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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
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Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
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Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

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b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 18:45

 

 

En ce mois de novembre, en France, chasse haletante à “La Baleine Blanche”…

 

Dénommée : “l’EPR”. Abréviation d’un type de réacteur nucléaire modernisé, par rapport aux précédentes centrales, aux évolutions sémantiques illustrant les errements conceptuels du projet, passant d’European Pressurized Reactor à Evolutionary Power Reactor pour séduire le marché américain. Impossible de résister au délice d’en étendre la déclinaison dans le titre de ce billet…

 

Battage médiatique dissimulant action implacable des plus puissants lobbies du pays, le “débat” sur la centrale atomique EPR de Flamanville (1) en cours de construction (une autre, de même type, est en projet à Penly près de Dieppe), aux multiples retards et dépassements de budgets, fut l’occasion pour tous les politiciens de se donner le beau rôle. A en croire leur ego en béton armé : des héros du sens des responsabilités, des visionnaires infaillibles du futur de nos collectivités…

 

Tout en multipliant, sans aucune gêne, publiquement, cyniquement, les “arrangements électoraux”. Sur la place médiatique, s’échangeant des morceaux de gras taillés dans la bête à peine harponnée… Jusqu’aux partis “écologistes” aux états-majors négociant, avec d’autres partis, octroi et partage de circonscriptions électorales pour les prochaines élections législatives qui suivront les présidentielles de 2012. (2)

 

Quelle virtuosité dans l’anticipation !... Pendant que les militants de base luttaient, au même moment, sous les coups de matraque et dans les gaz lacrymogènes de la violence policière, contre le convoyage par train de « déchets radioactifs » traversant la France vers l’Allemagne.

 

Ces mêmes partis, brandissant bannière de la “Moralisation de la Vie Politique”...

 

En fait, spectacle de la pire régression vers des mœurs d’Ancien Régime. Se faire accorder des circonscriptions électorales comme des fiefs par son suzerain, en contrepartie d’une vassalité assumée… Désigné par l’euphémisme de “parachutage”, qui n’est qu’une modernisation de pratiques féodales. A l’exemple des Boss de la Mafia se répartissant les quartiers d’une ville.

 

Quel parti politique inscrira à son programme une suppression définitive de ces comportements indignes d’une démocratie ?...

 

Réforme exigeant pour se présenter à un suffrage républicain, quel qu’en soit la finalité, une résidence effective de cinq années minimum, dans cette même circonscription, comme condition préalable. Et, comme condition suspensive, l’obligation d’y résider pendant toute la durée du mandat obtenu. Assortie, évidemment, du renforcement du non cumul des mandats électifs, limités non seulement en nombre mais aussi dans le temps.

 

Je vous parie un grille-pain à manivelle “100% écolo” : aucun.

 

Confirmant la décrépitude de nos systèmes électifs et représentatifs, politiciens et médias pratiquant une totale désinformation. Chacun évitant soigneusement d’aborder, avec une amorce de sérieux, les points essentiels de l’interrogation citoyenne sur une politique énergétique qui engage l’avenir de notre société pour plusieurs décennies : « Sortir du nucléaire ou pas ? ». 

 

Mythes, clichés, argumentaires de propagande électorale, mixés aux manipulations des lobbies, en occultant la dimension économique et géopolitique. Florilège :

 

images-lithium.jpg

Energie “indépendante”  

 

Le nucléaire assure « l’indépendance » énergétique de la France, clament les partisans du nucléaire ! Rassurante incantation. Qui ne correspond, évidemment, à aucune réalité, aucune logique : l’électronucléaire étant fondé sur une matière première extraite de “mines”, de “gisements” d’uranium, que la France se procure dans des pays étrangers.

 

Affirmation d’autant plus bizarre qu’au niveau du “process” de production électronucléaire, la France paye des royalties aux USA en rémunération de brevets et licences sur le fonctionnement de 54 de ses 58 réacteurs nucléaires. Ces réacteurs n’étant qu’une adaptation du réacteur américain à eau sous pression Westinghouse.

 

En ce cas, où se situe « l’indépendance » ?... Comment en arrive-t-on à formuler, dans le contentement de soi, une telle contrevérité ?...

 

De plus, les réserves mondiales d’uranium, approximativement inventoriées dans le monde, ont une durée d’extraction évaluée entre 80 et 150 ans. Du simple au double, dans l’incertitude des divagations des « experts » sur cette ressource fossile.

