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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
chante la lutte des Peuples
contre la Prédation
 
 

Horizon...


Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 19:00

 

 

 

« Les types comme toi portent l’enfer en eux depuis leur naissance… »

Dino Buzzati (1)

 

 

 

 

 

Flonflons et lampions des élections municipales éteints, emportés dans la brume médiatique…

 

Un nouveau gouvernement formé.

 

 

Le profil Grec

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Pour confirmer, combien avait été compris le "souhait de changement" des électeurs.

.

Disent-ils…

.

Cynisme politicien habituel signifiant le contraire : l’implacable poursuite de l’application du fondamentalisme libéral, ou du capitalisme sauvage, suivant les appellations d’origine. Dogme de la Mondialisation oblige. Idéologie régnante sans partage dans nos contrées. Comme dans les autres pays occidentaux, sous prétexte d’un "endettement public" à résorber…

.

"Endettement public" qui correspond, en réalité, à la part de la contribution fiscale au fonctionnement de notre pays, non payée par l’oligarchie au pouvoir.

La Grèce, étant le schéma abouti de cette spoliation, organisée par la finance internationale. Relayée par une ploutocratie locale pressurant le peuple jusqu’à l’épuisement. Rappelons les ordres de grandeur communiqués par Roland Guillon, dans son travail de recherche intitulé « La Méditerranée à l’épreuve de la globalisation » (2) :

« Le secrétaire d’Etat aux finances de Grèce, en 2010, estimait à 280 milliards d’euros les capitaux grecs qui avaient été placés dans les banques suisses depuis 2003.
Et selon la Banque Centrale de Grèce, 38 milliards d’euros auraient quitté le territoire national en 2010 (pour un PIB de 234 milliards d'euros en 2009).
 »

 

Servant de laboratoire (notamment la répression des manifestations de protestation de masse) et de modèle, ce "servage", infligé au peuple Grec par une caste rejetant ses obligations de solidarité citoyenne, représente l’objectif affirmé et assumé par les gouvernements successifs de notre pays.

 

Procédant dans une alternance de jeux de rôle ou de déguisements, "droite" ou "gauche" par échange de casquettes, onctuosité cardinalice ou vocifération cramoisie pour rhétorique, méthodiquement, au démantèlement du Contrat Social qui constitue le socle de notre Nation.

 

S’acharnant, en priorité, sur les budgets assurant la redistribution de la richesse collective, dans un minimum de justice sociale. Au détriment de la majorité de la population. Pour l’enrichissement d’une minorité, gavée de privilèges et d’exemptions, vivant grassement de la spéculation et de rentes de situation sous toutes les formes imaginables. Marchés publics et clientèles captives des services publics "privatisés" (télécoms, transports, eau, gaz et électricité, banques et assurances, etc.) formant leurs plus plantureux fromages…

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Les fondamentalistes de l’ultralibéralisme considérant qu’éliminer le "déficit" impose uniquement la diminution vertueuse des "dépenses publiques".

.

Avec l’augmentation simultanée des taxes sur la consommation, alourdissant d’autant la charge fiscale pour les revenus modestes. Et, hystérique obsession, pour "cœur de cible" : la suppression du SMIC et la généralisation de la baisse des salaires.

Argumentation de cette "casse sociale" formulée en permanence selon le principe comptable qu’une dépense publique doit être "équilibrée", ou trouver sa "contrepartie", dans une recette provenant d’une "cotisation". Jacques Généreux en a méticuleusement, et avec beaucoup de clarté, déconstruit le mécanisme totalement hypocrite (3).

 

Anciennes et futures générations sont visées : éducation, santé, retraites, aides à domicile aux personnes âgées, soutiens aux plus démunis victimes de la précarité économie et de la paupérisation croissante. Eradication de tout ce qui est à connotation sociale, solidaire, érigée en "ardente obligation" !

 

Evitant soigneusement d’accroître les recettes fiscales en sollicitant la contribution de la frange privilégiée qui ne paie pas d’impôts proportionnels à l’accumulation de ses richesses : rente de haut vol dissimulée dans les paradis fiscaux, spéculation financière, immobilière, etc.

 

Cette "obsession antisociale", loin de répondre à une contrainte économique, se révèle un projet de société fondé sur un individualisme forcené, dans l’édification d’une Loi de la Jungle favorisant la concentration de la richesse au seul bénéfice d’une poignée. Tel est le « sens » que nos oligarchies mondialisées souhaitent imposer à l’Humanité.

 

Cette obligation ne s’applique pas, en effet, à plusieurs de nos budgets. Echappant à cette "ardente obligation" de recettes à tout prix... Aucune cotisation ne leur étant  opposée pour "équilibrer leurs dépenses" lors de la préparation des Lois de Finance, consolidant l’ensemble des budgets de l’Etat.

 

Ainsi en est-il du Budget de la Défense Nationale qui, loin de diminuer, poursuit paisiblement sa course dans l’augmentation régulière. Contrairement à tous les slogans et articles catastrophiques, décrivant un budget de la défense nationale régulièrement sabré d’une année sur l’autre, au point de le rendre squelettique, voire symbolique.

 

 

Confortable pourcentage du PIB

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Loin de s’effondrer, comme voudrait le faire croire la propagande alarmiste des lobbies de l'armement, les dépenses militaires de la France se maintiennent à un haut niveau, avec un pourcentage du PIB pratiquement constant d’un exercice à l’autre. Ne connaissant, de fait, aucune baisse. Prétendre le contraire n’est que mensonge.
.
La France consacre en moyenne 2,5 % de son PIB annuel pour sa Défense Nationale. Taux comparable à celui de notre voisin la Grande-Bretagne, aussi dépensier que nous en la matière. Parmi les plus élevés de la planète.

Plus que certains pays figurant parmi les 10 premiers PIB dans le monde. Exemples : Chine 2 %, Allemagne 1,4 %, ou Japon 1%.

 

C’est ce qui ressort des publications du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), organisme réputé pour son indépendance, procédant à une compilation, année après année, des budgets de la défense nationale dans le monde. Pour faciliter les comparaisons, les montants sont exprimés dans sa base de données, après conversion de chaque monnaie du pays concerné, en dollars.

 

Citons ceux qui nous concernent de près, en milliards de dollars annuels, évidemment (4) :

 

 

2012

 

 

Md $ courants

 

 

% GDP

 

 

   France

 

 

58,94

 

 

2,3

 

 

   UK

 

 

60,84

 

 

2,5

 

 

  RFA

 

 

45,78

 

 

1,4

 

 

   S/T

 

 

165,56

 

 

 

 

Deux constats étonnants.

 

Relevant du dérapage déjanté de la raison ou de la rationalité. A moins qu’il ne s’agisse d’une pathologie planante qu’est la mégalomanie :

 

i)  Le total des trois principaux budgets européens de la défense (France – UK - RFA) représente : 165,56 milliards de dollars. Ce qui pour les eurocrates bruxellois, chargés de superviser les budgets des pays membres, et leur donner des leçons, semble aller de soi.

 

Pourtant, l’équivalent du budget de la défense de la Chine : 166,10 milliards de dollars !  

 

Dont les propagandistes de l’OTAN ne cessent de nous bassiner, agitant l’épouvantail du "surarmement chinois"… Alors que la Chine se doit d’assurer la défense d’une population de 1,5 milliard de personnes réparties sur un territoire plus de 10 fois supérieur en superficie (environ 10 M Km² pour la Chine et 1 M Km² pour les trois européens)…

 

Pour mémoire, rappelons le budget des dépenses militaires "hors concours" de nos amis américains : 1.000 milliards de dollars par an… A comparer au budget, diabolisé aussi en "surarmement", de la Russie – CEI (17 M Km²) : 90,75 milliards de dollars (5). Un maigrichon 10 %, par rapport au budget annuel US, ou encore 55 % des budgets cumulés des mêmes trois européens…

 

ii)  La différence entre les budgets de la défense de la France et de la RFA est en moyenne de 30 % an par an. Suivant les années et les périmètres retenus, l’écart oscille entre 15 et 20 milliards d’euros annuels, au minimum.

 

Sur 10 ans, cela creuse "quand même" un impact de 200 milliards d’euros de dépenses supplémentaires par rapport à nos amis allemands. Mais, jamais cet impact ne sera traité de "Trou" comme celui de la Sécurité Sociale brandi à répétition par l'appareil de propagande...

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Curieusement, la RFA, perpétuellement citée en modèle de rigueur dans la gestion étatique par nos chroniqueurs politiques et économistes, n’est jamais évoquée sur le plan de la Défense Nationale… Nos "désinformateurs", il est vrai, pratiquent avec zèle l’art d’étouffer ou d’occulter l’information pertinente.

.

Peut-être, le sujet étant considéré tabou, la différence s’explique-t-elle par la clairvoyance stratégique de la RFA de ne pas se ruiner dans l’investissement et l’entretien d’une "force de dissuasion nucléaire", inutilisable par essence et donc obsolète par conception ?… (6)

 

Généreuses augmentations annuelles

 

Intéressant à consulter : Le Projet de Loi de Finances 2014 – Budget de la Mission Défense, (dans le jargon du milieu : "PLF 2014 - MINDEF"). Prenant en compte, dans un périmètre élargi, un prévisionnel de Recherche et Développement (R&D) et les opérations extérieures (du moins, une infime partie...) par exemple, il est exprimé en euros (7). Principales rubriques :

 

 

Rubriques / Répartition

 

 

Milliard €

 

 

  Budget de la mission “Défense”

 

 

31, 40  

 

 

  Crédits d’équipements

 

 

16, 50  

 

 

  Entretien programmé des matériels

 

 

3,10  

 

 

  R & D - Innovation industrielle
  et technologique

 

 

3,60  

 

 

 

  Opérations extérieures

 

 

0,45  

 

 

  Total

 

 

55,25   

 

 

Conversion € / $ : 1,38 =>  55,25 milliards  =>  ­$  76,25 milliards

 

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Pour un pays qualifié, par sa nomenklatura, "en faillite", aux "caisses vides", dès qu'il s'agit de réfléchir à la redistribution de la richesse nationale par le financement de la solidarité citoyenne, nous voilà découvrant soudainement une montagne de milliards. Colossal budget annuel aux rubriques, ou "missions", généreusement garnies !...

.

Voté les yeux fermés par nos représentants élus, dans "le grand silence" médiatique... Sans grognements ni objections. Encore moins, sans exigences quant à l'impérieuse nécessité d'en financer "l'équilibre" par des recettes ou cotisations "d'usagers"...

La satisfaction des responsables de la défense transparait, évidente, dans le deuxième paragraphe de la présentation de la loi de finances dite "PLF 2014 – MINDEF" :

« … Malgré un contexte budgétaire marqué par l’impératif de redressement des finances publiques, la Nation consacrera 190 milliards d’euros courants à sa défense sur la période 2014-2019. Le budget 2014, première annuité de cette nouvelle LPM [Loi de Programmation Militaire], reflète cet engagement. »

 

La piqûre d’anesthésie, pour camoufler cette débauche pharaonique de dépenses à l’opinion publique, sans "recettes" ni "cotisations" en contrepartie, sera évidemment de "crier misère" !...

 

Cris de désespoir relayés, amplifiés, complaisamment par nos médias de la désinformation. Avec des procédés et astuces relevant plus de l’action psychologique que d’une réelle vision ou gestion à long terme, avec une définition précise du rôle, ou de la vocation, de nos armées. Dans le monde actuel, et son évolution prévisible.

 

Deux exemples :

=>  Sont mis en avant, au titre de vigoureux efforts d’économies, les compressions d’effectif. Pour en prouver le sérieux de la réflexion, le chiffre du personnel, pour 2014, est affiché en chiffre non arrondi … (8) :
« Le ministère de la Défense contribue à l’effort gouvernemental de stabilisation des effectifs de l’État. Les effectifs du ministère seront donc réduits de 7 881 emplois en 2014… »

 

=>  Ou encore, circulent des informations ou propos d’un "officier au sein du Service de Santé des Armées" qu’à compter du présent mois d’avril, les repas de service des militaires du SSA ne seront plus payés le lundi, en raison des contraintes budgétaires grandissantes. Avec l’inévitable commentaire sur le :

« … manque de plus en plus criant d’argent dont dispose l’État pour assurer le fonctionnement minimum de ses armées, pourtant garantes de la souveraineté nationale. »

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Ces grotesques opérations d’enfumage, outre comportement et mentalité « minables » des responsables qui s’y livrent, illustrent la perversité de deux réactions :
.
i) A l’exemple des patrons cyniques du MEDEF, les responsables de nos Forces Armées considèrent pour seul domaine où l’on se doit de sabrer dans les coûts en priorité : le "Personnel".
Comme sous l’Ancien Régime, à cette allure, on exigera bientôt de tout militaire de base l’achat de son uniforme sur ses propres deniers, par retenues sur sa solde… Régression vers l’éternel comportement féodal faisant porter la charge du fonctionnement de l’Etat sur la piétaille, le serf, le salarié …

.

ii) Mais, surtout pas sur les "Achats", investissements ou maintenance, en l’occurrence les marchés publics aux marges et commissions aussi occultes que vertigineuses... l

Car les dépenses militaires, autres que les charges de personnel, focalisées sur "l’équipement", ne cessent de se poursuivre à un rythme régulier d’une année sur l’autre, et même d’augmenter. Dans tous les domaines.

 

Parmi les meilleurs morceaux de ce gigantesque millefeuille, que se partagent les mêmes groupements d’entreprises et commanditaires à longueur de mois :

>  Nouveaux programmes d’armement et commandes

>  Dissuasion nucléaire

>  4° sous-marin nucléaire d’attaque Barracuda

>  Programme Scorpion modernisation des Groupements Tactiques InterArmes – GTIA] (9)

>  Réalisation MRTT [Multi-Role Transport Tanker - Avion Multirôles de Ravitaillement en Vol et de Transport] (10)

 

N’échappent pas à cette progression des dépenses, sans compter les opérations militaires secrètes sur différents théâtres d’opérations (Moyen-Orient, Afrique, etc.), en 2014, d’autres rubriques budgétaires relatives à "l’entretien". Ainsi, pour rester dans le domaine officiel :

Entretien programmé des matériels : + 5,5%

Crédits d’entretien du matériel : nouvelle hausse de 155 M€

 

Tout ceci peut être vérifié en parcourant le "RAP". Rien à voir avec le genre musical du même nom. Il s’agit du "Rapport Annuel de Performance" qui n’a pas rien à voir non plus avec le véritable sens, ou concept, de "performance". Se limitant simplement au suivi, dans son exécution, ou sa réalisation, du budget des différents programmes de dépenses de notre défense nationale.

 

En feuilletant, tout spécialement, les 228 pages du "Programme 146 – Equipement des Forces". (11) Edifiant : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !... A ne pas savoir où donner de la tête dans cette caverne d’Ali Baba. Où, d'un exercice à l'autre, l'on y retrouve en tant que fournisseurs, tel un "Trombinoscope Mondain", les mêmes noms de sociétés privées, servant souvent de chefs de file de groupements d'entreprises...

 

Innombrables pépites, dont les plus chatoyantes :

 

>  Le programme Rafale (deux fois plus cher, à performances et capacités inférieures, qu’un Soukhoï T-50) poursuit sa vitesse de croisière, avec la fourniture de 58 avions "marine" et 228 avions "air". Sans oublier leurs "équipements de mission", le stock de pièces de rechanges initial et les moyens de maintenance. Il en est tout autant avec le programme MRTT affecté au transport et ravitallement en vol.

 

>  L’Armée de Terre, comblée de matériel nouveau, en particulier : le véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI), d’ici 2021 près d'un millier de véhicules blindés multirôles (VBMR), environ 70 engins blindés de reconnaissance et de combat (EBRC), rénovation d’une partie du parc de chars Leclerc, système d'information et de combat Scorpion (SICS), et des kits de numérisation associés.

 

>  La Marine n’est pas oubliée, parmi ses dotations figure son 4° sous-marin nucléaire d’attaque, nouvelle génération (livraison de six sous-marins entre 2017 et 2028), le fameux Barracuda. Magnifique bijou de technologie à 1,5 milliard d'euros l'unité, voire plus suivant les versions !...
 

Outre une flopée de missiles et gadgets en tous genres, toutes configurations et tous calibres, pour tous supports : terrestres, navals, aériens, sous-marins…

 

Qu’on m’explique, devant cette cascade de milliards, et ce mirifique étalage brièvement esquissé, en quoi consiste le :
« … manque de plus en plus criant d’argent dont dispose l’État pour assurer le fonctionnement minimum de ses armées… »

 

 

Tout ça pour ça ?...

 

« Si tu veux la paix, prépare la guerre », affirmait un adage Romain.

 

Certes. Mais, pas n’importe comment, à n’importe quel prix. Pour aller n’importe où.

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Autrement dit : droit dans le mur. Celui de la gabegie, tout autant que celui de l’incohérence. Les deux dissimulés, dans l’emballage soyeux de l'autosatisfaction. Au point qu’en l’état, conceptuel et opérationnel, notre budget de la Défense Nationale ne constitue qu’une fosse abyssale de gaspillages.

.

Des défauts majeurs le décrédibilisent foncièrement. Sous l'effet dévastateur de trois vecteurs convergents, dans une synergie de la contradiction, pour ne pas dire de l'absurde : absence de maîtrise des coûts, pensée stratégique sclérosée, vision d’une Défense non partagée avec la Nation.

i)  Absence de maîtrise des coûts

 

Que nos gouvernements successifs s’engagent à ne pas diminuer les dépenses relatives à la Défense Nationale, pour de bonnes ou mauvaises raisons, mais au contraire à les augmenter en proportion de l’évolution du PIB, est donc un choix politique. Et, non pas : une nécessité. Alors que nous sommes en paix et menacés par personne, c’est effectivement une préférence, une priorité, données aux armements, au détriment de la justice sociale et économique dans la solidarité citoyenne.

 

D’où la question : ces milliards généreusement distribués en "période de crise", d’austérité ou de récession, est-ce en faveur de nos "Forces Armées", ou en faveur de nos "Fournisseurs aux Armées", dont on connait depuis les règnes de Louis XIV ou de Napoléon leur art de bâtir des fortunes foudroyantes de rapidité et d’amplitude sur les deniers  du citoyen et la peau des soldats ?...

 

Devant un fait incontournable : les principaux marchés de notre Budget de la Défense sont captifs d’un pool, d’un club, d’entreprises. Toujours les mêmes. Dans un contexte totalement opaque : absence de débats publics, invocation du "Secret Défense", responsables de la Défense exerçant des activités chez ces mêmes fournisseurs dès leur mise en disponibilité du service de l'Etat, etc.

 

Le RAP (Rapport Annuel de Performance) n’est, en ce cas, qu’une mascarade, incapable de mesurer ou d'induire une "performance", si ce n’est celle du règlement rapide des créances des entreprises titulaires de marchés, ou de contrats, aux marges incontrôlées et incontrôlables.

 

Sans entrer dans le détail des techniques et procédures budgétaires, dérivées du Budget Base Zéro, justifiant l’opportunité d’une dépense et la maîtrise de son coût, il convient d’être lucide face à l’inexistence présente d’un "contrôle effectif" de nos dépenses militaires. Afin d’éviter la dilapidation des fonds publics affectés aux programmes de défense. Vannes grandes ouvertes à tous les dérapages : du gaspillage à la corruption.

 

D’autant que nos "Fournisseurs aux Armées" actuels dans leur vase clos, pour  ce qui relève évidemment des grands contrats, ne sont jamais soumis à un deuxième niveau de contrôle de coût, issu des méthodologies de Benchmarking. Techniques de comparaisons coût/performance de matériel équivalent sur le marché international, afin que notre pays ne paie pas deux ou trois fois, parfois davantage, son prix en faveur d’une des entreprises du pool et des poches de ses actionnaires... Par ce comparatif, incitant ainsi nos fournisseurs à pratiquer des marges "raisonnables", et soulager d'autant les finances publiques.

 

ii)  Pensée stratégique sclérosée

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Dérives, incohérences, dans l’architecture budgétaire de notre Défense Nationale, sont la conséquence directe d’une pensée stratégique irrationnelle. En fait, sclérosée, scotchée, sur un modèle dont l'origine remonte à 1825.

.

Exception de la "parenthèse Gaullienne", la France sommeille sur une doctrine militaire vieille de deux siècles. L’inconscient collectif de nos "penseurs en stratégie" marqué, imbibé, de réflexes coloniaux. Promus, installés aux commandes de nos Forces Armées, il est vrai, par une oligarchie prédatrice.

.

Bref rappel…
.
A la suite des désastres Napoléoniens, sous les différents régimes qui ont pris la suite du 1er Empire, notre pays s’est lancé dans les guerres et conquêtes coloniales à outrance. Epuisée financièrement, son Trésor Public vidé par l’aventure Bonapartiste, la France s'orienta vers un enrichissement rapide, pour le plus grand et premier profit de sa caste au pouvoir. Par le racket et le pillage des pays ne pouvant s’opposer à une force expéditionnaire.

Premier essai réussi en 1825, sous Charles X : la France a exigé une rançon de Haïti pour "conserver son indépendance", sous la menace des débris de sa flotte épargnée par les britanniques. Cela équivaudrait à plus d’une vingtaine de milliards d’euros actuels. Haïti, en réclame aujourd’hui la restitution… (12)

 

C’est sous ce même roi que fut initiée la conquête, en 1830, de la Régence d’Alger. D’abord, pour ne pas honorer les importantes créances générées par les fournitures de blé livrées par l’Algérie, pendant les guerres de la Révolution et de l'ère Napoléonienne, et s’emparer de son important stock d’or. Ensuite, pour entreprendre une colonie de peuplement, dans d’horribles exactions.

 

La suite est connue, dans son accélération et son étendue : Afrique, Madagascar, Pacifique, Polynésie, Îles Marquises, Nouvelle Calédonie, Indochine, pillage de la Chine avec nos alliés. Jusqu'à des essais de débarquement et d'invasion à Taiwan et en Corée !... Napoléon III, n’hésitant pas à s’engluer dans une tentative de conquête du Mexique (1861-1867), etc.

 

Opérations faciles face à des populations désarmées, nos Forces Armées négligeant les réelles menaces à nos frontières. Oubliant de se préparer à des conflits sur le continent, pour éventuellement affronter des armées méticuleusement entraînées sur le plan matériel et organisationnel. Le résultat de cette impréparation technique, tactique et veille informationnelle (renseignements et analyses) fut trois désastres successifs : 1870 – 1914 – 1940. Nos armées mises en déroute en quelques jours.

La France n’ayant pu être sauvée du désastre total induit par l’incurie de nos "penseurs" militaires et politiques que par : en 1914, la levée en masse de nos paysans, considérés en chair à canon, épaulés par "nos troupes indigènes" ; et, en 1940, l’intervention simultanée des américains et des Russes, brisant l’armée allemande et son support industriel.

 

Loin de retenir la leçon, "privilégier la Défense Nationale au lieu de la Conquête Coloniale", les guerres coloniales reprirent avec une intensité d’un effarant niveau de violence et d’atrocité, dès la signature de l’armistice du 8 mai 1945. Ce furent les massacres, les horreurs, à grande échelle, notamment de Sétif (Algérie), Madagascar, Cameroun. Des morts par milliers. Par centaines de milliers. Suivis des luttes, toutes aussi effroyables que stupides, contre les guerres d’indépendance d’Indochine et d’Algérie.

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

Mise en perspective indispensable pour stigmatiser cette logorrhée, cette mentalité, polluant notre doctrine militaire : les "Opérations Extérieures" (OPEX). Nouvel habillage rhétorique de la guerre coloniale.

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"Projeter" à des milliers de kilomètres nos troupes terrestres, assistées de notre marine et de notre aviation, est à l’opposé, géopolitiquement, stratégiquement, de la défense de notre indépendance nationale, de notre "Souveraineté Nationale".

.

La seule finalité étant de transformer nos Forces Armées en "forces d’occupation" au préjudice de peuples, pays et nations qui ne peuvent opposer des moyens équivalents aux nôtres pour se défendre et, encore moins, riposter. Cette doctrine "d’infanterie coloniale", se comportant en forces d’invasion et d’occupation, est parfaitement mise en lumière par une lecture « éveillée » du Budget de la Défense.

On y constate : la totale indifférence, au niveau du combattant de base, de tout équipement anti-aérien portable ou individuel (type Strela ou Stinger). Logique : sachant que la "projection" est planifiée contre des adversaires ne bénéficiant d’aucun soutien d’avions "d’appui au sol", ni d’hélicoptères de combat…

 

De plus, une fois installées dans le pays occupé, ces Forces de Projection, se trouvent confinées dans des bases, dans ou près des principaux centres urbains. Dont elles ne sortent quasiment jamais, mis à part les patrouilles médiatisées (qui souvent tournent au désastre…), du fait de la résistance de la population qui se traduit par des actions de guérilla très meurtrières pour nos troupes.

 

Ces prétendues Forces de Projection en Opérations Extérieures, agissent de fait en gardes prétoriens chargés de protéger des gouvernements illégitimes, souvent mis en place par nos soins à la suite d’un coup d’Etat (cf. Côte d’Ivoire, etc.). S'assimilant, aussi, à des "milices privées" sauvegardant les intérêts des groupes miniers ou énergétiques se livrant au pillage des ressources du pays occupé. Quand ce n’est pas en "troupes auxiliaires", en "supplétifs", pour le compte d’un suzerain quelconque…

 

Sans oublier la poignée de groupes (propriétaires des principaux médias en France, notons-le...) spoliant après simulacres de "privatisation" les services publics "locaux", pressurés en rentes de situation : télécoms, banques, assurances, distribution eau-gaz-électricité, etc.

 

En clair : "La Projection pour le compte de Tartempion"…

 

Où est la Défense de notre "Souveraineté Nationale" dans tout cela ?...

 

 

iii)  Vision d’une Défense non partagée avec la Nation

 

La montagne de milliards que nous réservons, chaque année, à notre appareil militaire ne répond à aucune des préoccupations de la Nation, à partir du moment où cette débauche budgétaire se révèle incapable de garantir la protection de notre Souveraineté Nationale.

 

Malgré le marteau-pilon de la propagande, les guerres coloniales, ou "Opérations Extérieures", sont très impopulaires en France. Tous les sondages, même les plus trafiqués, ne peuvent le dissimuler.

Budget de la Défense : Pleine Floraison…

La France veut vivre en paix avec le reste du monde, et faire face solidairement avec les autres pays aux enjeux du "Développement Durable" de notre planète. En conséquence, nous n’avons pas à intervenir à des milliers de kilomètres dans des pays qui ne nous menacent pas, ne nous agressent pas, et ne souhaitent que commercer ou investir avec nous.

.

Prédation, spoliation, ne sont pas un avenir pour notre pays. En Afrique c’est à l’OUA de prendre en charge conflits et destinées du continent.

.

Pas à nous.

.

Pareil, en Afghanistan : c’est aux Afghans à se développer avec les autres pays de la région. Pourquoi détruire la Libye ?... Entretenir, financer, armer, massacres et chaos en Syrie ?...

Nous commettons les mêmes erreurs, par aveuglement et pulsions coloniales de notre oligarchie, qu’au siècle précédent. Alors que ceux qui nous dépouillent de notre indépendance, de notre capacité de décision et de libre arbitre, qui nous minent industriellement, commercialement, sont près de nous.

 

Ce sont des eurocrates de l’UE, non élus, qui nous imposent un modèle économique et social que notre Nation rejette majoritairement et viscéralement. C’est l’OTAN, planche à billets pour les lobbies de l’armement, qui nous impose des aventures guerrières aussi abjectes, ruineuses, que stupides.

 

Membres de l’OTAN, se livrant contre nous à l’espionnage électronique portant sur nos décisions, orientations, potentiels, économiques, politiques, technologiques ; ou, à une guérilla économique (via le prétexte des "sanctions" et "embargos" imposés à des partenaires industriels et commerciaux) pour nous affaiblir, tuer nos industries et nos emplois.

 

Dans ces conditions, si nous n’avons aucune souveraineté, quelles sont utilité, nécessité, d’une "force de dissuasion nucléaire", par exemple ?

 

Autant rejoindre les pays comme la Suisse ou le Japon,  en limitant notre Budget de la Défense à 1 % du PIB. Ce sera une économie annuelle de 1,5 % du PIB !

 

En fait, l'écart entre le "sens" donné, souhaité, par la Nation pour "La Défense de la Souveraineté" et celui formaté dans les budgets par politiciens et bureaucrates est, tout simplement, intersidéral...

 

Soyons rassurés, toutefois !...

