à partager le pouvoir dans un seul Etat, dans un même devenir entre blancs et noirs ?...

 

Cela prendra le temps qu’il faudra. Le siècle est l’unité de mesure de l’Histoire… Le fruit tombe toujours de l’arbre. Newton s’est trompé. Ce n’est pas l’attraction terrestre qui en provoque la chute. C’est : le “Temps”.

 

Une question surgit.

 

Saddam Hussein a été jugé et pendu, avec les applaudissements de “La Communauté Internationale”. Au motif (on n’a pas voulu l’entendre sur d’autres affaires…) d’avoir donné l’ordre de massacrer 400 personnes, d’un village du sud de l’Irak, pour s’être révoltées contre son autorité…

 

Quel sort, cette même “Communauté Internationale”, va-t-elle réserver aux assassins qui ont ordonné, planifié et, exécuté Le Massacre de Gaza ?...

 

Le Caïn des Livres Saints, après son crime, fut rongé par le sentiment de culpabilité le restant de sa vie.

 

Celui de Gaza, sous les vivats de ses complices, en éclate de rire…

 

 

 

 

 

 

°°°°°°°°°°

 

 

 

 

 

 

(1)  Caïn tue Abel, dans la Bible. Dans le Coran, c’est Qâbîl qui tue Hâbîl.

(2)  Suivant l’expression de Pierre Rabhi, dont il faut lire le Manifeste pour la Terre et l’Humanisme : Pour une Insurrection des Consciences, Editions Actes Sud.

(3)  Aline de Diéguez, Chroniques de la Palestine occupée – L’axe de l’apocalypse se rue à l’assaut du camp de concentration de Gaza, http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/mariali/palestine/images/image.htm

(4)  Lire Jean Ziegler, dont je recommande le dernier ouvrage : La Haine de l’Occident, Editions Albin Michel.

(5)  Dans une émission animée par Frédéric Taddeï, Ce soir (ou jamais) sur FR 3.

(6)  Chantal Delsol, se qualifiant de “catholique libérale néoconservatrice”, a été élue en juin 2007 à l’Académie des Sciences Morales et Politiques, section philosophie !... Son humanisme et sa grandeur d’âme se sont illustrés récemment dans le soutien au “philosophe-islamophobe” Redeker, lors d’une des plus répugnantes campagnes racistes orchestrées en France…

(7)  Pour les Conventions de Genève voir : http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/topics/intla/humlaw/gecons.html

(8)  Les services spéciaux occidentaux se sont acharnés, en Irak, à faire sauter des mosquées sunnites faisant croire qu’il s’agissait d’actes chiites. Et, réciproquement, le dynamitage des lieux de culte et de pèlerinage chiites, d’actes sunnites. Tout le monde le sait au Moyen-Orient : jamais un musulman ne s’attaquerait à une mosquée, quelle que soit son obédience. Il n’y a que la propagande occidentale pour véhiculer pareilles fables…

(9)  Catalogue Visa pour l’Image, du 20° Festival International du Photojournalisme de Perpignan, 30 août-14 septembre 2008, 223 p., Editions Snoeck Gand, 2008.

(10)  Photo page 44, avec pour légende : Hebron, Palestine, 2002-2003, in Visa pour l’Image, Op. Cit.

(11)  Photo page 34-35, avec pour légende : Beyrouth, Liban, 13 février 1984, in Visa pour l’Image, Op. Cit.

(12)  The Guardian, ITV and Channel 4 to air Gaza appeal as pressure mounts on BBC, samedi 24 janvier 2009.

(13)  Llewellyn, Tim, The Observer, This cowardly decision betrays the values the corporation stands for, dimanche 25 janvier 2009.

(14)  The Guardian, Archbishop joins criticism of BBC refusal to screen Gaza appeal, dimanche 25 janvier 2009.

(15)  Antoine Sfeir, dans l’émission TV “C’ dans l’Air” : Gaza attend Obama, du 19 janvier 2009.

(16)  Chahid Slimani, Génocide à Gaza : Fin de la récréation arabe, dimanche 25 janvier 2009, http://chahids.over-blog.com/article-26612992.html 

 

 

Cartoons : Saeed Sadeghi (le volcan) & Massoud Zia (l’enfance brisée avec la Bande de Gaza en forme de rideau).

Tous deux Iraniens, représentant la nouvelle génération de dessinateurs et caricaturistes de ce grand pays réputé, depuis des siècles, pour la créativité de ses artistes.

