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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
chante la lutte des Peuples
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Horizon...


Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

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Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

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.  Injures

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Avertissement

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Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 09:30

 

 

 

« La majorité des hommes politiques, à en croire les éléments dont nous disposons, ne s'intéressent pas à la vérité mais au pouvoir et au maintien de ce pouvoir.

Pour maintenir ce pouvoir il est essentiel que les gens demeurent dans l'ignorance, qu'ils vivent dans l'ignorance de la vérité, jusqu'à la vérité de leur propre vie.
Ce qui nous entoure est donc un vaste tissu de mensonges, dont nous nous nourrissons. »

 

Harold Pinter (1)

 

 

 

 

 

Un peu d’activité ludique…

 

Je vous emmène pour une séance de surf.

 

Où ?...

 

Dans l’antre du Diable !... Du moins, tel qu'il est formaté par notre industrie de la désinformation : en Corée du Nord !...

 

Sur la superbe côte ensoleillée de Majon, dans sa partie "Est". Près du chef lieu de la province de "Hamgyong du Sud", et deuxième ville du pays par le nombre d'habitants (environ 1 million) : Hamhung ; important centre universitaire (facultés de médecine - écoles d'ingénieurs), et industriel (chimie - textiles).

 

Majon est une des récentes destinations prisées des surfeurs de toutes nationalités qui viennent pratiquer leur discipline, en compagnie des sportifs et sportives du pays. En recherche permanente de nouveaux "spots" ; lieux d'harmonie, de fusion, entre splendeurs des paysages côtiers et force sereine des mers ou océans. Où, pour les grands solistes, au sommet d'une vague géante, effort, technique, risque, se transcendent en "art". Dans les rires et les chansons...

Sourire, grâce, et joie de vivre à Majon

Sourire, grâce, et joie de vivre à Majon

Paranoïa "Occidentale"

 

Il existe même une école internationale de surf à Majon. Notre lumineuse championne, Sarah Hébert, y est une des marraines bienveillantes ou "sirènes protectrices". De quoi susciter de ferventes vocations... Même si rouleaux et vagues n'ont pas la taille ni la puissance de celles de l'archipel Hawaïen ; ou de la "passe Saint Vincent" qu'affectionne Sarah, dans l'île de Tenia en Nouvelle-Calédonie.

    
Des surfeurs viennent aussi des Etats-Unis ou d'Australie. Nullement intimidés par la propagande belliciste et obsessionnelle de l'oligarchie de leurs pays à l'encontre de la Corée du Nord.

 

Comme toujours et partout, "pays réel" ou "pays d'en bas" ont une génération d'avance sur nos politiciens aussi cyniques que corrompus, flanqués de leurs médias putassiers. Donnant l'exemple du dialogue, de la confiance, de l'apaisement, de l'échange, du partage,  dans la connaissance, la "reconnaissance" ou le respect, de "l'Autre". Voie royale vers La Paix, si vitale pour l'avenir de notre planète ; ce microscopique grain de sable tournoyant dans l'immensité des 3000 milliards de galaxies que les astronomes évaluent avec autant de difficulté que de stupeur.

 

Certaines de leurs vidéos diffusées sur Youtube ont fait scandale, tant elles allaient à l'encontre de la désinformation indécrottable de nos médias "atlantistes" !... Citons, parmi d'autres, celles du célèbre "surfeur-voyageur" Louis, dont je livre un extrait (6° journée de son séjour - "Day 6") :

De quoi avoir peur, pourtant. Mettre sa tête entre les mâchoires d'un crocodile. Depuis des décennies, nos castes au pouvoir ne cessent de nous bourrer le crâne : la Corée du Nord est un "danger", une "menace", pour l'Humanité !...

 

Mais la peur, il y a longtemps que ces sportifs la maîtrisent. Cohabitant avec les océans, les courants, les marées, et les vents...

 

Principe essentiel enseigné par leur partenaire intransigeante, La Nature : ne jamais s'accommoder du "mensonge" ; ni à soi-même, ni autour de soi. Franchir le mur des apparences, ou des fausses évidences, en exerçant son "esprit critique" permet de dompter toute crainte, neutraliser toute erreur d'appréciation. Même logique : évaluer une situation, ou une gigantesque déferlante que l'on doit gravir, pour en parcourir le rouleau se fracassant dans un rugissement ; en équilibre, à toute vitesse, le plus longtemps possible... 

 

Alors, mensonges et diabolisations sur ce pays, nos surfeurs ne s'en préoccupent pas plus que de leur première paire de tongs.
 

La Coré du Nord : " un enfer sur terre ! ", trompettent nos médias. Un goulag, dernière enclave de "l'horreur communiste", dans lequel une population est enfermée à longueur d'année, dans la misère et la famine. Des Guantanamo et des Abu Ghraïb plein les rues. Avec pour obligation de ne pas s'instruire, communiquer, se divertir, se cultiver. Surtout : ne pas rire, encore moins, s'aimer.

 

Il est vrai que nous sommes loin du mythe paradisiaque de "La Démocratie", telle qu'elle est fantasmée sous nos latitudes.

 

Les Coréens du Nord vivent sous le régime du "parti unique" !... N'ayant pas encore mis au point, "à la mode de chez nous", le régime du "parti unique à deux casquettes" : Droite et Gauche. Notre oligarchie pratiquant "l'alternance" de son personnel politique, qu'elle coopte avec soin. Faisant entériner son choix dans un simulacre d'élections dites "au suffrage universel".

 

Pire : leur propagande est encore nationalisée !... Alors que chez nous, elle est "privatisée" depuis longtemps ; nos médias, édition - presse - radio - TV, répartis entre quelques milliardaires s'engraissant sans fin sur les marchés, prébendes, et privilèges que leur accorde "l'Etat".

 

Que dire du retard qu'ils ont accumulé par rapport à notre radieux "Libéralisme Economique" !... Ils vivent encore au Moyen-Age ! Pratiquant une politique du "plein emploi", "zéro chômage" !.. Encore plus catastrophique : ils en sont réduits à vivre avec des soins médicaux gratuits, des enseignements, primaire, secondaire, universitaire, gratuits... Oui : Gratuits !... Le comble du diabolique : des retraites et des logements "décents" pour leurs "Anciens", avec le culte collectif du respect et de la reconnaissance qui leur sont dus par les jeunes générations !...

 

De véritables fous furieux !... De haut niveau, en plus... Leur pays se retrouve, sans n'avoir rien demandé, membre du club très fermé des maîtres de l'aérospatial et de l'atome.

 

Les "Pôvres", comme disent les boulistes entre deux pastis les soirs d'été...

 

Pourquoi cet acharnement à l'encontre de ce pays ?... Cette paranoïa occidentale ou "OTANesque" ?... Ces menaces permanentes, ces "sanctions" à répétition ?... Parce que les Coréens du Nord se livrent à des essais de bombes et missiles à "têtes nucléaires", faisant comprendre qu'ils n'hésiteront pas à en faire usage contre leurs agresseurs ?...

 

Pourquoi s'étonner s'ils restent durablement marqués par la guerre de Corée (1950 - 1953) ?... Au cours de laquelle leur pays a reçu environ 4 fois plus (x 3,7)  de bombes (600.000 tonnes), par l'aviation "coalisée" (16 pays, dont la France...), que le Japon pendant la seconde guerre mondiale.

 

Rien que  de juin à fin octobre 1950, les B-29 déversèrent 3,2 millions de litres de napalm... (2) Ce n'est pas moi qui l'affirme, mais les documents officiels dans leur glaciale compilation. Tout ce qui prétendait à la verticale avait été méthodiquement aplati et carbonisé...  Déjà que les Japonais, à la suite de la longue occupation (1905 - 1945) de la Corée, leur avait tout pillé, jusqu'aux clous de la moindre planche...

 

Difficile de croire que ce pays de 25 millions d'habitants, dans sa volonté de se défendre, représente un "danger planétaire" face à des puissances étrangères qui pataugent dans le sang des massacres, tortures et abjections, les cendres des multiples dévastations qu'ils planifient, organisent et gèrent, depuis la seconde guerre mondiale. Nous en sommes témoins, tous les jours, et ne pouvons pas dire que "nous ne savons pas" : de l'Afghanistan à la Syrie, de la Somalie au Yémen, en passant par l'Irak ou la Libye. Et, ailleurs : Afrique, Amérique latine...

 

Pourquoi cette permanence de "crises" et de "tensions" avec la Corée du Nord ?... Qui n'agresse, n'envahit, ne détruit, aucun pays. Ni de près, ni de loin. N'aspirant qu'à vivre tranquillement à l'intérieur de ses frontières, en attendant la "réunification" avec ses frères de la Corée du Sud. Dont ils sont artificiellement séparés depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

 

Artifice entretenu pendant la Guerre Froide, et depuis...

Même les Papys Nord-Coréens se mettent au surf...

Même les Papys Nord-Coréens se mettent au surf...

Parlons "Réunification" et non plus "Sanction"

 

Des prêcheurs hallucinés, administrant les pays de l'OTAN et leurs satellites pour le compte de la ploutocratie régnante, ont unilatéralement décrété que la Corée du Nord constituait, avec quelques autres pays, "l'Axe du Mal" sur notre pacifique planète. Cette diabolisation nous est donc imposée comme une "Vérité" révélée, sans cesse rappelée, renforcée, par des campagnes de conditionnement ou, pour être précis, de "fanatisation" des opinions publiques à l'encontre de ce pays.

 

Remettre en question ce formatage est considéré comme un "blasphème", voire une hérésie !... Rares sont les reportages ou ouvrages présentant, chez nous, une "approche objective", ou "raisonnée", sur ce pays. Quelques exceptions toutefois, ou quelques pépites, parviennent à franchir ce filtre ou ce barrage de "l'Inquisition"...

 

Ainsi un ouvrage récent, dont je recommande la lecture pour ne pas mourir idiot quant à la Corée du Nord, écrit par un cadre dirigeant de nationalité suisse Felix Abt. Livrant un témoignage exceptionnel, décrassé du préjugé idéologique occidental, sur ses sept années passées en Corée du Nord, au plus haut niveau des responsabilités dans le domaine de l'entreprise et de l'investissement. Il y a travaillé pour le compte du géant helvético-suédois dont le siège est à Zurich, ABB, puis y a créé une industrie pharmaceutique avec des capitaux locaux, et a même fondé une Business School dans la capitale.

 

Publié en anglais en 2014, sous le titre "A Capitalist in North Korea : My Seven Years in the Hermit Kingdom" non traduit en français (il ne  le sera probablement jamais, vu le "noyautage" du monde de l'édition), il montre combien ce pays est agréable à vivre, dans un incroyable dynamisme économique et à la pointe des technologies, y compris Internet (leurs hackers sont redoutables) ; malgré les multiples entraves imposées par les "sanctions" économiques et son infernal matraquage médiatique en Occident. (3)

 

Dans un billet du mois de mai 2013,  lors d'une de ces séances d'hystérie collective dans nos médias, j'avais déjà proposé une "réflexion blasphématoire", à contre-courant du tsunami de notre industrie de la désinformation, fondée sur un rappel du contexte historique, intitulé : Corée : Lecture d'une "Crise" (4). 

 

Sans ces références à l'Histoire, impossible de comprendre les tensions générées par la partition de la Corée en deux entités, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, contre la volonté des populations. Encore moins, identifier, dans le brouillard de notre propagande, les objectifs et finalités des Etats-Unis, véritable instigateur de la "guerre de Corée" ; dans l'entretien permanent d'une situation conflictuelle afin de maintenir l'hégémonie "atlantiste" ou "occidentale" dans cette partie du monde. Dont l'enjeu ultime est le "contrôle", pour ne pas dire la "mainmise", sur la Chine frontalière.

 

Sans revenir sur ces éléments d'information, il est indispensable de rappeler quelques points clés pour décoder la réactivation actuelle de la campagne de propagande contre la Corée du Nord, et sa résistance inébranlable, des éructations de la campagne présidentielle américaine à la logorrhée des médias européens :

 

1.  La Corée du Nord ne peut oublier que ce sont les Etats-Unis qui ont lancé en 1950 l'invasion de leur pays, en l'imposant aux généraux Sud-Coréens de l'époque malgré l'opposition de leurs propres troupes, et non pas le contraire ; comme le "lavage de cerveaux" occidental le fait croire, jusque dans nos livres scolaires.

S'imaginant "invincibles" du fait de leur gigantesque arsenal militaire accumulé à la suite de la guerre du Pacifique et de leur domination nucléaire (la Chine ne procèdera à son premier essai nucléaire que le 16 octobre 1964), ils pensaient réaliser l'annexion de la Corée du Nord, et même une partie de la Mandchourie Chinoise (au sous-sol d'une grande richesse) en quelques semaines.

Certains de la paralysie de la Chine et de l'URSS, connaissant la faiblesse militaire et économique de ces pays voisins, épuisés, ravagés, à la fin de la deuxième guerre mondiale. Et, bien sûr, rassurés par le complet dénuement de la Corée du Nord en phase de difficile reconstruction, incapable de résister à une "guerre éclair"... [cf. Corée : Lecture d'une "Crise"  (4)]

 

2.  La Corée du Nord ne peut oublier que les occidentaux ont instrumentalisé l'ONU pour justifier cette guerre, en profitant de "l'exclusion" de la Chine du Conseil de Sécurité de l'époque (représentée par l'île de Taïwan, considérée comme "l'authentique Chine"...), et du boycott de l'URSS, de ce même Conseil, en solidarité avec Pékin.

Sans opposition au Conseil de Sécurité, après avoir bloqué le processus électoral devant réunifier les deux Corées, les Etats-Unis ont pu faire passer les résolutions qu'ils souhaitaient pour envahir la Corée du Nord.

Notamment, la "Résolution 84 du 7 juillet 1950" organisant une force de l’ONU - 16 pays, dont la France (qui participa pour obtenir le soutien US dans sa guerre d'Indochine en pleine déroute) - sous commandement américain. Ce fut la première instrumentalisation de l’ONU pour légitimer les guerres coloniales, "nouvelle manière". Inaugurant, ainsi, une longue liste.

 

3.  La Corée du Nord ne peut oublier qu'en dépit de l'énorme écart en termes matériels (forces aériennes et navales, plus particulièrement), logistiques et technologiques, les Etats-Unis avec leurs supplétifs "coalisés", reçurent en Corée un colossal "coup de pied au derrière". Préfigurant celui qu'ils devaient recevoir 20 ans plus tard au Viêt Nam.

Dans son histoire, la Corée a résisté à plus de 2000 invasions étrangères (5) ; même la France en 1866 s'y est cassée les dents, avec un corps expéditionnaire et une dizaine de navires...

En conséquence : les aboiements constants des néoconservateurs américains, et autres pitbulls associés, ne les impressionnent pas.

Encore moins les "sanctions" dites "économiques" ; jusqu'à bloquer stupidement des appels d'offre internationaux s'appliquant, par exemple, à des stations d'épuration d'eau et des systèmes d'assainissement urbains ou d'égout, comme le rappelle Felix Abt. (6)

 

4.  La Corée du Nord ne peut oublier que l'opposant le plus acharné à sa réunification avec la Corée du Sud, outre les Etats-Unis, est l'ennemi historique : l'oligarchie du Japon. Depuis l'époque des samouraïs, la péninsule Coréenne a été considérée par la caste dirigeante japonaise comme le tremplin de son expansion sur le continent asiatique.

Un des grands héros célébré dans les deux Corées est l'amiral Yi Sun-Sin qui a écrasé à plusieurs reprises les armadas d'invasion du Japon dans la deuxième partie du XVI° siècle. Un film sur les exploits de ce personnage impressionnant de courage et d'envergure, intitulé "L'Amiral" a connu un prodigieux succès en Corée et en Asie.

On sait combien l'acharnement du Japon contre la Corée, depuis 1894 jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale, a été terrifiant de barbarie. Les plaies ne sont pas encore cicatrisées...
Jamais le Japon ne supportera qu'un pays de 75 millions d'habitants (Corée du Nord = 25 + Corée du Sud = 50) , à l'extraordinaire dynamisme économique et scientifique, rivalise avec lui sous ses fenêtres...

 

5.  La Corée du Nord sait que ce n'est pas son arsenal nucléaire qui est au centre de l'obsession, de l'hostilité, de la préoccupation, "atlantistes". Celui d'Israël ou d'Inde, non signataires du Traité de Non Prolifération Nucléaire, ne pose aucun problèmes aux occidentaux.

Mais, son système économique et social, fondé sur "la solidarité" et le "partage de la richesse nationale" ; et, sa capacité à le défendre.  A l'exemple de celui de Cuba, pourtant non "puissance nucléaire", victime d'implacables mesures d'embargo et de sanctions économiques, depuis une cinquantaine d'années.

L'oligarchie mondialiste, adepte de l'enrichissement exclusif du 1 % de sa caste, ne pouvant le tolérer...

Soleil couchant sur la côte de Majon

Soleil couchant sur la côte de Majon

Compte tenu de ce contexte, la résolution pacifique de la "Crise" dans la péninsule Coréenne exige une volonté politique internationale d'une totale honnêteté et une inflexible détermination. Ce qui paraît difficile à réunir de la part de puissances en déclin s'accrochant à leurs rêves d'hégémonie mondiale... Sinon, rien de plus facile :

 

=>  Changer de langage et d'attitude : arrêter "sanctions" et "menaces", pour travailler dans l'apaisement, et la confiance réciproque, sur ce qui rassemble et non ce qui sépare. Les populations du nord et du sud de la Corée n'aspirent qu'à leur "Réunification" ; comme y sont arrivés l'Allemagne Est et Ouest, ou le Viêt Nam Nord et Sud.

 

=>  Obtenir le soutien de ses voisins frontaliers (terrestres ou maritimes) immédiats : Chine, Russie et Japon,  garantissant la paix et la sécurité de la péninsule Coréenne, avec sa dénucléarisation ; la Corée du Nord y étant disposée sous cette condition.

 

=>  Obtenir la "non-interférence", ou la "non-ingérence", des pays qui n'ont "géographiquement" rien à voir avec cette région si ce n'est entretenir des relations de coopération économique ou culturelle.

Autrement dit : les pays de l'OTAN et affiliés, Etats-Unis et Europe plus spécialement, doivent sortir de ce cadre. Pour être clair ou réaliste : imagine-t-on des pays asiatiques, situés à des milliers de km, se mêler de l'organisation et des relations entre pays européens ?...

 

=>  Programmer avec soin une "Réunification" graduelle, transitant dans un premier temps par un système fédéral : le problème le plus délicat étant de fusionner deux systèmes économiques et sociaux totalement opposés.

L'un au Nord, fondé sur une "solidarité sociale" ; l'autre au Sud, architecturé sur un Capitalisme Sauvage le plus débridé, avec ses effets collatéraux servant de soupape : drogue, prostitution, délinquance, sur fond de violences sociales sous les formes bien connues, dans nos propres pays, de précarité et de pauvreté en croissance exponentielle, etc.

A la suite de quoi : on ne parlerait plus de "Crise" en Corée...

 

 

La Corée du Nord, "danger planétaire" ?... Envahir la Corée du Nord ?... La bombarder, la "nucléariser", la carboniser à nouveau, comme le proposent Hillary Clinton et sa clique de généraux déjantés ?...

 

En écho à ces incantations des adorateurs de la folie meurtrière, si vibrants d'émotion et de rage contenue face au cynisme sauvage de nos nomenklaturas dans la destruction de l'Irak, retentissent les mots d'Harold Pinter (7) :

 

« Comme le sait ici tout un chacun, l'argument avancé pour justifier l'invasion de l'Irak était que Saddam Hussein détenait un arsenal extrêmement dangereux d'armes de destruction massive, dont certaines pouvaient être déchargées en 45 minutes, provoquant un effroyable carnage.

On nous assurait que c'était vrai.

Ce n'était pas vrai.

On nous disait que l'Irak entretenait des relations avec Al Qaïda et avait donc sa part de responsabilité dans l'atrocité du 11 septembre 2001 à New York.

On nous assurait que c'était vrai.

Ce n'était pas vrai.

On nous disait que l'Irak menaçait la sécurité du monde.

On nous assurait que c'était vrai.

Ce n'était pas vrai. »

 

Et, écrite avant la dévastation de la Libye et de la Syrie, décédé entretemps, sa lucide, courageuse, et glaçante conclusion :

 

« L'invasion de l'Irak était un acte de banditisme, un acte de terrorisme d'État patenté, témoignant d'un absolu mépris pour la notion de droit international.

Une redoutable affirmation de la force militaire responsable de la mort et de la mutilation de milliers et de milliers d'innocents.

 

« Nous avons apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l'uranium appauvri, d'innombrables tueries commises au hasard, la misère, l'humiliation et la mort et nous appelons cela "apporter la liberté et la démocratie" au Moyen-Orient. »

 

 

La Corée du Nord a raison.

 

Forte de sa maîtrise technologique : surfer sur l'océan de l'arrogance imbécile des psychopathes qui nous gouvernent, et qui veulent la détruire ...

 

 

 

 

 

1.   Harold Pinter, Discours de réception du Prix Nobel de Littérature 2005,
http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/2005/pinter-lecture-f.html

N.B.  Je recommande la lecture de son discours, ou sa "conférence" pour reprendre le terme officiel, retransmis par vidéo, sans oublier son œuvre. Très affaibli par la maladie qui devait l’emporter trois ans plus tard, il n’avait pu se déplacer à Stockholm.
Il avait choisi pour thème : « Art, Vérité & Politique ». En fait, la trame de son œuvre théâtrale. Et, de sa vie tout simplement.
Car, devenu célèbre, il n’hésita pas à s’engager avec fougue, en tant que "Citoyen du Monde" pour soutenir La Paix, combattre l’Injustice et les souffrances humaines. Un des derniers grands "intellectuels" britanniques, Harold Pinter milita avec détermination contre l’invasion occidentale en Irak, sur fond de mensonges et de cyniques campagnes de propagande et, systématiquement, contre les impitoyables menées impérialistes en Amérique Latine (Nicaragua, notamment) et ailleurs. Juif, il n'hésitait pas à condamner la barbarie sioniste.

L’oligarchie "atlantiste" de son pays le détestait…

Pour plus de détails sur son parcours, cf. le billet : Georges Stanechy, Harold Pinter : The Go-Between…, 12 février 2009,
http://stanechy.over-blog.com/article-27844632.html

2.  Bruce Cumings, Mémoires de feu en Corée du Nord, le Monde Diplomatique, décembre 2004.

3.   Felix Abt, A Capitalist in North Korea : My Seven Years in the Hermit Kingdom, (téléchargeable en e.book), Tuttle, 2014.

4.   Georges Stanechy, Corée : Lecture d'une "Crise", 5 mai 2013,
http://stanechy.over-blog.com/cor%C3%A9e-lecture-d-une-%E2%80%9Ccrise%E2%80%9D%E2%80%A6

5.  Voir le film coréen, à la mise en scène extraordinaire de qualité, avec pour thème la résistance à une des multiples invasions des Jurchens (qui s'appelèrent Mandchous par la suite) en provenance de Mandchourie : "War of The Arrows" (La Guerre des Flèches). Le héros, incarnant cette résistance, est un "tireur à l'arc d'élite" coréen.

6.  Felix Abt, Op. Cit.

7.  Harold Pinter, Op. Cit.

 

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 17:30

 

 

 

" Il ne suffit pas de respecter les croyances des autres, il faut essayer de devenir digne de leur respect
Nous qui nous enorgueillissons si facilement d’être « tolérants », aspirons-nous à la position d’être à notre tour « tolérés » ? ".
Isabelle Stengers  (1)

 

 

 

Siddhārtha Gautama…

 

Comblé, par le Destin, de tous les bienfaits.

 

Tout ce dont rêve le commun des mortels : Amour, Beauté, Force, Intelligence, Pouvoir, Richesse, Savoir …

Il était prince. Il allait devenir roi.

 

Dans les années 623 – 543, avant notre ère, dans le nord-est de l’Inde. Plus précisément dans la région dite du Terraï, qui est la plaine du Népal. Riche région agricole au pied de la chaîne de l’Himalaya.

Un siècle et demi avant Socrate (470 – 400), disent les uns. Ce qui est fâcheux pour les "européocentristes", chatouilleux du nombril, indécrottablement persuadés que la Pensée, la Philosophie au sens de Sagesse (et non pas du "prêt-à-penser idéologique" actuel), la Théorie des Idées sur le Bien et le Beau, seraient exclusivement nées en Grèce…

Alors on s’arrange un peu avec l’Histoire, comme toujours.

 

Les plus récents spécialistes situent, à présent, sa mort entre 411 et 400 avant notre ère… Ainsi, après une vie de 80 ans, approximativement la même année, ou période, que Socrate. Ouf, pas d’antériorité : l’honneur est sauf !... Platon (428 – 348) n’étant encore qu’un ado en sac à dos et rollers de l’époque, joint au bec, tirant les nattes de ses copines…

 

Car, Siddhārtha Gautama est à l’origine  d’une des grandes religions ou philosophies de notre planète : le Bouddhisme.

Birmanie : Le Bouddhisme Radical…

Marié à seize ans à une des filles du monarque d'un royaume voisin, la magnifique princesse Yashodhara, qui lui donna un fils Rahula. Une vie de luxe, de volupté, d’initiation à son métier de roi et de chef de guerre ; pratiquant les arts martiaux, il était réputé pour son adresse au tir à l’arc.

 

Subitement à 29 ans, il quitte tout. S’enfuyant de son palais sur son cheval après avoir découvert "La Souffrance". Celle de son peuple, en premier lieu. Mais aussi la finitude, comme disent les "psys", de l’être humain ; souvent dans la décrépitude avant de trouver la mort.

Ce fut « La Grande Renonciation ».