 

Nos "grands stratèges", coiffés de leur casque colonial du haut de leur trésor de guerre, n’en conservent pas moins le Sens de l’Humain, du Bien Collectif. Au point de graver dans le marbre du Projet de Loi de Finances 2014, à propos des retours d’OPEX (Opérations Extérieures) de nos hommes de troupe, l’expression des vibrations de leur grandeur d’âme et de leur ineffable générosité (13) :

« La prise en charge des blessés évoluera puisque 1M€ sont prévus pour équiper de prothèses de nouvelle génération les militaires amputés. »

 

 

 

 

 

 

1.  Dino Buzzati, Un Amour, éditions R. Laffont, 1964, p. 117.
2.  Roland Guillon, La Méditerranée à l’épreuve de la Globalisation, L’Harmattan, 2012, p. 40.
3.  Jacques Généreux, La Grande Régression, Seuil, 2010.
4.  SIPRI military expenditure database : http://www.sipri.org/research/armaments/milex/sipri-military-expenditure-database
5.  Source : SIPRI - http://www.sipri.org/, SIPRI military expenditure database
6.  Frank Sammeth, Comparaison des dépenses de défense de la France et de l’Allemagne, ECODEF – Le Bulletin de l’Observatoire Economique de la Défense, n° 59, Mars 2012.
7.  Projet de Loi de Finances 2014 – Budget de la Mission Défense, PLF 2014 – MINDEF – 10 points clés.pdf
8.  PLF 2014 – MINDEF, point n° 4.
9.  Programme "GTIA Scorpion" :
« Formés à partir des régiments d'infanterie, de cavalerie, du génie et d'artillerie, comprenant entre 500 et 1 500 combattants, les GTIA sont les unités tactiques de combat des forces terrestres qui sont projetées en opérations extérieures. »,
http://www.defense.gouv.fr/dga/equipement/terrestre/le-programme-scorpion
10  MRTT :
« Le programme destiné à remplacer les composantes actuelles de ravitaillement en vol (KC-135R - 3 avions, C-135FR - 11 avions) et de transport stratégique de personnels ou de fret de faible encombrement (A310 - 3 avions, A340 TLRA en location-vente - 2 avions) par un unique type d’avion polyvalent. »,
http://www.defense.gouv.fr/dga/equipement/aeronautique/mrtt-avion-multirole-de-ravitaillement-en-vol-et-de-transport
11.  PLR 2012 – Extrait du RAP de la Mission : Défense – Programme 146 – Equipement des Forces - Version du 21/05/2013, 228 pages,
http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/farandole/2012/rap/pdf/DRGPGMPGM146.pdf
12.  Cf. :
http://www.tanbou.com/2011/LaFranceDoitRestituerAHaitiLaRanconDeLIndemnite.htm
13.  PLF 2014 – MINDEF, point n° 10.

 

 

Dessins de Pawel Kuczynski

 

 

 

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 17:48

 

 

« Se satisfaire de jouer avec les ombres, était-ce bien le destin de la pensée ? »
Augustin Berque (1)

 

 

 

 

 

Elections municipales...

 

Victoire des uns... Défaite des autres... Cascade de commentaires, déclarations, proclamations, des chefs de file de nos partis politiques … Tels des résultats sportifs.

 

" Mon royaume pour un strapontin ! "

Municipales d’une République Bananière…

Entre les deux tours, la semaine entière, ce ne furent que bruissements, bourdonnements, au-dessus du panier, ou de la fosse, à tractations, marchandages : "Mon royaume pour un strapontin !..." (2)

.

Appelés pudiquement "désistements". Consentis par les "moins bien placés", censés apporter sur un plateau, tels des petits fours, les voix qu’ils avaient rassemblées au premier tour, aux "mieux placés". Antérieurement, concurrents ou adversaires. Pour constituer, en s'incrustant sur leurs listes, une équipe gagnante à l’issue du dernier tour. Sous réserve, lors de la transaction, que "l’apport" soit estimé "substantiel"…

Les médias amplifiant les rotations de ce moulin à vents, ou à courants d’air, comme ils le pratiquent lors des compétitions sportives animées par des équipes aux dénominations commerciales. Genre ces courses cyclistes à gros budget, où marketing, publicité, dopage et arrangements discrets, assurent le spectacle.

 

Du pareil au même.

 

Oui, nous sommes bien dans "La Société du Spectacle", aux rouages qu'un Guy Debord avait démontés avec plus ou moins de réussite (3)

 

Ou, "Politique-Spectacle".

 

Sur l'estrade, sous les projecteurs : postures, gesticulations, histrionismes, des politiciens professionnels. En fait, comédiens, saltimbanques, bons ou mauvais, rompus aux astuces du métier. Déclamant, récitant leurs textes, sans en croire un seul mot. Quand ils en maîtrisent un. A défaut, débitant, à l'égal des distributeurs automatiques de bonbons, clichés et "petites phrases" se voulant "choc" ou "assassine", concoctés par les "communicants" loués à prix d'or, aux agences de Pub, par les états-majors de leurs partis.

Municipales d’une République Bananière…

Distrayant, amusant, à contempler, si notre pays n’était plongé dans le délabrement économique, social, diplomatique, par une caste politique irresponsable de cupidité.

.

Dans l’effondrement de sa souveraineté nationale, cannibalisée par la bureaucratie de l’UE et le bellicisme, aussi ruineux que paranoïaque, de l’OTAN.

.

Aliénation, écart sidéral, entre l’utopie démocratique prétendant accorder au citoyen un droit de regard, si ce n’est de décision, sur le destin de la collectivité dont il est membre ; et, la froide réalité de ce simulacre électoral. Qui n’est que la théâtralisation de l’arnaque de l’oligarchie au pouvoir. Destinée à masquer notre sort : citoyens, réduits à vivre, soumis, complices, anesthésiés, dans une "République Bananière"...

Stupéfait, admiratif ou incrédule, comment ne pas l’être ?...

 

Face au spectacle de ces "politiciens-dinosaures", inculpés, condamnés, dans de sombres histoires d’emplois fictifs, de "prises d’intérêts" dans des marchés publics, et autres délits dans l’exercice de leurs fonctions, triomphalement réélus. Pour certains, dès le premier tour... Jusqu'à envisager pour l'un d'eux, énivré de son score mirobolant, une candidature à la présidentielle de 2017 !

 

Est-ce une preuve de compassion, de miséricorde, d’une profonde générosité, de nos concitoyens pour pardonner, oublier, à ce point ?... Ou, l’illustration de notre Habitus (4), de "sujet", "d’administré", de "serf" New Age, se complaisant dans un système féodal ?...

 

Autre question, en écho plus rassurant : le "nombre record" d’abstentions pour ces municipales ne traduit-il pas le rejet salutaire, fut-il illusoire, de ce cirque ou de cette régression ?... Premier tour : 36,45 %. Second tour : 36,3 %.

 

 

Féodalités et sinécures

Municipales d’une République Bananière…

Féodalité… Duchés, marquisats ou baronnies. Avec leurs cours locales, favoris, obligés, ou "clientèles" au sens romain du terme.

.

Du nord au sud du pays.

.

Certains maires, de nos plus grandes villes, moyennes et petites aussi, élus, réélus depuis une voire deux décennies. Inusables, inamovibles. Parfois, de père en fils…

Cumulant cette fonction, les uns avec celle de député, les autres avec celle de sénateur. Non compris agrégat, sédimentation, accumulation, mille-feuille débordant, de sinécures. Glanées dans les "corps constitués", "intermédiaires", chambres consulaires ou de métiers, et innombrables "gruyères" locaux. La "présidence" du conseil général du département étant un des plus recherchés...

 

Bétonnant de la sorte un pouvoir, économique, financier, incontrôlable par leurs propres concitoyens du fait des jeux occultes, ou de coulisses, derrière le rideau des marchés publics, concessions tous azimuts de parkings à la gestion de monuments historiques, autorisations infinies et de toutes natures. Sans oublier : nominations et recrutements...

 

Voie royale de la corruption et de la gabegie.

 

Surfant au hasard des programmes des candidats à l’élection municipale, je n’en ai pas trouvé un seul, quelle que soit sa tendance politique, affirmant son souhait d’abandonner ses fonctions de député ou de sénateur en cas d’élection. Pour ceux, évidement, déjà membres de notre parlement.

 

Afin de lutter contre le cumul des mandats, plus particulièrement contre cette lèpre qui ronge nos institutions représentatives : le cumul de maire avec celui de député ou de sénateur. Pas un !

 

Cumul encore plus préoccupant : celui dans la durée. Un mandat électif ne doit pas être un métier, mais rester ouvert, accessible au maximum de citoyens, dans un renouvellement permanent. Comment tolérer des mandats qui s’empilent, parfois sur une génération entière, au profit d'une seule personne ?... Là encore, impossible d’en trouver un seul s’engageant à refuser de se présenter au-delà de deux mandats successifs.

 

Comment résister ?... Les fromages de notre république, prétendue en faillite, sont tellement délicieux !…

 

D’où les ruses, pour conserver celui dans lequel on a pu s’installer à demeure, où se lancer à l’assaut de celui visé… Contenter tout le monde dans son "programme" électoral devient, ainsi, la norme. Expliquant, à leur lecture, l’assoupissement garanti : bouillie de platitudes assaisonnées de belles intentions ; saupoudrages de promesses à destination de tous les lobbies et sponsors, nationaux ou locaux.

 

Ratisser large. De préférence, pas trop de chiffres, pratiquement aucun : évolution, ventilation, des budgets municipaux et de leurs orientations souhaitables ; gestion, maîtrise de la fiscalité locale et amélioration de sa répartition en recettes et dépenses ?…

 

L’écran de fumée est aussi dense que pour ce qui relève des interrogations, et recherches de solutions, sur les ravages du chômage, affligeant toutes les municipalités. Accablées par son augmentation exponentielle, amplifiée par la profonde crise du commerce de proximité dans les centres-villes. (5) Hormis ceux bénéficiant d’un patrimoine historique attirant une clientèle touristique.

 

 

Centres-villes et Fonds de poche

 

En fait, ce sont les maires, tous partis confondus, qui ont tué les centres-villes. S’acharnant pendant des années à les détruire pour favoriser "La Grande Distribution" : authentique sida économique. Ouvrant, toutes grandes, les vannes à "autorisations". (6)

Municipales d’une République Bananière…

Tuant les petites entreprises familiales faisant vivre un nombre de personnes au minimum dix fois plus important que celui de "La Grande Distribution". Dont le niveau de qualité de services est, en comparaison, voisin de zéro : des merceries aux librairies, des drogueries aux papeteries, des boulangeries aux boucheries, des charcuteries aux crèmeries, en passant, bien sûr par les épiceries...

.

De plus, tout autant ravageur, par un effet d’aspiration, celles implantées dans les villages environnants. Se vidant, emportés dans cette déferlante, de leurs commerces de proximité.

Détruisant les abords de leurs villes en informes zones de chalandise, à partir de terrains agricoles (inconstructibles, par définition) vendus à prix dérisoires aux sociétés immobilières des groupes de "La Grande Distribution" (qui les louent à leurs sociétés commerciales…), après avoir été déclarées, soudainement et en catimini : "zones constructibles"… Réalisant au passage de faramineuses plus-values, tout autant "privées" qu'occultes, au détriment de la collectivité.

 

Au lieu d’en conserver la propriété collective, dans l’exercice d’un droit de préemption, en les relouant à des entreprises sélectionnées, pour le plus grand profit des budgets municipaux percevant, en recettes, les loyers de ces terrains. Soulageant d’autant les impôts locaux.

 

Pire : ces élus, inconscients ou corrompus, ou les deux à la fois, endettant leurs collectivités territoriales dans le financement de la viabilisation de ces terrains pour engraisser Les Grandes Enseignes : routes, eau, électricité, plantations d’arbres et arbustes, prolongations des lignes de transports, etc.

 

Egrenant, pour charger la barque, ces fameux ronds-points, ou carrefours giratoires, tout au long de ces zones réservées à la Grande Distribution, dont la France détient le record mondial en nombre. Et, en prix : de 200.000 à 1 million d’euros, en moyenne…
 

Sans oublier, dans certaines villes, ces travaux pharaoniques à l’échelle municipale. Un maire souhaitant son Beaubourg. Un autre, son aéroport international, même s’il en existe déjà un, largement sous-utilisé dans sa circonscription ou à côté… Alors qu’à l’intérieur de la ville ce seront des kilomètres de trottoirs non entretenus.

 

Jusqu’à crouler sous les "emprunts toxiques", engraissant collatéralement les Banksters

 

Persistant, encore aujourd’hui, à multiplier les "autorisations" sous prétexte de "redynamiser" les centres-villes, en  faveur de ces mêmes "Enseignes" pour y répandre leurs supérettes. Eliminant ainsi les derniers survivants des commerces de proximité indépendants.

 

Ajoutant à la "désertification industrielle", la désertification du "commerce indépendant". Libre concurrence ? Non. Nous sommes dans l’instauration systématique d’un oligopole. Une poignée de centrales d’achat régentent l’ensemble du commerce national.

 

 

Sur la tête de mon poisson rouge

 

Evidemment, les "circuits de graissage" sont tellement puissants… Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat.

Municipales d’une République Bananière…

Car l’oligarchie, outre la tendresse qu’elle éprouve pour les paradis fiscaux, y voit, à l’exemple des autres pays, un subtil moyen de répression, en cas de troubles, d’insurrections, de révoltes populaires. Il suffit de fermer les plateformes de distribution des centrales d'achat, ravitaillant supermarchés et supérettes et, instantanément : plus de quoi manger ou faire le plein ! "Abracadabra", et le tour est joué ! Tenir la population par le ventre et le véhicule… Charlot n’y avait pas pensé.

Mais, politiciens, élus, réélus, ne reconnaîtront, n'admettront jamais les causes, ramifications, finalités des engrenages et mouvements de ce système politique pervers. S’exonérant de leurs responsabilités, passées, présentes et futures, grâce au recours à la bonne vieille recette : le faux prétexte ou le bouc émissaire.

 

Certains étonnants. Ou, hilarants… Le survol des "programmes" présentés par les candidats à l’élection municipale, sans à priori (si, si, je le jure sur la tête de mon poisson rouge !), m’a procuré quelques bonnes parties de rire. Découvrant Ubu avec une écharpe de maire.

 

Deux brefs exemples…

 

L’un, pour "revitaliser" le centre de sa ville historique, organisé en  rues piétonnières, proposant de les supprimer pour les restituer à la circulation automobile. Sachant qu’une automobile éprouve des difficultés à passer dans l’étroitesse des ruelles, se trouvant de ce fait dans l’impossibilité de stationner… Quelles retombées positives pour le commerce ?...

 

Un autre, pour développer le centre de sa ville, qu’il souhaite « Ville Française », affichant parmi ses premiers objectifs : "interdire les mosquées", au nom de la laïcité ! Si le respect de la liberté de conscience, et donc la "liberté de culte", pour les citoyens français passe par l’interdiction de la pratique de leur religion, ou d’une religion particulière, qu’en est-il des libertés et de la stricte application de la Loi sur la Laïcité ?...

 

Au-delà de cette grotesque contradiction, le plus croustillant, du programme électoral de ce candidat, réside dans  la "promotion de discothèques" ! Pour lui, l’épanouissement de ses concitoyens n’a pas pour fondement la création de bibliothèques, de centres sportifs ou informatiques, mais "le monde des discothèques"… A croire que ses affiches ont été financées par le lobby des alcooliers !…

 

Une règle générale, dans ces "candidatures" et "programmes" : nulle trace d’un projet d’emploi systématique des nouvelles technologies des télécommunications permettant d’assister, en direct sur nos portables, aux ouvertures des plis des appels d’offre et aux séances d’attribution des marchés publics ; ou encore, l’accès à une base de données des contrats conclus par les mairies, etc.

 

C’est fou ce que la modernité éprouve des difficultés à percer le mur de l’opacité des marchés publics !…

 

Plus facile : détourner l’attention des citoyens sur les faux problèmes. Vieux stratagème, jouer sur La Peur : l’insécurité, la délinquance. Cause du déclin de l’activité économique, de la décrépitude des centres-villes. A croire ces « responsables politiques »…

 

La solution miracle  pour ces démagogues : « punir les pauvres » ! Titre d’une excellente analyse de Loïc Wacquant (7) :

« Faire de la lutte contre la délinquance de rue un spectacle moral permanent permet en effet aux dirigeants actuels (comme à ceux qui les précédaient) de réaffirmer symboliquement l’autorité de l’Etat au moment même où  celui-ci se frappe d’impotence sur le plan économique et social. »

 

Cet « avilissement irréversible des idéaux de liberté et d’égalité qu’implique la criminalisation de l’insécurité sociale » (8) n’est qu’une application de la doxa ultralibérale, formatée par les USA et implantée chez nous par le MEDEF et ses relais politiciens. Idéologie dominante martelée en continu par la propagande.

 

Dans le style ringard de ce qu’énonce l'universitaire américaine du MIT Suzanne Berger dans un livre édité en 2014, sans aucun appareil critique, par le CNRS (quel naufrage !...). Nous expliquant que dans notre pays, la crise est due au fait que nous n’avons :

« … jamais osé renoncer aux idéaux anticapitalistes… et se rallier aux idéaux qui reconnaitraient le rôle des marchés et d’une économie mondiale ouverte dans la création de la prospérité ». (9)

 

Toujours la même rengaine : si les gens sont pauvres, au chômage se débattent dans la précarité, cela ne peut être que de leur faute. Des veaux, des imbéciles, vous dis-je !… Ils n’ont pas encore compris qu’il est indispensable de se serrer la ceinture, renoncer aux soins médicaux, à un salaire minimum, et à une retraite décente. Incapables de comprendre que la fin de La Crise doit avoir pour ressort l’accroissement de la misère pour la majorité stupide, au bénéfice exclusif de l’enrichissement d’une minorité éclairée… (10)

 

Promotion d’un système politique, relayé localement par nos mairies, qui n’est finalement que la résurgence de l’affairisme prédateur, méticuleusement décrit par Annie Lacroix-Riz dans son ouvrage magistral traitant du même phénomène de caste qui ruine notre pays : « Industriels et Banquiers – Français sous l’occupation ». (11)

 

Oligarchie liée, bien avant la deuxième guerre mondiale, avec l’extrême-droite allemande, aujourd’hui avec l’extrême-droite américaine. Aux intérêts étroitement imbriqués, dans une synergie fondée et justifiée par une idéologie de l’accaparement. Minorité édifiant implacablement sa richesse sur la spoliation des ressources de pays mis sous tutelle coloniale, et sur l’exploitation sociale de ses propres concitoyens.

 

Au point où nous en sommes autant aller au bout de la logique.

 

Officialiser le pourrissement de nos institutions, le degré absolu de notre asservissement, économique, diplomatique, militaire. L’éradication de notre souveraineté nationale et de nos libertés publiques. Afficher notre statut, cyniquement imposé dans le zèle, l’obséquiosité, par notre oligarchie au service de la voracité de ses appétits personnels, de : République Bananière.

 

En adoptant un nouveau drapeau national, remplaçant les trois couleurs verticales héritées de La Révolution.

 

Hissé, sur tous nos bâtiments publics, entre celui de l’Union Européenne et celui de l’OTAN …

 

Municipales d’une République Bananière…

 

 

 

 

 

(1)  Augustin Berque, Ecoumène – Introduction à l’étude des milieux humains, éditions Belin, 2009, p. 401.

(2)  Pour reprendre la proposition désespérée de Richard III : « Mon Royaume pour un cheval ! », dans la pièce de Shakespeare Richard III (Acte V – Scène 4).

(3)  Guy Debord, La Société du Spectacle, Gallimard, Folio, 1996. Première publication, novembre 1967, chez Buchet-Chastel.

(4)  Cf. Pierre Bourdieu, Le Sens Pratique, ainsi que Questions de Sociologie, éditions de Minuit, 1980.

(5)  Le Monde, Dans le Sud, la désertion des centres-villes favorise le vote d’extrême-droite, 29 mars 2019,
http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/03/29/dans-le-sud-la-desertion-des-centres-villes-favorise-le-vote-d-extreme-droite_4391984_823448.html#xtor=AL-32280515

(6)  Georges Stanechy, La Grande Distribution : Le Sida Economique, 18 février 2014,
http://stanechy.over-blog.com/article-16794434.html

(7)  Loïc Wacquant, Punir les pauvres – Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, éditions Agone, 2004, p. 297.

(8)   Loïc Wacquant, Op. Cit., p. 19.

(9)  Suzanne Berger & al., La France qui vient – Regards américains sur les mutations hexagonales, ouvrage collectif sous la direction de Jean-François Sirinelli, CNRS Editions, 2014.

(10)  Georges Stanechy, Crise : De la Dette Publique ou du Contrat Social ?, 9 juin 2010,
http://stanechy.over-blog.com/article-crise-de-la-dette-publique-ou-du-contrat-51967860.html

(11)  Annie Lacroix-Riz, Industriels et Banquiers – Français sous l’Occupation, Armand Colin, 2013.
Ouvrage fondamental, remarquablement documenté (815 pages).
Indispensable pour comprendre l’emprise des oligarchies financières sur les politiciens professionnels. Identifier, aussi, les mécanismes et flux d’échanges de leurs réseaux, de leur intégration internationale. Au cynique détriment, évidemment, des intérêts nationaux qu’ils sont censés partager et promouvoir…


 

 

 

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 16:13

 

 

 « La liberté de la presse n’existe jamais, dans aucun pays. »
Alberto Moravia (1)

 

 

 

 

 

« Moche et minable ! »…

Exclamation de la journaliste Michèle Cotta, à la fin de la conférence de presse du 14 janvier dernier du président Hollande, qu’elle commentait sur une de nos chaînes TV publiques. Croyant le son coupé. Une "gaffe", a-t-on dit (2)…

Faut-il donc une gaffe pour entendre un commentaire "objectif" d’un journaliste politique, tant la liberté de la presse est inexistante dans notre pays ?... Certains journalistes anglophones, allant jusqu’à traiter nos dignitaires des médias, devant leur obséquieuse servilité, de : « … bouffeurs d’huîtres poudrés […] menteurs et faiseurs d’opinion » (3). Oubliant qu’eux-mêmes ne valent pas davantage face à leur propre caste politique…

 

Car, dès la fin de cette représentation théâtrale, ce n’étaient que chants de louange à l’annonce du nouveau "programme politique" d’un président "de gauche". En réalité, soumission totale à la prédation de la finance et de la spéculation internationales. Sur fond de prétendues réformes, véhiculées et promues, en France, par le "grand patronat", dont le MEDEF est une des vitrines. Par sa rapacité, un des plus archaïques et "barbares" du monde occidental. Pour reprendre le terme de Jean-Pierre Le Goff de "barbarie douce" infligée au pays, via "la modernisation aveugle des entreprises et de l’école". (5)

 

Signe évident, la bénédiction fut rendue publique via les diffuseurs de leurs encycliques : The Wall Street Journal à New York (4), et The Economist à Londres. "Tournant libéral", célébré inévitablement par les tuteurs de la France que sont Berlin et Bruxelles… (6)
 

Notre président se révélant "social-démocrate" après avoir été élu pour juguler la mafia bancaire, et marquer un coup d'arrêt au pillage du pays par nos oligarques et leurs seconds couteaux. En clair : trahissant son électorat pour passer à l’ennemi. Illustration du conte d’Andersen "Les habits neufs de l’Empereur" : le Roi est  nu !

 

Le masque tombe. Plutôt, modernité oblige : le casque tombe…

 

Notre monarque élu se faisant "surprendre", en effet, coursant la courtisane, non plus à cheval comme dans l’Ancien Régime mais, à scooter. Son garde du corps chargé de porter les croissants… Dans l’hilarité générale, répercutée par les médias internationaux.

 

Rien que la scène de ménage au palais de l’Elysée, la veille de la publication des photos de la chevauchée en scooter, coûterait au patrimoine du Mobilier National en termes de dégâts par une Pompadour enragée ( vases de Sèvres en mille morceaux, horloges, fauteuils et guéridons détruits, etc.) un montant évalué, selon des "sources bien informées", ou des "rumeurs infondées", à environ 3 millions d’euros… (7)

 

Information démentie par le Mobilier National, évidemment. Avec des circonvolutions dignes des plus éminents spécialistes de la casuistique : "Le Mobilier National dément tout vandalisme du bureau présidentiel". Des "vandales" pourraient-ils s’introduire dans le palais présidentiel ?... "Quand même ! ", aboierait notre furibard ministre de l'Intérieur, confondant à son habitude vocifération et autorité... Les contribuables, en ces temps de restrictions budgétaires, n’en attendaient pas moins pour se rassurer. (8)

 

Steve Bell, un des talentueux caricaturistes britanniques, s’inspirant du tableau Olympia de Manet, a parfaitement croqué dans The Guardian le ridicule de la pantalonnade présidentielle. Et, la crudité de l’imposture de celui qui se voulait un "Président Exemplaire". Portraituré, jeu de miroirs, en "courtisane" offerte au plus offrant ... (9)

Le Casque Tombe…

Car, à défaut « d’exemplaire », le voilà flamberge au vent : « social-démocrate » !… 

 

Ce qui ne veut absolument rien dire, si ce n’est de rendre béats d’admiration les porte-paroles de ses sponsors. Impressionnés par le culot d’un président capable de prendre publiquement ses concitoyens pour des imbéciles, en les enfumant avec des slogans de camelot. Où est le "social" ?... Où est le "démocrate" ?...

 

Anonnant son discours, copié-collé des diktats de l’oligarchie dont il n’est en fin de compte que l’attaché de presse. Avec autant de conviction qu’un lutteur de sumo dansant Le Lac des Cygnes en tutu et entrechats…

 

« Le pacte de responsabilité »…

 

Sous cet emballage publicitaire, se dissimule grossièrement l’acte d’allégeance d’un gouvernement à des intérêts qui ne sont pas ceux voulus par la Nation. Ni ceux, bien au contraire, indispensables à son devenir. Uniquement un formatage imposé par une ploutocratie mondialisée qui accapare à son seul profit l’essentiel de la richesse et du patrimoine de nos sociétés.

 

L’ONG Oxfam emploie le qualificatif « obscène » dans un rapport publié en janvier 2014, Working for the Few  [Travailler pour une Poignée], sur la concentration vertigineuse de cette spoliation : Les 85 personnes les plus riches de la planète possèdent l’équivalent des ressources de 3,5 milliards des plus pauvres. Autrement dit : la moitié de la population mondiale… (10) En Europe même, La Croix Rouge s’alarme dans un rapport d’octobre 2013, de constater que 43 millions de personnes souffrent de malnutrition…

 

Sans entrer  dans le détail des mesures économiques et sociales annoncées par le bonimenteur « social-démocrate », relevons deux évidences :

 

i)  Les orientations économiques et sociales de notre pays ne donnent lieu à aucun débat public. Rien qu’un matraquage de propagande sur des « réformes » présentées comme « incontournables » et « sans alternatives ». Slogan récurrent des oligarchies financières, appliqué avec sauvagerie par Thatcher en Grande-Bretagne : « TINA », "There Is No Alternatives"…
 

Seuls des anathèmes contre "L'Etat", avec ses services publics, transformé en ennemi et donc à "démanteler", servent de bruits de fond alimentés par des propagandistes patentés sur l’impérieuse nécessité "d’aller vite"… (11)

Sont systématiquement occultés par l’appareil de désinformation, et donc de censure : études, rapports, colloques, compétences de nombreux chercheurs et acteurs de la vie économique, forts de leurs investigations et de leur expérience, qui contestent et alertent sur le caractère suicidaire pour notre pays du "modèle" économique et social qui l'accable. 

 

ii)  D’une présidence à l’autre, d’un gouvernement à l’autre, dans l’illusion fugitive d’une alternance, nous assistons à l’instauration continue et implacable du même projet politique : la casse du "Contrat Social" qui, nous liant les uns aux autres dans la solidarité, constituait le socle de notre collectivité. (12)


Quels que soient partis au pouvoir, s’affichent volontés identiques de dislocation du fragile système de redistribution de la "richesse nationale", sous forme de services publics dits de base (santé, éducation, énergie, transport, etc.) et d’actions sociales de solidarité collective (retraites, logements, lutte contre la précarité et la pauvreté, etc.).

 

La paupérisation voulue, planifiée, à l’échelon de la sphère dite occidentale pour le bénéfice d’une poignée. Pour la voracité d’une caste. Avec dans son sillage, courtisanes et courtisans, pour se régaler de ses miettes… Ce qu’en termes savants, on appelle : « la déflation ». (13)

 

Rappelons qu’à l’échelon de la Chine, la France n’est qu’une petite sous-préfecture de, même pas, 70 millions d’habitants. Figurant néanmoins parmi les 8 pays les plus riches de la planète, avec 300 000 millionnaires en euros et la femme la plus riche du monde…

 

Que « libéraux » ou « sociaux-démocrates » veulent nous faire croire en faillite, incapable d’assurer son "endettement". Qui, en réalité, n’en est pas un du fait qu’il ne représente que les contributions fiscales dues, et jamais payées, à la collectivité par les grandes fortunes, et les grands groupes industriels et financiers !...

 

Obstinément, notre nomenklatura se refuse d’aborder les véritables réformes pouvant relancer notre économie, mettre un terme à l’appauvrissement continu de la population, créer des emplois et "partager la prospérité". Par cupidité, suivant une politique concertée à l’échelon de l’Europe et des castes dirigeantes des pays "développés" (notamment : Amérique du nord, Japon, Corée du sud, Australie, Nouvelle-Zélande).

 

Oligarchies, aveuglément inconscientes de la réalité économique et sociale de la planète, ainsi qu’en a témoigné le "World Economic Forum" de Davos qui s’est achevé ce week-end. De l’avis même d’analystes économiques un tant soit peu lucides. Patrick L. Young, expert en "global financial markets" n’hésite pas à les considérer comme « dangereusement déconnectées »… (14)

 

En fait, les non-dits du discours présidentiel les rappellent. En dépit du silence imposé par la propagande,  ces réformes essentielles sont connues, recensées, étudiées, depuis longtemps. Nous renvoyons aux travaux des spécialistes et praticiens qui ont abondamment travaillé sur les dysfonctionnements et distorsions du « capitalisme sauvage » actuel, sous prétexte de « mondialisation ».