 

Source : http://peoplesgeography.com/2008/06/30/the-international-gaza-cartoon-cntest-2008-winners/

 

 






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Mardi 13 mai 2008



Notre président de la République a effectué une visite d’Etat, en Tunisie. C’était fin avril. Je n’en ai pas retenu grand-chose. Exercice habituel des échanges de bonnes intentions. Signatures officielles de projets, conventions et contrats, préparés depuis des mois…

 
Préalablement, notre fanfare médiatique nous a servi, à coups de grosse caisse et de trombones, sa volée de canards sauvages : “droits de l’homme”, “union méditerranéenne”, “gloire au génie de notre président ”…

 
Gloire, bien sûr, à l’ineffable “civilisation occidentale”, répandant ses bienfaits sur des contrées attardées, peuplées de bons sauvages… Car, même si nos hôtes ne sont plus porteurs d’os de tibia en guise de barrette, ce n’est pas la cravate ou la paire d’adidas qui en font des êtres supérieurs à l’occidental !...

 
Alors, à coups redoublés, stimulée par les “communicants élyséens”, autres cruches vides, la grosse caisse s’est activée… Jusque dans le discours présidentiel.

 
Devant une assemblée de 500 hommes d’affaires, tunisiens et français, notre président de la république a, donc, lu son discours (1). Du moins, celui qu’on lui a préparé.

 


Souhaitant concurrencer l’Asie, il a dressé l’éloge de “l’intégration” et de la “complémentarité” des pays de ce continent. Alors qu’autour de la Méditerranée, ce serait plutôt “l’exclusion et l’opposition” qui domineraient les relations entre voisins.

 
Jusque là, son “porte-plume” tient la route. Mais, le dérapage surgit. Ah ! Le verglas ne pardonne pas !... Le verglas de la morgue, de l’arrogance, du racisme… En plein dedans !...

 
Ecoutons le :

 

« … Vous avez une main-d’œuvre qui ne demande qu’à être formée

Nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation

Ensemble, avec “votremain-d’œuvre, avec “nosécoles, “nosuniversités, avec ce que nous échangerons, nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier… » (2)

 
Le style pompier, ampoulé, de son "porte-plume" est difficilement supportable. Il provoque même l’hilarité des pays étrangers où il vient s’étaler, en forme de bouse imbécile. Ainsi, lors du dernier voyage officiel en Grande-Bretagne. Ridiculisant notre pays

 
Mais, le racisme, l’ignorance, la bêtise, qu’il concentre sont renversants … C’est compulsif. Pas moyen d’y échapper. Identique au venin du cobra cracheur : à chaque fois qu’il peut, il s’étale.

 
Nous avions eu, déjà, dans le fameux discours de Dakar (3), censé s’adresser à la jeunesse africaine (4), des propos bourrés de clichés racistes. Stéréotypes d’un autre siècle. A tel point qu’on se demandait où se trouvait la modernité, par rapport à l’archaïsme supposé être la tare de l’Afrique… (5)

 
En Tunisie, les mêmes clichés ont été resservis. Sous un habillage différent. Avec un niveau d’ignorance identique. Crasse… Le goudron de l’obscurantisme…

 
Visiblement, les représentations diplomatiques françaises (6), sources en informations des “cruches communicantes élyséennes", ignorent que le Maghreb est couvert d’excellentes universités, écoles de gestion ou écoles d’ingénieurs.

 
Visiblement, ces mêmes représentations méconnaissent que les pays maghrébins regorgent de talents, extrêmement bien formés dans toutes les disciplines, parlant plusieurs langues. La plupart ayant élargi les formations reçues dans leurs pays, par des diplômes complémentaires sur d’autres continents.

 
Visiblement, ils ignorent que beaucoup, ne trouvant pas d’emplois dans leurs pays, occupent des fonctions importantes en Occident ou ailleurs, dans tous les secteurs. Y compris les plus pointus : médecine, aéronautique, finance, recherche, etc.

 
J’en connais qui ont des entreprises dans les pays occidentaux les plus compétitifs, ou encore qui conseillent, à Londres, la réorganisation financière des plus grandes banques d’investissement mondiales. Ou, d’autres encore qui procèdent au “rating” (évaluation) des plus importantes sociétés cotées sur les bourses mondiales. Beaucoup sont “superformés”, et à la pointe des connaissances. Parmi eux, de nombreuses femmes. Contrairement aux clichés, véhiculés par les veaux racistes.

 
Le Maghreb est probablement, une des régions du monde qui a le plus fort taux de cadres formés, multilingues. Par leur ouverture intellectuelle, du fait de leurs vécus dans des milieux culturels différents, de leurs maîtrises linguistiques, de leurs niveaux de spécialisation, et, surtout, de motivation, je les trouve, dans beaucoup de disciplines, supérieurs à leurs homologues européens.

