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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
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Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 10:43


Suite de l'article Récession (1) :

=>  1.  Les caisses sont vides
=>  2.  C’est la faute aux pauvres

 

 

3. Le système bancaire français est excellent

 

J’ai toujours été amusé par les commentaires d’autosatisfaction mégalomaniaque sur le système bancaire français : “le plus sûr du monde”, “le mieux régulé”, “le plus sain”, etc. En bref : excellent.

 

En fait, le connaissant de l’intérieur, il s’agit du secteur d’activité le plus “vermoulu”, pour rester poli, du pays. Celui qui a coûté et coûte le plus cher à la collectivité. Il faut espérer qu’un jour une équipe d’économistes chiffre le cumul des "ardoises" épongées par les contribuables, ne serait-ce que depuis le dernier demi-siècle. Dans une thèse de doctorat ou un travail de recherches sponsorisé par un mécène. La censure du monde de l’édition empêchera, en effet, tout travail d’investigation en ce domaine. Ne parlons pas des médias de la propagande…

 

L’Etat, la collectivité, ont sans cesse été mis à contribution pour redresser les catastrophes à répétition d’un milieu professionnel aussi incompétent que malhonnête. Tout particulièrement, depuis la fin des années 80. L’opacité entretenue est, évidemment, totale. Si les contribuables “savaient”, ils se précipiteraient, probablement, en masse dans les sièges parisiens des banques pour faire tomber quelques têtes, ou au ministère des finances pour ne pas les avoir faites tomber. Découvrant, au passage, l’arnaque du chiffon rouge du “trou de la Sécu” agité en permanence sous leurs nez.

 

Prenons soin de faire la différence, dans l’analyse, entre le personnel d’exécution et d’encadrement, irréprochable quant à la qualité de son travail, le niveau de son éthique, et les directions générales des établissements financiers. Car, là où rien de va plus, c’est au niveau des directions générales de ces établissements.

 

A toute une génération de banquiers et de “grands commis”, forgée dans la reconstruction de la France et de l’Europe de l’après-guerre, a succédé une autre, loin de lui arriver à la cheville en termes de valeurs et de rigueur professionnelle. L’un d’eux, parmi ceux qui ont assuré, géré la fabuleuse croissance des “trente glorieuses”, à la question sur la qualité première d’un “grand banquier”, répondait : “Le bon sens…”.

 

Le “bon sens” a cédé la place au “non sens”… Cette évolution se retrouve dans tous les pays occidentaux, y compris au Japon, avec des nuances liées aux contextes culturels et aux mécanismes de cooptation des “élites”.

 

Dans cette génération des années “post 60”, de jeunes loups, sortant pour la plupart de l’inspection des finances, confondant l’épaisseur de leur carnet d’adresses avec celle de leur expérience après avoir transité par des cabinets ministériels. Considérant les signes ostentatoires affichés avec condescendance, à commencer par l’inévitable cigare, comme étant le rayonnement de leur génie, à défaut de compétence. Après un bref “tour de piste” dans des directions opérationnelles, et un passage au poste de directeurs généraux adjoints, se retrouvaient propulsés à la tête d’établissements financiers.

 

De toute façon, il ne leur était demandé que d’être des “facilitateurs”, de “faire avancer des dossiers”. Le plus souvent, camouflés sous ces appellations, il ne s’agissait, ni plus ni moins, que de rustiques passe-droits pour de grandes entreprises ou des particuliers (8). Assurant la liaison entre pouvoir politique et “milieux des affaires” ou Big Business. Devenant même, pour certains, des “hommes de paille” prospères et richissimes, couvrant, abritant, gérant le patrimoine de quelques politiciens de profession, si ce n’est de convictions.

 

Progressivement, avec la montée en puissance des multinationales et de la mondialisation, une grande partie de la haute fonction publique, liée à la gestion des équilibres financiers du pays et aux commandes des établissements bancaires, s’est trouvée gangrenée par l’affairisme. Copinage et osmose…

 

Ils ont promu, encouragé toutes les "bulles" et investissements spéculatifs, les plus fantasques. Dans la vogue et la mode des fusions-acquisitions. Tout ce qui promettait, assurait profits rapides et bonus fulgurants, pour leur réseau, et bien sûr, pour eux-mêmes. Pas simplement immobilier : qui se souvient de la “bulle internet”, des valeurs “nouvelles technologies”, et autres miroirs aux alouettes ?... Frénésie accrue, avec le développement exponentiel des nouveaux instruments et produits financiers. Partageant souvent les pires comportements irresponsables du secteur, alors qu’ils étaient censés contribuer à sa bonne gestion…

 

 

3.1.  Le cimetière des catastrophes bancaires

 

La liste des banques, qu’ils ont dirigées ou contrôlées, mortes au champ du déshonneur de l’incompétence et de la gabegie, à partir des années 90, est impressionnante. C’était hier. Dans la plus grande discrétion médiatique et une totale impunité des responsables.

 

Retenons les plus connues : Crédit Foncier de France (CFF/1995-1998), Comptoir des Entrepreneurs (CDE) (9), Banque Worms, Pallas Stern (1995), Banque de Paris et des Pays-Bas transformée en Paribas avant d’être absorbée par BNP en 2001. Dans un environnement différent, la Banque de la Martinique, reprise par le groupe des Banques Populaires…

 

Sans oublier un des plus grands scandales financiers de l’histoire bancaire, de niveau international par l’ampleur des sommes en jeu : le Crédit Lyonnais. Dont, on n’a jamais pu obtenir un chiffrage sérieux, c’était avant l’introduction de l’Euro : FF 200 milliards, FF 700 milliards, FF 1.000 milliards, plus ?... Les gymnastiques et contorsions comptables, fiscales, sont sans limites absorbant en des “trous noirs” galactiques tout ce qu’il est souhaitable de voir disparaître.

 

D’autant plus que les archives avaient brûlé, dans l’incendie du siège social, à Paris. Notamment celles de la salle des marchés. Et, tout aussi bizarrement, les archives entreposées au Havre dans un centre spécialisé, sous haute sécurité, avaient brûlé aussi. Ah ! La loi des séries touchant les incendies d’archives !... Signe du destin, probablement, que les pertes n’étaient pas pour tout le monde.

 

Crédit Lyonnais, établissement anéanti par son activité de “banque d’investissements”… La banque commerciale ou de détail (retail banking) étant parfaitement saine. Il n’a dû sa survie que grâce à son absorption par le groupe Crédit Agricole. Naufrage dont la collectivité n’a pas encore fini de payer, ni de subir les conséquences.

 

Car, au-delà des fonds versés pour apurer les engagements directs pour lesquels la banque se révélait défaillante, les contribuables continuent de payer, à ce jour, le nettoyage de son bilan via les “structures de défaisances”.

 

Rappelons un point de technique juridico-financière. Pour améliorer la présentation d’un bilan avant sa reprise par un acquéreur, les valeurs, filiales ou prises de participation “pourries” sont sorties du bilan et logées dans des structures comptables à part :  les fameuses, ou fumeuses, “structures de défaisances”. Terme qui se veut l’adaptation d’une pratique juridique et financière de nettoyage ou de toilettage des bilans, venue des USA, la : defeasance.

 

La Cour des Comptes dans son rapport 2007 (10), avait estimé dans la partie intitulée “Bilan de la gestion des défaisances” que l’ardoise à payer par l’Etat, et donc par le contribuable, s’élèverait à 21 milliard d’euros. S'étonnant d’irrégularités permanentes dans la gestion de ces structures gérées par l’Etat. Malgré les circonvolutions du style qui se veut plus que prudent, la timide Cour des Comptes, sans aucun pouvoir de sanction, a trouvé le courage d’écrire :

 

“… Dans un rapport public particulier publié en décembre 2000 et intitulé « L’intervention de l’Etat dans la crise du secteur financier » et dans une insertion au rapport public de janvier 2002, la Cour avait cherché à apprécier les conditions dans lesquelles l’Etat avait apporté son concours financier au Crédit lyonnais, au Crédit foncier de France (CFF), au Comptoir de Entrepreneurs (CDE) et au Groupe des Assurances Nationales (GAN) et avait géré les structures de défaisance mises en place pour accueillir des actifs compromis du fait de gestions financières imprudentes.

…  Il ressort des vérifications opérées que les dispositifs complexes et déresponsabilisants, déjà identifiés par la Cour, ont été maintenus. La gestion des défaisances, rendues difficile par la nature des actifs à liquider, l’ampleur des contentieux et l’imprudence des garanties accordées, a, en outre, été perturbées par la situation particulière de structures confrontées à leur propre disparition.”

 

En clair, la gestion des “défaisances” est, dans l’opacité totale, un énorme aquarium à requins. Malgré les remontrances de la Cour, les irrégularités constatées à plusieurs reprises ont été poursuivies. Pendant 7 ans…

 

Ce que la Cour des Comptes ne dit pas, c’est que cette gestion des “défaisances” est à l’origine de quelques unes des plus grandes fortunes de France. Colossales. Parmi les premières du monde. Récentes et rapides. Fondées sur aucune création de produit ou de services de génie. Aucun Apple, Microsoft ou Google. Non, uniquement sur la reprise d’entreprises, souvent prestigieuses avec des marques de notoriété internationale. Notamment, à partir des “structures de défaisance” gérées par l’Etat, et tout particulièrement celles relevant de la faillite du Crédit Lyonnais…

 

Ces structures de transit regroupent effectivement des actifs douteux ou délabrés, mais la tentation étant trop forte, des petits malins en ont fait des “taxis” pour s’échanger en douce des valeurs ou faire d’excellents coups. Achetant à prix cassés, ce qui se révèle être par la suite, par on ne sait quel miracle, d’authentiques “pépites”. Gageons, les paradis fiscaux assurant l’étanchéité des noms et autres coordonnées, que les fortunes, construites ou démultipliées de la sorte, renvoient l’ascenseur, sous une forme ou une autre.

 

Ainsi, non seulement, des fortunes colossales se sont bâties à partir de ces naufrages, mais en plus la collectivité, les contribuables, doivent payer 21 milliards d’euros, d’après l’estimation “provisoire” de la Cour des Comptes. Soit l’équivalent de 2 fois le “trou de la Sécu” pour assurer le nettoyage du bilan. Après avoir déjà réglé plusieurs milliards pour en payer les dettes accumulées !...

 

Dans le cas du Crédit Lyonnais, comme par hasard, aucune Commission parlementaire n’a investi du temps, ni des moyens pour enquêter sur ce curieux phénomène des vases communicants. La seule préoccupation des parlementaires, dans une approche infantile et démagogique : “faire la fête à Tapie” (11). Autre chiffon rouge, bouc émissaire du monde politique et médiatique : se donner bonne conscience pour 2 kopeks. Ça ne coûte pas cher, et auprès d’une opinion publique désinformée, ça peut rapporter gros. Ne serait-ce qu’en dissimulant le cœur du problème…

 

Car aucun parlementaire (j’ai suivi les dernières auditions de la Commission des Finances du mois de septembre 2008) ne s’est demandé pourquoi le Crédit Lyonnais, après avoir étranglé financièrement et forcé Tapie à vendre la société Adidas 2 milliards FF à une structure propre à la banque domiciliée dans un paradis fiscal, l’avait aussitôt revendue au groupe Dreyfus (le géant du sucre…) plus du double. Aucun ne s’est, et a, posé trois questions annexes :

 

i)    Où est allée la différence ?

 

ii)   Pourquoi avoir logé Adidas dans une “structure de défaisances”, alors que cette société, loin d’être “pourrie”, était très recherchée (Nike, Reebok, etc.), valait plus que le double de l’évaluation de la banque, et probablement plus que le prix payé par l’acheteur choisi par la banque, en dehors de toute consultation internationale ?

 

iii)  Si cette entourloupe a été effectuée pour Adidas, quelles sont les autres sociétés “pépites” sorties à tort du bilan de la Banque, bradées à prix cassés, au détriment de la collectivité et du contribuable, et quels en ont été les “profiteurs” ?...

 

 



 

Suite:

Récession (3) :   Les Tares du Système Bancaire - Le Virus IPRIS...

Récession (4) :   L’Etat au service du Lobby Bancaire...


 

 

 



 

11.  Cf. l’audition du mercredi 10 septembre 2008 de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale sur le Crédit Lyonnais - CDR : http://www.lcpan.fr/emission/62314/video

12. Curieux de voir certains responsables politiques, comme Sarkozy dans un de ses derniers discours, découvrir la faillite bancaire avec Lehman Brothers


Photo : siège social parisien du Crédit Lyonnais - LCL


 

 

 


 

 

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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 19:04


Médusé.

 

Tous ces “experts-économistes” défilant sur les plateaux de TV, de radio. Pérorant d’éditoriaux en articles, dans notre presse officielle. Les mêmes, en procession, qui nous avaient affirmé, en ce début d’année, que 2008 verrait le “Krach de la Chine” (1). Ce serait, je cite :
“… l’année noire des pays émergents…”.

 

Ils avaient même prévu le “Krach Chinois”, avec certitude, pour le deuxième trimestre de cette année. Avant les jeux Olympiques. Tout était “pourri”, “d’argile”, ce sont leurs termes. Un château de cartes, en Chine. Sous–entendu, chez nous, en Occident, c’est du béton, de l’acier trempé. Rien à voir avec ces rigolos de Chinois, analphabètes de l’économie et du progrès…

 

Ces mêmes “spécialistes”, au même moment, nous assuraient que la “crise des subprimes”, n’était pas en fait une crise au sens économique, mais tout simplement une excellente astuce des banques américaines pour gonfler leurs “provisions pour risques” dans leurs bilans (2).

 

Banquiers, qui d’une pierre assuraient deux coups : diminuant leurs surfaces imposables, du fait que ces provisions viennent en déduction du résultat d’exploitation, et alimentant leur trésor de guerre pour pouvoir licencier à leur aise avec les “indemnités légales” lors des départs forcés. Puisque, d’après le dogme du Libéralisme, les gains de productivité passent, en priorité, par le licenciement !...

 

Ces gourous, au culot inébranlable, bonimenteurs tous terrains, charlatans intarissables, inoxydables porteurs du dogme sacré : “La Main invisible et régulatrice du Saint Marché”… Dont ils nous ont bassiné pendant des années. Avec ce nouveau clergé, nous ne sommes plus sous le régime de la monarchie de droit divin, mais sous celle de l’autocratie du Saint Marché

 

A présent, ne voilà-t-il pas que ces prêcheurs nous sortent de leurs musettes leur nouvelle panoplie : “récession”, “croissance molle”, “dépression” par analogie à la Grande Dépression de 1929. Dernier accessoire à la mode : “croissance négative”... Car, chez ces gens-là, “reculer”, veut dire “avancer”. On n’arrête pas le progrès. Prodige de voir ainsi les frontières de la logique, grâce à ces besogneux propagandistes, atteindre aux extrêmes de  l’intelligence…

 

Face au désastre actuel ravageant le système bancaire et économique occidental, nous chantant dans un chœur sans dissonance que c’est la faute, suivant les refrains, “à pas de chance” ou au voisin. En tout cas, celle de “l’Autre”… Pas la nôtre : chez nous, tout est propre, contrôlé, sagement administré…

 

Pour ne pas changer.