 

Elaborant des modèles substitutifs aux modèles fiscaux et économiques moribonds, ou définissant des priorités économiques "rationnelles" et non pas "suicidaires" pour nos collectivités. Parmi d’autres, en France : Maurice Allais, Prix Nobel d’économie 1988, qui a été ostracisé, bâillonné, par le monde de la finance et de l’affairisme, et notre caste politique corrompue.

La hausse vertigineuse du chômage "officiel" ("réel" = minimum le double) en Europe depuis 2008

La hausse vertigineuse du chômage "officiel" ("réel" = minimum le double) en Europe depuis 2008

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Très succinctement nous citerons quatre "réformes oubliées", inextricablement liées par leur interaction et dans leur synergie, parmi les plus urgentes à mettre en place si nous avions des "responsables politiques", aussi honnêtes que courageux, au service de la Nation :

 

 

1.  La relance du pouvoir d’achat

 

« L’offre crée la demande » est le mot-clé du discours présidentiel.

 

D’une totale malhonnêteté, sachant que "la demande" en France, autrement dit "le pouvoir d’achat", s’effondre (à l’exemple de la Grèce, de l’Espagne, etc.) du fait qu’elle est délibérément sacrifiée par l’oligarchie : augmentation du chômage par la désindustrialisation-délocalisation en augmentation quasi-exponentielle depuis 2008, blocage des salaires et des retraites, diminution des prestations sociales, etc.

 

Sans compter la spoliation de l’épargne de ceux, la majorité de la population, qui n’ont pas accès aux astuces et mécanismes de la lucrative spéculation. Spécialement la spéculation boursière, unanimement condamnée par tout économiste sérieux (Maurice Allais préconisait, dès 1991, l’interdiction de la "cotation boursière continue" qu’il traitait d’aberration économique).

Spoliation symbolisée par les taux ridicules du Livret A et autres épargnes populaires, phagocytés par le système bancaire qui y pompe des "ressources" à bas prix, et écrase en retour cette même majorité aux revenus modestes de taux usuraires inconnus des grandes entreprises et fortunes (cf. : taux des découverts, frais bancaires et agios mirobolants, etc.). C’est la tonte systématique du troupeau de moutons enfermé dans son enclos…

 

Cynisme assumé avec pour objectif non avoué d’arriver rapidement à une baisse des salaires, comme en Grèce et ailleurs. Goldman Sachs, qui dirige d’une main de fer les économies européennes, conseille au gouvernement français de programmer une baisse des salaires de 30% (oui : "trente"…). (15)

 

« L’offre » en trompe-l’œil n’a donc pas pour objectif de « créer » ou de « stimuler » la demande intérieure, mais de servir de paravent aux « cadeaux fiscaux » à destination des grands groupes exportateurs, principalement pour accroître leurs gains sur les marchés à l’exportation, et aux spéculateurs fortunés. Il ne s’agit donc que « d’offre à l’exportation ».

 

D’autant que la baisse des charges sociales par exemple, nécessaire en priorité pour les PME-PMI (de loin, les plus grands créateurs d'emplois), va inévitablement être compensée par une augmentation de la TVA, sabrant davantage le pouvoir d'achat. Au lieu d’une évidente contrepartie dans une augmentation des rentrées fiscales en provenance des grandes fortunes et des grands groupes, soigneusement préservés jusqu’à présent du devoir de solidarité fiscale et d’égalité devant l’impôt par le pouvoir politique…

 

Alors que, si nous étions maîtres de notre monnaie et non pas enserrés dans l’Euro, une simple dévaluation (l’horreur pour les grandes fortunes !) aurait suffit à provoquer une relance de « l’offre à l’exportation », tout en sauvegardant le bon fonctionnement du marché intérieur, en préservant le pouvoir d’achat.

 

Ajoutons que ces grands groupes exportateurs et spéculateurs-rentiers sont ceux qui créent le moins d’emplois en France, tout en payant le moins d’impôts et taxes par rapport à leurs chiffres d’affaires et leurs bénéfices ou revenus réels. L’essentiel de leurs marges et profits étant dissimulés dans les paradis fiscaux.

 

Cas d’école : je vends mon "fil à couper le beurre électronique", dont le coût de revient est de 100 €, à une filiale de commercialisation à 102 € dans un  paradis fiscal ou assimilé [zones offshores défiscalisées, etc.]. Me permettant de larmoyer sur la faiblesse des marges en France (2 %, sniff…) et supplier les gouvernements successifs d’alléger la fiscalité qui m’étouffe…

 

En occultant le fait que je revends ce produit, à partir de cette plateforme internationale, à 250 € sur le marché Indien, à 300 € sur le marché Brésilien, etc. La marge réelle étant stockée dans le paradis fiscal dont les comptes bancaires effectifs sont, généralement, en Suisse ou aux Pays-Bas…

 

Précisons : sans avoir l’obligation de faire transiter mon produit par cet écran fiscal. A l’exemple de la banane grassement subventionnée par l’UE, dont la minuscule île de Jersey est le plus grand importateur et réexportateur du monde. Sans voir jamais transiter un seul containeur de ce fruit exotique. Le monde merveilleux des jeux d’écritures…

 

En résumé, le déterminant économique à protéger, stimuler, n’est pas « l’offre », argument fallacieux, mais : « la demande intérieure ». Dans un système équitable de "partage de la prospérité".

 

 

2.  La réforme fiscale
 

"Partager la prospérité" constitue le mécanisme fondamental d’une économie saine et compétitive. La récession s’incrustant dès lors que la richesse nationale est confisquée par une minorité, rouage dévastateur de la spirale du « sous-développement ».

 

L’Europe se "tiers-mondise" lentement mais sûrement, avec l'extension de la pauvreté, de la malnutrition ; la réapparition de maladies liées à la misère dues à l’impossibilité pour les plus démunis, souvent ravagés par l’alcoolisme ou la drogue "béquilles du désespoir", d’accéder aux soins gratuits et à des logements décents. Ainsi la progression actuelle de la tuberculose dans les quartiers pauvres des villes en Grande-Bretagne.

 

"Partager" ?... Inacceptable ! Cela exigerait de remettre en cause un sujet tabou : « l’injustice fiscale », qui ronge et tue notre pays. Le "Travail" est écrasé d’impôts et de taxes, jusqu’au stade ultime de la consommation où il est laminé par une TVA confiscatoire pour les faibles revenus : 20 % en moyenne, avec des projets avancés pour la porter, comme en Grèce qui sert de laboratoire, à 30 %, voire 35 %...

 

Considéré comme une matière première ou un "intrant" quelconques, reprenant le concept des anglophones : "commodity". Commodity s’assimilant à "calamity" dans la mentalité des oligarques : « Comment se passer du "Travail" ?... Ah ! Si tout pouvait être robotisé !… ».

 

Alors que" l’économie-casino", la "rente-spéculation", la concentration accélérée des grands patrimoines, sont, en comparaison des revenus du "Travail" quasiment exemptés de solidarité fiscale. Si ce n’est à titre symbolique. Les "barons-affairistes" allant jusqu’à faire entretenir leurs chateaux et demeures seigneuriales par la collectivité, en tant des que « patrimoine historique ». Tout en rackettant les services publics privatisés : eau, électricité, télécoms, infrastructures autoroutières, portuaires, etc. Grâce aux politiciens intronisés, avec leur soutien financier, et cornaqués pour protéger et élargir leurs intérêts.

 

Thomas Piketty, un de nos plus actifs  chercheurs  en "économie-fiscalité", lance un avertissement. Totalement inaudible pour notre "parti unique à deux casquettes" :
« Cette tendance est tout simplement incompatible avec nos sociétés démocratiques. Car cette concentration du pouvoir économique équivaut à une concentration de la capacité d’influence sur les processus de lobbying politique et cela remet en cause les valeurs des sociétés démocratiques. » (16)

 

La "réforme fiscale", toujours bloquée mais inévitable à terme (certains pessimistes assurent qu’il faudra une "guerre mondiale" pour remettre les compteurs à zéro….), doit rétablir la "justice fiscale". Dont les incitations et avantages serviraient de moteur à l’investissement productif et non pas spéculatif. Depuis la remise à plat des droits de succession sur les grands patrimoines jusqu’à la restructuration de l’impôt sur les bénéfices des grands groupes (ajusté sur la création d’emplois) et sur les revenus de la spéculation.

 

Incitation fiscale à la création d’emplois à "valeur ajoutée", est-il nécessaire de préciser. Et non pas à la multiplication d’emplois précaires à faibles revenus, les "working poors", [les travailleurs pauvres], permettant aux statistiques officielles et aux analystes boursiers véreux de claironner des "amorces de reprise", comme aux Etats-Unis, qui assurent en fait les marges des "annexes du chômage" ou du servage : fast-foods, grande distribution, sociétés de nettoyage, etc.

 

Ceux qui sont intéressés par ce domaine quasiment jamais traité en profondeur, ou sérieusement, dans nos médias et débats peuvent consulter quelques uns des passionnants travaux de Thomas Piketty et son équipe :

=>  Le capital au 21e siècle (Seuil, 2013)
=>  A Theory of Optimal Inheritance Taxation (Econometrica, 2013)
=>  Pour une révolution fiscale (Seuil/La République des idées)
=>  Les Hauts revenus en France au XXe siècle  (Grasset, 2001)

 

La confortable idéologie oligarchique  :  l'esclavage   -   Dessin de Pawel Kuczynski

La confortable idéologie oligarchique : l'esclavage - Dessin de Pawel Kuczynski

3.  La sortie de l’Euro

 

L’Union Européenne, avec sa monnaie unique, ravage l’industrie et l’emploi dans notre pays. Le fait de ne pas être maître de notre monnaie dans une "union" où les règlementations fiscales, économiques et sociales, ne sont pas normalisées d’un pays à l’autre, c’est la substance de notre Contrat Social qui est détruite. Tout en bénéficiant à notre ploutocratie et au commerce extérieur allemand.

 

Dans l’impossibilité de procéder à une dévaluation de notre monnaie, mesure classique de relance d’un commerce extérieur, nous sommes contraints de procéder à une « dévaluation interne ».

 

Sous ce terme, les scribes du FMI, chargés de mettre en forme théorique la rapacité des oligarchies, imposent la « dynamique d’ajustement ». Ne pouvant, en effet, procéder à une "dévaluation monétaire", il ne reste à nos pays que la « dévaluation interne ». Avec pour instruments premiers recommandés par le FMI : le licenciement et la baisse des salaires.

 

La « dévaluation interne » ainsi préconisée se révèle un véritable "déchiqueteur" d'emplois, de diffuseur de misère et de désespoir pour nos populations. Pour mesurer l’étendue de la perversité de ce système, son coût humain intolérable et stupide, dans la glaciale indifférence des bonnes consciences, je recommande la lecture du rapport du FMI d’octobre 2013, téléchargeable en français, intitulé :
"Perspectives de l’économie mondiale : Transitions et tensions"

 

Tout particulièrement le chapitre 1, "Perspectives et enjeux mondiaux", à partir de la page 46 et l’encadré 1.3. :
"Rééquilibrages extérieurs dans la zone euro"

 

Florilège :

=> « Les coûts unitaires de main-d’œuvre ont considérablement diminué dans les pays déficitaires ayant entamé un processus d’ajustement, avec des ajustements plus poussés observés dans des pays comme la Grèce et l’Irlande et obtenus grâce à des gains de productivité (les licenciements ayant été généralement supérieurs à la perte de production) et des baisses de salaires (graphique 1.3.2). »,  p. 48

=>  «  En Grèce, à défaut de reprise de la production, les ajustements prennent la forme de baisses de salaires et de licenciements (graphique 1.3.2, plages 7 et 8). Globalement, aucun gain de production n’a été mesuré, sauf en Irlande, ce qui témoigne notamment d’un effondrement généralisé de la demande intérieure dans la zone euro, et les niveaux de l’emploi sont plus bas qu’avant la crise, dans le secteur des biens échangeables comme dans celui des biens non échangeables. »,  pp. 48-49
=>  « … les marges des exportateurs (prix à l’exportation rapportés aux coûts unitaires de main-d’œuvre) ont augmenté depuis la crise. », p. 49

 

Ainsi les tontons-flingueurs du FMI, tout en se félicitant de la féroce réalisation de la « dévaluation interne » sous forme de licenciements et de baisses des salaires, « supérieurs à la perte de production », admettent que malgré « l’augmentation des marges des exportateurs », les pays qui se livrent à ce massacre ne voient pas pour autant la crise s’estomper : effondrement continu du marché intérieur, niveaux d’emplois encore plus faibles qu’avant la crise.

 

Effectivement déflation, récession, et autres concepts de « destruction créatrice » (très en vogue cette année à Davos) à la Schumpeter, mènent droit dans le mur. Se pose en conséquence, tant que les pays européens ne sont pas en mesure de s’aligner sur un système de gouvernance identique, avec des règlementations fiscales, sociales et économiques, similaires, l’urgente nécessité de sortir de l’Euro.

 

Pour ne pas faire long sur un sujet aussi déformé, diabolisé même, par l’appareil de propagande européiste dominant dans notre pays, je conseille la lecture d’une des meilleurs études, des plus claires, sur l’impact désastreux de l’Euro pour notre pays et les bienfaits quasi immédiats qu’il obtiendrait en recouvrant sa souveraineté monétaire. Remarquable synthèse (88 pages) avec trois scenarii, réalisée par la Fondation Res Publica, sous la direction de l’économiste Jacques Sapir (17) :

"Les scenarii de dissolution de l’Euro"

 

Soulignons que cette approche positive ne représente pas pour notre pays un repli sur soi, dans un protectionnisme paranoïaque. Mais, en concertation avec les autres pays européens, la préparation d’un nouveau modèle d’union fondée sur l’harmonisation de nos sociétés et de leurs économies. Au service des populations, et non pas au seul bénéfice des lobbies et groupements d’intérêts privés plus ou moins occultes, par une bureaucratie se croyant au-dessus des peuples et de leurs suffrages.

 

Cette refondation de l’Union Européenne suppose, en préalable, de réfléchir sur un Contrat Social Européen : vers quel modèle de société voulons-nous évoluer ?... Voulons-nous régresser, comme actuellement vers un modèle oligarchique s’apparentant à la jungle du chacun pour soi, et gloire au plus fort, dans l’abrutissement collectif ?...

 

Ou, vers une société solidaire, où santé, éducation, culture et "bien vivre" seraient des objectifs matériels à partager entre tous, dans le respect de chacun ?... Quitte à chacun à gérer individuellement, librement, son destin ou son accomplissement spirituels…

 

 

4.  Lutte contre la gabegie et la corruption des marchés publics

Brièvement, mais autre réforme tout aussi indispensable : le contrôle effectif, précis, transparent, des marchés publics, concessions de services publics et privatisations des biens collectifs à des intérêts privés.


La « diminution des dépenses publiques » passe en priorité par cette étape. Avant de sabrer dans des postes de fonctionnement ou d’investissement publics. Ce sont des milliards d’euros que l’Etat est en mesure d’économiser chaque année sur ce plan. Ou, dans l’autre sens, des milliards d’euros d'amélioration des recettes publiques.

 

Vaste domaine de réflexion et d’action que l’oligarchie évite soigneusement d’aborder, encore plus de mettre en chantier. Pourtant, exemples, faits, sont multiples. Une vraie galaxie.

 

Beaucoup sont accessibles. Dans un billet, j’ai évoqué l’incapacité de l’Etat à évaluer le coût réel de construction des centrales nucléaires, de leur entretien et de leur démantèlement programmé. Des dizaines de milliards d’euros, avec leurs colossaux travaux de génie civil ou de chaudronnerie, qui échappent au contrôle citoyen. Dans la plus épaisse des opacités… (18)

 

Que dire, autre exemple, de nos « fournitures aux armées » qui sont depuis des siècles la source d’enrichissement individuel  la plus rapide et faramineuse, outre les ventes d’armement à l’exportation, incrustée dans nos institutions ?... Pas simplement sous Louis XIV ou Napoléon. Il en est de même aujourd’hui. Au point que nous payons appareils et engins de combat, à performances équivalentes deux ou trois fois leur prix du marché international. Et, la "différence" n’a rien à voir avec les coûts salariaux…

 

Mais, il y a aussi la myriade des "petits" contrats de la "république des copains" au niveau local, régional. C’est l’intégralité des mécanismes et procédures de contrôle de l’Etat sur la bonne utilisation des finances publiques qui doit être rénovée. Certainement par une réactivation, un élargissement, un renforcement, des Cours Régionales des Comptes, ou organismes semblables, qui ont été vidées, à dessein, de leur contenu et de leurs moyens matériels et disciplinaires.

 

Pour le moment, les faits sont là : la France, par l’absence de contrôle réel et efficace de ses marchés publics (le rapport annuel de la Cour des Comptes étant une caricature de contrôle), demeure un des pays les plus corrompus du monde.

 

Il est vrai que dans notre pays, il est plus facile d’organiser la chasse collective à l’humoriste qu’au corrupteur et au corrompu.

 

Toutefois, malgré slogans, propagandes, censures et faux-semblants, que cette "Noblesse d’Etat" (19) et clans d’oligarques, horde de menteurs et prévaricateurs aussi irresponsables que cupides, sous casquette de "droite" ou de "gauche", sachent que leurs concitoyens ne sont pas dupes de leur cynique prédation.

 

Et, qu’en signe de lucide considération, en mémoire de l’éradication des Libertés Publiques qu’ils imposent avec leurs tribunaux et leurs médias, en dérision de l’obscurantisme qu’ils rêvent d’instaurer dès l’école ou le biberon, mais aussi en prémonition du retour de bâton qui les attend immanquablement au détour du long cheminement de l’Histoire, ils leur offrent comme support de méditation : une pharaonique "Quenelle" !...

 

Celle proposée, avec élégance et raffinement, par la Princesse Neferetiabet de la V° Dynastie d’Egypte, 2560 - 2590 ans avant notre ère… (20)

 

Neferetiabet - V° Dynastie - 2.560 - 2.590 avant notre ère

Neferetiabet - V° Dynastie - 2.560 - 2.590 avant notre ère

 

 

 

 

(1)  in "Vita Di Moravia", Alain Elkann, Christian Bourgeois Editeur, 1991.
(2)  Vidéo. "Moche et minable", la gaffe de la journaliste Michèle Cotta après la conférence de presse de François Hollande, Le HuffPost, 15 juin 2014,     http://www.huffingtonpost.fr/2014/01/15/michele-cotta-gaffe-francois-hollande-moche-et-minable_n_4599929.html
(3)  Les journalistes politiques français sont-ils des « bouffeurs d’huîtres poudrés, Libération, 16 janvier 2014, http://www.liberation.fr/politiques/2014/01/16/les-journalistes-politiques-francais-sont-ils-des-bouffeurs-d-huitres-poudres_973306
(4)  Hollande Courts Business With Economic Revival Plan – French president Pitches Tax and Spending Cuts While Sidestepping Focus on Private Life, Stacy Meichtry & William Horobin, 14 janvier 2014,
http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702304049704579320463225234676
(5)  Jean-Pierre Le Goff, "La Barbarie Douce – La Modernisation aveugle des entreprises et de l’école", La Découverte, 1999.
(6)  Conférence de presse de Hollande : Berlin, Bruxelles et The Economist plébiscitent le tournant libéral de la France, Gregory Raymond Publication, Le HuffPost, 15 janvier 2014,
http://www.huffingtonpost.fr/2014/01/15/conference-hollande-social-liberal-france-allemande-the-economist_n_4601545.html
(7) A voir, entre autres, avant qu’ils ne soient emportés par les bourrasques de la censure :
=> lintern@ute.com, 21 janvier 2014, http://www.linternaute.com/actualite/personnalites/dispute-trierweiler-hollande-les-murs-ont-tremble-a-l-elysee-0114.shtml
Ou encore :

=> media libre, 22 janvier 2014,
http://www.medialibre.eu/france/rixe-a-lelysee-censure-mediatique-degats-considerables-et-hospitalisation-forcee/14467

Ainsi que :
=> économie matin.fr, 22 janvier 2014 :

http://www.economiematin.fr/ecoquick/item/8232-hollande-trierweiler-elysee-dispute-degats-mobilier-national
Et, un site au nom savoureux :
=> je suis stupide j’ai voté Hollande, 21 janvier 2014,
http://www.je-suis-stupide-j-ai-vote-hollande.fr/blog/rixe-a-lelysee-une-victime-a-lhopital-et-3-millions-e-de-degats/

(8)  Trierweiler : Le Mobilier National dément tout vandalisme du bureau présidentiel, Claire Bommelaer, Le Figaro, 22 janvier 2014,
http://www.lefigaro.fr/culture/2014/01/22/03004-20140122ARTFIG00216-trierweiler-le-mobilier-national-dement-tout-vandalisme-du-bureau-presidentiel.php
(9)  Steve Bell, The Guardian, 15 janvier 2014,
http://www.theguardian.com/commentisfree/cartoon/2014/jan/15/francois-hollande-france-privacy-cartoon-bell
(10)  Obscene wealth : World’s 85 richest have same wealth as 3.5 billion poorest – Oxfam, RT, 20 janvier 2014,
http://rt.com/news/wealthy-rich-85-billion-879/
Et :
http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/bp-working-for-few-political-capture-economic-inequality-200114-summ-en.pdf
(11)  En France, un des exemples les plus hallucinants de ce pilonnage de désinformation, prônant le « capitalisme sauvage » jusqu’à l’hébétude, peut-être vérifié tous les matins sur la chaîne radio-TV  "BFM Business". Clonage des "Crazy Business Evangelists" sur les TV américaines à la Fox News, Bloomberg, NBC, CNN, etc.
(12) Crise : De La Dette Publique ou du Contra Social ?..., Georges Stanechy, 9 juin 2010,
http://stanechy.over-blog.com/article-crise-de-la-dette-publique-ou-du-contrat-51967860.html
(13)  Jacques Sapir, Le Pésident - Le "contrat de responsabilité" - Et la déflation, 15 janvier 2014,
http://russeurope.hypotheses.org/1914
(14)  Patrick L. Young, Davos Groupthink Dangerously Out of Touch, RT, 27 janvier 2014,
http://rt.com/op-edge/davos-forum-out-of-touch-237/
(15)  Goldman Sachs conseille à la France de baisser les salaries de 30%, Le Parisien, 30 janvier 2013,
http://www.leparisien.fr/economie/goldman-sachs-conseille-a-la-france-de-baisser-les-salaires-de-30-30-01-2013-2525317.php
(16)  http://blogs.mediapart.fr/blog/journal-cesar/201113/le-capital-au-xxie-siecle-selon-thomas-piketty
(17)  Les scenarii de dissolution de l’Euro, Fondation Res Publica, Jacques Sapir – Philippe Murer – Cédric Durand, septembre 2013, 88 pages, téléchargeable pdf,
http://www.fondation-res-publica.org/etude-euro/#.UuGEy_tKHDc
(18)  EPR : En Pleurer de Rage ou En Pouffer de Rire ?..., Georges Stanechy, 2 décembre 2011,
http://stanechy.over-blog.com/article-epr-en-pleurer-de-rage-ou-en-pouffer-de-91000716.html
(19)  Pierre Bourdieu, La Noblesse d’Etat, Collection « Le sens commun », Editions de Minuit, 1989.
(20)  Merci à Truth pour le lien :
http://blogradiofranceirib.wordpress.com/2013/12/29/dieudonne-nicolas-anelka-un-homme-un-vrai-et-le-terrorisme-intellectuel/,
 et l’identification de ce personnage historique dans son commentaire du 18 janvier 2014 :
http://stanechy.over-blog.com/2014/01/dieudonn%C3%A9-en-5-minutes.html

 

 


 


 

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 18:52

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« Nous marchons vers un monde inconnu sans boussole et sans pilote, il n’y a qu’une chose qui soit certaine, c’est que tout finira par un naufrage. »

Talleyrand (1)

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Révolte en Bretagne.

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La mise en application d’une nouvelle « taxe » provoque la colère d’une région entière. Mettant en lumière l’incurie de nos gouvernements et l’irresponsabilité de nos « élus », censés représenter et défendre les intérêts de notre "collectivité". Votée à l’unanimité de tous les partis politiques, sous le précédent gouvernement.

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"Collectivité" ? Oui, car on n’ose plus employer les termes de "peuple" ou "nation" pour ne pas être accusé de "populisme", de "souverainisme", voire de se retrouver peinturluré en "rouge-brun", par le terrorisme inquisitorial des fanatiques, radicaux imbéciles, dévots illuminés, ou mercenaires, de la « mondialisation »…

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Soulèvement rappelant les lointaines Jacqueries de l’Ancien Régime par son rejet de l’injustice fiscale induisant la paupérisation croissante de ceux qui vivent non pas de spéculations ou de rentes de situation, aristocratiques, politiciennes ou mafieuses, mais de leur simple labeur. Sur fond de corruption et de gabegie d’un Etat en pleine régression, déliquescence.

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Injustice fiscale et paupérisation

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Taxe, s’appliquant aux transporteurs routiers mais payée "in fine" par leurs clients contraints d’expédier leurs productions ou fabrications locales vers des marchés éloignés. Tel qu’il est stipulé dans l’article 7 de la "Loi portant diverses dispositions en matière d’infrastructures et de services de transports" examinée par le Sénat, dans son rapport n° 334 du 5 février 2013 (2) :
« Cette taxe sera répercutée par les transporteurs sur les bénéficiaires de la circulation des marchandises. »

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Retenons le terme, au passage : "Bénéficiaires"…

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Pudiquement intitulée « éco-taxe » au motif d’avantager, pour des raisons de protection de l’environnement, les transports moins polluants : ferroviaires, fluviaux, etc. Elle incarne à la perfection les dérives et distorsions du système fiscal qui ronge le pays par sa violence à l’encontre des plus précaires. Les Bretons en ont explosé de désespoir et de rage, ressortant les "bonnets rouges" de leur grande révolte de 1675 sous Louis XIV, pressurant alors le pays pour financer sa guerre en Hollande. Evidemment, férocement réprimée par la soldatesque du Roi Soleil…

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Conséquence directe de la cupidité de l’oligarchie au pouvoir, méritant d’être coiffés de "bonnets d’âne" pour leur analphabétisme des conditions réelles du pays. De « la France d’en bas », comme disait un de nos marquis enrubanné de privilèges jusqu’à ses talonnettes…

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Eco-Taxe : Bonnets Rouges et Bonnets d’Âne…

Les rouages de l’injustice et de sa violence démontrent l’abyssal fossé entre une "démocratie vertueuse" que le système de désinformation nous vend dans les JT, en France comme dans les autres pays européens, et la réalité d’une "autocratie" exercée par la nomenklatura. Consternés, les observateurs les plus neutres n’ont pu que constater le broyage du bon sens et de la légitimité citoyenne, par le cynisme de la classe politique en cheville avec des intérêts privés (3) :

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i) Répression

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L’autocratie ne peut tolérer l’expression populaire surtout lorsqu’elle dénonce l’injustice du système, économique, social, ou politique dans son ensemble, qui l’accable. Première et immédiate réponse : la répression. Ne pas comprendre, ne pas écouter, ne pas dialoguer : cogner !

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Ce qu’on a vu en Grèce, en Espagne ou ailleurs, pour nous limiter à l’Europe, est plus que révélateur de la détermination des castes au pouvoir. La France n’y échappe pas. Les Bretons, diabolisés par les médias de la propagande, ont vu ainsi débouler des centaines de CRS. Dans un sauvage déferlement de violence, avec des blessés graves parmi les manifestants armés de leur seule détresse, dont un a eu la main arrachée le 21 octobre dernier.
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ii) Domination des lobbies

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Région enclavée, la Bretagne souffre de son éloignement des grands marchés de consommation français et européens. De plus, ses productions sont soumises à un dumping implacable des producteurs hollandais, danois et surtout allemands, notamment dans la « filière » porc et poulet.

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Obligeant à un nivellement par le bas, dans un premier effet, sous forme d’affaissement de la qualité. Au point d’en arriver, sous la pression de la grande distribution, à la "non qualité", dont on a vu les souterraines ramifications lors de l’affaire des "lasagnes à la viande de cheval". Puis, dans un effet collatéral, provoquant la disparition progressive des entreprises familiales incapables de lutter contre les groupes européens de l’agro-industrie employant une main d’œuvre, venant de pays "émergents", dans un contexte proche du servage moyenâgeux.

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L’éco-taxe pénalise les éleveurs, mais aussi les producteurs de primeurs qui vont voir leurs produits plus taxés à 300 km de Rungis que ceux parcourant des milliers de kilomètres, arrivant par avion à Roissy, ou par bateau transitant via les ports d’Anvers, Rotterdam ou Amsterdam et les réseaux autoroutiers européens.