 

Il devint un ascète, étudiant avec des maîtres. A 35 ans, il atteint l’éveil ou l’illumination, devenant ainsi "l’éveillé" : le Bouddha.

 

Commença alors une quarantaine d’années de prédication, d’incessantes pérégrinations, avec la mise en forme progressive de son enseignement fondé sur la pratique de la méditation. Créant des communautés de moines et de nonnes, son épouse l’ayant rejoint pour devenir, dit-on, une de ses plus ferventes disciples dans l’ascèse.

 

La suite est connue. Son expansion en Asie, se greffant sur des pratiques locales, pour parvenir à des identités multiples : le Bouddhisme Zen, au Japon, par exemple.

 

 

Un radicalisme sauvage

 

Personnage fascinant que ce "prince-ascète", au courage éthique « exceptionnel ». Son message limpide au départ est difficile à retrouver sous les foisonnants rites, interprétations des différentes écoles avec leurs branches et sous-branches, légendes et folklores, accumulés au fil des siècles, tels un mille-feuille. Jusqu’à la représentation du Bouddha sous forme d’un personnage obèse et béat, dans certains pays ou temples. Lui, sportif de haut niveau, rompu aux arts martiaux, méditant émacié adepte du jeûne…
 

Evolution, distorsion, parasitage, inévitables, sous la patine ou la corrosion du Temps…

 

Pas de quoi s’étonner, alors, du caricatural Dalaï-lama. Flanqué de son bondissant chargé de communication en France, Matthieu Ricard, courant d’un plateau TV à un autre, entre deux mondanités (2), jaillissant des BMW de luxe en tongs et toge safranée. Pour nous vendre, à demi-mot, de "l’antichinoiserie primaire" concoctée par nos officines de propagande.

 

Notre industrie de la désinformation s’acharnant, sans répit, à travestir le Dalaï-lama en pape du bouddhisme mondial. Alors que son autorité ne s’étend pas au-delà d’une infime partie de la communauté Tibétaine, qui reconnaît d’autres chefs ou responsables religieux. Oubliant de dire que les grandes communautés bouddhistes d’Inde, du Sri Lanka, de Thaïlande ou de Birmanie, notamment, le considèrent, tout au plus, en pathétique polichinelle manipulé par l’Occident. (3)

 

Une fois évacués poussières, colifichets, chapeaux, trompettes et breloques, se superposant de siècle en siècle, l’enseignement originel du bouddhisme paraît étonnamment contemporain. Particulièrement, le volet saisissant de sa dénonciation des « poisons pour l'esprit », rongeant, gangrénant, les individus autant que les sociétés. Qui, à l'exemple des poissons, pourrissent en premier de la tête : "élites" achetées, oligarchies vendues... Trois poisons mortels "pour l'esprit" et, en conséquence, pour les "corps sociaux" :

=>   L'avidité ou la rapacité, insatiables (Tṛṣna)

=>   L'aversion ou la haine, dans le mépris (Dveṣa)

=>   L'ignorance ou l’égarement, incarné dans le fanatisme (Moha)

 

Mais, comment se peut-il que les plus beaux enseignements adressés à la communauté des Hommes, de plus confortés par l’exemple et le Bouddha en est un des plus splendides, prônant l’élévation de l’esprit, le retour à des valeurs humaines fondamentales, à l’opposé de la sauvagerie, soient détournés ?...

 

Instrumentalisés par des idéologies forgées par des intérêts aux antipodes des préceptes de base, caricaturés dans ce qu’on appelle aujourd’hui les « radicalismes ». Radicalismes infligeant les plus atroces souffrances à des millions d’êtres humains au nom de leur édification, de leur bonheur… Ou, plus primairement, ou primatement, pour son confort personnel, dans le rejet viscéral, voire l'éradication, de l'Autre...

 

Le Bouddhisme, malgré son puissant, formidable, appel à la sérénité, la quiétude, la paix intérieure partagée avec l’Autre ou le Prochain, n’échappe pas à cette lèpre qui a infesté, et infeste encore, d’autres religions ou croyances…

 

« L’Islamisme Radical » occupe la une des médias de notre propagande, comme s'il s'agissait de l'unique "radicalisme" religieux que la courte Histoire de l'Humanité aurait connu. Oubliant les ravages du « Christianisme Radical » dans l’Inquisition, les Croisades. Plus tard avec, indistinctement, la bénédiction catholique ou protestante, la violente colonisation de peuples, nations et continents durant des siècles.

 

« L’Athéisme Radical », l’athéisme étant une croyance et un système philosophique à l'égal d'un autre, a perpétré parmi les plus abjectes barbaries à l’encontre de la Dignité Humaine, sous l’emprise du nazisme et du stalinisme, tout particulièrement.

 

Dans son émanation actuelle "new look" dite du « Libéralisme Radical », il provoque implacablement sous une rhétorique séculière, pour ne pas dire sous un "laïcardisme" affligeant d'hypocrisie imbécile, prétendant apporter la "démocratie" et les "droits de l’homme" au genre humain, des millions de morts, d’immenses dévastations, détruisant des pays entiers ; comme on le constate en Afghanistan, en Libye et dans les pays du Moyen-Orient. Sans compter la mise en servage cynique de ses propres populations, dans la précarité et le chômage massif... Jusqu’à prostituer ses propres enfants

 

Le judaïsme, composante de la sphère judéo-chrétienne, souffre tout autant de son propre radicalisme. Ce « Judaïsme Radical », prenant la forme d’une idéologie coloniale dont la férocité ne cesse de s’accentuer, de se "radicaliser", avec le temps : "le sionisme", aussi sanguinaire que prédateur. (4)

 

Le Bouddhisme, emporté lui aussi dans ces dérives délirantes, sévit actuellement, dans l’horreur, caricaturé par un « Bouddhisme Radical », en Birmanie. Dans le silence de la Communauté Internationale. Ce qui n’a rien de surprenant. Par contre, dans le silence inadmissible, de lâcheté et de bigoterie, de La Sereine Conscience des responsables et animateurs de la communauté bouddhiste, tant en France qu’à l’étranger…

Birmanie : Le Bouddhisme Radical…

Cruelle Imposture ou Imposture de la Cruauté ?...

 

La population de la Birmanie (52 millions d’habitants), qui s’est renommée Myanmar récemment, est à majorité bouddhiste (80% d’après des statistiques officielles). Gouvernement et clergé bouddhiste ne cessent de s’acharner sur la minorité musulmane qui ne représente que 3% à 4% de la population, suivant les recensements. Déniant même la nationalité du pays aux membres birmans de cette confession.

 

Si ce n’était que de la "discrimination religieuse", ce ne serait pas grave dirions-nous ; nous, qui avons vécu d’atroces guerres de religion dans notre Europe... Le Temps arrangera les choses…

Birmanie : Le Bouddhisme Radical…

Sauf que se multiplient, dans l’impunité, nationale et internationale, des massacres épouvantables (exercice favori des bouddhistes birmans : brûler vifs les musulmans dans leurs habitations), viols, tortures à mort... Et, autres variantes sadiques…

Birmanie : Le Bouddhisme Radical…

Les obligeant à fuir dans les pays limitrophes. A pied ou en barque, si on leur laisse le temps de migrer, en Thaïlande proche, pour beaucoup d’entre eux. Dans ces pays d’accueil, les sévices étant relayés par des trafiquants d’êtres humains, et souvent par les armées « nationales » en cheville avec eux.

Birmanie : Le Bouddhisme Radical…

Une des pratiques privilégiées de ces "glorieuses" forces armées : remorquer les barques surchargées de réfugiés, après viol préalable des femmes et jeunes filles dûment sélectionnées, et les lâcher en plein océan, sans vivres ni eau potable ; prenant soin d’enlever rames, voiles ou moteurs, suivant les cas. Condamnés à une mort lente. Très lente. A moins de choisir le suicide, et de plonger dans la houle...

Leur tort : être musulmans.

 

Le Bouddha en aurait été horrifié. Même le "faux-pape du bouddhisme mondialisé", le Dalaï-lama ne cesse de le marteler :
"Nous avons le devoir de prendre soin de tous les êtres vivants et de notre planète", avec "compassion" et dans "l'harmonie entre les différentes traditions religieuses et philosophiques". (5)

 

Cette minorité est dénommée "Rohingya". Musulmans, mais birmans depuis au moins le 16° siècle pour la plupart. Les autorités du pays en ont, apparemment, planifié l’exclusion, le déplacement, la disparition. Les poussant à l’exil, dans le meilleur des cas, dans une orgie de terreur. Ainsi, dans leur propre pays, plus de 100.000 d’entre eux ont été enfermés dans des camps de réfugiés. L’aide internationale qui commence à leur être adressée, notamment par des pays musulmans, étant ponctionnée au passage, dans la corruption la plus effrénée par les organisateurs de ces chasses à l’Homme…

 

Pour déclencher et entretenir ce "nettoyage ethnique" ou "religieux", la population de confession bouddhiste est fanatisée par un prêcheur halluciné, Ashin Wirathu. Par son hystérique culte de la violence, il rappelle le "frère dominicain" Savonarole qui instaura une dictature théocratique à Florence, au 15° siècle.

Birmanie : Le Bouddhisme Radical…

Ses discours de haine sont relayés par le puissant clergé du pays, moines et nonnes, et leur diffusion démultipliée par les "réseaux sociaux" dans les villes… Véritable star dans son pays, bénéficiant d’une impunité absolue, disposant de moyens financiers et médiatiques considérables ; avec, évidemment, l’appui, la complicité du gouvernement local. Le silence de l’ONU, des pays occidentaux, toujours prêts à défendre la veuve et l’orphelin partout dans le monde, est bizarrement : sidéral…

Rien de nouveau. Nous savons tous ce qu’il en est de "La Communauté Internationale"…

Birmanie : Le Bouddhisme Radical…

Beaucoup plus révélateur : l’attitude de la grande icône birmane des Droits de l’Homme, de la Non Violence, se réclamant de Gandhi, de la Démocratie, chouchou de nos médias et politiciens en Occident ; croulant sous les récompenses et labels de "bonne élève" de l'idéologie mondialiste, prix Nobel de la Paix 1991, Prix Sakharov décerné en grande pompe, en 2013, par le Parlement européen, etc. : Aung San Suu Kyi.

Non seulement, elle reste de marbre, au nom de la Raison d’Etat. Mais, pire : elle nie les évidences. Alors qu'elle est membre du Parlement de son pays, depuis le 9 juillet 2012...
Son indifférence devant cet atroce "nettoyage religieux", dans une barbarie indescriptible, démontre un niveau d’insensibilité, de cruauté, implacable.

Le masque est tombé. L’imposture, dévoilée.

 

Amusant, si le contexte n’était pas aussi tragique, de voir certains de nos médias, surtout dans la sphère anglo-saxonne, atterrés par l’impassibilité méprisante de cette cantatrice des "Droits de l’Homme" face aux sadiques persécutions infligées à une minorité de ses concitoyens. En France, nos médias, dans un obséquieux respect de l'icône tant célébrée par eux, préférant ne rien savoir : le confort de l’analphabétisme "informationnel"… (6)

Pourtant, tout observateur un tant soit peu lucide avait, depuis longtemps, déconstruit l’arnaque de la désinformation.

 

Pour ma part, j’ai toujours considéré Aung San Suu Kyi comme l’alter ego, le clone, de la pakistanaise Benazir Bhutto. (7) Seule différence : elle n’a pas encore réellement exercé tous les pouvoirs régaliens de sa défunte consœur. De la même trempe : grandes féodales, milliardaires, uniquement attachées à leur statut, à la richesse de leur clan et aux privilèges de leur caste. Dont le premier est celui de la prédation perpétuelle et impunie de leur nation.

 

Notre industrie de la désinformation occulte minutieusement que nous sommes en présence de la fille d’un des généraux, Aung San, se disputant le pouvoir dès la fin de l’occupation japonaise de la deuxième guerre mondiale, et la préparation de l’indépendance avec le colonisateur britannique, en deux clans antagonistes.

 

Effet collatéral du démarrage de La Guerre Froide : ceux en faveur du clan occidental et ceux proches de la sphère soviétique de l’époque. Transitait, alors, par la Birmanie toute l’aide occidentale en faveur du chef de guerre chinois, le "généralissime" Tchang Kaï-chek, connu pour sa corruption et sa mégalomanie. Il convenait, en effet, d’entraver le succès grandissant des communistes Chinois regroupés autour de Mao. Tout, ou n’importe quoi, sauf "Les Rouges" !...

 

Le clan pro-occidental perdit cette manche. Son père, favorable au clan occidental, fut assassiné dans un règlement de compte entre bandes rivales de la haute hiérarchie militaire, le 19 juillet 1947. Mais sa famille fut épargnée, physiquement et "patrimonialement"…

Car, " … chez ces gens-là, Monsieur… ", on est toujours le cousin du beau-frère ou la grand-mère de l’oncle, tellement attachements, solidarités et obligations, par mariage sont entremêlés. La Birmanie est un Etat féodal où tout ce beau monde, au sein de l’oligarchie, entretient une filiation, même avec son rival ou son ennemi. Tous ces généraux partageant de solides liens familiaux entre eux et avec les grands propriétaires terriens et fortunes commerçantes, immensément riches de la misère du peuple.

 

Aung San Suu Kyi put ainsi accomplir toutes les études et voyages qu’elle souhaitait. Ceux d’une fille de milliardaire, choyée par la classe dirigeante de son pays : Inde, Grande-Bretagne, Etats-Unis, etc.

 

Son premier emploi, en 1967, fut d’être recrutée en tant que "secrétaire-assistante" du "Comité des questions administratives et budgétaires" de la gigantesque usine à gaz bureaucratique qu’est l’ONU. Vous en connaissez beaucoup qui peuvent entrer dans ce type d’organisation internationale, à New York, sans expérience professionnelle, les deux doigts dans le nez ?...

 

Partenariat "Bouddhisme Radical" et "Evangélisme Radical"

 

Les généraux au pouvoir instaurèrent une dictature inflexible et corrompue au dernier degré, se répartissant les richesses colossales du pays entre chefs de clans. Pillées par ces rapaces, elles ne figurent pas, pour leur plus grande partie, dans les statistiques économiques officielles. Donnant ainsi un PIB ridiculement faible. Transitant, en contrebande sous la protection de l’armée, par les voisins Bengladesh et surtout Thaïlande ; en étroite collaboration avec les généraux de ces pays.  

 

Citons les ressources agricoles, cultivées sur les terres fertiles détenues en quasi-totalité par l’oligarchie, les paysans étant considérés en simples serfs : riz, canne à sucre, arachide, maïs, tabac, coton, blé, millet. Sans oublier les 75% de la production mondiale du bois précieux qu’est le teck.

 

C‘est aussi, le "cinéma d’action" hollywoodien n’a cessé de l’évoquer, un des plus grands producteurs de drogue de la planète, avec l’Afghanistan, aux incommensurables revenus : opium, héroïne, amphétamines, etc.

 

Un des plus importants producteurs de pétrole et de gaz de la région, y compris en mer. Là encore, production vendue pour l’essentiel en contrebande aux pays voisins. Même l’énergie électrique est l’objet d’une prospère contrebande, issue des inépuisables ressources hydrauliques de ce pays tropical-montagneux (le Hkakabo Razi est le plus haut sommet d’Asie du sud-est : 5881 mètres), hors plaines côtières et fluviales.

 

Plus encore, un patrimoine minier d’une qualité exceptionnelle. En tête de liste : une des plus belles extractions de pierres précieuses, par leur degré de pureté : jade, saphir et rubis (90 % de la production mondiale).

 

Cette oligarchie de tous les trafics aurait été laissée tranquille, par "La Communauté Internationale", si elle n’avait présenté deux défauts impardonnables :

=>  Refuser de partager plus généreusement le gâteau avec les prédateurs occidentaux, en cédant l’administration directe du pays à la mafia mondialiste et, en conséquence, en acceptant la fonction de "fondé de pouvoir" de ses intérêts selon les modèles saoudien ou colombien 
=>  Fait aggravant : refuser de s’engager avec les occidentaux dans des opérations antichinoises d’envergure (implantations de stations d’écoutes et d’espionnage, de base militaires avec stockage de matériel et munitions, etc.). En application de la stratégie belliciste occidentale d’encerclement de la Chine, avec qui la Birmanie partage une longue frontière.

 

Sa mise au ban de "La Communauté Internationale" fur alors organisée : sanctions, entraves dans ses trafics (jusqu’aux ventes de rubis…), etc. Tout cela, évidemment, sous couvert de la "Démocratie" et des "Droits de l’Homme".

 

Pour lâcher du lest, les généraux, amateurs en la matière, voulurent organiser des élections générales. Face à leur parti politique bidon, ils trouvèrent qui ?... Aung San Suu Kyi, à la tête d’un groupement de partis, solidement financé et encadré par les occidentaux : "Ligue Nationale pour La Démocratie"…

Le 27 mai 1990, les généraux se réveillèrent sous l’effet de la claque : ne réunissant que 21 % des voix, contre 59 % à la Ligue… Annulant les élections, à la fureur des occidentaux. Manière, pour ces généraux mafieux, de vouloir faire monter les enchères et baisser les prétentions de la mafia mondialiste. Les occidentaux redoublèrent leurs rugissements pro-démocratiques…

 

Notons au passage que deux ans plus tard, le 11 janvier 1992,  lorsque les généraux algériens ont annulé les premières élections libres qu’ils perdirent, inaugurant une longue et sanglante guerre civile, "La Communauté Internationale" est restée paisiblement silencieuse… Mieux, elle les couvrit de sa propagande.

 

Comme pour les "terroristes" : les "bons" généraux ne sont pas à confondre avec les "méchants"…

Tapant du poing sur la table de leur coup d’Etat, nos généraux birmans jugèrent qu’Aung San Suu Kyi devenait un peu trop turbulente, en cheval de Troie des intérêts occidentaux et de son clan. Ils la placèrent en résidence surveillée dans une de ses confortables villas familiales, entourée de sa domesticité et de ses proches. En attendant des jours meilleurs. La traitant toujours avec les plus grands égards.

 

Evidence de cette collusion de classe (les leaders opposants trop "remuants", issus du peuple, étant liquidés sans hésitation) ou de caste. Cette bouddhiste au grand cœur "non violent" n’a-t-elle pas déclaré, récemment, à la BBC :

« J’aime beaucoup l’armée »… (8)

Cette grande dame de "La Démocratie" est au moins porteuse d’une Valeur : la reconnaissance du ventre.

 

Une dizaine d’années plus tard, tout s’est arrangé en famille. Les généraux ont compris que "La Démocratie" c’est avant tout exécuter les consignes de l’Occident, en les légalisant par des simulacres d’élections où seuls ne peuvent se présenter que ceux cooptés par l’oligarchie.

 

Ils firent une place autour du gâteau birman à Aung San Suu Kyi (membre du parlement depuis 2012) et ses affidés. Devenue, entretemps, hyperactive dans le business des mines de cuivre, fermant les yeux sur l'écrasement et le "déplacement"  manu militari des membres de l’ethnie Kachin, spoliés et outragés du saccage environnemental sur leurs terres de ses associés-exploitants…

 

Mais on vous le certifie, dans les chants d’allégresse : la Birmanie est devenu un paradis des Droits de l’Homme. "La Démocratie", comme Zorro, est arrivée…

 

Emerge alors, dans ce jeu de dupes à l’encontre du peuple birman, lentement mais sûrement, un volet important de ces consignes ou ordres à exécuter : la persécution des musulmans, leur éradication religieuse ou culturelle, voire physique. Exigence délirante des "ultras" américains qui ne conçoivent qu’un monde judéo-chrétien sous la coupe d’un "Evangélisme Radical".

 

Ces "fous de Dieu", descendants de ces évangélistes qui massacraient les amérindiens d’Amérique du nord la Bible à la main, le fusil dans l’autre. Les pourchassant, massacrant, en gibier à abattre ; comme Geronimo en fut témoin, sa femme et ses trois enfants en furent les victimes éviscérées. Enfermant dans le désespoir, la maladie ou la malnutrition, les rares survivants… (9)

 

Islamophobie obsessionnelle devenue un des objectifs majeurs à l’échelle de la planète pour ces fanatiques, tout spécialement en Asie. Architecturée sur une stratégie, aux moyens illimités, méthodiquement planifiée à l’encontre des minorités musulmanes du sud de la Thaïlande, du sud des Philippines, et évidemment de la Birmanie.

 

Cet "Evangélisme Radical", pour arriver à ses fins n’hésitant pas à passer des accords de partenariat avec le "Bouddhisme Radical" pour les éliminer.

 

Le Bouddhisme étant jugé inoffensif à leur domination idéologique et géopolitique. Dès lors qu’il se limite à un folklore spirituel destiné à soulager les bobos des "bobos". Ou à singer les bonobos : ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire. Seulement, avec ou sans moquette fumante : planer…

 

Partenariat entre deux radicalismes symbolisé, le 1er juillet 2015, par ce partage du gâteau d’anniversaire du 80e anniversaire du Dalaï-lama dans le ranch, au Texas, de George W. Bush, toujours aussi fier de sa "mission accomplie"… (10)

 

A qui Dieu avait demandé de réduire en cendres l’Irak… (11)

 

 

Le DalaÏ-lama fêtant ses 80 ans dans le ranch texan de George W. Bush - 1er juillet 2015

Le DalaÏ-lama fêtant ses 80 ans dans le ranch texan de George W. Bush - 1er juillet 2015

1.  Isabelle Stengers, « Résister ?  Un devoir ! », Politis, n° 579, 1999, pp. 34-35.
Cité dans l’ouvrage passionnant de Tobie Nathan : « Nous ne sommes pas seuls au monde – Les enjeux de l’ethnopsychiatrie », Points-Essais, collection « Les Empêcheurs de penser en rond », Le Seuil, 2001, p. 88.
2.  Pathétique exemple de ce cirque mondain, ou d’opération de propagande antichinoise, animée par le Dalaï-lama : la séance d’échange d’écharpes blanches (le "kata", symbole de bienvenue) avec le couple Sarkozy, alors président, escorté des courtisans et courtisanes :
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-dalai-lama-rencontre-carla-bruni-sarkozy-et-bernard-kouchner_553111.html
http://www.lefigaro.fr/international/2008/12/06/01003-20081206ARTFIG00696-premiere-rencontre-entre-sarkozy-et-le-dalai-lama-.php

3.  Le clan familial, aristocratique et tribal (ils ont tous la nationalité américaine…), du Dalaï-lama entretient des rapports « fusionnels » avec la CIA, depuis les années 1950 ; du temps de La Guerre Froide contre le Bloc communiste soviétique et chinois.
Le frère ainé du Dalaï-lama, Thubtan Norbu, animant une officine de la CIA chargée de la propagande antichinoise, avec le Tibet pour vecteur, pompeusement intitulée « Société Américaine pour une Asie Libre »…
Le second frère ainé du Dalaï-lama, Gyalo Thondup, était le baroudeur de la famille. Participant, dès 1951, à des opérations de renseignement, d’assassinat et de sabotage, dans des raids de commandos parachutés au Tibet et ensuite exfiltrés. Entraînés, financés, armés, et encadrés, évidemment, par la CIA.

Tous les efforts occidentaux (les britanniques y prenant une part active…) pour organiser une Révolution Colorée "Safran", connurent l’échec : l’immense majorité des Tibétains vomissant ces aristocrates corrompus qui avaient maintenu leur région, des décennies durant, dans une féodalité moyenâgeuse ; immergeant leur peuple dans l’extrême pauvreté, la misère du servage et l’ignorance.
Les méticuleux travaux des chercheurs Ginsburg et Mathos décortiquent dans le détail tous ces faits, jamais rapportés dans nos médias. En particulier, leur incontournable ouvrage de référence sur le sujet, mondialement connu, intitulé (et non traduit en français, sauf erreur de ma part…) :

"Communist China and Tibet : The First Dozen Years"
Edition Martinus Jihoff / The Hague – première edition 1964

4.  Rappelons que le sionisme est une idéologie politique d’essence coloniale fondée par des juifs, d’Europe centrale essentiellement, au congrès de Bâle en 1897. Le principal organisateur en était Theodor Herzl, né à Budapest en Hongrie ; pays, alors, membre de l’Empire Austro-hongrois.

5.  "Le dalaï-lama rencontre Carla Bruni-Sarkozy et Bernard Kouchner", L'Express, 22-08-2008, (en présence du gratin mondain, entre autres : Alain Juppé, Juliette Binoche, Line Renaud, Inès de la Fressange, Jean-Claude Carrière, etc.).

6.  Quelques réactions internationales :

=>  " Suu Kyi Remains Silent as Burma Burns " , The Irrawaddy, (quotidien Birman), 5 janvier 2013

=>  " L'auréole ternie d'Aung San Suu Kyi ", Le Temps, (quotidien Suisse),  26 mars 2013

=>   David Blair, " How can Aung San Suu Kyi – a Nobel Peace Prize winner – fail to condemn anti-Muslim violence ? ", The Daily Telegraph (britannique),‎ 24 octobre 2013

=>  " Aung San Suu Kyi is turning a blind eye to human rights in the name of politics ", The Guardian (britannique),‎ 26 novembre 2013.

