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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
chante la lutte des Peuples
contre la Prédation
 
 

Horizon...


Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 19:26

 

 

 « Les mensonges ont toujours été considérés comme des outils nécessaires et légitimes, non seulement du métier de politicien ou de démagogue, mais aussi de celui d’homme d’Etat. »

Hannah Arendt (*)

 

 

 

 

 

Notre nomenklatura, panier de crabes d’irresponsables tous partis confondus, politiciens démagogues et médias véreux, repue de privilèges et confite de corruption, préférant disserter à longueur de journée du “Mariage pour tous” plutôt qu’œuvrer au “Travail pour tous”…

 

Aveugle au prochain naufrage du pays où l’entraîne la paupérisation croissante qu’elle inflige à la majorité de sa population, aux millions de chômeurs et de précaires, dans l’indifférence de l’injustice et de la souffrance…

 

Diabolisant en “populistes” ou “fascistes” ceux qui contestent son imbécillité criminelle…


 

Krampon_lutte_des_classes_2012-38ef9.jpg

 

 

Se vautrant dans une Byzance de bazar, aux scandales et mensonges en tous genres…

 

Mais, dans Byzance en pleine décadence, la veille de son écroulement, la caste au pouvoir ne se délectait-elle pas d’interminables débats sur le “Sexe des anges” ?…

 

 

 

 

 

 

 

(*)  Hannah Arendt – La Crise de la Culture – chapitre VII : Vérité et Politique – Folio Essais, Gallimard, 1972, p. 289.

Illustration du caricaturiste français Krampon

 


 

 

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Published by Georges Stanechy - dans Politique et Destin Collectif
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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 20:12

 

 

 

 

 

 

Bizarre…

 

Je viens de vivre une étrange expérience….

 

turtle-toy-1.jpg

J’appartiens à l’espèce des escargots et tortues. Je ne me déplace jamais sans mon sac à dos. Quelles que soient saisons, latitudes et longitudes.

 

Sac à dos, de ville ou “streetwear”, rien à voir avec ceux des campeurs, alpinistes ou fantassins. Sac à dos ordinaire, comme on en voit par centaines dans toutes les communautés urbaines de la planète, et sur tous les écrans vidéos dans les lieux publics et centres commerciaux. A deux poches ou soufflets, à fermeture éclair.  

 

J’y place mon PC portable, mes téléphones, mes écouteurs, mes indispensables chargeurs, mes stylos et mini blocs, mes trousseaux de  clés, ma demie bouteille d’eau, avec casquette ou écharpe suivant les températures annoncées.

 

Sans oublier, un livre de chevet nomadisme. Très utile, quand la route est longue. En ce moment, je chemine avec Talleyrand, la biographie écrite par Jean Orieux. Un peu volumineux, mais j’arrive à caser ses 852 pages… Et, si je prends l’avion, j’y ajoute une trousse de toilette et du petit linge : les valises s’égarant souvent lors des escales.

 

Hier soir, chez des amis de Séoul, j’ai proposé un jeu. Manière d’éviter une épreuve que je redoute entre toutes : le karaoké de fin de repas. Dont raffolent mes hôtes et où ils excellent. Mais, moi, et mes cordes vocales…

 

En fait, une séance de « science expérimentale » : faire entrer leur cocotte-minute dans mon sac à dos. Après, évidemment, l’avoir vidé (quelle pagaille sur un coin de table !...).

 

pressure-cooker-1.jpg

 

Nous avons essayé toutes les formules. Patiemment, méthodiquement. Avec et sans les poignées (difficile démontage…). Avec et sans couvercle… Différents angles d’intromission…

 

Après plus de deux heures de discussions, confrontations d’hypothèses, efforts, passionnés, pour résoudre la quadrature de la cocotte-minute, j’avais obtenu deux satisfactions. La première : échapper au karaoké !… La seconde : réunir un consensus général en partageant, pour une fois, la même conclusion.

 

Qui ébranlait mes convictions médiatiques, me figeant subitement dans un bizarre désarroi :

Faire entrer une cocotte-minute dans un sac à dos est … 

Impossible !

 

 

 

 

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Published by Georges Stanechy - dans Cartes Postales
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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 20:32

 

 

«  Il est tout à fait impossible aux hommes d’Etat de prévoir, sauf à très court terme, les résultats de n’importe quelle action politique à grande échelle. »

Aldous Huxley (1)                                                                                                                                                                                                                                                               

 

 

Le Roi Shaka

 

Durban

 

Aéroport international King Shaka. Embouteillage aérien, sympathiques bousculades et files d’attente.

 

Le monde entier semble s’être donné rendez-vous. Avions déversant de tous horizons et continents : délégations officielles, observateurs avec, dans leur sillage, inévitables “hommes d’affaires” ou affairistes… Amplifiant le flot des touristes habituels. Les plus euphoriques, ceux en provenance des pays de l’hémisphère nord, couverts de neige ou noyés sous les eaux.

 

Douceur idéale : 24° / 26 °. Immenses plages bordées d'hôtels aux gigantesques animations aquatiques, sous le soleil d’un climat subtropical alternant avec des averses rafraîchissantes. De mi-novembre à fin avril, c’est la saison des pluies (rainy season). La saison dite “sèche” n’intervenant que de juin à août.

 

DURBAN-SA.jpg

 

Agitation avec pour toile de fond la tenue, pour la première fois en Afrique du sud, du sommet annuel des chefs d’Etat du BRICS, 26 & 27 mars 2013. Elle y avait été cooptée lors du sommet tenu en Chine, à Sanya dans l’île de Hainan, en 2011.

 

Evidemment, grand silence dans les médias d’Occident et de ses colonies.

 

Normal : le BRICS y est détesté par les oligarchies (2). Nos “spécialistes du décryptage de l’information” ont donc consigne de ne pas en parler. Si ce n’est dans la condescendance, la dérision, voire le mépris.

 

King Shaka ?... Non, ce n’est pas la marque d’un hamburger local comme ironisent certains visiteurs à leur arrivée. Nous sommes au cœur de la nation Zouloue. Shaka, contemporain de Napoléon, fut son chef le plus prestigieux, son plus grand roi.

 

Guerrier exceptionnel d'endurance et d’audace, chef de guerre et tacticien hors du commun, il avait forgé, dans une discipline de fer, une armée permanente de 100.000 guerriers, d’une mobilité et d’une combativité sidérantes. Unifiant les différents clans Zoulous dans une puissante fédération sur un territoire équivalent à celui de la France.

 

Il sera assassiné, en 1828, par ses proches, dans une révolution de palais, à l’âge de 41 ans. Diabolisé, caricaturé, après sa mort, par les historiens de l’Empire britannique, et dans les guides touristiques édités de nos jours en Europe…

 

Les Zoulous, groupe ethnique le plus important et le mieux organisé du pays, ont longtemps, courageusement, héroïquement, résisté à la colonisation hollandaise puis britannique. Schéma habituel des conquêtes coloniales de l’époque : fusils à tir rapide, artillerie, cavalerie, destructions systématiques des villages, troupeaux et récoltes, avec massacres des civils, feront la différence. Les britanniques et leurs supplétifs réussirent à briser leur résistance.

 

Parmi eux des Français… Dont le plus connu est Louis Napoléon, fils de Napoléon III exilé en Grande-Bretagne. Engagé volontaire dans les troupes britanniques, il fut tué au cours d’une patrouille à cheval, le 1er Juin 1879. Surpris avec son groupe, il reçut 17 coups de lance, après avoir vidé son pistolet sur les guerriers du commando Zoulou. Il avait 23 ans.

 

Nation Zouloue, qui sera à la pointe du combat contre le régime raciste d’apartheid imposé par les colons européens, avec la complicité des grandes puissances coloniales. Jusqu’en 1994 !...

 

Lutte acharnée, sanglante, atroce, si bien chantée, accompagnée, partagée, par le “Zoulou Blanc” Johnny Clegg, ou d’autres grands artistes et intellectuels. (3) Notamment, la chanteuse, Miriam Makeba, personnifiant la magnifique résistance des femmes sud-africaines. Contrainte de passer la plus grande partie de sa vie en exil, errant de pays en pays d’accueil avec sa famille, sous les constantes menaces de mort des colons et de leurs alliés…

 

 

Durban ou notre planète en devenir

 

Durban… Emblématique de l’histoire du pays…

 

A l’origine, la localité fut baptisée en 1835 : D’Urban. Par les 35 citoyens britanniques habitant la baie, en l’honneur du gouverneur du Cap, Benjamin d’Urban. Général très populaire auprès des colons dont il encourageait les prédations par ses excès de violence et d’humiliations infligés aux africains.

 

Un missionnaire protestant, John Philip, remarquable militant anticolonialiste pour l’époque, à force de ténacité, réussira à mobiliser l’opinion publique et provoquer la création d’une commission parlementaire pour enquêter sur ces comportements criminels. Obligeant le ministère britannique des Colonies à le destituer de son poste civil, le 1er mai 1837. Lui conservant, toutefois, ses fonctions militaires afin de ménager la haute hiérarchie de l’armée.

 

Lent, trop lent, mais inexorable cheminement de l’Histoire… En 1999, même si l’appellation Durban est conservée, la municipalité a adopté officiellement le nom de : eThekwini Metropolitan Municipality. Formé à partir de la racine du mot Zoulou désignant la “baie” ou le “lagon” : itheku. (4)

 

A présent, capitale économique de la province du KwaZulu-Natal, la troisième ville du pays regroupe 3, 5 millions d’habitants. (5) Si 60% de ses concitoyens parlent anglais, la langue Zouloue, avec ses propres médias, est pratiquée au quotidien par 30% d’entre eux. S’ajoute à cette mixité linguistique, la plus grande communauté indienne hors d’Inde ; elle-même, mosaïque de pratiques religieuses et dialectes régionaux indiens.

 

Particularité de leur système colonial et de leur puissance navale, les britanniques procédaient à des transferts massifs de populations entre colonies pour empêcher l’accès à l’emploi, rémunéré et surtout qualifié, en conséquence au développement des “nations autochtones”, difficiles à exterminer du fait de leur nombre, considérées comme “réfractaires” ou “rebelles” à leurs spoliations.

 

Le cas le plus extrême est celui de la Malaisie, où les Malais furent systématiquement écartés de l’exploitation de leurs principales richesses de l’époque : caoutchouc et mines d’étain. Les britanniques leur substituèrent, par convois maritimes, des travailleurs Chinois en majorité, mais aussi Indiens. Tant et si bien, que le pays recense actuellement 25 % de sa population d’origine chinoise et 10 % d’origine indienne. (6)

                                                                      

En Afrique du sud, décidant de lancer à grande échelle la culture du sucre à partir de 1860, ils “importèrent” les ouvriers agricoles nécessaires depuis l’Inde. Aujourd’hui, Durban est classé premier “port sucrier” mondial et la communauté indienne représente 10% de la population de l’Afrique du sud.

 

Rappelons que Gandhi séjourna de 1893 à 1915 en Afrique du sud en tant qu’avocat au service de cette communauté. Il y forgea son militantisme, confronté aux humiliations et violences du racisme. (7) Malgré le statut supérieur des Indiens par rapport aux populations noires quasiment considérées, à l’exemple des peaux-rouges d’Amérique du nord, comme “animaux doués d’intelligence humaine”.

 

De ces mixages de populations, migrations volontaires ou forcées, l’Afrique du sud se retrouve avec 11 langues officielles…

 

Mais, en ce XXI° siècle, n’est-ce pas une illustration du devenir de notre planète ?... Une mixité de populations, quelles que soient origines ancestrales, couleurs de peau, croyances religieuses ou philosophiques, dans le respect réciproque, le partage de valeurs de solidarité et de paix ?...

 

Miriam Makeba avec sa petite-fille Zenzi venue danser sur scène…

 

eThekwini Declaration and Action Plan

 

Monde de demain se télescopant avec la réalité d’aujourd’hui : la prospérité apparente de Durban ne doit pas faire illusion avec ses 10 millions de visiteurs annuels, ses paysages et plages, parcs naturels et sites historiques, hôtels, casinos et discothèques. Ecarts, gouffres, ne cessant de croître, séparant riches et pauvres, et même groupes ethniques, érodent l’Afrique du sud.

 

Eprouvant malgré son indépendance politique, comme de nombreux pays sortant d’une longue colonisation, les pires difficultés pour s’affranchir du despotisme économique de la "mondialisation". Qui n’est, nous le savons, que la dictature d’une poignée de groupes internationaux, avec leurs seconds couteaux et leur domesticité politicienne corrompue : finance, mines et hydrocarbures, marchands de canons, chimie-pharmacie, agro-industrie, alcooliers-cigarettiers, grande distribution.