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En effet, sous la pression des lobbies, l’écotaxe ne sera pas payée sur les portions d’autoroutes privatisées. Encore mieux, et suprême raffinement : la taxe n’est pas proportionnelle au kilométrage parcouru, pénalisant ainsi les petits trajets. Astuces servant sur un plateau d’argent des "bonus" mirobolants aux transports à longue distance et, en conséquence, aux grandes sociétés du transport international…

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Mais aussi, tout aussi habilement, aux sociétés d’autoroute. Comme le reconnaît "naïvement", ou avec un cynique fatalisme, le Sénat dans son rapport (4) :

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« [Cette taxe] entraînera un report de trafic vers le réseau concédé (autoroutes) générant une augmentation des recettes des péages comprises entre 250 et 400 millions d’euros.
[…] Lors de son audition par la commission du développement durable et en réponse à une question de votre rapporteur, Frédéric Cuvilier, ministre délégué chargé des transports, a indiqué que "les concessionnaires d’autoroutes bénéficieront, je le crains, d’un effet d’a
ubaine"… ».

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On comprend mieux pourquoi le chef de file du consortium (70% des parts) d’Ecomouv’, gestionnaire désigné de l’éco-taxe, soit le géant européen des autoroutes, de nationalité italienne : "Autostrade per l’Italia"… (5)

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Ah !... Cette tendresse infinie de nos parlementaires pour les lobbies et multinationales…

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iii) Abandon de souveraineté

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Ces concessions répétées, multiformes, dépouillent l’Etat, autrement dit notre "Bien Collectif", de sa souveraineté et de ses ressources. Gravissime régression, avec l’éco-taxe réapparaît le vieux système féodal de la « ferme des impôts ». (6) Comme sous l’Ancien Régime, où les impôts étaient levés par des particuliers, des « fermiers généraux » (Fouquet en reste l’archétype), cette taxe sera collectée par un consortium privé : Ecomouv’.

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« L’Etat aurait pu faire le choix de recourir à un partenaire privé pour la conception et la maintenance du dispositif de collecte. La particularité du contrat "éco-taxe" réside dans le fait qu’Ecomouv’ assure également l’exploitation, c’est-à-dire qu’il a un rôle central dans la collecte de la taxe. »

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C’est en ces termes (7) que le Sénat entérine l’abandon de souveraineté de la France en matière d’impôts, ouvrant la voie à des démantèlements ultérieurs qui vont probablement s’accélérer avec le temps…

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Certains commentateurs, plus ou moins bien intentionnés, rétorquent que la TVA est actuellement collectée par les entreprises. Dans ces conditions, pourquoi ne pas confier l’éco-taxe à un consortium privé ?...

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C’est oublier, ou occulter le fait, que les entreprises collectant la TVA ne retiennent pas 23% de rémunération, pharaonique commission, sur les encaissements reçus, comme s’apprête à le faire Ecomouv’… (8)

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iv) Pillage de la collectivité

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Dans ce même rapport, le Sénat admet que l’éco-taxe, sur une base annuelle, est (9) :
« … incontestablement coûteuse à recouvrer puisqu’à peu près 280 millions d’euros sur un total de 1 200 millions, soit environ 23%, sont consacrés à la rémunération du prestataire privé. »
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Paradoxe, alors que la propagande ultralibérale ne cesse de prêcher la disparition des fonctions de gestion de la Collectivité qu’assure l’Etat dans la braderie des privatisations, sous prétexte que "Le Privé" gère mieux que lui, le Sénat rappelle :
« A titre de comparaison, ce pourcentage [des coûts de recouvrement] ne dépasse pas 1,2 % pour l’impôt sur le revenu. »

Qui représente, avec un niveau de complexité vu le nombre de contribuables concernés autrement plus élevé, un montant de 71 903 millions d’euros au titre du Budget 2013

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On l’oublie, mais l’Etat se montre, bien souvent, largement plus compétitif que Le Privé, lorsqu’on veut bien quitter les fumées de "l’idéologie" pour scruter les "faits"…

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Comment justifier pareilles aberrations ?... Nos parlementaires, loin de s’en offusquer, se portent au secours du prestataire (10)... Tout juste s’ils ne nous feraient pas pleurer sur son misérable sort :

« Au titre de l’investissement, il a dû engager près de 550 millions d’euros . »

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Et, argument ultime, dans une cascade de formules rhétoriques aussi creuses que stupides :
« Au total, votre rapporteur estime que, au regard des exigences exposées par l’Etat et par les règles communautaires et des contraintes technologique du système, le coût global du contrat de partenariat, ne semble pas surestimé. »

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Ainsi le Sénat, froidement, délivrant sa bénédiction, couvre les pires atteintes aux intérêts de l’Etat, et de ses citoyens. Dans le contentement de soi, tel un paon déployant son plumage d’incompétence et de crétinisme…

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Les Bretons ont raison, il convient de remettre à plat cette usine à gaz...

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Tout simplement, parce qu’il s’agit d’une « arnaque ».

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Le rendement de cette taxe est quasiment nul par rapport à son coût direct. Et indirect, par ses ravages, comme les Bretons ont le courage de le rappeler. Il ne représente avec une recette de seulement 1200 millions d’euros annuels que le bénéfice d’une seule de nos banques que les contribuables renflouent à intervalles réguliers. Exemple : le Crédit Agricole affiche un bénéfice de 750 millions pour les 3 premiers trimestres 2013…

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« Arnaque », en premier lieu, au détriment de l’Etat en le spoliant. En second, du citoyen, qui va devoir acquitter une taxe en tant que consommateur. Puisque le citoyen est ravalé, dans notre modèle social actuel, au niveau de simple consommateur sur lequel les prédateurs tondent la laine à longueur d’année…

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Oui. Une « arnaque ». Connaissez-vous un projet d’investissement dans une activité industrielle, agricole ou de services, dont l’investissement est récupéré en moins de deux ans ?

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Le Sénat nous dit que le consortium a investi près de 550 millions d’euros. Et, qu’il va encaisser 280 millions de recettes par an. En deux ans, il aura donc engrangé 560 millions d’euros. Déjà un bonus de 10 millions d’euros au bout de deux ans, après avoir ramassé toutes ses billes. Qui dit mieux ?

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Personne. Parce que cela n’existe que dans la sphère de la spéculation.

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De plus, le contrat signé entre l’Etat et le consortium est fixé pour une durée de 159 mois, soit 13 ans et 3 mois. Ce qui veut dire, qu’après deux ans de récupération de l’investissement initial, le reste va être uniquement du "bénéfice", mis à part de faibles coûts de maintenance et de salaire des employés, la plupart détachés du consortium, "pour une poignée de pois chiches" (200 à Metz et 100 à Paris). Que du "gras" le restant du contrat, pour reprendre le jargon du milieu. Qui dit mieux ?

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Personne. Parce que cela n’existe que dans la sphère de la spéculation.

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Quant au prétexte de l’harmonisation fiscale avec les autres pays de l’Union Européenne… De quoi rire, quand on sait qu’à ce jour aucune normalisation fiscale n’a vu l’esquisse d’une perspective, que ce soit dans le domaine de l’impôt sur les sociétés, sur le revenu, sur les successions, etc.

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Il y aurait, à présent, formation d'une commission d’enquête devant le scandale de pareilles combines au plus haut niveau de l’appareil politique…

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Mais, comme l’objectait un "présentateur-prêcheur" du Capitalisme Sauvage ("A bas l’Etat !", s’égosille-t-il tous les matins avec ses compères) sur une chaîne TV "spécialisée dans l’économie" :
"Pourquoi enquêter sur la passation de ce marché entre l’Etat et le consortium privé, alors que le Sénat l’a bien spécifié : R.A.S. ?..."

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v) Trahison des “dignitaires écologistes”

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Tout aussi affligeant est de constater la complicité des "dignitaires écologistes", toutes tendances réunies. Habituellement dispersés, atomisés, en une multitude de chapelles, défendant avec acharnement le territoire de leurs paroisses les uns à l’encontre des autres. Egos en cartouchière, englués dans des guérillas personnelles. Les voilà, subitement, participant en chœur à la farce de l’éco-taxe…

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Alors qu’ils bénéficient d’accès à des informations, à des moyens d’investigation, que les militants de base de la cause écologique n’ont pas, comment ont-ils pu prêter la main à pareilles manipulations, gabegies et autres embrouilles, au seul bénéfice de multinationales ?...

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Par cette véritable trahison, "dignitaires" et "dirigeants" amplifient deux phénomènes pervers pour la cause de l’écologie et l'avenir de notre pays :

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=> C’est instaurer, développer, une perte de crédibilité dans l’opinion. Rien d’étonnant à leurs microscopiques résultats lors d’élections municipales ou nationales. Infligeant un recul de la cause, de la prise de conscience, car trop focalisés sur des mesures de pénalisation. L’écologie doit se développer, avant tout, par des mesures d’incitation, d’aide, d’encouragement, et non pas par des mesures fiscales discriminatoires et pénalisantes, surtout pour l'outil de travail des plus précaires.

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Est alors brandi l’éternel slogan : « pollueur = payeur » !... Evidemment, les entreprises aux comportements irresponsables sont à sanctionner ; celles qui font travailler leur personnel dans des conditions dangereuses, polluent rivages, rivières, nappes phréatiques, et autre dégâts.

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Encore faut-il être cohérent.

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Avant d’en arriver à l’éco-taxe pour diminuer le gaz carbonique et protéger nos poumons, qu’en est-il des 60.000 français qui meurent chaque année de tabagisme, non compris les multiples pathologies cancéreuses liées son fléau ?... Le tout à la charge de la collectivité, notamment de la Sécurité Sociale ?... La peau d’un français vaut-elle moins que celle d’un bébé phoque ou d’un gorille, ou l’essieu d’un camion ?...

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- Quelles actions sont engagés par les "dignitaires écologistes" pour forcer les cigarettiers à retirer des cigarettes les produits chimiques destinés à entretenir l’addiction, par exemple ?...

- Quelles actions sont engagées par les dignitaires écologistes pour faire payer le « polluer-tueur » (600.000 personnes tous les 10 ans), en l’occurrence : un taux d’imposition de 75 % des bénéfices reversés à la Sécurité Sociale, autre exemple ?...

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Mais, hypocrite silence face à cette colossale calamité …

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=> Tout aussi pervers, par cette complicité, les privilégiés de l’évasion ou de l’exemption fiscale (multinationales, sociétés du CAC 40 [les recettes de l’impôt sur les sociétés représentent environ le 1/3 de celles de la TVA, et seulement 2/3 de celui sur les revenus], grandes fortunes) qui ne paient pas les impôts qu’ils devraient, exultent, en profitent. Ce sont des milliards, chaque année, qui échappent aux recettes de l’Etat, spoliant notre pays, notre collectivité.

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S’abritant derrière ce "ras le bol fiscal" des catégories sociales accablées d’impôts et de charges, auxquels s’ajoutent des taux bancaires usuraires (PME-PMI, artisans commerçants, petits producteurs agricoles, professions libérales, auto-employeurs, etc.), les grands profiteurs des "niches" et de l’ingénierie fiscales manipulent ce mécontentement, dans l’impudence, pour réclamer une "pause fiscale". Eux, qui ne paient pas d’impôts en rapport avec leurs revenus et leurs richesses !...

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Par l’application stupide de l’éco-taxe, les "dignitaires écologistes", une fois encore, se rendent solidaires de la cupidité et de la voracité des prédateurs.

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Des recettes fiscales dans un pays aussi riche que la France, au 5° rang dans le monde par son PIB, peuvent se trouver ailleurs que dans la pénalisation des plus précaires et des consommateurs pris en otage. Comme en témoigne la progression de la richesse personnelle des 500 plus grandes "fortunes professionnelles" (non compris le patrimoine personnel) en 2012 : + 25 %...

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« Le montant total de la fortune professionnelle des 500 plus riches s’élève à 330 milliards d’euros, une hausse de + 25 % par rapport à 2012. Ce groupe, qui représente un cent-millième de la population française, détient environ 10 % du patrimoine financier total du pays. Mais les inégalités sont fortes entre les super riches : les 10 premiers concentrent 40 % de la fortune des 500 plus riches…
Visiblement, ni la crise ni la politique fiscale n’entament la progression des grandes fo
rtunes. » (11)

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Ces "dignitaires écologistes", sont-ils crétins ou malhonnêtes ?... Ou, les deux à la fois ?...

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Pathétique théâtre de marionnettes…

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Pour m’oxygéner, je vais de ce pas m’acheter un bonnet rouge.

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1. "Talleyrand", Jean Orieux, Flammarion, 1970, p. 734.
2. Rapport du Sénat, au nom de la Commission des Finances, n° 334, enregistré à la présidence du Sénat le 5 février 2013, présenté par Mme Marie-Hélène Des Egaulx – Sénateur, téléchargeable : http://www.senat.fr/rap/a12-334/a12-3341.pdf, p. 11.
3. Jacques Sapir, "Bonnets rouges et papier timbré", RussEurope, 27 octobre 2013, http://russeurope.hypotheses.org/1643
4. Rapport du Sénat, n° 334, Op. Cit., p. 28.

5. Rapport du Sénat, n° 334, Op. Cit., p. 20.

6. Jacques Sapir, "Quelle réforme pour l’écotaxe ? ", RussEurope, 2 novembre 2013, http://russeurope.hypotheses.org/1656
7. Rapport du Sénat, n° 334, Op. Cit., p. 22.

8. Rapport du Sénat, n° 334, Op. Cit., p. 29.

9. Rapport du Sénat, n° 334, Op. Cit., p. 29.

10. Rapport du Sénat, n° 334, Op. Cit., p. 30.

11. Les 10 plus grandes fortunes de France, Observatoire des inégalités, 11 juillet 2013, http://www.inegalites.fr/spip.php?article269

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Caricature de Teddijo

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 19:28

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« Rien ne caractérise mieux les mouvements totalitaires que la rapidité surprenante avec laquelle on les oublie et la facilité surprenante avec laquelle on les remplace. »

Hannah Arendt (1)

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Nouvelles flambées…

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Violences policières, sur fond de nuages de gaz lacrymogènes, incendies, canons à eau, sirènes, et hurlements...

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Manifestations à Istanbul et dans plusieurs villes de Turquie, après celles de Stockholm et autres agglomérations suédoises. Similaires à celles de Lisbonne, d'Athènes, de Madrid, de Rome, de Milan, de Francfort ou de Watford (UK)... Sans oublier celles de France, passées, présentes et à venir. Rares sont les pays épargnés par ce phénomène. Ceux d’Occident étant les plus atteints.

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La voix des peuples obligée d’emprunter rues et boulevards pour se faire entendre de leurs oligarchies…

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Despotisme et servage

Monsanto : Un Combat Planétaire...

Signes, symptômes évidents que le despotisme est partout. Malgré ses déguisements en "démocraties" plus virtuelles que vertueuses, "républiques" vampirisées par leurs notables ou nomenklaturas, monarchies parlementaires "pipolisées". Constat : les ploutocraties se développent à la vitesse des mauvaises herbes… Ce que ne peuvent accepter des citoyens, lucides, solidaires et épris de justice.

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Le déclencheur de ces émeutes, partant de la capitale pour s’étendre au reste du pays, restant le même. Une révolte devant l’excès d’avidité, de rapacité, des castes au pouvoir. Devant le mépris ressenti, vécu, aussi, à l’égard de leurs concitoyens ; ne serait-ce que par l’indifférence témoignée quant à leur avis, l’avis de la majorité, leur sort et ceux de leurs proches. Au point de massacrer l’environnement, la nature, le cadre de vie de la collectivité. Par définition ou essence : un « bien collectif ». Pour le bénéfice d’une poignée. Dans l’injustice sociale, économique, environnementale,

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Le cas d’Istanbul en est caricatural… Vouloir raser des dizaines d’arbres d’un parc en plein cœur de la capitale, dernier poumon de la ville, haut lieu historique et mémoire des grands évènements de cette nation, pour édifier galeries marchandes et centres commerciaux. Sur un terrain municipal, évidemment bradé à prix ridicule. Au bénéfice des promoteurs et organisateurs de l’arnaque…

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Astuces, pratiques mafieuses, maintes fois décrites, notamment par les auteurs américains sur ce qui s’est passé dans les viles de leurs Etats fédérés. De Tom Wolfe à James Ellroy, et tant d’autres. Les romanciers européens moins courageux (quant aux journalistes...), ne l’écrivent pas : c’est encore pire. Une encyclopédie est à rédiger sur toutes les manipulations utilisées dans la création des centres commerciaux à la périphérie des villes. Sur des terrains agricoles achetés deux sous et reconverties en zones marchandes, sources de rapides et mirobolants enrichissements pour les organisateurs de l’embrouille…

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Des mafias BCBG, certes. On ne tue pas avec des mitraillettes ou en attaquant des convoyeurs de fonds. Quoique… Certains ministres, empêcheurs de tourner en rond, se retrouvent parfois "noyés" dans une flaque d’eau, ou "suicidés" de deux balles dans la tête. Mais les armes sont, avant tout, "administratives", forgées dans "La Loi". Affutées dans le secret des décisions de corps "constitués" ou "élus" : arrêtés municipaux, expropriations sans concertation avec les “victimes”, etc.

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Istanbul ?... Le maire était un infatigable partisan de l’éradication du parc de la ville. Normal, il est milliardaire et possède des chaînes de magasins. Alors, des galeries marchandes à gogo, de quoi rêver… Le constructeur de ce pharaonique projet ?... Le gendre d’Erdogan lui-même. Comme chacun sait, on ne peut rien refuser au gendre d’un premier ministre. Alors, des arbres… (2)

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Encore et toujours, l’éternelle lutte entre les prédateurs et leurs proies, les parasites et ceux qu’ils rongent jusqu’à l’épuisement. Entre les ploutocrates et leurs serfs, astreints à subir leurs désirs comme étant la réalité…

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Le racket biotechnologique

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Nombreuses actuellement : prises de conscience, revendications, protestations, mobilisations se développent à grande échelle. Notamment dans les pays dits “riches”. Dans la censure médiatique, inévitablement. Dès lors qu’il ne s’agit plus de diaboliser un Etat, avec son “régime” et sa religion, qui afficherait des velléités d’indépendance économique et politique par rapport aux diktats de l’Occident.

Monsanto : Un Combat Planétaire...

Occultant, par exemple, les colossales, permanentes manifestations aux USA dites du "contre le 1%". Le peuple américain dénonçant depuis des mois les politiques antisociales de leur gouvernement au service du 1% des super-riches spoliant 99 % du reste du la population. Ou encore celles continuelles, depuis d’interminables semaines, des amérindiens des réserves au Canada, accablés de mesures racistes, discriminatoires, volés de leurs terres ancestrales au riche sous-sol, acculées à la pauvreté permanente. Quel est le JT qui, en Europe, les a évoquées, ne serait-ce que 10 secondes ?...

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Ou encore celles immenses qui se sont déroulées, en cette fin de mois de mai, dans le monde : 436 villes, 52 Etats. (3)

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Rien qu’aux Etats-Unis de l’Alaska à la Floride ! Des milliers, des centaines de milliers de personnes. Calmement, en famille… Connaissez-vous un média, autre qu'alternatif, nord-américain ou européen les ayant mentionnées ?... (4)

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Impressionnantes, ces manifestations avaient pour cible la sinistrement célèbre firme de produits chimiques, internationalement connue : Monsanto. Sujet tabou pour nos médias de la presse et de l’audiovisuel rongés de corruption. On ne bouscule pas une des “vaches sacrées” de nos ploutocraties !...

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Mais, pour des citoyens vigilants quant à la santé de l’Humanité, à la protection de l’environnement de notre planète et à la garantie de sa survie, Monsanto représente un des plus graves dangers d’empoisonnement et destruction de la vie sur notre Terre. Entretenus, par tous les moyens, dans l’implacable rapacité de richissimes et irresponsables "affairistes-spéculateurs", inconscients ou indifférents quant à l’enjeu sanitaire et alimentaire. Pour les générations actuelles et futures.

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Monsanto : au cœur d’un combat planétaire. Quels que soient continents et pays… (5)

                                                          Y'a Bon Pesticide !...

Y'a Bon Pesticide !...

Doublé d’une lutte acharnée contre la collusion entre l’agrochimie et les politiciens professionnels, assistés des médias transformés en vecteurs de propagande. Imposant au reste des populations lois et textes au seul profit des actionnaires de ces groupes industriels. Spécialisés dans la fabrication, la vente de produits toxiques ou issus de la manipulation génétique. Dont la dangerosité, ou dans le meilleur des cas "l’incertitude de leur dangerosité", sont prouvées. Tant les pesticides et herbicides que les semences génétiquement modifiées.

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Le nom de Monsanto étant mêlé de longue date aux catastrophes ou ravages contre la santé humaine et animale engendrées par les produits chimiques ou les manipulations génétiques, aux conséquences à terme mal maîtrisées : PCB, dioxine, agent orange, hormone de croissance bovine. Sans oublier son best seller, l’herbicide le plus vendu dans le monde, à l’extrême toxicité dénoncée sous toutes les latitudes : le Roundup. (6) A présent, OGM et PGM…

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L’instrumentalisation des institutions et législations "démocratiques" décuplée par une incessante désinformation, détermine une authentique confiscation du "pouvoir citoyen". Cette anesthésie de l’expression, du respect des intérêts et de la volonté de la majorité d’une collectivité aboutit à l’instauration d’une autocratie, d’un nouveau totalitarisme.

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Les imposantes manifestations à l’encontre de Monsanto en sont l’éclatant refus. Se voulant aussi une dénonciation de la corruption, morale ou financière, ou les deux à la fois, des représentants "élus" d’un peuple qui ne retrouve pas la défense de ses intérêts dans leurs décisions. Et, en est même choqué.

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Dont le vote récent, par le Congrès des Etats-Unis, d’une loi sur la généralisation de l’utilisation des OGM au profit du chimiste : le « Monsanto Protection Act ». Accordant à ce géant une protection législative hors du commun, notamment lors d’éventuels contentieux. La vente ou la distribution de ses produits ne pourront être suspendues, en effet, par des actions devant des tribunaux, quelles que soient les expertises contradictoires, demandées ou ordonnées.

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Ce type de législation complaisante rend l’exposition au danger chimique des populations encore plus préoccupant. De plus, il illustre tragiquement la faiblesse du pouvoir politique, pour ne pas dire la “complicité”, face à ces géants aux poches bourrées de milliards. Préférant mettre en danger leurs citoyens et les générations futures. Le niveau de corruption atteint traduit une faillite des " valeurs et mécanismes démocratiques" actuels.

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Certaines de ces dérives sont publiques, parmi toute une série : un des sénateurs corédacteur de la loi a reçu des milliers de dollars de Monsanto pour financer ses campagnes électorales ; ou encore, un membre de la Cour Suprême statuant sur la constitutionnalité de la loi, Clarence Thomas, a été un des avocats du groupe… (7)

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Abus et cynismes, justifiant la mobilisation des associations et de tous les citoyens engagés dans la protection de la nature, de la santé et de l’alimentation. Et, dans le même élan, pour la “réforme” des institutions démocratiques…

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En Europe, en France, nos propres parlements, et autres organisations représentatives chargées d’assurer la protection des populations, ne résistent pas davantage à ces "pressions" que leurs équivalents nord-américains. Comme le rappelle le chercheur Jacques Testart :

« L’Agence européenne de sécurité alimentaire (AESA ou EFSA en anglais) qui règne sur la culture ou l’importation des PGM (Plantes Génétiquement Modifiées) dans l’Union Européenne en délivrant des avis à la Commission. […] En une quinzaine d’années l’EFSA a donné son feu vert à plusieurs dizaines de PGM, sans en refuser aucune ». (8)

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S’ajoute une dimension excessivement nocive de l’action de ces chimistes à l’encontre de nos collectivités et de l’économie planétaire : celle de planifier, organiser, le contrôle absolu et irrévocable de l’alimentation mondiale par le biais des semences. Ce qu’occultent, une fois de plus, nos politiciens et médias soudés dans la même omerta :

« … les multinationales ne souhaitent que maximiser leurs profits en s’appropriant les semences, en couplant leurs plantes brevetées avec des intrants chimiques obligatoires, en réduisant le travail intelligent du paysan à des pratiques stéréotypées, et finalement en visant le contrôle de l’alimentation mondiale. » (9)

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Mainmise sur le patrimoine génétique alimentaire mondial dans un racket à la Al Capone par une poignée de multinationales :

« … les grandes firmes (Monsanto, Bayer, Syngenta, BASF, DuPont) déposent des containers de brevets sur les gènes dépistés dans les plantes naturelles, celles sélectionnées depuis 10 000 ans par les paysans, dans le but de les inclure dans les plantes transgéniques, lesquelles seront payantes. » (10)

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Poussant leurs prétentions tous azimuts, une des grandes spécialités de Monsanto, jusqu’à essayer d'imposer le droit des brevets sur des jambons de porcs nourris avec des PGM (Plantes Génétiquement Modifiées) !… No Limit… (11)

Du pareil au même...

Du pareil au même...

Complicité des Autorités Sanitaires et du Charity Business

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Ces groupes chimistes, devenus des apprentis sorciers de la manipulation génétique, en interaction avec l’agro-industrie, imposent effectivement une expansion quasiment incessante de leurs intérêts exclusifs. Au détriment de la santé de l’Humanité et de l’équilibre de l’écosystème de notre Planète.

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Bénéficiant, comme nous le savons tous, de la complicité traditionnelle, grassement et discrètement rémunérée, des politiciens et médias. Mais encore plus grave, du fait de son effet accélérateur, du soutien aveugle du "monde scientifique", de plus en plus gangréné au niveau de son expression qui devrait être irréprochable : les "autorités sanitaires", sous toutes leurs formes.

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Pire ! Ces métastases du cynisme irresponsable s’étendent, à présent, aux associations caritatives. Que les anglophones ont la lucidité de qualifier pour ce qu’elles sont devenues dans leur réalité quotidienne : le "Charity Business".

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i) "Mandarins - - Inquisiteurs"

Monsanto : Un Combat Planétaire...

Malgré les perpétuels obstacles qu’on leur oppose, des chercheurs déterminés à exercer loyalement leurs disciplines, soucieux de préserver la sécurité sanitaire de nos collectivités, essayent d’alerter opinions et responsables politiques. Dénonçant les inadmissibles manquements à l’éthique et au respect élémentaire de toute recherche, expertise et contrôle, scientifiques portant sur les pratiques et produits potentiellement dangereux.

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Jacques Testart, dans un témoignage accablant, rappelle que L’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA) a ainsi autorisé le maïs transgénique élaboré par Monsanto - le MON 810 - dans des conditions scientifiques dénuées de tout fondement sérieux, fiable et honnête. Ou encore, fondé ses décisions sur un maïs génétiquement modifié le "Smart Stax", particulièrement redoutable par ses implications à terme (fabriquant 6 insecticides et tolérant 2 herbicides !), d’après une simple étude de 42 jours sur le poulet… (12)

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Cette "agence européenne" multipliant les réticences pour améliorer les tests d’évaluation, rendre publiques les études et leurs méthodologies, ignorant les impacts socio-économiques sur les milieux agricoles. S'efforçant, au contraire, d'alléger ces contraintes de "sérieux scientifique" aux conséquences pourtant incalculables pour la protection de la santé et de la sécurité des populations, du monde animal et de l'environnement. (13)

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La France, évidemment, n’échappe pas à cette spirale. Loin de là ! Donnant l’exemple des pratiques inquisitoriales d’un autre siècle. Pourchassant, dans l’étalage d’un obscurantisme moyenâgeux, le blasphème et l'hérésie. S’acharnant sur ceux qui contestent les "dogmes" par leur esprit critique, leur conscience professionnelle.

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Terrible témoignage : une publication scientifique par un groupe de chercheurs de Caen éditée en septembre 2012 dans une revue spécialisée internationale "Food and Chemical Toxicology", qui aurait dû être considérée avec fierté par la communauté scientifique française, a été l’objet d’une véritable "chasse à l’homme". (14)

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Cette étude d'une qualité exceptionnelle avait le tort, il est vrai, d’exposer les résultats de travaux de recherches de 2 ans sur des rats consommant du maïs transgénique (NK 603 de Monsanto) ou du Roundup (l’herbicide que ce maïs tolère grâce à sa modification génétique). Malgré la farouche opposition du fabricant de coopérer à l’étude : refus de procurer des semences transgéniques, de communiquer ses propres études, etc. Prouvant, dans une impeccable rigueur méthodologique, les ravages de ces produits pour les organismes vivants.

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Ce qu’on a appelé « l’Affaire Séranili », provoquant un déchaînement des lobbies des groupes chimiques et des mandarins du monde scientifique à leur solde : campagnes de "décrédibilisation" dans tous les médias contre ces chercheurs, diffamations, menaces personnelles en tous genres, jusqu’à vouloir intimider l’éditeur…

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Beaucoup de chercheurs scrupuleux et courageux sont ainsi à intervalles réguliers, médiatiquement et académiquement, "assassinés". Citons quelques uns d’entre eux, tombés au champ d’honneur en Europe et ailleurs (15) :

=> Arpad Puztai, exclu de l’Institut Roswell (Aberdeen – Ecosse) : Toxicité d’une pomme de terre GM sur la structure intestinale des rats (1998).

=> Ignacio Chappela, suspendu de l’université de Berkeley (Californie) : Contamination des maïs rustiques mexicains par du maïs GM (2001).

=> Manuela Malatesta, exclue de l’université d’Urbino (Italie), à la suite d’une étude de 2 ans démontrant l’altération des foies de rats nourris de soja OGM (2002).