 
S’ils ne trouvent pas de travail dans leur pays, ce n’est dû qu’à l’incapacité des castes locales au pouvoir incapables de se défaire d’un modèle néocolonial, acceptant l’asservissement. Aucun contrat d’achat à l’étranger, par exemple, ne donne lieu, à des constructions locales intégrées dans un Maghreb fédéré par une union économique. Lorsqu’on achète des dizaines d’Airbus, on le fait à l’échelon d’un “Maghreb Uni”, permettant un montage local. Ainsi que l’imposent l’Inde, le Brésil ou la Chine.

 
En fait, ce que souhaitent les puissances occidentales, c’est un bassin de main-d’œuvre bon marché permettant de casser les revendications sociales dans leurs propres pays, et un bassin de consommateurs captifs assurant un écoulement, à prix exorbitants, des produits et services exportés (7). En aucun cas, ne sont encouragées les intégrations industrielles et économiques dans un partenariat égalitaire.

 
Ce modèle néocolonial tel qu’il est entretenu par les pays occidentaux, avec la complicité d’une élite locale corrompue, disparaîtra un jour. Se révèlera, dans ce basculement, l’extraordinaire réservoir de connaissances et de compétences, actuellement dispersées dans une diaspora, dont l'éloignement arrange les dictatures locales…

 
Alors, quand j’entends de la bouche de notre président un tel niveau de stupidité, d’obscurantisme, de prétentions idiotes, m’efforçant de rester poli, je me pose la question : comment son “porte-plume” peut-il être aussi “nul” ?...

 
On dit de notre président qu’il est “intelligent”, habile tacticien et homme d’appareil politique retors et implacable. Pour arriver à prendre la tête d’un parti politique et se faire élire à la présidence d’un pays, on lui doit le crédit de ces “qualités”. Par contre, sorti des schémas scolaires, son inculture et son analphabétisme en géopolitique, en histoire, en géographie, le rendent totalement ignare en politique étrangère. Il en est réduit, en conséquence, à lire les discours qu’on lui prépare.

 
Cela n’est pas un mal. Tout s’apprend. Il suffit de se former. A bonne école. Et, non pas en s’entourant de “nuls”… Où serait donc “l’intelligence”, si un président de la république française est incapable de sélectionner, sa “main-d’œuvre”, son “porte-plume” ?...

 
Apparatchik”, spécialisé dans les combines de partis politiques et d’élections, un homme politique, devenu président, se doit de se révéler un “leader”.

 
Le “leader”, à l’exemple d’un capitaine de voilier de course, est celui qui s’entoure de compétences. Supérieures aux siennes. A lui, de garder le cap et de fédérer les talents.

 
A défaut : “nul” on est, “nul” on reste.

 
Et, le chavirage est au détour de la vague…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Jarry, Emmanuel, Sarkozy veut unir main-d’œuvre du Sud et “intelligence” du Nord, Reuters, mardi 29 avril, 17h18.
(2)  Les notations en “gras” sont de moi…
(3)  Smith, Etienne, L’Afrique de Monsieur Sarkozy, 7 août 2007, in Mouvements, http://www.mouvements.info/spip.php?article143
(4)  Discours prononcé à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007.
(5)  Mbembe, Achille, Le Président français, l’âme africaine et le continent immobile, 8 août 2007, in Mouvements, http://www.mouvements.info/spip.php?article144
(6)  Le Ministère des Affaires Etrangères et les représentations diplomatiques (que d’incompétence prétentieuse y rencontre-t-on…), de notre pays : voilà un dinosaure qui a un besoin urgent de réformes en profondeur !... Extraordinaire gisement d’économies substantielles à transférer (en milliards d’euros), en faveur des systèmes de santé, d’éducation et de retraites. Mais, on n’en parle jamais (tous partis politiques confondus), tellement les “fromages” à se répartir y sont délectables …
(7)  Quand je pense qu’à chaque pot de yaourt acheté et produit localement, le consommateur Maghrébin paye des royalties à des groupes occidentaux (donc, une sortie en devises) !... Comme si le Maghreb n’était pas en mesure de fabriquer un yaourt, sous sa propre marque… De même, pour ces multiples boissons bourrées de sucre et de gaz carbonique… La liste n’en finirait pas. Un véritable racket accepté par les “élites” locales, contre grasses rémunérations et autres avantages.

 

Idéogramme chinois : traduction de “Sarko”, Say Ghou. Métaphore et surnom empreints d’humour, aussi, qu’on pourrait traduire, pour en conserver la saveur, par “Pitbull”…

 

 

 

 


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