7.  Georges Stanechy, "Benazir Bhutto : Aveuglement et Tragédie", 3 janvier 2008, http://stanechy.over-blog.com/article-15243458.html

8.   Bruno Philip, "Aung San Suu Kyi ménage ses anciens geôliers", Le Monde, 28 mars 2013,
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/03/28/aung-san-suu-kyi-menage-ses-anciens-geoliers_3149273_3216.html

9.  Georges Stanechy, "Geronimo…", 8 mai 2011,
http://stanechy.over-blog.com/article-geronimo-73423407.html

10.  Le Dalaï-lama fête son 80e anniversaire avec George W. Bush au Texas, alterinfo.net, 9 juillet 2015,
http://www.tibetdoc.eu/spip/spip.php?article305

11.  Extraits de presse :
=>  "Et Dieu parla à Bush…", TF1 - News, 7 octobre 2005,
http://lci.tf1.fr/monde/2005-10/dieu-parla-bush-4901754.html

=>  "George Bush parle avec Dieu", Courrier International, 7 octobre 2005,
http://www.courrierinternational.com/breve/2005/10/07/george-w-bush-parle-avec-dieu
=>  "Bush poussé par une mission divine ? ", Nouvel Observateur, 8 octobre 2005,
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20051007.OBS1422/bush-poussepar-une-mission-divine.html

 

 

 

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 18:19

 

 

 

« J’atteste que le système qui tend à porter la liberté à force ouverte chez les nations voisines est le plus propre à la faire haïr et à empêcher son triomphe. »

Talleyrand (1)

 

 

 

 

Soo Ae

 

Pause dans une carrière trépidante, elle est venue passer une quinzaine de jours en France. Arrivée le 5 avril dernier, certains ont eu la chance de l’apercevoir, à Paris, quartier de l’Opéra.

 

Ah !... Soo Ae...

 

Mon actrice Coréenne préférée. Chatoiement de féminité et de grâce. Braises sous la neige, qui abonde en hiver dans son pays…

 

Corée : Lecture d’une “Crise”…

Dans son impressionnante filmographie, le rôle que je préfère est celui de l’impératrice coréenne Myeongseong, qu’elle incarne dans le film, sorti en 2009, sous-titré en anglais : The Sword with No Name. (2)

 

A ma connaissance, mais je souhaite me tromper, ce film n’est pas distribué en France. Tout comme l’essentiel des productions asiatiques, non seulement coréennes, mais aussi, chinoises et japonaises. (3) Malgré l’étourdissante diversité et qualité de leurs chefs-d’œuvre, du policier au film historique en passant par la comédie. (4) Le « Festival du Film Asiatique de Deauville », créé il y a une quinzaine d’années par des cinéphiles entreprenants, ne bénéficie pas encore de la visibilité qu’il mérite. Car, à en croire l’analphabétisme médiatique, n’existerait que le cinéma Indien, avec le caricatural Bollywood. Ou encore, le Kung Fu de Hong Kong…

 

Pour en saisir le contexte, une brève digression sur cet analphabétisme soigneusement entretenu, au double engrenage :

 

=>   Un circuit de distribution “francophone”, dit “grand public” par opposition aux rares “salles d’art et d’essais”, inféodé aux monopoles américains privilégiant leurs films doublés ou sous-titrés, occultant ainsi les autres productions nationales et internationales. Le summum, révélateur de cette pathologie, étant la cérémonie des Oscars d’Hollywood. Dont on nous gave jusqu’à la nausée, alors que d’autres vitrines cinématographiques, aussi importantes, en qualité et en notoriété dans le monde, notamment en Asie ou en Amérique latine, ne sont jamais évoquées ou montrées. (5)

 

=>   Un filtrage des thèmes qui entreraient en conflit avec l’axe de la propagande occidentale, provoquant l’exclusion systématique de productions de qualité, sur le plan du savoir et de la culture.

 

Ainsi la propagande antichinoise élimine d’excellents films, qui contribueraient à une meilleure connaissance de l'Histoire de ce grand pays et à une compréhension de ses préoccupations actuelles. En cause, les thèmes tabous :

. Occupation et pillage de la Chine par les occidentaux, terrible invasion par le Japon avec son sillage de massacres, extraordinaire résistance incarnée par Mao dans l’exploit de La Longue Marche, interminables conflits civils et chaos imposés par les anciennes puissances coloniales dans le soutien aux chefs de guerre corrompus (prémonitoires de ceux organisés plus tard dans les pays arabo-musulmans et qui durent encore…) dont Tchang Kaï-chek qui se réfugiera après sa défaite à Taïwan…

 

Toutes ces œuvres, remarquables, resteront invisibles sur nos écrans : jamais doublées, rarement sous-titrées si ce n’est en anglais ou parfois en espagnol (Amérique latine), encore moins diffusées y compris sur les chaînes TV…

 

Le silence, sous nos latitudes, qui entoure le film The Sword with No Name relève de cette volonté de taire ce qui fait tâche dans la mythologie de l’Occident et de ses alliés ou satellites, praticiens rigoureux des « Droits de l’Homme et de la Démocratie »...

 

Car, ce film romantique a pour toile de fond la résistance, aux visées colonialistes du Japon sur la Corée, personnifiée par l’impératrice Myeongseong. Considérée comme une héroïne de l’indépendance et de la grandeur de la Corée, cette femme aussi belle qu’intelligente, réformatrice au grand courage, fut assassinée par les Japonais qui ne toléraient pas sa politique de coopération équilibrée avec d’autres pays étrangers, particulièrement avec la Chine et la Russie, encore moins son refus de soumission.

 

Le Japon à l’exemple des puissances occidentales de l’époque, en pleine expansion coloniale, avait décidé de s’emparer de la Corée et réussir, enfin, là où il avait toujours échoué depuis le XVI° siècle. Les mises en scène actuelles pour s’emparer d’un pays, "révolutions colorées" ou "pseudos rebelles à protéger du massacre de leurs dictateurs par l'OTAN", n’étaient pas encore à la mode ou au point. Les moyens étaient plus expéditifs…

 

Le 8 octobre 1895, l’ambassadeur, Miura Goro, à la tête d’un commando d’une cinquantaine de tueurs japonais (qu’on qualifierait aujourd’hui de "forces spéciales") s'introduisant par surprise dans la partie privée du palais impérial, grâce à la complicité de collabos dont le général U Beom-seon, massacrèrent la garde et les dames de compagnies de l’impératrice qu’ils tuèrent à coups de sabre. La traînant par les cheveux dans la cour de la résidence pour brûler son corps.

 

Elle avait 44 ans.

 

Assassinat de l’impératrice Myeongseong

Assassinat de l’impératrice Myeongseong

La grossièreté du procédé (Fi donc !) secoua quelque peu les chancelleries empanachées (un coopérant-architecte russe présent, par hasard, fut témoin de la tuerie…). Le Japon rapatria l’ambassadeur et le commando, organisa même un procès pour les juger, devant un tribunal d’Hiroshima. Qui prononça un "non lieu" au bénéfice des uns et des autres, 56 personnes, au motif classique dans ce genre de sauvageries impériales : « manque de preuves »…

 

A ce jour, les Coréens n’ont pas pardonné aux Japonais.

 

D’autant que le Japon, bénéficiant de la complicité des occidentaux qui pillaient la Chine avec lui, imposa un traité de Protectorat en 1905, promulgué sans même le soumettre au sceau impérial de l’époux survivant de l’impératrice, l’empereur Gojong. Qui avait trouvé refuge, avec le prince héritier, à l'ambassade de Russie.

 

Puis, sur sa lancée, annexant la Corée en 1910 par le traité unilatéral promulgué et connu sous le nom de Japan–Korea Annexation Treaty. Sa dynastie supprimée, transformée en simple province de son "empire" qu’il géra par un “gouverneur général” jusqu’à sa capitulation, le 15 août 1945. Oubliant que la Corée était un pays à la longue et riche histoire, se mesurant pendant des siècles, avec courage et diplomatie, à toutes les convoitises, se positionnant en grande puissance régionale entre Chine, Japon, invasions Mongoles et Mandchoues. Jamais, elle n’avait été annexée.

 

Avant ce féroce coup de force du Japon, notons que la France avait tenté une expédition coloniale contre la Corée, en octobre-novembre 1866, avec une dizaine de navires aux ordres de l’amiral Roze. Piteusement contrainte à la retraite pour avoir sous-estimé la farouche opposition armée. Obligée aussi de renoncer à toute nouvelle tentative du fait des désastres militaires des armées de Napoléon III au Mexique, peu de temps avant celui qui balaya le second Empire face à l’armée prussienne…

 

Rêver d’annexer la Corée était donc un délire historique. Le Japon préféra nier l’Histoire. S’en suivit une atroce odyssée pour la nation Coréenne.

 

De l’Annexion Japonaise au Protectorat Américain

 

Comment prétendre “rayer de la carte” une nation à l’identité aussi forte, profondément enracinée, que celle de la Corée ?... Dont l’unité nationale remonte à 918 sous la dynastie Goryeo, qui donna son nom au pays, régnant sans interruption jusqu’à la fin du XIV° siècle (1392). Maintenue avec constance par les dynasties ultérieures.

 

Ses responsables politiques destitués, son administration, son armée, sa police démantelées, ses lois abrogées : la résistance du peuple Coréen fut immédiate. Au mépris de la violente répression de l’occupation japonaise et des habituelles méthodes de la terreur coloniale : assassinats de suspects qualifiés de meneurs ou de terroristes, massacres et tortures par dizaines de milliers, humiliations permanentes et mesures d’appauvrissement systématiques de la population.

 

Un "Gouvernement Provisoire de la République de Corée" s’installa à Shanghai pour coordonner les différentes initiatives civiles et miliaires face à l’inacceptable. Des résistants se livrèrent à des actions héroïques. An Jung-geun assassina le Résident-général de Corée, Itō Hirobumi, en 1909. La mort de l’empereur Gojong déchu, en janvier 1919, probablement empoisonné par les services spéciaux japonais, provoqua d’immenses manifestations noyées dans le sang : 7000 morts d’agrès les autorités d’occupation. Provoquant la création de la première coordination de la résistance : le « Mouvement du 1er mars ».

 

La guérilla obtint même des succès importants dans les montagnes et denses forêts du nord de la péninsule, notamment lors de la bataille de Chingshanli en 1920. Obligeant les armées japonaises à abandonner certaines régions limitrophes de la Chine. En avril 1932, la résistance coréenne décapita à Shanghai l’état-major de l’armée japonaise en Chine, dans une audacieuse opération commando où s’illustra celui qui devint un des héros célèbres de la Corée : Yun Bong-gil.

 

i)  Pillage et esclavage d'une Annexion

 

Confrontée à un écrasant rapport de forces, malgré son abnégation la résistance ne pouvait avoir qu’un impact limité, le Japon intensifiant son annexion par un pillage méthodique du pays, sur fond de répression et de mise en place de « collaboration » plus ou moins forcée. Cette spoliation s’accentuant parallèlement à l’élargissement des opérations de la 2° guerre mondiale sur le continent asiatique (Mandchourie-Chine-Birmanie-Indochine, etc.) et dans le Pacifique.

 

Les meilleures terres agricoles de la Corée furent accaparées par des colons japonais, au point que, d’après les statistiques des autorités d’occupation, le ratio des propriétés détenues par les japonais atteignait en 1932 : 53%. En 1939, les capitaux enregistrés dans les industries étaient à 94% la propriété des japonais. En 1942, le capital "indigène" investi dans l’ensemble du parc industriel ne représentait plus que 1,5%. La curée, afin de ravitailler en priorité le Japon, atteignait de telles proportions que la consommation alimentaire en céréales pour les Coréens, riz principalement, était inférieure de 35% au niveau des années 1912-1916… (6)

 

Pour consolider l’annexion, les japonais planifièrent la destruction de l’identité de la nation. Seule la langue japonaise fut autorisée dans le pays.

=>   En 1937 : interdiction aux élèves et étudiants d’étudier et de parler la langue coréenne dans les établissements d’enseignement et à l’extérieur.

=>   Suppression de tous les journaux en langue coréenne.

=>   Accès à l’éducation de la majorité de la population limité à l’enseignement primaire, sauf pour une minorité issue des familles de « collabos ».

=>   Suppression des lieux de cultes traditionnels et imposition du culte japonais rendu obligatoire, le Shinto, dans des établissements construits à cet effet.

=>   Destructions des vestiges historiques et du patrimoine culturel, enlèvements des œuvres d’art expédiées au Japon. Un minimum de 75.311 pièces de grande valeur, spoliées par l'occupant, ont pu être recensées… (7)

 

L’effort de guerre obligea les autorités japonaises à réquisitionner, dans des conditions assimilables à de l’esclavage, plus de 6 millions de Coréens répartis dans toutes leurs nouvelles conquêtes (certains sous uniforme japonais), exploités jusqu'à l'épuisement dans les travaux d’infrastructure et les usines d’armement essentiellement. Jusqu'en Papouasie...

 

Rien qu’au Japon : deux millions de Coréens expédiés et usés dans l’industrie de l’armement. Lors des bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki environ 100.000 Coréens, pris en otages dans les usines locales, moururent de leurs effets. (8)

 

Et, pour assurer les loisirs de leurs officiers et soldats, les stratèges japonais planifièrent l’enlèvement de plus de 200.000 femmes et jeunes filles Coréennes (le chiffre définitif établi par certains historiens serait proche des 300.000), certaines à peine pubères, pour les exploiter en tant qu’esclaves sexuelles, dans leurs bordels militaires sous l’appellation de « femmes de confort » ["comfort women"].

 

Certaines sont encore vivantes et traitées avec le plus grand respect par la nation Coréenne, qui a intenté plusieurs actions en justice pour demander réparations à leur égard. (9)

 

Yun Bong-gil - Héros de la résistance contre le Japon

Yun Bong-gil - Héros de la résistance contre le Japon

Ce rappel des faits n’a pas pour objectif de contribuer au procès du Japon. Ce serait prétendre instruire celui des autres puissances coloniales qui, la France en bonne place, en termes d’atrocités commises dans leurs opérations d’annexion et de spoliation n’ont aucune leçon à donner…

 

Mais, de comprendre la profonde, viscérale, “détestation” des Coréens à l’encontre du Japon. Du moins de son oligarchie, conquérante et sanguinaire, même s’ils éprouvent de l’empathie à l’égard du peuple lui-même (beaucoup de couples mixtes nés des épreuves de la guerre en témoignent). (10)

 

De comprendre, la crainte rétrospective du Japon face à une Corée devenant de plus en plus forte, retrouvant son prestige et son rayonnement historiques, en mesure d’exiger compensations et respect de son indépendance nationale, y compris économique…

 

Oublier ces faits et leurs conséquences, a pour finalité de fausser toute analyse géopolitique de ce que l’esbroufe médiatique, académique ou politicienne, résume sous le cliché facile : « Crise Coréenne ». Occultant un des ressorts fondamentaux, et méticuleusement dissimulé, de la mise en scène imposée à l’opinion publique internationale.

 

ii)  La dictature du Protectorat

 

La libération de la Corée se concrétisa par le nord avec l’entrée des blindés soviétiques escortant les résistants Coréens venant de Chine, et par le débarquement américain venant du sud. Les deux "alliés" se rejoignant au 38° parallèle, coupant en deux la péninsule coréenne, le 8 septembre 1945.

 

Le gouvernement provisoire Coréen constitué en exil depuis de nombreuses années fut immédiatement refusé par les américains, car jugé aligné sur les communistes. Ce qui était considéré comme l'horreur absolue, par l’appareil militaro-industriel et financier qui préparait déjà l’affrontement avec l’ennemi éternel : "le communisme". Imaginons le gouvernement provisoire organisé par de Gaulle nié sous le même prétexte, au moment de la libération de la France…

 

Refusant même des élections nationales, contrevenant ainsi aux accords de Yalta (4-11 février 1945), de peur de voir arriver une majorité communiste ou socialo-communiste. Ce qui probablement, avec des élections libres, se serait produit du fait du prestige des résistants et de leur niveau d’organisation dont des milliers combattirent avec héroïsme, aux côtés des troupes chinoises, les armées japonaises.

 

La "négation démocratique" a bel et bien pour origine, en Corée, ce qu’on ne dit jamais : la position inflexible et idéologique de l'occupant américain imposant son protectorat sans aucun mandat de l’ONU. Suivi à la virgule, par leurs satellites et vassaux. C’est l’époque où américains et affiliés refusaient de reconnaître la Chine de Mao, affirmant que la seule Chine admissible à l’ONU était celle de l’île de Taïwan et de son dictateur Tchang Kaï-chek

 

Le clivage devenait irréversible, se sclérosant en partition, entre ce qu’on appela "Corée du nord" et "Corée du sud". La République de Corée (du sud) [Republic of Korea - ROK] fut proclamée le 15 août 1948. Les Coréens du nord répondirent par la création de leur propre république, le 9 septembre 1949.

 

Cet aveuglement idéologique, confinant au fanatisme, conditionne encore toute approche de la « Crise Coréenne » : la Corée du nord étant devenue le chaudron du diable dans la propagande occidentale.

 

Notons au passage que la France se distingue, à l’heure actuelle, en étant un des deux pays de l’UE avec l’Estonie à ne pas reconnaître la Corée du nord (même Mitterrand n’osa pas…) !... (11) Alors que le principal partenaire économique européen de la Corée du nord est l’Allemagne. Et, que la Grande-Bretagne y entretient une de ses plus grandes ambassades à l’étranger. Dégât collatéral : l’enseignement du français, autrefois très prisé, a complètement disparu.

 

Il est vrai que le naufrage de notre diplomatie atteint un niveau de servilité d’une abjection sans pareille…

 

Pour lutter contre le péril communiste, l’occupant américain instaura une dictature militaro-policière en confiant les commandes de l’Etat à tous les « collabos » pro-japonais, tout particulièrement aux adeptes de l’anticommunisme endoctrinés et encadrés par les spécialistes américains.

 

Le premier "président" de la Corée du Sud fut expédié des USA “clefs en main” (recette reprise dans les récents "printemps arabes" …) dès octobre 1948, dans l’avion personnel du proconsul américain au Japon le général MacArthur. Le sinistre et féroce Syngman Rhee...

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Loin d’être un paradis des "droits de l’homme" et de la "démocratie", ou autres stéréotypes de la propagande occidentale, ce furent pour la Corée du Sud des années d’un atroce despotisme aux ingrédients classiques : régime policier, corruption effrénée, élections truquées, chasse hystérique aux "communistes" (tout opposant étant assimilé à un "communiste" ou à un "agent" de Corée du Nord), campagnes de fanatisation, tortures et massacres de masse.

 

D’un niveau de sauvagerie inimaginable. Rappelons le tragique martyre de l’île de Jeju. En avril 1948, entre 15.000 et 60.000 victimes dans des conditions de barbarie extrême pour provoquer la terreur, 230 villages et 39.000 habitations entièrement rasés. La Corée du Sud éprouva ce que durent endurer, avec les “escadrons de la mort”, tous les pays d’Amérique latine et sur d’autres continents, dont l’Iran du Shah…

 

Il fallut de massives mobilisations nationales du peuple Coréen du sud, à mains nues, pour provoquer le départ précipité de Syngman Rhee dans un avion de la CIA, le 28 avril 1960. Cet autocrate sanguinaire ne connut pas le sort de ses congénères : pendaison de Saddam, ou viol à la baïonnette suivi de sa mise en bouillie de Kadhafi. Il coula les jours tranquilles d’un exil doré, sous les cocotiers de l’île d’Hawaï et la protection de ses maîtres…

 

Mais d’autres, lui succédèrent. D’une trempe similaire, sous couvert d’un abord plus “civilisé”.

 

Entretemps intervint, ce qu’on appelle la « Guerre de Corée »…

Vestiges des massacres de la dictature Syngman Rhee dans la Grotte de Darangshi sur l'île de Jeju

Vestiges des massacres de la dictature Syngman Rhee dans la Grotte de Darangshi sur l'île de Jeju

De la guerre au refus de la réunification par le Japon et l’Occident

 

La propagande occidentale présente une Corée du nord, son arsenal nucléaire entre les dents d’irresponsables, en proie à une folie furieuse, défiant l’humanité. Véritable danger, urgent, angoissant, terrifiant. Mettant en péril notre planète.

 

Une analyse des faits et du contexte, historiques ou actuels, provoque une déconstruction instantanée de cette désinformation délirante. D’un simple coup d’épingle, pour reprendre l’expression d’un de nos présidents de la république, cela fait :

Pschitt !...

 

Rapide survol :

 

i) Guerre de Corée : première manipulation de l’ONU par les occidentaux

Il convient de suivre la stratégie du lobby militaro-industriel américain à partir de son protectorat en Corée du sud, adossé à son colossal arsenal entièrement opérationnel, y compris nucléaire (2 bombardements atomiques à son actif…), accumulé lors de la 2° guerre mondiale. Plus particulièrement, à la suite de ses opérations amphibies et aériennes dans le Pacifique. Fruit d’une remarquable logistique au service d’une puissance navale et aérienne exceptionnelle. Sans rivale à l’époque.

 

Face à lui : des rivaux, ou adversaires potentiels, quasi-inexistants. Incapables d’initier toute guerre ou entretenir des engagements militaires de longue durée.

 

L’URSS se retrouvait en vainqueur épuisé de sa lutte contre l’Allemagne : 30 millions de morts, son parc industriel et ses infrastructures dévastés, tout était à reconstruire. Son potentiel militaire plus que limité comparé à celui de l’Occident, malgré son premier essai atomique du 29 août 1949.

Sortant en 1949 de décennies de conflits, la Chine se trouvait dans un état de délabrement encore pire. Après le pillage occidental qui avait duré un siècle, les ravages sur son sol des armées japonaises, une longue guerre civile mettant difficilement hors d’état de nuire Tchang Kaï-chek et ses protecteurs américains : exsangue, moribonde, en ruine, plus de 50 millions de morts. Aucun potentiel nucléaire, son premier essai n’aura lieu que le 16 octobre 1964.

 

Occasion rêvée pour les Etats-Unis d’attaquer, de s’emparer de la Corée du Nord, et d'élargir son "protectorat" !

 

Et, même un peu au-delà, en Mandchourie… Au sous-sol d'une infinie richesse... Les plans existaient. En projetant les forces armées sud-coréennes équipées du matériel le plus moderne, prélevé sur les arsenaux US, soutenues par une logistique aérienne et navale hors pair, contre la Corée du Nord. Bien sûr, en prenant soin de maîtriser la propagande pour faire croire à une attaque surprise du “Nord” belliqueux, contre un “Sud” pacifique et bucolique, havre de paix démocratique, justifiant une intervention des armées occidentales.

 

Vieille ficelle qui servira lors de l’attaque du Nord-Vietnam, et autres aventures coloniales. "Va-t-en guerre" et "traîneurs de sabre" sont indécrottables de cynisme stupide, malgré les déculottés qu’ils prennent régulièrement… L’essentiel étant, il est vrai, de complaire aux généreux marchands de canons.

 

Pendant des mois, des harcèlements et incursions de grande envergure se multiplièrent, à l’échelon de plusieurs milliers d’hommes, le long de la frontière entre les deux Corées. Mao et Staline adjuraient les Coréens du Nord de tout faire, malgré les agressions permanentes, pour éviter la guerre. La propagande occidentale assure du contraire, évidemment, mais les documents sont là.

 

Exemples (12) :

=>   Le 3 février 1949 : l’ambassadeur d’URSS en Corée du nord, Shtykov, alertait le Kremlin du nombre croissant des violations de frontière par les forces armées de Corée du sud, encadrées par les américains, du manque d’entraînement et d’équipement des troupes nord-coréennes, du manque d’armement moderne et même de munitions…

=>   Le 5 mars 1949, recevant le président de Corée du nord, Kim II Sung, inquiet de la préparation de l’invasion par la Corée du sud, Staline inflexible, sachant qu’il était incapable de l’aider, lui martela l'injonction :

« Le 38° parallèle doit rester en paix. C'est de la plus haute importance », [Dans les documents en anglais : "The 38th parallel must be peaceful. It is very important."].

 

Les occidentaux lancèrent la guerre en 1950, provoquant une contre-attaque des nord-coréens. Invoquant une attaque surprise de la Corée du Nord, ils manipulèrent le Conseil de Sécurité où ne figurait pas la Chine continentale, mais en lieu et place : l’île de Taïwan sous la dictature de Tchang Kaï-chek !... L’URSS boycottant, par la tactique de "la chaise vide", le Conseil de Sécurité du fait de l’attitude occidentale bloquant l’admission de la Chine “réelle”…

 

Les occidentaux eurent donc les mains libres pour formater les résolutions de leur choix et justifier l’invasion de la Corée du nord :

=>   Résolution 83, du 27 juin 1950, condamnant l’agression nord-coréenne

=>   Résolution 84, du 7 juillet 1950, organisant une force de l’ONU (16 pays, dont la France), sous commandement américain. Ce fut la première instrumentalisation de l’ONU pour légitimer les guerres coloniales, "nouvelle manière". Inaugurant, ainsi, une longue liste…

 

Sauf que les troupes de Corée du sud, n’ayant aucune envie d’envahir leurs compatriotes du nord, craquèrent devant la réaction hyper-motivée des troupes nord-coréennes, même mal équipées, au point que les américains se retrouvèrent devant le désastre militaire, malgré leurs prévisions initiales, en première ligne (comme plus tard au Vietnam...). Avec toute leur puissance militaire.

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L’intervention de la Chine fut décisive pour sauver une Corée du nord en cours d’écrasement par les Etats-Unis et leurs affiliés. Elle envoya plus de 300.000 hommes alors qu'elle n'avait ni aviation, ni marine, ni artillerie lourde, pour soutenir les Coréens du nord et casser les prétentions hégémoniques du "Tigre de papier", parvenu à sa frontière. La menaçant même de bombardements atomiques (cause du limogeage du Général MacArthur par le président Truman)…

 

Après trois années de guerre, la Corée du Nord fut entièrement rasée, recevant plus de bombes que l’Allemagne ou le Japon pendant la deuxième guerre mondiale, mais ses envahisseurs ramenés d’où ils étaient partis. (13)

 

Retour à la case départ : au 38° parallèle… Avec plus de quatre millions de morts… (14)

 

ii)  Une vitrine en trompe-l’œil

La guerre de Corée plaçait le protectorat américain devant un double échec :

=> La Corée du nord n’avait pu être vaincue et annexée, malgré l’immensité des destructions et du coût en vie humaine.