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Qu’en est-il de la défense de nos pays et populations, aux budgets militaires et sécuritaires colossaux (plus d’une cinquantaine de milliards d’euros annuels, rien qu’en France…) en augmentation constante et sans contrepartie en recettes ?... Gouvernements, quels que soient les partis au pouvoir, incapables d’imposer un minimum de contrôles, d’exercer la moindre vigilance, dès lors qu’il s’agit de protéger la santé humaine, animale et environnementale.

ii) “Philanthropes - Spéculateurs”

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Le financement partiel de la recherche publique par des groupes privés, de fait un “noyautage”, renforce cette mainmise non seulement sur les orientations de la recherche fondamentale mais, encore plus désastreux, anesthésie complètement l’indépendance des autorités de contrôle sanitaire. Dont les membres, issus du monde académique, se retrouvent en catimini : juges et parties…

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Cette double éradication, de l’indépendance de la recherche publique et du pouvoir de décision des autorités sanitaires, représente un des plus pressants et graves dangers posés à nos collectivités.

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Apparaissent ainsi, dans le silence de la désinformation : tomates au goût infect, tiges de maïs cassant sous le vent, fibres de coton se délitant dès leur récolte, prunes aux pulpes indécollables de leurs noyaux, melons explosant à l’approche de leur maturité, vaches sans queues, saumons aux têtes monstrueuses, proliférations des cas de diabète chez les bovins ou les porcs. Stérilités et mortalités précoces en augmentation exponentielle…

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Malgré tous ces signaux d’alerte, avertissements et témoignages, inconscients du danger d’autres acteurs se ruent dans cette nouvelle chasse au trésor que représentent les fabuleuses marges et marchés “captifs” des pesticides et manipulations génétiques : les associations caritatives ou philanthropiques. Emblématique du niveau d’irresponsabilité atteint par nos nomenklaturas déboussolées de voracité…

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Et non des moindres, car on y trouve les plus grands noms du “Charity Business”. Le plus renommé et le plus richement doté, même : La Fondation Bill et Melinda Gates. Adossée à la fortune du principal actionnaire-fondateur de Microsoft…

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Pensez-vous que cette fondation au statut fiscal privilégié applique le code de cette nouvelle éthique du monde des affaires qu’on nomme “Investissement Socialement Responsable” (SRI en anglais) ?... Pas du tout. Aux antipodes de ce nouvel apostolat !

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En août 2010, la Fondation Bill et Melinda Gates a acquis 500 000 actions de la société Monsanto. Nom associé pourtant aux pires crimes de guerre commis dans l’histoire de l’Humanité, à l’encontre des populations civiles du Vietnam par l’épandage massif de son produit phare : “l’agent orange”… (16)

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Pour rire de cette farce, associations et militants de la défense des libertés brocardaient ce mariage caricatural, sous la bénédiction de la “Libre Concurrence” et du “Dieu Marché”, entre 90 % du marché des logiciels informatiques et 90 % du marché mondial des semences transgéniques et des semences commerciales du monde…

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Trajectoire logique pour cette fondation qui s’est manifestée, avec ténacité, par ses innombrables financements à destination des recherches transgéniques en faveur d’universités et centres d'études. Du plus modeste : 1,6 million de dollars aux chercheurs de l’Etat de Washington pour développer des variétés de blé OGM résistant à la sécheresse. Au plus plantureux : 26,8 millions de dollars à l’université Cornell (Etat de New York) pour des recherches sur le blé transgénique.

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En passant par le plus sophistiqué, genre usine à gaz propice aux "fuites organisées" : création d’un fonds de 880 millions de dollars pour créer un programme mondial sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, “Global Agriculture and Food Security Program”. Géré par la Banque Mondiale pour prendre en compte le “problème de la faim et de la pauvreté dans le monde”.

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Ou s’associant à d’autres associations "philanthropiques". Mentionnons celle, en 2006, avec la Fondation Rockefeller « fervent promoteur des OGM à destination des populations pauvres ». Créant l’Alliance for a Green Revolution in Africa (Agra), “Alliance pour la révolution verte en Afrique”, finançant la distribution des semences OGM et produits chimiques vendus par Monsanto, DuPont et Syngenta, aux “populations pauvres”… (17)

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Certaines de ces "populations pauvres" regroupées dans des associations de lutte contre ces manœuvres d’empoisonnement collectif protestent énergiquement, malgré le silence complice de leurs politiciens. Notamment au Kenya :

Agra est un poison pour nos systèmes de production et moyens de subsistance. Sous la bannière philanthropique du développement agricole, l’Agra finira par ronger le peu qui reste de l’agriculture durable en Afrique.” (18)

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Face à ces rouleaux compresseurs, comment lutter ?...

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Où se trouvent « Démocratie » et « Droits de l’Homme », valeurs fondamentales de nos contrées nous dit-on, dans ces comportements, pratiques, mentalités et combines ?... Excluant tout débat public et recherche publique, en mesure de garantir l’indépendance des décisions politiques impliquant le droit à la santé de la Personne et le respect de son Environnement naturel ?...

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En France, comme ailleurs, qu’en est-il de notre libre arbitre, de notre “souveraineté”, ce droit imprescriptible d’autodétermination ?...

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En fait, après l’abandon de notre souveraineté diplomatique, militaire, économique, financière, sociale, constatons lucidement la fin de notre : “souveraineté alimentaire et sanitaire”.

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Le système mafieux instauré par les actionnaires de l’agrochimie, dissimulant leur rapacité prédatrice sous les vocables sanctificateurs “mondialisation” et "lutte contre la faim dans le Monde", régentant nos institutions politiques par la corruption, ne cesse d’élargir l’emprise du totalitarisme dont nous sommes devenus les adeptes serviles et analphabètes.

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Totalitarisme jusque dans nos assiettes, notre métabolisme. Bientôt, dans notre ADN…

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« Laissez faire ! – Pas d’entraves à la liberté d’entreprendre ! – Gloire à l’Autorégulation ! », scande dans nos médias le chœur des dévots illuminés du « Dieu Marché » !

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Si, nous, citoyens de cette Planète, ne prenons pas à la gorge ce servage oligarchique, ne maîtrisons pas dans une poigne d’acier ce despotisme affairiste,

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Si nous n’imposons pas, dans une authentique “laïcité”, la séparation de l’Etat et de cette nouvelle religion, ou fanatisme radical, à prétention scientifique,

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Si nous n’agissons pas, prostrés dans la béatitude consommatrice, tête méticuleusement vidée pour la pub, nous finirons, dans une “nouvelle civilisation”, certes.

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Mais…

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En vaches folles.


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1. Hannah Arendt, Le Système Totalitaire, Le Seuil, 1972.

2. Pepe Escobar, Erdogan risks the « must go » path, Asia Times, 3 juin 2013, http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-01-030613.html

3. Challenging Monsanto : Over two million march the streets of 436 cities, 52 countries, [Manifestations contre Monsanto : Plus de 2 millions de marcheurs dans les rues de 436 villes, de 52 pays], RT, 24 mai 2013, http://rt.com/news/monsanto-gmo-protests-world-721/ & http://on.rt.com/7def4c

4. From Alaska to Florida: Americans take to streets against Monsanto and GMOs, [De l'Alaska à la Floride : Les Américains manifestent dans les rues contre Monsanto et les OGM], RT, 25 mai 2013, http://on.rt.com/hbbzf7

5. Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto – De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, Editions La Découverte/ARTE Editions, 2008. Ouvrage dont je recommande vivement la lecture !

6. Marie-Monique Robin, Op. Cit., pp. 80 – 100.

7. Challenging Monsanto, Op. Cit.

8. Jacques Testart, A qui profitent les OGM ?, CNRS Editions, 2013, p. 19 & 20.

9. Jacques Testart, Op. Cit., p. 71.

10. Jacques Testart, Op. Cit., p. 25.

11. Jacques Testart, Op. Cit. p. 17.

12. Jacques Testart, Op. Cit.

13. Cf. l’analyse critique de Frédéric Jacquemart, Expertise des OGM : l’évaluation tourne le dos à la science, inf’OGM/GIET, 2012, cité par Jacques Testart, Op. Cit., p. 20.

14. Séralini, ouvrage collectif, « Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize », Food and Chemical Toxicology, septembre 2012, p.39.

15. Marie-Monique Robin et Jacques Testart, Op. Cit.

16. Eva Lacoste, Le mariage Gates et Monsanto : attention, danger pour le planète, “Golias Hebdo”, n° 160, semaine du 25 novembre au 1er décembre 2010, http://www.votresante.org/suite.php?dateedit=1291049997

17. Eva Lacoste, Op. Cit.

18. Eva Lacoste, Op. Cit.

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Photos : manifestations contre Monsanto aux USA - mai 2013.

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Caricatures :

=> Carlos Latuff sur les révoltes en Turquie. Voir l’excellente série qu’il vient d’éditer sur les manifestations en Turquie : http://latuffcartoons.wordpress.com/2013/06/

=> Blog d’Azim : http://www.azim-bd.blogspot.fr/
=> Page Facebook de Jakob : https://www.facebook.com/pages/Jakob-Dessinateur/453730571370617?fref=ts

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N.B. La "nouvelle plateforme" de l’hébergeur de ce blog étant actuellement bourrée de "bugs", je me suis trouvé contraint d’utiliser des points afin de pouvoir formater les paragraphes dans la rédaction. Sinon : une vraie bouillie...
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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 15:50

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« Aujourd’hui, au sommet de leur achèvement, le capitalisme et le libéralisme engendrent les inégalités, la violence, la pauvreté, l’aliénation des travailleurs et la destruction d’un monde viable pour les générations futures ; bref, l’exact opposé du progrès humain. »

Jacques Généreux (1)

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Contes, légendes, et croyances…

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Quoi de plus rafraîchissant, apaisant, en ces temps de crises aux multiples facettes ! Face à l’inéluctable, croire au merveilleux. Se nichant souvent dans des endroits inattendus.

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Un des plus distrayants, actuellement, pétille à grosses bulles dans l’élection du président du MEDEF. L’effervescent syndicat des “grands patrons”.

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En fait, dans la désignation du porte-parole officiel du grand patronat.

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Car, détenant tous les médias de l’audiovisuel et de la presse, la bonne parole de cette caste de grands prêtres est entretenue en permanence. Au point d’être devenue la Bible, le Coran, ou les Mantras, de nos politiciens de tous bords.

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Oui, nous sommes bien face à la nouvelle religion formatant nos sociétés, en France et ailleurs.

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Partout où s’impose la croyance au “Dieu Marché”…

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Qui, de sa main invisible, magnanime, agit en “Grand Régulateur” de nos collectivités. Répartissant, dans la neutralité de sa justice, ses récompenses pour les bons, les méritants, les ineffables entreprenants ou entrepreneurs, ce qui revient au même.

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Et, inévitablement, ses sanctions pour les moins méritants, inaptes à comprendre l’impérieuse nécessité pour tous de se plier à la loi des plus forts et des plus intelligents. De se comporter en dignes serviteurs zélés à l’égard des détenteurs du “génie d’entreprendre”.

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En commençant par se serrer la ceinture sur commande, et vider quotidiennement ses poches (le denier du nouveau culte se dénommant TVA) au seul profit de ce vorace clergé escorté de ses bedeaux. Sans oublier, autres bénéficiaires obligés, leurs ascendants, collatéraux et descendants.

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Un MEDEF Sur La Banquise…

Ma fibre républicaine et laïque s’étonne toutefois du profond silence, intergalactique par sa subite dimension en expansion permanente, des énergiques défenseurs de la “laïcité républicaine”…

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La République, m’a-t-on ânonné depuis le biberon, accueille avec bienveillance toutes les croyances et légendes, mais s’insurge implacablement, rigoureusement, dès lors qu’une tentative d’imposer un credo, quel qu’il soit, à l’ensemble des citoyens pointe le nez. Pire, prétendant l’imposer par des lois.

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Mais, où sont-ils ces chevaliers courageux défenseurs de "la laïcité", inquisiteurs implacables de la pureté républicaine ?... Si agités et vibrionnant d’habitude, bondissants d’un média à l’autre, dès qu’il y a un voile ou un foulard en vue.

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Soudainement, muets comme des fers à repasser.

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Certains assurent qu’ils seraient “vendus”. Ce sont des médisants. Moi, je ne le crois pas. Je les imagine, au contraire, plongés en méditation transcendantale pour préparer une riposte à cette mainmise sur nos institutions, à ce pillage de notre collectivité. A ce despotisme spoliateur.

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C’est vrai, à entendre les prêches de cette caste d’êtres exceptionnels, la planète, depuis des millénaires, leur doit ses progrès. Exigeant des privilèges leur revenant, en conséquence, de droit.

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Ces grands patrons, en fait “grands actionnaires”, devrait-on dire, qu’imposent-ils à la collectivité qu’ils régentent ?...

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Des dogmes.

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L’avantage, le confort, de cette religion, je le reconnais, c’est le simplisme de sa métaphysique :

« Tout pour Moi - Rien pour les Autres ».

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Pas d’impôt, évidemment, comme toutes les castes d’élus de droit divin l’ont exigé dans l’Histoire de l’Humanité. Ou si peu, qu’il en devient symbolique.

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Productivité” oblige, affirment-ils !... Pas d’impôts ! Pas de "charges" !

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Un MEDEF Sur La Banquise…

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Oui !... “Améliorer la Compétitivité” passe par le licenciement et la fermeture d’usines dans nos pays, pour employer de la main-d’œuvre de contrées lointaines dans des conditions d’exploitation et d’esclavage innommables. Le Bengladesh, en ce mois de mai, vient de nous le rappeler : une "usine" de confection de 9 étages, sous-traitante des grandes marques internationales s’est écroulée, tuant plus de 1.155 personnes

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Par de multiples privilèges fiscaux, sur leurs revenus, sur la transmission de leurs patrimoines, sur leurs châteaux (souvent entretenus aux frais de l’Etat en tant que “patrimoine historique”), tableaux ou œuvres d’art, et autre "signes extérieurs", discrets ou pas, de richesse. Surtout, ne jamais toucher aux revenus de la spéculation.

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Encore moins, aux paradis fiscaux (Ciel ! Mon Yacht et ma Caisse Noire “logés” aux Bahamas !...)! Comment ne pas les comprendre ?... Eux, envoyés directement du Paradis sur Terre, pour apprendre le bonheur à leurs ouailles, trop stupides pour ne pas bêler de reconnaissance du matin au soir.

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Ah !... L’ingratitude…

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Ne jamais remettre en cause les oligopoles qu’ils ont édifiés, en complicité avec les politiciens dont ils assurent la carrière : une poignée de clans se répartissant un marché national (grande distribution, marchands de canons, télécoms, audiovisuels, banques, assurances, distributeurs d’électricité, d’eau, et autres services publics…).

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La "libre concurrence" ne s’appliquant qu’aux artisans, commerçants, ou petites entreprises. Jamais à Eux, “Les Elus” !

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Maintenir la vieille et inusable recette du “génie d’entreprendre” : « Privatiser les profits - Etatiser les pertes ».

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Récemment la France, suivant en cela les autres oligarchies adoratrices du “Dieu Marché”, aux caisses prétendues vides, s’est illustrée dans une magnifique démonstration de son obéissance à la théologie imposée. Déversant 500 milliards d’euros pour renflouer des banques en faillite après avoir joué à l’économie-casino.

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Refuser “l’intervention de l’Etat”, mais l’obliger à lui accorder aides et subventions permanentes. Comme financer la recherche et le développement, par des fonds gratuits, déguisés en « crédits d’impôts », ou l’apport scientifique non rémunéré, mais fondamental, des universités…

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Nous sommes nombreux, néanmoins, à nous demander depuis longtemps ce que ce "génie d’entreprendre" serait en mesure d’accomplir s’il vivait seul, sur la banquise… (2)

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Il réclamerait, immanquablement, à la collectivité des ingénieurs, cadres, techniciens et ouvriers qualifiés, pour mettre en œuvre son "idée géniale", son "dynamisme entrepreneurial", de la conception au processus d'élaboration, sinon…

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Il réclamerait, fatalement, le support de l’épargne de la collectivité, publique et privé pour financer la réalisation de sa "géniale idée "…

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Il réclamerait, assurément, à la collectivité des locaux, des infrastructures, pour acheminer son matériel, de production, de fabrication, de stockage, d’expédition et de transport. Jusqu’à des terrains viabilisés, tels ces terres agricoles transformées en zones industrielles et commerciales, sur les fonds publics, et cédées à deux sous pour arrondir les patrimoines immobiliers.

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Il réclamerait, certainement, à la collectivité, un "bassin de consommateurs" sur son territoire ou ailleurs, pour acheter, vendre, louer, etc. Sans clients, surtout captifs sous forme de services publics privatisés, le génie s’essoufflerait vite …

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Finalement sur la banquise… Sans la collectivité, sans un Etat, que vaut le "génie d’entreprendre" ?...

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Et, si ce n’était que de l’esbroufe imposée par une secte spécialisée dans l’arnaque à la crédulité ?...

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Crédulité dans des dogmes, maintenue par lavage, ou lavement forcé, de cerveau.

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(1) Jacques Généreux, L’Autre Société – A la recherche du progrès humain, tome 2, Seuil, collection Essais, 2009, p. 390.

(2) Cf. Jacques Généreux, Op. Cit., P. 342.

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Illustration du caricaturiste Chinois Liu Rui, Global Times, 16 Mai 2013, Global Profits Built on Bangladesh Deathtraps [Les Profits de la Mondialisation Edifiés sur les Pièges Mortels du Bengladesh]...

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 17:30

 

 

« Nous ne souhaitons pas vivre avec la réalité, mais elle existe. Autant la reconnaître. »

J. K. Galbraith (1)

 

 

 

Menhir ou Cassette ?

 

Et, fin 2012 : le ciel nous tomba sur la tête !…

 

gold-coins.jpgObélix, une de nos gloires nationales, menhir sur le dos, Idéfix sur les talons, claquant des dents, s’enfuyant de son village gaulois face aux légions fiscales armées jusqu’aux oreilles. Se réfugiant, apeuré, chez nos frères Belges. Beaucoup de ses concitoyens criant à la lâche trahison !

 

Pire ! Aux dernières nouvelles : terrorisé à l’idée qu’un drone, porteur des foudres fiscales, ne franchisse la frontière, traversant l’Europe, infatigable coureur des steppes, pour s’abriter à Saint-Pétersbourg. Comme le fit une grande partie de nos aristocrates refusant l’abolition de leurs privilèges par la Révolution Française…

 

Entre deux cueillettes de gui, druides et bardes officiels, prêcheurs de la Bonne Parole, “pensée unique” ou “prêt-à-penser”, se sont efforcés de calmer la fureur villageoise. Décuplant, foisonnant, apparitions et déclarations, pour justifier son errance affolée : Elie Semoun, Arthur, Gad Elmaleh, Enrico Macias

 

Aussi nombreux que dévoués… Notre peuplade a une chance rare d’être comblée par autant de talents et de vertus. Je suis encore ému par cet élan spontané de solidarité, la profondeur de la réflexion de cette élite de l’art et de l’éthique. Ils ont raison : Obélix a le droit de manger gratuitement son sanglier quotidien, arrosé de cervoise belge ou de vodka !

 

Et même d’avoir, comme eux, une collection de passeports ! Fut-il offert par les Russes ! Qui, hilares, dans une réponse du berger à la bergère, rééditent l'accueil précipité mais parfaitement organisé, bras ouverts et passeports à la main, par les politiciens français et surtout britanniques, des oligarques qui avaient pillé la Russie sous Eltsine. La rongeant jusqu’à l’os, pour le plus grand profit des occidentaux.

 

Pourquoi tout ce tintouin ?

 

Ce n’est pas le premier, et ce ne sera pas le dernier, à se désolidariser de la communauté qui les a fait vivre, éduqués, promus, enrichis…

 

Quelque temps avant lui, un rocker déglingué s’était réfugié chez nos cousins Helvètes. En fin de carrière, usé jusqu’à la corde de sa guitare désaccordée. Je pensais qu’il voulait se refaire une santé au milieu de vaches et chalets. Mais, non ! Il vient, chaque année, se produire en concert dans nos villes : n’y retournant qu’après avoir rempli sa cassette. Le marché local, où il est un quasi-inconnu, ne fournirait pas assez de “veaux payants”.

 

Restons équitables : les riches “artistes”, une minorité dans la communauté artistique, ne sont pas seuls à partager ces syndromes. Loin de là ! Capitaines d’industrie, et autres spéculateurs, forment le gros du troupeau.

 

L’un d’eux, aux milliards générés dans la reprise d’entreprises « en difficulté », ramassant à vil prix joyaux industriels et commerciaux, en cheville avec « banksters » et « cabinets ministériels », menace ainsi de quitter le village gaulois. Pour s’installer, lui aussi, en Belgique… Une des premières fortunes d’Europe ! Même des membres éminents de la fonction publique, posant en “serviteurs de l’Etat”, ont montré le chemin :

« Philippe Jaffré, l’ancien patron d’ELF, n’hésite pas, fortune faite, à s’exiler en Belgique pour fuir la fiscalité d’un Etat qui l’a formé et payé pendant ses études. » (2)

 

J’éprouve de la compassion pour ces « has been », « stars » en voie d’extinction… Du Business ou du Show Business, ce qui est du pareil au même. Incapables de se renouveler, gloires fanées aux ego en papier mâché, réduites à se croire uniques et indispensables. Leur panique à l’approche du terminus, devant la fin de ce dont ils pensaient jouir jusqu’à la fin des Temps, les rend avares au dernier degré. L’acte de posséder, la rétention, devenant pour eux gage de sécurité et même, en Faust halluciné, d’éternité.

 

Freud et Keynes (3), immergés pourtant dans deux disciplines apparemment éloignées, ont été les premiers à percevoir et analyser cette “pulsion de mort” liée au capitalisme sauvage, cette voracité implacable pétrie d’égoïsme aveugle. Dans un livre stimulant, Gilles Dostaler et Bernard Maris ont brillamment rapproché la correspondance de ces deux éminents penseurs sur le sujet. Faisant ressortir combien :

« … l’argent est un objet étrange qui à la fois calme l’angoisse – vous disposez d’un stock de précaution – et l’accroît.
[…] Il joue un rôle dominant dans les sociétés où les rapports de domination sont plus anonymes, il permet de ne plus regarder les hommes dans les  yeux… » (4)

 

Toutefois, ma commisération connaît des limites : l’impossibilité, en termes polis, de me vendre un grille-pain pour une imprimante laser…

 

antique-trunk-1.jpg

 

 

Courage fuyons ! 

 

Fuyards, déserteurs, traîtres, lâches, collabos, sont la contrepartie inévitable de l’héroïsme, de la générosité, de la solidarité, dans toute collectivité. Même Jésus et ses disciples ont eu leur Judas. Face au danger, crise, bouleversement, chaos, il est inévitable d’être confronté aux adeptes du « Courage ! Fuyons ! »…

 

Pourquoi pas ?... Ne jugeons pas. Libre à chacun d’assumer ses choix et ses actes. Mais, les transfigurer en victimes, dans un contexte romancé par des désinformateurs : non !

 

Le hasard me fit entendre les propos de Maurice Lévy, sur la course au trésor d’Obélix, lors d’un entretien avec la chaîne américaine CNBC (5), chaîne TV spécialisée dans l’information économique et boursière. En réalité, dans la spéculation et l’économie-casino.

 

Nullement surpris, je contemplais la vertigineuse cascade de clichés se déversant sur le journaliste américain béat de niaiserie. A tel point, que ce dernier demanda au PDG du groupe Publicis (6) s’il fallait que les « Français deviennent Américains »… Dans son esprit, évidemment : que les Français, hommes des cavernes, deviennent enfin civilisés, adeptes de la modernité, et dignes de vivre au XXI° siècle.

 

A entendre ce porte-parole de l’oligarchie de notre pays (7), "ruling elite" comme disent les anglophones, les Français détesteraient les riches, la réussite, le succès, le dynamisme, l’esprit d’entreprise, etc. A l’en croire, la France serait confrontée à une émigration massive de l’intelligence, du talent et du génie d’entreprendre. Tous les poncifs, mensonges et désinformations, cuits et recuits, que la propagande ultralibérale ne cesse de servir à la louche depuis des décennies. (8)

 

Toute cette logorrhée pour arriver à l’inévitable, obsessionnel, commandement, credo, axiome : « Cut spending » ! L’Etat doit « sabrer dans ses dépenses ». Pour ces esprits simplistes, parfaitement représenté par Maurice Lévy, le non paiement des impôts par ceux qui le doivent est à compenser par la diminution des dépenses publiques. Dans un impitoyable slogan : « Tout pour moi. Rien pour les autres ».

 

Je me suis toujours demandé comment Elizabeth Badinter, en tant qu’actionnaire principale du groupe Publicis, pouvait soutenir pareil paradoxe. Comment cette éminente philosophe, vigilante gardienne du temple de “L’Ethique” dans notre pays, s’accommode-t-elle d’un tel concentré de cynisme chez le dirigeant de son groupe ?... Personnage d’une incommensurable stupidité. (9) Il est vrai que dans les hiérarchies de la “pub” et de la “com”, journalisme hors concours, la densité au m² de la prétention imbécile est certainement une des plus élevées du monde de l’entreprise… (10)

 

Rien de surprenant à voir tous les médias, aussi bien français qu’étrangers, propriétés des praticiens de la spéculation boursière et des rentes de situation, se lancer dans une campagne de désinformation dénonçant “la chasse aux riches”. Style : « Touche pas à Mon Riche !… »

 

Sachant que l’application des 75% d’impôts au-dessus d’un seuil de revenus supérieurs à un million d’euros n’est qu’une mesure symbolique. A but essentiellement démagogique, pour endormir l’opinion publique quant aux sauvages mesures d’austérité qui vont accabler la majorité de la population.

 

Symbolique pour les privilégiés, tant il existe mille et un procédés "d’optimisation fiscale", ou "d’ingénierie fiscale", afin d’éviter d’entrer, en tout ou partie, dans cette catégorie. Mais, la France ne doit pas donner le mauvais exemple. Même au niveau cosmétique… La pression de la ploutocratie, apatride ou internationale, est énorme.

 

Dans son argumentaire, s’opposant par tous les moyens à toute fiscalité, on remarque chaque fois les mêmes vecteurs de propagande, démontrant une véritable pathologie. La voracité, le principe d’accumuler correspond à ce que des spécialistes appellent la « névrose libérale », pour reprendre le titre d’un ouvrage de Jean-Claude Liaudet (11). Dont je recommande la lecture, ayant déjà eu l’occasion de le citer dans un de mes précédents billets, Bouclier Fiscal : Ubu en talons aiguilles. (12)

 

Jean-Claude Liaudet, en décrit parfaitement les symptômes (13) :

 « … Les grands traits … constitutifs de la névrose collective libérale : mégalomanie et volonté de toute puissance ; refus de toute loi vécue comme contrainte, comme empêchement de “liberté” ; ignorance d’autrui ; sadisme ; goût pour la collection et le maniement des matières ; découverte de la propriété comme partie du corps (l’étron) … avec, en fond de tableau, l’équivalence merdre/monnaie... tout un programme, qui me paraît être celui du libéralisme. »

 

Et, les pratiques (14) :

« Le pervers moral est un malin qui sait manipuler autrui pour parvenir à ses fins.

Comme il est dépourvu de sens moral, il n’en exprime ou n’en ressent aucune culpabilité – du moins pas consciemment.  

[…] Il fait preuve d’habileté de raisonnement pour justifier sa conduite par des constructions apparemment théoriques. »

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Régression féodale

 

Emblématiques. Constructions, propos, raisonnements apparemment logiques, dans le chaudron de la propagande, forment une bouillie anesthésiante dont mensonge et mauvaise foi représentent les ingrédients fondamentaux. 

 

Sept vecteurs de désinformation reviennent en permanence :

 

i)  Confusion sémantique entre « exil » et « fuite »

Entretenir sciemment la confusion entre "exil" et "fuite" est le premier matraquage d’une bonne désinformation. Dans un habile renversement de perspective, « exil » pose celui qui choisit de s’enfuir en « victime ». D’une injustice, d’une oppression. Alors qu’il s’agit en réalité d’une "désertion", d’une "fuite". Acte d’autant plus grave, que le pays endure une crise, plus précisément : une guerre économique. Mais, il ne sera jamais qualifié de : « fuite fiscale ».

 

ii)  Partie visible de l’iceberg

Le “départ” d’Obélix ne serait que la partie visible de l’iceberg, d’une émigration massive de révoltés contre l’impôt, dixit Maurice Lévy… Manipulation classique des chiffres des "Français expatriés", ou installés à l’étranger, les assimilant à des "exilés fiscaux" pour illustrer une prétendue hémorragie causée par une fiscalité jugée excessive par les privilégiés.

 

Exemple, que je connais relativement bien : Londres. Une étude par le sérieux British Office for National Statistics estime que le nombre de Français habitant Londres, pour l’année 2010-2011, est de 70.000. Et, non pas 300.000 ou 400.000 comme l’assurent des médias de la propagande. (15)

De plus, très peu représentent des « fuyards fiscaux ». La plupart étant, dans le meilleur des cas, des cadres détachés par leurs entreprises ou des étudiants. On y rencontre plus souvent des Français fuyant le chômage en France, se retrouvant englués dans des petits boulots en concurrence avec Sri-lankais ou Polonais, de la restauration ou du commerce de détail notamment, exploités dans la précarité la plus totale : ni sécurité sociale, ni retraites, etc.