 

S’en prendre à ces fondamentalistes du Saint Marché, peut provoquer des retours de bâton. Ce que vient de vivre le sénateur Jean-Luc Mélenchon pour avoir mis en cause ces intégristes du Libéralisme, cet habillage soft du “capitalisme sauvage”, et s’être lamenté de les voir sévir depuis une bonne décennie sans contradiction, ni débat, dans les médias dominants. (3)

 

Bon, ne les accablons pas. Ils font bien leur boulot. Véhiculer les désirs de la ploutocratie, qui les cornaque, à défaut de la réalité de nos collectivités, et de son devenir. Défendre, en tant que porte-voix, les intérêts de leurs sponsors. Quoi de plus naturel ?... A l’exemple des politiciens de service, on ne va pas leur demander le contraire.

 

Leur unique vocation n’est-elle pas de préserver un système qui les fait vivre confortablement, et pour beaucoup somptueusement ?... Surtout pas, de le réformer. Plutôt, faire croire que tout est bien dans le meilleur des mondes. S’il y a réforme c’est celle de se serrer la ceinture de quelques crans de plus. Du moins pour les plus précaires, les plus fragiles. Eux, sont à l’abri.

 

Tous ces gens-là, tous ces partis au pouvoir, avec leurs médias de propagande, mentent comme ils respirent. N’allons pas jusqu’à dire qu’ils sont “tous pourris” !... Ils pourraient se vexer. Et, puis il y a toujours des exceptions. Heureusement. Elles nous permettent de relativiser, et elles confirment la règle…

 

Mais, dans ce cassoulet de désinformation qui nous est servi à longueur de journée, il est intéressant de repérer le non-dit, les tabous. Dans ce florilège des tabous, j’en retiens quatre :

 

 


 

 

1. Les caisses sont vides

 

Comme tout un chacun, je constate que les caisses qui étaient “vides” (4), nos Etats en faillite, pour assurer un système de santé, d’éducation et de retraites décent pour la collectivité d’un pays très riche, ne le sont plus pour combler les incompétences et les folies des milieux spéculatifs. C’est par dizaines, centaines de milliards de dollars, d’euros, que l’argent se déverse dans les caisses des banques.

 

Les chiffres donnent le vertige. A l’échelon de l’Europe, ce serait 1.700 milliards d’euros. D’autres qui circulent, font état de 2.000 milliards d’euros. Aux USA, on envisage de dépasser les 3.000 milliards de dollars. La France mettrait, sur la table, environ 400 milliards d’euros. Non compris les garanties données par l’Etat sur les transactions bancaires…

 

Tout aussi frappant, de voir les théoriciens du libéralisme économique, de la libre entreprise, de la libre concurrence, se mobiliser pour la nationalisation des établissements financiers en faillite. Retrouvant dans la précipitation la vieille recette, soigneusement occultée ces dernières années : “nationaliser les pertes et privatiser les profits”.

 

Alors qu’ils nous assuraient, il y a peu de temps, qu’il était impossible, à l’échelon international, de trouver entre 12 et 35 milliards d’euros, suivant les hypothèses de travail, pour sauver près d’un milliard de personnes accablées par la crise alimentaire mondiale. Sachant que chaque jour, statistique effroyable, une moyenne de 24.000 personnes meurent de faim ou de malnutrition.

 

Solidarité ?...

 

Mot funeste, provoquant le détournement des regards vers les plafonds. Suscitant, en rafales, discours et clichés sur le “mérite personnel”. En fait, celui du “chacun pour soi”. La doctrine triomphante de “l’être supérieur”, ayant tous les droits et privilèges, le pauvre, le faible n’ayant que ce qu’il mérite. A commencer par l’obligation d’accepter sa condition et, surtout, celle de se taire…

 

Bien sûr nos politiciens dans leur quasi-unanimité, dans l’urgence, trouvent toujours de l’argent pour envoyer des troupes, en Afghanistan ou ailleurs… Faillite ou pas. Cas de force majeure, assurent-ils : “défendre nos frontières” ou les dictatures les plus corrompues, à des milliers de kilomètres, n’a pas de prix. Pour le reste : impossible.

 

En France, quatrième pays le plus riche du monde comme ne cesse de le répéter notre ministre de l’Economie, il n’y avait pas moyen d’améliorer les retraites des personnes âgées, ni même de soigner décemment nos “anciens” dans des maisons de retraite qui ne soient pas sordides. Tout autant, de loger décemment les travailleurs pauvres, et bien sûr, les personnes en situation précaire ou les SDF. Que dire de l’abandon des prisons françaises qui sont, pour la majorité, des cloaques dignes du Moyen Age, où les suicides se multiplient ?...

 

Inimaginable de combler la différence entre recettes et dépenses de la Sécu. Ce mythique “trou de la Sécu ”, diabolisé en permanence… Estimé à 12 milliards d’euros pour 2008, soit 3 % de son budget total. Avec des frais de fonctionnement 3 fois inférieurs à ceux des compagnies d’assurance ou des mutuelles.

 

Le “trou de la Sécu”, épouvantail brandi par tous les gouvernements, droite ou gauche, présente l’avantage de justifier le démantèlement systématique, implacable, des protections sociales, en particulier pour les plus défavorisés (5). Sans vérification aucune de ce qui est, avec les paradis fiscaux, un des plus grands scandales contemporains en Occident, économique et sociétal, celui des prix de revient et des marges facturés par l’industrie pharmaceutique à la collectivité. Sans aucun contrôle, aucune remise en cause.

 

La Défense Nationale, ce puits sans fond et sans recettes, lui, ne connaissant pas de “trou”. Au contraire, ce ne sont que des augmentations annuelles. Pas plus que le budget de la présidence de la République, ou de l’Elysée suivant les expressions, en augmentation constante d’année en année. Sans recettes. Que des dépenses. Pas n’importe quelle augmentation. Une augmentation à deux chiffres, supérieur à 10 % par an…

 

Solidarité ?...

 

Les “caisses sont vides”…

 

Jusqu’à mégoter les retraites des anciens combattants maghrébins, sénégalais et autres africains. Les fameux "indigènes" qui ont combattu dans les batailles les plus dures de la seconde guerre mondiale sous le drapeau français. Il n’en reste que quelques centaines, avec des retraites 8 à 10 fois inférieures à celles de leurs camarades de combats de nationalité française. Les “caisses sont vides”…

 

Solidarité ?... Egalité, fraternité ?...

 

Uniquement pour la rente et la spéculation.

 

Là, subitement, comme par magie, lapin surgissant du chapeau, l’argent sort de tous les côtés. A flots continus.

 

 

 

2. C’est la faute aux pauvres

 

A toute crise, son bouc émissaire. Cet inévitable schéma simplificateur est bien présent : “la crise vient de l’Amérique”. Ce serait la défaillance des “emprunteurs à risques” aux USA, difficilement solvables, à qui des banques dans leur générosité et sans discernement auraient eu la largesse de prêter. Avec facteur aggravant, le rôle pervers de courtiers en crédits peu scrupuleux.

 

Tel est le résumé du mécanisme déclencheur : le système bancaire aurait été trop bon, pour les faibles revenus, et abusé par de méchants intermédiaires. L’effet domino, entre banques américaines et européennes, via la “titrisation” de ces crédits a été longuement expliqué dans les médias. Mais, de façon biaisée.

 

C’est tout juste si le responsable initial ne serait pas le “pauvre”, voulant jouer au riche. Ou, au propriétaire. Et, de nous montrer, dans des documentaires, le récent immigré “latino”, obligé de vendre sa maison devenue invendable à la suite de la chute du marché de l’immobilier. Sous-entendu, par ces talentueux journalistes, chroniqueurs, commentateurs, “économistes ou d’investigation” : “ On n’a pas idée de s’acheter une maison, quand on n’en a pas les moyens”.

 

Salauds de pauvres !… Toujours eux qui mettent la pagaille là où il ne faut pas, et quand il ne faut pas… En plus, des “basanés” (colored) …

 

Il se trouve que j’ai travaillé au siège, à Atlanta, dans les services financiers, notamment des cartes bancaires, d’une des plus grandes chaînes de magasins aux USA, Rich’s. Intégrée, depuis le 6 mars 2005, dans le groupe Macy’s. J’étais en liaison avec les sociétés et associations de recouvrement regroupant leurs activités sur une dizaine d’Etats, avec pour membres : établissements financiers, assurances, et entreprises de tous secteurs ayant une activité de crédit. En compagnie de remarquables professionnels. Rien à voir avec des amateurs.

 

Curieusement, mon expérience est radicalement différente de celle des “journalistes-chroniqueurs-économistes-d’investigation”... Je n’ai jamais rencontré, aux USA, un professionnel du crédit accordant un crédit sans utiliser, au préalable, les techniques et logiciels de credit scoring pour passer au crible, même rapide, les possibilités de remboursement de l’emprunteur. Parmi les critères fondamentaux figurent en bonne place, pour les salariés par exemple : l’ancienneté dans l’emploi et la qualité de l’employeur.

 

Je n’ai jamais rencontré aux USA, un professionnel du crédit accordant un crédit à un emprunteur “insolvable”. Il n’y verrait et n’en retirerait aucun avantage. Ce métier ne fait pas dans le style “maso” ou “débile”. Certes, comme dans tout pays où l’industrie du crédit est florissante, prêter au maximum des possibilités de l’emprunteur ne pose pas de problème. Il est considéré comme une précieuse “vache à lait”. Et, par définition, un  “insolvable” est l’antithèse d’une “vache à lait”. Alors, aucun intérêt de prêter à un “sac à problèmes”…

 

En fait, le “défaillant” ce n’est pas “l’emprunteur”, ce n’est même pas le “prêteur”, c’est le système monétaire et économique dans son ensemble. La conception même de l’organisation collective. Le “sens” ou les “valeurs” structurant nos sociétés. La ploutocratie, dans un “remake” de la fable de La Poule aux Oeufs d’Or, a scié la branche sur laquelle elle était assise :

 

i) Les ménages aux USA, comme dans beaucoup de pays occidentaux étaient au maximum de leur endettement, à part la fraction la plus riche ou la plus privilégiée, du fait des blocages des salaires et du refus de la caste dominante de redistribuer la richesse nationale. En 2008, le salaire moyen de l’ouvrier ou de l’employé est inférieur à celui de  1973 (6).

Le crédit était vécu, ainsi, par les castes dirigeantes comme le substitut idéal à la redistribution de la richesse nationale : la majorité de la population s’endette pour consommer et se loger, se laissant tondre la laine sur le dos. Comme des moutons. Sans bouger : priorité étant de conserver, ou de trouver, un travail dans n’importe quelles conditions pour “payer les échéances”. Facteur de stabilité sociale en plus ! Tout le monde est content.

 

ii) Les ménages américains “emprunteurs” avaient la possibilité de rembourser à une condition : que les taux restent stables. Or, deux erreurs ont été commises :

 

=> La quasi totalité des crédits étaient à taux variable. De plus, sans butoir de prévu (un maximum de taux ou de variation). Ce qui est envisageable, avec une amplitude limitée, pour un crédit à la consommation portant sur du court terme, ne l’est plus pour un investissement à long terme, tel que l’achat d’un logement. En cas de forte augmentation, c’est l’étranglement assuré.

Phénomène qui a ravagé les crédits immobiliers en Espagne, où même des emprunteurs à hauts salaires sont en difficulté pour avoir vu leurs intérêts à taux variables tripler ou quadrupler.

 

=> la Réserve Fédérale des USA a augmenté son taux directeur de 1% à 5,25 % entre 2004 et 2006. La “crise” apparaissait dès fin 2006, avec une accélération en 2007. Le raz-de-marée était lancé. Mais, dans son aveuglement et sa fuite en avant, l’oligarchie n’a pas réagi.

Car l’augmentation des taux aurait dû être modulée : augmentée pour les entreprises, les nouvelles opérations de crédits à la consommation ou immobiliers (avec un plafond). Mais surtout, bloquée pour les encours de crédit, tant à la consommation (7) que pour les crédits immobiliers des “particuliers”. Avec interdiction pour les nouvelles opérations, bien sûr, de la pratique des taux variables du crédit immobilier des particuliers.

Habituée à tondre ses moutons, pour rester dans la métaphore animale, sans qu’il y ait de réaction, la ploutocratie s’est refusée à admettre que le maximum était atteint. Beaucoup de spéculateurs pensaient que des faillites ne seraient pas mauvaises pour faire des emplettes à bas prix d’actifs (assets) qui se revendraient, quelques temps après, avec une forte plus-value. Impossible d’imaginer que le mouton allait crever, et eux avec…

 

iii) Les premiers établissements financiers à être déstabilisés massivement étaient, évidemment, ceux qui avaient l’essentiel de leur portefeuille de clientèle concentré ou spécialisé dans le marché immobilier. Même si leur clientèle était solvable, au départ, elle ne pouvait absorber des augmentations de taux démentielles. Premier naufrage de Northern Rock en Grande-Bretagne, en début d’année, et des établissements réputés, aux USA, Freddy Mac et Fannie Mae, début septembre. 

 

Comme une traînée de poudre, le système provoquait l’effondrement avec lui de la crédibilité de tous les instruments financiers liés, de près ou de loin, à des manœuvres spéculatives. Notamment les fameux derivatives (produits dérivés) et tous les produits issus de “l’ingénierie financière”. Les certifications des plus grands cabinets d’audit ou les notations des agences spécialisées se révélaient caduques, la confiance s’était évaporée.

 

Ce fut la course éperdue aux liquidités. L'exemple le plus marquant fut Lehman Brothers voulant récupérer ses 17 milliards de dollars d'avoirs chez la banque J.P.Morgan. Cette dernière exigeant le remboursement préalable de la ligne de crédit de 23 milliards de dollars que ce confrère avait chez elle.


Les crédits à taux variables dans le financement de l’immobilier ne sont pas répandus en France, contrairement aux USA et à la GB, ou même à l’Espagne. Mais, les directions générales des banques françaises, comme leurs homologues suisses et autres banques européennes, focalisées sur les profits rapides et mirobolants de l’économie-casino, ont massivement investi les avoirs qui leur étaient confiés dans les produits spéculatifs des banques américaines…

 

La contamination s’est révélée générale. D’où ces plans d’aides massives par les Etats occidentaux. Pour sauver qui ?... La “vache à lait” ou le “mouton”, l’emprunteur de base qui fait tourner le système ?...

 

Non.


Pour sauver la mise des banquiers et des spéculateurs…

 

 

 

Suite :

Récession (2) : Le Cimetière des Catastrophes Bancaires...

Récession (3) : Tares du Système Bancaire : Le Virus IPRIS...

Récession (4) :  L'Etat au service du Lobby Bancaire...