=> Le mécontentement populaire en Corée du sud ne cessait de s’amplifier face au régime policier imposé par une occupation étrangère despotique, aux aventures militaires catastrophiques pour la péninsule coréenne.

 

Une nouvelle politique s’imposait dans les meilleurs délais, afin de regagner une crédibilité perdue. Internationalement et localement. Les Think Tanks, avec leurs fourmilières d’experts et communicants, se mirent au travail.

 

Et, le lapin sortit du chapeau : la légende des “Quatre Dragons Asiatiques” était née !

 

Créer quatre vitrines pour exposer les merveilles du miraculeux "Libéralisme Economique" sous le balcon de la Corée du nord et de la Chine : Corée du sud, Taïwan, Hong-Kong (avant d’être restitué à la Chine en tant que province administrative autonome en 1997) et Singapour. Prouver que grâce à la libre concurrence, la libre entreprise, la perfection de “l’autorégulation du Marché” animé par des génies de l’art d’entreprendre, le paradis était possible sur terre !...

 

Ce conte de fée étant relayé par une intense propagande qui a servi de grain à moudre, pendant des années, à tous les économistes et professeurs de management de pacotille vecteurs de l’enfumage idéologique en Occident. Avant que le concept courant d’air « mondialisation » n’apparaisse, comme dans les “défilés de mode”, nouvel emballage marketing de la même idéologie, et paralyse d’hébétude les esprits critiques les plus vigilants…

 

L’entourloupe, ou vitrine en trompe-l’œil, reposait sur trois systèmes interactifs, dont certains sont encore opérationnels :

 

=> Une économie dirigée et assistée

 

Sous la forme d’investissements massifs, à des taux de financement de faveur, dans des entreprises créées de toute pièce. Souvent étatiques ou semi-étatiques au départ (revendues bradées aux copains et prête-noms, dès les bénéfices durables…), certaines gérées en sous-main par l’armée comme les "chaebols" en Corée du sud. Auxquelles étaient allouées des parts de marchés internationaux dans des secteurs les plus avancés, ou sous-traitances aux marges avantageuses : depuis la construction navale ou automobile jusqu’aux produits de grande consommation fondé sur le développement de l’électronique et des nouvelles technologies.

 

Les géants sud-coréens actuels, tels que Samsung, LG ou Hyundai, n’auraient jamais pu naître sans ces interventions étatiques, planifiées, dirigistes, de type “Keynésien” comme disent les théoriciens…

 

Evidemment, dans l’arrière-cour de ces vitrines, dans des pays où le Libéralisme Economique dans son expression la plus flamboyante, Le Capitalisme Sauvage, est établi depuis le XV° siècle : le « miracle du Marché » porteur de prospérité, animé par le génie d’entreprendre, ne fonctionne pas. Les gens y sont pourtant aussi travailleurs et intelligents qu’ailleurs. Le cas des Philippines étant le plus emblématique. La Mythologie des économistes rencontre vite ses limites…

 

=> Le développement d’une société de consommation sans liberté d’expression

 

Création d’une société de grande consommation où une “liberté des mœurs” est imposée comme substitution à une authentique “liberté de pensée et d’expression”. S’assumer “consommateur”, jouisseur-individualiste : Oui ! Se revendiquer "citoyen”, solidaire de sa collectivité : Non !

 

Ainsi en Corée du sud, peut-on se livrer aux addictions en tous genres, pour peu qu’elles ne débordent pas trop sur l’espace public… La contrepartie étant l’interdiction absolue de toute critique à l’encontre du régime pseudo démocratique en place. Articulé sur une fausse alternance, avec des politiciens cooptés pour leur parfaite discipline à l’égard de la ligne idéologique du capitalisme le plus sauvage.

 

Rappelons que la Corée du sud est, jusqu'à présent, toujours administrée par les "collabos" (civils et militaires) pro-japonais et leurs descendants. La présidente actuelle Park Geun-hye est la fille de l'ancien dictateur Park Chung-hee (1962-1979), lui-même ancien officier supérieur des armées japonaises... (15)

 

Imaginons, les Laval et consorts, ou officiers français de la division allemande Charlemagne, actuellement au pouvoir en France, sans interruption depuis la deuxième guerre mondiale… Même si certains de ces « collabos » pro-allemands ont prospéré dans notre pays, à lire l’ouvrage de Frédéric Charpier récemment publié : Les Valets de la Guerre Froide – Comment la République a recyclé les collabos. (16)

 

Encore plus grave : critiquer le régime de protectorat et la présence des 40.000 soldats américains sur le sol de la Corée du sud, avec une estimation de 1.000 ogives nucléaires sous toutes formes (obus, bombes et missiles) !

 

En 2002, un soldat sud-coréen a été condamné à deux ans de prison pour avoir soutenu, devant des camarades de régiment, que la partition de la Corée était due aux seuls américains. Ce qui est l’opinion de la majorité des Coréens du sud qui n’osent pas le dire publiquement. Pas plus qu’ils n’osent dénoncer, actuellement, la politique agressive des Etats-Unis contre leurs frères du nord… (17)

 

Ajoutons que la législation anticommuniste datant de 1948 est toujours en vigueur en Corée du sud. Elargie depuis, par une série de lois “antiterroristes”… Toute sympathie exprimée à l’égard de la Corée du nord est passible de prison. Et, les services spéciaux sud-coréens surveillent avec vigilance tous les réseaux sociaux, jusqu’aux "tweets", qui exprimeraient des sentiments de cet ordre. De même, détenir un livre publié en Corée du nord est considéré comme un crime, etc.

 

=>  Etrangler économiquement la Corée du Nord

 

Pour que la vitrine du "Libéralisme Economique" apparaisse encore plus mirifique, il convenait d’entraver au maximum les progrès économiques de la Corée du nord par toute une série de mesures d’embargos (y compris sur les produits alimentaires et médicaments). D’où les sanctions en cascade, sous tous les prétextes.

 

Le pays qui a connu des inondations catastrophiques, en 1997 et 2000, s’est vu interdire par "La Communauté Internationale", toute aide alimentaire internationale afin de : « ne pas aider le régime au pouvoir ». Avec, pour amplificateur, une propagande ne cessant de se lamenter sur "la famine" qui contraindrait les Coréens du nord à se nourrir de feuilles d’arbres et de racines. Par la faute de dirigeants aussi cruels qu’imbéciles.

 

En termes de régimes politiques autocratiques, celui du Nord n’a rien à envier à celui du Sud. Et, vice-versa. Le problème n’est pas dans la diabolisation des uns et la béatification des autres. Mais, dans une évolution apaisée des relations entre tous en encourageant, par la dédramatisation des contextes et la tenue en laisse des idéologies, les avancées réellement démocratiques.

 

Ce que l’américain James Dresnok installé, avec d’autres militaires américains avant lui (Charles Jenkins, etc.), en 1962 en Corée du nord ne cesse de souhaiter.

 

Issu d’un milieu pauvre aux Etats-Unis, il avait dû quitter l’école à l’âge de 15 ans et, sans travail, s’était ensuite engagé dans l’armée américaine. Quasi-analphabète, excédé des mauvais traitements et du mépris de ses chefs, un jour il planta son fusil et posant son casque sur la crosse, il avança droit devant lui pour demander l’asile politique à la Corée du nord.

 

Après un intense effort d’adaptation à une langue et une culture nouvelles pour lui, il devint professeur d’université, se maria et eut des enfants. Son visage épanoui montre qu’il ne s’est pas nourri que de racines.

 

Et, que « l’enfer » n’est pas toujours là où les propagandistes le fantasment… (18)

L'américain James Dresnok - Installé en Corée du nord depuis 1962

L'américain James Dresnok - Installé en Corée du nord depuis 1962

iii)  “Crise” ?... Quelle “Crise” ?

 

Les dirigeants de Corée du Nord ne sont pas des fous descendus des arbres, contrairement aux clichés de la désinformation occidentale, mais des gens aussi rationnels, que les autres. Formés dans les meilleures universités du monde et parlant trois ou quatre langues étrangères. Son élite a, peut-être, tous les défauts sauf celui de ne pas être enracinée dans la « résistance », et d’être issue de la « collaboration » avec le Japon et ses successeurs. (19)

 

Les Coréens du nord veulent la paix et la réunification de leur pays, avec des élections libres. La dénucléarisation totale de la péninsule coréenne, avec le départ de toutes les troupes d’occupation. Bien sûr : l’arrêt des manœuvres permanentes le long de leurs frontières terrestres, maritimes et aériennes. Exigence élémentaire de tout pays souverain.

 

La "Crise Coréenne" n’est donc qu’une opération de propagande et de manipulation, par l’Occident, aux causes simples :

 

1. Déclencher une course aux armements pour satisfaire les industriels de l’armement et les politiciens. Occasion pour leur rapacité, d’édifier leurs fortunes via les mirobolantes commissions qu’ils s’octroient.

 

2. Permettre au Japon de se remilitariser, en supprimant les traités internationaux de l’après deuxième guerre mondiale qui en limitaient la capacité.

 

3. Bloquer toute réunification entre les deux Corée :

=>  Priorité du Japon ne souhaitant pas voir face à lui un pays de 75 millions d’habitants (Sud = 50M + Nord = 25 M) qui, dès sa réunification, présenterait une formidable puissance industrielle, technologique, militaire. Puissance sûre d’elle-même, au ressentiment à son égard difficilement gérable…

=>  Priorité des USA, sachant que le départ de leurs troupes et arsenaux serait une des premières mesures d’une Corée réellement indépendante. Mouvement auquel s’ajouterait certainement, en se libérant du « protectorat », de s’orienter vers un espace multipolaire proche de la position chinoise par rejet des prétentions impériales, passées et présentes, du Japon et des Etats-Unis sur leur pays.

 

Sans oublier l’effet collatéral pour notre pays…

 

Cette "tension internationale", artificiellement entretenue par nos propres, et prétendus, « alliés », est un révélateur supplémentaire de « crise » pour la France. Démontrant le profond délabrement de notre diplomatie et, en conséquence, de notre souveraineté nationale. Comment la France, en est-elle réduite à la remorque d’une extrême-droite américaine paranoïaque et corrompue ? Enfonçons le clou, d’une poigne ferme : une extrême-droite fanatique, belliciste, et sanguinaire.

 

Une France incapable de se démarquer d’une politique fondée sur le mensonge et la violence. Répétant, en perroquet, déclarations et autres gesticulations agressives dictées par des capitales étrangères.

 

Alors que notre planète a tant besoin de solidarité, de confiance partagée, entre chacune de ses nations pour résoudre, ensemble, tous les problèmes d’alimentation, de santé, d’éducation, d'emplois, qui se posent aussi bien pour nos générations actuelles que futures.

 

Cette disparition, annihilation, de notre capacité de compréhension et de libre arbitre, en tant qu’Etat souverain, est la voie ouverte à la disparition de notre identité nationale. Non pas pour cause de foulard ou de voile épouvantail, dont on nous intoxique, mais par acceptation d’une obséquieuse servilité de notre nomenklatura…

 

 

 

 

Corée : Lecture d’une “Crise”…

 

1. Jean Orieux, Talleyrand, Flammarion, 1970, p. 293.

2. Le titre en anglais ["L’épée sans nom"] est très éloigné de l’original plus poétique, 불꽃처럼 나비처럼, qui donnerait en anglais littéral : "Like Fireworks, Like Butterflies". Que je me hasarderais à traduire, tout aussi littéralement en français : « Feux d’Artifice et Papillons ». Métaphores représentant la personnalité des deux personnages principaux.

3. Bien qu’inférieure encore en qualité, d’autres productions asiatiques sont en train d’émerger et vont progressivement rejoindre le niveau de leurs prédécesseurs de la région : Vietnamien, Philippin, Thaïlandais et Indonésien, notamment.

4. Un exemple, dans le genre comédie satirique, le film coréen intitulé en anglais Perfect Partner sur le milieu des émissions de TV "gastronomiques" (en Corée aussi, devenues omniprésentes…). Ravages de l’ambition et du cynisme, avec coups tordus et rebondissements inattendus. Jeux d’acteurs impeccables. Un régal !

5. Vient de se terminer le prestigieux film international du cinéma à Pékin [Beijing International Film Festival]: http://www.bjiff.com/en/. Pas un seul compte rendu dans les médias occidentaux…

6. Savada, Andrea Matles, Shaw, William, "Korea Under Japanese Rule", Federal Research Division, Library of Congress, eds. (1990),
http://countrystudies.us/south-korea/7.htm

7. Cf.: http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Korea#Japanese_rule

8. Cf.: http://dartcenter.org/content/hiroshimas-survivors-0#.UXqcbEptOgs

9. Cf.: http://en.wikipedia.org/wiki/Comfort_women

10. Comme beaucoup de peuples, les Japonais ont subi, dans la souffrance et les humiliations, une oligarchie imprégnée d’un hallucinant esprit de caste, d’une extrême violence et rapacité. Que même les samouraïs d’extraction modeste devaient endurer.
Sur ce sujet, pour les cinéphiles je recommande la série japonaise culte Zatoichi de 26 films interprétés par le légendaire Shintaro Katsu, qui décrit à la perfection le Japon rural des années 1840, des petites villes et villages, soumis à une implacable féodalité doublée d’une cruelle mafia.
Ou encore, la magnifique trilogie du réalisateur Japonais Yoji Yamada avec trois inoubliables chefs d’œuvre sous-titrés en anglais : The Twilight Samurai – The Hidden Blade – Love and Honor.

11. Cf.: http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_relations_franco_-_nord-cor%C3%A9ennes

12.  Alternativeinsight, juin 2000, http://www.alternativeinsight.com/Korean_War.html

13.  La Corée du Nord a été bombardée plus de 3,7 fois que le Japon lors de la seconde guerre mondiale avec 600.000 tonnes de bombes. Dont la plupart étaient du napalm pur déversé sur les populations civiles. Exemple de statistiques : de juin à fin octobre 1950, les bombardiers américains déversèrent 3,2 millions de litres de napalm… http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Cor%C3%A9e#Utilisation_massive_du_napalm

14.  Stansfield Smith, North Korea’s Justifiable Anger, [La juste colère de la Corée du nord], CounterPunch, 10 avril 2013, http://www.counterpunch.org/2013/04/10/north-koreas-justifiable-anger/

15.  A l’exemple des tyrans de l’Empire romain, assassiné par le chef de sa garde prétorienne et son meilleur ami, Kim Jae-kyu, responsable de la KCIA (Korean Central Intelligence Agency).

16.  Frédéric Charpier, Les Valets de la Guerre Froide – Comment la République a recyclé les collabos, François Bourin Editeur, 2013.

17.  Ramin Mazaheri, Is there Freedom of Speech in South Korea ? [La liberté d’expression existe-t-elle en Corée du Sud ?], 25 avril 2013, Press TV, Seoul, http://www.presstv.ir/detail/2013/04/25/300179/is-there-freedom-of-speech-in-south-korea/

18.  Nicholas Bonner et Daniel Gordon, réalisateurs britanniques, ont filmé un documentaire Crossing The Line, sorti en 2006, sur l’odyssée extraordinaire de James Dresnok qui a connu un grand succès, en 2007, au Festival du Cinéma de Berlin et a été "nominé" au Festival du Film de Sundance. Jamais diffusé en France…

19. Cf. sur le thème « de quel côté se trouvent les fous ?... » :
=>  Jerry Krtoh, The Korean Crisis : Just Who is the Mental Case ?, CounterPunch, 15 avril 2013, http://www.counterpunch.org/2013/04/15/the-korean-crisis-just-who-is-the-mental-case/
=>  Stansfield Smith, What North Koreans Think, Counterpunch, 8 avril 2013, http://www.counterpunch.org/2013/04/08/what-north-koreans-think/
=>  John Feffer, Infantalizing North Korea, Asia Times, 13 mai 2013, http://www.atimes.com/atimes/Korea/KOR-02-130513.html

.

Les caricatures sont, vous les avez certainement reconnues, de notre génial ami Brésilien : Carlos Latuff !

 

 

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 23:10

 

 

« Parfois des territoires nous reviennent quand nous partons en guerre pour une sainte cause. A chaque fois, j’en ai la certitude, le drapeau de la liberté flotte au dessus d’eux et leurs peuples sont comblés de bienfaits. »

William McKinley – Président des USA  (1897 - 1901) (1)

 

 

 

Philippines, aux 7.107 îles… Aux 200 volcans, dont 22 en activité. Saupoudrés sur 1.700 km du nord au sud et 750 km d’est en ouest. Flore et faune exceptionnelles, dans des paysages paradisiaques aux populations d’une gentillesse extrême. (2)

 

Une centaine de millions d’habitants aux dialectes si nombreux, plus de 170, qu’ont été inscrites dans la Constitution politique deux langues officielles, traduisant l’évolution de son douloureux destin colonial : l’anglais, après élimination de l’espagnol, et le Tagalog, dénommé officiellement “Filipino”. (3)

 

Philippines-map

 

Le responsable du gouvernement de notre pays, Jean-Marc Ayrault, vient d’y effectuer un séjour de trois jours : « son premier voyage hors d'Europe en tant que Premier ministre ». Du 18 au 21 octobre. Avec un crochet par Singapour, Cité-Etat de 5,5 millions d’habitants entassés sur 700 km²…

 

Considérés comme des « pays de grande vitalité économique sur lesquels la France veut s'appuyer pour combler l'important déficit de son commerce extérieur ». Avec pour symbole, la signature d’un contrat de vente du consortium européen Airbus de 10 avions à la compagnie nationale Philippines Airlines (PAL), pour un montant de 2,5 milliards d’euros. (4)

 

Déplacement d’une étonnante discrétion, toutefois.

 

Habituellement, toute visite officielle d’un chef de gouvernement de notre république dans un pays étranger, en dehors de l’Europe et des pays « occidentaux » ou « vassaux », est précédée d’une intense campagne de nos médias, avec tambours et trompettes, sur les leçons de démocratie et des droits de l’Homme que notre pays, drapé dans sa Bonne Conscience, ne manquera pas d’adresser à son hôte.

 

Là : silence…

 

Alors que les Philippines figurent parmi les pays les plus corrompus de la planète, aux mains d’une caste au pouvoir d’une poignée de familles, aussi richissimes que féodales, se déchirant dans des coups d’Etat, des vendettas (les ridos en dialecte local), ou se cooptant dans des élections truquées. Depuis des décennies, si ce n’est des siècles. Parmi les plus violents, en termes d’injustice sociale, maintenant dans une misère abjecte des dizaines de millions d'habitants.

 

slide-Philipino Child

Désespoir dans les rues de Manille

 

 

Cinq siècles de colonisation

 

Pourtant, n’ayant connu que la colonisation occidentale, espagnole puis américaine, voilà un pays qui devrait être un paradis sur terre…

 

L’explorateur portugais Fernand de Magellan y a accosté le 16 mars 1521 et y mourut le 27 avril plus tard dans un combat face aux guerriers du roi de l’île Mactan (rattachée, à présent, par un pont à l’île de Cebu), Lapu-Lapu considéré comme le premier héros de l’indépendance du pays, qui refusait de se soumettre au représentant du roi d’Espagne.

 

Malgré une résistance héroïque, la pression militaire de troupes équipées des plus puissantes forces navales de l’époque, d’armes à feu et de canons, l’emporte. En 1565, l’archipel est officiellement intégré à l’Empire espagnol qui lui donna son nom en l’honneur de l’empereur Philippe II.

 

Colonie rattachée administrativement à la vice-royauté du Mexique, les mouvements d’indépendance d’une population traitée en serfs ou en esclaves, hormis les « collabos » qu’engendre toute colonisation, n’ont jamais cessé.

 

Résistance s’amplifiant à partir du XIX° siècle, sur fond de sauvages répressions, avec celui qui est devenu une icône nationale, le poète et écrivain José Rizal. Fusillé par l’occupant espagnol en 1896, à l’âge de 35 ans, à la suite d’un enlèvement alors qu’il se rendait à Cuba en bateau, et d’un simulacre de procès pour « rébellion ». Schéma classique…

 

José Rizal  était issu d’une riche famille métissée chinoise et tagalog. Il n’a jamais cessé d’exercer son métier de médecin et chirurgien ophtalmologue (il voulait rendre la vue à sa mère devenue aveugle) après s’être formé dans les meilleures académies de médecine de l’époque : Madrid, Berlin, Paris. Il se mettra au service des populations sans ressources. Fondant des écoles, créant des domaines agricoles pour les paysans sans terre, enseignant langues et techniques agricoles.

 

L’oligarchie locale et les autorités coloniales ne lui pardonneront jamais son choix :

« Je me trouverai du côté des Philippins opprimés, parce qu'avant tout je préfère succomber pour les droits des bafoués de l’humanité que triompher pour les intérêts égoïstes d’une nation… » 

 

Débordant d’activité et de curiosité intellectuelle, voyageant au Japon, en Chine, s’initiant aux arts martiaux. Il est un des plus éminents linguistes de son temps, maîtrisant 23 langues. Ses romans écrits en espagnol, après avoir été longtemps interdits par le colonisateur puissamment soutenu par la hiérarchie de l’Eglise dont il critiquait les abus en tous genres (y compris sexuels…), sont reconnus à présent comme des chefs-d’œuvre du castillan. Notamment : Noli me Tangere (traduit sous le titre : N'y touchez pas), qui est un des surnoms du cancer des yeux, et El Filibusterismo (traduit sous le titre : Révolution aux Philippines).  


Philippines-Jose rizal 01

José Rizal

 

José Rizal était un adepte de la "révolution silencieuse". La plus puissante, la plus inexorable : la lame de fond. Qui prend tout son temps pour lever, accumuler sa force. Refusant le recours aux flambées de révoltes armées et sans cohésion, faciles à écraser par les oppresseurs, qui ne souhaitent que cela.

 

Ses armes étaient redoutables d’efficacité, dans une perspective à long terme : l’éducation, le savoir, la connaissance, la maîtrise des techniques et des langues.  Forgeant des hommes libres, imperméables aux propagandes et diabolisations, sûrs de leurs droits et intraitables quant au respect de leur dignité. Sa devise :

« Il n'y a pas de tyrans là où il n'y a pas d'esclaves ».

 

L’administration coloniale ne s’y trompait pas, craignant la force de ses idées, son charisme, ses exemples de réforme et de gestion sociale. Jusqu’à la hiérarchie catholique en charge de l’éducation qui réservait l’enseignement de la langue espagnole à une "élite" soigneusement sélectionnée en fonction de critères raciaux et de niveaux de richesses, surtout immobilières : priorité aux colons espagnols et aux riches familles métissées avec eux.

 

José Rizal, proposant un contre-exemple de cette "féodalité maître-esclave", devenait l’homme à abattre.

 

Comme toujours, rien n’a changé de nos jours, une puissance coloniale, impériale, pense conforter la pérennité de sa prédation par l’assassinat de ceux qui ne partagent pas son idéologie. Mais, assassiner une intelligence de cette envergure n’est que le symptôme de l’aveuglement forcené d’un colonialisme se refusant à toute évolution historique. Résultat : la résistance à l’oppression redoubla…

 

Deux ans plus tard, l’Espagne était contrainte de céder les Philippines aux USA, en même temps que Guam et Porto Rico, suite à la guerre hispano-américaine de 1898. Sa colonie de Cuba obtenant une indépendance de façade pour, en fait, passer sous le contrôle des USA.

 

La fin de l’occupation espagnole fut accueillie avec joie par la résistance du pays. Certains de ses responsables, en particulier Aguinaldo, souhaitaient l’intervention américaine. Mais, ils n’avaient pas anticipé le cynisme des puissances coloniales. Comme dans la fable, c’est le chat Grippeminaud qui empoche la mise : l’appareil colonial des USA succédant à celui de l’Espagne. Encore plus méthodique de férocité…

 

 

D’un génocide colonial à l’autre

 

Les révolutionnaires Philippins proclamèrent, le 12 juin 1898, l’indépendance de leur nation. Assurés des promesses formulées par les américains pour les soutenir. Découvrant, soudain, qu’il ne s’agissait que de mensonges : confrontés aux débarquements de troupes et à une volonté inflexible de s'emparer du pays. Ce fut la mise à feu de la guerre américano-philippine.

 

Officiellement, elle dura de 1899 à 1902. Les USA prononçant unilatéralement, en 1901, la dissolution de la première, et brève, République des Philippines. En fait, les derniers combats de cette guerre ne s’achevèrent qu’en 1913.

 

Ce fut une des guerres coloniales les plus atroces, meurtrières, dévastatrices, de l’histoire du colonialisme.

 

Dans un racisme effroyable de sauvagerie. Les Philippins étant traités de "nigs", abréviation de "niggers", au sens péjoratif de "nègres". Manifestation spontanée de  l’inconscient collectif des dirigeants américains de l’époque encore adeptes de l’apartheid, malgré la Guerre de Sécession ; imbibés d’un implacable mépris envers les populations non-blanches, tout particulièrement les Afro-Américains. Détestation élargie à d’autres populations "colorées" (coloured) : Amérindiens, Latinos, etc.…

 

Plus de 3 millions de Philippins furent exterminés, soit dans des combats, soit dans des camps de concentration, véritables camps de la mort. Les « Banlieues de l’Enfer », comme se plaisaient à les présenter leurs geôliers. Sans distinction de sexe, ni d’âge. Où, ils furent internés pour y mourir de faim ou de maladie, typhus et choléra en majorité, forme de guerre bactériologique qui ne disait pas son nom. (5)

 

Villages rasés, habitants massacrés, hommes, femmes, enfants. Des centaines d’Oradour-sur-Glane. Récoltes incendiées, bétail et animaux domestiques systématiquement abattus, dans une tactique de la terre brûlée. Evidemment, usage généralisée de la torture, tout particulièrement le waterboarding pour « faire parler » les résistants…

 

Sous les ordres d’authentiques criminels de guerre, formés dans les expéditions génocidaires contre les amérindiens d’Amérique du nord.