 

 iii)   L’impôt ne sert qu’à engraisser paresseux et fraudeurs

Pour se donner bonne conscience, prétextant la mort de toute initiative et compétitivité pour l’économie nationale, la caste au pouvoir qualifie l’impôt de "calamité". Imposée par le diable : L’Etat. Oubliant que l’Etat n’est pas l’incarnation du Mal, mais la somme des citoyens qui le composent et le font vivre.

 

Rien à faire, martelant leur propagande : l’Etat gaspille la richesse nationale dans “le social” et les “services publics” ; ne servant qu’à engraisser paresseux et fraudeurs. Exigeant la diminution, voire l’arrêt, des “dépenses publiques”.

 

Autrement dit : éradiquer tout ce qui concerne l’entretien du pays et les services à la collectivité. Enseignement public, santé publique, retraites ?... Ecoles, universités, services d’urgence ?... Infrastructures, routières, portuaires, transports en commun ?... “L’élite du pays” ne veut pas en entendre parler. Aucune importance.

 

Sauf, évidemment, lorsqu’il s’agit par centaines de milliards de : renflouer les banques, pomper les subventions, engranger les marchés publics aux marges incontrôlées, gaver les groupes pharmaceutiques par la Sécurité Sociale en culpabilisant malades et professionnels de la santé, alimenter le colossal budget d’armement (en France, égal à la moitié de celui de la Chine : 1,6 milliard d’habitants, 18 fois la superficie de notre pays…), etc.

 

iv)  "Exil" de la créativité, du dynamisme et du génie d’entreprendre

Certainement, l’argument le plus risible de la “propagande antifiscale” : la France provoquerait l’exil de la créativité, du dynamisme et du génie d’entreprendre. Comme si la France regorgeait de Steve Jobs, aux idées et créations géniales !...

 

En réalité, ceux qui fuient l’impôt ne sont que des spéculateurs boursiers ou immobiliers, des capitaines d’industrie corrupteurs, des bénéficiaires de rentes de situation (licences bradées dans la téléphone ou l’audiovisuel, privatisations “soldées” des services publics, marchés publics octroyés aux copains, chasses gardées en Afrique sous la protection de nos troupes coloniales, etc.) qui n’on jamais créé un seul produit, une seule innovation, révolutionnaires, de leur vie….

 

Les plus grandes fortunes édifiées en France, depuis la deuxième guerre mondiale sont indissociables des connivences entre politiciens et affairistes (16) :

« La sauvegarde de l’emploi transforme Boussac (textile) et La Chapelle Darblay (papeterie) en jackpots pour Bernard Arnault et François Pinault. Les biens publics sont bradés, l’argent distribué sans contrepartie : DSK et Lionel Jospin  offrent, par exemple, le contrôle d’EADS à Lagardère à un prix d’ami ».

 

Citons, aussi, dans l’édification de gigantesques fortunes : l’industrie de l’armement, tributaire des commandes de l’Etat ou de ses interventions diplomatiques à l’étranger.

 

Ou encore : la Grande Distribution. (17) Une des pires rentes de situation rongeant l’économie de notre pays, tuant le petit commerce et anéantissant des dizaines de milliers d’emplois. Ces gigantesques pompes à cash, transitant par des filiales financières, produisant l’essentiel des marges occultes de ces groupes tentaculaires. Aux immenses patrimoines fonciers, logés dans des holdings spécialisées, regroupant terrains et installations sur des zones bradées, là encore, et aménagées par les collectivités locales grâce aux impôts citoyens…

 

Mettez sur la banquise tous ces “génies de la créativité et du dynamisme”… Que vont-ils faire sans encadrement, ingénieurs, gestionnaires, techniciens, ouvriers spécialisés, et employés ? Sans clientèle ou sans public ? Sans l’Etat ?...

 

Rien.

 

Car, la richesse nationale n’a pas pour origine le “génie individuel”, mais le travail collectif.

v)   Les Français n’aiment pas le succès, le mérite…

Autre slogan menteur : les Français n’aiment pas le succès, le mérite, etc. Peut-être n’aiment-ils pas, tout simplement, que soit foulé aux pieds le Contrat Social les liant les uns aux autres ? Ce qu’on appelle “les valeurs de la république” : Liberté, Egalité, Fraternité. A défaut de fraternité, peut-être considèrent-ils que “la solidarité” est un devoir, une obligation, pour tous les citoyens ?

 

N’acceptant pas que ceux qui ont bénéficié de l’accès à la fortune refusent de contribuer à l’effort collectif. D’autant plus que les fortunes progressent plus vite “en temps de crise” que lors des périodes de développement économique, dites “normales”. A l’exemple de cette dépêche d’agence de presse (Bloomberg - 2 janvier 2013), établissant que les 100 personnes les plus riches du monde ont vu leur fortune progresser de 241 milliards de dollars en 2012, pour atteindre un cumul de près de 2.000 milliards de dollars…

 

Ce que n’aiment pas les Français, tout comme les autres peuples, c’est la volonté délibérée de leur ploutocratie de plonger la majorité de la population dans la paupérisation. (18) Au seul bénéfice, dans une régression féodale, du maintien de ses exorbitant privilèges, notamment : fiscaux.

 

Car les Français ne sont pas les seuls à mettre en cause leur oligarchie. La censure des médias, en Occident, dissimule les nombreuses manifestations se déroulant, depuis des mois, dans les principales villes des USA. Organisées autour du mouvement protestataire OWS (Occupy Wall Street), à l’exemple de ce qui se passe dans d’autres pays européens. Protestations de colère devant l’injustice économique et sociale, sadiquement réprimées dans la violence policière.

 

vi)  Riches et entreprises écrasés d’impôts

La propagande veut faire croire que l’impôt sur les revenus des “riches” et sur les sociétés est accablant, étranglant l’économie française, entravant sa compétitivité, et autres pathologies. En fait, le rendement de ces deux impôts est un des plus faibles du monde. L’essentiel du budget de l’Etat étant assuré par le prélèvement massif et quotidien des taxes sur la consommation (plus particulièrement la TVA, mais aussi la taxe sur les carburants) prélevées sur la majorité, modeste et aux faibles revenus, de la population.

 

Pour mémoire, je citerai quelques chiffres extraits de mon billet portant sur le Rapport Gallois (19), traitant de la compétitivité de l’industrie française : 

« Rappelons que les grands groupes industriels, commerciaux (Grande Distribution) et financiers, en France, ne payent pratiquement pas d’impôts sur leurs bénéfices “réels”. Grâce à de multiples exonérations, dégrèvements et astuces comptables. Le rendement de l’Impôt sur les Sociétés étant assuré, essentiellement,  par les PME-PMI et commerces.

 

Pas étonnant qu’à la lecture du “Budget de l’Etat voté pour 2011”, l’Impôt sur les Sociétés (IS = 44,837 Md€) ne représente que 17,59 % des recettes fiscales nettes. Montant et pourcentage encore plus ridicules que l’Impôt sur le Revenu (IR = 52,184 Md€), auquel échappe la plupart des grandes fortunes du pays, avec un 20,47 % ! Les recettes nettes de TVA (= 130,859 Md€) fournissant 51,34 % du budget de l’Etat. (20)

 

En clair : ce sont les français aux revenus les plus modestes qui paient le plus d’impôts, remplissant les caisses de l’Etat avec une TVA à 20%, par la masse de leurs achats quotidiens, y compris les SDF et les immigrés clandestins !… »

 

En fait, l’impôt sur le revenu (IR) et sur les sociétés (IS) devrait, chacun, atteindre celui de la TVA. Ainsi l’Etat, loin de se trouver dans l’obligation de contracter une “dette publique”, devrait bénéficier, chaque année, d’un budget “excédentaire”…

 

 

vii)  La "chasse aux riches"
La France, dans un délire collectif et moyenâgeux, serait en proie non pas à une “chasse aux sorcières”, mais à une “chasse aux riches”. Telle est l’image projetée par la propagande de l’oligarchie. Alors que c’est elle qui détient le pouvoir, fabrique lois et règlements sur-mesure pour protéger ses intérêts. Mais, se présenter en "victime" pour mieux arnaquer la collectivité est l’astuce grossière mise en scène par ces nouveaux aristocrates...

 

Jamais les privilèges de cette caste n’ont été, de toute l’histoire de notre pays, aussi colossaux. “L’évasion fiscale” devenant une pratique légale, grâce aux législations méticuleusement adaptées et actualisées. Dans une tuyauterie alambiquée, agencée en niches fiscales et écrans opaques. Depuis les droits de succession auxquels échappent les grandes fortunes par de multiples exonérations. Jusqu’à leurs châteaux déclarés "monuments historiques", bénéficiant même de subventions publiques pour les restaurer ou les entretenir.

 

Que dire des paradis fiscaux, dont l’usage est constant ? Les bénéfices réels étant soigneusement domiciliés dans ces lieux hors d’atteinte des investigations fiscales. Que ce soit pour les transactions financières et commerciales relevant des flux courants entre groupes et entreprises, ou pour les investissements et opérations d’ordre privé.

 

Un exemple : savez-vous qu’un des plus gros importateurs de bananes du monde est la minuscule île, et paradis fiscal, de Jersey, au large de Saint-Malo ? Qui ne voit jamais passer un container de bananes… La richesse mondiale, à hauteur d’un tiers, transite, se camoufle, dans les paradis fiscaux (21) :

« Cette richesse fait défaut au financement de l’éducation, de la santé, des programmes sociaux et au remboursement des dettes contractées pendant la crise. »

 

Chasse aux riches ?... Rions.

 

 

En France : il n’y a pas de “crise de l’endettement”, ni de “caisses vides”. Cinquième pays le plus riche de la planète, de la taille d’une petite sous-préfecture chinoise par sa superficie et sa population.

 

Il ne connaît qu’un seul problème : celui de la voracité et de la féroce obstination de sa nomenklatura corrompue. Refusant, par tous les moyens, la répartition de la richesse nationale. Au point de scier avec fureur la branche sur laquelle elle est assise. Que va-t-il rester, d’un pays, d’une économie nationale, à force de licencier à tour de bras, d'écraser en permanence le pouvoir d'achat de la majorité, de ne plus entretenir les infrastructures collectives ?...

 

Alors, entendre geindre ces privilégiés devant l’impôt qu’ils ne payent pas, gesticuler en pitoyables fuyards, me fait rire. C’est entendre le célèbre cri de L’Avare de Molière : « Ma cassette ! »…

 

Molière, pourfendeur des hypocrites et des avares. Qui en rirait encore avec nous, trois cent quarante cinq ans après avoir écrit cette comédie immortelle. (22) Tant l’acte IV, scène 7, mettant en scène le chagrin d’un riche "homme d’affaires" du XVII° siècle devant la perte d’une cassette enterrée dans son jardin, est toujours aussi saisissant de vérité :
« … Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi ; et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde : sans toi, il m'est impossible de vivre… ».  

 

 

 

 

1.  J. K. Galbraith, Les Mensonges de l’Economie – Vérité pour notre temps (titre original : The Economics of Innocent Fraud – Truth for our time), Grasset, 2004.

2.  Olivier Toscer, Argent public, Fortunes privées – Histoire secrète du favoritisme d’Etat, Denoël, 2002, p. 60.

3.  Je recommande vivement la lecture, ou la relecture, de son livre traduit en français sous le titre : « La pauvreté dans l’abondance ». En fait, compilation de quatorze essais. Puissante réflexion qui remet en cause les principes absurdes, suicidaires, du “Radicalisme Libéral” imposé actuellement par les oligarchies au pouvoir, plongeant la majorité de leurs concitoyens dans une paupérisation croissante.
J.M.Keynes, La pauvreté dans l’abondance, Gallimard, 2002.

4.  Gilles Dostaler et Bernard Maris, Capitalisme et Pulsion de Mort, Albin Michel, 2009, p. 63.
5.  Entretien, en anglais, de Maurice Lévy du 27 décembre 2012 sur CNBC.

6.  Groupe fondé par le père d’Elizabeth Badinter, Marcel Bleustein-Blanchet, présent dans une centaine de pays avec 60.000 collaborateurs.

7.  Rémunération "officielle" en 2011 : 20 millions d’euros environ,
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2012/03/29/97002-20120329FILWWW00498-baroin-justifie-le-bonus-de-maurice-levy.php

8.  Bertrand Rothé et Gérard Mordillat, Il n’y a pas d’alternative – Trente ans de propagande économique, Seuil, 2011.

9.  Sans oublier l’extrémisme sioniste de ce natif d’Oujda, au Maroc. Au point d’être gratifié de l’International Leadership Award en 2008 par le puissant lobby sioniste Anti-Defamation League. Co-organisant, la même année, un méga-concert au Trocadéro à Paris, pour fêter les 60 ans de la création de l’Etat d’Israël. Ceci expliquant peut-être cela…
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_L%C3%A9vy_%28publicitaire%29
10.  Souvenons-nous de la Rolex de Séguéla, autre “grand patron” du milieu …
http://www.lesmotsontunsens.com/seguela-rolex-rate-sa-vie-50-ans-video-3391
11.  Jean-Claude Liaudet, Le Complexe d’Ubu – ou la névrose libérale, Fayard, 2004.

12.  Bouclier Fiscal : Ubu en talons aiguilles,  lundi 3 mai 2010,

http://stanechy.over-blog.com/article-bouclier-fiscal-ubu-en-talons-aiguilles-49670108.html

13.  Jean-Claude Liaudet, Ubu et la Névrose Libérale ou de "Hayek avec Sade", entretien réalisé en mars 2004 par Frank Bellaiche, mercredi 15 novembre 2006, http://psythere.free.fr/article.php?id_article=34
14.  Jean-Claude Liaudet, Op. Cit., p. 67.

15.  Le recensement officiel britannique de 2001 dénombrait 38.130 Français à Londres…

16.  Argent public, Fortunes privées – Histoire secrète du favoritisme d’Etat, Op. Cit. p. 60.

17.  Cf. billet du 18 février 2008 : « La Grande Distribution : Le Sida Economique »,
http://stanechy.over-blog.com/article-16794434.html
18.  Denis Clerc, La Paupérisation des Français, Armand Colin, 2010.

19.  Rapport Gallois : Dévotion à Sainte Ploutocratie, mardi 20 novembre 2012, http://stanechy.over-blog.com/article-rapport-gallois-devotion-a-sainte-ploutocratie-112655173.html
20.  Budget de l’Etat voté pour 2011,

http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/fileadmin/medias/documents/ressources/LFI2011/depliant_budget2011.pdf 

21.  Il n’y a pas d’alternative – Trente ans de propagande économique, Op. Cit., pp. 135-136.

22.  La comédie de Molière, L’Avare, a été représentée pour la première fois le 9 septembre 1668 au Théâtre du Palais-Royal.

 

Illustrations : si vous aimez cassettes, males, coffres anciens ou de bateaux, convoités par les pirates pour leur contenu d’or et de bijoux sur les galions, un site :

http://www.thepirateslair.com/authentic-nautical-furniture-nautical-home-furnishings.html

 

 

 

 


 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 18:46

 

 

« Toute une société a un système de pensée qui est fondé non sur ce qui est réel, mais sur ce qui est agréable et commode pour les intérêts des puissants. »

John Kenneth Galbraith  (1)

 

 

 

Cynisme sans borne…

 

En expansion continue, dans un Big Bang de l’hypocrisie et du mensonge….

 

Panier de crabes où s’entremêlent politiciens, technocrates, médias, oligarques de la finance spéculative, patrons de rentes de situation ou pompes à subvention, notre nomenklatura vient encore de l’étaler. A grandes louches. Dans l’euphorie de la Bonne Conscience, de l’Infaillibilité ou de l’Impunité ?...

 

Difficile de trancher.

 

En tout cas, dans la réalité de "La Loi du Plus Fort", imposée par la cléricature de la nouvelle divinité, Veau d’Or célébré en permanence par notre appareil de propagande : « Le Marché » et « sa main invisible ».

 

Ecoutons, lisons, dévotement, la dernière homélie prononcée par un des Grands Prêtres de cette secte, qui a pour nom Louis Gallois. Le titre :
 Pacte Pour la Compétitivité de l’Industrie Française” (2).

 

Ce cardinal new look était assisté dans sa vertigineuse réflexion de deux coadjuteurs. Dénommés, dans la présentation du texte : “rapporteurs adjoints”. Ou, encore : “hauts fonctionnaires”. Le premier, Clément Lubin, référencé au Ministère de l’industrie (3). Le deuxième, Pierre-Emmanuel Thiard, plus connu pour son activisme dans les “jeunesses sarkozystes” (4).

 

De quoi rassurer le profane, quant à la rectitude théologique soufflant dans les trompettes à la gloire du dieu de la secte et de ses saints.

 

Qualifié de « Pacte », ce texte est repris, pratiquement mot pour mot, par le gouvernement actuel dans son programme politique destiné à “relancer” l’industrie française et “redresser” la balance commerciale déficitaire du pays.

 

En fait, religieusement, nous sommes invités, au nom de notre soumission au « Marché » et en repentance du “manque de productivité” invoqué de notre économie, à nous flageller d’austérité. Afin de rejoindre, en procession, le sort de la Grèce, de l’Espagne, de la Grande-Bretagne, du Portugal, des USA, de l’Italie…

 

Ardente obligation sermonnée par les adeptes de la vénération de Sainte Ploutocratie

 

 archevèque

 Vénérons Sainte Ploutocratie

 

Règle d’Or : Dissimuler & Mentir

 

Lorsqu’on me présente un rapport sur une situation donnée, j’ai pour méthodologie de l’évaluer sur trois plans, à coefficient égal. Le “contenu”, évidemment. Mais, encore plus important, car plus révélateur : le “contexte” dans lequel il a été initié, commandité, et traité. Et, aussi : les “non-dits”, zones d’ombre sciemment non-explorées, cœur, nœud du problème, ou plus précisément des intérêts en jeu, qu’on ne veut surtout pas résoudre ou remettre en cause.

 

Comprendre le “contexte” des Saints Préceptes Ploutocratiques, compilés par Louis Gallois et ses bedeaux, est particulièrement éclairant. D’entrée, c’est « Le Choc » : incohérence d’une stupéfiante ampleur !

 

Comment un gouvernement peut-il nommer (5) dans une fonction de « Commissaire Général à l’Investissement », le sollicitant de formuler des propositions pour “redynamiser” l’industrie de notre pays, un homme responsable de “la plus colossale” (je pèse mes mots…) opération de délocalisation industrielle et technologique de cette décennie, au détriment de la France, sur fond de dumping fiscal et social, en 2012 ?...

 

Je n’ai pas encore compris… Partagé entre fou rire et sidération !...

 

Un peu de chronologie, pour bien saisir les faits.

 

Louis Gallois est nommé, le 2 juillet 2006, co-président d’EADS (6) et PDG de l’activité, branche ou division, “civile”. Il s’agit en effet d’un des premiers groupes mondiaux industriels, spécialisé dans l’aéronautique et le spatial, aussi bien militaire que civil. Parmi les joyaux du groupe figure Airbus, lui-même groupe tentaculaire…

 

Le 16 juillet 2007, il est nommé PDG d’EADS. Son mandat se terminant le 31 mai 2012. Prenant immédiatement, moins d’une semaine plus tard, sa nouvelle fonction officielle dans notre pays.

 

Or, durant tout le mandat du PDG d’EADS, Louis Gallois, se sont déroulées des négociations secrètes, ultraconfidentielles, qui ont duré des mois. Mobilisant des équipes aux membres de différentes nationalités liés par le secret professionnel, du groupe EADS, de cabinets juridiques, de consultants, des administrations locales concernées. Airbus a décidé, en effet, d’investir dans une nouvelle usine et de la construire… (7)

 

Où ?...

 

Aux USA ! Dans l’Etat de l’Alabama, dans la ville de Mobile.

 

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La nouvelle a été soigneusement étouffée pendant toute la campagne présidentielle française. Pour ne pas faire désordre… Nos partis politiques, du moins notre “parti unique à deux casquettes”, craignant toute fuite. Parler à profusion de l’adoption des canards par les oies sauvages : oui ! Mais, brandir l’investissement Airbus aux USA : surtout pas ! L’omerta de la nomenklatura a parfaitement fonctionné…

 

Comment justifier, en effet, que le groupe Airbus gavé, à en faire éclater ses hangars de montage, de subventions, d’exemptions fiscales, de prêts bancaires à jets continus et à taux bonifiés (à faire rêver des millions de petites entreprises…), et autres mirobolants traitements de faveur, “tous” sans exception ponctionnés sur les contribuables, tant français qu’européens, décide d’investir aux USA ?...

 

Alors que notre pays, avec ses voisins, ne cesse-t-on de nous marteler, subit les ravages d’une crise économique permanente, d’un chômage exponentiel (touchant aussi bien ouvriers, cadres ou ingénieurs) et de balances commerciales déficitaires... D’autant que l’Etat français est actionnaire, à hauteur de 15 %, d’EADS, maison-mère d’Airbus !

 

Le secret ne pouvait être éternellement gardé. A partir de fin juin - début juillet 2012, la nouvelle commençait à filtrer. Non pas à partir de l’Europe, encore moins de la France…

 

Tout simplement, sous la pression des élections présidentielles américaines : le gouverneur de l’Etat de l’Alabama, le républicain Robert Bentley, en bon politicien voulant avec son équipe faire mousser son rôle d’apporteur d’investissements, pour encourager le vote Mitt Romney, a lâché l’information lors d’un entretien avec la télévision locale (Mobile TV station WPMI-TV)… (8)

 

La nouvelle s’enflammant dans la presse américaine, locale puis nationale, il fallait bien y faire mention en France, dans la discrétion (9). Sans cela, les médias français, détenus en majeure partie par le groupe Lagardère, ne s’en seraient jamais fait l’écho. Même pas lors de l’inauguration de l’usine. Demeurant « invisible ». Parfaite illustration de « la main invisible du Marché »...

 

Aucun grand titre. Encore moins, de débats. Alors que l’investissement dans la construction d’une usine de camembert aux USA aurait fait l’ouverture des journaux du 20h, de toutes nos radios et TV, avec nos "ministraclaques" en rang d’oignons : Agriculture, Industrie, Economie, Transport, Culture (camembert = patrimoine national…) et tutti quanti.

 

Contraste… A l’annonce de la nouvelle, la joie des habitants de Mobile était difficile à contenir : 2000 personnes se sont réunies au Centre de Conférences pour fêter l’évènement, avec drapeaux “américains” et fanfares (… many of them waving American flags as music played…) ! (10)

 

Comment ne pas les comprendre ?...

 

Airbus va construire une usine d’assemblage de ses avions civils : A319, A320 et A321. Le coût initial de la première tranche de cette “première” usine aux USA est estimé à US$ 600 millions. Car, d’autres extensions ou créations d’usines sont prévues aux USA. C’est le successeur de Louis Gallois, l’allemand Tom Enders, qui le clame à tout vents, et les communiqués de presse dans les médias américains sont sans ambigüités : il s’agit bien d’une “première” usine… (11)

 

 

Investissement et capitulation économique

 

Les US$ 600 millions de frais de construction vont faire vivre de multiples entreprises de la ville et de la région. Entrainant en plus, d’après les estimations des autorités locales, la création de 2500 emplois directs. L’usine de montage, en elle-même, emploiera dans un premier temps 1000 personnes de haute qualification, dans les technologies les plus pointues du secteur industriel et de la recherche appliquée.

 

L’effet d’essaimage d’un investissement d’une telle envergure et de sa suite annoncée, par son montant et son niveau technique, est considérable.

 

Chaque emploi direct engendre la création moyenne de dix autres : sous-traitants de premier, deuxième rang, etc. ; intervenant dans la fabrication de composants et pièces détachées, ou prestations de maintenance et de conseil. Jusqu’aux activités de services les plus en aval, de support ou d’environnement économique et social, tel que celui de la blanchisserie du coin qui créé un emploi supplémentaire pour faire face à l’augmentation de la demande…

 

Cette opération de délocalisation, à partir des efforts consentis par notre pays accablé par la récession, où des ingénieurs et cadres de plus en plus nombreux pointent au chômage, dans un processus irréversible de désertification industrielle (fermeture en cascade des hauts fourneaux, aciéries, chantiers navals, fabrications de véhicules [camions, utilitaires, tourisme], etc.), traduit le gigantesque degré d’irresponsabilité et d’inconscience criminelles, par son implacable cruauté tant à l’égard des générations actuelles que futures, de notre caste au pouvoir.

 

 

Cartoon Arche de Noé-Eurozone oct 2012 CD

Nos grands timoniers vus par Luo Jie du China Daily - Octobre 2012

 

L’Europe, la France, ont acheté au cours des dernières décennies des centaines d’avions, civils et militaires (y compris transport, ravitailleurs en vol, avions radars, etc.). Sans compter les hélicoptères. Vous avez entendu parler d’usines Boeing en France, ou autre avionneur américain ? Ne cherchez pas. Vous n’en trouverez pas.

 

Jamais les américains ne le feront. Une technologie concurrente à la leur doit être mise à leur disposition exclusive. Car, ils appliquent dans leurs relations internationales, notamment économiques et commerciales, surtout à l’encontre de leurs propres « alliés » considérés comme de vulgaires vassaux (il faut entendre leurs commentaires “backstage”…), le principe froidement implacable, dit de Lord Palmerston,  premier ministre sous le règne de la reine Victoria à l’apogée de l’Empire britannique :
« L'Angleterre n'a pas d'amis ou d'ennemis permanents, elle n'a que des intérêts permanents. »

 

Exemples ?... J’en ai treize à la douzaine, et me limiterai à deux.

 

i) Concorde

 

S’acharnant à torpiller une des plus grandes avancées technologiques de la France, associée à la Grande-Bretagne, dans le projet de l’avion supersonique Concorde.

 

Ne tolérant d’être dépassés, incapables de rattraper leur retard, dans cette formidable innovation aéronautique, ils ont interdit le survol de leur territoire par Concorde, pour des raisons écologiques (motif : “nuisance sonore”, pouvant troubler le calme champêtre et aseptisé des métropoles américaines…). Via une injonction de leur Administration Fédérale Aéronautique (FAA).

 

Provoquant de ce fait l’annulation d’achats des compagnies aériennes US et étrangères, ne pouvant desservir les principaux aéroports du pays et courbant l’échine devant les pressions. En conséquence, condamnant à l’extinction progressive de leur exploitation les quelques appareils construits. Perte d’un marché prometteur de plusieurs milliards de dollars pour la France et d’une place de leader dans ce segment de haute technologie. (13)

 

ii) TGV

S’acharnant à torpiller la vente du TGV sur leur territoire. Et, même ailleurs… Alors que les compagnies de transport ferroviaire américaines sont à la recherche de cette technologie qui n’existe pas dans leur pays. Marché évalué entre 8 et 10 US$ milliards, dans une première phase. Trois Etats étaient particulièrement intéressés par les propositions françaises : Californie, Floride et Texas. (14)

 

Dans chaque Etat, ce sont d’intenses campagnes diffamatoires organisées par les lobbies sionistes accusant la SNCF et la France d’avoir pactisé avec les nazis pour organiser nuit et jour des convois vers les camps de la mort… Obligeant nos représentants à ramper devant tous les médias et politiciens locaux aussi ignares qu’arrogants d’imbécilité, à lécher pratiquement les semelles de leurs bottes texanes ; dans une humiliation dégradante face à la mauvaise foi, aussi haineuse que perverse, de leurs interlocuteurs.

 

Même notre ancien premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, voulant défendre courageusement les ventes du TGV, a dû se plier dans les antichambres et couloirs du Congrès à Washington, à ces cérémonies expiatoires rappelant les temps de l’Inquisition. (15) Sans succès, évidemment, puisque l’objet de cette manœuvre était de bloquer la vente du TGV sur fond d’avilissement de notre pays.

 

En Californie, jusqu’à faire voter une loi sur mesure :

« … sur l'incitative du démocrate Bob Blumenfield, [cette loi] impose à tout candidat à un gros contrat dans la future ligne à grande vitesse entre Los Angeles et San Francisco d'expliquer son rôle éventuel dans le transport des prisonniers vers les camps de travail, de concentration ou d'extermination entre 1942 et 1944. La loi exige également que les compagnies présentent les mesures de réparation qu'elles ont prises pour les survivants ou leurs familles. » (16)

 

Pire, en Floride :

« Un élu de Floride à la Chambre des représentants américaine a récemment annoncé qu'il allait déposer un projet de loi pour empêcher la SNCF de participer à des appels d'offres pour les projets de train à grande vitesse aux Etats-Unis, en raison de son rôle dans l'Holocauste. » (17)

 

Allant jusqu’à torpiller la vente du TGV de la France en Arabie Saoudite, leurs investissements d’infrastructure  et d’armement étant supervisés (« la main invisible du Marché »...) par les USA, dans le projet de ligne à grande vitesse Médine-La Mecque, pour un budget estimé à 7 milliards d’euros. Préférant l’offre des espagnols. Motif, à mourir de rire :
« … le train proposé par les Français n'avait pas assez de capacité par rapport au train espagnol pour le transport massif des pèlerins… » (18)

 

Interdisant de le vendre de l’autre côté du Golfe Persique. L’Iran était disposé à acheter à la France une demi-douzaine de TGV pour assurer les liaisons à grande vitesse entre ses principales villes sur un territoire trois fois plus grand. Motif : sanctions économiques.