 

Les meilleures terres agricoles appartiennent pour 80% à des "blancs", représentant moins de 10% de la population, à titre personnel ou dans le cadre de sociétés d’exploitation et de commercialisation. Son patrimoine minier d’une richesse inouïe par ses colossaux gisements de diamants, d’or, de charbon, d’uranium, de fer, de cuivre, de nickel, de platine et autres métaux rares, détenu en majorité par des sociétés étrangères, rend d’autant plus choquant l’extrême pauvreté du ¼ de sa population, provoquant une situation de violente délinquance.

 

Malgré l’émergence d’une "classe moyenne", l’Afrique du sud, considérée comme la première économie du continent, est à l’image des autres Etats du BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine. Mais aussi, du reste du monde. Y compris, mais dans une évolution inverse, les pays dits "développés" où la paupérisation des populations s’accentue au fil des jours, en Amérique du nord ou en Europe.

 

Que peut apporter le BRICS dans la réflexion et l’action, face à l’urgence des solutions à trouver aux problèmes d’organisation et de développement, de survie même, de l’Humanité ?...

 

Le scepticisme des commentateurs à l’égard du BRICS s’exprime dans des termes dévalorisants. Le moins négatif étant celui de "disparate". (8) Comme si les autres "sommets" étaient des modèles de cohésion, d’harmonie, d’efficacité… Le mépris, toujours… Dès lors qu’une initiative d’ampleur mondiale n’a pas pour origine les "penseurs", "Think Tanks" et "stratèges" d’Occident.

 

Rares sont les témoignages positifs. Ils n’en sont que plus surprenants. Tel celui de l’analyste financier Jim O’Neill. (9) Responsable de  la gestion d’actifs [placements & investissements pour le compte de tiers : environ US$ 800 milliards] de Goldman Sachs, créateur de l’acronyme BRIC, en 2001, avant l’inclusion de l’Afrique du sud.

 

S’exprimant dans la presse allemande, une semaine avant la tenue du sommet de Durban, Jim O’Neill estime que le BRICS, non seulement progresse rapidement, mais qu’il dépasse toutes les attentes !... Une communauté de près de 3 milliards d’habitants, quadruplant en 10 ans son PIB, sortant de la misère des dizaines de millions de personnes. La Chine, d’après les statistiques de la Banque Mondiale, réussissant en 20 ans à en extraire plus de 450 millions. Le BRICS détenant, point le plus fondamental :

« … le potentiel de prévenir une récession globale, de croître plus vite que le reste du monde et de devenir un moteur de la croissance mondiale ». (10)

 

Recoupant ainsi toutes les études prospectives des organismes internationaux, même ceux les moins bien disposés à l’égard du BRICS. A l’exemple du PNUD, qui dans son « Rapport sur le Développement Humain 2013 – L’Essor du Sud : Le Progrès Humain dans un Monde Diversifié », pages 15-16 illustrées d’un graphique [figure 3], section intitulée « Rééquilibrage Mondial », ne peut que constater (11) :
« … en 2050, selon les prévisions du présent Rapport, la Chine, l’Inde et le Brésil, représenteront ensemble près de 40 % de la production mondiale…
[…] le Brésil, la Chine et l’Inde, ont réduit de manière drastique la proportion des personnes à faibles revenus – le Brésil de 17,2 % en 1990 à 6,9 % en 2009, la Chine de 60,2 % en 1990 à 13, 1 % en 2008 et l’Inde de 49,4 % en 1983 à 32,7 % en 2010.
 »

 

Traiter le BRICS dans l’indifférence, ou la condescendance, n’est effectivement qu’une dérisoire posture de déni. Ce qu’ont compris les plus lucides. (12)

 

S’affirmant progressivement comme un pôle moteur de développement et de rénovation des transactions internationales, économiques et financières, le BRICS, il convient de le souligner, représente surtout un ancrage de stabilité, de pondération, dans les relations entre pays et continents. Devenus si volatils, agressifs, tant les pulsions paranoïaques ont supplanté le traitement logique et apaisé des inévitables conflits d’intérêts.

 

Un sommet "productif", ou "réussi", repose sur l’interaction de quatre rouages :

=> En amont, l’aboutissement d’un intense travail préparatoire, accompli par de multiples commissions spécialisées

=> A l’issue du sommet, un consensus sur l’architecture des accords et décisions liés au thème proclamé. En l’occurrence :

"BRICS and Africa: Partnership for Development, Integration and Industrialisation”.

=> Les discussions, négociations et accords bilatéraux entre partenaires en dehors, ou en accompagnement, des décisions collectives

=> Les rencontres formelles et informelles entre responsables des délégations. Dans le cas du BRICS, les chefs d’Etat respectifs.

 

Cette dynamique a étonnamment bien fonctionné au cours de ce sommet. Eclatant succès, marquant une avancée spectaculaire de l’importance géopolitique du BRICS.  Majeure, actuellement. Dont le poids, l’impact, dans la rénovation inéluctable des systèmes de gestion économique et politique, vont se révéler déterminants dans les prochaines décennies.

 

Ainsi qu’en témoigne sa Déclaration finale : “eThekwini Declaration and Action Plan”, reprenant dans son titre le nom de la ville hôte. Celui en langue Zouloue de Durban : eThekwini. Ses 47 articles, suivis du Plan d’Action, méritent une lecture attentive pour qui souhaite percevoir, mesurer, le basculement irréversible du centre de gravité des enjeux, forces et pouvoirs de la planète. (13)

 

Loin d’être une révolution, une rupture brutale par rapport au "libéralisme sauvage", une confrontation téméraire avec l’hystérie belliciste d’un Empire agonisant (14), ils traduisent, dans un contournement ou un enveloppement analogues à ceux de la stratégie du jeu de GO, la patiente, méthodique, solide, mise au point d’un nouveau mécanisme de gestion et de relations, dans et entre nos différentes collectivités et continents.

 

L’Amérique latine apporte à ce mouvement une vigoureuse réflexion novatrice, confortée par l’expérience, avec ses réussites et ses immanquables blocages ou sabotages. Une des plus stimulantes étant celle de l’intellectuel Alvaro Garcia Linera, vice-président actuel de la Bolivie. Car, changer un système finissant, construire une renaissance sur les décombres d’un “capitalisme mû par la pulsion de mort” (15), exige pour préalable, ou concomitance, la libération des esprits du carcan de l’idéologie coloniale ou impériale…

 

Cette « bouffée d’air frais oxygène le monde stagnant de l’impérialisme néolibéral » ["breath of fresh air to oxygenate the stagnant world of neoliberal imperialism"], pour reprendre l’expression de Vijay Prashad. (16)

 

Et, les 47 articles de la Déclaration du sommet du BRICS…


Jeu_go.jpg

Le Jeu de GO

 

Le rouleau compresseur et la gifle

 

Les médias, traitant quelque peu de ce sommet, se sont focalisés sur la création imminente, par le BRICS, d’une Banque de Développement aux compétences élargies qui concurrencerait le FMI. Ce n’était, même si l’idée a été retenue dans une perspective à moyen-long terme (article 11 de la Déclaration), ni le sujet du sommet, ni sa priorité !

 

Chinois et Russes, particulièrement, se méfiant des "zinzins institutionnels", aussi coûteux qu’inefficaces, générant trop souvent une caste de technocrates, échappant à tout contrôle, en cheville avec des lobbies corrupteurs. La bureaucratie bruxelloise de l’UE représentant un pathétique et permanent exemple, multipliant désastres économiques, sociaux et politiques… Préférant privilégier une approche pragmatique fondée sur un maillage étroit, resserré, entre membres du BRICS (17), laissant à chacun libre choix des moyens d’intervention dès lors qu’ils s’alignent sur un cap identique fixé d’un commun accord.

 

C’était surtout perdre de vue le thème de ce sommet, plus qu’important et novateur :

« Le BRICS et l’Afrique : Partenariat pour le Développement, l’Intégration et l’Industrialisation »

["BRICS and Africa: Partnership for Development, Integration and Industrialisation”]

 

S’il y a deux points à retenir à la lecture de la Déclaration finale du sommet, ce sont deux affirmations, interactives, impressionnantes de lucidité et de calme détermination :

=> L’affirmation du décollage de l’Afrique
=> L’affirmation du cadre des relations internationales

 

 

i)  L’Afrique

 

L’Afrique est considérée par le BRICS comme le continent promis aux plus spectaculaires développements, dans une “relation sud-sud” à privilégier. Du fait de ses immenses richesses naturelles, de ses titanesques besoins en équipements et infrastructures, et du stupéfiant dynamisme de son marché intérieur. Le retard infligé par les anciennes puissances européennes, dans un féroce pillage néocolonial tant de son sous-sol que de ses privatisations-spoliations, va fatalement se terminer par la reprise en mains progressive des Africains de leur propre destin.

 

Le terme "Intégration" s’entend au sens "régional" par l’édification graduelle de regroupement d’Etats Africains, mais aussi par le tissage de liens spécifiques intercontinentaux "sud-sud" (18) :

« Le BRICS et l’Afrique devraient étroitement s’intégrer afin de promouvoir l’Afrique en tant que nouvelle locomotive de l’économie de la planète. »

["The BRICS and Africa should be closely integrated and promote Africa as the new highlight in the global economy."]

 

En écho au dernier rapport du PNUD (19) :

« L’une des réussites les plus frappantes a été celle de l’Afrique subsaharienne. De 2003 à 2008 (les cinq années antérieures à la crise financière mondiale), le revenu par habitant dans la région a augmenté de 5 % par an, plus du double qu’au cours des années 1990 […] grâce à la forte demande provenant des pays du Sud, la Chine en tête. »

 

Ou encore, dans le même document du PNUD, cocasse démenti des clichés médiatiques de la propagande antichinoise (20) :

« La Chine a encouragé ses industries plus développées telles que le cuir à se délocaliser de façon à se rapprocher de la chaîne d’approvisionnement en Afrique, et ses sociétés modernes spécialisées dans les télécommunications, les produits pharmaceutiques, l’électronique et la construction à former des coentreprises avec des entreprises africaines. »

 

La Chine, donnant effectivement l’exemple, accueille actuellement des milliers d’Africains, majoritairement entrepreneurs et commerçants. Mais aussi des milliers d’étudiants, dans ses universités d’excellent niveau. Ce mouvement en marche, véritable rouleau compresseur libérateur des anciens clivages et blocages, est amplifié par l’Inde, la Russie et le Brésil qui multiplient les accords de partenariats avec de nombreux Etats Africains. A commencer par l’Afrique du sud, avec qui la Russie vient, ainsi, de signer, d’importants accords dans le domaine spatial, aéronautique, nucléaire et militaire. (21)

 

Le sommet était d’ailleurs suivi d’un séminaire auquel participaient de nombreux chefs d’Etat et responsables, non membres du BRICS, tout particulièrement de l’Afrique dite "anglophone", intitulé (Art. 3) :

« Débloquer le potentiel de l’Afrique : Le BRICS et la Coopération Africaine sur l’Infrastructure »

["Unlocking Africa’s potential: BRICS and Africa Cooperation on Infrastructure”]

 

Occasion de réaffirmer le soutien du BRICS au développement durable de l’Afrique dans une vision d’intégration régionale, tout en finançant une économie respectueuse de l’environnement (green economy), afin d’éradiquer la pauvreté et l’injustice sociale du Continent (Art. 4 & 38).

 

D’où le rappel à la "communauté internationale" de reconnaître et respecter le rôle éminent de l’organisation de l’Union Africaine, regroupant l'ensemble des Etats Africains, pour résoudre les conflits sur le continent afin d’assurer la Paix (Art 24) :
« We commend the efforts of the international community and acknowledge the central role of the African Union (AU) and its Peace and Security Council in conflict resolution in Africa. »

Cet article est une allusion directe à l’accord auquel était parvenu l’Union Africaine, organisant une transition pacifique pour un nouveau modèle de gouvernement, entre Kadhafi et les différentes factions en conflit, en Libye. Les occidentaux avaient refusé cette médiation réussie, préférant détruire le pays par leurs forces armées sous bannière de l’OTAN…

Le BRICS est conscient de la crispation des anciennes puissances coloniales, britannique et française en premier lieu, sur leurs chasses gardées rongées jusqu’à l’os. Enfermées dans leur doctrine belliciste, fondée sur l’intervention ou l’occupation armées suivant les vieux schémas coloniaux, afin d’empêcher toute émancipation non seulement politique, mais encore plus économique. Protégeant des dictatures corrompues, avec des contingents détachés d’Europe pour servir de garde prétorienne.