Tels le général J. Franklin Bell, à l’origine de l’emploi  méthodique du waterboarding, qui a reconnu que 600.000 civils avaient été massacrés dans la seule île de Luzon sous ses ordres. (6) Ou encore, le général Jacob H. Smith, ordonnant le massacre des habitants de l’île de Samar, avec son ordre célèbre : "Kill Every One Over Ten" (tuez tous ceux de plus de 10 ans) :

« Je ne veux aucun prisonnier. Je veux vous voir tuer et brûler, plus vous tuerez et brûlerez et plus je serai satisfait. Je veux que soit tuée tout personne en mesure de porter les armes dans les combats actuels contre les Etats-Unis ». (7) 

 

Phillipines-USA War-AtrocitiesAdultes et enfants fusillés

 

Les Philippins résistèrent jusqu’à l’extrême dans une guérilla acharnée, désespérée, héroïque. Sans moyens, ni approvisionnements en armes et munitions, encore moins en médicaments, l’archipel étant sous blocus maritime. Se battant à mains nues, avec machettes, arcs et flèches, en dernier recours.

 

Leur cause était perdue. Leur combat pour l'indépendance de leur pays était mal vu des autres puissances coloniales, dans une solidarité de prédateurs. Et, pratiquement inconnu de l’opinion publique internationale du fait d’une étroite censure et d’une pression permanente sur les militaires qui dénonçaient les atrocités dont ils étaient témoins ou acteurs (certains s’en vantaient…) dans le courrier adressé à leurs familles.

 

Quelques journalistes et intellectuels américains essayèrent de mobiliser l’opinion, en vain. Occasion de rendre hommage à Mark Twain qui exprima, en termes mesurés, son opposition à cette guerre coloniale :

« Je ne comprends pas, et n’arrive pas à saisir les origines de notre antagonisme envers les Philippins. Je pensais que nous devions agir en tant que protecteurs – et non pas essayer de les mettre sous notre botte. Nous devions les aider à se débarrasser de la tyrannie des Espagnols afin qu’ils choisissent leur propre mode de gouvernement, et nous devions les soutenir dans leurs efforts… » (8)

 

Un des derniers grands chefs de la résistance, le général Macario Sakay, tomba dans le piège tendu par l’armée américaine. Il fut invité, avec ses principaux lieutenants, à négocier la paix et l’instauration d’une république indépendante. L’amnistie, pour lui et ses hommes, avait été garantie par le Gouverneur général des Philippines Henri Clay Ide. Ils furent tous arrêtés à la faveur d’un banquet organisé pour “fêter la réconciliation”.

 

Pour contourner l’amnistie accordée dans le cadre d’un conflit armé, les occupants utilisèrent une loi taillée sur mesure : le général Macario Sakay fut pendu en 1907 pour « banditisme ». Les Borgia n’auraient pas imaginé mieux !...

 

Depuis les années 2000, le génocide des Philippins lors de la conquête américaine commence à être progressivement mieux étudié, malgré la destruction des archives militaires et l’obstruction des milieux politiciens ou académiques et, de ce fait, mieux connu. Aucun Etat au sanguinaire passé colonial, il est vrai, n’échappe à cette volonté d’occulter ses massacres, offrant de multiples exemples : France, Grande-Bretagne, Portugal, Espagne, Italie, Hollande, Allemagne, Belgique et d’autres encore…

 

A noter le réflexe immédiat du conquérant colonial : imposer sa langue en tant qu’instrument privilégié et indispensable pour accéder à toute responsabilité politique. Le formatage des nouveaux dirigeants Philippins, sous la domination des USA, se fit dans le cadre d'un programme de « déshispanisation » méthodique. L’asservissement passant par l’imposition d’une langue.

 

L'intellectuel et écrivain, à la double nationalité philippine et américaine, San Juan E. Jr., tout en souhaitant un développement de ces recherches, en résume lucidement enjeux et obstacles dans un article, publié en 2005,  qui lui a fermé les portes de beaucoup d’institutions universitaires américaines (9) :
"US Genocide in the Philippines – A Case of Guilt, Shame, or Amnesia ?"
(Le génocide des USA aux Philippines - Un Cas de Culpabilité, de Honte ou d’Amnésie ?)

 

Article dans lequel il rappelle que l’ONU, en 1948,  avait défini le génocide dans la "Convention sur la Prévention et la Sanction du Crime de Génocide" (“ Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide”) comme des actes :
 « … commis avec l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial, ou religieux ».
(“… committed with intention to destroy, in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group.”)

 

S’en suivit une trentaine d’années de terrible occupation, au cours de laquelle le colonisateur pris soin de maintenir la population dans le sous-développement. Veillant à ce qu’aucune "élite" civile ou militaire ne soit formée, à part les héritiers des familles milliardaires agissant en fondés de pouvoir des autorités coloniales. Afin qu’aucune velléité d’indépendance, aucune insurrection, ne puissent surgir à nouveau.

 

Ce furent les japonais qui surgirent en 1941, nouvel envahisseur, pour prendre le total contrôle de l’archipel en 1942. Provoquant la débandade de l’occupant américain avec la fuite éperdue et nocturne en Australie du général Douglas Mac Arthur, gouverneur militaire. Abandonnant ses troupes sur l’île de Corregidor, à leur reddition et leur internement, barbare, par les Japonais.

 

La reconquête des Philippines achevée avec la chute du Japon, les américains décidèrent d’accorder l’indépendance aux Philippines le 4 juillet 1946.

 

Indépendance de façade, évidemment.

 

Les Philippines restent une “colonie de fait” des USA. Une des plus étroitement contrôlées en raison de sa position stratégique sur les voies maritimes des approvisionnements (énergétiques, surtout) et du commerce de la Chine.

 

Contrôle illustré par le maintien, entre autres, d’une des ses plus gigantesques bases aéronavales dans le monde, jusqu’en 1991 : U.S. Naval Base Subic Bay, dans l’île de Luzon. Très active pendant la guerre du Vietnam, servant de base arrière pour les réparations et maintenances de la flotte américaine.

 

Depuis juin 2012, bâtiments et aéronefs ont refait leur apparition dans le cadre de manœuvres conjointes avec l’armée du pays. Instructeurs et troupes spéciales y étant toujours présents.

 

 

Manila slums.3

Les bidonvilles de Manille

 

 

Néocolonialisme, mondialisation et misère

 

Avec la néo-colonisation suivant la période des indépendances de l'après deuxième guerre mondiale, le pays fut immédiatement plongé, dans le plus parfait, radical, fondamentalisme « Libéral ». Relooké, à présent, sous le vocable : « Mondialisation ». Comme chacun sait : système politique et économique censé apporter, par les miracles de l’autorégulation ou de la “main invisible” du marché, grâce à la “non-intervention” de l’Etat, bonheur et prospérité aux peuples qui en bénéficient…  

 

La pauvreté n’y cesse de croître malgré le développement du PIB (3 à 4 % en moyenne), la richesse nationale étant confisquée par les dynasties familiales au service des intérêts “multinationaux”. Les plus connues étant celles qui se passent à tour de rôle le fauteuil de la présidence, “un coup c’est toi - un coup c’est moi” : Marcos, Estrada, Arroyo, Aquino, et consorts.

 

Les Philippines sont considérées par tous les instituts et observatoires, spécialisés en ce domaine d’études et de recherches, comme le pays d’Asie le plus corrompu, spolié par un pouvoir structuré en clans mafieux. Colossal impact pour les populations contraintes d’endurer depuis des décades un ravage d’une telle ampleur. (10)

 

Tous les pays asiatiques, en particulier les plus dynamiques (Chine, Vietnam, Indonésie, Malaisie, Thaïlande) ont enregistré une diminution permanente de la pauvreté. Sauf les Philippines, qui s’y enfoncent davantage. Les taux de pauvreté exprimés dans les dernière études du genre, malgré tous les efforts pour les édulcorer, affichent des augmentations continues : 24,9 % en 2003, 26,4 % en 2006, 26,5 % en 2009. (11)

 

Même la Banque Mondiale, réputée pour la prudence coutumière de ses analyses ménageant la susceptibilité des puissants et de leurs réseaux, stigmatise la corruption comme premier obstacle au développement du pays. Tout particulièrement, dans ses rapports 2008 et 2009. (12)

 

Enormes inégalités de revenus, vertigineuses iniquités sociales, accentuées par un enseignement catastrophique : primaire, secondaire, technique. Principalement dans les zones rurales. Les riches se réservant les meilleures institutions privées pour leurs enfants et les universités les plus chères ou prestigieuses de Singapour, Taïwan ou des USA. Bien sûr, système de santé quasi-inexistant pour les pauvres qui constituent la majorité de la population.

 

Infrastructures déplorables à part les principaux ports ou aéroports de l’archipel, et les installations nécessaires à l’oligarchie et ses protecteurs étrangers : accès aux bases militaires, aux exploitations minières, aux immenses propriétés familiales, aux lieux de villégiatures de la nomenklatura.

 

Le pays bénéficie, néanmoins, du transfert en devises des dizaines de milliers de Philippins qui s’expatrient à l’étranger pour soutenir leurs familles. Les hommes, essentiellement comme marins sous-payés sur les navires marchands ou de croisière sillonnant les océans, sous tous les pavillons. Les femmes, comme employées de maison, aux USA, au Japon, en Corée, à Taïwan, à Singapour, en Arabie saoudite et dans les pétromonarchies. On en trouve même au Liban et en Jordanie.

 

Et, aussi, comme prostituées. Le transfert des revenus des prostituées Philippines, rien qu’à partir du Japon, formerait un flux de devises évalué à 200 millions de US$ en 2011.

 

La prostitution représente, en effet, une des calamités du pays et une de ses principales ressources… La misère incitant les jeunes femmes à trouver une échappatoire dans ce métier, dont le développement faramineux est un "dégât collatéral" de la guerre du Vietnam. Lors de la guerre du Vietnam, Manille était avec Bangkok, en dehors de Saigon au Vietnam, un des plus grands "centres récréatifs" du contingent militaire américain.

 

Depuis, ce secteur d’activité n’a cessé de progresser parallèlement à l’appauvrissement du pays. En 2009, leur nombre était estimé à 800.000. En réalité, ce serait le double. Des rues entières de Manille, mégalopole de 15 millions d’habitants aux immenses bidonvilles, sont spécialisées dans ce business : rabatteurs, salons de massages, bars, hôtels, karaokés, discothèques avec exposition des jeunes femmes affublées d’un numéro, etc. Telle, la célèbre rue Burgos.

 

Des jeunes femmes, adolescentes pour la plupart, produisant de faux certificats de naissance pour dissimuler le fait qu’elles sont mineures, venant des campagnes dévastées par la misère et la malnutrition, se vendent à toute une clientèle venue de l’étranger : USA, Australie, Nouvelle-Zélande, Europe, Japon, Corée, Taïwan, Singapour. Exploitées comme du bétail, avec son cortège inévitable de maladies et de drogues, par des mafias d’une extrême brutalité compte tenu des sommes colossales en jeu (13).

 

Le plus préoccupant est la prostitution des enfants.

 

Enfants, souvent abandonnés par des parents qui ne peuvent pas les élever, ou des mères célibataires survivant à peine dans la misère, orphelins. Proie des trafiquants qui les livrent aux pédophiles du monde entier. Manille est connue pour être un des hypermarchés mondiaux de la prostitution des jeunes adolescents et des enfants, garçons et filles.

 

On estime qu'au minimum 100.000 enfants sont, chaque année, livrés à la prostitution aux Philippines. (14)

 

Avec la complicité de tous les gouvernements et de l’ONU. Là : pas de « ligne rouge », ni de schéma à la Tribune de l’ONU. Pas de sanction, ni de grandes déclarations de l’UE sur les droits de l’Enfant. Motus !

 

Pourquoi ?... Nos « élites » seraient-elles consommatrices ?...

 

Complicité étrange. S’élargissant même dans des campagnes, matraquages, médiatiques d’une rare hypocrisie. Les spécialistes de la protection de l’enfance sont particulièrement inquiets de voir se multiplier, dans les pays occidentaux, la légalisation de l’adoption d’enfants par des homosexuels.

 

Compte tenu du fait que, dans tous les pays occidentaux, le délai d’attente pour adopter est de 7 ans en moyenne (cas de France et Grande-Bretagne), ils anticipent une demande massive, tout autant "légale" que suspecte, de ce type d’adoption aux Philippines, ainsi que dans d’autres pays aux législations et contrôles laxistes du fait de la corruption endémique (Cambodge, par exemple).

 

A la grande satisfaction des trafiquants, y compris les avocats véreux spécialisés dans l’habillage juridique de ce genre de "transactions"…

 

 slide-Manila Slum

Bidonvilles de Manille sous la pluie

 

 

Quel avenir pour ce pays ?

 

Quel avenir pour les Philippines ?...

 

Son protecteur l’a trouvé : investir dans l’armement pour harceler la Chine ! (15)

 

Les USA ont entrepris récemment une campagne de harcèlement de la Chine, dans une nouvelle forme de diabolisation, avec pour prétexte la remise en cause de la nationalité des îles chinoises de la région.

 

Guérilla diplomatique et de propagande fomentée à partir de revendications officielles du Japon, du Vietnam. Et, inévitablement, des Philippines considérées à présent comme un « pivot » par les stratèges américain, pour reprendre l’expression d’Hillary Clinton. (16)

 

Paradoxe stupéfiant que de voir actuellement un pays comme les Philippines, qui admet officiellement posséder 2.400 îles inhabitées et sans nom, revendiquer, dans une provocation permanente, quelques îles appartenant à la Chine : 9 îlots inhabités du minuscule archipel Spratly !... (17)

 

Se disant menacé par l’expansion maritime de la Chine. Et, en conséquence, obligé d’augmenter son budget militaire pour multiplier ses effectifs, acheter de la quincaillerie guerrière, aux USA forcément, investir dans des installations militaires (les USA veulent vendre des stations radars hors de prix…), afin de pouvoir avec son grand allié faire face à cette menace imminente. (18)

 

Course délirante aux armements, imposée par son suzerain… (19)

 

Pendant que dans sa plus florissante île, Mindanao au sud de l’archipel, les investissements étrangers, saoudiens, taïwanais, japonais, s’emparent des meilleures terres agricoles du pays. Et, que les groupes miniers internationaux, à couverture australienne, canadienne ou US, s’approprient toutes les mines : or, chrome, cuivre, etc.

 

Les Philippines représentent, en fait, l’archétype du désastre de la colonisation et du “Libéralisme Economique” pour peuples et nations qui en sont victimes. Sauf évidemment pour la ploutocratie au pouvoir qui y trouve la source de son enrichissement fulgurant. Et, ses protecteurs occidentaux : une chasse-gardée pour les intérêts de leurs groupes miniers, industriels et financiers.

 

D’où, le mutisme de nos politiciens en visite, adeptes convaincus de cette idéologie. Le protectorat des USA aux Philippines ne figure pas dans la liste des “rétifs” à l’orthodoxie “Libérale”. Encore moins, aux diktats de l’Empire formatant les relations internationales.

 

Comme les bidonvilles de Manille dissimulés par des murs, pour les faire oublier aux visiteurs. (20)

 

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

 

Notre nomenklatura, notre diplomatie, nos médias, dégainant à l’ordinaire “Bonne Conscience” et “Leçons Démocratisantes” plus vite que leurs ombres, observent la plus stricte omerta.

 

Notre premier ministre, “de gauche”, n’a donc rien vu, rien entendu.

 

Il ne pouvait, davantage, rien dire.

 

Philippines…

 

Paradis de la misère, dans les splendeurs du “Libéralisme” radical …

 

 

 


 

 

 

 

(1)  “Territory sometimes comes to us when we go to war in a holy cause, and whenever it does the banner of liberty will float over it and bring, I trust, the blessings and benefits to all people”.
Phrase prononcée en 1900, pour célébrer la colonisation des Philippines enlevées à l’Espagne, en même temps que Guam et Porto Rico, suite à la guerre hispano-américaine de 1898.
Citée par John B. Judis dans Imperial Amnesia, Foreign Policy, July/August 2004, http://www.hartford-hwp.com/archives/54a/051.html 

(2)  De magnifiques photos ont été publiées dans l’ouvrage de Nigel Hicks : Parcs Nationaux des Philippines, éditions Köneman, 2000.

(3)  Article XIV, Section 7, Constitution of the Philippines, 1987.
(4)  Ayrault à Singapour et aux Philippines, “autres” pays émergents -  Les Echos, 15 octobre 2012, http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/service-distribution/actu/reuters-00470685-ayrault-a-singapour-et-aux-philippines-autres-pays-emergents-500428.php

(5)  “… the bloodiest colonial war (in proportion to population) ever fought by a white power in Asia; it cost the lives of 3,000,000 Filipinos." (cf. E. Ahmed's "The Theory and Fallacies of Counter-Insurgency", The Nation, August 2, 1971.) General Bell himself, the old sweetheart, estimated that we killed one-sixth of the population of the main island of Luzon—some 600,000 people.”
Cité par Gore Vidal :
http://en.wikipedia.org/wiki/J._Franklin_Bell#Alleged_War_crimes
(6)  Gore Vidal, Op., Cit.
(7)  Instructions du général Jacob H. Smith, lors de la campagne de l’île de Samar :
" I want no prisoners. I wish you to kill and burn, the more you kill and burn the better it will please me. I want all persons killed who are capable of bearing arms in actual hostilities against the United States ”.

http://en.wikipedia.org/wiki/Jacob_H._Smith#Samar_campaign
(8)  Voir pour l’opposition des intellectuels américains à la guerre de conquête coloniale des Philippines : American opposition,
http://en.wikipedia.org/wiki/Philippine%E2%80%93American_War#American_opposition
(9)  San Juan E. Jr., US Genocide in the Philippines – A Case of Guilt, Shame, or Amnesia ?, 22 mars 2005, http://www.selvesandothers.org/article9315.html

(10)  The Republic of the Philippines suffers from widespread corruption, 30 août 2012, http://socialproblmesinthephilippines.blogspot.fr/
(11)  Celia Reyes et Aubrey Tabuga, Poverty and Growth in the Philippines, Philippine Institute for Development Studies (PIDS), 6 septembre 2011, http://www.eastasiaforum.org/2011/09/06/poverty-and-growth-in-the-philippines/

(12)  Income inequality in the Philippines,
http://en.wikipedia.org/wiki/Income_inequality_in_the_Philippines

(13)  Thin Lei Win, Child poverty in Philippines even worst in cities, UNICEF, 12 janvier 2012, http://www.trust.org/alertnet/news/child-poverty-in-philippines-often-worst-in-cities-unicef

(14)  Children and Sex Trade, Sunstar, 11 décembre 2011, http://www.sunstar.com.ph/weekend-davao/children-and-sex-trade

(15)  Richard D. Fisher Jr., Defending The Philippines : Military Modernization and the Challenges Ahead, 3 mai 2012,

(16)  Hillary Clinton, “America’s Pacific Century,” Foreign Policy, November 2011.

http://www.cnas.org/files/documents/publications/CNAS_ESCS_bulletin3.pdf

(17)  Richard Javad Heydarian, Construction tensions in the South China Sea, octobre 2012, http://www.atimes.com/atimes/China/NJ26Ad02.html

(18)  Should the Philippines increase military spending and prepare for war ?, 24 juin 2012, http://getrealphilippines.com/blog/2011/06/should-the-philippines-increase-military-spending-and-prepare-for-war/

(19)  Ava Patricia C. Avila, Philippines defence build-up: Self-reliant posturing is back, The Nation, 18 juillet 2012, RSIS Commentaries, http://www.nationmultimedia.com/opinion/Philippines-defence-build-up-Self-reliant-posturin-30186396.html
(20)  Manila Slum Walls Built To Hide Philippines Poverty, 3 mai 2012, http://theredphoenixapl.org/2012/03/16/the-world-is-a-ghetto-global-slums-out-of-sight-and-out-of-mind-deterioration-of-the-human-condition/

 

 

 

Illustrations, voir la galerie de photos sur la survie dans les bidonvilles de Manille :
http://news.bbc.co.uk/2/shared/spl/hi/picture_gallery/06/world_manila_slum_life/html/1.stm

 

 

 

 

 


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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 20:01

 

 

" Le Secrétaire d'Etat aux finances de Grèce, en 2010, estimait à 280 milliards d'euros les capitaux grecs qui auraient été placés dans les banques suisses depuis 2003.

Et, selon la Banque Centrale de Grèce, 38 milliards d'euros auraient quitté le territoire national en 2010..."

Roland Guillon  (*)

 

 

 

 

 

Un des plus célèbres et talentueux caricaturistes Indiens, Aseem Trivedi, vient d’être jeté en prison, dimanche 9 août 2012, à Mumbaï (Bombay), pour motif de « sédition ». (1)

 

aseem-trivedi.jpg

Aseem Trivedi

 

En fait, pour avoir publié des caricatures dénonçant la corruption des politiciens et membres du Congrès Indien, en soutien du mouvement, organisé en association, protestant contre la corruption endémique ravageant actuellement l’Inde : “India Against Corruption”.

 

Parallèlement, médias et sites internet publiant ses caricatures sont soit fermés, soit menacés, sous la pression des milieux politiques et économiques dominants, bénéficiaires de ce système.

 

Elles peuvent être vues sur le site : "cartoons against corruption". (2)

 

L’acharnement contre les caricaturistes est d’autant plus violent que nous sommes dans un pays où l’illettrisme est dominant. L’Inde détient actuellement un triste record, celui de contenir plus d’un tiers des illettrés de toute la planète. (3) L’impact d’un dessin, par sa facilité de compréhension, de circulation, est d’autant plus fort qu’il est directement accessible à tous. Ce qui explique combien il est redouté des politiciens.

 

Cette réaction politicienne rejoint un précédent célèbre : William Magear Tweed, surnommé le "Boss" ou le "Grand Sachem" dans les milieux affairistes. Il représente un des politiciens parmi les plus corrompus de l’Histoire des USA.

 

Elu du Congrès des USA (parti "Démocrate") et sénateur de l’Etat de New York, avec son entourage d’intermédiaires et d’entrepreneurs filous, il avait mis en coupes réglées tous les marchés de New York entre les années 1850 et 1870. Achetant les votes et sachant se créer des “obligés”. Le montant des détournements avait été estimé à l’époque entre 50 et 200 millions de dollars. Ce qui correspondrait entre 1 et 8 milliards de dollars de maintenant.

 

Il tempêtait contre les caricaturistes, notamment le plus redoutable Thomas Nast qui ne le lâchait pas d’une semelle et qu’il avait essayé « d’acheter » :

« Arrêtez ces satanées caricatures ! Je me moque de ce que les journaux peuvent écrire sur moi, la plupart de mes électeurs ne savent pas lire ! Mais, arrêtez ces satanées caricatures ! »…

 

Restons humbles, au passage : l’Occident, même de nos jours, n’échappe pas aux ravages de la corruption, où le “lobbying” a pignon sur rue. Cyniquement. Que ce soit à Washington, Londres, Paris ou Bruxelles.

 

Avec ses législations taillées sur mesure pour les groupes industriels mafieux et pollueurs, ses marchés de l’armement et marché publics aux appels d’offre truqués et aux marges non contrôlées. Ils sont simplement moins visibles, au sein d’une population dont la majorité n’est pas aussi pauvre. La richesse se faisant discrète. Ou, émigrant en Belgique, Suisse, Monaco, Los Angeles, et autres paradis fiscaux,

 

De plus, les circuits y sont plus alambiqués, les habillages juridiques plus sophistiqués, les camouflages comptables plus indécelables. Ajoutons à cela : nos "journalistes d’investigation" et caricaturistes plus à l’aise dans l’islamophobie valorisante que dans une dénonciation suicidaire, sur le plan professionnel…

 

En Inde, il est vrai, la progression de la richesse des milliardaires, et leur ostentation, prennent des dimensions qui choquent les plus patients, blasés, ou fatalistes. La croissance fulgurante de l’économie indienne sur fond de privatisations et de mondialisation des transactions, s’est concentrée au profit d’une poignée de familles. Assistées du personnel politique dont elles soutiennent les campagnes électorales et comblent d’avantages. Sur 1,2 milliard d’habitants une centaine de familles possède, ainsi, plus du quart du PIB.

 

Exemple. L’homme le plus riche de l’inde, n’est pas Mittal, que nous connaissons bien en Europe pour lui avoir soldé nos aciéries, mais Mukesh Ambani. Dont la fortune difficilement estimable du fait de la myriade de holdings et de sociétés détenues directement ou indirectement, dans une multitude de pays, serait de loin supérieure à 20 milliards de dollars.

 

Il s’est fait construire, entre autres résidences privées dans le monde, l’une des plus impressionnantes à Mumbai, sur Altamount Road : 27 étages, 3 héliports, 9 ascenseurs, jardins suspendus, mur végétal (sur une façade entière de l’immeuble), salles de bal, gymnases, parking de 6 étages. Avec, pour le service, la maintenance, et la sécurité, une domesticité de 600 personnes. (4)

 

Fortunes colossales édifiées en peu de temps. Bien souvent grâce à des concessions (notamment licences de diffusion TV et de réseaux téléphoniques), privatisations bradées, contrats de marchés de gré à gré, et subventions publiques. Pendant que 250000 paysans surendettés étaient contraints au suicide et 800 millions d’Indiens s’enfonçaient dans la pauvreté. Comme le dénonce à longueur d’année la militante pour la Paix et la Justice, magnifique de courage et d’intelligence : Arundhati Roy. (5)

 

Par son talent, Aseem Trivedi, participe efficacement à ce combat. Quelques exemples de ses impitoyables charges à l'encontre de la ploutocratie de son pays :

 

Dans un de ses dessins, il représente Gandhi apostropher les hommes au pouvoir, assis devant un plat où ils vont se partager la carte de l’Inde, en leur souhaitant un bon appétit.