 

Totalement illégales, car les seules "sanctions" recevables sont celles émanant de l’ONU, qui ne s’appliquent qu’à du matériel militaire « offensif ». Les sanctions économiques concoctées par le Congrès des USA, un parlement comme un autre, ne devraient pas être appliquées par notre pays dans le cadre du respect de sa souveraineté nationale. Résultat : la Chine est en train de prendre ce marché…

 

LIU RUI-Poor States-GN-8-11-2012La croissance américaine vue par le caricaturiste chinois Liu Rui
(Global Times – 8 novembre 2012)

 

 

Délocalisation & Dumping Fiscal  

 

Alors, l’investissement d’Airbus aux Etats-Unis…

 

Il représente, en fait, un véritable acte de sabotage, de "trahison économique". Inconscient pour les nuls, ou délibéré pour les cyniques et les vendus. Conçu, planifié, exécuté, par notre “Oligarchie des Incapables” pour reprendre le titre du livre de Sophie Coignard & Romain Guibert. (19)

Infamie structurée sur 3 vecteurs :

 

i)  Sabordage de notre balance commerciale

 

On ne pouvait imaginer mieux pour creuser encore le déficit de notre commerce extérieur puisque la vente des avions, très souvent adossée au montage financier lease-back ou cession-bail, apportera des devises aux USA, ou en économisera, dans les deux cas au détriment de la nôtre. Même si l’essentiel de la marge, comme il est d’usage dans ce type de transactions, se retrouve dans les paradis fiscaux par des jeux de cascades de sociétés écrans...

 

Bien sûr, pour enjoliver l’entourloupe les sociétés de “communication”, qui n’est en l’occurrence que de la propagande sur papier glacé, par communiqués de presse et articles complaisants, feront croire que cet investissement représente une “offensive” sur “le marché américain”. Le travestissant en astuce de génie, marketing et stratégique, pour facturer en dollars sur le “principal” marché mondial. (20)

 

Double mensonge :

 

=> “Le marché américain” est un marché rapidement déclinant, par rapport au reste du monde. S’agissant uniquement d’un marché de renouvellement des appareils existants. Souvent pour des contraintes de changement de moteurs moins consommateurs en énergie. Moteurs, dont les USA s’assurent du monopole sur leur propre marché.

 

Les grands marchés aéronautiques d’avenir, dits “d’extension” ou de “création”, se trouvent en Asie (Proche-Orient & Asie Centrale inclus), en Amérique latine, en Afrique. Rien que le parc aérien civil de la Chine et de l’Inde, d’après les estimations les plus prudentes, devrait enregistrer un triplement sur les 20 prochaines années…

 

=> Les meilleurs analystes du marché mondial de l’aéronautique considèrent qu’il s’agit d’un investissement qui ne se justifiait absolument pas pour le “marché civil” : les compagnies aériennes étant avant tout sensibles à la qualité et au prix de l’appareil. Selon la boutade de Joseph Campbell (groupe Barclays) :
« United Airlines se fiche de savoir si l’avion provient de l’Alabama ou de Toulouse »
(" United Airlines doesn't care if the airplane comes from Alabama or Toulouse "). (21)

 

De plus, l’euro ayant baissé par rapport au dollar, la pertinence de l’argument, quant à l'avantage dollar, est nulle. Un des plus renommés, Richard Aboulafia, du cabinet d’’études aéronautiques et spatiales basé en Virginie - Teal Group Corporation / Aerospace & Defense Consulting - estime qu’il s’agit tout simplement d’une coûteuse opération qui présente même des risques de non rentabilité à long terme :
" … it's merely an expensive move which may or may not pay off in the long run…". (22)

 

ii) Délocalisation de nos emplois de haute technologie 

 

L’effet dévastateur pour notre pays, en cette période de récession, de la délocalisation d’emplois de haute qualification et d’une technologie aéronautique de pointe, a des conséquences à long terme extrêmement néfastes.

 

Rien de comparable avec la délocalisation d’une fabrication de pantalons ou de chemises. Ou, avec un investissement dans des hôtels ou villages de vacances. De faible valeur ajoutée en termes de recherche et développement et d’essaimage dans la création ou l’implantation de fournisseurs de haute technologie. Il s’agit d’un appauvrissement délibéré de notre parc industriel au moment où nous avons pour objectif de « réindustrialiser » notre pays…

 

L’usine Airbus est le type même  "d'industrie-industrialisante" très recherchée par son effet générateur de créations d’entreprises annexes de haut niveau, et donc de transactions à coûts élevés, d’emplois très qualifiés et bien rémunérés. Les autorités locales de l’Etat de l'Alabama le claironnent avec satisfaction mais, aussi, discernement :

 « Sur le long terme, la création d’une telle usine attirera l’installation de fournisseurs clés, y compris des fabricants de moteurs d’avions et d’entreprises qui produisent les composants essentiels pour l’aviation exigeant le contrôle de qualité sur site de production »,
Over the longer term, the facility is also expected to attract a number of key suppliers to the region, including jet engine makers and companies that produce key aircraft components that require on-site quality control.” (23)

 

Mais, ce n’est que la partie visible de l’iceberg de la politique de délocalisation d’Airbus

 

Airbus a déjà des installations de fabrication aux USA, employant 1000 personnes, pour l’équipement intérieur de ses avions : sièges, etc. Auxquelles s’ajoutent 250 personnes sur place à Mobile. Sans compter les deux usines de sa filiale d’hélicoptères civils et militaires, Eurocopter : Colombus dans l’Etat du Mississipi et Grand (sans e) Prairie, dans l’Etat du Texas.

 

Encore plus fort : le montant des achats délocalisés d’Airbus aux USA dépasse les 40% de la somme globale de ses approvisionnements. L’effet d’entrainement positif, auprès de ces sous-traitants américains, représente un bassin d’emplois de 120.000 personnes :
“… more than 40% of its procurement budget on US-based suppliers, supporting an estimated 120,000 jobs.” (24)

 

Millions d’euros par centaines, chaque année, qui pourraient entretenir l’activité de multiples entreprises françaises et contribuer à la “réindustrialisation” de notre pays. Mais, non : Airbus programme de doubler ses achats aux USA…

 

iii) Dumping fiscal & social

 

L’implantation de l’usine Airbus dans l’Alabama est l’exemple de la pratique détestable et à courte vue de nos dirigeants : le dumping fiscal et social. Paradoxe de leur stupidité. Eux, les champions du soi-disant « Libéralisme économique » l’oublient, l’occultent, comme le rappelle l’économiste Jacques Généreux (25) :

« … le père fondateur de l’économie libérale – Adam Smith – fait l’éloge des dépenses publiques et de l’impôt. »

 

Adam Smith l’avait compris : la redistribution équitable de la richesse nationale est fondamentale à la cohésion sociale et au développement équilibré de nos collectivités.

 

Mais pour la ploutocratie au pouvoir, l’objectif premier, obsessionnel, notamment dans ces grands groupes, est de moins payer d’impôts et de salaires. Ce seront donc des rentrées fiscales en moins pour le budget de notre pays, qui en a plus que besoin.

 

Rappelons que les grands groupes industriels, commerciaux (Grande Distribution) et financiers, en France, ne payent pratiquement pas d’impôts sur leurs bénéfices “réels”. Grâce à de multiples exonérations, dégrèvements et astuces comptables. Le rendement de l’Impôt sur les Sociétés étant assuré, essentiellement,  par les PME-PMI et commerces.

 

Pas étonnant qu’à la lecture du “Budget de l’Etat voté pour 2011”, l’Impôt sur les Sociétés (IS = 44,837 Md€) ne représente que 17,59% des recettes fiscales nettes. Montant et pourcentage encore plus ridicules que l’Impôt sur le Revenu (IR = 52,184 Md€), auquel échappe la plupart des grandes fortunes du pays, avec un 20,47% ! Les recettes nettes de TVA (= 130,859 Md€) fournissant 51,34% du budget de l’Etat. (26)

 

En clair : ce sont les français aux revenus les plus modestes qui paient le plus d’impôts, remplissant les caisses de l’Etat avec une TVA à 20%, par la masse de leurs achats quotidiens, y compris les SDF et les immigrés clandestins !…


Fantasme, jouissance, but ultime de la Ploutocratie : faire travailler les gens gratuitement, voire leur faire payer un ticket d’entrée pour obtenir un emploi, exigeant de célébrer la gloire de la Libre Entreprise… Alors, gérant le dossier Airbus, technocrates publics et privés, sous les yeux de leurs maîtres, courant avec zèle à la recherche de ce Saint Graal, déclarent que l’économie fiscale réalisée en Alabama sera d’environ US$ 100 millions par an.

 

Raison pour laquelle ils ont minutieusement choisi un Etat de la fédération des USA connu pour sa farouche opposition à tout ce qui aurait l’allure ou l’intention de ressembler à un syndicat.

 

J’aime bien l’euphémisme utilisé par les “communicants” : les “lois y sont moins accueillantes” aux unions syndicales, y trouvant une “structure légale plus favorable” pour “tenir en main” [handling] leur forces de travail (…laws that are less friendly to labor unions… a more favorable legal structure for handling their workforces…). (27) En conséquence, “l’écrasement” des charges salariales, cotisations retraites, et régimes de santé, représenterait un gain de 30% par rapport à l’Europe.

 

Pourtant, simple goutte d’eau dans le compte d’exploitation d’Airbus. Illustration supplémentaire, jouant du pipeau en charmeurs de serpent folkloriques, sur “l’éthique, la gouvernance et le développement durable”, pour mieux dissimuler la réalité : “voracité et cynisme”, dans une interaction mortifère, imbibent notre nomenklatura et mènent le pays droit dans le mur…

 

 

Le Parasite du Homard

 

L’analyse des 22  articles du “Pacte” a été faite, et bien, par différents observateurs indépendants des organes de propagande. Clichés cuits et recuits dans les officines, organisations, et lobbies du “grand patronat”, depuis des décennies. Je recommande tout particulièrement la lecture du rapport de la Fondation Copernic, qui tord le cou avec clarté à toutes ces couleuvres qu’on veut nous faire avaler. Notamment, l’inusable serpent de mer en caoutchouc : “la faiblesse de la compétitivité de la France et bla-bla”… (28)

 

Nous vivons, nous le savons, non pas une Crise de l’Endettement, mais de Contrat Social. Une caste s’accaparant la richesse nationale. Assurée de l’impunité, avec son bouclier qu’est la propagande et son épée, l’appareil répressif. L’axe majeur de sa désinformation est d’intoxiquer l’opinion, afin de détourner les regards et interrogations sur ses gigantesques exactions, faisant  croire qu’une armée de pauvres fraudeurs ruinent le pays.

 

« Punir les pauvres », comme le dit Loïc Wacquant en titre d'un de ses ouvrages, dans :

 « … l’avilissement irréversible des idéaux de Liberté et d’Egalité qu’implique la criminalisation de l’insécurité sociale. » (29)

 

Dans un prochain billet, je reviendrai peut-être, sur les "non-dits" du sermon Gallois, révélateurs de la stratégie d’affaiblissement et de pillage de notre pays.

 

Oui, la France est victime de parasites qui la rongent de l'intérieur comme ceux qui lentement vident le homard pour n’en laisser que la carapace. Ce ne sont pas les pauvres, mais tous les oligarques, souvent au service de puissances étrangères. Face à une Allemagne qui prend bien soin de préserver son industrie automobile, son industrie lourde, ses chantiers navals, sa haute technologie, la France sera réduite à n’être qu’un parc d’attractions pour touristes consommateurs de monuments historiques et de produits du terroir…

 

Même schéma, contexte à part, qu’en Russie sous le gouvernement corrompu et vendu à l’étranger d’Eltsine, elle verra ses sous-marins nucléaires rouiller dans le port de Brest ou de Toulon. Peut-être nos "stratèges", toujours en retard d’une guerre, se rendront-ils compte ce jour-là qu’avec "la lutte contre le terrorisme" ils se sont faits berner comme des ganaches analphabètes. La défense de notre souveraineté commence, avant tout, par la protection de nos emplois et la prospérité partagée…

Mais amusons-nous de la propagande… Il paraît que la personnalité politique préférée des français est Madame Lagarde, patronne du FMI, d’après un récent sondage IFOP (actionnaire majoritaire, depuis 1990, Laurence Parisot…), publié complaisamment dans tous les médias du groupe Lagardère (Paris Match, Elle, etc.). Avec 69% d’opinions favorables ! Devançant Manuel Valls notre ministre de l’intérieur, au charisme de porte de réfrigérateur, qui n’obtient que 67%...

 

Libre à notre nomenklatura de prendre ses concitoyens pour des ballots. Sous la menace des chiens de garde et de la précarité organisée, troupeau de moutons apeurés et dociles que l’on tond à loisir, dans le surendettement à taux usuraires, à coût de TVA à 20%, bientôt 25%, puis 30%, puis …

 

Mais, qu’elle ne s’étonne pas d’entendre gronder, se répandre, et inévitablement un jour sous ses fenêtres pulvérisées par l’onde de “Choc”, la clameur :

« Tous, nuls et pourris ! »

 

 

 

 

 

(1)  John Kenneth Galbraith, Economie Hétérodoxe, [sur les théories de l’économiste iconoclaste Thorstein Veblen], éditions Seuil, 2007, p. 397.
(2)  Le rapport Gallois, sous le titre “Pacte Pour la Compétitivité de l’Industrie Française”, est téléchargeable au format pdf (74 pages) :

http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers_joints/rapport_de_louis_gallois_sur_la_competitivite_0.pdf
(3)  Directeur de Cabinet du Directeur Général de la Compétitivité, de l'Industrie et des Services - Ministère de l'Industrie

(4)  Matthieu Alexandre, Les jeunes sarkozystes de l'UMP agacent avec "leurs slogans simplistes", 16/10/2012,
(6)  Président du conseil d’administration : Arnaud Lagardère.
Pour l’anecdote, figurent par les membres du Conseil d'administration : Lakshmi Mittal (PDG d’Arcelor Mittal), Michel Pébereau (Président d’honneur de BNP PARIBAS), ou encore Jean-Claude Trichet (ex-patron du Trésor/Banque de France/Banque Centrale Européenne).
Le monde est petit…

(7)  Les négociations avec l’Etat de l’Alabama ont duré 9 mois, avec pour nom de code dans l’équipe américaine de l’Etat : "The Project". Et, dans l’équipe Airbus : "Falabama" ((Final Assembly Line + Alabama).

(8)  Le 17 janvier 2011, Robert Bentley a battu le candidat démocrate, Ron Sparks, avec 58 % des voix. Au niveau fédéral, les deux représentants de l’Alabama au Sénat sont républicains et sur les sept représentants à l’Assemblée (House of Representatives) : six sont républicains.
Les neuf « grands électeurs » de l’Etat, lors de la récente présidentielle (s’agissant d’une élection au “suffrage indirect” et non pas au “suffrage universel”, ce qu’oublient toujours de mentionner nos “spécialistes de l’information”…), ont tous voté Mitt Romney.

(9)  En particulier, informations véhiculées par les agences Reuters & AP :
i) Andrea Shalal-Esa, Airbus to build a new plant in Mobile - Alabama, Reuters, 30 juin 2012, http://www.reuters.com/article/2012/06/30/us-airbus-usa-idUSBRE85T00M20120630

ii) Airbus lands first US plant in Alabama (Airbus implante sa première usine aux USA en Alabama), Reuters, 2 juillet 2012,  

http://www.businessweek.com/ap/2012-07-01/officials-ala-dot-airbus-plant-will-employ-1-000
iii) Melissa Nelson Gabriel, Airbus to build 1st US assembly plant in Alabama (Airbus va construire sa premier usine d’assemblage aux USA en Alabama), 2 juillet 2012,  

http://www.businessweek.com/ap/2012-07-01/officials-ala-dot-airbus-plant-will-employ-1-000

(10)  Melissa Nelson Gabriel, Op. Cit.

(11)  Airbus lands first US plant in Alabama, Op. Cit.
(12)  Airbus to double spending, RT, 19 octobre 2012,

http://rt.com/business/news/airbus-us-plant-spending-779/ 

(13)  Cf. l’excellent article en français (pour une fois…) sur le Concorde et ses avancées technologiques révolutionnaires,

http://fr.wikipedia.org/wiki/Concorde_%28avion%29

(14)  La SNCF rêve d’implanter ses TGV aux Etats-Unis, L’Expansion, 20 mars 2009,  

http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/la-sncf-reve-d-implanter-ses-tgv-aux-etats-unis_177427.html

(15)  Contrats TGV aux USA : la France explique le rôle de la SNCF dans l’Holocauste, 30 septembre 2010,

http://www.france-amerique.com/articles/2010/09/30/contrats_tgv_aux_usa_raffarin_explique_le_role_de_la_sncf_dans_l_holocauste.html

(16)  Rôle controversé dans la Shoah : La SNCF prête à ouvrir ses archives aux Etats-Unis, Le Point, 29 août 2010, http://www.lepoint.fr/monde/role-controverse-dans-la-shoah-la-sncf-prete-a-ouvrir-ses-archives-aux-etats-unis-29-08-2010-1229894_24.php

(17)  Contrats TGV aux USA, Op. Cit.

(18)  Camouflet pour le TGV français en Arabie Saoudite, L'Expansion, 26 octobre 2011, http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/camouflet-pour-le-tgv-francais-en-arabie-saoudite_267635.html
(19)  Sophie Coignard & Romain Guibert, L’Oligarchie des Incapables, Albin Michel, 2012.

(20)  Yann Le Galès, Airbus lance une offensive sur le marché américain, 3 juillet 2012,  

http://www.lefigaro.fr/societes/2012/07/02/20005-20120702ARTFIG00590-airbus-lance-une-offensive-sur-le-marche-americain.php 

(21)  Melissa Nelson Gabriel, Op. Cit.

(22)  Airbus lands first US plant in Alabama, Op. Cit.
(23)  Andrea Shalal-Esa, Op.
Cit.

(24)  Airbus to double spending, Op. Cit.
(25)  Jacques Généreux, Les Vraies Lois de l’Economie, Seuil, 2005, p. 192.

(26)  Budget de l’Etat voté pour 2011,  

http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/fileadmin/medias/documents/ressources/LFI2011/depliant_budget2011.pdf
(27)  Andrea Shalal-Esa, Op. Cit.

(28)  En Finir avec La Compétitivité, ouvrage collectif, Fondation Copernic – Attac, octobre 2012, téléchargeable :

http://www.france.attac.org/sites/default/files/en_finir_avec_la_competitivite.pdf

(29)  Loïc Wacquant, Punir les Pauvres - Le Nouveau Gouvernement de l’Insécurité Sociale, éditions Agone, 2004, p. 19.

(30)  Christine Lagarde : femme politique préférée des français, 16 novembre 2012,

http://www.elle.fr/Societe/News/Christine-Lagarde-femme-politique-preferee-des-Francais-2249910

 


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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 23:10

 

 

« Parfois des territoires nous reviennent quand nous partons en guerre pour une sainte cause. A chaque fois, j’en ai la certitude, le drapeau de la liberté flotte au dessus d’eux et leurs peuples sont comblés de bienfaits. »

William McKinley – Président des USA  (1897 - 1901) (1)

 

 

 

Philippines, aux 7.107 îles… Aux 200 volcans, dont 22 en activité. Saupoudrés sur 1.700 km du nord au sud et 750 km d’est en ouest. Flore et faune exceptionnelles, dans des paysages paradisiaques aux populations d’une gentillesse extrême. (2)

 

Une centaine de millions d’habitants aux dialectes si nombreux, plus de 170, qu’ont été inscrites dans la Constitution politique deux langues officielles, traduisant l’évolution de son douloureux destin colonial : l’anglais, après élimination de l’espagnol, et le Tagalog, dénommé officiellement “Filipino”. (3)

 

Philippines-map

 

Le responsable du gouvernement de notre pays, Jean-Marc Ayrault, vient d’y effectuer un séjour de trois jours : « son premier voyage hors d'Europe en tant que Premier ministre ». Du 18 au 21 octobre. Avec un crochet par Singapour, Cité-Etat de 5,5 millions d’habitants entassés sur 700 km²…

 

Considérés comme des « pays de grande vitalité économique sur lesquels la France veut s'appuyer pour combler l'important déficit de son commerce extérieur ». Avec pour symbole, la signature d’un contrat de vente du consortium européen Airbus de 10 avions à la compagnie nationale Philippines Airlines (PAL), pour un montant de 2,5 milliards d’euros. (4)

 

Déplacement d’une étonnante discrétion, toutefois.

 

Habituellement, toute visite officielle d’un chef de gouvernement de notre république dans un pays étranger, en dehors de l’Europe et des pays « occidentaux » ou « vassaux », est précédée d’une intense campagne de nos médias, avec tambours et trompettes, sur les leçons de démocratie et des droits de l’Homme que notre pays, drapé dans sa Bonne Conscience, ne manquera pas d’adresser à son hôte.

 

Là : silence…

 

Alors que les Philippines figurent parmi les pays les plus corrompus de la planète, aux mains d’une caste au pouvoir d’une poignée de familles, aussi richissimes que féodales, se déchirant dans des coups d’Etat, des vendettas (les ridos en dialecte local), ou se cooptant dans des élections truquées. Depuis des décennies, si ce n’est des siècles. Parmi les plus violents, en termes d’injustice sociale, maintenant dans une misère abjecte des dizaines de millions d'habitants.

 

slide-Philipino Child

Désespoir dans les rues de Manille

 

 

Cinq siècles de colonisation

 

Pourtant, n’ayant connu que la colonisation occidentale, espagnole puis américaine, voilà un pays qui devrait être un paradis sur terre…

 

L’explorateur portugais Fernand de Magellan y a accosté le 16 mars 1521 et y mourut le 27 avril plus tard dans un combat face aux guerriers du roi de l’île Mactan (rattachée, à présent, par un pont à l’île de Cebu), Lapu-Lapu considéré comme le premier héros de l’indépendance du pays, qui refusait de se soumettre au représentant du roi d’Espagne.

 

Malgré une résistance héroïque, la pression militaire de troupes équipées des plus puissantes forces navales de l’époque, d’armes à feu et de canons, l’emporte. En 1565, l’archipel est officiellement intégré à l’Empire espagnol qui lui donna son nom en l’honneur de l’empereur Philippe II.

 

Colonie rattachée administrativement à la vice-royauté du Mexique, les mouvements d’indépendance d’une population traitée en serfs ou en esclaves, hormis les « collabos » qu’engendre toute colonisation, n’ont jamais cessé.

 

Résistance s’amplifiant à partir du XIX° siècle, sur fond de sauvages répressions, avec celui qui est devenu une icône nationale, le poète et écrivain José Rizal. Fusillé par l’occupant espagnol en 1896, à l’âge de 35 ans, à la suite d’un enlèvement alors qu’il se rendait à Cuba en bateau, et d’un simulacre de procès pour « rébellion ». Schéma classique…

 

José Rizal  était issu d’une riche famille métissée chinoise et tagalog. Il n’a jamais cessé d’exercer son métier de médecin et chirurgien ophtalmologue (il voulait rendre la vue à sa mère devenue aveugle) après s’être formé dans les meilleures académies de médecine de l’époque : Madrid, Berlin, Paris. Il se mettra au service des populations sans ressources. Fondant des écoles, créant des domaines agricoles pour les paysans sans terre, enseignant langues et techniques agricoles.

 

L’oligarchie locale et les autorités coloniales ne lui pardonneront jamais son choix :

« Je me trouverai du côté des Philippins opprimés, parce qu'avant tout je préfère succomber pour les droits des bafoués de l’humanité que triompher pour les intérêts égoïstes d’une nation… » 

 

Débordant d’activité et de curiosité intellectuelle, voyageant au Japon, en Chine, s’initiant aux arts martiaux. Il est un des plus éminents linguistes de son temps, maîtrisant 23 langues. Ses romans écrits en espagnol, après avoir été longtemps interdits par le colonisateur puissamment soutenu par la hiérarchie de l’Eglise dont il critiquait les abus en tous genres (y compris sexuels…), sont reconnus à présent comme des chefs-d’œuvre du castillan. Notamment : Noli me Tangere (traduit sous le titre : N'y touchez pas), qui est un des surnoms du cancer des yeux, et El Filibusterismo (traduit sous le titre : Révolution aux Philippines).  


Philippines-Jose rizal 01

José Rizal

 

José Rizal était un adepte de la "révolution silencieuse". La plus puissante, la plus inexorable : la lame de fond. Qui prend tout son temps pour lever, accumuler sa force. Refusant le recours aux flambées de révoltes armées et sans cohésion, faciles à écraser par les oppresseurs, qui ne souhaitent que cela.

 

Ses armes étaient redoutables d’efficacité, dans une perspective à long terme : l’éducation, le savoir, la connaissance, la maîtrise des techniques et des langues.  Forgeant des hommes libres, imperméables aux propagandes et diabolisations, sûrs de leurs droits et intraitables quant au respect de leur dignité. Sa devise :

« Il n'y a pas de tyrans là où il n'y a pas d'esclaves ».

 

L’administration coloniale ne s’y trompait pas, craignant la force de ses idées, son charisme, ses exemples de réforme et de gestion sociale. Jusqu’à la hiérarchie catholique en charge de l’éducation qui réservait l’enseignement de la langue espagnole à une "élite" soigneusement sélectionnée en fonction de critères raciaux et de niveaux de richesses, surtout immobilières : priorité aux colons espagnols et aux riches familles métissées avec eux.

 

José Rizal, proposant un contre-exemple de cette "féodalité maître-esclave", devenait l’homme à abattre.

 

Comme toujours, rien n’a changé de nos jours, une puissance coloniale, impériale, pense conforter la pérennité de sa prédation par l’assassinat de ceux qui ne partagent pas son idéologie. Mais, assassiner une intelligence de cette envergure n’est que le symptôme de l’aveuglement forcené d’un colonialisme se refusant à toute évolution historique. Résultat : la résistance à l’oppression redoubla…

 

Deux ans plus tard, l’Espagne était contrainte de céder les Philippines aux USA, en même temps que Guam et Porto Rico, suite à la guerre hispano-américaine de 1898. Sa colonie de Cuba obtenant une indépendance de façade pour, en fait, passer sous le contrôle des USA.

 

La fin de l’occupation espagnole fut accueillie avec joie par la résistance du pays. Certains de ses responsables, en particulier Aguinaldo, souhaitaient l’intervention américaine. Mais, ils n’avaient pas anticipé le cynisme des puissances coloniales. Comme dans la fable, c’est le chat Grippeminaud qui empoche la mise : l’appareil colonial des USA succédant à celui de l’Espagne. Encore plus méthodique de férocité…

 

 

D’un génocide colonial à l’autre

 

Les révolutionnaires Philippins proclamèrent, le 12 juin 1898, l’indépendance de leur nation. Assurés des promesses formulées par les américains pour les soutenir. Découvrant, soudain, qu’il ne s’agissait que de mensonges : confrontés aux débarquements de troupes et à une volonté inflexible de s'emparer du pays. Ce fut la mise à feu de la guerre américano-philippine.

 

Officiellement, elle dura de 1899 à 1902. Les USA prononçant unilatéralement, en 1901, la dissolution de la première, et brève, République des Philippines. En fait, les derniers combats de cette guerre ne s’achevèrent qu’en 1913.

 

Ce fut une des guerres coloniales les plus atroces, meurtrières, dévastatrices, de l’histoire du colonialisme.

 

Dans un racisme effroyable de sauvagerie. Les Philippins étant traités de "nigs", abréviation de "niggers", au sens péjoratif de "nègres". Manifestation spontanée de  l’inconscient collectif des dirigeants américains de l’époque encore adeptes de l’apartheid, malgré la Guerre de Sécession ; imbibés d’un implacable mépris envers les populations non-blanches, tout particulièrement les Afro-Américains. Détestation élargie à d’autres populations "colorées" (coloured) : Amérindiens, Latinos, etc.…

 

Plus de 3 millions de Philippins furent exterminés, soit dans des combats, soit dans des camps de concentration, véritables camps de la mort. Les « Banlieues de l’Enfer », comme se plaisaient à les présenter leurs geôliers. Sans distinction de sexe, ni d’âge. Où, ils furent internés pour y mourir de faim ou de maladie, typhus et choléra en majorité, forme de guerre bactériologique qui ne disait pas son nom. (5)

 

Villages rasés, habitants massacrés, hommes, femmes, enfants. Des centaines d’Oradour-sur-Glane. Récoltes incendiées, bétail et animaux domestiques systématiquement abattus, dans une tactique de la terre brûlée. Evidemment, usage généralisée de la torture, tout particulièrement le waterboarding pour « faire parler » les résistants…

 

Sous les ordres d’authentiques criminels de guerre, formés dans les expéditions génocidaires contre les amérindiens d’Amérique du nord.