 



 

1.  Cf. cette mirobolante prévision : http://www.dailymotion.com/video/x3zjk9_2008-lannee-du-krach-chinois_business%22%3E2008

2.  Cf. cette autre délirante analyse : http://www.dailymotion.com/related/x3zjk9_2008-lannee-du-krach-chinois_business/video/x3zio3_subprimes-contagion-ou-feu-de-paill_politics?from=rss

3.  Cf. notamment les attaques à l’encontre du sénateur Jean-Luc Mélenchon par des journalistes, tels Jean-Marc Morandini et Renaud Revel (L’Express), n’ayant ni regardé l’émission en cause, ni lu la retranscription de ses propos. Se comportant en Savonarole médiatiques, plus soucieux d’organiser un bûcher, que de tenir compte des faits, ou d’un minimum d’éthique professionnelle, http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=628#more-628

4.  Expression récurrente, par exemple, du chroniqueur Jean-Michel Apathie. A tel point, qu’elle était devenue par dérision, pour certains, son surnom : “Les Caisses sont vides”. Curieusement, ces derniers temps, cette expression a disparu de son vocabulaire. Elle n’est plus “tendance”, sans doute…

5.   Duval, Julien, Le mythe du “trou de la Sécu”, Editions Raisons d’Agir, Paris, Avril 2007.

6.  Lire les livres de Barbara Ehrenreich sur les USA “d’en bas” : http://stanechy.over-blog.com/article-10888996.html

7.  L'encours des crédits sur les cartes bancaires aux USA est estimé, à la louche, à 1 (un) trillion de $US. Soit 1, suivi de 18 zéros...


Caricature : ma favorite sur la "crise", parue dans The Guardian d'octobre 2008. Par le talentueux Martin Rawson.
Mettant en scène, comme dans un film d'horreur, quatre infirmiers s'apprêtant à soigner dans un asile "d'aliénés" (Madhouse...) un monstre devenu fou furieux, en plein délire autodestructeur, dont le nom est inscrit sur la porte de la cellule : Capitalisme (sans "e" en anglais).
Sarkozy, avant d'ouvrir la porte posant la question à ses trois compères, Merkel, Brown et Bush :
" Tout le monde est prêt pour le cachet d'aspirine ?...".
Lequel minuscule cachet, destiné à être administré au malade, est tenu par la flamboyante Merkel...

 



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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 10:21



Deux cocottes caquetantes ont pondu, de concert, un livre (1) intitulé :

 

“ Ennemis publics ”

 

 

 

 

 

Souhaitant me reposer du babillage politico-médiatique de la « crise financière », sur lequel je reviendrai, j’ai feuilleté ce week-end leur nombrilissime opuscule (2).

 

Concentré, trop peut-être, je fus saisi soudain de vertige :

 

... Je tenais " le vide " entre mes mains !...



Fascinante expérience ontologique ...

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  "Ennemis Publics", de Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy, Flammarion et Grasset, octobre 2008.

(2)  Consulter l’excellent dossier du Monde Diplomatique intitulé : L’imposture Bernard-Henri Lévy, http://www.monde-diplomatique.fr/dossier/BHL. Un délice. On en redemanderait. Surtout, un dossier complémentaire de la même étoffe sur son alter ego : Houellebecq…

 

Crédit photo : www.marocain.biz

 

 

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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 04:46

 


(2° partie de l'article)

 


Le Boomerang

 

L’euphorie !...  Le 8 août 2008, premier jour de l’invasion, à l’état-major géorgien, à l’OTAN, et dans les milieux gouvernementaux occidentaux, tout le monde planait. “L’Ours”, se prenait une bonne raclée. Incapable de réagir …

 

Dans la nuit du 7 au 8 août, les commandos avaient tué dans leur sommeil tous les observateurs russes, présents en Ossétie du sud dans le cadre d’un mandat international, neutralisant les systèmes de télécommunications et stations de surveillance. L’action était suivie d’un bombardement massif avec des lanceurs de fusées multiples, de type Grad. Une pluie de bombes. Un tapis d’explosions.

 

Particulièrement visée : la capitale de l’Ossétie du sud. Les chars géorgiens se ruant pour ce qui devait être une promenade. Les Ossètes n’ayant pas d’armée, à part quelques milices villageoises.

 

En Israël, les responsables pavoisaient. “Israël doit être fier de son armée qui a entraîné les soldats géorgiens !”, clamait en hébreu, sur la radio militaire israélienne, le ministre géorgien de la défense à la double nationalité, israélienne et géorgienne, Temur Yakobashvili… (12). Ajoutant : “Nous livrons à présent un combat contre la Grande Russie...”.

 

Les Russes essayant de prendre la mesure de l’action, son ampleur, sont surpris par les difficultés de repérer les batteries de missiles antiaériens. Perdant une quinzaine d’appareils de tous types. Ce qui est beaucoup, en si peu de temps. Un vrai tir aux pigeons. Décision est prise, alors, de casser méthodiquement la machine de guerre occidentale en Georgie. Même s’ils savent qu’elle va être rapidement reconstruite. Les poches des marchands d’armes ayant horreur du vide…


En une journée, malgré sa violence et l’importance des moyens utilisés, l’attaque est brisée par l’armée russe. C’est la débandade. L’armée géorgienne se volatilise, se liquéfie en quelques heures. Avec abandon de matériels à tous les coins de rue et de route. Pour le plus grand délice des ingénieurs russes, en train de décortiquer les derniers gadgets Israéliens et OTANesques...

 

Au passage, les Russes font comprendre aux occidentaux qu’il ne fallait pas s’amuser à prendre en otage leur port militaire de Sébastopol, via le “gouvernement” ukrainien à leur solde. Expliquant, calmement, qu’il ne leur prendrait que vingt minutes (oui : “20 minutes”, c’est leur évaluation) pour balayer la marine de l’OTAN présente en Mer Noire, si on insistait un peu trop lourdement dans cette direction. Fermeté dans la discrétion.

 

Ce “sauve-qui-peut” paraît surprenant (13). Le géorgien est un soldat redoutable qui a fait ses preuves, pendant la seconde guerre mondiale, sous l’uniforme soviétique et même allemand. Les bataillons géorgiens de l’armée allemande se sont illustrés, entre autres combats, dans la bataille de Falaise lors du débarquement en Normandie. Des durs à cuire, d’ordinaire.

 

Mais, dès les premières heures de l’invasion de l’Ossétie du sud (14), j’étais de ceux qui pensaient que l’armée géorgienne ne tiendrait que deux jours maximum. Je me suis trompé d’un jour. Pourquoi cette certitude ? Très simple :

i)  Une armée dont les officiers et l’état-major, dans leur majorité, sont corrompus et obsédés par le Business, est une armée de carton-pâte. Composée de soudards, cohortes de Rambo sanguinaires face à plus faibles qu’eux, tout au plus. Peu disposés à se faire trouer la peau sous les ordres de gangsters qui fuiront, dès qu’il y aura un combat sérieux, préférant s’occuper de leurs comptes secrets aux Bahamas…

 

ii)  L’armée géorgienne, a été formée par des instructeurs, américains et israéliens, qui ne connaissent que les opérations d’occupation, de “pacification” en Palestine, en Irak ou en Afghanistan. “Pacifier”, chez ces gens-là, veut tout simplement dire terroriser des gens désarmés ou faiblement armés, torturer et massacrer des civils sans défense, bastonner et emprisonner des enfants. La routine étant de surgir avec des hurlements dans les maisons, en défonçant les portes à coups de pied, à la recherche de “terroristes”. La nuit de préférence. En conséquence, comme lors de l’invasion du sud Liban en juillet 2006, face à des combattants bien armés et déterminés, les “envahisseurs” ne font pas le poids.

 

iii)  La contre-attaque russe allait être à la hauteur de l’agression. Les campagnes de diabolisation antirusses, si elles ont un impact sur une opinion publique désinformée dans les pays occidentaux, laissent les Russes de marbre. Ce n’est certainement pas les agitations moralisantes de responsables politiques menteurs et corrompus par les paradis fiscaux qui allaient les paralyser.

Ils considèrent les nomenklaturas au pouvoir en Occident, comme d’authentiques voyous sans foi ni loi. Depuis leurs manipulations électorales dans leurs propres pays, celles entourant la Constitution européenne ont particulièrement frappé les dirigeants Russes, jusqu’aux pires horreurs et spoliations qu’ils cautionnent un peu partout dans le monde. Il faut entendre off the record, la considération des officiels Russes pour un Dick Cheney, une Rice (l’un et l’autre, cadres dirigeants de groupes pétroliers US…) et la plupart des dirigeants européens… Désopilant.

 

iv)  Last but not the least : les occidentaux, en Georgie, avaient en face d’eux la 58° Armée russe. Une des meilleures, des plus opérationnelles et des mieux encadrées de Russie. Fer de lance de la rénovation en cours des forces armées du pays. Le Top.

 

Après avoir écrasé l’attaque géorgienne en Ossétie du sud, l’armée russe passe à la deuxième étape : destruction de toute l’infrastructure de la machine de guerre édifiée par les occidentaux en Georgie. A titre de leçon. Pour bien faire comprendre le message : la Russie de 2008 n’est pas la Russie de 1989. Ce n’est pas un paillasson sur lequel on s’essuie les pieds impunément…

 

Tout en prenant soin de ne pas toucher aux infrastructures civiles, contrairement à la pratique systématique des armées israéliennes et américaines, en Palestine, au Liban, en Irak. Ou des armées de l’OTAN, en général, comme on peut le constater quotidiennement en Afghanistan. Ils auraient pu aussi bien faire sauter l’intégralité des oléoducs transportant le pétrole de Bakou, sur la Mer Caspienne, à la Méditerranée. En deux jours, la démolition aurait été achevée.

 

Ils ne sont même pas entrés dans la capitale Tbilissi, pour s’emparer du ramassis de bandits en col blanc qui rackette ce pays et les traduire en jugement pour crimes de guerre. En signe de bonne volonté à l’égard des gouvernements occidentaux, et à leur demande insistante, ils ont épargné leurs protégés. De toute façon, ils sont vomis par le peuple géorgien et n’en ont pas pour longtemps à rester au pouvoir.

 

La modération. Pour cette fois-ci…

 

Devant l’échec imprévu de leurs plans, les gouvernements occidentaux n’avaient plus aucune marge de manœuvre. C’était le douloureux retour du boomerang. En pleine figure. Leur restaient : gesticulations, menaces et grandes déclarations dans la diabolisation de la Russie. A outrance (15). Ce fut la montée en puissance de l'appareil de propagande. L’hystérie. Comme d’habitude, on décida de  réécrire l’histoire. Pourquoi se gêner ?... 

 

Dans cette fable, la Russie devient ainsi l’agresseur et le responsable de ce conflit, pour avoir attaqué un “petit Etat démocratique et pacifique” qui ne souhaitait que vivre en paix avec ses voisins, dans la béatitude d’une société idyllique… Et, de ce fait la Russie, Etat agressif par définition, pour ne pas dire “voyou”, se retrouve, dans l’imagerie de cette propagande, isolée de la “Communauté Internationale”, mise au ban des nations.

 

C’est prendre ses désirs pour la réalité.

 

 

La géopolitique de l’Aïkido

 

Evidemment, à aucun moment les médias dans leur russophobie frénétique n’ont tenu compte des réalités en Russie. Encore moins dans la sphère non occidentale. Cultivant la désinformation. Préférant garder la tête dans le sable, dans le déni de l’effet boomerang. Car, l’agression occidentale a entraîné des conséquences qui n’étaient pas celle espérées par les gouvernements ayant cautionné pareille aventure.

 

 

 


La Russie, ses dirigeants, désavoués, isolés ?... Soyons sérieux :

 

=> En Russie, cette agression a démultiplié l’immense popularité du tandem Medvedev-Poutine. Cette nouvelle génération de dirigeants détestée par les castes au pouvoir en Occident. Malheureusement pour ces prédateurs, ils sont soutenus par l’écrasante majorité des Russes. Même si les médias occidentaux ne le mentionnent jamais.

Ce ne sont pas les corrompus de l’ère Eltsine, livrant leur pays au pillage des multinationales, de l’énergie et des mines, adossées aux mafias. Non seulement, ces dirigeants ont sorti le pays du chaos organisé par l’Occident, mais en plus ils savent le défendre et lui restituer sa dignité. Incarnant, pour le peuple Russe, la résistance aux manœuvres meurtrières et humiliantes des gouvernements occidentaux.

 

=> Sur le plan international, en dehors de l’Occident et de sa propagande, le prestige et la popularité de la Russie n’en ont été que davantage renforcés. L’écrasement de l’agression occidentale a été vécu avec joie, et soulagement, dans tous les pays (Amérique latine notamment) comme la fin annoncée du monde unipolaire tel qu’il était voulu et administré par l’Occident. Sachant qu’il faudra du temps pour en démanteler toutes les structures et connexions. 

 

=> Rapprochement avec la Turquie. La Turquie, dont l’appareil militaire est intégré à l'OTAN, n’a pas apprécié cette attaque à l’encontre de la Russie, sur ses frontières. Limitrophe de la Georgie, cette guerre lui est apparue comme irresponsable. Elle l’a manifesté clairement en refusant le droit de passage en Mer Noire de deux croiseurs lourds US. Dès le début de l’attaque géorgienne, elle a manifesté auprès de la Russie sa volonté de mettre en place une coopération pour que la Mer Noire soit gérée exclusivement, son avenir comme ses problèmes de voisinage, par ses riverains et non pas par des Etats lointains armant des pays les uns contre les autres. Tournant important.

 

=> Soutien de la Chine. La Chine s’est montrée d’une modération exemplaire. La sérénité des Jeux olympiques était à préserver. Et, par principe, la confrontation est systématiquement évitée par la diplomatie chinoise. Surtout face aux provocations. Elle n’en a pas moins exprimé sa “compréhension” de l’attitude Russe, de ses motifs politiques et légaux, dans ce conflit.

 The Chinese side was informed of the political and legal motives behind Russia’ decision and expressed an understanding of them” (16). Telle est la déclaration officielle. En termes clairs, cela veut dire aux occidentaux : “Arrêtez de faire les idiots”…

 

=>  Renforcement de la coopération économique et militaire du SCO. Les chefs d’Etat, Russe et Chinois, ont tenu un sommet du SCO, le 27 août 2008, à Duchambe capitale du Tadjikistan. Tous les Etats membres du SCO ont exprimé leur solidarité avec la Russie.

Rappelons que le SCO (Shanghai Cooperation Organization), fondé le 15 juin 2001, regroupe, outre la Russie et la Chine, tous les pays producteurs de gaz et de pétrole d’Asie Centrale : Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan. Sont admis comme Etats “observateurs”, dans la perspective de leur intégration à cette organisation : Inde, Iran, Mongolie et Pakistan.

 

=> D’autres pays de la région ont manifesté une “compréhension” identique, allant de la “neutralité positive” au soutien fortement affiché. Une réaction m’a particulièrement intéressé : celle de l’Azerbaïdjan affichant son mécontentement lors de la visite de Dick Cheney qui, reçu avec la plus grande froideur par les autorités, en a été réduit a écourter son séjour. L’Azerbaïdjan, entend ne pas s’aligner systématiquement sur les menées guerrières occidentales.

S’ajoute à cela, la chaleureuse réception du premier ministre Turc en Arménie. Autre signe fort, compte tenu du contentieux historique entre ces deux nations, que le catastrophique exemple du modèle colonial géorgien agit comme repoussoir. Un nouveau mode de relations et de coopération se dessine. Le Caucase ne veut pas être les Balkans.