 

Evoquant la célèbre tirade de la pièce de Victor Hugo, où Ruy Blas (Acte III, scène 2), premier ministre du roi d’Espagne, surprend les conseillers du roi en train de se partager les richesses du royaume. Bien sûr, c’était pour Victor Hugo une manière détournée pour dénoncer, aussi, les ravages de la corruption en France :

« Bon appétit, messieurs !

Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
 … »

 

Cartoon-Triverdi--Gandhi-Bon-appetit-Sept-2012.jpg

 

Le simulacre d’élections « démocratiques » est dénoncé par Aseem Trivedi dans un pays où du fait de l’illettrisme et du surendettement de la population les élections sont le plus souvent, particulièrement dans les campagnes, des arrangements locaux sur fond « d’achat » des votes. Facteur aggravant, par cooptation des appareils politiques, ce sont souvent des corrompus qui se font élire, à mille lieux de lutter pour l’amélioration des revenus, de la santé ou de l’éducation des populations qu’ils sont censés représenter.

 

D’où le mépris de la population pour leurs politiciens, parfaitement illustré, même si l’image paraît violente dans un premier temps : le Congrès Indien étant assimilé à un collecteur d’eaux usées et les bureaux de vote, ou isoloirs (polling booth), à des toilettes…

 

Triverdi-Cartoon-Sewage-system-India-Sept-2012.jpg

 

 Aseem Trivedi, dans un exercice de prospective, met en scène une grand-mère racontant des histoires à son petit-fils. Celle d’aujourd’hui commence son histoire par le classique :

« Il était une fois, dans un village, vivait un affreux démon… »

 

En 2050, son introduction connaît une évolution :

« Il était une fois, dans une ville, vivait un affreux politicard… »

 

Triverdi-Granma-Stories.jpg

 

 

Soutenons Aseem Trivedi, et tous ces militants se mettant en danger en luttant pour un monde meilleur. Car, le monde unipolaire actuel, fondé sur la violence et la prédation, prend la forme d’une concentration de la richesse de la planète entre quelques centaines de clans transnationaux.

 

Le plus difficile dans l’édification de la multipolarité sera, pour l’ensemble des citoyens de la planète, de mater cette mafia qui s’est emparée des institutions nationales et internationales. De toute façon, aveuglée par sa provisoire toute puissance, elle va droit dans le mur. Emmenant le reste du monde avec elle.

 

Il est temps de réagir. Arundhati Roy le rappelle (6) :

« Le capitalisme détruit la planète. Les deux vieilles astuces qui lui ont permis de sortir des crises passées – la Guerre et la Consommation – simplement ne fonctionneront plus ».

 

 

 

 

 

 

 

 

1)  Pti Kanpur, “Supporters of cartoonist protest outside Jaiswal’s house”, The New Indian Express, 10 septembre 2012, http://newindianexpress.com/nation/article604072.ece

2)  http://www.cartoonsagainstcorruption.blogspot.fr/p/about.html 

3)  L’illettrisme en Inde, voir : http://pierrealedifice.blogspot.fr/2011/05/lillettrisme-en-inde.html

4)  Arundhati Roy, Capitalism : A Ghost Story”, 18 mars 2012,Dawn.com, http://www.dawn.com/2012/03/18/capitalism-a-ghost-story-2.html

N.B. : Article à lire absolument pour la pertinence de son analyse et la qualité de sa documentation

5)  Capitalism : A Ghost Story”, Op. Cit. 

6)  “Capitalism is destroying the planet. The two old tricks that dug it out of past crises - War and Shopping - simply will not work.”, Arundhati Roy, Op. Cit.

 

(*)  Roland Guillon, " La Méditerranée à l'épreuve de la Globalisation ", éditions L'Harmattan, 2012, p. 40. 

 

 

 

 

 


 

 

 


 

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 15:00

 

 

 

“La colonisation de la Nouvelle-Calédonie fut l’une des pires qu’il y eut au monde.”    

Rosselène Dousset Leenhardt - Ethnologue (1)

 

 

Notre président vient de passer près de trois jours en Nouvelle-Calédonie. Ouvrant officiellement, le samedi 27 août 2011 à Nouméa, les XIVe Jeux du Pacifique qui se termineront le 10 septembre prochain.

 

Jeux réunissant 22 Etats de la région, essentiellement d’autres îles et archipels. En dépit des bouderies de certains poids-lourds, en termes économiques et politiques, comme Hawaï, ou encore l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le paradoxe étant de voir Nouméa accueillir des Etats indépendants tout en conservant son statut colonial…

 

Drapeau-Kanak---.jpg

 Spoliation, violence et génocide culturel 

 

Notre Grand Timonier venait aussi prendre la mesure de la situation, dans ce qui représente une de nos principales colonies dans l’hémisphère sud. Survivances de notre défunt empire. Récemment se sont encore produits des évènements violents, entraînant la mort de plusieurs personnes. Revendications, tensions, agitations, y sont en permanence explosives. Malgré les lénifiantes déclarations officielles, pieusement retranscrites par les médias de la propagande. Dans le genre (Agence de Presse Reuters) :

“Visite consensuelle de Nicolas Sarkozy en Nouvelle-Calédonie”

 

Car, les révoltes n’ont jamais cessé au cœur de cette nation, magnifique de courage : la Nouvelle-Calédonie, la Kanaky, son nom historique, ancestral, authentique. Tout au long de l’exploitation coloniale française d’une rare sauvagerie, y compris jusqu’à nos jours. D’autant plus implacable et sadique que l’éloignement de la métropole est la garantie de l’étouffement de l’information, dans une complicité médiatique totale (jusqu’aux moteurs de recherche du web qui occultent sites et blogs “indépendantistes”…). Dans l’impunité. On ne pourrait inventorier toutes les violences racistes et parodies de justice l’accablant, depuis que la France s’en est militairement emparé.

 

Kanaky : morceau de paradis, tombé du Ciel, où l’enfer colonial s’est imposé, incrusté, dans la Bonne Conscience des colons prédateurs …

 

Un archipel du bout du monde, dans un immense océan, à près de 17.000 kms de la métropole, uniquement peuplé de Mélanésiens, les Kanaks, lors de sa découverte par une expédition de l’explorateur britannique Cook, le 4 septembre 1774. Annexé par la France, sous le vocable “colonie”, 79 ans plus tard : le 24 septembre 1853. Colonie exploitée dans une oppression dont on éprouve de la peine à imaginer, à croire, le niveau d’incroyables souffrances et humiliations infligées aux Kanaks.

 

Colonie de “peuplement” où la France a envoyé des bagnards, des exilés politiques suite à la répression de la Commune. Puis, de la main-d’œuvre "importée" d’Indonésie, du Vietnam les “chan dang”, des îles polynésiennes de Wallis, et, bien sûr, des “cadres” et autres métropolitains installés à prix d’or. L’essentiel étant de noyer les Kanaks dans un afflux de populations, étrangères à leur terre ancestrale. Pour les réduire à une “minorité”, exclue de l’avenir de son pays.

 

Dans la spoliation, analogue à celle des “Peaux-Rouges” en Amérique du nord, Amérindiens en Amérique “latine”, Maoris en Nouvelle-Zélande, Aborigènes en Australie. Avec une férocité telle, que même l’Eglise et ses représentants les pères maristes, pourtant fervents de la colonisation, en étaient effrayés :

“… chassés de leurs terres, de leurs villages, de leurs vallées, qu’ils ne cèderaient jamais à prix d’argent, il ne faut pas en douter. Tout en cédant à l’autorité et au mouvement qui les forcent à s’exécuter…” (2).

“… Dans le centre de l'île où de larges territoires ont changé de mains, les mélanésiens sont exsangues. Déportations et cantonnements ont dépeuplé le pays, rompu les réseaux, cassé les dynamiques sociales, brisé les groupes coupés de leur environnement familier.

Ponctuant une succession de révoltes menées un peu partout dans l’île entre 1856 et 1869 et toujours réprimées ou soldées par des dépossessions de terres, l’échec de la grande insurrection généralise, parmi les Kanaks, un découragement suicidaire.” (3)

 

Ces atrocités s’accompagnent de l’enrichissement d’une oligarchie locale, en cheville avec les responsables de l’administration et de l’armée :
“… une bourgeoisie d’affaires, même réduite à une poignée de collectionneurs de commerces, de professions libérales, de mines et de stations d’élevage, à travers un processus de captation et d’accumulation de biens auquel la spécificité pionnière confère une rapidité extrême ”. (4)

 

"Rapidité extrême" ?... En clair : “fabuleuse”. C’est ainsi qu’un colon, Gratien Brun, en 1880 :

“… possède plusieurs stations [fermes d’élevage, NdA] couvrant ensemble 24.000 hectares et contenant 20.000 têtes de bétail.” (5)

 

Kanaks, taillables et corvéables à merci. Avec interdiction de pratiquer leurs langues, une vingtaine dans l’archipel, sous peine d’amendes, de brimades, de sévices…

 

Dans le mépris raciste absolu (6). 

 

 

Du nickel plein les poches 

 

En France, très peu d’informations, encore moins de recherches, de témoignages, de publications, sur ce pan de nos forfaits coloniaux en Kanaky. Il faut, souvent, recourir à des travaux d’universités australiennes ou néo-zélandaises pour avoir des documents, des analyses. Seul le folklore Kanak est, à présent, célébré par l’administration coloniale… Hors folklore : silence !

 

Des européens courageux ont essayé de dénoncer, d’entraver, pareils comportements. Ils ont tous été la cible d’attaques et de menaces des milieux colonialistes.

 

Parmi les plus déterminés, citons le missionnaire protestant Maurice Leenhardt (7), ainsi qu’un de ses élèves, Jean Guiart. Ils n’ont cessé de critiquer l’administration, les milieux colons et l’idée même du colonialisme. Unanimement respectés par le peuple Kanak et dans le Pacifique. Luttant aux côtés des Kanaks, dont l’interdiction de se déplacer librement dans leur propre pays n’a été levée qu’en 1946 …

 

Deux témoignages :

 

Le premier, antérieur au soulèvement des années 1980, de Rock Pidjot, une des grandes figures de l’indépendance Kanak :
“… C’est un pays où les autochtones, qui représentent la moitié de la population, sont les seuls à ne pas être propriétaires des terres sur lesquelles ils vivent mais où trois gros propriétaires fonciers possèdent le tiers des terres données en concession lors de la colonisation française (90.000 hectares sur 280.000)…
La Nouvelle-Calédonie attend toujours sa décolonisation. Tous les autres pays du Pacifique sont devenus indépendants ou autonomes : Fidji, Samoa, Tonga, Nauru, Nouvelle Guinée. Il n’y a plus que la France qui conserve, sous de nouvelles dénominations, de véritables colonies…” (8)

 

Le second, de Marc Coulon :
“… Le 9 mai 1985… des commandos armés, menés par Henri Morini, chef du service d’ordre du RPCR [ancienne émanation de l’UMP local, NdA], ont attaqué un paisible meeting Kanak à Nouméa. Cela n’a pas suffi. Une chasse aux Kanaks s’est amplifiée démesurément, pendant des heures, dans plusieurs quartiers de la ville ; la droite déclenchait la guerre ethnique ou plutôt raciste. L’apartheid ne suffisait pas, il leur faut massacrer…
Les razzias des garde-mobiles [gendarmerie, NdA] dans les tribus (offensives à la grenade, attaques des femmes et des enfants, saccages des cases, destructions des matériels et mobiliers, passage à tabac…) ; les arrestations nombreuses et durables des militants politiques et leur séquestration dans des conditions sans rapport avec aucun discours sur les droits de l’homme, l’espionnage public et privé permanent des activités des leaders… ” (9)

 
La “gendarmerie”, considérée comme une armée d’occupation, une milice coloniale au service d’intérêts privés, et non pas d’un Etat républicain, démocratique. Honnie, méprisée, vomie, par le peuple Kanak…

 

Evidemment, cette féroce répression n’a pas pour finalité la préservation de milliers d’hectares ou la production de tonnes de viande pour le bénéfice d’une poignée  de colons racistes. Mais, l’appropriation, la spoliation d’une colossale richesse à l’échelle de la planète.

 

Car, la Kanaky est fabuleusement riche : elle détient, au minimum, le quart des réserves mondiales de Nickel, non comprises celles qui se trouveraient offshore...

 

Ressource naturelle exploitée dès 1880 par une société constituée à cet effet, Le Nickel, propriété de la famille Rothschild qui en fit à la fin des années soixante la maison-mère de l’ensemble de ses sociétés minières, la locomotive de son pôle minier… (10) Après une multitude de tribulations boursières et juridiques, inévitables changements d’actionnaires et restructurations, cette richesse est actuellement exploitée par le groupe français “Eramet”. Dont le siège se trouve, non pas en Nouvelle-Calédonie, mais dans la Tour Montparnasse, à Paris. (11)

 

Ce groupe, organisé en plusieurs filiales, revendique ainsi les titres de 6ème producteur mondial de nickel, et 2ème producteur mondial de ferronickel, alliage utilisé dans l'élaboration des aciers inoxydables, et 1er producteur mondial de chlorure de nickel. Le marché des “aciers inoxydables et alliages” représentant 85% de son chiffre d’affaires, en 2010. (12)

 

Le monde étant petit, il n’est pas inintéressant de noter qu’Eramet dans ses actions de diversification a conclu des accords de partenariat avec le groupe Bolloré qui a affiché ses ambitions dans la construction de la voiture électrique. En février 2009, pour : « … l’extraction et la transformation de lithium pour la fabrication de batteries électriques rechargeables pour l’automobile ». En février 2010, pour : « … l'exploration assortie d'une option d'achat portant sur des gisements de lithium avec la société argentine Minera Santa Rita ». (13)

 

Les opérations d’extraction du minerai (garniérites) en Nouvelle-Calédonie, avec 5 centres miniers situés dans le Nord et le Sud de l'Ile, s’effectuent sous couvert d’une filiale qui a pour nom Le Nickel-SLN. Avec une usine de transformation du minerai en ferronickel dans l’usine métallurgique de Doniambo, à proximité de Nouméa (80%). Le reste (20 %) est transformé en France, à la raffinerie de Sandouville, sous forme d’une matte de nickel.

 

Curieuse configuration que l’actionnariat d’Eramet, suite à une rocambolesque jonglerie qui fait le charme subtil du Libéralisme Economique : aux côtés d’actionnaires et “porteurs” d’actions privés, l’Etat français se réserve 27,37 % des actions (dont Areva 26%), la part de la Nouvelle–Calédonie ou Kanaky [les 3 provinces regroupées dans une STCPI] se trouvant réduite à 4,16 %. (14) Autrement dit, la nation Kanak dont le nickel est à la source de la fortune de ce qui est devenu au fil du temps le groupe Eramet, avec ses cascades d’actionnaires et de filiales, doit se satisfaire d’un bol de pois-chiches… 

 

 

Apartheid et révoltes 

 

La nation Kanak, spoliée de ses terres et ressources naturelles, niée dans son droit à l’autodétermination, marginalisée dans sa représentation aux postes de responsabilité (administration, enseignement, professions libérales, directions d’entreprises, etc.), maintenue dans la pauvreté, la précarité, l’humiliation, refuse de se voir folklorisée dans des “réserves” ou des parcs nationaux pour touristes, de voir sa jeunesse sombrer dans le chômage, l’alcoolisme, la drogue, la délinquance.

 

Autorisant la puissance coloniale à toutes les répressions et les justifications racistes. La population carcérale est actuellement de 200%, le gouvernement français planifiant, dans sa stratégie visionnaire, la construction de nouveaux centres pénitentiaires et une augmentation des effectifs de police…

 

Alors, la révolte ne cesse pas et jamais ne cessera face à ce qui est, dans les faits, un abject apartheid destiné à maintenir la suprématie des colons européens.


Un évènement a marqué l’histoire récente, déformé, caricaturé et enseveli par les médias de la désinformation :

 
Le 5 mai 1988, des troupes spéciales françaises (15) donnent l’assaut à une grotte, dans l’île d’Ouvéa (16), où s’étaient retranchés des indépendantistes Kanaks, avec des gendarmes pris en otages. Point culminant de troubles qui avaient mené le pays au bord d’une guerre civile entre des colons, avec leurs auxiliaires, et des résistants d’origine Kanak. (17)

 
Les otages sont libérés. Mais les 19 indépendantistes sont tués, plusieurs “… après la prise de la grotte dans des circonstances déshonorantes pour l’armée française (18)”. Michel Rocard, dans une déclaration, dénonce l’assassinat de deux indépendantistes blessés :

“… J’ai honte aussi quand deux militaires ont achevé à coups de crosse deux preneurs d’otage à Ouvéa.”

 
D’après des témoins, beaucoup plus : sommairement exécutés, ou achevés pour les blessés. Dont Alphonse Dianou, qu’on retrouvera le visage défoncé et les pansements arrachés.

 
Le 26 juin 1988, sont signés les accords de Matignon, mettant un terme provisoire aux déchirements que vit cette colonie. Accord signé grâce à l’influence modératrice du leader indépendantiste, Jean-Marie Tjibaou (19). Un référendum d’autodétermination est prévu “à partir de 2014”… Ce qui, en fait, ne veut rien dire. 

 

JMTjibaouMéconnu en France, où la propagande coloniale censure dans ses médias le discours et la présence d’une telle personnalité, il est considéré dans la région du Pacifique (20), comme une immense figure historique. Par son intelligence, sa sagesse, sa détermination, dans la grande lignée des Gandhi ou des Martin Luther King. De ceux qui ont su redonner la dignité à leur peuple et exiger le respect de leur identité, dans l’humanité à l’égard des autres.

 
Evidemment… Un an plus tard Jean-Marie Tjibaou est assassiné, avec son adjoint à la direction du parti indépendantiste FLNKS, Yeiwéné. Il s’y attendait.

 

Plusieurs de ses lieutenants avaient été tués par des snipers de la gendarmerie, Eloi Machoro (21) et Marcel Nannoro, pour ne citer que les plus connus. Deux de ses frères avaient été assassinés, en 1984, avec huit autres Kanaks, dans une embuscade tendue par des colons. Brûlés vifs, encore blessés, dans leurs voitures, criblées de balles. Le tristement célèbre, dans la région Pacifique, massacre d’Hienghène. En dialecte local, Hienghène : “Pleurer en marchant”

 

Tous les assassins ont été acquittés pour “légitime défense”, à la suite d’un simulacre de procès, en 1987, analogue à ceux de l’Alabama, de l’Arkansas ou d’autres Etats racistes des USA, du temps de la ségrégation raciale. Tous les membres du Jury étaient des colons, les sinistres “caldoches”, qui ne dépareraient pas dans une assemblée du Ku-Klux-Klan. Il n’y a pas de juge ou d’avocat Kanaks, en Kanaky…

 

Son pressentiment s’est réalisé le 4 mai 1989. Une balle en pleine tête, tirée par un Kanak, à bout portant, lors d’une commémoration du massacre d’Ouvéa. Comme souvent dans ce genre d’opérations, l’assassin est immédiatement abattu, sans sommation, par un policier présent. Pas d’enquête, pas de procès. Affaire classée...

 
Le référendum est ainsi repoussé en 2018, par les Accords de Nouméa du 4 mai 1998. Le temps, pour la puissance coloniale, de s’assurer une majorité contre l’indépendance, par un basculement démographique. Schéma classique, que les USA ont pratiqué dans l’archipel d’Hawaii.

 
Certains hommes politiques français ont le courage d’avoir honte. Ils sont très rares. Combien ont souscrit aux propos de Michel Rocard ? Il avait découvert, il est vrai, le “Dossier Néo-Calédonien” dans tous ses “détails”, en tant que premier ministre lors de la présidence Mitterrand. Choqué, atterré, il s’était démarqué du cynisme colonial par cette volonté de contrition :
“… La France a fait des choses dont j’ai honte. Quand l’armée chassait les tribus de la mer [surnom des Mélanésiens, NdA] à coups de fusil pour faire place aux colons. le grand-père de Jean-Marie Tjibaou a couru comme ça en portant un enfant de quatre ans. A côté de lui, un proche est tombé d’une balle dans le dos…”

 
Mais, la honte ne change pas grand-chose… L’exploitation, la répression continuent, se perpétuent, dans l’autosatisfaction et l’hypocrisie. Au mépris des principes élémentaires d’une république dite démocratique et civilisée….

 
Parmi les infamies les plus marquantes de ces dernières années : le 16 janvier 2008. Une manifestation pacifique de militants syndicaux de l’USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et des Exploités), salariés de l’entreprise de transport en commun Carsud, en conflit avec leur direction (groupe Veolia), est réprimée, avec une violence féroce, par la gendarmerie mobile. (22)

 

On dénombre 20 blessés, dont cinq grièvement. A cela, s’ajoute arrestations et emprisonnements préventifs, en attente d’un jugement par le tribunal correctionnel de Nouméa. Le 21 avril 2008, ce tribunal rend son jugement : 23 de ces syndicalistes sont condamnés à des peines de prison ferme, allant de 1 mois à 1 an, associées à une privation des droits civiques pendant 3 ans pour les responsable syndicaux…

 
Dernièrement : le 8 août 2011. Oui, le mois dernier. Gravissime évènement, totalement étouffé dans nos médias, dans le mensonge. L’île de Mare (Nengone en Kanak), à une demie heure de vol de Nouméa, 4 morts et 30 blessés dans un conflit avec la société de transport aérien desservant l’archipel, Aircal (Air Calédonie). Devant une augmentation des tarifs inacceptable pour les insulaires, un collectif des usagers et des travailleurs des îles de Nengone (Mare), Drehu, Iaai, et Kunie, occupe pacifiquement piste et aéroport de l'île.

 

Une milice patronale, coloniale pour être sociologiquement plus précis, comme il y en a tant en Kanaky, surgit, attaque, mitraille, pour tuer et terroriser. Orgie sanguinaire, d’une implacable cruauté. S’évanouissant dans la nature et provoquant l’envoi aéroporté des forces de l’ordre. En Kanaky, on ne discute pas : on tire dans le tas… Inévitablement, parfaitement rodée, la propagande prend le relais pour désinformer : guerre tribale, règlement de comptes clanique, etc. (23)

 

Sous-entendu : « Que voulez-vous chez ces sauvages… Ils se complaisent dans le sous-développement… Passant leur temps à se battre entre eux… Heureusement que nous sommes là… »

 

Ne noyons pas notre tête dans le sable : un massacre organisé de 4 tués et 30 blessés dans une petite île, est l’équivalent de 4.000 tués et 30.000 blessés à la dimension d’un pays. Un crime contre l’humanité. Les responsables, commanditaires, qui organisent, cautionnent, couvrent, l’action de ces milices ou escadrons de la mort, similaires à ceux qui sévissent en Colombie et autres pays d’Amérique latine, méritent le Tribunal de La Haye.

 

Kanaky : symbole du pillage colonial, de la sauvagerie prédatrice, de la terreur raciste, de l’impunité criminelle.

 

En visite au Québec, à Montréal en 1967, le général de Gaulle avait eu le courage, l’audace, de crier devant micros et caméras : « Vive le Québec Libre ! ». A Nouméa en vain, j’ai attendu, espéré, rêvé, un même élan chevaleresque, Don Quichotesque. Sarkozy, bras levés, pin de l’OTAN à la boutonnière, épingle à cravate siglée ONU, charismatique de panache, christique de grandeur d’âme, rugir face à la foule :

« Vive la Libye Kanaky Libre ! »…

 

 

 

 


 

 

(1) In Le Dossier Calédonien, Jean-Paul Besset, Cahiers Libres, La Découverte, 1988, p. 75.

(2)  Deckker, Paul & al., ouvrage collectif, Le Peuplement du Pacifique et de la Nouvelle-Calédonie au XIX° siècle – Condamnés, colons, convicts, chan dang, Actes du Colloque Universitaire International, publiés sous la direction de Paul de Deckker, Editions l’Harmattan, 1994, p. 318.
(3)  Soussol, Alain, Université de Montpellier, in Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 362.
(4)  In Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 363.
(5)  In Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 365.
(6)  Guiart, Jean, La Terre est le sang des Morts – La Confrontation entre Blancs et Noirs dans le pacifique sud français, Editions Anthropos, 1983.

(7)  Clifford, James, Maurice Leenhardt – Personne et Mythe en Nouvelle-Calédonie, Editions Jean-Michel Place, 1987.
(8)  Rollat Alain, Tjibaou le Kanak, (Op. Cit.), p. 149.
(9)  Coulon, Marc, L’Irruption Kanak – de Calédonie à Kanaky, Messidor Editions Sociales, 1985 p. 219.

(10)  Cf. : Histoire et évolution de la société sur le site officiel : http://www.eramet.fr/fr/Site/Template/T1.aspx?SELECTID=47&ID=54

(11)  ERAMET  Nickel - Tour Maine Montparnasse - 33, avenue du Maine - 75755 PARIS - Cedex 15 – Tel. : 33 1 45 38 42 00 - 33 1 45 38 73 48

(12)  Cf. : Nos activités – Nickel : Chiffres clés – Chiffre d’affaires par marché en 2010 : http://www.eramet.fr/fr/PRODUCTION_GALLERY_CONTENT/DOCUMENTS/Nickel_In_Society_FR.pdf & Rapport Annuel 2010 (téléchargeable), notamment p. 3.

(13)  Nos activités, Op. & site Cit.

(14)  STCPI : Société Territoriale Calédonienne de Participation Industrielle

(15)  Plenel, Edwy et Rollat, Alain, Mourir à Ouvéa – Le Tournant Calédonien, La Découverte, 1988.

(16)  Picard, Gilles, L’affaire d’Ouvéa, Editions du Rocher, 1988.