Tels le général J. Franklin Bell, à l’origine de l’emploi  méthodique du waterboarding, qui a reconnu que 600.000 civils avaient été massacrés dans la seule île de Luzon sous ses ordres. (6) Ou encore, le général Jacob H. Smith, ordonnant le massacre des habitants de l’île de Samar, avec son ordre célèbre : "Kill Every One Over Ten" (tuez tous ceux de plus de 10 ans) :

« Je ne veux aucun prisonnier. Je veux vous voir tuer et brûler, plus vous tuerez et brûlerez et plus je serai satisfait. Je veux que soit tuée tout personne en mesure de porter les armes dans les combats actuels contre les Etats-Unis ». (7) 

 

Phillipines-USA War-AtrocitiesAdultes et enfants fusillés

 

Les Philippins résistèrent jusqu’à l’extrême dans une guérilla acharnée, désespérée, héroïque. Sans moyens, ni approvisionnements en armes et munitions, encore moins en médicaments, l’archipel étant sous blocus maritime. Se battant à mains nues, avec machettes, arcs et flèches, en dernier recours.

 

Leur cause était perdue. Leur combat pour l'indépendance de leur pays était mal vu des autres puissances coloniales, dans une solidarité de prédateurs. Et, pratiquement inconnu de l’opinion publique internationale du fait d’une étroite censure et d’une pression permanente sur les militaires qui dénonçaient les atrocités dont ils étaient témoins ou acteurs (certains s’en vantaient…) dans le courrier adressé à leurs familles.

 

Quelques journalistes et intellectuels américains essayèrent de mobiliser l’opinion, en vain. Occasion de rendre hommage à Mark Twain qui exprima, en termes mesurés, son opposition à cette guerre coloniale :

« Je ne comprends pas, et n’arrive pas à saisir les origines de notre antagonisme envers les Philippins. Je pensais que nous devions agir en tant que protecteurs – et non pas essayer de les mettre sous notre botte. Nous devions les aider à se débarrasser de la tyrannie des Espagnols afin qu’ils choisissent leur propre mode de gouvernement, et nous devions les soutenir dans leurs efforts… » (8)

 

Un des derniers grands chefs de la résistance, le général Macario Sakay, tomba dans le piège tendu par l’armée américaine. Il fut invité, avec ses principaux lieutenants, à négocier la paix et l’instauration d’une république indépendante. L’amnistie, pour lui et ses hommes, avait été garantie par le Gouverneur général des Philippines Henri Clay Ide. Ils furent tous arrêtés à la faveur d’un banquet organisé pour “fêter la réconciliation”.

 

Pour contourner l’amnistie accordée dans le cadre d’un conflit armé, les occupants utilisèrent une loi taillée sur mesure : le général Macario Sakay fut pendu en 1907 pour « banditisme ». Les Borgia n’auraient pas imaginé mieux !...

 

Depuis les années 2000, le génocide des Philippins lors de la conquête américaine commence à être progressivement mieux étudié, malgré la destruction des archives militaires et l’obstruction des milieux politiciens ou académiques et, de ce fait, mieux connu. Aucun Etat au sanguinaire passé colonial, il est vrai, n’échappe à cette volonté d’occulter ses massacres, offrant de multiples exemples : France, Grande-Bretagne, Portugal, Espagne, Italie, Hollande, Allemagne, Belgique et d’autres encore…

 

A noter le réflexe immédiat du conquérant colonial : imposer sa langue en tant qu’instrument privilégié et indispensable pour accéder à toute responsabilité politique. Le formatage des nouveaux dirigeants Philippins, sous la domination des USA, se fit dans le cadre d'un programme de « déshispanisation » méthodique. L’asservissement passant par l’imposition d’une langue.

 

L'intellectuel et écrivain, à la double nationalité philippine et américaine, San Juan E. Jr., tout en souhaitant un développement de ces recherches, en résume lucidement enjeux et obstacles dans un article, publié en 2005,  qui lui a fermé les portes de beaucoup d’institutions universitaires américaines (9) :
"US Genocide in the Philippines – A Case of Guilt, Shame, or Amnesia ?"
(Le génocide des USA aux Philippines - Un Cas de Culpabilité, de Honte ou d’Amnésie ?)

 

Article dans lequel il rappelle que l’ONU, en 1948,  avait défini le génocide dans la "Convention sur la Prévention et la Sanction du Crime de Génocide" (“ Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide”) comme des actes :
 « … commis avec l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial, ou religieux ».
(“… committed with intention to destroy, in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group.”)

 

S’en suivit une trentaine d’années de terrible occupation, au cours de laquelle le colonisateur pris soin de maintenir la population dans le sous-développement. Veillant à ce qu’aucune "élite" civile ou militaire ne soit formée, à part les héritiers des familles milliardaires agissant en fondés de pouvoir des autorités coloniales. Afin qu’aucune velléité d’indépendance, aucune insurrection, ne puissent surgir à nouveau.

 

Ce furent les japonais qui surgirent en 1941, nouvel envahisseur, pour prendre le total contrôle de l’archipel en 1942. Provoquant la débandade de l’occupant américain avec la fuite éperdue et nocturne en Australie du général Douglas Mac Arthur, gouverneur militaire. Abandonnant ses troupes sur l’île de Corregidor, à leur reddition et leur internement, barbare, par les Japonais.

 

La reconquête des Philippines achevée avec la chute du Japon, les américains décidèrent d’accorder l’indépendance aux Philippines le 4 juillet 1946.

 
Indépendance de façade, évidemment.
 
Les Philippines restent une “colonie de fait” des USA. Une des plus étroitement contrôlées en raison de sa position stratégique sur les voies maritimes des approvisionnements (énergétiques, surtout) et du commerce de la Chine.
 
Contrôle illustré par le maintien, entre autres, d’une des ses plus gigantesques bases aéronavales dans le monde, jusqu’en 1991 : U.S. Naval Base Subic Bay, dans l’île de Luzon. Très active pendant la guerre du Vietnam, servant de base arrière pour les réparations et maintenances de la flotte américaine.
 
Depuis juin 2012, bâtiments et aéronefs ont refait leur apparition dans le cadre de manœuvres conjointes avec l’armée du pays. Instructeurs et troupes spéciales y étant toujours présents.

 

 

Manila slums.3

Les bidonvilles de Manille

 

 

Néocolonialisme, mondialisation et misère

 

Avec la néo-colonisation suivant la période des indépendances de l'après deuxième guerre mondiale, le pays fut immédiatement plongé, dans le plus parfait, radical, fondamentalisme « Libéral ». Relooké, à présent, sous le vocable : « Mondialisation ». Comme chacun sait : système politique et économique censé apporter, par les miracles de l’autorégulation ou de la “main invisible” du marché, grâce à la “non-intervention” de l’Etat, bonheur et prospérité aux peuples qui en bénéficient…  

 

La pauvreté n’y cesse de croître malgré le développement du PIB (3 à 4 % en moyenne), la richesse nationale étant confisquée par les dynasties familiales au service des intérêts “multinationaux”. Les plus connues étant celles qui se passent à tour de rôle le fauteuil de la présidence, “un coup c’est toi - un coup c’est moi” : Marcos, Estrada, Arroyo, Aquino, et consorts.

 

Les Philippines sont considérées par tous les instituts et observatoires, spécialisés en ce domaine d’études et de recherches, comme le pays d’Asie le plus corrompu, spolié par un pouvoir structuré en clans mafieux. Colossal impact pour les populations contraintes d’endurer depuis des décades un ravage d’une telle ampleur. (10)

 

Tous les pays asiatiques, en particulier les plus dynamiques (Chine, Vietnam, Indonésie, Malaisie, Thaïlande) ont enregistré une diminution permanente de la pauvreté. Sauf les Philippines, qui s’y enfoncent davantage. Les taux de pauvreté exprimés dans les dernière études du genre, malgré tous les efforts pour les édulcorer, affichent des augmentations continues : 24,9 % en 2003, 26,4 % en 2006, 26,5 % en 2009. (11)

 

Même la Banque Mondiale, réputée pour la prudence coutumière de ses analyses ménageant la susceptibilité des puissants et de leurs réseaux, stigmatise la corruption comme premier obstacle au développement du pays. Tout particulièrement, dans ses rapports 2008 et 2009. (12)

 

Enormes inégalités de revenus, vertigineuses iniquités sociales, accentuées par un enseignement catastrophique : primaire, secondaire, technique. Principalement dans les zones rurales. Les riches se réservant les meilleures institutions privées pour leurs enfants et les universités les plus chères ou prestigieuses de Singapour, Taïwan ou des USA. Bien sûr, système de santé quasi-inexistant pour les pauvres qui constituent la majorité de la population.

 

Infrastructures déplorables à part les principaux ports ou aéroports de l’archipel, et les installations nécessaires à l’oligarchie et ses protecteurs étrangers : accès aux bases militaires, aux exploitations minières, aux immenses propriétés familiales, aux lieux de villégiatures de la nomenklatura.

 

Le pays bénéficie, néanmoins, du transfert en devises des dizaines de milliers de Philippins qui s’expatrient à l’étranger pour soutenir leurs familles. Les hommes, essentiellement comme marins sous-payés sur les navires marchands ou de croisière sillonnant les océans, sous tous les pavillons. Les femmes, comme employées de maison, aux USA, au Japon, en Corée, à Taïwan, à Singapour, en Arabie saoudite et dans les pétromonarchies. On en trouve même au Liban et en Jordanie.

 

Et, aussi, comme prostituées. Le transfert des revenus des prostituées Philippines, rien qu’à partir du Japon, formerait un flux de devises évalué à 200 millions de US$ en 2011.

 

La prostitution représente, en effet, une des calamités du pays et une de ses principales ressources… La misère incitant les jeunes femmes à trouver une échappatoire dans ce métier, dont le développement faramineux est un "dégât collatéral" de la guerre du Vietnam. Lors de la guerre du Vietnam, Manille était avec Bangkok, en dehors de Saigon au Vietnam, un des plus grands "centres récréatifs" du contingent militaire américain.

 

Depuis, ce secteur d’activité n’a cessé de progresser parallèlement à l’appauvrissement du pays. En 2009, leur nombre était estimé à 800.000. En réalité, ce serait le double. Des rues entières de Manille, mégalopole de 15 millions d’habitants aux immenses bidonvilles, sont spécialisées dans ce business : rabatteurs, salons de massages, bars, hôtels, karaokés, discothèques avec exposition des jeunes femmes affublées d’un numéro, etc. Telle, la célèbre rue Burgos.

 

Des jeunes femmes, adolescentes pour la plupart, produisant de faux certificats de naissance pour dissimuler le fait qu’elles sont mineures, venant des campagnes dévastées par la misère et la malnutrition, se vendent à toute une clientèle venue de l’étranger : USA, Australie, Nouvelle-Zélande, Europe, Japon, Corée, Taïwan, Singapour. Exploitées comme du bétail, avec son cortège inévitable de maladies et de drogues, par des mafias d’une extrême brutalité compte tenu des sommes colossales en jeu (13).

 

Le plus préoccupant est la prostitution des enfants.

 

Enfants, souvent abandonnés par des parents qui ne peuvent pas les élever, ou des mères célibataires survivant à peine dans la misère, orphelins. Proie des trafiquants qui les livrent aux pédophiles du monde entier. Manille est connue pour être un des hypermarchés mondiaux de la prostitution des jeunes adolescents et des enfants, garçons et filles.

 

On estime qu'au minimum 100.000 enfants sont, chaque année, livrés à la prostitution aux Philippines. (14)

 

Avec la complicité de tous les gouvernements et de l’ONU. Là : pas de « ligne rouge », ni de schéma à la Tribune de l’ONU. Pas de sanction, ni de grandes déclarations de l’UE sur les droits de l’Enfant. Motus !

 

Pourquoi ?... Nos « élites » seraient-elles consommatrices ?...

 

Complicité étrange. S’élargissant même dans des campagnes, matraquages, médiatiques d’une rare hypocrisie. Les spécialistes de la protection de l’enfance sont particulièrement inquiets de voir se multiplier, dans les pays occidentaux, la légalisation de l’adoption d’enfants par des homosexuels.

 

Compte tenu du fait que, dans tous les pays occidentaux, le délai d’attente pour adopter est de 7 ans en moyenne (cas de France et Grande-Bretagne), ils anticipent une demande massive, tout autant "légale" que suspecte, de ce type d’adoption aux Philippines, ainsi que dans d’autres pays aux législations et contrôles laxistes du fait de la corruption endémique (Cambodge, par exemple).

 

A la grande satisfaction des trafiquants, y compris les avocats véreux spécialisés dans l’habillage juridique de ce genre de "transactions"…

 

 slide-Manila Slum

Bidonvilles de Manille sous la pluie

 

 

Quel avenir pour ce pays ?

 

Quel avenir pour les Philippines ?...

 

Son protecteur l’a trouvé : investir dans l’armement pour harceler la Chine ! (15)

 

Les USA ont entrepris récemment une campagne de harcèlement de la Chine, dans une nouvelle forme de diabolisation, avec pour prétexte la remise en cause de la nationalité des îles chinoises de la région.

 

Guérilla diplomatique et de propagande fomentée à partir de revendications officielles du Japon, du Vietnam. Et, inévitablement, des Philippines considérées à présent comme un « pivot » par les stratèges américain, pour reprendre l’expression d’Hillary Clinton. (16)

 

Paradoxe stupéfiant que de voir actuellement un pays comme les Philippines, qui admet officiellement posséder 2.400 îles inhabitées et sans nom, revendiquer, dans une provocation permanente, quelques îles appartenant à la Chine : 9 îlots inhabités du minuscule archipel Spratly !... (17)

 

Se disant menacé par l’expansion maritime de la Chine. Et, en conséquence, obligé d’augmenter son budget militaire pour multiplier ses effectifs, acheter de la quincaillerie guerrière, aux USA forcément, investir dans des installations militaires (les USA veulent vendre des stations radars hors de prix…), afin de pouvoir avec son grand allié faire face à cette menace imminente. (18)

 

Course délirante aux armements, imposée par son suzerain… (19)

 

Pendant que dans sa plus florissante île, Mindanao au sud de l’archipel, les investissements étrangers, saoudiens, taïwanais, japonais, s’emparent des meilleures terres agricoles du pays. Et, que les groupes miniers internationaux, à couverture australienne, canadienne ou US, s’approprient toutes les mines : or, chrome, cuivre, etc.

 

Les Philippines représentent, en fait, l’archétype du désastre de la colonisation et du “Libéralisme Economique” pour peuples et nations qui en sont victimes. Sauf évidemment pour la ploutocratie au pouvoir qui y trouve la source de son enrichissement fulgurant. Et, ses protecteurs occidentaux : une chasse-gardée pour les intérêts de leurs groupes miniers, industriels et financiers.

 

D’où, le mutisme de nos politiciens en visite, adeptes convaincus de cette idéologie. Le protectorat des USA aux Philippines ne figure pas dans la liste des “rétifs” à l’orthodoxie “Libérale”. Encore moins, aux diktats de l’Empire formatant les relations internationales.

 

Comme les bidonvilles de Manille dissimulés par des murs, pour les faire oublier aux visiteurs. (20)

 

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

 

Notre nomenklatura, notre diplomatie, nos médias, dégainant à l’ordinaire “Bonne Conscience” et “Leçons Démocratisantes” plus vite que leurs ombres, observent la plus stricte omerta.

 

Notre premier ministre, “de gauche”, n’a donc rien vu, rien entendu.

 

Il ne pouvait, davantage, rien dire.

 

Philippines…

 

Paradis de la misère, dans les splendeurs du “Libéralisme” radical …

 

 

 


 

 

 

 

(1)  “Territory sometimes comes to us when we go to war in a holy cause, and whenever it does the banner of liberty will float over it and bring, I trust, the blessings and benefits to all people”.
Phrase prononcée en 1900, pour célébrer la colonisation des Philippines enlevées à l’Espagne, en même temps que Guam et Porto Rico, suite à la guerre hispano-américaine de 1898.
Citée par John B. Judis dans Imperial Amnesia, Foreign Policy, July/August 2004, http://www.hartford-hwp.com/archives/54a/051.html 

(2)  De magnifiques photos ont été publiées dans l’ouvrage de Nigel Hicks : Parcs Nationaux des Philippines, éditions Köneman, 2000.

(3)  Article XIV, Section 7, Constitution of the Philippines, 1987.
(4)  Ayrault à Singapour et aux Philippines, “autres” pays émergents -  Les Echos, 15 octobre 2012, http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/service-distribution/actu/reuters-00470685-ayrault-a-singapour-et-aux-philippines-autres-pays-emergents-500428.php

(5)  “… the bloodiest colonial war (in proportion to population) ever fought by a white power in Asia; it cost the lives of 3,000,000 Filipinos." (cf. E. Ahmed's "The Theory and Fallacies of Counter-Insurgency", The Nation, August 2, 1971.) General Bell himself, the old sweetheart, estimated that we killed one-sixth of the population of the main island of Luzon—some 600,000 people.”
Cité par Gore Vidal :
http://en.wikipedia.org/wiki/J._Franklin_Bell#Alleged_War_crimes
(6)  Gore Vidal, Op., Cit.
(7)  Instructions du général Jacob H. Smith, lors de la campagne de l’île de Samar :
" I want no prisoners. I wish you to kill and burn, the more you kill and burn the better it will please me. I want all persons killed who are capable of bearing arms in actual hostilities against the United States ”.

http://en.wikipedia.org/wiki/Jacob_H._Smith#Samar_campaign
(8)  Voir pour l’opposition des intellectuels américains à la guerre de conquête coloniale des Philippines : American opposition,
http://en.wikipedia.org/wiki/Philippine%E2%80%93American_War#American_opposition
(9)  San Juan E. Jr., US Genocide in the Philippines – A Case of Guilt, Shame, or Amnesia ?, 22 mars 2005, http://www.selvesandothers.org/article9315.html

(10)  The Republic of the Philippines suffers from widespread corruption, 30 août 2012, http://socialproblmesinthephilippines.blogspot.fr/
(11)  Celia Reyes et Aubrey Tabuga, Poverty and Growth in the Philippines, Philippine Institute for Development Studies (PIDS), 6 septembre 2011, http://www.eastasiaforum.org/2011/09/06/poverty-and-growth-in-the-philippines/

(12)  Income inequality in the Philippines,
http://en.wikipedia.org/wiki/Income_inequality_in_the_Philippines

(13)  Thin Lei Win, Child poverty in Philippines even worst in cities, UNICEF, 12 janvier 2012, http://www.trust.org/alertnet/news/child-poverty-in-philippines-often-worst-in-cities-unicef

(14)  Children and Sex Trade, Sunstar, 11 décembre 2011, http://www.sunstar.com.ph/weekend-davao/children-and-sex-trade

(15)  Richard D. Fisher Jr., Defending The Philippines : Military Modernization and the Challenges Ahead, 3 mai 2012,

(16)  Hillary Clinton, “America’s Pacific Century,” Foreign Policy, November 2011.

http://www.cnas.org/files/documents/publications/CNAS_ESCS_bulletin3.pdf

(17)  Richard Javad Heydarian, Construction tensions in the South China Sea, octobre 2012, http://www.atimes.com/atimes/China/NJ26Ad02.html

(18)  Should the Philippines increase military spending and prepare for war ?, 24 juin 2012, http://getrealphilippines.com/blog/2011/06/should-the-philippines-increase-military-spending-and-prepare-for-war/

(19)  Ava Patricia C. Avila, Philippines defence build-up: Self-reliant posturing is back, The Nation, 18 juillet 2012, RSIS Commentaries, http://www.nationmultimedia.com/opinion/Philippines-defence-build-up-Self-reliant-posturin-30186396.html
(20)  Manila Slum Walls Built To Hide Philippines Poverty, 3 mai 2012, http://theredphoenixapl.org/2012/03/16/the-world-is-a-ghetto-global-slums-out-of-sight-and-out-of-mind-deterioration-of-the-human-condition/

 

 

 

Illustrations, voir la galerie de photos sur la survie dans les bidonvilles de Manille :
http://news.bbc.co.uk/2/shared/spl/hi/picture_gallery/06/world_manila_slum_life/html/1.stm

 

 

 

 

 


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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 20:01

 

 

" Le Secrétaire d'Etat aux finances de Grèce, en 2010, estimait à 280 milliards d'euros les capitaux grecs qui auraient été placés dans les banques suisses depuis 2003.

Et, selon la Banque Centrale de Grèce, 38 milliards d'euros auraient quitté le territoire national en 2010..."

Roland Guillon  (*)

 

 

 

 

 

Un des plus célèbres et talentueux caricaturistes Indiens, Aseem Trivedi, vient d’être jeté en prison, dimanche 9 août 2012, à Mumbaï (Bombay), pour motif de « sédition ». (1)

 

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Aseem Trivedi

 

En fait, pour avoir publié des caricatures dénonçant la corruption des politiciens et membres du Congrès Indien, en soutien du mouvement, organisé en association, protestant contre la corruption endémique ravageant actuellement l’Inde : “India Against Corruption”.

 

Parallèlement, médias et sites internet publiant ses caricatures sont soit fermés, soit menacés, sous la pression des milieux politiques et économiques dominants, bénéficiaires de ce système.

 

Elles peuvent être vues sur le site : "cartoons against corruption". (2)

 

L’acharnement contre les caricaturistes est d’autant plus violent que nous sommes dans un pays où l’illettrisme est dominant. L’Inde détient actuellement un triste record, celui de contenir plus d’un tiers des illettrés de toute la planète. (3) L’impact d’un dessin, par sa facilité de compréhension, de circulation, est d’autant plus fort qu’il est directement accessible à tous. Ce qui explique combien il est redouté des politiciens.

 

Cette réaction politicienne rejoint un précédent célèbre : William Magear Tweed, surnommé le "Boss" ou le "Grand Sachem" dans les milieux affairistes. Il représente un des politiciens parmi les plus corrompus de l’Histoire des USA.

 

Elu du Congrès des USA (parti "Démocrate") et sénateur de l’Etat de New York, avec son entourage d’intermédiaires et d’entrepreneurs filous, il avait mis en coupes réglées tous les marchés de New York entre les années 1850 et 1870. Achetant les votes et sachant se créer des “obligés”. Le montant des détournements avait été estimé à l’époque entre 50 et 200 millions de dollars. Ce qui correspondrait entre 1 et 8 milliards de dollars de maintenant.

 

Il tempêtait contre les caricaturistes, notamment le plus redoutable Thomas Nast qui ne le lâchait pas d’une semelle et qu’il avait essayé « d’acheter » :

« Arrêtez ces satanées caricatures ! Je me moque de ce que les journaux peuvent écrire sur moi, la plupart de mes électeurs ne savent pas lire ! Mais, arrêtez ces satanées caricatures ! »…

 

Restons humbles, au passage : l’Occident, même de nos jours, n’échappe pas aux ravages de la corruption, où le “lobbying” a pignon sur rue. Cyniquement. Que ce soit à Washington, Londres, Paris ou Bruxelles.

 

Avec ses législations taillées sur mesure pour les groupes industriels mafieux et pollueurs, ses marchés de l’armement et marché publics aux appels d’offre truqués et aux marges non contrôlées. Ils sont simplement moins visibles, au sein d’une population dont la majorité n’est pas aussi pauvre. La richesse se faisant discrète. Ou, émigrant en Belgique, Suisse, Monaco, Los Angeles, et autres paradis fiscaux,

 

De plus, les circuits y sont plus alambiqués, les habillages juridiques plus sophistiqués, les camouflages comptables plus indécelables. Ajoutons à cela : nos "journalistes d’investigation" et caricaturistes plus à l’aise dans l’islamophobie valorisante que dans une dénonciation suicidaire, sur le plan professionnel…

 

En Inde, il est vrai, la progression de la richesse des milliardaires, et leur ostentation, prennent des dimensions qui choquent les plus patients, blasés, ou fatalistes. La croissance fulgurante de l’économie indienne sur fond de privatisations et de mondialisation des transactions, s’est concentrée au profit d’une poignée de familles. Assistées du personnel politique dont elles soutiennent les campagnes électorales et comblent d’avantages. Sur 1,2 milliard d’habitants une centaine de familles possède, ainsi, plus du quart du PIB.

 

Exemple. L’homme le plus riche de l’inde, n’est pas Mittal, que nous connaissons bien en Europe pour lui avoir soldé nos aciéries, mais Mukesh Ambani. Dont la fortune difficilement estimable du fait de la myriade de holdings et de sociétés détenues directement ou indirectement, dans une multitude de pays, serait de loin supérieure à 20 milliards de dollars.

 

Il s’est fait construire, entre autres résidences privées dans le monde, l’une des plus impressionnantes à Mumbai, sur Altamount Road : 27 étages, 3 héliports, 9 ascenseurs, jardins suspendus, mur végétal (sur une façade entière de l’immeuble), salles de bal, gymnases, parking de 6 étages. Avec, pour le service, la maintenance, et la sécurité, une domesticité de 600 personnes. (4)

 

Fortunes colossales édifiées en peu de temps. Bien souvent grâce à des concessions (notamment licences de diffusion TV et de réseaux téléphoniques), privatisations bradées, contrats de marchés de gré à gré, et subventions publiques. Pendant que 250000 paysans surendettés étaient contraints au suicide et 800 millions d’Indiens s’enfonçaient dans la pauvreté. Comme le dénonce à longueur d’année la militante pour la Paix et la Justice, magnifique de courage et d’intelligence : Arundhati Roy. (5)

 

Par son talent, Aseem Trivedi, participe efficacement à ce combat. Quelques exemples de ses impitoyables charges à l'encontre de la ploutocratie de son pays :

 

Dans un de ses dessins, il représente Gandhi apostropher les hommes au pouvoir, assis devant un plat où ils vont se partager la carte de l’Inde, en leur souhaitant un bon appétit.

 

Evoquant la célèbre tirade de la pièce de Victor Hugo, où Ruy Blas (Acte III, scène 2), premier ministre du roi d’Espagne, surprend les conseillers du roi en train de se partager les richesses du royaume. Bien sûr, c’était pour Victor Hugo une manière détournée pour dénoncer, aussi, les ravages de la corruption en France :

« Bon appétit, messieurs !

Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
 … »

 

Cartoon-Triverdi--Gandhi-Bon-appetit-Sept-2012.jpg

 

Le simulacre d’élections « démocratiques » est dénoncé par Aseem Trivedi dans un pays où du fait de l’illettrisme et du surendettement de la population les élections sont le plus souvent, particulièrement dans les campagnes, des arrangements locaux sur fond « d’achat » des votes. Facteur aggravant, par cooptation des appareils politiques, ce sont souvent des corrompus qui se font élire, à mille lieux de lutter pour l’amélioration des revenus, de la santé ou de l’éducation des populations qu’ils sont censés représenter.

 

D’où le mépris de la population pour leurs politiciens, parfaitement illustré, même si l’image paraît violente dans un premier temps : le Congrès Indien étant assimilé à un collecteur d’eaux usées et les bureaux de vote, ou isoloirs (polling booth), à des toilettes…

 

Triverdi-Cartoon-Sewage-system-India-Sept-2012.jpg

 

 Aseem Trivedi, dans un exercice de prospective, met en scène une grand-mère racontant des histoires à son petit-fils. Celle d’aujourd’hui commence son histoire par le classique :

« Il était une fois, dans un village, vivait un affreux démon… »

 

En 2050, son introduction connaît une évolution :

« Il était une fois, dans une ville, vivait un affreux politicard… »

 

Triverdi-Granma-Stories.jpg

 

 

Soutenons Aseem Trivedi, et tous ces militants se mettant en danger en luttant pour un monde meilleur. Car, le monde unipolaire actuel, fondé sur la violence et la prédation, prend la forme d’une concentration de la richesse de la planète entre quelques centaines de clans transnationaux.

 

Le plus difficile dans l’édification de la multipolarité sera, pour l’ensemble des citoyens de la planète, de mater cette mafia qui s’est emparée des institutions nationales et internationales. De toute façon, aveuglée par sa provisoire toute puissance, elle va droit dans le mur. Emmenant le reste du monde avec elle.

 

Il est temps de réagir. Arundhati Roy le rappelle (6) :

« Le capitalisme détruit la planète. Les deux vieilles astuces qui lui ont permis de sortir des crises passées – la Guerre et la Consommation – simplement ne fonctionneront plus ».

 

 

 

 

 

 

 

 

1)  Pti Kanpur, “Supporters of cartoonist protest outside Jaiswal’s house”, The New Indian Express, 10 septembre 2012, http://newindianexpress.com/nation/article604072.ece

2)  http://www.cartoonsagainstcorruption.blogspot.fr/p/about.html 

3)  L’illettrisme en Inde, voir : http://pierrealedifice.blogspot.fr/2011/05/lillettrisme-en-inde.html

4)  Arundhati Roy, Capitalism : A Ghost Story”, 18 mars 2012,Dawn.com, http://www.dawn.com/2012/03/18/capitalism-a-ghost-story-2.html
N.B. : Article à lire absolument pour la pertinence de son analyse et la qualité de sa documentation
5)  Capitalism : A Ghost Story”, Op. Cit. 

6)  “Capitalism is destroying the planet. The two old tricks that dug it out of past crises - War and Shopping - simply will not work.”, Arundhati Roy, Op. Cit.

 

(*)  Roland Guillon, " La Méditerranée à l'épreuve de la Globalisation ", éditions L'Harmattan, 2012, p. 40. 

 

 

 

 

 


 
 

 


 
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