 

D’où trois articles de la Déclaration à prendre au sérieux :

=> Art. 30, sur le Mali : demandant de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays afin qu’il puisse assurer son développement économique et social dans la paix…

=> Art. 31, sur la République Centre Africaine : condamnant les interventions armées dans le pays, où bizarrement des “rebelles”, après avoir fomenté un coup d’Etat, se sont précipités pour tuer des assistants techniques sud-africains (13 morts et 27 blessés graves) ainsi que des ressortissants indiens. Mais, aucun des coopérants français pourtant fort nombreux…

=> Art. 32, sur la République Démocratique du Congo (Kinshasa), le BRICS employant les mêmes termes que dans l’article précédant, diplomatiquement très forts : « gravely concerned ». Les membres du BRICS sont "gravement", extrêmement, "préoccupés", par le pillage armé du pays à partir d’Etats frontaliers pour le compte de multinationales étrangères…

 

 

 ii)  Les relations internationales

 

L’Empire, pris dans la spirale d’une entropie immaîtrisable, plonge le monde dans des conflits et actes de violence permanents : guerres, civiles, de conquête, de destruction, de massacres quotidiens, d’assassinats et tortures à l’échelle industrielle… Comment mettre un terme aux incessants discours, provocations, sanctions, embargos, menaces de conflits armés, exacerbés par une propagande délirante ?...

 

Comment brider « la pulsion du mort » ?...

 

Le BRICS exprime dans toute une série d’articles (Art. 1 & 21, notamment) sa vision d’un monde à édifier, consolider, perfectionner, dans le respect mutuel, la coopération, le partage des problèmes et des solutions. Le plus explicite étant l’article 22, dont l’introduction :

« Nous sommes déterminés à construire un monde harmonieux de paix durable et de prospérité partagée, et réaffirmons que le 21° siècle doit être marqué par la paix, la sécurité, le développement et la coopération. »

 

L’effet majeur de cette volonté se produit au sein même du BRICS : désamorcer les tentatives permanentes des USA pour dresser l’Inde contre la Chine !... Les relations ne cessant, au contraire, de se renforcer entre ces deux géants, avec la médiation permanente de la Russie qui entretient des liens de confiance avec chacun d’entre eux, sur le plan diplomatique, économique et militaire.

 

Cette réaffirmation de la multipolarité, avec référence à la nécessité de réformer les grandes instances internationales (du Conseil de Sécurité au mode de fonctionnement du FMI), et de la primauté de la diplomatie, du dialogue, pour la résolution des conflits d’intérêts, est illustrée par les références répétées dans la Déclaration finale du sommet au respect des souverainetés nationales et au refus des propagations des luttes armées et des guerres civiles.

 

Son soutien à la paix, au dialogue, à la condamnation des interventions militaires, à la nécessité de penser d'urgence aux souffrances actuelles et à la préservation des générations futures, à la reconstruction, s’affichent dans les articles soutenant la Syrie (Art. 26) et l’Afghanistan (Art. 29). Se préoccupant du blocage permanent de toute négociation de paix en Palestine, dénonçant les implantations illégales de colonies sur son territoire et souhaitant l’admission de cette nation à l’ONU (Art. 27).

 

Quant à l’Iran, et la crise artificiellement entretenue par les pays occidentaux, la position du BRICS est sans équivoque et sans appel (Art. 28) :

« Nous estimons qu’il n’y a aucune alternative à une solution négociée au problème du nucléaire Iranien.

Nous reconnaissons à l’Iran le droit d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques en conformité avec ses engagements internationaux, et soutenons la résolution des problèmes en cours par des moyens politiques et diplomatiques, et par le dialogue…»

 

Encore plus important, dans cet article, l’alinéa :

« Nous condamnons les menaces militaires aussi bien que les sanctions unilatérales… »
En anglais :

“We are concerned about threats of military action as well as unilateral sanctions.”
Précisons qu’en langage diplomatique, la litote "we are concerned" (littéralement : "nous sommes préoccupés") veut dire en clair :

« Nous condamnons »…

 

La gifle, pour ceux qui rêvent de « guerre préventive », et autres options du même calibre « sur la table »…

 

Elargissement du BRICS à d’autres partenariats ?... 

 

Depuis 2011, aucun nouvel adhérent n’a été coopté. Un des critères d’admission étant de démontrer un minimum de stabilité politique, de développement économique. Mais, avant tout : de souveraineté nationale.

 

Le BRICS aurait souhaité intégrer un pays du Moyen-Orient en mesure de représenter préoccupations et intérêts spécifiques de la région et du monde musulman. Ses membres comptent, parmi leurs populations, de fortes communautés de cette religion. La Turquie était bien placée, jusqu’à son "naufrage syrien" : diplomatiquement, elle n’existe plus. (22) Régressant vers son statut de colonie de l’OTAN des longues années de la Guerre Froide.

 

L’Indonésie est, à présent, le pays le mieux placé sur la liste des futurs membres, avec ses 245 millions d'habitants, ses 86% de musulmans (recensement 2011), ses richesses énergétiques et minières, sa rapide progression économique (+ 6 % annuel du PIB)... Encore faut-il, qu’elle s’affranchisse davantage de la tutelle impériale…

 

A l’an prochain au Brésil, pour le prochain sommet, nous verrons bien !...

 

 

 

 

1.  Aldous Huxley, L’éminence grise – Essai biographique sur les rapports de la politique et de la religion, La Table Ronde, 2001, p. 308.

2.  BRICS & Bombes, 22 avril 2011,
http://stanechy.over-blog.com/article-brics-bombes-72281017.html

3.  Johnny Clegg : le « Zoulou Blanc », 1er juin 2007,

http://stanechy.over-blog.com/article-10675405.html

4.  D’où le titre de la déclaration finale du 5° sommet du BRICS, du 27 mars 2013 : “eThekwini Declaration and Action Plan”, http://pib.nic.in/newsite/erelease.aspx?relid=94317

5.  Sur 12 millions d’habitants de cette province la plus peuplée, avec celle de Gauteng (Johannesbourg), des 9 que compte l’Afrique du sud. La capitale administrative du KwaZulu-Natal se situe à 60 km à l’intérieur : Pietermaritzburg.

6.  A Singapour (après sécession avec la fédération de Malaisie en 1965, organisée par Londres), longtemps principale base navale, commerciale et financière britannique en Asie, à l’extrémité de la péninsule Malaise, les Chinois représentent 77% des 5 millions d’habitants de cette “Cité-Etat”. Les Indiens : 8% ; les Malais n’étant plus que 14%.

7.  Il existe une passionnante correspondance échangée durant ce séjour entre Gandhi et Tolstoï sur la violence de la colonisation et les moyens de la combattre : élaboration du concept de “désobéissance civile”.

8.  Pierre-Olivier Rouaud, BRICS : quand 5 géants se rencontrent à Durban, Usine Nouvelle, 26 mars 2013,
http://www.usinenouvelle.com/article/brics-quand-5-geants-se-rencontrent-a-durban.N193956

9.  Fonction actuelle (il est sur le départ) : Chairman of Goldman Sachs Assets Management.

10.  Erich Follath, Goldman Sachs’ Jim O’Neill : BRICS ‘Have Exceeded all Expectations’, Spiegel, 21 mars 2013,
http://www.spiegel.de/international/business/departing-goldman-sachs-exec-still-sees-bright-future-for-bric-nations-a-890194.html 

11.  PNUD, Rapport sur le Développement Humain 2013 – L’Essor du Sud : Le Progrès Humain dans un Monde Diversifié, pp. 15 – 16,
http://hdr.undp.org/fr/rapports/mondial/rdh2013/telecharger/

12.  Pepe Escobar, BRICS go over the wall, Asia Times, 26 mars 2013,
http://www.atimes.com/atimes/World/WOR-01-260313.html 

13.  Op. Cit., http://pib.nic.in/newsite/erelease.aspx?relid=94317

14.  Sam Sacks, Condemned to Endless War : The Sisyphean US terror policy [Condamnés à une Guerre Sans Fin : Le Rocher de Sisyphe de la politique de terreur des USA] , RT, 27 mars 2013,

http://rt.com/op-edge/war-sisyphean-us-terror-931/ 

15.  Gilles Dostaler & Bernard Maris, Capitalisme et Pulsion de Mort, Albin Michel, 2009. 

16.  Pepe Escobar, The South also rises [Le Sud émerge aussi], à propos du livre de Vijay Prashad - The Poorer Nations : A possible History of the Global South, Asia Times, 5 avril 2013,
http://www.atimes.com/atimes/World/WOR-01-050413.html

17.  Les important accords monétaires entre Chine et Brésil (accord de 30 milliards de dollars de swap de devises) sont une éclatante démonstration de ce type de démarche :
"China and Brazil sign $30 bn currency swap deal", RT, 27 mars 2013,
http://rt.com/business/china-brazil-currency-swap-deal-brics-918/ 

18.  BRICS ‘set to be global force’, China Daily, 27 mars 2013, http://europe.chinadaily.com.cn/china/2013-03/27/content_16351114.htm

19.  PNUD, section : Revenu et Développement Humain, Op. Cit., p. 28.

20.  PNUD, section : Aider les autres pays à rattraper leur retard, Op. Cit., p. 55.

21.  Exemples d’accords :
i) Maxim Bogodvid, GLONASS: un système optique sera installé en Afrique du Sud, RIA Novosti, 26 mars 2013, http://fr.rian.ru/science/20130326/197909285.html

ii) Grigoriy Sisoev, Russie-Afrique du sud : coopérer dans l’aéronautique, 26 mars 2013, RIA Novosti, http://fr.rian.ru/world/20130326/197909068.html

22. Deux articles résument parfaitement l’abandon de la souveraineté de la Turquie, suite à la trahison de ses dirigeants actuels :
i) Hédi Dhoukar, La Turquie c’est fini, 27 décembre 2012, http://hedidh.blogspot.fr/2012/12/la-turquie-cest-fini.html

ii)  Ramzy Baroud, How Turkey’s regional ambitions crumbled, Asia Times, 4 avril 2013,

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-01-040413.html

 

 

 


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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 09:52

 

 

 

"La guerre est un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté."

Carl Von Clausewitz  (*)

 

 

 

Obama se rend en Palestine occupée, en ce 20 mars 2013.

 

« Un grand pas en avant ! », scande le chœur médiatique…

 

Jour du dixième anniversaire de l’invasion et de l’écrasement de l’Irak.

 

Date et déplacement ne sont pas innocents.

 

Démonstration cynique, de force impitoyable, de rhétorique mythomaniaque. Dans une région ravagée, pillée, plongée dans l'épouvante et la souffrance, depuis bientôt un siècle par les puissances occidentales. Depuis le Traité de Sèvres du 10 août 1920, organisant le dépeçage de l'Empire Ottoman à leur profit.

 

Ils marquent la volonté d’un Empire d’affirmer l’arrogance de sa puissance et la démesure de sa paranoïa.

 

Défi lancé à la face de l’ensemble des nations de la planète.

 

Ce n’est pas un développement solidaire et harmonieux qui est proposé au reste de l’Humanité, mais un rappel, une injonction, au devoir de soumission à l’égard d’une caste dont l’aveuglement et la cruauté rayonnent d’impudence.

 

Quant au Peuple Palestinien, symbole de la résistance à ce délire :


Leon-Kuhn-big_heels.jpg

 

 

 

 

 

 

(°)  Carl Von Clausewitz, "De la Guerre", traduction Denise Naville, Editions de Minuit, collection "Arguments", 1955, p. 51.

 

Caricature de Leon Kuhn

 

 

 

 

 

 


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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 06:30

 

 

"Partout, dès les quais du port jusqu'au village le plus reculé, dans les rues et au prétoire, l'offense régnait impunie, la misère, la délation, l'humiliation, le mensonge arrogant, le sadisme à peine déguisé. Un peuple et sa culture, objets des pires manœuvres ."

Jean-François Lyotard  (*)

    

 

 

Dix ans…

 

Le 20 mars 2003 débutait la destruction et l’invasion de l’Irak.

 

Il n’y aura pas de commémoration. Encore moins : débats et remises en cause.

 

Nos médias, politiciens, si friands d’anniversaires, s’efforceront à la discrétion. Eux dont l’obsession du culte des "souvenirs", encensant autosatisfaction, mégalomanie, ou abrutissement, n’a d’égale que celle de l’oubli des faits pouvant ternir leur "Bonne Conscience".

 

C’est ainsi que l’on forge des sociétés amnésiques, analphabètes de l’Histoire, de l’évolution de notre planète. De ses peuples, nations, rapports de force, déclins et renaissances. Qui, un jour, inévitablement, se trouvent, hébétées, tétanisées, écrasées, face à l’irruption impitoyable de ce qu’elles souhaitaient oublier, cacher, nier.

 

Silence. Dans les rangs des oligarques occidentaux. Alignés sur les injonctions de leur suzerain.