Exemple emblématique de l’ouvrage de désinformation et de propagande, destiné à discréditer l’aspiration à l’indépendance d’un peuple. La presse de l’époque reprenait, dans sa majorité, les mêmes clichés pour anesthésier l’opinion publique métropolitaine. Avec, face à des “barbares”, “l’élite de l’élite de l’armée” représentant la défense de la civilisation, sans craindre boursouflure et ridicule :

 “… les muscles des maxillaires se sont contractés…” (p. 94).
(17)  Face à la censure du débat, en France, sur la situation coloniale en Nouvelle-Calédonie, saluons le courage de Mathieu Kassovitz pour avoir réalisé un film sur l’affaire d’Ouvéa. Dans les pires difficultés. Notamment : refus de l’armée et de l’administration de collaborer. Sortie prévue : le 16 novembre 2011. Le titre du film est en soi tout un programme : « L’Ordre et la Morale ».

(18)  Spencer, Michael & al., Nouvelle-Calédonie – Essai sur le Nationalisme et la Dépendance, Editions L’Harmattan, 1987. p. 299.

(19)  Rollat, Alain, Tjibaou le Kanak, Editions La Manufacture, 1989.

(20)  Cf. Michael Spencer (Op. Cit.).

Le rôle et l’influence de Jean-Marie Tjibaou, en Kanaky et dans le Pacifique, systématiquement occultés par la propagande française (il n’est même pas cité dans l’article français de Wikipedia sur la Nouvelle-Calédonie !…), sont unanimement reconnus chez les chercheurs et responsables de la région Pacifique, notamment anglo-saxons, y compris en Australie et en Nouvelle-Zélande…
(21)  La stèle, commémorant ce crime d’Etat, porte comme mention :

Eloi Machoro, combattant de la liberté, victime de l’ordre colonial d’Etat français, assassiné le 12 janvier 1985 ”.

(22)  Le groupe Veolia, une fois de plus, fait étalage de son constant souci éthique dans le respect des droits de l’homme et de la dignité humaine… 

(23)  Cf. : communiqué de l’UGTG sur cette tuerie coloniale : Guadeloupe-Kanaky même combat, http://ugtg.org/article_1557.html & http://www.internationalistes13.org/article-guadeloupe-kanaky-meme-combat-communique-de-l-ugtg-81091710.html 

 

 

Illustrations :

Drapeau de la nation Kanak

Photo de Jean-Marie Tjibaou

 

NdA : Note de l’Auteur du billet

N.B. Ce texte est l’actualisation d’un billet paru le 29 mai 2008, intitulé Kanaky : Colonie de l’Oubli

 

 

 

 


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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 20:55

 

 

« Tue un serpent, et toute sa famille viendra le venger »

Proverbe thaïlandais

 

 

 


 

La Thaïlande n’est pas l’Iran, la Chine, la Birmanie (Myanmar) ou encore Cuba.

 

Non.

 

Elle est l’objet, en Occident, de toute la sympathie de nos nomenklaturas et de leurs médias.

 

Le traitement des sanglants évènements récents sur le plan de l’information, de l’action diplomatique, de la vigilance de l’ONU quant au respect des "droits de l’homme" et de la "démocratie", a témoigné de cette sollicitude.

 

C’est avec soulagement et satisfaction qu’elles ont accueilli le jour où l’armée a pris d’assaut le campement du mouvement de protestation pacifique, au centre de Bangkok. Manifestation, dite des “Chemises Rouges”, qui durait depuis 9 semaines.

 

Normal : la Thaïlande est considérée et administrée, depuis la guerre du Vietnam, comme une colonie de l’Empire. Tabou !

 

Bangkok-protest-05-2010-B.JPG

 

Pleurs et affiches pour armes

 

 

Misère et dignité

 

Implacable dictature sous couvert d’une monarchie d’opérette, de paysages exotiques et du plus grand supermarché mondial du sexe, synonyme de liberté et de modernité pour nos médias décérébrés, aux mains d’une richissime caste de militaires et d’affairistes. Eux-mêmes servilement inféodés aux intérêts occidentaux.

 

Comme nos autocraties africaines bien-aimées, ou nos ploutocraties latino-américaines favorites, déguisées en “démocraties”, ce pays peut se permettre tout ce qui est imaginable dans la spoliation, l’oppression, la répression. Il lui sera, à chaque fois, pardonné…

 

Les journées que vient de vivre ce pays dans sa capitale Bangkok, mais aussi dans 24 de ses provinces, démontrent la sanguinaire brutalité de sa caste au pouvoir lorsque son suzerain, l’Empire, lui en accorde l’autorisation. Tout a été fait, bien sûr, pour en amortir l’impact à l’égard de l’opinion publique internationale.

 

Les médias occidentaux ont employé la panoplie, parfaitement rodée, de la désinformation : occulter, déformer, manipuler. Un record de propagande. A présent, il convient de justifier la terrible répression. Dans nos médias en France, en bon vassal de l’Empire, comme chez les autres : à grandes louches de bobards.

 

Je les regardais, ces “reporters” d’une chaîne française, spécialisée dans le décervelage publicitaire, se lamenter devant des centres commerciaux en feu… Incapables de se poser et de poser des questions de base : Pourquoi avoir mis le feu à des bâtiments ?... Avant ou après les tueries des commandos de l’armée ?...

 

Evidemment, ils n’ont pas enduré des heures d’avion pour poser des questions.

 

Emblématique de tous ces médias, qui ont pris un soin extrême à ne pas informer. Ils sont venus, placidement, célébrer, justifier, les mérites de la répression armée, contre un mouvement de protestation populaire, pacifique. Le sale boulot des soudards terminé, ils viennent en “nettoyeurs” pour blanchir la répression et son régime protégé par l’Occident.

 

“Journalistes”…

 

Incapables de présenter Bangkok.  Une des villes à l’urbanisme anarchique, où s’entassent plus de 10 millions d’’habitants, chancre de la corruption politique sur fond de folie spéculative, immobilière et financière. Une des capitales les plus polluées de la planète, par les gaz d’échappement générés dans des embouteillages titanesques et quotidiens, par le bruit, et la course contre la misère.

 

Incapables de voir, filmer, écouter, les enfants mendiants, le délabrement des quartiers périphériques, aux égouts saturés lâchant la puanteur des eaux usées, dévalant les ruelles sous les trombes de la mousson.

 

Incapables de nous expliquer pourquoi le vertueux Libéralisme Economique engendre une injustice sociale d’une telle amplitude. Oui. Bangkok, symbole d’un pays où une minorité, colossalement enrichie par la spéculation et sa collaboration avec les occidentaux dans le pillage du pays, en oublie le reste de ses concitoyens.

 

Avec, dans sa misère, l’indignité de ses immenses marchés humains de prostitution. Femmes, hommes, travestis, souvent mineurs, qui débordent du quartier Patpong ou du Little Tokyo, fuyant pauvreté et aliénation, se vendant au plus offrant, dans les vapeurs d’alcool et de drogue.

 

 

Protest-Bangkok-05-2010-TG.jpg

 

Les buchers de l’Injustice

 

 Daltonisme et couleur de chemise

 

“Décrypteurs”…

 

Incapables de nous présenter les “Chemises Rouges”, leurs motivations, leurs revendications. Uniquement décrits comme les suppôts du diable. Anarchistes. Insurgés. Terroristes. Seraient-ils musulmans, ils auraient eu droit au qualificatif d’islamistes. Instrumentalisés par Al-Qaïda…

 

Ces manifestants s’étaient rassemblés en plein centre de Bangkok. Sur quelques kilomètres carrés, un entassement d’une dizaine de galeries marchandes, d’immeubles de bureaux et d’hôtels de luxe.

 

Sans armes, dans un campement, ainsi qu’on a pu le constater dans les documentaires, les vidéos et les photos.  En familles, avec femmes et enfants.  Dans une ambiance de kermesse, solidaires dans l’émotion et la détermination. Parmi eux, beaucoup de paysans sans terre et d’étudiants sans avenir.

 

Pour se protéger des violences, des provocations de la police et de l’armée, aussi détestées l’une que l’autre : des bambous et de vieux pneus.

 

Que réclamaient-ils ?... Des élections !

 

Protestant contre le coup d’Etat qui a contraint le premier ministre, légitimement élu par la majorité des thaïlandais, à l’exil : Thaksin Sinawatra.

 

Immensément populaire, Thaksin Sinawatra est le fondateur en 1998 du parti Thai Rak Thai (TRT, traduction : Les Thaïlandais Aiment les Thaïlandais). Milliardaire, après avoir fait fortune dans les télécommunications, il n’a jamais oublié ses origines modestes et ses débuts de carrière en tant qu’officier de police.

 

Il a des idées simples : le développement des campagnes et la prospérité des paysans sont tout autant essentiels que le développement du “business citadin”. L’un n’excluant pas l’autre. Soulager la misère paysanne doit être une des priorités du gouvernement. Le développement du pays ne pouvant se fonder sur l’exploitation d’une majorité de citoyens, par une minorité de privilégiés.

 

Triomphalement élu en 2001, puis réélu tout aussi triomphalement en 2005, il avait réalisé ses promesses électorales dans un grand effort national pour développer le monde rural. Multipliant, écoles, centres de soins, infrastructures dans les campagnes…

 

En premier lieu, dans les régions les plus pauvres du pays, le nord et le nord-est. D’où vient, précisément, l’immense majorité d’une jeunesse contrainte à l’analphabétisme et à la prostitution, exploitée par les mafias de l’industrie touristique, fondement de la fortune des oligarques. Bien sûr, beaucoup restait à faire.

 

Immensément populaire, mais détesté par la caste au pouvoir qui entend conserver la richesse nationale à son seul profit… En 2003, le vent a commencé à tourner, malgré son large soutien dans la population thaïlandaise. Pourquoi ?...

 

Très simple, il commit deux erreurs majeures :

 

i) Il déclara la guerre au trafic de drogue : impardonnable !

 

La violence de la résistance fut à la hauteur du défi. Des escadrons de la mort paramilitaires, suivant le système en usage en Colombie, assassinèrent ceux qui luttaient contre ce trafic. Même Amnesty International, qui prend soin habituellement d’éviter les polémiques dans les provinces administrées par l’Empire, s’inquiète du nombre d’assassinats : environ 3.000…

 

On ne touche pas à des intérêts d’un tel enjeu.

 

Les plus considérables étant les plus occultes. Beaucoup de “fonds spéciaux”, d’Etats et de services secrets, tout particulièrement occidentaux, y puisent à grandes bassines depuis la guerre du Vietnam. Avec recyclage dans les paradis fiscaux, dont personne ne souhaite la fermeture par nécessité de dissimulation d’enrichissement personnel. Ce n’est pas pour rien que, depuis l’invasion de l’OTAN en Afghanistan, l’ONU a constaté un décuplement de la culture du pavot et de la production d’opium dans ce pays…

 

ii) Il était contre les politiques de discrimination antimusulmanes dans les provinces du sud. Spécialement, de la violence armée par des commandos échappant au contrôle des autorités du pays, manipulés par des services secrets étrangers.

 

Ainsi, les musulmans massacrés par des commandos de l’armée dans la mosquée de Krue Se. Ou encore, les musulmans protestant contre la persécution religieuse, étouffés dans des camions bondés sous la chaleur : 78 morts. Cuisson à l’étouffée…

 

Forces armées et services de sécurité thaïlandaises sont, en effet, cornaqués par des “experts” occidentaux, hallucinés par le Choc des Civilisations, luttant contre l’islamo-fascisme et autres délires. Ces fous furieux entendent, en premier lieu, éradiquer l’Islam là où il est minoritaire.

 

Quitte à lui substituer une autre religion. Le bouddhisme, en Thaïlande. Le catholicisme, aux Philippines. L’Hindouisme au Cachemire ou au Gujarat. Dans l’île de Bornéo, partagée entre Malaisie, Indonésie et le minuscule sultanat de Brunei, profitant de l’immensité de la région, de son insularité, de son absence d'infrastructure en transport, ce sont des charters d’évangélistes qui débarquent…

 

Eh, oui : on l’occulte, mais aucune pause dans Les Croisades, même en Asie !…

 

Outre sa popularité et sa politique sociale, cumuler de telles erreurs c’était signer, de la part de Thaksin Sinawatra, son arrêt de mort politique.

 

Une mort politique est toujours précédée d’une intense campagne de diffamation. Accusés de corruption, lui et son épouse. Pour conforter sa légitimité, il réclama des élections anticipées. Ce que ne voulaient surtout pas ses adversaires, sachant qu’il serait encore triomphalement réélu.

 

Le 19 septembre 2006, les militaires renversèrent son gouvernement et son parti fut interdit. Coup d’Etat, accompagné de manifestations de soutien dans le genre de celles qu’ont connues d’autres pays : révolution orange, révolution de velours, etc. Ce sont les “chemises jaunes” qui soutinrent ce putsch représentant les militaires et l’oligarchie. Le jaune étant, en Thaïlande, la couleur de la monarchie…

 

Ce à quoi ripostèrent les partisans du TRT, sous les “Chemises Rouges”, réclamant pacifiquement de nouvelles élections libres. En fait, ce qu’évitent de dire les médias, les “Chemises Rouges” sont les soutiens de la légalité démocratique, du suffrage universel, du respect du droit de vote, contre le coup d’Etat militaire. Dans un remake de la lutte des républicains contre les franquistes espagnols.

 

Bangkok-Mort-d-un-heros-05-2010.jpg

 

Assassinat d’un héros de La Liberté :

Le général Khattiya Sawatdiphol

 

Mensonges et montages

 

Un courageux général était venu soutenir les “Chemises Rouges”. A la retraite. Il avait dû quitter l’armée, après en avoir dénoncé la corruption et le dévoiement dans des tentatives de coups d’Etat.

 

Les médias, locaux et internationaux, n’ont pas cessé de portraiturer cet incorruptible en général « renégat » (renegade, dans les médias anglophones). Copieusement diffamé, jusque dans les encyclopédies dites “libres” (cf. les articles de Wikipedia, en anglais, français, etc.).

 

Khattiya Sawatdiphol, était venu apporter son sens de l’organisation et son soutien moral. Il a été tué par un sniper. Attiré dans un piège par un faux journaliste, venu “l’interviewer”. L’obligeant de rester immobile, à découvert, proche du barrage où se tenait le prétendu journaliste. Une balle dans la tête. Mort, après deux jours de coma.

 

“Renégat”, pour les putschistes et les oligarchies occidentales. “Héros”, pleuré par tous les Thaïlandais, partisans de la Liberté et de la Dignité.

 

On procède toujours de la sorte : tuer les « leaders » est une priorité dans un mouvement de répression. On lâche ensuite la soldatesque et le rouleau compresseur de la terreur, avec ses camps et ses tortures.

 

Qu’en dire les médias dans leur présentation des évènements ?...

 

Lors de l’assaut, tous parlaient « d’échanges de tirs » ce qui était faux. Pur mensonge. Ils le savaient. Les images le montraient nettement, tout spectateur attentif en était témoin : les militaires tiraient sur des manifestants s’enfuyant les mains nues, sans armes. Les manifestants tués n’avaient aucune arme sur eux, aucune munition, ni cartouchière.

 

Pour justifier la répression, les journalistes prenaient soin, à chaque reportage de rajouter un figurant disant tout le bien possible de l’assaut du campement par l’armée. Evitant de rappeler que ces manifestants pacifiques ne demandaient que des élections libres.

 

Il suffisait  de négocier et de laisser l’expression populaire s’exprimer dans le vote. Et, tout aurait-été réglé sans fureur ni, encore moins, effusion de sang.

 

Mais, non. Insupportable, pour une dictature. Pour une ploutocratie vermoulue.

 

Aucune négociation, discussion, écoute. Le mépris. Dans la violence.

 

C’est d’un exemple, d’une démonstration de force, que souhaitaient la caste au pouvoir et ses sponsors : noyer un sursaut démocratique, pour installer « la terreur ». La contestation n’est pas de mise. Surtout si c’est pour rappeler les deux premiers fondements de la démocratie : liberté d’expression et exercice du droit de vote.

 

Nos gouvernements se sont réfugiés dans le silence complice. Comme l’ensemble de la mythique Communauté Internationale. Soutenant dans les coulisses la répression.

 

Thaksin Sinawatra, depuis son éviction par le putsch de l’armée, vit en exil, craignant pour sa vie. Entre Londres et l’Asie. Il sera de passage à Paris, le 31 mai prochain. Premier ministre régulièrement élu, renversé par un coup d’Etat militaire, il souhaitait informer l’opinion publique française.

 

Mais, notre gouvernement, comme dans les autres pays occidentaux, vient de lui signifier l’interdiction de s’exprimer publiquement. (1)

 

Interdit de s’exprimer. En France… Pays des Droits de l’Homme et de la Liberté d’Expression, parait-il…

 

Que voulez-vous : il aurait été le Dalaï Lama, fervent partisan de la théocratie au Tibet, toutes les Bonnes Consciences se seraient précipitées, en défenseurs de la laïcité, pour se prosterner, le décorer, l’encenser, l’inviter sur les plateaux TV…

 

Nos vaillants journalistes, spécialistes du terrain, de l’investigation, de l’analyse politique, soutiennent, ainsi, coups d’Etat et putschs militaires, sans hésiter une seconde. Les mêmes qui tartinent sur les “valeurs républicaines”, et la “démocratie”, dès qu’il y a du méchant Chinois ou de l’horrible Cubain comme grain à moudre …

 

Porte-paroles de nos castes au pouvoir, ils font leur travail… La propagande en action.

 

Devant cette abjection intellectuelle, on ne peut que partager l’appréciation si clairement exprimée par Jean-Luc Mélenchon sur ce cynique milieu de « décrypteurs de l’actualité » :

 

« Médias Pourris »…

 

 

 

 


 

 

(1)  http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/05/20/thailande-la-france-demande-le-silence-a-thaksin-lors-de-son-passage-a-paris_1360850_3216.html

 

 

 

 


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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 18:30

 

“La colonisation de la Nouvelle-Calédonie fut l’une des pires qu’il y eut au monde.”  (*)
Rosselène Dousset – Leenhardt - (Ethnologue)

 

 

 

 

Mai et Juin 1988. Vingt ans...

 
En Nouvelle-Calédonie, la Kanaky son nom réel.

 
Un archipel du bout du monde, peuplé de Mélanésiens, les Kanaks, lors de sa découverte par une expédition de l’explorateur britannique Cook, le 4 septembre 1774. Il sera annexé par la France, sous le vocable “colonie”, 79 ans plus tard : le 24 septembre 1853. Deux évènements marquaient l’histoire coloniale récente de notre pays.

 
Le 5 mai 1988, des troupes spéciales françaises (1) donnent l’assaut à une grotte, dans l’île d’Ouvéa (2), où s’étaient retranchés des indépendantistes Kanaks, avec leurs otages. Point culminant de troubles qui avaient mené le pays au bord d’une guerre civile entre des colons, avec leurs auxiliaires, et des résistants d’origine Kanak.

 
Les otages sont libérés. Mais les 19 indépendantistes sont tués, plusieurs “… après la prise de la grotte dans des circonstances déshonorantes pour l’armée française (3)”. Michel Rocard, dans une déclaration récente, parle de l’assassinat de deux indépendantistes blessés :

“… J’ai honte, aussi, quand deux militaires ont achevé à coups de crosse deux preneurs d’otage à Ouvéa.”

 
D’après des témoins, beaucoup plus : sommairement exécutés, ou achevés pour les blessés. Dont Alphonse Dianou, qu’on retrouvera le visage défoncé et les pansements arrachés.

 
Le 26 juin 1988, sont signés les accords de Matignon, mettant un terme provisoire aux déchirements que vit cette colonie. Un référendum d’autodétermination est prévu pour 2014.  Accord signé grâce à l’influence modératrice du leader indépendantiste, Jean-Marie Tjibaou (4).

 
 Méconnu en France, où la propagande coloniale ne laisse pas passer, dans ses médias, le discours et la présence d’une telle personnalité, il est considéré dans la région du Pacifique (5), comme une immense figure historique. Par son intelligence, sa sagesse, sa détermination, dans la grande lignée des Gandhi ou des Martin Luther King. De ceux qui ont su redonner la dignité à leur peuple et exiger le respect de leur identité, dans l’humanité à l’égard des autres.

 
Evidemment…

 
Un an plus tard Jean-Marie Tjibaou est assassiné, avec son adjoint à la direction du parti indépendantiste FLNKS, Yeiwéné. 

 

Il s’y attendait.

 

Plusieurs de ses lieutenants avaient été tués par des snipers de la gendarmerie, Eloi Machoro (6) et Marcel Nannoro, pour ne citer que les plus connus. Deux de ses frères avaient été assassinés, en 1984, avec huit autres Kanaks, dans une embuscade tendue par des colons. Brûlés vifs, encore blessés, dans leurs voitures, criblées de balles.

 
Le tristement célèbre, dans la région Pacifique, massacre d’Hienghène. Tous les assassins ont été acquittés pour “légitime défense”, à la suite d’un simulacre de procès, en 1987, analogue à ceux de l’Alabama, de l’Arkansas ou d’autres Etats racistes des USA, du temps de la ségrégation raciale. Tous les membres du Jury étaient des colons, les sinistres “caldoches”, qui ne dépareraient pas dans une assemblée du Ku-Klux-Klan. Il n’y a pas de juge ou d’avocat Kanaks, en Kanaky…

 
En dialecte local, Hienghène : … Pleurer en marchant

 
Son pressentiment s’est réalisé le 4 mai 1989. Une balle en pleine tête, tirée par un Kanak, à bout portant, lors d’une commémoration du massacre d’Ouvéa.

 

Comme souvent dans ce genre d’opérations, l’assassin est immédiatement abattu, sans sommation, par un policier présent. Pas d’enquête, pas de procès. Affaire classée...

 
Le référendum est ainsi repoussé en 2018, par les Accords de Nouméa du 4 mai 1998. Le temps, pour la puissance coloniale, de conserver son titre de troisième producteur mondial de nickel, dont elle pille l’île principale. Le temps, aussi, de s’assurer une majorité contre l’indépendance, par un basculement démographique. Schéma classique, que les USA ont pratiqué dans l’archipel d’Hawaii.

 
Kanaky : Morceau de paradis, tombé du Ciel, où la violence coloniale s’est imposée dans une rare sauvagerie…

 

Spoliation, violence et génocide culturel

 
En France, très peu d’informations, encore moins de recherches, de témoignages, de publications, sur ce pan de nos forfaits coloniaux en Kanaky. Il faut, souvent, recourir à des travaux d’universités australiennes ou néo-zélandaises pour avoir des documents, des analyses. Seul le folklore Kanak est, à présent, célébré par l’administration coloniale… Hors folklore : silence !

 
Kanaky, colonie de peuplement où la France a envoyé des bagnards, des exilés politiques suite à la répression de la Commune, puis de la main-d’œuvre "importée" d’Indonésie, du Vietnam les “chan dang”, des îles polynésiennes de Wallis, et, bien sûr, des “cadres” et autres métropolitains installés à prix d’or. L’essentiel étant de noyer les Kanaks dans un afflux de populations, étrangères à leur terre ancestrale. Pour les réduire à une “minorité”, exclue de l’avenir de son pays.

 
Dans la spoliation, analogue à celle des “Peaux-Rouges” d’Amérique du nord, ou des
Amérindiens d’Amérique “latine”… Avec une violence telle, que même l’Eglise et ses représentants les pères maristes, pourtant fervents de la colonisation, en étaient choqués :
“… chassés de leurs terres, de leurs villages, de leurs vallées, qu’ils ne cèderaient jamais à prix d’argent, il ne faut pas en douter. Tout en cédant à l’autorité et au mouvement qui les forcent à s’exécuter…” (7).

 
“… Dans le centre de l'île où de larges territoires ont changé de mains, les mélanésiens sont exsangues. Déportations et cantonnements ont dépeuplé le pays, rompu les réseaux, cassé les dynamiques sociales, brisé les groupes coupés de leur environnement familier.

Ponctuant une succession de révoltes menées un peu partout dans l’île entre 1856 et 1869 et toujours réprimées ou soldées par des dépossessions de terres, l’échec de la grande insurrection généralise, parmi les Kanaks, un découragement suicidaire.” (8)

 
Ces atrocités s’accompagnent de l’enrichissement d’une oligarchie locale, en cheville avec les responsables de l’administration et de l’armée :
“… une bourgeoisie d’affaires, même réduite à une poignée de collectionneurs de commerces, de professions libérales, de mines et de stations d’élevage, à travers un processus de captation et d’accumulation de biens auquel la spécificité pionnière confère une rapidité extrême ”. (9)

 

"Rapidité extrême" ?... En clair : “fabuleuse”. C’est ainsi qu’un colon, Gratien Brun, en 1880 :
“… possède plusieurs stations (fermes d’élevage, NdA) couvrant ensemble 24.000 hectares et contenant 20.000 têtes de bétail.” (10)

 
Kanaks, Taillables et corvéables à merci. Avec interdiction de pratiquer leurs langues, une vingtaine dans l’archipel, sous peine d’amendes, de brimades, de sévices…

 
Dans le mépris raciste absolu (11).

 

 

Négation de l’identité d’un peuple et des valeurs républicaines

 
Des européens courageux ont essayé de dénoncer, d’entraver, pareils comportements. Ils ont tous été la cible d’attaques et de menaces des milieux colonialistes.