 

 

Le retour de bâton encaissé par l’Occident en Georgie, dessine en filigrane les points d’ancrage de la géopolitique de la Russie, qui présente beaucoup de similitudes avec celle de la Chine. Le concept dominant étant celui que j’appelle “la géopolitique de l’aïkido” : utiliser l’énergie de l’agression contre son auteur. Autrement dit : ne jamais répondre à la provocation, éviter l’affrontement. Par contre être inflexible lors d’une attaque et immédiatement réactif, en retournant contre l’adversaire la force qu’il applique dans l’assaut.

 

Apparaissent ainsi trois points essentiels :

 

1. Un destin collectif porteur de “sens” et d’un énorme potentiel

 

Dans son projet de société, la Russie accepte les grands principes du libéralisme économique, mais refuse le capitalisme sauvage. Trois lignes directrices complémentaires :

+ Maintenir le pouvoir économique “privé” sous l’autorité de l’Etat, et au service de la collectivité, et non pas mettre l’Etat au service des pouvoirs et intérêts économiques “privés” (encore moins mafieux)

+ Préserver l’excellence des fondamentaux : aucun endettement extérieur, excellent taux de croissance annuel (dans le groupe des pays supérieurs à 5% par an), exploitation dans une perspective de “développement durable” de la valorisation des immenses richesses minières et énergétiques du pays

+ Combler le “déficit démographique” (grande différence sur ce plan par rapport à la problématique chinoise) conséquence des pertes colossales de la seconde guerre mondiale (plus de 30 millions de morts) et des différentes “purges” et autres dérives du stalinisme, par une politique nataliste volontariste.

Sur ce point on mesure la stupidité, ou la mauvaise foi, de la propagande occidentale : comment un pays immense avec une faible population (37 fois la France, avec une population qui fait un peu plus du double), aux fabuleuses richesses et ressources, serait ou aurait pour objectif d’être “expansionniste” ?...

 

 

2. Le danger permanent de la volonté hégémonique de l’Occident

 

La Russie se doit de vivre et d’être préparée à toutes les éventualités face à une volonté hégémonique de l’Occident refusant un monde multipolaire :

+ Refusant le modèle économique Russe différent du sien  (l’Etat, en Occident, est au service des intérêts de groupes privés et d’une économie de guerre) toutes les manœuvres de déstabilisation intérieure et extérieure seront systématiquement lancées à intervalles réguliers

+ Souhaitant s’emparer ainsi, directement ou indirectement, de ses richesses minières et énergétiques

+ N’admettant pas, en regard des progrès de la Russie, sa propre décadence : stagnation ou récession économique, modèle économique de capitalisme sauvage en pleine implosion, endettement extérieur élevé

+ Du fait de ses crises sociales récurrentes, dans un climat de récession économique, des dirigeants politiques corrompus amenés à se maintenir au pouvoir par la peur entretenue : la Russie étant diabolisée avec d’autres nations refusant le modèle économique occidental de mainmise du privé sur l’Etat (Chine, entre autres)

+ Dans un mécanisme de fuite en avant, sous la pression de son économie de guerre, prêt à multiplier les aventures militaires pour maintenir son hégémonie, en dehors de toute considération de respect des conventions internationales.

 

 

3. La nécessité d’un monde multipolaire

 

Face à ces menaces et pour en diminuer l’intensité, la Russie se doit de :

 

+ S’armer, sans se laisser enfermer dans une course aux armements suicidaire. Priorité étant donnée au développement économique et à l’amélioration du niveau de vie de la population

+
Multiplier les efforts pour accélérer l'émergence en cours d’un monde multipolaire, en multipliant les accords avec des organisations régionales sur tous les continents, ainsi que la participation à toutes les négociations internationales

 

+ Ne jamais s’enfermer dans une dynamique de provocation, de confrontation en donnant priorité à la concertation ou la négociation

+ Se montrer inflexible en cas d’attaque et riposter sans faiblir.

 

 

En face, l’Occident enfermé dans son sentiment de supériorité et d’infaillibilité n’a qu’une géopolitique : maintenir sa suprématie par la violence. Malgré les échecs répétés d’une telle politique. Aveugle à l’évolution du monde.

 

Si ce n’était le tragique des destructions et des tueries, l’équipée guerrière des nomenklaturas occidentales sur les frontières russes, via la Georgie, dans leur délirante géopolitique, prêterait à rire.

 

Des mégalos corrompus, dans une bousculade d’arrogance et de mensonge, avec tromblons, grosses caisses et cymbales, prétendant se livrer à …

 

La Chasse à l’Ours.

 

 

 

 

(12)  Hirschberg, Peter, Georgia’s Israeli arms point Russia to Iran, Asia-Times, 14 août 2008, http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/JH14Ak02.html

(13)  Halpin, Tony, Georgian army flees in disarray as Russians advance, The Times, 12 août 2008, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/europe/article4509692.ece

(14)  En Abkhazie, se trouvaient des observateurs de l’ONU dans le cadre des conventions internationales. L’envahir dès les premières heures aurait pu créer une impression “fâcheuse”. Il convenait donc de commencer par l’Ossétie du sud, pour envahir l’Abkhazie dans un deuxième temps. Sous un prétexte quelconque…

(15)  Un des exemples dans cette hystérie Russophobe, parmi les plus pathétiques, est celui donné par le leader de l’opposition britannique (Conservateur) David Cameron. Lire, pour en rire, l’article publié par Gaby Hinsliff, paru dans The Observer du 17 août 2007 : Stop Russians coming to UK, says Cameron – Tory leader calls for diplomatic reprisals over Georgia after controversial trip to Caucasus.

(16)  Cf.: http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/JH30Ag03.html

 

 

 

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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 04:30

 

 

 

Ils ne respectent rien … ”.

 

Ce fut le premier commentaire de nos amis Chinois, du moins ceux intéressés aux enjeux diplomatiques et géopolitiques, sereinement fatalistes devant une évidence, apprenant l’invasion de l’Ossétie du Sud par la Georgie, dans la nuit du 7 au 8 août 2008. Au moment même de l’inauguration des Jeux Olympiques de Pékin.

 

Référence au principe de la trêve entre nations antagonistes, telle que l’appliquaient les Grecs dans l’Antiquité, lors des jeux olympiques. “L’idéal olympique”, sensé rapprocher les peuples et atténuer les différends…

 

Mais, aussi aux traités et accords internationaux signés entre l’ONU, la “Communauté Internationale”, et les anciennes républiques qui formaient la fédération de l’URSS, pour la résolution délicate et conflictuelle des choix nationaux de cette mosaïque d’ethnies, une quarantaine, vivant dans l’immense Caucase. Avec leurs langues, leurs traditions, leurs religions. Peuples imbriqués, frères souvent ennemis, depuis des siècles.

 

Massif montagneux, carrefour de vallées. Région instable, riche d’enjeux économiques déterminants pour les décennies à venir, pétrie de violences, meurtrie par des conflits, des déportations, des génocides. Une des régions du monde actuel qui ont le plus besoin d’apaisement, de dialogue, de concorde et de paix. Sur laquelle les prédateurs viennent jeter l’huile sur le feu.

 

Attiser les haines. Diviser pour régner…

 

 

Halhin Gol

 

Il existe peu de livres en langue française sur la région du Caucase, et la Russie en général, qui ne soient pas financés par la propagande russophobe. Parmi les rares exceptions j’en conseille un, publié en 2006, pour ceux qui voudraient comprendre ce qui se passe derrière l’écran de fumée de la désinformation ambiante : A la conquête du Caucase – Epopée géopolitique et guerres d’influence. Du sérieux, bien documenté, qui présente, en plus, l’avantage de se lire comme un roman d’aventure (1).

 

Evidemment, la Georgie (2), tout le monde le sait, n’étant qu’un protectorat forgé par les occidentaux depuis l’effondrement de l’URSS, renforcé par le coup d’Etat ayant éliminé Chevardnadze, le “ils” n’était que la désignation des castes au pouvoir en Occident.

 

Les Chinois retrouvaient les inévitables interférences et pratiques pour susciter, entretenir, financer, guerres civiles et antagonismes, dans un pays ou à ses frontières. Dont eux-mêmes avaient longtemps souffert lors de l’occupation de la Chine. Et, subissent encore, au Xinjiang, au Tibet ou dans les obstacles mis par l’Occident à la réintégration de Taiwan dans la Chine. En Georgie, c’est la Russie qui était visée.

 

Priorité était donnée, par les Chinois, au bon déroulement des Jeux. Une splendide réussite. Sur tous les plans. Mais, au plus haut sommet de l’Etat, dans la discrétion, les évènements de Georgie  étaient suivis heure par heure.

 

Par une équipe pluridisciplinaire, constituant une Data Room. Compilant et analysant toutes les informations sur les manœuvres et les moyens employés dans le montage de l’agression. En liaison avec leurs homologues Russes. Aucun domaine n’y échappait : militaire (stratégie, tactique, systèmes d’armes et leur combinatoire), diplomatique (gesticulations publiques et manœuvres souterraines), désinformation, propagande …

 

Car, à l’égard de la Russie, un palier majeur venait d’être franchi en ce 21° siècle.

 

Majeur.

 

De la provocation, les occidentaux passaient à l’agression armée.

 

Jusqu’à présent, les attaques contre la Russie, depuis les entreprises de pillage et de démantèlement du pays en cheville avec les mafias sous Eltsine, se limitaient à des opérations de déstabilisation intérieure. Via des ONG “bidons” ou des “dissidents” médiatiques financés par les services spéciaux occidentaux.

 

Sur le plan extérieur, un encerclement systématique, avec pour bras armé l’OTAN, justifié auprès de l’opinion publique occidentale par d’intenses campagnes russophobes, appuyant des provocations par l’implantation de missiles à longue portée dans des Etats d’Europe centrale frontaliers de la Russie, par la pression dans l’urgence pour inclure l’Ukraine et la Georgie dans l’OTAN, et autres manœuvres d’harcèlement… Alors que l’équivalent de l’OTAN soviétique, Le Pacte de Varsovie, a complètement disparu.

 

La Chine est bien placée pour savoir que sa déstabilisation, sa partition même, sont programmées avec détermination par les occidentaux. Malgré leurs semblants de bonnes intentions hypocritement diplomatiques. Comme pour la Russie. D’où son intérêt dans l’examen attentif des rouages de cette opération.

 

La propagande occidentale n’a cessé de justifier son agression militaire antirusse, à partir de la Georgie, comme étant “ l’anti-Munich” (3). Ce qu’il aurait été courageux d’accomplir quand Hitler s’est emparé de la Tchécoslovaquie, au lieu de signer les accords de Munich en septembre 1938...

 

Mais, Russes et Chinois se réfèrent, s’agissant de la même époque, aux pressions et agressions japonaises contre la Russie soviétique. Le Japon, visant les immenses richesses pétrolières et minières de la Sibérie, avait provoqué et attaqué les soviétiques aux frontières de la Mandchourie et de la Mongolie, pour tester leur capacité de résistance. Sous le commandement du futur maréchal Joukov, cette tentative se termina par l’écrasement des japonais lors de la bataille de Halhin Gol du 31 août 1939. Suivi d’un cessez-le-feu le 15 septembre suivant.

 

La Chasse à l’Ours” avait tourné au désastre, avec un effet secondaire capital : l’armée de terre japonaise, dominant la pensée géostratégique de l’Empire Japonais, perdit son influence au profit de la marine qui réorienta l’expansion militaire vers le Pacifique, au lieu de l’intérieur du continent asiatique et de la Sibérie…

 

Sans aller jusqu’à retracer dans le détail la chronologie de “La Chasse à l’Ours” occidentale en Georgie, retenons quelques faits marquants pour comprendre les points d’ancrage actuels de la géopolitique Russe. Et, en contrepoint, l’aveuglement géopolitique occidental.

 

 

 

 

Le Masque

 

L’agression armée occidentale, du mois d’août 2008, s’est avancée masquée. Derrière l’écran de la Georgie. Authentique colonie occidentale, gérée par les USA et leurs auxiliaires israéliens. Il y a, en effet, en Georgie une communauté de 12.000 personnes environ, possédant la double nationalité israélienne et géorgienne (4).

 

Communauté très influente, plusieurs de ses membres sont ministres du gouvernement géorgien, et très active dans le Business : commerce des armes notamment, immobilier, sociétés de sécurité ou de conseillers militaires, et établissements de jeux. Avec tout ce que cela suppose ou entraîne comme activités secondaires…

 

Régime de protectorat ou de colonie, officiellement entériné depuis 2002 (5). Militairement, le pays avait perdu son indépendance de facto lors de la signature des accords militaires signés par Chavernadze, cette année là, avec les USA. En contrepartie d’une aide financière, pour “sauver” son pays englué dans un endettement gigantesque alimenté par une corruption endémique dont les nomenklaturas occidentales, pas seulement les marchands de  canons, sont les principaux  bénéficiaires.

 

Un doute ?...

L’accord militaire signé entre les deux Etats est léonin : il donne un droit d’entrée sans visa aux soldats des forces américaines sur le territoire georgien. Les militaires américains disposent également du droit de porter une arme à feu personnelle, un privilège interdit aux soldats géorgiens eux-mêmes, et bénéficient de l’immunité diplomatique. Les avions et les véhicules militaires américains peuvent pénétrer dans l’espace aérien ou sur le territoire national sans taxe ni inspection. Enfin la Georgie ouvre ses aéroports au transit des appareils de l’US Air Force vers l’Irak et s’engage à fournir elle-même un contingent à la coalition proaméricaine en guerre contre Bagdad.” (6)

 

A cela s’ajoutait un volet économique interdisant, de façon plus ou moins voilée, tout investissement Russe en Georgie. La libre concurrence n’étant qu’un mythe chez ses prêcheurs… Chevardnadze, soucieux d’un rééquilibrage nécessaire à l’indépendance et à la modernisation de son pays, veut passer outre :

Fin juillet (2003), il signe un accord de livraison de gaz avec le géant Gazprom valable vingt-cinq ans ; après quoi, le 7 août, il annonce la vente de la moitié du réseau d’électricité du pays à la société russe UES. La nouvelle entreprise mixte créée pour l’occasion appartiendra pour les trois quarts aux Russes d’UES et pour un quart à l’Etat géorgien” (7).

 

 La foudre s’abat :

 “… le 25 juillet 2003 le FMI exige une réduction immédiate du déficit budgétaire de 65 millions de dollars, ainsi qu’une hausse des impôts et des tarifs de l’électricité” (8).

 

L’étranglement. Le coup d’Etat est lancé. Intitulé La Révolution des Roses, pour faire soft dans les plans médias de la propagande occidentale. Etranglement financier, blocage des comptes, campagne de corruption et de communication à l’encontre de Chevardnadze. La démolition est en marche avec les inévitables ONG-CIA, radios “privées” aux financements occultes, distribution de dollars (en espèces) aux manifestants, aux milices et aux mafias locales. Toute la caisse à outils des coups d’Etat “new look”…

 

Chevardnadze, dépassé, isolé, est éjecté. Remplacé, en décembre 2003, par Saakachvili. Ancien avocat américain, membre du cabinet new-yorkais Paterson. Il possède la double nationalité américaine et géorgienne. Saakachvili ?... La docilité incarnée.