 

Le plus éclatant exemple venant de Grande-Bretagne. Par instruction écrite adressée aux membres du gouvernement, le ministre des affaires étrangères britannique, William Hague, modèle de cynisme contemporain, vient d’imposer l’obligation de ne pas mentionner la guerre d’Irak, à l’occasion de ces dix ans (1) :

« Don’t mention the Iraq War…»

 

Ce fut, il est vrai, une des plus abjectes folies de violence collectives commises par les nomenklaturas occidentales. Car, malgré une colossale propagande, les opinions publiques étaient contre ce délire sanguinaire et colonial. Le peuple britannique, un de ceux qui se sont le plus mobilisés contre cette guerre, dont il savait les prétextes non fondés, illégaux et mensongers, dans des manifestations groupant des millions de personnes.

 

Illustrant, ainsi, le complet mépris des castes au pouvoir, sous couvert du soutien de parlements fantoches, à l’égard de la majorité de leurs concitoyens exprimant la volonté d’œuvrer pour un monde de paix.

 

Steve Bell rappelle cette hystérie criminelle et impunie dans une cinglante caricature, tournant en dérision posture et propos de Tony Blair, premier ministre de l’époque. Chef de la majorité « Travailliste », similaire aux PS français, espagnol, italien, belge, etc.  Artisan zélé, vibrionnant, obsédé, de l’engagement des armes britanniques aux ordres du clan Bush.

 

Il y représente le lion britannique, symbole du Royaume Uni, avec le visage de Blair, la crinière carbonisée, sa superbe cabossée, au point d’être réduit en rat. Dans un paysage de désolation où s’accumulent, à l’infini, linceuls et pierres tombales. Affirmant, obstiné et fier de lui, la conviction inébranlable de son génie incompris (2) :

« Cela fait longtemps que j’ai renoncé à convaincre l’opinion qu’envahir l’Irak était la bonne décision »

 

Steve-Bell-28.02.2013-002.jpg

 

Nous ne devons pas l’oublier, même si les médias de la désinformation nous y forcent : ce furent des centaines de milliers de morts, de blessés, de traumatisés, sous des prétextes délirants. Nous le savions. Dès le commencement. A présent, nous en reconnaissons publiquement la réalité, objectivement, placidement, froidement. Tout n’était que tromperie, fabulation : armes de destruction massives inexistantes, armes chimiques introuvables.

 

Dernier artifice rhétorique, avant l’oubli, restait à prétendre qu’il s’agissait de renverser « un affreux dictateur qui tirait sur son peuple ». Fumeuse, abyssale hypocrisie tendant à imposer comme “norme” l’écrasement d’un peuple sous les bombes de l’Occident pour le délivrer de la dictature, en interaction avec la pulvérisation de toutes les infrastructures civiles. Exceptées, pétrolières et gazières, évidemment...

 

Tout en chérissant, protégeant, soutenant, les pires despotismes qui nourrissent ses insatiables spoliations, corruptions, superprofits mirifiques, enrichissements personnels météoriques : moyenâgeuses pétromonarchies du Golfe ou d’Arabie, « régimes parlementaires » mafieux aux élections truquées d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie.

 

Toutefois, l’Irak réduit en cendres, occupé, pillé, la saignée fut jugée insuffisante. Dès la fin de l’invasion, les occupants lui inoculèrent la "guerre civile". Méticuleusement organisée, financée, armée, pour en prolonger l’égorgement, l’épuisement, la mise à mort, l’agonie. Une moyenne de 3000 morts par mois (3).

 

Des milliers de torturés pour laminer toute velléité de révolte devant l’horreur de l’occupation, l’immensité des destructions et des pillages. L’information sur la pratique à grande échelle de la torture en Irak, son organisation et sa gestion quasi-"industrielle" par les envahisseurs, commence à émerger malgré la censure. Du côté américain, planificateur de l’horrible. (4)

 

Mais, aussi, chez les britanniques dont beaucoup n’admettent pas, qu’au XXI° siècle, leurs soldats se livrent à des actes d’une telle barbarie. Ici ou là, apparaissent des « commissions d’enquête » officielles ou parlementaires, dont on sait qu’elles sont trop souvent destinées à enterrer les affaires compromettantes pour les gouvernants.

 

A l’exemple d’un autre courageux et lucide caricaturiste, Leon Kuhn, qui détourne, rétablit ou décode, le sens de la médaille accordée aux militaires de son pays revenant de leur séjour en Irak : « War on Terrorism – Expeditionary Medal – Iraq ». La gravure en relief montrant un militaire frappant à coups redoublés avec son poing ganté (gant généralement plombé) un prisonnier Irakien immobilisé dans un filet.

 

Leon-Kuhn-iraq_medal.jpg

 

Avec en légende, une citation de Phil Shiner dénonçant la torture « systématique » des prisonniers Irakiens par l’armée britannique. N’hésitant pas à employer l’expression « pratiques d’Etat » [State practices] !... Combien redoutable pour nos nomenklaturas qui, un jour inéluctablement, auront à rendre compte : gouvernants, parlements et médias.

 

Rappelons que ce juriste londonien se consacre à la défense, qu’il estime n’être qu’à ses débuts, des droits des victimes de « la politique étrangère et de l’armée britanniques » [Britsh foreign policy and military action] (5).

 

Irak… Société détruite, Etat détruit : le Chaos.

 

But ultime. « Mission accomplie ».

 

Effroyable décennie pour une nation, un peuple, à qui étaient promis les bienfaits paradisiaques de « La Démocratie »… C’est devant les morts, les êtres brisés, les générations saccagées, de l’Irak, qu’en ce jour nous nous devons de nous incliner.

 

Dernier hommage, que je souhaite rendre en cette sinistre et silencieuse commémoration.

 

À un homme, intègre, généreux, déterminé, qui a voulu laisser parler sa conscience, prévenir que tout n’était que mensonge dans le déclenchement de cette guerre. Dire la vérité lui a coûté la vie, quatre mois après le début de l’invasion, le 17 juillet 2003 : David Christopher Kelly. Il avait 59 ans.

 

Incroyable, mais vrai. Les oligarques de l’Occident n’honorent pas leurs « dissidents » ! Ni Prix Nobel, ni généreuses récompenses, ni luxueuses sinécures, ni distinctions cinématographiques, littéraires, académiques, médiatiques ou autres. S’ils ne peuvent les réduire au silence …

 

Ils les exécutent.

 

Avec une "discrétion", ou une mise en scène, plus ou moins réussies…

 

David-Kelly.jpg

 

Membre éminent du Ministère de la Défense britannique, c’était un des experts internationaux les plus qualifiés en guerre biologique et en armes de destruction massive. Il avait été détaché comme inspecteur de l'ONU en Irak, où il avait participé à 37 missions.

 

Ses constats, analyses, recherches, avaient forgé une évidence : il n’y avait en Irak aucune arme de destruction massive, nucléaire, chimique ou bactériologique.

 

Il l’avait écrit, l’avait exposé, auprès des organismes et départements spécialisés. Ne pouvant admettre que les "politiques" exigent, des responsables du renseignement et des experts en armement non conventionnel, des contrevérités, ordonnent de procéder à des falsifications de documents. Pour justifier une guerre qui allait entraîner morts et dévastations, aussi atroces qu’incalculables. Non seulement lors de l’invasion, mais encore davantage lors de l’occupation de l’Irak.

 

David Kelly commençait à faire circuler l’information, face au matraquage de la propagande étatique. La partager et la soutenir en dehors du « secret défense ». Auprès de certains journalistes spécialisés, notamment. La Commission des affaires étrangères de la Chambre des Communes (équivalent  de l’Assemblée Nationale) l’avait convoqué (cf. photo), cherchant plus à le mettre en difficulté qu’à écouter ses arguments. Il s’était engagé à donner le détail de ses certitudes et informations, lors des séances ultérieures.

 

Ses prochaines auditions, du fait de son niveau d’expertise et de connaissance sur ce dossier, allaient être “dévastatrices” pour les thèses officielles…

 

Trop.

 

Il a été retrouvé « suicidé ».

 

Près de chez lui, sur un chemin de promenade où il avait l’habitude de marcher pour se détendre. Version officielle : il se serait tailladé le poignet gauche, mais les secouristes n’ont trouvé aucun signe d’hémorragie, ni traces de sang sur le sol ; et, aurait avalé des barbituriques, mais aucune dose mortelle ne fut prouvée…

 

Contradictions et bousculades habituelles du cirque de la désinformation, avec en tête de liste : investigation policière bâclée, simulacre de commission d’enquête (la guignolesque “Commission Hutton”) pour disculper au plus vite le gouvernement Blair. Tout a été fait pour conclure, dans la précipitation, à un « suicide » auquel personne n’a cru : famille, proches, collègues et collaborateurs.

 

David Kelly, considéré comme une solide et brillante personnalité, au parcours professionnel irréprochable, plein d’humour, était tout à la joie de la préparation du mariage de sa fille. Débordant de projets, rien ne prédisposait à une telle « sortie »… Au-delà de son entourage, de nombreux spécialistes du monde médical et des milieux proches du dossier avaient compris qu’il s’agissait d’une élimination.

 

Une avalanche de témoignages, difficilement étouffée par les médias : experts médicaux (6) contredisant les conclusions de l’enquête officielle, députés (7) évoquant ouvertement son assassinat, membres des services de renseignement britanniques (8) confirmant cette « exécution » pour marquer colère et indignation face à une telle imposture politicienne.

 

L’assassinat de David Kelly, victime “collatérale” de l’invasion de l’Irak, est emblématique de la profonde décomposition et de l’hyperviolence du système politique dans nos pays dits « démocratiques ». Dès lors que les intérêts des oligarchies bellicistes et coloniales sont en jeu. “Raison d’Etat”, invoquera-t-on…

 

Fortes de leur impunité, imperturbables, nos nomenklaturas n’en poursuivent pas moins leur obsession criminelle, fanatique, hallucinée, corruptrice, de la destruction et du pillage des peuples et nations. Les uns après les autres. Au gré de leurs délires prédateurs et impératifs du moment…

 

Mensonges, contrevérités, intoxications, désinformations, affabulations, continuent de plus belle. Diaboliser, susciter les peurs dans les pulsions paranoïaques, enflammer la détestation pour la transformer en haine, afin de justifier guerres, atrocités et prédations.

 

Tels des cafards, insensibles avec leurs cousins scorpions aux radiations atomiques dit-on, les officines chargés de véhiculer cette propagande mortifère, travesties en agences de presse “fiables” par nos médias qui en font leurs “sources” (9), se multipliant, pullulant, grouillant…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.  Nick Hopkins, Don’t mention the Iraq War – William Hague tells cabinet (William Hague demande au gouvernement de ne pas mentionner la guerre d’Irak), vendredi 1er mars 2013, The Guardian,

http://www.guardian.co.uk/politics/2013/feb/28/dont-discuss-iraq-war-william-hague

2.  Steve Bell on the 10th anniversary of the Iraq war – cartoon, The Guardian, 27 février 2013,

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/cartoon/2013/feb/27/iraq-war-anniversary-tony-blair-cartoon

3.  Patrick Cockburn, How the World Forgot About Iraq, CounterPunch, 4 mars 2013,
http://www.counterpunch.org/2013/03/04/how-the-world-forgot-about-iraq/

4.  Mahmood, O’Kane, Madlena, T. Smith, Revealed : Pentagon’s link to Iraqi torture centres – General David Petraeus et ‘dirty wars’ veteran behind commando units implicated in detainee abuse,
[Révélation : les centres de torture en Irak  sont une émanation du Pentagone – Le général David Petraeus et un vétéran des ‘sales guerres’ seraient les commanditaires des unités de commando impliquées dans les tortures de prisonniers]

The Guardian, mercredi 6 mars 2013,
http://www.guardian.co.uk/world/2013/mar/06/pentagon-iraqi-torture-centres-link

5.  Phil Shiner : ‘We torture people, yet no one admits it’, James Hanning meets Phil Shiner, The Independent, dimanche 2 août 2009,
http://www.independent.co.uk/news/people/profiles/phil-shiner-we-torture-people-yet-no-one-admits-it-1766263.html

6.  David Halpin, Stephen Frost & Searle Sennett, Our doubts about Dr Kelly's suicide, The Guardian, mardi 27 janvier 2004,

http://www.guardian.co.uk/theguardian/2004/jan/27/guardianletters4

7.  Fiona Barton, Iraq whistleblower Dr Kelly WAS murdered to silence him - says MP (Un Député affirme que le Dr Kelly a été assassiné pour avoir dénoncé les mensonges du dossier irakien), 29 octobre 2007, Daily Mail,

http://www.dailymail.co.uk/news/article-488662/Iraq-whistleblower-Dr-Kelly-WAS-murdered-silence-says-MP.html

8.  Simon Aronowitz, Kelly was Murdered' Says UK Intelligence Insider, 23 février 2004,
http://www.prisonplanet.com/022304kellywasmurdered.html

9.  Le plus comique dans ce genre d’arnaque de la désinformation, si le contexte n’était pas aussi cruel, est le fameux Observatoire des Droits de l’Homme en Syrie (OSDH), domicilié à Londres, référence absolue des médias occidentaux. Voici l’évaluation du ministère des affaires étrangères Russe (RIA Novosti - 25 février  2012) :

« Selon les informations dont nous disposons, le personnel de l'Observatoire ne comprend que deux personnes: le directeur et son secrétaire-interprète. L'établissement est dirigé par un certain Rami Abdel Rahmane qui ne possède ni de formation journalistique ou juridique ni même d'instruction secondaire. Dans une interview accordée aux médias en novembre dernier, il a fait savoir qu'il résidait en permanence à Londres, était citoyen britannique et exerçait un métier d'entrepreneur (propriétaire d'un snack-bar) [en fait : un Kebab…] »

Ou encore, celle d’Alain Chouet, ancien responsable de la DGSE et spécialiste du Moyen-Orient :

« … L’OSDH fonctionne sur fonds saoudiens et qataris… » (Marianne – 20 juillet 2012).