 

Parmi les plus courageux, citons le missionnaire protestant Maurice Leenhardt (12), ainsi qu’un de ses élèves, Jean Guiart. Ils n’on cessé de critiquer l’administration, les milieux colons et l’idée même du colonialisme. Unanimement respectés par le peuple Kanak et dans le Pacifique. Luttant aux côtés des Kanaks, dont l’interdiction de se déplacer librement dans leur propre pays n’a été levée qu’en 1946 …

 
Deux témoignages :

 
Le premier, antérieur au soulèvement des années 1980, de Rock Pidjot, une des grandes figures de l’indépendance Kanak :
“… C’est un pays où les autochtones, qui représentent la moitié de la population, sont les seuls à ne pas être propriétaires des terres sur lesquelles ils vivent, mais où trois gros propriétaires fonciers possèdent le tiers des terres données en concession lors de la colonisation française (90.000 hectares sur 280.000)…

La Nouvelle-Calédonie attend toujours sa décolonisation.
Tous les autres pays du Pacifique sont devenus indépendants ou autonomes : Fidji, Samoa, Tonga, Nauru, Nouvelle Guinée.
Il n’y a plus que la France qui conserve, sous de nouvelles dénominations, de véritables colonies
…” (13)

 

Le second, de Marc Coulon :
“… Le 9 mai 1985… des commandos armés, menés par Henri Morini, chef du service d’ordre du RPCR (ancienne émanation de l’UMP local, NdA), ont attaqué un paisible meeting Kanak à Nouméa.
Cela n’a pas suffi.
Une chasse aux Kanaks s’est amplifiée démesurément, pendant des heures, dans plusieurs quartiers de la ville ; la droite déclenchait la guerre ethnique ou plutôt raciste. L’apartheid ne suffisait pas, il leur faut massacrer…

Les razzias des garde-mobiles (gendarmerie, NdA) dans les tribus (offensives à la grenade, attaques des femmes et des enfants, saccages des cases, destructions des matériels et mobiliers, passage à tabac…) ; les arrestations nombreuses et durables des militants politiques et leur séquestration dans des conditions sans rapport avec aucun discours sur les droits de l’homme, l’espionnage public et privé permanent des activités des leaders… ” (14)

 
La “gendarmerie”, considérée comme une armée d’occupation, une milice coloniale au service d’intérêts privés, et non pas d’un Etat démocratique. Honnie, méprisée, vomie, par le peuple Kanak…

 


Vingt ans après …

 
Certains hommes politiques français ont le courage d’avoir honte. Ils sont rares. Dans la même déclaration de Michel Rocard, qui a eu à s’occuper du “Dossier Néo-Calédonien” en tant que premier ministre, lors de la présidence Mitterrand, on peut relever cette volonté de contrition :
“… La France a fait des choses dont j’ai honte.
Quand l’armée chassait les tribus de la mer
(surnom des Mélanésiens, NdA) à coups de fusil pour faire place aux colons.
Le grand-père de Jean-Marie Tjibaou a couru comme ça, en portant un enfant de quatre ans. A côté de lui, un proche est tombé d’une balle dans le dos
…”

 
Mais, la honte ne change pas grand-chose…

 
Exemple, parmi d’autres : 16 janvier 2008. Une manifestation pacifique de militants syndicaux de l’USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanaks et des Exploités), salariés de l’entreprise de transport en commun Carsud, en conflit avec leur direction (groupe Véolia), est réprimée, avec une violence féroce, par la gendarmerie mobile.


On dénombre 20 blessés, dont cinq grièvement. A cela, s’ajoute arrestations et emprisonnements préventifs, en attente d’un jugement par le tribunal correctionnel de Nouméa.

 
Le 21 avril 2008, ce tribunal a rendu son jugement :  23 de ces syndicalistes sont condamnés à des peines de prison ferme, allant de 1 mois à 1 an, associées à une privation des droits civiques pendant 3 ans pour les responsable syndicaux…

 
Kanaky : symbole de la terreur raciste et du fanatisme colonial…

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Plenel, Edwy et Rollat, Alain, Mourir à Ouvéa – Le Tournant Calédonien, La Découverte, 1988.
(2)   Picard, Gilles, L’affaire d’Ouvéa, Editions du Rocher, 1988.
Exemple emblématique de l’ouvrage de désinformation et de propagande, destiné à discréditer l’aspiration à l’indépendance d’un peuple. La presse de l’époque reprenait, dans sa majorité, les mêmes clichés pour anesthésier l’opinion publique métropolitaine.
Avec, face à des “barbares”, “l’élite de l’élite de l’armée” représentant la défense de la civilisation : “… les muscles des maxillaires se sont contractés…” (p. 94).
(3)   Spencer, Michael & al., Nouvelle-Calédonie – Essai sur le Nationalisme et la Dépendance, Editions L’Harmattan, 1987. p. 299.
(4)   Rollat, Alain, Tjibaou le Kanak, Editions La Manufacture, 1989.
(5)   Cf. Michael Spencer (Op. Cit.). Le rôle et l’influence de Jean-Marie Tjibaou, en Kanaky et dans le Pacifique, systématiquement occultés par la propagande française (il n’est même pas cité dans l’article français de Wikipedia sur la Nouvelle-Calédonie !…), sont unanimement reconnus chez les chercheurs et responsables de la région Pacifique, notamment anglo-saxons, y compris en Australie et en Nouvelle-Zélande…
(6)    La stèle, commémorant ce crime d’Etat, porte comme mention : “ Eloi Machoro, combattant de la liberté, victime de l’ordre colonial d’Etat français, assassiné le 12 janvier 1985 ”.
(7)    Deckker, Paul & al., ouvrage collectif, Le Peuplement du Pacifique et de la Nouvelle-Calédonie au XIX° siècle – Condamnés, colons, convicts, chan dang, Actes du Colloque Universitaire International, publiés sous la direction de Paul de Deckker, Editions l’Harmattan, 1994, p. 318.
(8)    Soussol, Alain, Université de Montpellier, in Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 362.
(9)    In Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 363.
(10)  In Paul de Deckker, (Op. Cit.), p. 365.
(11)  Guiart, Jean, La Terre est le sang des Morts – La Confrontation entre Blancs et Noirs dans le pacifique sud français, Editions Anthropos, 1983.
(12)  Clifford, James, Maurice Leenhardt – Personne et Mythe en Nouvelle-Calédonie, Editions Jean-Michel Place, 1987.
(13)  Rollat Alain, Tjibaou le Kanak, (Op. Cit.), p. 149.
(14)  Coulon, Marc, L’Irruption Kanak – de Calédonie à Kanaky, Messidor Editions Sociales, 1985 p. 219.

 

 

 

NdA : Note de l’Auteur du post.
Photo de Jean-Marie Tjibaou
Drapeau de l’Indépendance Kanak
(*) In Le Dossier Calédonien, Jean-Paul Besset, Cahiers Libres, La Découverte, - 1988, p. 75.

 

 

 

 

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 17:40

Une campagne de presse est apparue sur les persécutions que subiraient des chrétiens en Malaisie. Simultanément, dans tous les pays occidentaux. A l’unisson, pour ne pas changer. Appareil de propagande parfaitement huilé. 

Plus précisément, sur l’intolérance de l’Islam empêchant les conversions de musulmans vers d’autres religions. Vers le christianisme, en particulier. Au travers de l’affaire : « Lina Joy ». La Malaisie vivrait ainsi sous le joug de méchants musulmans !... Ah ! Ces sauvages ! Tous les mêmes. Quelle que soit leur race, dès qu’ils sont musulmans, ils sombrent dans l’obscurantisme…

C’est avec délice qu’on peut s’amuser à inventorier les "copier-coller", dans la presse occidentale, de la thèse du "danger islamique" et de "l’intolérance musulmane" (1). Encore une crise d’urticaire islamophobique, se dit-on. L’esprit critique en alerte, derrière l’agitation, les amalgames habituels, bref tous les ingrédients des campagnes racistes, on trouve tout de suite "l’intox", avec ses grosses ficelles… 

Car, si les journalistes n’étaient pas simplement réduits à une courroie de transmission de la propagande antimusulmane (la ligne éditoriale !...), ils pourraient livrer une information vérifiée, recoupée, confortée par les analyses et les faits suivants :


Contexte historique d’une nation multiethnique


La Malaisie (2) est un extraordinaire exemple de pays multiethnique où cohabitent toutes les religions du monde, y compris l’animisme. Il n’a pas connu de guerres de religion, comme l’Europe qui en a subi les ravages pendant des siècles.

Par contre, ce pays a enduré, pendant cinq siècles, une violente colonisation : portugaise, hollandaise, et surtout britannique. Avec, bien sûr, l’occupation japonaise en intermède. Pays riche (3), les britanniques, arrivés en 1786, l’ont pillé tant qu’ils l’ont pu en important massivement une main d’oeuvre chinoise et indienne pour exploiter, notamment, les mines d’étain et les plantations de caoutchouc. Contournant ainsi la résistance malaise. Cette main d’œuvre, "étrangère" au départ, a pris souche.  Chinois et indiens sont devenus : citoyens malais.

Ce flux migratoire a été considérable puisqu’il représente, environ, la moitié de la population malaise "de souche". Imaginons la France avec la moitié de sa population originaire d’Afrique et du Moyen Orient !… Inévitablement, avant que le pays ne trouve son assise identitaire, se sont produits d’importants heurts ethniques, entre les deux principales composantes : malaise et chinoise. Le dernier, remontant à 1969 avec plusieurs centaines de morts. A aucun moment, la religion n’a été au centre de ces rivalités. 

Fédération récente (4), qui a connu son indépendance au début des années soixante et la configuration définitive de son Etat en 1965, elle comprend actuellement 13 Etats, dont 2 sur l’île de Bornéo. Avec un système politique visant à maintenir la cohésion de la nation, dans le respect de chacune de ses communautés. Sa constitution est un subtil dosage entre les grands principes démocratiques et les particularismes identitaires de chaque communauté.

Monarchie élective avec une rotation, minutieusement codifiée, de monarques descendants de neuf principautés ou sultanats qui règnent, symboliquement, à tour de rôle pendant 5 ans. Mais, démocratie constitutionnelle très active avec une grande liberté de la presse et une scène politique partagée par 35 partis politiques. Rien à voir avec le Gabon, le Togo ou la Côte d’Ivoire…


Liberté religieuse et identité d’une nation

Quand les colons se sont imposés par les armes, au XV° siècle, la Malaisie était musulmane. L’Islam s’étant progressivement installé, sur plusieurs siècles, pacifiquement, via les commerçants venant du continent indien. Le Pays a donc inscrit dans sa constitution l’Islam comme religion nationale. Mais la discrimination religieuse est interdite et la vivacité des autres religions et le dynamisme de leurs communautés prouve que cela est bien réel (5). On peut ainsi arpenter les rues des principales villes où se côtoient mosquées, temples hindous et bouddhistes et, bien sûr, églises. 

Pour préserver son identité nationale et assurer sa cohésion, ce pays a choisi, pour le moment et constitutionnellement, de faire cohabiter deux systèmes juridiques s’appliquant aux personnes : un système fédéral garantissant les libertés de base du citoyen, et un système propre au statut de la personne relevant de la religion à laquelle appartient chaque citoyen. Pour chaque communauté, ce statut respecte les usages s’appliquant aux naissances, mariages, divorces, obsèques, etc.

Eglise-Christ-Church-Malacca.jpgLes catholiques, par exemple, entretiennent d’excellents rapports avec les autres communautés et les autorités politiques. L’Archevêque de Kuala Lumpur, Murphy Pakiam, travaille ainsi, depuis fin 2005, avec un Comité pour la création de la plus grande église de Malaisie, dans la nouvelle capitale administrative Putrajaya : "We envisage the Putrajaya church to be a hallmark of the Catholic community in Malaysia and showcase the rich heritage of the Malaysian Catholics" (6)

Le terrain a été gratuitement donné par l’Etat. Inimaginable, en Europe, qu’un Etat donne un terrain gratuit pour construire la plus grande mosquée de sa communauté musulmane sur son territoire ! Inconcevable en France ! Pourrait-on envisager, chez un autre grand donneur de "leçons démocratiques", Israël offrir un terrain pour construire la plus grande église ou la plus grande mosquée de la région ?  Lire à ce propos le témoignage de Suha Sibany (7), "israélienne arabe" (chrétienne maronite), sur la  discrimination religieuse et raciale actuellement en cours en Israël.

Restent les églises évangéliques anglo-saxonnes, notamment australiennes, particulièrement actives en Asie, la Malaisie étant une cible prioritaire. Leur prosélytisme, à l’exemple de ce qu’on peut observer en Afrique, au Brésil, en Polynésie ou en Nouvelle Calédonie, s’appuie sur des avantages matériels pour les plus démunis et des promesses de "visa" (Australie, Canada ou USA) pour la tranche "middle class". Elles sont particulièrement actives dans les deux Etats de l’île de Bornéo : Sarawak et Sabah. Partie de la Malaisie, siège de fortes tensions, envahie actuellement de travailleurs clandestins indonésiens : l’équivalent de la population malaise dans cette région !...


« Lina Joy » : La Sardine bloquant le port de Marseille…

Azlina Jailani
s’est convertie au christianisme en 1998, à l’âge de 26 ans, et a changé son nom, légalement, en 1999. S’appelant à présent : Lina Joy. Son fiancé, hindou, s’est converti, lui aussi, au christianisme. La religion étant mentionnée sur la carte d’identité, elle souhaite que sa nouvelle religion soit inscrite en lieu et place de l’ancienne. Pour ce faire, d’après la loi, elle doit demander un certificat d’apostasie à un tribunal islamique (Syariah Court). Car, si on se convertit à l'Islam, il est délivré un certificat de conversion. Dans le cas contraire, il convient d’obtenir un certificat d’apostasie.

Du fait de son nouveau statut de chrétienne, elle se refuse à accomplir cette formalité administrative. Elle a donc introduit une action auprès de la Haute Cour (High Court) en 1999, qui s’est déclarée incompétente. Action qu’elle a poursuivie, en 2006, devant la Cour Fédérale (Federal Court) qui vient, dans son jugement du 30 mai dernier, de se déclarer incompétente, elle aussi. Forcément, ces Cours de Justice ne peuvent aller à l’encontre de la Constitution du pays. 

Ajoutons que la délivrance de certificats d’apostasie, rares du fait que les conversions n’interviennent habituellement que dans des cas de mariages mixtes (ce n’est pas à la suite de révélations spirituelles…), ne pose aucun problème en soi. Le fondement de l’Islam est le verset 256, de la sourate 2 : « Point de contrainte en religion ». La preuve en est : à Negeri Sembilan, la Syariah Court vient de délivrer 16 certificats d’apostasie (8), sans problème… Bizarrement, Lina Joy n’entend pas respecter les usages constitutionnels et juridiques dont le pays s’est doté et que respecte tout citoyen… En conséquence, elle serait menacée de mort et tutti quanti…

En fait, nous ne sommes pas devant un "refus de conversion", mais devant un problème juridique où la Loi fondamentale de la Nation, sa Constitution, et la réglementation administrative, ne conviennent pas à un individu. D’un problème juridique, artificiellement posé et entretenu, on passe à la persécution religieuse. D’où, l’hystérie médiatique occidentale y entretenant son islamophobie…

C’est l’histoire de "la sardine" bloquant le port de Marseille… Pour ceux qui ne la connaîtrait pas : un chalutier nommé "La Sardine" avait coulé à l’entrée du port de Marseille. De fil en aiguille, avec l’exagération bon enfant des marseillais qui n’habitaient pas près du lieu, ce devint une sardine si grosse qu’elle en bloquait le port !... 

Sauf, qu’en l’occurrence, nous baignons dans le racisme antimusulman.


Bruits et fureurs ou le « cirque » Ayaan Hirsi Ali 

Les malais sont les premiers à rire de cette histoire. Ils savent que c’est une manip, avec beaucoup d’argent… Lina Joy aurait "tout perdu", nous disent les journalistes occidentaux, apitoyés. Mais, elle est "réfugiée" en Australie !...

Connaissant le prix d’un billet Malaisie - Australie, et le coût de la vie à Sydney, les malais se disent qu’elle a de gros moyens pour quelqu’un qui a "tout perdu"… En plus, obtenir un visa d’entré pour l’Australie, qui a une des politiques les plus racistes de la planète, sous le gouvernement Howard actuel !... Tout le monde sait, en Malaisie, que cette "opération" est encadrée par les services spéciaux australiens.

Contrairement aux affirmations des médias occidentaux, les journaux locaux n’en ont presque pas parlé (9). Comme les malais, ils s’en contrefichent !... Seul un parti islamique, le PAS (10), équivalent du parti "christianiste" à la De Villiers, dans son poids politique et son rayonnement idéologique, a essayé de jouer sur cette manip. Isolé, il s’est ridiculisé. 

Les malais ont compris qu’il s’agissait d’un "remake" de l’intox Ayaan Hirsi Ali. Du nom de cette somalienne qui a défrayé la chronique, en Hollande et les pays anglo-saxons, par sa violente islamophobie. Elle a été convaincue de mensonges sur son identité et ses assertions (11). Le masque étant tombé, elle habite les USA, menant grand train de vie, où elle travaille chez ses protecteurs, réputés pour leur paranoïa antimusulmane : American Enterprise Institute.

Pourquoi tant d’acharnement ?  Simple : la Malaisie est un petit pays qui n’a pas peur de marquer son refus devant certaines des prescriptions de la Banque Mondiale et qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense des ravages de l’Occident au Moyen Orient… Ou, l’art de se faire des ennemis puissants qui savent se venger en essayant, en autres, de vous déstabiliser.
 
Sepang-F1-Malaysia.jpg
 
La Malaisie est l’exemple de la fusion d’un dynamisme économique époustouflant avec des traditions séculaires. Véritable laboratoire de la modernité, dans une mosaïque de peuples et de croyances qui force le respect. Cela ne plaît pas, non plus, dans un Occident raciste et rêvant d’apartheid …
 
Visitez ce pays, magnifique, accueillant, généreux, vous ne voudrez plus le quitter…
 
 
 
 
 
  
 
(1) Exemple : Le Monde, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-918070,0.html. Références obligeamment communiquées par Philippe Convers, que je remercie.
(2) Pour une perspective géopolitique, lire : Bruneau, Michel, L’Asie entre Inde et Chine – Logique territoriale des Etats, Belin, 2006.
(3) 27 millions d’habitants pour 330.000 km2 environ. Caoutchouc, étain pétrole, et depuis une dizaine d’années développement d’une industrie de pointe, notamment en composants électroniques.
(4) Formée en 1963. Singapour a fait sécession en 1965.
(5) Dernier recensement (2005) : 58% musulmans, 22,9% bouddhistes, 11,1% chrétiens, 6,3% hindouistes, et divers.
(6) « Nous avons pour ambition que l’Eglise de Putrajaya soit l’emblème de la communauté catholique de Malaisie et la vitrine du riche héritage des catholiques malais ». Putrajaya Catholic Church Building Committee, constitué le 3 octobre 2005.
(7) Sibany, Suha, Les Arabes d’Israël : une minorité nationale palestinienne ?, Hérodote – revue de géographie et de géopolitique, 124 – Proche Orient – Géopolitique de la crise – 1er trimestre 2007. http://www.univ-paris8.fr/geopo/herodote_site/article.php3?id_article=267
(8) The Sun (Malaisie), jeudi 31 mai 2007, p.2.
(9) Principaux journaux malais : News Straits Times http://www.nst.com.my/, The Star : http://thestar.com.my/,  Malaysian Today http://www.malaysiantoday.com.my/html/.
(10) Le journal du PAS existe en ligne :
http://www.malaysiakini.com/.
(11) Cessou, Sabine, Ayaan Hirsi Ali, l’îcone déboulonnée, http://www.rfi.fr/actufr/articles/077/article_43733.asp
 
 
Photo 1 :  Célèbre duo malais de Hip Hop : Too Phat & Joe Flizzow
Photo 2 :  Eglise Christ Church de Malacca
Photo 3 :  Circuit F1 de Sepang ouvert en 2000. Ultramoderne !



 
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7 février 2007 3 07 /02 /février /2007 11:49

 


Il ne pouvait pas dire qu’il ne savait pas. Alors, il a dit non à ses supérieurs qui voulaient l’envoyer en Irak.


Pour lui, cette guerre n’est pas une guerre de défense d’une nation, mais une guerre fondée sur le mensonge et l’illégalité, car contraire au droit international. Le courage du lieutenant Ehren Watada, 28 ans, est impressionnant. Son contrat d’engagement n’est pas terminé, il revendique donc sa liberté de conscience alors qu’il porte l’uniforme.

Faisant référence à deux notions (1), c’est, pour lui, un acte citoyen mais, aussi, l’expression de la responsabilité d’un « leader » :

"… It would be a violation of my oath because this war to me is illegal in the sense that it was waged in deception, and it was also in violation of international law … Officers and leaders have that responsibility to speak out for the enlisted and certainly when we do so it comes with more consequences, which is what a leader should do. A leader can't just go with the crowd. (2)"


L’analyse de son acte, au-delà de son aspect émotionnel, met en relief un point d’histoire et une série de failles quant au délabrement du fonctionnement des « démocraties ».

Il est intéressant de rappeler qu’Ehren Watada est originaire d’Hawaii. C’était un « royaume » indépendant, avec sa langue, sa religion, sa civilisation, sa culture, son système politique et économique.  Jusqu’à ce qu’il soit envahi par des aventuriers, avec leurs milices privées, qui se sont transformés en grands planteurs de cannes à sucre et d’ananas.

 

Provoquant, avec leurs hommes de main un coup d’Etat en 1893, renversant la reine Lili’Uokolani, et obtenant son rattachement au territoire américain en 1898. Le nombre et la technologie des armes, que ne possédait pas ce peuple, ont fait la différence. La résistance fut brisée, comme contre les « peaux rouges » nord américains, par des violences et des destructions innommables.

Le gouvernement de ce territoire fut nommé par le Congrès, le 30 avril 1900, sous forme d’un « Act to provide a Government for the Territory of Hawaii ». Schéma habituel des proconsuls, en quelque sorte. Tout fut fait pour gommer cette civilisation polynésienne : langue, religion, coutumes… Le rouleau compresseur de la répression et de l’humiliation. Les hawaiiens furent même écartés du travail, sur les grandes exploitations où furent amenés, chinois, philippins, japonais et techniciens européens.

 

Seul horizon : la misère, l’alcoolisme ou le suicide. Souvent les trois, à la fois. La législation du travail, mise en place la même année, était raciste et esclavagiste. Ce fut le règne des grandes exploitations fruitières de l’époque dont la sinistre Dole Fruit Company, similaire à la non moins sinistre United Fruit Company qui colonisait, alors, l’Amérique Centrale. Finalement, la prédation étant achevée, Hawaii devint le 50° Etat américain le 21 août 1959 (3).

Pour l’inconscient collectif des descendants des polynésiens survivants d’Hawaii, le tragique destin de l’Irak éveille des résonances avec celui de leur nation…

Cet acte de courage, met en évidence, au moins, trois distorsions de nos systèmes politiques qui agissent en interaction :

i)      La liberté d’expression et de conscience est un droit refusé lorsqu’il va à l’encontre d’intérêts de groupes organisés. Même lorsqu’il s’agit de rappeler le droit international ou le respect de la vie ou de la dignité humaine.

ii)  Lorsque les forces armées passent sous le contrôle de groupes organisés, elles se transforment en milices privées au service d’intérêts qui ne sont pas ceux d’une nation, mais ceux d’intérêts économiques : compagnies pétrolières, marchands d’armes, groupes de travaux publics, etc.

Les marges bénéficiaires, les fortunes fondées sur la corruption, sont faciles, sans limites et incontrôlables, car aisément couverte par l’inusable « secret défense ». De la « défense nationale », on passe ainsi à la mise à disposition des armées au profit d’intérêts privés ou au service de dictateurs, comme en Afrique, à la solde d’intérêts privés.

iii)       La décision populaire de la guerre. De tout temps, ce fut une décision démocratique et collective dans les sociétés ayant fonctionné avec le suffrage direct des citoyens. Probablement, la plus importante.

Athènes est un exemple. Même pour les expéditions qui ne relevaient pas de la défense du territoire, les citoyens étaient appelés à voter pour se prononcer. Certaines se révélèrent désastreuses, comme celle contre la Sicile conduite par Alcibiade. Mais, ce fut, après des débats publics et un vote au suffrage direct des citoyens, une décision collective.

Une guerre, en démocratie, doit faire l’objet d’un vote de type référendaire.  Excepté, bien sûr, en cas d’attaque surprise. Dans nos démocraties, on assiste à un véritable « trou noir » : aucun débat public sur le droit de faire la guerre,  sur le budget de la défense nationale, sur l’utilisation des forces armées. Personne ne pose la question et les politiciens évitent de l’évoquer. Ainsi, les grandes manifestations contre l’Irak, partout en occident, n’ont rencontré que la plus grande surdité des dirigeants.

Référendum ?  Non, vous n’y pensez pas… Pour, détourner l’attention, tout en se donnant bonne conscience, si la pression devenait trop forte, l’oligarchie en place commissionnera ses médias pour lancer des campagnes de diffamation contre la Russie, la Chine, ou autres diables, qu’on sort de leurs boîtes au bon moment.

 

Peut-être organisera-t-on un référendum, il faut bien l’utiliser, sur la protection des baleines ou des "canards sauvages", comme aurait dit De Gaulle…

 

 

 

 

 

 


(1) The Guardian, 3 février 2007.

(2)  " Ce serait une violation de mon serment, car cette guerre pour moi est illégale du fait qu'elle est fondée sur le mensonge et en violation du droit international... Officiers et leaders ont la responsabilité de parler au nom de ceux qui se sont engagés et il est certain que lorsque nous le faisons cela a d'importantes conséquences, ce qui est du ressort d'un responsable. Un leader ne peut pas se contenter de suivre le mouvement..."

(3)  Le Congrès américain s’opposait à l’intégration de Hawaii, en tant qu’Etat américain, tant que la population polynésienne était majoritaire. Le basculement de population a donc pris deux générations, environ.

 

 


 

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