 

Et, soudain : le miracle ! L’avalanche ! Le torrent d’argent se déversant sur la Georgie est impressionnant !  Au point qu’en mai 2004, les USA assurent un cinquième du budget de l’Etat géorgien. Le FMI, oubliant subitement ses manœuvres de strangulation du temps de Chevardnadze, accorde 144 millions de dollars d’aide. L’UE obéissant aux ordres, en bon vassal, en accorde 150 millions.

 

Sans compter divers programmes privés américains, aux obscures ramifications, tel le Millenium Challenge Account, rajoutant des montants équivalents. Par habitant, la Georgie est désormais le pays le plus fortement alimenté en aide américaine et internationale, au monde, après Israël.

 

Encore plus fort :

Lors de la conférence internationale consacrée à la Georgie qui se tient le 16 juin 2004, une surprise de taille se produit : la Banque Mondiale et les grands donateurs offrent un milliard de dollars, une somme plus de deux fois supérieure à celle demandée par le gouvernement géorgien. De mémoire de banquier international, on n’a jamais vu ça.” (8)

 

Une pluie de dollars et d’euros… “Son budget a plus que doublé…” (9). Mais, pour ne pas changer dans ce type d’aides, le pays reste aussi pauvre et corrompu. Pourquoi s’étonner ?... Le budget militaire “officiel”, en un an (2004-2005), est plus que quadruplé. En fait, l’augmentation exponentielle des aides est massivement basculée dans les poches des marchands d’armes.

 

La corruption s’en trouve renforcée. Santé, éducation, solidarité avec les démunis et les précaires ?... Pas possible : les caisses sont vides ! Le pauvre reste pauvre. La Georgie, mine d’or pour les corrompus et les marchands de canons, s’arme jusqu’aux dents.

 

Bref, la Georgie n’a d’indépendance que le nom. Véritable enclave occidentale ou colonie. Porte-avions en plein Caucase. Vocation ?... Surveiller les oléoducs, exercer une pression armée sur la Russie aussi bien que sur l’Iran, bouter progressivement la Russie hors du Caucase. Il ne restait qu’à en tester l’efficacité…

 

 

La Préméditation

 

Tout avait été préparé, programmé, planifié. Depuis des mois. Méticuleusement.

 

La Georgie, devait annexer définitivement l’Ossétie du sud et l’Abkhazie qui depuis l’éclatement de l’URSS souhaitaient leur rattachement à la fédération Russe, la Communauté des Etats Indépendants (CEI). Contrairement aux tracé des républiques décidé, en son temps, par Staline le Georgien. Maître tout-puissant de l’URSS, il avait agrandi sa terre natale en lui rajoutant d’un trait de crayon : l’Abkhazie et une partie de l’Ossétie. Dénommée, depuis : Ossétie du sud.

 

Le fondement stratégique de l’opération reposait sur une action militaire foudroyante, avec deux composantes  essentielles : une surprise totale des Russes et leur paralysie face aux intenses campagnes de diabolisation du pays et de ses dirigeants.

 

Les aides colossales à l’échelon de la Georgie, engrangées depuis les cinq dernières années, ont servi en premier lieu à des achats massifs d’armement ultramoderne vendu par les principaux fabricants d’armes occidentaux : missiles de tous calibres et de tous usages (anti-aériens, en particulier), blindés, artillerie, systèmes d’armes électronique, optronique, drones, transmission et surveillance, appareils de vision nocturne, informatique militaire. Israël, à lui seul, en a vendu “officiellement” pour plus de US $ 200 millions. Tout l’arsenal d’une armée “dernier cri”.

 

A cet arsenal correspondaient des investissements sans compter, pour le plus grand profit des sociétés de construction liées au pouvoir mafieux, dans l’édification et l’agrandissement de bases militaires. Budgets et appels d’offres, contrats, comme toujours dans ce genre de Business, largement surévalués et sans contrôle des coûts de revient effectif… Que voulez-vous ?... Il faut bien caser tout cet arsenal et accueillir leurs utilisateurs !…

 

En plus, il convient de les former, de les encadrer. Là, encore, les budgets de “formation” explosent. Les “conseillers” militaires occidentaux sont envoyés en nombre. Pour l’essentiel américains et israéliens. Plus d’un millier d’instructeurs israéliens encadraient l’armée géorgienne, tout spécialement au niveau de son état-major, à la veille du conflit.

A cette dispendieuse préparation militaire, s’ajoute la planification de l’opération militaire. Une préparation militaire gérée par des conseillers militaires israéliens et américains, avec le général israélien Gal Hirsch à leur tête (10). C’est un des stratèges de l’invasion du Liban en juillet 2006, qui avait vu la destruction de l’intégralité des infrastructures du pays et le largage de milliers de bombes à sous–munitions qui explosent encore de nos jours. Il avait quitté l’armée israélienne à la suite des résultats de la Commission Winograd qui l’avait accusé d’incompétence …

 

Il est vrai que les stratégies actuelles, israélienne et américaine, sont des plus primaires. Pas besoin d’un génie : bombardement massifs, notamment d’infrastructures civiles (parmi les bombardements les plus déments : usines de conditionnement de lait au Liban ou stations d’épuration d’eau en Irak…), suivis d’un assaut de troupes surarmées face à des civils sans armes. Ou du moins, lorsqu’ils sont armés, avec un différentiel en qualité d’armement qui fonde la supériorité des troupes d’invasion.

 

Le bombardement de Tskhinvali, la capitale de l’Ossétie du sud, était donc essentiel pour en chasser les habitants et terroriser le reste de la population. A la suite de ce massacre, le nettoyage ethnique contre les populations Ossètes et Russes se mettrait en route de lui-même.

 

Un point avait été spécialement peaufiné. Pour neutraliser toute intervention de l’aviation russe, avait été mis en œuvre un système très sophistiqué de liaisons par satellite militaire, spécialement positionné au-dessus de la zone de guerre, pour gérer les batteries de missiles anti-aériens.

 

Dans les configurations classiques, les batteries antiaériennes sont équipées de radars pour repérer les avions ennemis et guider les missiles vers leurs cibles. Ce qui les rend vulnérables aux contre-mesures électroniques. Il existe même des missiles air-sol antiradars. L’emploi d’un satellite militaire pour ce repérage et guidage, permettant de se passer de radars au sol, rendait les avions russes vulnérables, dès leur décollage, et les batteries pratiquement invisibles. Très efficace.

 

Pour affiner l’organisation d’ensemble, un galop d’essai avait été organisé. C’est ainsi que trois semaines avant l’attaque surprise, à la mi-juillet 2008, des manœuvres avaient rodé l’appareil militaire et surtout la coordination interarmes. Rien que du beau monde dans ces manœuvres : plusieurs membres de l’OTAN, et aux côtés de la Georgie, l’Ukraine. La France, bien sûr, y a participé… Des manœuvres complémentaires entre la Georgie et les USA se sont, même, tenues à partir de la base militaire de Vaziani, à moins de 100 km des frontières de la Russie.

 

Cerise sur le gâteau : il était prévu d’opérer, par les autorités ukrainiennes, un blocus du port militaire russe de Sébastopol dans la province de Crimée, se trouvant pour le moment dans l’Ukraine actuelle, sous forme d’un bail locatif (11). Sous prétexte d’un embargo militaire pour calmer le conflit en cours… Profitant du désarroi probable des Russes devant l’attaque-surprise, renforcée d’une campagne d’intimidation des pays de l’OTAN.

 

L’agression était soutenue sur le plan médiatique par une écrasante campagne de propagande antirusse mobilisant tous les médias. Longuement élaborée avec ses déclinaisons thématiques décrivant les Russes comme d’implacables “agresseurs”, “revanchards”, “expansionnistes”, “ivres de conquêtes”, “destructeurs de démocraties”, qu’il convenait, bien évidemment, de condamner énergiquement. Mobilisant toutes les ressources médiatiques et académiques. Avec, bien sûr, les inévitables “spécialistes” de la Russie portant des noms à consonance russe, ou slave, pour conforter la crédibilité de leurs propos russophobes. Selon un argument central : montrer sa détermination en muselant L’Ours Russe

 

Suprême raffinement : le déclenchement de l’opération devait s’opérer au moment du lancement des Jeux Olympiques à Pékin, en pleine période estivale. Plusieurs avantages : l’opinion publique internationale aurait l’attention détournée par l’évènement sportif. Poutine, le premier ministre, serait absent de Moscou pour représenter la Fédération Russe à Pékin, et le président Medvedev serait en vacances dans la résidence officielle de Sotchi.

 

Seul défaut de cette stratégie : considérer pour acquis l’acceptation par les Russes, sous le choc de l’attaque-surprise et des campagnes d’intimidation, du fait accompli.

 

 

 (A suivre...)

 

N.B.  Mille excuses auprès de mes lecteurs : j'ai été contraint de scinder cet article en deux, du fait du blocage de sa publication par l'hébergeur. Motif : "trop long"... Comme je le dis dans un commentaire : Patientons, nous n'en sommes qu'à la préhistoire d'internet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Hoesli, Eric, A la conquête du Caucase – Epopée géopolitique et guerres d’influence, Editions des Syrtes, 2006, 685 pages. Résultat d’une dizaine d’années de travail et de nombreux séjours dans le Caucase, avec une excellente cartographie. Lire, notamment, la sixième partie : “La lutte pour le contrôle des richesses pétrolières” (p. 505 – 612). L’auteur, Suisse, exemple de journalisme de rigueur et d’honnêteté, que nous n’avons plus en France, dirige les plus grands journaux de son pays.

(2)   La Georgie a donné à l’URSS plusieurs de ses dirigeants. Avec leurs qualités et leurs défauts… Staline, né à Gori d’un père Géorgien et d’une mère Ossète. Ou encore, Beria, son implacable ministre de l’intérieur et de la police, grand pourvoyeur des goulags, né aux environs de Soukhoumi en Abkhazie. Plus récemment, un de ses plus influents ministres des Affaires Etrangères, Chevardnadze. Après l’éclatement de l’URSS, élu à la tête de la Georgie, les occidentaux le remplaceront par Saakachvili.

(3)   Parmi les articles d’une russophobie abyssale sur ce thème de propagande, lire l’article paru dans Le Monde du 20-08-08 : Pusillanimité occidentale face à la Russie. Par Françoise Thom, présentée comme «  historienne, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris IV - Sorbonne ». Savoureux !  Du fanatisme “ziocons” pur sucre. Pauvre Sorbonne, se dit-on. Du niveau des publications de l’American Enterprise Institute

(4)   Zarchin, Tomer et Blumenkratz, Zohar, We’ve reached a safe haven – say Israelis returning from Georgia, article du journal israélien Haaretz du 13 août 2008, http://www.haaretz.com/hasen/spages/1010833.html

(5)   Dès 1998, profitant des énormes problèmes économiques et sociaux de la Russie, les USA sous Clinton renforcent l’axe Turquie – Georgie - Azerbaïdjan, réactivant l’organisation régionale à dominante militaire intitulée GUAM (Georgie - Ukraine- Azerbaïdjan - Moldavie).

(6)   Hoesli, Eric, Op. Cit., p. 606.

(7)   Hoesli, Eric, Op. Cit., p. 607.

(8)   Hoesli, Eric, Op. Cit., p. 608.

(9)   Hoesli, Eric, Op. Cit., p. 609.

(10)  Melman, Yossi, Georgia Violence – A frozen alliance, Haaretz, 10 août 2008. De plus, un accord secret avait été conclu entre Israël et la Georgie pour la concession de deux bases aériennes devant servir aux bombardements de l'Iran par l'aviation israélienne : http://www.washingtontimes.com/news/2008/sep/04/israel-of-the-caucasus/

(11) Dreyfus, François-Georges, Une histoire de la Russie, Editions de Fallois, 2005,  cf.chapitre “Poutine le temps de la reconstruction”, p. 253 :

La crise ukrainienne de l’automne 2004 n’a pas réchauffé les relations Moscou - Washington et a refroidi un  temps les relations avec Berlin. Pour les Russes, et historiquement ils n’ont pas tort, l’idée d’un Etat ukrainien repose sur un mythe, il n’y a jamais eu d’Etat ukrainien dans l’histoire : le particularisme ukrainien ne s’est vraiment développé qu’à l’ouest du Dniepr du temps des occupations austro-allemandes ou de l’autoritarisme tsariste après 1860. Il renaît après 1990, soutenu cette fois-ci par l’Etat polonais, qui veut établir un glacis entre la Russie et la Pologne, avec l’appui des Etats-Unis toujours en tête, pour déstabiliser la Russie. Cette politique contribue vraisemblablement à renforcer l’influence de Poutine sur le peuple russe : aux yeux du Russe moyen, Kiev est une ville russe !”

 

 

Caricature : de Steven Bell, publiée dans The Guardian le 15 août 2008. Avec Bush portraituré en singe bafouilleur, sautillant aux pieds de L’Ours symbole de la Russie, mélangeant, avec à propos pour une fois, “irrational” et “international” pour qualifier la “Communauté Internationale” …

 

 

 

 

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 10:36

 

 

 

" On croit mourir pour la patrie ;

  On meurt pour des industriels "

  Anatole France






Le 18 août 2008. Premiers résultats du renforcement du contingent français en Afghanistan : 10 morts, 21 blessés. Accessoirement plusieurs véhicules blindés et camions détruits (1). En une seule embuscade. Notons au passage : aucun officier, encore moins "officier supérieur", parmi les morts et les blessés...


Une gerbe de sentiments...


Tristesse devant ces jeunes morts, et blessés, dans une guerre qui ne les concernaient pas et ne concerne pas notre pays. Compassion, pour les familles endeuillées. Certains de ces soldats avaient des enfants en bas âge ou étaient dans l'attente d'une prochaine naissance. Ils ne les verront pas grandir, et ces enfants ne connaîtront jamais leurs pères...


Mais aussi, révolte face à l'injustice d'un tel gâchis humain, conséquence de l'incurie des responsables qui ont envoyé ces soldats à la mort. Et colère, car encore plus choquante l'exploitation médiatique et politique de leur mort par les cyniques de la nomenklatura. Dans l'hystérie d'une propagande poussée à l'extrême de la désinformation.



Manipulation des opinions et de la volonté nationales


"Ces hommes sont morts, car leur métier était de risquer la mort et de la donner". Ce fut l'oraison funèbre récurrente qu'on pouvait lire, ou entendre, dans nos médias, chez nos politiciens ou certains porte-paroles de l'Armée. Je suis toujours estomaqué devant l'ampleur sidérale de pareilles idioties. Il montre l'état de décérébration, ou de l'hypocrisie, de la caste politique et de sa propagande, avec en ligne de mire l'anesthésie de l'opinion publique.


Cet argument relève du mercenariat.


Non. Le métier de ces jeunes, de nos soldats, n'est pas de mourir, ni de donner la mort. Ce ne sont pas des mercenaires au service de causes et d'intérêts douteux ou mafieux. Leur métier est de "défendre la Nation". Ce qui est un tout autre registre. Au même titre que la vocation d'un ouvrier du bâtiment n'est pas de tomber d'un échafaudage, lui et ses compagnons, mais de construire un immeuble.