Etc.

 

 

(*)  Jean-François Lyotard, Signé Malraux - Biographie, Grasset, 1996, p. 154.

 

 


 

 

 


 

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 07:00

 

 

 

 

La Journée de la Femme nous invite à prendre conscience. A ne pas oublier, aussi.
Je remets en ligne le texte publié à l’occasion de cette manifestation en 2011, rendant hommage à Aafia Siddiqui. Il y a deux ans…
Et, toujours d'actualité.
Le traitement infligé à cette femme de 41 ans, emmurée vivante dans les oubliettes de l’Occident, est une  condamnation permanente de l’hyperviolence, de la profonde hypocrisie, d’une idéologie et d’un système tant médiatique, politique, que judiciaire.

Déchiquetant La Dignité Humaine pour en nourrir leur Bonne Conscience.

 

 

 

« Dis-moi comment tu traites La Femme, et je te dirai qui tu es. »

Marek Halter  (1)

 

 

 

En ce 8 mars, « Journée de La Femme », ou plus précisément « Journée des Nations Unies pour les Droits de La Femme et la Paix Internationale », ayons une pensée pour une femme dont on n’évoque jamais le sort dans les médias de l’Empire : Aafia Siddiqui.

 

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Quelques courageux s’y sont essayés, en dehors des véhicules traditionnels de l’appareil de désinformation. Notamment, dans les médias indépendants anglophones (2) et francophones (3). Il est vrai que le Pakistan, c’est loin.

 

Oui, Aafia Siddiqui est Pakistanaise. Diplômée en neurosciences d’une des plus prestigieuses universités des USA, le MIT (Massachussetts Institute of Technology). Elle s’était spécialisée dans les modes d’apprentissage des enfants et sur les thérapies de la dyslexie. 

 

Mariée, mère de trois enfants : deux garçons et une fille. Partageant son temps entre ses consultations, car elle était médecin avant tout, ses recherches, son enseignement. Musulmane pratiquante, elle trouvait le temps d’animer des actions caritatives, collectant des fonds, organisant des secours, pour les démunis et les exclus de la société.

 

 

Le mensonge des escadrons de la mort 

 

Jusqu’au jour où son destin bascula. Comme souvent quand il vole en éclats, ce fut dans l’horreur. Enlevée à Islamabad, avec ses trois enfants. En mars 2003. On perd sa trace, totalement.

 

A l’exemple de ces dizaines de Pakistanais, enlevés, disparus, dont on ne connaît pas le sort. Rappelant les pratiques en usage en Amérique latine lors de l’Opération Condor où les opposants, au Chili ou en Argentine notamment, étaient victimes de ces actions secrètes organisées par les “escadrons de la mort”, émanation des services spéciaux occidentaux.

 

Puis, par un prisonnier de nationalité britannique libéré, on apprend sa présence dans le camp US d’internement et de torture de Bagram, en Afghanistan. Sous le numéro : 650. Elle y aurait subi de multiples tortures, physiques, psychologiques, et viols. Pendant 5 ans.

 

Pour couvrir cette abjection, les autorités d’occupation inventent un scénario à la hauteur de leur intelligence de soudards : “grotesque”.

 

Ils prétendent ainsi qu’Aafia Siddiqui aurait été arrêtée dans la ville afghane de Ghazni, transportant dans “son sac” des produits chimiques, des plans pour faire des bombes et une liste de cibles aux USA (entre autres : Wall Street et le Pont de Brooklyn…). Tout juste, si elle n’affichait pas tout cet attirail sur une pancarte accrochée à son dos…

 

Diabolisée, considérée comme une militante d’Al Qaïda, surnommée par les organes de propagande Lady Al Qaïda, diffamée y compris sur sa vie privée, peinturlurée en pétroleuse des armes à feu et des bombes…

 

Suite à cette arrestation, elle est interrogée par une dizaine d’hommes de l’armée et des services spéciaux US. Au cours de cette cordiale entrevue, elle aurait tenté de s’emparer d’un fusil (que faisait un fusil dans une salle d’interrogatoire ?...) tirant sans blesser qui que ce soit. C’est elle qui est blessée par balle à l’estomac.

 

Transférée aux USA, elle est jugée finalement le 23 septembre 2010 à New York. Dans sa condamnation, le juge Richard Berman, ne retient aucun motif relevant du scénario terroriste à l'encontre de cibles aux USA, ni de collusion avec Al Qaïda et autres réseaux armés. Du fait de l’absence de preuves crédibles.

 

Elle est donc condamnée à 86 ans de prison pour avoir menacé et tiré, sans les blesser, sur ses interrogateurs US. Constituant le seul acte de “terrorisme” à sa charge. Ce qu’elle a toujours nié, disant ne pas savoir utiliser une arme.

 

Mais, six militaires ont témoigné contre elle… L’accusation, par la voix de l’Assistant US Attorney (équivalent d’un substitut du procureur) Christopher La Vigne, souhaitant une condamnation à perpétuité, ne cessant de clamer : « Cet acte, ce crime était horrible par son intention », (“This act, this crime was horrific in its intent”)… (4)

 

Relevez avec soin le mot : « intention ». Le support, la légitimation de toute Inquisition : l’intention.

 

Parodie de Justice qui choque les citoyens américains eux-mêmes, du moins ceux qui se soucient des Libertés Publiques et de la Dignité Humaine. (5)

 

Avec dignité, devant les protestations de la salle d’audience à l’énoncé du jugement, Aafia Siddiqui a demandé à l’assistance de pardonner au Juge et au Jury, faisant référence au Prophète qui n’avait jamais pratiqué la revanche personnelle. Affirmant qu’elle ne voulait pas faire appel, sachant que ce serait une procédure inutile.

 

Elle est, à présent, enfermée dans des quartiers de haute sécurité à la prison de Forth Worth, au Texas, comme une redoutable criminelle. Aucun contact avec l’extérieur. Sans voir ses enfants, bien entendu.

 

 

Le silence des Belles Ames 

 

Notons qu’après plusieurs années de détention, séparés de leur mère, deux de ses enfants ont été rendus à la famille. Le troisième serait mort au moment de l’enlèvement. Ahmed l’ainé, qui avait 12 ans lors de l’enlèvement et souffre de graves troubles psychologiques, se souvient de son petit frère, Souleiman, âgé de 6 mois, gisant sur le sol dans une mare de sang. Dans son procès, Aafia Siddiqui a pu faire allusion au fait qu’ils auraient été torturés sous ses yeux.

 

Pourquoi cet acharnement ?...

 

Ces personnalités scientifiques, avec leur formation et leur expérience de niveau international, sont très surveillées par les services spéciaux. Elles forment une élite, un leadership potentiel, constituant, dans leur vision paranoïaque, un danger pour les intérêts de l’Empire et les dictatures corrompues qui contribuent à leur protection.

 

Son simple mode de vie était vécu come une provocation. Elle n’intégrait pas le circuit de la corruption. Au contraire, son comportement citoyen, son éthique, représentaient un véritable blasphème pour l’oligarchie et ses « escadrons de la mort ». Ce déni devenant un délit d’intention, une hérésie, pour atteinte aux intérêts de l’Empire.

 

D’autant plus qu’elle était une femme musulmane, ne correspondant pas aux canons de la propagande islamophobe ne cessant de les dépeindre en “femme-esclave” qu’il convient de libérer. Son dynamisme, son indépendance d’esprit, son rôle actif dans la collectivité, son influence, son rayonnement, gênaient les spécialistes de la désinformation.

 

Pour eux, il devenait indispensable de la diaboliser comme une sorcière au Moyen-Age, la brûler en place publique après torture et faux procès. Ces personnes qui veulent donner du sens à leur société, à leur collectivité, on les assassine ou on les brise. Elle est tombée dans la deuxième catégorie. Elle est brisée.

 

Pour l’Empire, c’est un exemple destiné à bien faire comprendre que même dans son comportement on se doit de se plier à ses volontés, ses normes, ses représentations, surtout dans les pays colonisés sous dictature. L’Empire ne pratique pas la “guerre contre La Terreur”. Il instaure la terreur.

 

Mais, Aafia Siddiqui n’est pas oubliée. Heureusement, blogs, sites, se sont constitués à travers le monde. Tout un maillage de solidarité, grâce à Internet. Des bénévoles voulant défendre la Dignité Humaine (6), ainsi que sa famille qui se mobilise tenant un site officiel, malgré menaces et piratages, animé par ses sœurs tout particulièrement (7).

 

Elle est devenue au Pakistan et en Asie un symbole de l’acharnement de l’Occident dans le déni du respect élémentaire de La Dignité Humaine, de la Justice, à l’égard des populations qu’il domine militairement.

 

Bien sûr, Les Belles Ames se taisent, chez nous. La cause n’est pas « vendable »…

 

Les associations et ONG ayant pignon sur rue, si promptes à s’enflammer pour le moindre “dissident”, craignent de perdre sponsors et subventions, provenant de multiples canaux. Plus souterrains et occultes que transparents. Leur hantise : voir le robinet soudainement se fermer !… Adieu voyages, congrès et autres prétextes à fréquenter palaces, plateaux TV et « grands » de ce monde !…

 

C’est le culte du Totem : la langue de bois.

 

Contemplez dans ce texte en français celui, en acajou massif, d’Amnesty International, véritable chef d’œuvre du genre (8)…

 

Elle a eu 39 ans, le 2 mars dernier.

 

Aafia Siddiqui, ton supplice incarne toute l’injustice et la violence de cet Empire malade, profondément malade, qui dans sa mégalomanie prétend donner des leçons d’humanité à la planète. Il t’a emmurée vivante, comme au Moyen-Age on jetait dans les oubliettes après la torture. Probablement, pour que tu n’entendes pas les voix de ceux qui partagent ta souffrance et exigent ta libération.

 

Mais, au-delà des murs, grilles et portes blindées, nous savons que tu ressens les vibrations de cette multitude de pensées, de tendresses, de prières, veillant sur toi…

 

 

 

 

 

 


 

 

(1)  Marek Halter, archétype de l’Intellectuel-Tartufe célébrant les pires dérives de l’extrémisme sioniste dans l’histrionisme islamophobe. La citation empruntée à ce fanatique, encensé par la propagande, se veut donc une dérision relevant du gag : "L’arroseur-arrosé"...

(2) Victoria Brittain, The Siddiqui Case – A New Turn as Lawyers Release Explosive, Secretly Recorded Tape, A CounterPunch Special Report, 14 février 2011,  
http://www.counterpunch.org/brittain02142011.html
 

(3)  Pascal Sacre, Le traitement médiatique et politique des prisonniers d’opinion, Le Grand Soir, 17 octobre 2010,
http://www.legrandsoir.info/Le-traitement-mediatique-et-politique-des-prisonniers-d-opinion.html

(4)  Patricia Hurtado et Bob Van Voris, Pakistani Woman Gets 86 Years for Attacking Americans, Businessweek, September 23, 2010,
http://www.businessweek.com/news/2010-09-23/pakistani-woman-gets-86-years-for-attacking-americans.html

(5)  Stephen Lendman, Aafia Siddiqui : Vicimized by American Injustice,
http://wondersofpakistan.wordpress.com/2010/02/10/aafia-siddiqui-victimized-by-american-injustice/

(6)  Exemple : http://www.justiceforaafia.org/

(7)  Site officiel animé par sa famille : http://www.freeaafia.org/

(8)   Amnesty International, Etats-Unis - Amnesty International assistera à titre d'observateur au procès d'Aafia Siddiqui, Déclaration publique, Index AI : AMR 51/004/20010, 19 janvier 2010,
http://www.amnesty.org/en/library/asset/AMR51/004/2010/en/7a8ad8a4-90b5-4567-9e42-e9ee86838918/amr510042010fr.html

 

 

 


 

 

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 20:42

 

 

« Ainsi les conquérants en venaient-ils à avoir peur des conquis ; ils perdaient leur sang-froid, tiraient sur des ombres dans la nuit. Le silence glacial, hostile, planait sans cesse sur eux. »

John Steinbeck (1) 

 

 

La transe de Jules Ferry

 

Le soufflé est retombé, à peine levé…

 

La page est tournée. Dans l’héroïsme et le panache, s’époumone la chorale médiatique !…

 

Nos “armées” viennent de se couvrir de gloire au Mali, volant d’Austerlitz en Stalingrad, écrasant victorieusement divisions, brigades, régiments et bataillons de nos barbares ennemis !

 

Certains célébrant cette magnifique épopée dans de surprenants rapprochements : « Le Blitzkrieg à la française » ! Comparable à la « guerre éclair » du général Heinz Guderian, spécialiste de l’arme blindée, qui avait pulvérisé en quelques jours l’armée française en 1940 et l’armée russe lors de la phase initiale de l’opération Barbarossa un an plus tard. (2)

 

Rien de moins…

 

Notre “propagande” flanquée de ses instituts de “sondages-bidons”, d’un zèle énergique, démontrant son efficace tour de main dans l’art de concocter quotidiennement ses pilules anesthésiantes ou euphorisantes, dans un astucieux dosage ! Des JT aux émissions documentaires et articles de presse. Entrelardés d’enquêtes d’opinion aux pourcentages staliniens. Approbateurs, évidemment.

 

Fière de son scénario et de sa mise en scène…

 

Alternant, suivant les menus imposés, les qualificatifs d’usage : « terroristes », « islamistes », ou, dans une touche folklorique, « djiahdistes ». Lors de nos dernières conquêtes coloniales, on envoyait des troupes pour préserver La Civilisation des « cannibales », l’évangélisation étant passée de mode : comme aux Iles Marquises ou en Nouvelle-Calédonie.

 

La diabolisation évolue, mais la réalité reste immuable : nous sommes encore plus féroces que les cannibales des contes coloniaux dès qu’il s’agit d’étriper plus faible que soi.

 

La “modernité” remplit ses fonctions. Ces "nouveaux cannibales" sont membres d’organisations logées, en autant de boutiques au marketing soigneusement segmenté, dans les cavernes de la région. Probablement architecturées sous air conditionné d'après les films de James Bond : multiples écrans, ordinateurs, clignotants, sirènes et portes blindées.

 

Aux appellations aussi variées que leurs origines « contrôlées » ou téléguidées : AQ, AQMI, MNLA, MUJAO, DA ou DEA, et Bla-Bla. Telle la mosaïque des marques de lessives, sorties de la même usine, de nos supérettes…

 

Nos « experts », “militaires” et “géopoliticiens” de tous poils, virevoltant d’une TV à l’une, courant d’une radio à l’autre… « Pom-pom girls » chargées d’exciter l’enthousiasme de leurs concitoyens assommés de précarité et de chômage. Oui : la France, plus forte que jamais, est gouvernée par des hommes pénétrés de sagesse, de discernement, de courage et de générosité !

 

Notre “président”, ébahi par le succès foudroyant de sa « guerre contre le terrorisme », revivant dans la redingote de Jules Ferry les expéditions coloniales de nos aïeux. A présent, chef de guerre ou de conquête, dont l’allure martiale assure la montée des sondages flageolants. Lui permettant d’hausser le ton face à la Corée du Nord :

« … condamnée avec la plus grande fermeté… ».

 

Ou se voyant déjà, tel Alexandre, aux portes de Téhéran à la tête de sa vaillante armée… A en croire son discours menaçant prononcé le 6 février 2013 lors de la réception, dans le palais présidentiel de la “République laïque”, d’une délégation de la « Conférence des organisations juives américaines » regroupant 51 responsables d’associations de cette obédience religieuse… (3)

 

Gardien de la Souveraineté Nationale. Rempart de la Laïcité. Glorieux défenseur des valeurs de La Civilisation…

 

L’étoffe des héros.  

 

Humain, toutefois…

 

Emu aux larmes en recevant, au Mali, allégeance des notables et vivats des populations. Chœurs ou claques, comme dans toute bonne dictature, transbahutés en camions avec distribution de petits drapeaux à agiter et slogans à clamer. Sinon, pas de « bons » pour retirer la ration quotidienne de l’aide alimentaire d’une population maintenue dans la quasi-famine. Jusqu’à les habiller de neuf, après “casting”, pour une impeccable représentation télévisuelle…

 

Moteur parfaitement huilé, le cynisme ronronne.

 

Personne n’est dupe. S’agissant d’une énième nouvelle guerre coloniale montée de toutes pièces, depuis des mois. Consistant moins à s’emparer de territoires que de s’approprier, ou renforcer la spoliation, des richesses énergétiques ou minières de la région. Ces « resource wars », guerres pour les ressources, qui vont ravager le siècle, comme le rappelle le chef d’état-major des armées russes Valery Gerasimov. (4)

 

Ressources du Mali ?... Argent, or, cuivre, bauxite, etc. Potentiel gazier et pétrolier. Surtout, fondamental : uranium (trois zones uranifères actuellement recensées : Falea, Iforas, Gao). (5)

 

Coulisses, machineries et machinations, de ce théâtre de marionnettes ont été parfaitement, lucidement, mises à plat par de nombreuses personnes, militants de La Dignité Humaine, associations citoyennes, exerçant avec courage leur esprit critique. (6)

 

Citons, entre autres, le dossier de l’association Survie, fondée par le regretté François-Xavier Verschave (qui veut entrevoir les enjeux en Afrique doit lire ses ouvrages), méritoire travail d’information :
"Les zones d’ombres de l’intervention française au Mali – Eléments de contexte et d’explication" (7).

 

Ou encore, les décapantes et indispensables analyses de Michel Collon (diffamé en permanence par les relais de l’extrême-droite américaine en France et en Belgique) qui démonte, rouage par rouage, l’intoxication de la propagande via les médias, les intitulant les « médiamensonges » (8) :

 

La révolte de Django

 

L’essentiel de l’arnaque est montré, démontré, démonté.

 

Ne reste, en forme de conclusion, qu’à élargir la perspective géopolitique et historique au continent dans son ensemble.

 

Le Mali, symbolise la prédation de l’Afrique par l’Occident. (9) Son indépendance politique par rapport aux anciennes puissances coloniales, commencée dans les années soixante, n’était que de façade. Proie des groupes miniers, pétroliers, “privatiseurs”, impitoyablement rongée jusqu’à l’os, l’Afrique est toujours en attente de sa véritable indépendance.

 

Pour faire court, j’ai choisi une métaphore. Sous forme d’un film récent, à l’énorme retentissement international. Celui de Quentin Tarantino : “Django Unchained.

Aux antipodes des clichés complaisants d’Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, abordant la même époque. Loin de n’être qu’une charge contre l’esclavagisme des noirs par les grands  propriétaires Blancs dans la fédération nord-américaine de la fin du XIX° siècle, mythique paradis de La Liberté, il illustre avec force et lucidité les ravages de la colonisation. L’exploitation de l’Homme, ses forces et ses faiblesses, dans l’hyperviolence et le racisme.

 

Jusqu’au jour de la prise de conscience, du refus, de la révolte…

 

Tous les acteurs du drame de l’Afrique, de toute colonisation, y sont symboliquement campés, en interaction dantesque. L’humour venant souvent tempérer la violence des situations. Sur fond d’une rigoureuse documentation historique, dans son implacable, féroce, vérité...

 

Le "Blanc Richissime" jouissant, grâce à l’accumulation de sa fortune, d’acheter tout ce qui peut l’être sur Terre dans l’application sans limite de La loi  du Plus Fort : Bonne Conscience, violence impunie, exploitation et humiliation des faibles ou des sans défense, jusqu’à ce qu’ils en crèvent… Diabolique incarnation, très réussie, deLeonardo DiCaprio qu’on n’imaginerait pas, à priori, dans un rôle de “méchant”.

 

Convaincu de la supériorité de la race blanche. La justifiant, dans une hallucinante démonstration, en sciant le crâne d’un ancien esclave mort de son père, prouvant qu’il manquait "une case" aux Noirs, et autres races inférieures aux Blancs… Thèses racistes qui ont, effectivement, perduré dans les milieux scientifiques et colonialistes jusqu’au milieu du XX° siècle.

 

En France, relisons le combat (en 1953 !) de l’inoubliable Frantz Fanon(complètement occulté dans notre pays…), contre les thèses du grand ponte de la psychiatrie et de ses disciples de « l’Ecole psychiatrique d’Alger », Antoine Porot(1876-1965) qui ne cessait d’affirmer :

« L’indigène nord-africain, dont le cortex cérébral est peu évolué, est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par le diencéphale […] L’Algérien n’a pas de cortex, ou, pour être plus précis, il est dominé, comme chez les vertébrés inférieurs, par l’activité du diencéphale … »  (10)

 

Ou encore en 1952 son disciple, Henri Aubin, soutenant au sujet des Noirs, dans le “Manuel alphabétique de psychiatrie” :

« Les indigènes de l’Afrique noire se rapprochent dans une large mesure de la mentalité primitive. Chez eux les besoins physiques (nutrition, sexualité) prennent une place de tout premier plan ; la vivacité de leurs émotions et leur courte durée, l’indigence de leur activité intellectuelle, leur font vivre surtout le présent comme des enfants

[…] La mentalité du primitif est surtout le reflet de son diencéphale alors que la civilisation se mesure à l’affranchissement de ce domaine et à l’utilisation croissante du cerveau antérieur. » (11)

 

Notons que ces articles, à prétention scientifique, demeurent inchangés dans la quatrième édition du “Manuel” parue en 1969… Et, qu’en toute impunité au regard de nos lois contre le racisme, Antoine Porot est encore célébré, adulé, dans les cercles nostalgiques de la colonisation française en Algérie. Exemple de "l’Association du cercle algérianiste" (12) :

« La notoriété de cette École d'Alger légitime assurément l'attention et la fierté de nos lecteurs »...

 

Les propos condescendants, pétris d’arrogance, de mépris, des “Pom-pom girls” infestant les plateaux de TV et radios, cascades de logorrhée sur « l’inexistence de l’Etat du Mali », « l’incapacité » du pays à s’organiser, se défendre et, bien entendu, se développer, participent de ce racisme imbibant l’inconscient collectif des milieux colonialistes :
« … on leur donne l’indépendance et ils sont incapables d’évoluer, d’entrer dans la modernité… ».

 

Et, autre fadaises pour masquer les massacres de tous ceux, modèles de courage et d’intégrité, qui se sont dressés pour défendre l’autonomie de leurs pays, économique et diplomatique, en valoriser les ressources pour le compte de la population. Renversés dans des coups d’Etat, tués souvent dans d’atroces conditions, avec leurs partisans par les armées ou services spéciaux occidentaux.

 

Parmi une cohorte de valeureux leaders, Thomas SankaraPatrice Lumumba, resteront dans toutes les mémoires, malgré le méticuleux travail d’oblitération de la propagande occidentale, les héros de la libération « post-indépendance » de l’Afrique.

 

Le personnage de DiCaprio, tout en raffinement apparent, est emblématique de ces castes, groupes multinationaux, Etats, d’une cruauté, d’une perversité, sans borne. Exploitant ceux qu’ils asservissent sans aucune pitié. Pillant, rasant pays, populations, générations, dans d’incalculables souffrances, avec sourires, cigares et vins fins…

 

Une scène terrifiante du film a pour décor le salon privé d’un luxueux bordel de la Nouvelle-Orléans. S'y déroule un combat à mort entre deux lutteurs africains, esclaves, pour le plus grand plaisir de son richissime sponsor. Parabole de ces guerres civiles, fratricides, organisées par les Etats occidentaux, dans les salons des organisations et sommets internationaux, pour entretenir le chaos sur le continent Africain.

 

On y voit DiCaprio, à la fin du combat, tendre un marteau au vainqueur, l’obligeant à faire éclater la tête de son adversaire déjà terrassé. Je n’ai pu m’empêcher de penser aux "organisateurs" de l’atroce mise en scène de la fin de Kadhafi

 

On le sait, mais on se tait. Complices.

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L’Afrique est un continent colossalement riche. Le plus riche de la planète.