L'avez-vous remarqué ?... Comme toujours, ces irresponsables "va-t-en-guerre" prennent soin d'éviter d'envoyer leurs progénitures, du même âge que ces morts, en première ligne. Progénitures, au même instant, paisiblement investies de responsabilités, même si ce sont des nuls ou des voyous, dans des Conseils Généraux et autres sinécures publiques, dans les appareils des partis politiques, ou, tout simplement, dans des entreprises "amies" vivant grassement des commandes de l'Etat ou de sa protection...


Pourtant, il s'agit de "défendre la civilisation", à les entendre (2). Qu'attendent-ils pour donner l'exemple ?... Ne disent-ils pas que protéger la France et notre civilisation commence par l'occupation de pays lointains ?... Cela leur ferait voir du pays, à leurs chers rejetons... Mais non, bien au contraire, dans leur inébranlable culot, tous ces politiciens en rajoutent, n'hésitant pas à nous annoncer des morts prochaines, appelés pudiquement des "pertes"... Pas pour leurs familles, mais pour celles des autres. Pur exercice comptable.


Rompus aux tours de passe-passe, ils en profitent pour demander de nous taire. Exigeant le silence, pour marquer le deuil, autour du drapeau pour respecter nos morts... Sous le vernis de cette revendication d'union nationale, l'astuce est claire : chloroformer notre esprit critique, étouffer toute contestation, devant leur politique aussi imbécile que criminelle.


En fait, on retrouve les mêmes comportements, vocabulaires, rhétoriques, des guerres coloniales. Inusables... Toutes nos guerres coloniales se sont nourries, des années durant, de pareils mensonges. Indochine, Algérie, parmi les plus récentes. Justifier une occupation sous prétexte de défendre la France ou la Civilisation contre des barbares, banalisant ainsi : destructions, spoliations, tortures et massacres de civils. Pour éduquer, assurer le bonheur des sauvages, ne faut-il pas tout casser ?...


Face à l'évènement, à l'engagement militaire de la France en Afghanistan, nos politiciens, à part servir les habituels clichés démagogiques, incapables de la moindre analyse, n'ont cessé de répéter devant micros et caméras, l'air supérieur : "Il faut expliquer aux français"... Sous-entendu : nous allons les bourrer de propagande (3).


L'arrogance servant de camouflage au cynisme, assimilant les français à des singes incapables de comprendre le monde. Brandissant un argumentaire identique, les voilà prêts à refaire le coup du "vote" sur la Constitution Européenne : le fameux vote au Parlement.  La majorité de la population est contre l'engagement militaire en Afghanistan, mais nos "élus" vont s'arranger pour voter le contraire de ce qu'elle souhaite.


Comme en Grande-Bretagne. Les britanniques dans leur majorité, plus des deux tiers, sont hostiles à l'envoi de soldats en Irak et en Afghanistan. La caste politique a fait approuver cet envoi de troupes par le Parlement britannique, donnant ainsi une teinture démocratique à ces aventures guerrières.


Dans nos pays occidentaux, les citoyens souhaitent de la part de leurs élus, et des gouvernements, des engagements autrement plus exaltants et vecteurs d'avenir que des gesticulations guerrières porteuses de mort au service de causes inacceptables, coûteuses pour la collectivité, pour le plus grand bénéfice de quelques lobbies de l'armement, du pétrole ou des trusts miniers.


Ces aventures ne franchiraient pas un seul référendum, si elles étaient soumises à l'accord préalable du suffrage universel. Mais, nos politiciens s'en gardent bien. Contourner la volonté nationale par des manipulations du droit électoral ou constitutionnel, est devenu, à présent, la vocation de nos parlementaires...


Parlementaires incapables de percevoir les ravages en termes humains infligés à des populations martyrisées au nom de la Civilisation. Crimes de guerre succédant aux crimes contre l'Humanité. Quotidiennement.


Incapables de percevoir, tout autant, le naufrage d'une grande partie de notre propre jeunesse, en Occident. Celle dite "défavorisée", en premier lieu. Les héritiers de la ploutocratie régnante n'étant, comme par hasard, pas concernés...


J'ai vu, je vois, en plein centre de Londres, d'anciens soldats revenus d'Irak ou d'Afghanistan. Le soir, on peut les rencontrer autour de Leicester Square, et des stations de métro de West End, épaves imbibées d'alcool, brisées par leur vécu, sous l'uniforme, les atrocités commises sur ordre. Inaptes à se réinsérer dans une vie sociale, remplissant les prisons. La faute au "stress post traumatique", nous disent les professeurs Nimbus...


La population carcérale britannique est composée, à hauteur de 10 %, de vétérans d'Irak ou d'Afghanistan (4). Régulièrement, dans la presse britannique, surgissent des articles sur des blessés graves abandonnés, dès la fin de leurs relations contractuelles, avec à peine de quoi survivre dans une société où les riches sont immensément riches et les pauvres de plus en plus pauvres.


Au retour de ces saloperies coloniales, pour se reconstruire, certains vétérans militent au sein d'associations d'anciens combattants, contre ces guerres dévastatrices et injustifiées, telle la célèbre association US, The War Comes Home (5). Jusqu'à des officiers qui démissionnent ou accusent. Mais, beaucoup n'y arrivent pas...


Naïvement, la plupart s'étaient engagés dans l'Armée sur le fondement de belles publicités. Dans des économies dévastées par les délocalisations, l'institution militaire représente, souvent, le seul emploi possible. Ces jeunes signant des contrats d'engagement pour devenir des "smicards du casse-pipes". L'Armée puise ainsi, à son aise, dans l'immense réservoir humain que constitue le chômage. Jetant  et renouvelant ses recrues, après usage, comme un kleenex à oublier...


On ne peut accepter, en notre siècle, qu'avec des simulacres démocratiques, des manipulations de l'information, une propagande datant des siècles antérieurs, des "responsables" politiques et militaires envoient des jeunes soldats au casse-pipes, sans aucune précaution, ni réflexion. Sans aucun sens. Dans des guerres étrangères à notre destin collectif, justifiées uniquement par des mensonges.


Notre Armée n'est pas au service des intérêts d'un suzerain, USA ou autre, ni d'intérêts privés jonglant avec les comptes secrets des paradis fiscaux. Elle n'a pas pour vocation, non plus, d'obéir au doigt et à l'œil du premier satrape immature ... 


Une tactique n'a de valeur que celle d'une stratégie solidement arrimée sur les axes d'une orientation géopolitique. Cette dernière, servant de fondements aux intérêts de la collectivité nationale, et non pas à ceux d'une ploutocratie mafieuse repue de privilèges. La mort de nos soldats en Afghanistan, dans le respect qui leur est dû, doit être l'occasion à la Nation de condamner le comportement indécent de la nomenklatura qui nous "gouverne".


 


Le quotidien du peuple Afghan : enfants tués par les forces de l'OTAN. Sur la photo, quatre enfants de la même famille. Le plus jeune avait deux ans...


 

Une tactique criminelle d'imbécillité


Le 2 septembre dernier, le gouvernement a limogé le responsable de la sécurité en Corse à la suite d'une manifestation de nationalistes corses. Après être entrés dans la résidence secondaire de l'acteur-producteur Christian Clavier, ils avaient manifesté pacifiquement autour de sa piscine contre la spéculation immobilière dans la région. Motif : ce haut fonctionnaire n'avait "pas pris les mesures nécessaires pour protéger ce lotissement afin d'empêcher l'envahissement d'une propriété privée » (6).


Pour ce qui est de nos soldats tués en Afghanistan, on attend toujours les sanctions contre les responsables militaires qui "n'ont pas pris les mesures nécessaires pour protéger leurs hommes" afin d'éviter leur mort au combat. Aucune célérité. Pourtant, la "chaîne de commandement" dans l'opération militaire en cause, se révèle être une véritable "chaîne d'incompétence". Mais dans notre république, il semblerait qu'un "lotissement" ou des "people" aient plus de valeurs, aux yeux des politiciens, que les "smicards du casse-pipes" ...


Contrevérités, mensonges, sur le déroulement de cette opération militaire se multiplient. Nos courageux "journalistes d'investigation", nos Tintin au Tibet, n'arrivent pas à interviewer les 21 blessés soignés en France, et recouper les différentes informations. Sortis de leurs tartes à la crème sur les droits de l'homme en Chine ou ailleurs, les voilà subitement muets...


Sans entrer dans le détail, cette opération représente l'archétype d'une tactique criminelle d'imbécillité. Dans sa conception et dans son déroulement. Une certitude : des soldats tués dans une embuscade sont toujours le résultat d'une faute majeure de commandement, d'une incompétence crasse. J'insiste : toujours. Un mix de bêtise, de négligence, d'arrogance dans le mépris de l'adversaire, menant aux pires imprudences. Perdre des soldats dans la défense ou l'assaut d'une position est compréhensible. Perdre des soldats dans une embuscade : inadmissible.


Cette incompétence doit être sanctionnée, au même titre que des responsables d'entreprises seraient sanctionnés si leurs employés avaient eu un accident du travail mortel du fait de négligences dans l'organisation et la mise en place des moyens nécessaires à leurs travaux. Tous les officiers, ayant planifié et dirigé cette opération, sont à limoger. Tous.


Face à la désinformation, soyons précis : il ne s'agissait pas d'une "patrouille". Dispositif léger avec pour finalité la recherche ou la validation d'une information sur le terrain : présence ou pas de l'ennemi, etc. Une patrouille ne doit en aucun cas rechercher le contact. Si elle est "accrochée" par l'ennemi, elle doit rompre le combat et se retirer suivant des itinéraires et des points de regroupement planifiés, n'hésitant pas à se scinder en plusieurs éléments pour faciliter l'évitement.


Il s'agissait, ici, d'une "ouverture de route" : une colonne devait établir une jonction avec une autre, venant en sens inverse, sur une route qui n'était pas sécurisée. Les risques d'embuscade étaient particulièrement importants, avec des probabilités d'un combat de longue durée. Les premiers communiqués de presse étaient formels :

"Au sein de l'état-major de l'OTAN, à Kaboul, on confirmait, mardi soir, que la mission de ce convoi consistait à sécuriser une route jusque-là considérée comme dangereuse et peu fréquentée entre les districts de Saroubi, appartenant à la région de Kaboul où se trouvent des troupes françaises depuis 2002, et de Tag Ab, dans la province voisine de Kapisa où a été affecté le nouveau contingent envoyé cet été par la France."


Or, qu'apprend-on par quelques confidences de certains blessés, dans l'anonymat ?... Soldats à court de munitions ("...nous n'avions plus de munitions pour nous défendre..."), coincés pendant de longues heures sous le tir ennemi (de 13h30 jusqu'à la nuit), impossibilité d'obtenir le moindre soutien ou renfort pendant près de 4 heures, impossibilité d'évacuer les blessés avant 2h du matin, "... lenteur de la réaction du commandement et sérieux problèmes de coordination..." (7).


Compte tenu de l'ampleur d'une telle mission, toutes les précautions d'usage auraient dû être prises, pour ne lancer l'opération qu'une fois l'intégralité des moyens réunis : reconnaissance préalable aérienne et humaine, accompagnement du convoi par au moins un hélicoptère armé, approvisionnement en munitions, "appui feu" adapté au risque et au relief, etc.


On ne peut refaire l'opération. Les morts et blessés sont là. Mais, retenir trois premiers points d'analyse :


i)  Les responsables de l'OTAN en Afghanistan sont des nuls prospérant au sein d'une Tour de Babel. Véritable caricature des bureaucraties truffées de planqués privilégiés. Bénéficiant d'une rente de situation très lucrative, ils sont incapables d'une analyse objective de la situation, de coordonner les immenses moyens mis à leur disposition par les contribuables, au détriment de leur système de santé et de retraite, et d'assurer une solution rapide au conflit. Car, cette solution du conflit n'est pas militaire, mais politique. Leur intérêt, comme dans toute guerre coloniale, est de le prolonger (8). Pas le contraire.


ii)  A part dans les villes et leurs positions fortifiées, les troupes de l'OTAN sont aveugles et paralytiques. Le moindre déplacement prend des proportions titanesques. Un exemple très récent : pour livrer une turbine destinée au barrage de Kajaki (province d'Helmand), arrivée de Chine sur l'aéroport de Kandahar, l'OTAN a dû l'escorter avec 4.000 soldats soutenus par des hélicoptères et des avions. C'était le 3 septembre 2008... (9).

Nous sommes bien devant une guerre d'indépendance, un soulèvement national. Le déni de cette évidence est la source des désastres présents et futurs de l'OTAN dans ce pays.


iii)  Les officiers et officiers supérieurs de nos troupes sont à recycler. En particulier, ceux issus des troupes d'infanterie coloniale et parachutistes coloniaux. Le niveau d'incompétence dont ils ont fait preuve, dans l'organisation et la conduite de leur mission, démontre qu'ils sont déconnectés de la réalité Afghane.

Habitués à servir de garde prétorienne aux dictatures africaines (10), installées et gérées par nos gouvernements successifs, ils sont incapables d'établir la distinction entre une mission de "maintien de l'ordre" en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Congo ou en Centrafrique, et une "guerre d'indépendance" soutenue par tout un peuple.

Il y a un univers entre tirer sur des manifestants sans armes dans les rues d'Abidjan ou de Bangui en semaine, jouer les bellâtres bronzés dans les clubs de coopérants racistes le week-end, et affronter les résistants d'une guerre d'indépendance en Afghanistan.


 

Une stratégie coloniale sclérosée


Il est vrai que cette tactique n'est que le reflet d'une stratégie coloniale sclérosée. En Afghanistan, nous retrouvons le tragique aveuglement du militarisme qui en est le support. Avec ses deux tares classiques :


i)  Le déni d'une guerre d'indépendance


Comme pour Napoléon et son état-major pendant la guerre d'Espagne, suivant le schéma de toute guerre de spoliation ou d'annexion, un homme luttant pour l'indépendance de son pays est considéré comme un "terroriste", un "insurgé". A partir de cet axiome, tout est permis. L'engrenage se met en place. "Un bon indien est un indien mort", disaient les massacreurs d'amérindiens...


Bombarder, massacrer, terroriser les habitants, défoncer leurs portes à coups de pieds et saccager leur peu de biens, de préférence la nuit. Quitte à vider le pays, les parquer dans des camps ou des réserves, les contraindre à fuir, à émigrer, pour ne garder que les "collabos" et la milice locale. La seule vision et le seul objectif étant d'assurer, ou de croire, que les "terroristes", les "insurgés", ne gagneront pas. Même s'il est impossible de tenir le pays, en dehors des villes.


Mais, tout n'est qu'une question de temps. La répression sauvage de l'occupant, renforçant la détermination de la résistance, l'indépendance finit par l'emporter, quelle que soit la disproportion des moyens en faveur des armées étrangères. Même s'il faut un siècle. Comme la Guerre de Cent Ans, quand la France s'est libérée de l'occupation anglaise.


Cette stratégie d'un autre âge, se dissimulant derrière une idéologie de la défense de la Civilisation, est une illusion. En notre siècle, usée jusqu'à la corde, il n'y a que des "stratèges paranoïaques" qui peuvent encore y croire.