 

Chaque Etat devrait avoir un niveau de vie supérieur à celui de la Suède… Ce  n’est pas l’Afrique qui a besoin de l’Occident, mais le contraire. C’est pourquoi, tout sera planifié, exécuté, pour maintenir l’Afrique dans le sous-développement : guerres civiles, chaos, spoliations. Car, ce n’est pas de « guerre au terrorisme » qu’il s’agit en Afrique. Mais de  « guerre au développement », comme l’écrit dans un excellent article Dan Glazebrook (13) :
The West’s War Against African Development Continues”

 

Tout sera fait pour qu’il n’y ait aucune union économique, monétaire, encore moins scientifique, technologique, ou militaire, entre Etats Africains, pouvant constituer progressivement de grands ensembles aux synergies complémentaires.

 

Tout comme pour l’Union du Grand Maghreb, torpillée en permanence, dont le commerce ne représente même pas 2% entre Etats voisins et frères. Il en sera de même pour le Sahel et autres grands bassins de développement. Le Sahel gigantesque, grandiose, mer intérieure à sec, de l’Atlantique à la mer Rouge, auximmenses ressources, qui devraient être exploitées, mises en valeur sur place, par tous les pays riverains, dans une coopération constructive.  Ce ne seront que guerres, chaos et drones…

 

La Femme” de Django, jouée par la ravissante Kerry Washington, symbolise cette Afrique, magnifique, pleine de vie et de promesses de bonheur, au destin provisoirement brisé. Qui lui a été enlevée, et dont la recherche sert de fil conducteur au récit. Portrait de femme rebelle, luttant pour sa survie, le respect de sa dignité. Et, qui le paye cher dans tous les traitements sadiques et humiliations que lui infligent ses despotes.

 

Face à ce magnifique portrait de femme, Tarantino, esquisse celui de son antithèse : “La Pute et la Soumise”. Qui bénéficie de toutes les faveurs de ses maîtres : argent à profusion, privilèges de toutes natures, fastueuse garde-robe, bijoux et statut social. Insensible au sort de son peuple, de sa nation, témoin de son exploitation sous les coups, avilissements, privations, horreurs. Assistant impassible, sirotant son champagne, à la lutte à mort des deux lutteurs et autres sauvageries.

 

De la même espèce, pour me limiter à un exemple français, que celles qui ne cessent de parader, déversant leurs bouillies nauséeuses, sur les plateaux de TV et radio. Où elles sont reçues, évidemment, avec tous les égards dus à leurs protecteurs. Affirmant, pitoyables rouages d’une propagande, qu’elles ne doivent leur “statut” qu’à l’école républicaine, la laïcité, la "méritocratie" d’une république imaginaire. Comme si les 6,5 millions de chômeurs, en France, n’étaient pas passés par l’école de la république et n’avaient aucun mérite…

 

Silencieuses face aux souffrances, et spoliations, de leurs peuples ou nations, dont elles prétendent être originaires. Se prosternant même devant leurs oppresseurs. Leur incessante référence à la "méritocratie", dont elles seraient les héroïnes, n’est, en fait, qu’un aveu : celui de leur servilité putassière.

 

Ce lamentable personnage, fait écho à un groupe essentiel dans toute colonisation, les : “Petits Blancs”. Portraits ravageurs de cette catégorie d’individus : minables, miteux, lâches, stupides (l’un d’eux est joué par Tarantino lui-même !).

 

Tous, aussi exploités et méprisés par leurs richissimes patrons que les esclaves qu’ils sont chargés de dominer et d’exploiter au quotidien. Seule différence, celle de trouver leur identité dans le mépris des colonisés, et donner libre cours à leurs pulsions sadiques en toute impunité. Image du racisme colonial ordinaire, parfaitement mise en scène. Impact explosif !

 

Et, personnage central du film, magistralement interprété par Samuel Jacksonméconnaissable, l’auxiliaire indispensable de tout esclavagisme, de toute colonisation, spoliation, occupation : “Le Collabo”.

 

Démoniaque, cauchemardesque d’intelligence perverse, supérieure à celle de son maître ! Méprisant, insultant, bafouant, terrorisant, ses frères Africains. Il personnifie tous ces dictateurs civils ou militaires, tortionnaires zélés, bourgeois achetés, intellectuels vendus, qui participent à l’abaissement et au pillage de leurs propres pays.

 

Y-a-t-­il au moins un Blanc dans le film qui ne soit pas un salopard fini ?...

 

Oui. C’est le personnage de King Schultz, sympathique fripouille, joué avec un humour inépuisable par Christoph Waltz. Il fera équipe avec Django, l’acteur Jamie Foxx. Symbolisant la fraternité, entre Blanc et Noir. Et au-delà, quelles que soient couleurs, ethnies et croyances.

 

Face à l’inacceptable…

 

Mais, je me garde de vous raconter les détails de l’intrigue et la fin…

 

Allez voir ce film, dans une haletante métaphore, vous y vivrez un moment d’Afrique, ses drames et ses espoirs.

 

A la sortie, pour relâcher la pression avec une bonne rasade de rire, en guise de pop-corn, je vous offre une tranche de “bien-pensance” concoctée sur un site spécialisé dans la Bonne Conscience raciste (14) :

« … Nous avons su élever notre esprit et le débarrasser de toutes les scories de toute idéologie ou religion, en plaçant l’homme et son humanité [le soulignement est de l’auteur du texte] au centre de la société. En ce qui concerne l’adage connais-toi, toi-même, et fais de la raison ton art de vivre, pour certains, ce n’est pas encore gagné ! ».

 

 

 

 

 

 

 

 

1.  John Steinbeck, Lune Noire (The Moon is Down), J.-C. Lattès, 1994, p. 86.

2.  Dominique Merchet, Le Blitzkrieg à la française, RIANovosti, 4 février 2013,http://fr.rian.ru/tribune/20130204/197419798.html
3.  F. Hollande reçoit les associations juives américaines, JCALL, European Jewish Call for Reason,
http://fr.jcall.eu/actualites/declarations/francois-hollande-recoit-les-representants-des-juifs-americains
4. 
 Russia may be drawn into resource wars in future – army chief, 14 février 2013, RT,http://rt.com/politics/military-conflict-gerasimov-threat-196/ 

5.  Gilbert Mercier, Mali : France’s Neo-Colonial War for Uranium ?, News Junkie Post, 14 janvier 2013,http://newsjunkiepost.com/2013/01/14/mali-frances-neo-colonial-war-for-uranium/

6.  Juliette Poirson, Falea ou la colonisation minière au Mali, 9 mai 2012,http://survie.org/francafrique/mali/article/falea-ou-la-colonisation-miniere 

7.  Les zones d’ombres de l’intervention française au Mali – Eléments de contexte et d’explication(dossier d’information de 25 pages - téléchargeable), Association Survie, www.survie.org, 23 janvier 2013.

8. Source vidéos :
i)  La France au Mali : repérer les “médiamensonges”  (1/2)

http://www.youtube.com/watch?v=LoSRTo330TM&feature=player_embedded

ii)  La France au Mali : repérer les “médiamensonges”  (2/2)

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=jMa2fxvES4w

9.  Cf. article : Et, Un Tonneau d’Oreilles !... Un !..., 6 septembre 2007, http://stanechy.over-blog.com/article-12203963.html

10.  Le regard colonial de l’Ecole Psychiatrique d’Alger, LDH-Toulon, 24 février 2005,
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article450
11.  LDH-Toulon, Op. Cit.

12.  http://www.cerclealgerianiste.asso.fr/contenu/sante3204.htm
13.  Dan Glazebrook, The West’s War Against African Development Continues (La guerre de l’Occident contre le développement de l’Afrique se perpétue), CounterPunch, 15-17 février 2013,
http://www.counterpunch.org/2013/02/15/the-wests-war-against-african-development-continues/

14. 10 février 2013, http://www.gerard-brazon.com/article-houria-bouteldja-le-pir-est-a-venir-par-maximilien-115195272.html

 

 

Illustration du Brésilien Carlos Latuff

 

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 20:33

 

    

En France médias et politiciens se mobilisent, s’empoignent, s’enflamment. A coups de milliers d’articles, d’interviews, d’amendements…

 

Sur les réformes urgentes de l’économie, de la fiscalité ?...

 

Sur le chômage exponentiel, la paupérisation croissante de la majorité de la population du cinquième pays le plus riche de la planète,  les expéditions coloniales aussi criminelles que ruineuses ?...

 

Non.

 

Sur le mariage des homosexuels et de l’adoption par des couples du même sexe… Qui n'intéressent, en fait, qu'une infime minorité de cette minorité.

 

Un avis comme un autre…

 

Celui du docteur Pierre Lévy-Soussan.

 

Médecin psychiatre, psychanalyste, chargé de cours à l'Université Paris-Diderot, expert auprès de l'Assemblée Nationale et du Sénat, directeur de la Consultation Filiations Centre Médico-Psychologique pour l'enfant et la famille.

 

Il travaille sur le sujet depuis plus de dix ans. Sous tous les angles.

 

 

 

Alors ?...

 

 

 

 

vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=Kk5V9ZGflws&feature=player_embedded

 

 

 


 

 

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Published by Georges Stanechy - dans Politique et Destin Collectif
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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 20:45

 

 

 

Réélection de Netanyahu, le « Yes We Can » local.

 

Et, futur « Prix Nobel de la Paix »...

 

Son nouveau programme de gouvernement :

 

 

i)   Politique "extérieure"...

 

 

 

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ii)   Politique "intérieure"...

 

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Analyses du Brésilien Carlos Latuff

 

 

 

 

 


 


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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 18:30

 

 

 L’information, c’est du pouvoir. Mais, comme tout pouvoir, il y a ceux qui veulent le conserver pour eux seuls.”

Aaron Swartz (1)

 

 

 

 

26 ans…

 

Vendredi 11 Janvier 2013.

 

Aaron Swartz a été retrouvé "pendu" dans son appartement de Brooklyn.

 

Pour certains de ses proches, il aurait été « suicidé ».

 

Aaron Swartz 3

 

Génie de l’innovation

 

Sa mort provoque beaucoup de remous aux USA. Sauf, évidemment, dans les médias de la propagande de la caste au pouvoir, qui n’appréciait pas l’indépendance d’esprit de cette personnalité hors du commun.

 

Aaron Swartz, était un prodige de l’informatique et d’Internet. Un "Mozart" des nouvelles technologies. Maitrisant toutes les techniques et les outils les plus sophistiqués. Normal, dira-t-on : il était au cœur de ses principales innovations, de leur conception à leur mise au point.

 

A 13 ans, il reçoit le prestigieux prix ArsDigita Prize au terme d’un concours des jeunes créateurs de sites internet “non commerciaux”, à but éducatif et utilitaire. Dès l’âge de 14 ans, il devint l’un des concepteurs du système RSS 1.0 (Rich Site Summary). Intégrant des équipes de spécialistes du plus haut niveau, notamment celles du World Wide Web Consortium (W3C), pour travailler sur les formats et spécifications RDF  (Resource Description Framework) : RFC (Request For Comments) 3870 dont il est le créateur, et RDF XML.

 

Il fut sélectionné pour rejoindre la “prestigieuse” université de Stanford. Après un an, il l’a quitta. Il s’y ennuyait. Son niveau de connaissances et de pratiques techniques, professionnelles, son immense culture, dépassant largement ceux de ses enseignants.

 

Surtout : son envergure humaniste, éthique, ne pouvait se satisfaire d’un enseignement complètement sclérosé, conformiste, formaté, dans une idéologie mercantiliste, élitiste, mondialiste du début du XX° siècle. Chaudron d’une confiture néocoloniale, avec pour ingrédients : arrogance mégalomaniaque et Bonne Conscience aveugle. De ceux qui se croient les maîtres du monde…

 

Créant une entreprise de logiciels orientés internet, Infogami, qu’il fusionna ultérieurement avec une autre société du même secteur d’activités Reddit. Devenant actionnaire de la nouvelle entité à hauteur de 50 %. Poursuivant les innovations : Jottit, puis Web application framework. Ses conférences sont d’extraordinaires prestations de compétence et de talent.

 

Il aurait pu devenir un jeune milliardaire, façon “promoteur Facebook”. Mais, il avait une autre dimension. Moins primaire…

 

Aaron Swartz

 

Défendre la diffusion de l’information

 

Aaron Swartz était passionné d’éthique, de liberté, de dignité humaine. Militant pour un monde meilleur. Considérant que la lutte commençait à sa porte. Dans son pays, dans son métier.

 

Il avait diagnostiqué, constaté, comme beaucoup, que « la liberté d’expression » n’était plus qu’un mythe. Complètement dénaturée par l’idéologie ultralibérale et ses médias d’abrutissement. Rabaissée, enfermée, ou hypocritement exaltée, dans un « droit » : celui d’insulter ou de provoquer. Du moins, insulter ou provoquer uniquement les cibles désignées par l’Occident…

 

Dans nos sociétés dites “de l’information”, nos oligarchies, ayant neutralisé ainsi "la liberté d’expression", s’attaquent depuis quelques années, implacablement, méthodiquement, à "la diffusion de l’information". Pour édifier, en fait, un type de société fondé sur « la désinformation »…

 

Pratiquant à outrance le plus facile à mettre en œuvre, dans un premier temps : « la propagande ». Les "narratives" comme disent les anglophones, ou les rhétoriques mensongères dont nous sommes asphyxiés dans tous les domaines en sont un permanent exemple : crises bancaires, économiques ou sociales (“les caisses sont vides”…), expéditions ou occupations coloniales aux multiples manifestations récentes (Palestine, Irak, Afghanistan, Soudan, Somalie, Libye, Syrie, Côte d’Ivoire, Mali, etc.).

 

Propagande renforcée, en permanence, par une deuxième action : « la rétention de l’information », dont le périmètre s’étend de jour en jour, sous différents prétextes. Dans une savante architecture, destinée à rendre la diffusion de l’information ou de la connaissance difficile, voire impossible, articulée sur trois approches complémentaires :

=>  Le coût : rendre payant des informations publiques, par exemple.
=> L’inaccessibilité physique : amusez-vous à tester votre mairie, via Internet, pour lui demander l’accès aux devis et décisions des marchés publics (principales sources de la corruption dans tous les pays…) octroyés à des entreprises. Payés sur les impôts citoyens. La mairie ne vous répondra même pas.
=> L’interdiction légale, sous toutes ses formes. Au-delà du sempiternel « secret défense », dont on ne sait pas dans nos “républiques” qui en détermine limites et critères, permettant le plus souvent d’étouffer les principales affaires de corruption qui les rongent. Avec la complicité de tous les partis politiques...

 

Lutter contre les atteintes et restrictions répétées à ces droits fondamentaux, Aaron Swartz avait décidé d’en faire le cœur de son action militante : défendre La Liberté. Dans son accès au savoir, à la connaissance. Dans la valorisation de la responsabilité citoyenne, en brisant “le culte du secret”, imposé par une nomenklatura monopolisant argent public et pouvoir à son unique profit.

 

Il devint membre, en 2010–2011, du centre de recherche sur l’Ethique à l’université Harvard (Harvard University's Edmond J. Safra Center for Ethics). Contribuant à structurer les remarquables initiatives, même si qualitativement beaucoup reste à faire, de diffusion des connaissances, informations et débats d’idées, que sont Creative Commons ou Wikipedia.

 

Approfondissant son engagement, il fonda une ONG intitulée Demand Progress avec pour objectif : la défense des libertés publiques. Mais aussi : la réforme du gouvernement du pays. Réduit, aux USA comme dans tous les pays occidentaux, à n’être qu’un rouage administratif appliquant, dans une alternance simulée, les mêmes politiques de confiscation du pouvoir au seul profit d’une minorité de privilégiés. Quels que soient partis politiques ou simulacres électoraux.

 

Avec, pour moyens, l’organisation de campagnes d’information et de mobilisation des citoyens pour faire pression sur les « élus ». Qui agissent moins au service de leurs électeurs qu’à celui de l’oligarchie, des groupes industriels et financiers, ou autres "sponsors" de leurs cooptations aux candidatures électorales et de leurs promotions médiatiques...

Le plus grand succès de cette action a été le blocage, en 2011, à l’Assemblée Nationale (House of Representatives) des USA du projet de loi SOPA (Stop Online Piracy Act).

 

Sous un vernis juridique, par simple décision de justice, cette loi liberticide accordait au “gouvernement” le droit exclusif de restreindre l’accès à des sites internet sous le prétexte, arbitraire, sans débat contradictoire, de porter atteinte à la propriété intellectuelle. Du fait de l’introduction d’un pouvoir discrétionnaire, elle aurait accordé toute latitude aux autorités gouvernementales pour censurer et interdire des échanges sur le réseau Internet, aussi bien légitimes que légaux.

 

Malgré cette victoire, loin de tout triomphalisme, Aaron Swartz savait que l’attaque allait reprendre, avec une nouvelle dénomination, un camouflage différent, une argumentation métamorphosée. Et, le disait :

« … Ne nous faisons pas d’illusion, les ennemis de la liberté de connexion n’ont pas disparu… Ceux qui veulent étouffer Internet sont nombreux, nombreux et puissants… »

 

C’était se créer beaucoup d’adversaires acharnés au sein du tentaculaire appareil répressif…

 

Aggravant son cas, à leurs yeux… Sans peur, avec détermination, il élargissait son combat pour La Dignité Humaine à des domaines considérés comme "tabous" aux USA…

 

Il devint l’un des plus actifs critiques de la politique d’Obama dénommée cyniquement par politiciens et médias, au point de la banaliser dans l’opinion publique : “Kill List”. Une liste établie à intervalles réguliers par les services de sécurité des USA, devenus un véritable Etat dans l’Etat, de personnes destinées à être assassinées après approbation par le président lui-même. Non seulement des étrangers, mais aussi des citoyens américains. Sans jugement, sur simple présomption de “terrorisme”, ou “d’intention de terrorisme”. (2)

 

Ce qui arriva d’ailleurs à des citoyens américains installés au Yémen, retirés et intégrés dans des villages, convertis à l’Islam, y menant une vie de méditation et de prière, mais aussi d’actions sociales, dans le style des maîtres Soufis. Comme le font des occidentaux devenus bouddhistes, en Inde ou au Népal. A la différence qu’en pays musulmans ils sont étiquetés automatiquement "terroristes" et, en conséquence, abattus avec les civils autour d’eux par des drones armés de missiles… (3)

 

Aaron Swartz, en compagnie de nombreux citoyens américains, s'insurgeait contre cette négation des principes d’une "démocratie". Comment prétendre respecter les "droits de l’homme" et justifier l’organisation d’assassinats, avec pour fondement des "procès d’intention" ? De plus, si ces meurtres sont effectués pour le moment dans des pays étrangers, dans la passivité de l’opinion publique, comment s’assurer qu’ils ne vont pas se généraliser, sous peu, sur le territoire même des USA ?...

 

Plus grave…

 

Juif, à l’exemple de beaucoup d’autres, Gilad Atzmon, Harold Pinter, Keren Yedaya, Arthur Miller, parmi les plus connus, Aaron Swartz détestait les sanguinaires, corrompus et belliqueux dirigeants de l’enclave sioniste en Palestine. Ne cessant de dénoncer leur aventurisme militaire et hystérique. Non seulement à l’encontre du Peuple Palestinien, mais aussi de l’Iran…

 

Il ne supportait pas, tout particulièrement, qu’Internet devienne le vecteur de virus conçus et diffusés par des Etats pour mettre, illégalement, en contravention avec le droit international, en danger d’autres Etats. Agressions occultes aux conséquences pouvant se révéler extrêmement graves pour des populations civiles. Exemple : vouloir saboter une centrale nucléaire produisant de l’énergie, comme ils reconnaissent l’avoir réalisé à l’encontre de l’Iran (centrale atomique civile de Busher), comporte un risque que n’imaginent pas, tout en le souhaitant probablement, ces apprentis sorciers...

 

Les USA, avec les satellites occidentaux, se livrent ainsi à des manipulations particulièrement destructrices, mortifères même, sur le réseau Internet. A deux niveaux, fusionnant dans un cynisme absolu :
=>  étouffer, à part leur propagande, la liberté de diffusion d’une information diversifiée ou indépendante de leurs médias asservis, et l’accès au savoir
=>  s’ingénier à répandre virus et autres dégâts potentiels, dans l’inconscience la plus totale.

 

Cette remise en cause, par Aaron Swartz, se révélait impardonnable, redoutable, pour les puissants et fanatiques lobbies sionistes qui détiennent tous les leviers de commande de l’Etat nord-américain.

 

C’était trop…

 

demand justice A Swartz

 

La mise à mort

 

Le rouleau compresseur de la répression se mit en marche. Objectif : neutraliser, réduire au silence. Par tous les moyens. Comme pour Bradley Manning ou Julian Assange.

 

Prenant soin, dans une première phase, de donner l’impression de respecter la loi et de « défendre la société ». Utilisant l’action combinée, parfaitement rodée, des trois instruments de nos autocraties camouflées en “démocraties” : action psychologique, désinformation ou distorsion des faits, et arsenal juridique. Lois et procédures judiciaires ayant pour finalité de diaboliser Aaron Swartz, tout en le terrorisant, et provoquer sa ruine.

 

L’angle d’attaque choisi était de présenter Aaron Swartz en “hacker”, en pirate d’Internet. C’est le procureur du Massachussetts qui lança la chasse aux sorcières. L’accusant d’avoir téléchargé des millions de documents et articles académiques du service en ligne JSTOR, à partir du réseau informatique du Massachusetts Institute of Technology (MIT), en 2010. Pour les rendre accessibles au public.

 

Pour Aaron Swartz, il s’agissait en effet de rendre des documents publics, s’agissant de travaux universitaires, librement, gratuitement, accessibles à la consultation. Au lieu d’en faire payer l’accès aux lecteurs, pour rémunérer les services en lignes au lieu des auteurs…

 

Le service en ligne, JSTOR, reconnut le bien fondé de l’argument et se désista de toute plainte et action en justice. Estimant qu’il n’y avait eu aucun comportement, ni délit, de “hacker” ou piratage. Alex Stamos, le meilleur expert aux USA dans le domaine des infractions ou contentieux informatiques et Internet, a émis publiquement son avis, confirmant qu’il n’y avait eu "en aucun cas" le moindre « crime », ou forfait malhonnête d’Aaron Swartz. (4)

 

Néanmoins, le procureur Mme Carmen Ortiz et son adjoint Steve Heymann, poursuivirent l’action avec le soutien du MIT, considérant au contraire qu’il s’agissait d’un vol, d’un piratage, etc. Employant le terme infamant de « Felony » s’appliquant aux crimes, infractions majeures et trahisons. Réclamant 30 ans de prison (le maximum étant de 50 ans…), et US $ 1 million de pénalités (le maximum étant d’US $ 4 millions).

 

La tactique judiciaire du procureur étant, sous l’effet de la pression ou de la peur, de forcer Aaron Swartz à “plaider coupable”. En ce cas, elle n’aurait demandé que 6 mois de prison ferme. En cas de refus de sa part, elle se serait efforcée d’obtenir un minimum de 7 à 8 ans de prison. (5)

A l’annonce de sa mort, l’action a été immédiatement bloquée. Et, à présent, pétitions, interventions, manifestations, déclarations, se multiplient, dans la colère des proches et professionnels du secteur, pour réviser la législation entourant les conflits d’interprétation d’atteintes aux droits et libertés informatiques.

 

Quant à l’équipe de procureurs, elle est tenue pour responsable d’abus de pouvoir en détournant les textes de lois, dans des réquisitoires démesurés par leur niveau de harcèlement et les peines exigées au regard des délits supposés… Leur démission, unanimement réclamée...

 

Suicide ou pas, le père d’Aaron Swartz l’a exprimé lors des funérailles mardi dernier, et tout le monde en partage la conclusion (6):
 “Aaron did not commit suicide but was killed by the government”
(Aaron ne s’est pas suicidé, il a été tué par le gouvernement).

 

Sa mort est un révélateur…

 

Une “civilisation”, société, collectivité, assassinant leurs Mozart pour entraver La Liberté et La Justice au détriment de la majorité de leurs concitoyens, témoignent de leur décadence…

 

Prémisse de leur fin inéluctable.

 

 

 

 

 

 

 


1.  “Information is power. But like all power, there are those who want to keep it for themselves”, Aaron Swartz.

2.  Obama’s ‘kill list’ critic found dead in New York City, Press TV, dimanche 13 janvier 2013, http://www.presstv.ir/detail/2013/01/13/283254/us-kill-list-critic-found-dead-in-ny/

3. Obama administration hiding info on targeted killings of Americans – senator, RT, 15 janvier 2013, http://rt.com/usa/news/obama-killing-americans-senate-999/
4.  Alex Stamos, The Truth about Aaron Swartz's "Crimes", 15 janvier 2013, http://unhandled.com/2013/01/12/the-truth-about-aaron-swartzs-crime/

5.  Prosecutors defend charges against Aaron Swartz, RT, 17 janvier 2013, http://rt.com/usa/news/prosecutors-defend-swartz-ortiz-212/ 

6.  “Aaron was killed by the government” – Robert Swartz on his son’s death, RT, 16 janvier 2013, http://rt.com/usa/news/aaron-swartz-funeral-chicago-059/

 

 

 


 

 

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