Alors, dans leur mégalomanie guerrière, les états-majors gangrenés par cette mentalité coloniale, n'ont qu'un argument : toujours plus de moyens !...



ii)  Le mythe du manque de moyens


Les résistants Afghans combattent avec des moyens dérisoires : pas de casques, de gilets pare-balles, de lunettes de play-boys, de camions, de blindés, d'hélicoptères, de drones, d'avions, d'artillerie, d'artillerie anti-aérienne, d'hôpitaux, de satellites. Leur seul luxe : des mules et des ânes. Tout est artisanal. Tout se fait à pied.


Pourtant, ils mettent en échec les armées les mieux équipées du monde, comme ils l'avaient fait déjà contre les armées soviétiques. A armes égales, ils balayeraient ces armées de luxe, en quelques jours. Il leur suffirait d'avoir un armement anti-aérien, comme les américains l'avaient compris en distribuant des missiles sol-air Stinger à la résistance Afghane contre les soviétiques, et les troupes de l'OTAN seraient jetées hors du pays en un mois maximum. Qui dit qu'un jour ils ne seront pas dotés d'un matériel équivalent ?...


Leur force ?...


Ils se battent pour l'indépendance de leur pays. Avec leurs ongles, avec leurs dents, s'il le faut. Comme les Espagnols sous l'occupation de ce qui était alors la première armée du monde, celle de Napoléon. Comme tous ceux qui ont lutté pour la liberté de leur pays. Comme nous le ferions nous-mêmes, français, si nous étions occupés. N'est-ce pas ?...


En face, les soldats de luxe de l'OTAN ne sont que des "envahisseurs". Dans leur inconscient, malgré le bourrage de crânes, ils le savent. Sans légitimité, ils ne peuvent avoir le moral nécessaire. Ce sont des loosers, des perdants, quels que soient leurs équipements de Superman...


Pour justifier, leur incapacité à maîtriser une guerre d'indépendance, les galonnés ne cessent de demander des moyens supplémentaires. Refrain habituel des guerres coloniales. Américains, Britanniques, Canadiens, Australiens, etc. Tous. Plus d'hommes, plus de propagande, plus de matériel. Matériel, si possible, le plus sophistiqué, le plus récent, le plus cher... Les lobbies de l'armement en frétillent.


Le lobby belliciste français, victime du syndrome du perroquet, ne cesse de le répéter aussi : "Plus de moyens !"... Mais, la France n'est pas en retard en termes d'équipement militaire, face à des combattants qui se déplacent à pied, avec des armes légères, pratiquement à mains nues, avec un armement artisanal.


Tout simplement, nos "stratèges" sont dans une impasse. Incapables d'anticiper. Incapables d'admettre que vaincre une nation, dans une guerre d'indépendance, est impossible pour un envahisseur. A moins d'en massacrer tous les habitants.


Se profile, alors, la tentation du génocide, accompli à doses homéopathiques...


 

Une géopolitique fanatique sans issue

 

La stupidité d'une stratégie fondée sur la répression coloniale d'une nation, par une armée d'occupation, est la conséquence d'une géopolitique sans vision sur l'évolution du monde. Si ce n'est la répétition des vieux schémas des guerres de conquête qui sont la caractéristique du monde occidental depuis le 15° siècle.


Les nomenklaturas au pouvoir, en Occident, sont inaptes à prendre en compte la rapide évolution des rapports de force. Les guerres de conquête ne sont plus admises dans un monde qui doit être géré comme un village, dans le respect mutuel de ses habitants. Le centre de gravité du monde bascule, l'Occident d'ici la fin du présent siècle ne sera plus qu'une puissance moyenne en interaction avec d'autres, aussi puissantes.


Ce n'est que dans le progrès économique partagé, pacifiquement, en muselant les lobbies bellicistes qui se nourrissent des contrats mafieux, que l'humanité pourra trouver un développement "équitable et durable".


Mais, pour ces castes privilégiées, avoir une vision sur les 30 prochaines années, et encore plus d'ici la fin de ce siècle, est hors de leur portée. "Après nous le déluge" pensent-elles, accrochées à leurs rentes et privilèges, concoctant sans répit un mélange explosif fait d'aveuglement mégalomaniaque sur leur propre puissance et de mensonges, avec pour résultat : le fanatisme colonial.


Cinq points permettent de mesurer, en Afghanistan, l'écart entre la réalité et le fanatisme sans issue prôné par les gouvernements occidentaux :


=>  Jamais un Afghan n'a lancé une quelconque attaque contre un pays occidental et n'est en mesure de le faire. Au contraire, c'est un pays qui lutte depuis plus d'un siècle contre des occupations étrangères successives.


=>  Ben Laden et son équipe, n'étaient pas Afghans. Mais, rappelons-le, des auxiliaires de la CIA, financés essentiellement par les USA et l'Arabie Saoudite, pour combattre les soviétiques en Afghanistan.


=>  L'affirmation qu'il y aurait un centre de commandement, de coordination, de formation et de support du "terrorisme international" en Afghanistan est une pure affabulation. Tout un chacun sait que cela est, techniquement et humainement, impossible à partir d'un pays ruiné, dénué d'infrastructures efficientes, notamment en télécommunications, en moyens de transport et de liaisons rapides.


=>  Les massacres quasi quotidiens de populations civiles commis par les forces de l'OTAN, s'apparentant à des châtiments collectifs et systématiques, décrédibilisent l'intervention de l'OTAN, non seulement en Afghanistan mais aussi dans le monde entier. Devant la répétition de ces authentiques crimes contre l'Humanité, même " le gouvernement de pacotille " mis en place par l'Occident se voit contraint de protester (11). Ces massacres ne font que renforcer la détermination de tous les Afghans, et la radicalisation de certains d'entre eux, pour chasser les troupes d'occupation de leur pays.


=>  L'aide internationale, telle qu'elle est actuellement gérée par les occidentaux en Afghanistan, est une colossale machine à corruption. Corruption, source de l'enrichissement effréné des castes politiques et militaires occidentales. Les potentats locaux ayant les miettes, le reste est ventilé dans des paradis fiscaux sur les comptes secrets idoines, comme pour l'Irak, l'Afrique ou ailleurs. Au détriment, répétons-le, des systèmes  de santé et de retraite des populations occidentales désinformées.


A partir de ces points de réflexion, le choix géopolitique de décision pour la France est simple :


i) Soit, nous respectons l'Afghanistan en tant que pays souverain, dans son indépendance, son droit à l'autodétermination, ses choix de société, et nous refusons de nous associer à une guerre coloniale et corruptrice. Sachant que c'est dans la paix et le développement que ses mœurs évolueront, comme les nôtres auront à évoluer sur d'autres plans.


ii) Soit, nous nous associons, en tant que vassal, à des entreprises impériales délirantes et suicidaires qui ne concernent pas notre nation. Ni dans son destin, ni dans les valeurs qu'elle prétend défendre. Engagés dans une répression sans fin, nous acceptons, en ce cas, de nous salir les mains dans le crime, le lent génocide d'un peuple.



Nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas... Par respect pour nos soldats morts en Afghanistan, nous nous devons, face à notre conscience collective et personnelle, de trouver le courage de dire : Non !


Sous prétexte d'une quelconque alliance, la France n'a rien à faire dans le mensonge, la corruption organisée, le crime de guerre, le crime contre l'humanité.


La France n'a rien à faire en Afghanistan.


Notre Grand Timonier nous délivre à intervalles réguliers ses Pensées, afin de nous guider, peuple ignorant, face aux bouleversements du siècle que nous vivons et que nous sommes supposés ne pas comprendre. Il conviendrait de nous les approprier, dans l'étendue de leur vision et la profondeur de leur analyse.


Ainsi, à tout politicien véreux, baderne militaire imbécile, ou "spécialiste" médiatique de la désinformation vendu au plus offrant, prétendant nous faire prendre une "guerre coloniale" pour la "défense de la civilisation contre la barbarie", reprenant une des expressions lumineuses de notre Phare de la Démocratie, n'hésitons pas à lui dire, sereinement mais fermement ...


... les yeux dans les yeux ... :


" Casse-toi, Pôv' Qong ...  "


 

 

 

 

 

 

 

 

 


(1)   D'après la résistance Afghane : 5 blindés et 8 camions détruits.
(2)   Voir la vidéo des commentaires de Patrick Devedjian, hiérarque UMP : http://www.lemonde.fr/web/video/0,47-0@2-823448,54-1087806@51-1049814,0.html
(3)   La mise en scène du "reportage" de Paris-Match (tellement "grosse ficelle" qu'il en est ridicule...), du 4 septembre 2008, sur des soi-disant "talibans", se laissant photographier complaisamment (apparemment on entre en contact avec eux comme dans une agence de tourisme...) par "une photographe", avec des uniformes récupérés sur des soldats français, est un excellent exemple des multiples coups tordus de la propagande officielle destinée à manipuler l'opinion publique. Activer le binôme "émotion-indignation" pour obtenir "l'adhésion" !... On se croirait revenu à la guerre d'Algérie, avec les "reportages" du même hebdomadaire sur les "fellagas"...
(4)   Record numbers of ex-soldiers in UK jails as combat trauma blamed - At least 8 500 former service personnel are in custody - nearly a tenth of the UK prison population, Jamie Doward, The Observer, dimanche 31 août 2008.
(5)   http://www.warcomeshome.org/wintersoldier2008, site intitulé The War Comes Home, réunissant les témoignages de vétérans US d'Irak et d'Afghanistan, condamnant les atrocités et la stupidité de ces guerres coloniales. D'autres sites, tenus par des associations de soldats ou d'anciens combattants, sont à visiter :
http://ivaw.org/, http://www.afsc.org/ , http://www.bcm-net.org/ , http://www.zmag.org/znet/viewArticle/7227, http://www.farmsnotarms.org/ , http://www.objector.org/ , http://www.girights.org/ , http://www.veteransforpeace.org/ , http://www.thewitness.org/agw/myers040704, html http://www.mfso.org
(6)  Le coordinateur des forces de sécurité en Corse démis de ses fonctions, AFP,  Le Monde, du 2 septembre 2008, http://www.lemonde.fr/web/depeches/texte/0,14-0,39-36804871,0.html, ainsi que http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/09/02/le-m-securite-de-corse-limoge-apres-l-affaire-clavier_1090386_3224.html
(7)  Les soldats blessés racontent l'embuscade, les combats, les erreurs..., Jacques Follorou, Le Monde, 20 août 2008.
(8)  Un soldat français critique la désorganisation de l'armée française à Kaboul, Le Monde, 29 août 2008.
(9)  N'ayant pas peur du ridicule de cette opération, la propagande de l'OTAN annonce triomphalement : Coalition troops brave minefields and Taliban attack to bring electricity to 1.8m Afghans, Richard Norton-Taylor, The Guardian, 3 septembre 2008.
(10) C'est en séjournant dans les pays d'Afrique, dite "francophone", que j'ai découvert que nos troupes présentes sur place (dont les parachutistes de marine) étaient détestées, méprisées, par les populations, depuis des décennies, car au service des dictatures qui les oppressent et des multinationales qui pillent les ressources de leurs pays.
(11)  Afghanistan : Karzaï furieux contre la coalition, Marie-France Calle, Le Figaro, 25 août 2008, http://www.lefigaro.fr/international/2008/08/25/01003-20080825ARTFIG00292-afghanistan-karzai-furieux-contre-la-coalition-.php

 

 

 

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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 18:08


Bon Ramadan à tous les Musulmans



 

 

 

Avec une pensée pour ceux qui vont le vivre sous la botte des armées d’occupation en Afghanistan, en Irak et en Palestine.

 

Tout spécialement, les Palestiniens affamés dans le blocus du goulag de Gaza.

 

 

Avec mes sentiments fraternels

 


 

 

Calligraphie : http://members.tripod.com/~theone01/Calligraphy/k5.htm

 

 


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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 00:15

 

 

 

 

Il est mort, le poète …

 

Je n’aime pas les nécrologies. Bien sûr, je ne parle pas des exercices de complaisance que l’hypocrisie mondaine ou médiatique nous inflige à intervalles réguliers. Mais, de celles des êtres que nous aimons.

 

C’est admettre une perte, un départ irrévocable. Mais, on se doit, parfois, de s’y soumettre. Marquer notre respect, notre affection. Pour que la Terre des Hommes ne se sente dépeuplée…

 

Un des plus grands poètes contemporains nous a quittés. Le 9 août 2008, à 67 ans. Pour moi, sa disparition est un des évènements marquants de cet été. Malgré sa tristesse.

 

Il est arabe, Palestinien. Il était…

 

Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich : Tu as Volé les Vignes de mes Pères…


Une trentaine de volumes, traduits dans près de quarante langues.

 

Mondialement connu et célébré (1). Sauf en Occident, à part un cercle restreint.

 

Quoi de plus normal ?...

 

Censure, désinformation font bien leur travail. Il appartient à un peuple spolié, massacré, torturé, affamé, emprisonné, humilié, enseveli vivant dans l’oubli, par l’Occident, déguisé en “Communauté Internationale”. Depuis 60 ans.

 

Occulter…

 

Somme toute, il a eu la chance de vivre jusqu’à cet âge. Beaucoup de poètes, romanciers, artistes Palestiniens, ont été assassinés par les escadrons de la mort occidentaux. Systématiquement, au cours des décennies. Souvent, avec leurs enfants. Traqués, même en dehors de la Palestine. Mitraillés, mutilés par des colis piégés (2), bombardés, explosés dans leur véhicule familial. Les instruments de terreur habituels…

 

Réduire au silence …

 

Espérons qu’un jour, en Occident, la censure officiant dans les maisons d’édition, encore plus implacable qu’une censure publique car privatisée, laisse publier une anthologie des œuvres de tous ces artistes Palestiniens assassinés pour avoir eu le tort de vouloir témoigner, pacifiquement, par leur art, pour la liberté de leur peuple.

 

On le sait. Un des premiers objectifs des colonisateurs est d’éradiquer les intellectuels osant braver la loi du plus fort, et prétendre “résister”. Ecrire, chanter, vivre cette résistance. Plus grave : cultiver, entretenir la mémoire de leur nation.

 

Les occidentaux ne se sont-ils pas acharnés à pister, repérer, confisquer, détruire les archives, notamment officielles de l’Empire Ottoman dont la Palestine était alors une province autonome, parmi les plus prospères et les plus riches sur le plan agricole ?... Celles qui établissaient les cadastres, les registres de la Conservation Foncière des différentes régions de la Palestine, avec les références des propriétaires, l’historique des transactions... L’histoire d’une nation, au quotidien.

 

Effacer la mémoire d’un peuple. Rendre inaccessible les archives, étouffer la parole, détruire la transmission écrite et orale des fibres et des vibrations de son âme…

 

Mahmoud Darwich a connu le nettoyage ethnique de 1948, provoquant le déplacement de centaines de milliers de Palestiniens. La spoliation de leurs terres et de leurs maisons. Officiellement recensés par l’ONU : 750.000. En réalité, plus du double.

 

Ne fallait-il pas affirmer (3) que la Palestine était une terre vide d’habitants, à part quelques bergers nomades ?...

 

Son village natal en Galilée, Barweh, a été rasé jusqu’au sol, cette année-là. Plus de 400 subissant le même sort. Un autre a été reconstruit depuis, par des colons. Venus d’Europe. Avec un autre nom. Avec des bulldozers, des explosifs. Jusqu’à défoncer le cimetière. Pour construire dessus.

 

Effacer. Toujours et encore …

 

Ne fallait-il pas soutenir que la Palestine était une terre stérile avant l’arrivée “civilisatrice” des colons européens ?...

 

Il a connu la sauvagerie et la prison des colons. Cinq fois. Dont une fois, pendant trois ans. Une dizaine d’années en prison, en tout. Il n’a, pourtant, jamais tenu une arme de sa vie. Motif ?... Avoir écrit des poèmes contre la spoliation de sa terre natale, l’oppression de son peuple et le saccage de sa culture.

 

Déjà à 12 ans, un de ses poèmes mettant en scène un jeune Palestinien retrouvant sa maison occupée par un colon, cultivant la terre de ses ancêtres, lui avait attiré la haine de la police politique de l’occupant. Elle l’avait menacé, s’il continuait à écrire, de s’en prendre non seulement à lui, mais aussi à sa famille. A commencer par son père. Censure, menace, chantage, racisme, haine, violence, dès l’enfance, il avait tout expérimenté de la barbarie coloniale.

 

Il est vrai que l’oppression coloniale ne connaît pas de limites, quant à l’âge de ses victimes. Ni dans les moyens. Cette année, dans son hystérie prédatrice, ne va-t-elle pas jusqu’à interdire la publication, en langue arabe, des ouvrages hautement subversifs tels que “Pinocchio” ou “Harry Potter” ?… (4)

 

Mais, les colons occidentaux ne prétendent-ils pas représenter la “démocratie” dans le monde ?...

 

Mahmoud Darwich sera enterré à Ramallah, où il vécut ces dernières années. Il aurait tant aimé être enterré dans le cimetière de ses ancêtres.  Même mort, l’occupant n’en veut pas. Choc de deux cultures ?... Hospitalité orientale contre exclusion occidentale ?... Le partage du pain contre le saccage du bulldozer ?... De toute façon, son village, avec sa petite mosquée et son cimetière, n’existe plus…

 

Il a pleuré la souffrance et l’exil. La Terre perdue. La Mère disparue.

 

 

L’olivier, symbole de l’Histoire et de la prospérité de la Palestine, si souvent chanté par Mahmoud Darwich

 

 

Ecoutons-le, même si la traduction ne restitue pas la splendide musicalité de la langue arabe, langue par essence des poètes :

 

Tu as volé les vignes de mes pères

Et la terre que je cultivais.

 

Moi et mes enfants, ensemble.

 

Tu nous as tout pris, hormis

Pour la survie de mes petits-fils

Les rochers que voici.

 

Mais ton “gouvernement” va les saisir aussi

... à ce que l’on dit !

 

Ou encore :

 

Je viens de là-bas et j’ai des souvenirs…

 

Je suis né comme tout mortel, avec une mère

Une maison avec beaucoup de fenêtres

Des frères, des amis,

Et, une cellule de prison, avec une fenêtre ouverte sur le froid.

 

La vague est mienne, emportée par les goélands,

Ma vision est l’horizon

Avec un simple brin d’herbe.

 

La lune est mienne, au lointain extrême des mots,

Tout comme le don des oiseaux

Et l’immortel olivier.

 

J’ai parcouru cette terre avant que les épées

Ne transforment son corps vivant en une pierre nue.

 

Je viens de là-bas. Pour ma mère, je suis le ciel,

Quand le ciel pleure pour sa mère.

Et, je pleure pour me faire entendre d’un nuage qui en revient.

 

J’ai appris tous les mots en usage dans le tribunal du sang,

Afin d’en briser les décisions.

 

J’ai appris tous les mots et je les ai brisés,

Afin d’en écrire un seul :

 

“Patrie” …

 

 

Dès le jour de ses obsèques, les cloportes se sont mis au travail…

 

Grouillant, s’appliquant, méticuleusement, à transformer, déformer, dévaloriser, caricaturer l’immense engagement de l’artiste et de l’homme pour la cause de son peuple et celle de la dignité humaine (5).

 

Dans l’abjection intellectuelle la plus cynique.

 

Bien sûr, Mahmoud Darwich  ne voulait pas être considéré uniquement comme un “artiste militant”. Il se voulait avant tout poète. Mais, les bouffons veulent sa peau, une deuxième fois. Réduire sa poésie à un exercice mondain, élégiaque. D’où seraient bannies toutes références à la Palestine et son martyre.

 

Sécrétant, sous leurs plumes, dans leurs propos, l’ignominie.

 

Lui, qui n’a jamais cessé de célébrer, de chanter le souvenir de sa nation… En arriver à lire :

“… ce qui manquera à jamais, c’est sa voix, ce grain unique assorti d’un regard porteur d’une vision”.

 

Quelle “vision” ?... Comme s’il s’agissait d’un Lamartine cultivant ses vapeurs romantiques.

 

Lui, qui a connu la prison, l’exil, les menaces de mort pour ses écrits… Lire :

“… il s’était exilé en 1970, vivant dans plusieurs villes étrangères, notamment à Paris (”J’habite dans une valise” disait-il alors) ne retournant dans son pays qu’un quart de siècle plus tard… ”.

 

Il “s’était exilé”… Volontairement, par plaisir ou par fantaisie, sans doute ?...

 

Lui, ardent militant, longtemps membre du parti communiste Palestinien, ne cessant de dénoncer l’injustice, la colonisation et la complicité criminelle de la “Communauté Internationale”… Lire :

“… Il s’était retrouvé un peu malgré lui à se faire le porte-voix de la cause palestinienne, notoriété et prestige obligent … Rien ne l’exaspérait que d’être réduit et enfermé dans l’appellation de “poète officiel de son peuple” ou de ”poète de la résistance…”.

 

Oser écrire : “… un peu malgré lui à se faire le porte-voix de la cause palestinienne”…

 

Un de ses plus beaux poèmes est consacré à l’enfant Palestinien, tué par un sniper : Muhammad al Durrah. Nous avons tous vu cette tragique photo. Cet enfant blotti contre le dos de son père, les deux accroupis sous la fusillade, contre un mur. Terrorisés. Avec la main et le bras de son père pour seules protections. Sans armes, donc sans danger pour la soldatesque. Enfant assassiné de sang froid. Oui, car impossible de rater sa cible avec un fusil à lunette.

 

A la suite de ce crime, contrant la propagande occidentale des Palestiniens et Arabes traités en peuples “n’aimant pas la vie”, il prononça la célèbre formule : “ Bien sûr que nous aimons la vie, encore faut-il qu’on nous la laisse vivre !”.

 

Lui, qui est entré en conflit avec Arafat prêt, sous la pression occidentale lors des “Accords d’Oslo”, à abandonner l’application des résolutions de l’ONU censées protéger, même si elles n’ont jamais encore été appliquées, les quelques droits à l’existence du peuple Palestinien. Lire :

“… Ces dernières années, il avait pris ses distances, réservant ses ultimes lances à Yasser Arafat auquel il consacra des tribunes implacables…”

 

“… Il avait pris ses distances…”. Comme s’il avait abandonné une cause perdue, comme s’il s’était soumis à l’occupant.

 

Au mois de mai dernier, malade, il avait envoyé une lettre aux participants du Festival Palestinien de Littérature, rappelant :

“… combien il est difficile d’être Palestinien, et pour un Palestinien d’être un écrivain et un poète… Comment peut-il parvenir à la liberté d’écriture dans de telles conditions d’esclavagisme ?... Comment peut-il préserver le travail des mots qu’exige toute Littérature dans un contexte aussi sauvage ?...”

 

Lui, qui, nourri de toute la grande tradition de la poésie arabe, composante essentielle de sa civilisation, a vu ses poèmes mis en musique et repris dans toutes les rues arabes… Lire :

“… Il se réclamait d’une tradition lyrique et humaniste qui puise son inspiration dans un imaginaire arabe bien antérieur à la naissance de l’Islam…”

 

L’éternel et inusable cliché de l’islamophobie. Pour un islamophobe, le monde arabe ne connaît depuis l’apparition de l’Islam aucune littérature, poésie, art, imagination, créativité… (6). Qu’attendre de plus de ces fanatiques ?...

 

Les pulsions irrépressibles de la salissure.

 

A vomir.

 

Mais, qu’importe les cloportes …

 

Ils ne pourront rien devant cette évidence gravée dans les marbres de l’Histoire :

 

“… Tu as volé les vignes de mes pères…”

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Voir le site en anglais : http://www.mahmouddarwish.com/english/index.htm

(2) Un exemple parmi des dizaines : le chercheur universitaire Anis Savigh, a perdu la vue et les doigts, à la suite d’un attentat sous forme d’une lettre piégée expédiée par les services secrets sionistes. Il avait “osé” prendre la direction du Palestinian Research Center

(3)  Ce qui permet d’affirmer, encore à ce jour, à un Jean-François Khan par exemple, que “… la Palestine n’a jamais existé…”, dans une récente émission de TV ARTE sur la Georgie…

(4) “Pinocchio” et “Harry Potter” en langue arabe interdits en Israël, Benjamin Barthe, Le Monde, 12 août 2008.

(5) Un des sommets de cette pratique, dans la presse francophone (la presse étrangère occidentale n’est pas en reste…), est atteint dans l’article de Pierre Assouline dans le quotidien Le Monde, du 9 août 2008, qui est une reprise de l’article de son blog : Pour saluer Mahmoud Darwich (http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/08/09/pour-saluer-mahmoud-darwich/). Des lecteurs (voir les commentaires dans son blog de Laurent, Benoît, D. Ni., Louis-James, etc.) n’ont pas manqué de réagir devant ce concentré de bassesse.

(6)  Les citations, relatives au « portrait » de Mahmoud Darwich, sont extraites de l’article cité de Pierre Assouline.

 

 

 

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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 22:58

 

 


J’ai été surpris, et très touché, par toutes les marques d’amitié concernant ce blog.

 

Devant ces témoignages, je ne peux que le poursuivre, d’autant plus que les évènements en cours, en France et ailleurs, demandent une mobilisation générale de toutes les "énergies citoyennes" …

 

Je persévère donc, dans cette activité de fourmi, avec vous, face au rouleau compresseur de la propagande et de l’obscurantisme, même si je ne dispose pas du temps nécessaire pour assurer un rythme d’édition régulier. J’aurai droit à votre indulgence…

 

 

 

 

Merci à tous :

 

A Aline et Chahid qui m’accompagnent, m’épaulent, pratiquement depuis son démarrage. Quel plaisir de ferrailler à leurs côtés, en bons mousquetaires ! 

 

A Cécile, Charlotte, Eva, Nadine, qui l’ont rejoint en cours de route. D’autres encore…

 

A ceux qui m’ont adressé, d’émouvants messages sur ma boîte mail. Certains souhaitant l’anonymat. Je n’ai pas répondu en temps voulu, du fait de mes déplacements. Mille pardons. Je pense, en particulier, à Jellel C.

 

A ceux qui ont formulé d’amicaux encouragements sur d’autres blogs. Notamment, le sympathique blogueur au pseudo riche de sens : “Truth”.

 

A tous ces proches qui, affectueusement, de vive voix, m’ont gentiment secoué la manche pour reprendre ma plume “blogueuse”. Avec une pensée pour R., flanquée de son adorable “piranha”… A qui ce blog doit tant.

 

Sans oublier A...  A qui je dois tout.

 

 

Salut et Fraternité

 

 

 

 

Crédit photo : voyages.net

 

 


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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 11:57

 


31 juillet 1944 ...

 

 

Parti en mission de reconnaissance aérienne au-dessus de la France, depuis sa base en Corse, dans le cadre de la préparation  du débarquement en Provence, Antoine de Saint-Exupéry, disparaît aux commandes de son avion P 38 Lightning.

 

Il avait 44 ans.

 

 

 

 

Bien plus tard, à l'est de l'île de Riou, au sud de Marseille... On retrouva d'abord sa gourmette, signée du nom de sa femme, Consuelo. Elle lui avait offerte. Emouvant témoignage de ce qui fut une splendide Passion, avec ses joies, ses douleurs et sa tendresse. Nous léguant, braises rougeoyantes, un des plus beaux échanges de lettres d'Amour que l'on connaisse. Quelques années après, les débris de son appareil ont été découverts. Officiellement identifiés en avril 2004.

 

Saint-Ex, comme on le surnommait, écrivain déjà célèbre, avait soulevé des montagnes, mobilisant toutes les relations et interventions possibles... Pas pour obtenir une quelconque sinécure, un marché public, la "Légion d'Honneur", ou un fauteuil à l'Académie Française...

 

Non.

 

Tout simplement, pour pouvoir voler dans les forces aériennes alliées. Contribuer à la libération de son pays. En première ligne. Il avait franchi l'âge limite pour ces opérations de guerre. Cette dernière mission, aussi, il aurait pu s'en abstenir. Il avait dépassé son quota...

 

Difficile d'imaginer un tel geste de nos "littérateurs" médiatiques actuels. Se prenant pour des Torquemada de génie, ils passent leur temps à organiser des bûchers pour brûler les blasphémateurs du "politiquement correct"...

 

Ah ! Que ne ferait-on pas pour complaire à ses sponsors ?... Au premier courant d'air vous êtes excommunié pour hérésie, déclaré antisémite, anti-américain primaire, quand ce n'est pas stalinien ou suppôt du terrorisme. Au Moyen Age, on disait suppôt du Diable. Rénovation du vocabulaire, à défaut des institutions et des mentalités. Leurs caisses à outils de chasseurs de primes débordent de ces accusations inquisitoriales.

 

Saint-Ex était d'une autre étoffe. Incapable de s'abaisser pour manger dans de tels râteliers. Rare à notre époque. Ni un courtisan, ni un planqué. Encore moins, un traîneur de sabre. Il l'avait écrit dans son roman Pilote de Guerre :

"La guerre n'est pas une aventure. La guerre est une maladie comme le typhus".

 

Son courage, son esprit chevaleresque, sa sensibilité, sa poésie, il les mettait au service de la "dignité humaine".


L'univers du cynisme, du racisme à l'encontre de tout ce qui n'est pas "blanc", de l'hypocrisie, de l'escroquerie du "Charity Business", de l'arnaque des charlatans des "droits-de-l'hommisme", est à des années-lumière du sien. Au cœur de sa pensée, de ses préoccupations, l'Homme dans sa dimension fraternelle :

 "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis".

 

Qui oserait écrire cela, aujourd'hui ?... L'écrire et le vivre.

 

Lucide. Les lendemains de la victoire l'inquiétaient. Atterré, il voyait les ambitions personnelles, de tous bords, grouiller, aiguisant leurs couteaux dans la perspective du partage des dépouilles...

 

Lui, fasciné par les étoiles et le désert :

 

"La termitière future m'épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j'étais fait pour être jardinier"... 

 

 

C'est sur le souvenir de ce Prince du Courage et de la Tendresse que je vous quitte, pour quelques semaines.

 

Baissant le rideau de ce blog, sans savoir si j'en continuerai le cours, lors de la prochaine "rentrée".

 

Alors, laissez-moi vous dire, au lieu du traditionnel " à bientôt "...

 

... " À peut-être "...

 

 

Salut et Fraternité

 

 

 

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