 

Les seules énergies dont dispose la France actuellement sur son territoire, en mesure de contribuer à son « indépendance », à l’exclusion des gaz de schistes, sont de quatre ordres : éolienne, géothermique, hydraulique (y compris les énergies marines : marées, vagues, courants marins, osmotiques, etc.), solaire. Seule leur exploitation exclusive permettrait d’affirmer une velléité « d’indépendance », mais sans l'assurer intégralement. Sauf à intégrer dans une politique énergétique, clairement définie, une action déterminée dans la réduction des consommations d’énergie dites « fixes » : modernisation du parc immobilier, urbanisme à autonomie énergétique, amélioration des rendements énergétiques du parc industriel, etc.

 

Ces énergies disponibles en France ne sont, en effet, ni extensibles à l’infini dans leur exploitation, ni sans effets collatéraux en termes de nuisances écologiques. Car, tout choix énergétique induit des impacts environnementaux, économiques et sanitaires (ondes, radiations, etc.) qu’il convient de gérer dans la concertation avec les parties concernées. Et, non pas dans le seul intérêt d’une caste d’actionnaires de grandes entreprises imposant la priorité de ses mirobolants profits comme critères d’investissement, transformant la république en ploutocratie.

 

En Inde, par exemple, la multiplication anarchique des barrages hydroélectriques, imposée par les “rois du BTP”, est dénoncée pour leur coût humain et leur effet d'appauvrissement des populations des campagnes provoquant un exode rural massif vers les grandes villes. Parcelles agricoles et villages, par dizaines de milliers, se retrouvant noyés sous les eaux. Arundhati Roy milite dans la défense des intérêts des centaines de milliers d'agriculteurs chassés de leur terres ancestrales, sans indemnités ni perspectives économiques viables. Déracinés, exclus. (3)

 

En France, dans un registre de pays développé et à une échelle plus réduite, c’est l’exploitation éolienne qui rencontre une opposition grandissante. Certains parlent d’un “danger éolien”. (4)

 

L’argument « d’indépendance » cache, en fait, “l’exploitation” des pays du Sahel par la France, notamment le Niger. Riches en uranium, à défaut de pétrole ou de gaz. Dimension géopolitique systématiquement dissimulée. Véritable pillage de pays, dont on suppose qu’il durera éternellement. A l’abri des clichés forgés par le marteau-pilon de la propagande les décrivant en “pays les plus pauvres de la planète”.

 

Pays, si leurs ressources naturelles étaient payées à leur “juste prix” et valorisées en partie sur place, qui devraient connaître aujourd’hui le niveau de vie des pays Scandinaves. Mais soumis, en permanence, à des pressions sous forme de guerre civile, quand ils ne sont pas occupés militairement via une dictature complice, pour mieux en extraire les richesses quasi gratuites, sans possibilité de remettre en cause le modèle d’asservissement. Pour le moment…

 

Le pire et récent exemple : les pays occidentaux n’ont pas hésité à diviser le Soudan en provoquant la sécession du Darfour, après y avoir créé, entretenu, une guerre civile pendant de nombreuses années, sous les gaz anesthésiants de notre industrie de la désinformation. Le Darfour, hébergeant les plus riches gisements d’uranium de la planète. L’avez-vous remarqué ? Depuis la colonisation directe par l’Occident de l’ex sud-Soudan, le Darfour a subitement disparu de son tam-tam médiatique.

 

 

Energie “propre” 

 

Politiciens et médias ne cessent de nous le marteler : le nucléaire est une « énergie propre » !... Curieux, comme affirmation. C’est, de la part des « nucléaristes », faire abstraction d’un problème colossal, insoluble, en l’état actuel des connaissances et du niveau technique de notre industrie atomique : celui de l’élimination ou du recyclage des « déchets radioactifs », extrêmement dangereux pour la santé humaine, animale et végétale.

 

En France, les 58 réacteurs nucléaires en activité, de différentes capacités, sont implantés sur 19 sites. Certes, ils produisent de l’électricité, mais aussi plus de soixante mille tonnes de « déchets radioactifs » par an. Ce qui représente annuellement, environ : un kilo de « déchets radioactifs » par habitant.

 

L’électronucléaire « énergie propre » n’est donc qu’une vue de l’esprit, un slogan de lobby, un cliché politicien leur servant de relais. S’endormir dans ce doux rêve : pourquoi pas ? Néanmoins, le problème demeure : que faire de ces « déchets radioactifs » ?... Leur traitement et stockage constituent un impératif de sécurité permanent. S’agissant d’un sous-produit industriel mortifère, impossible à recycler en totalité.

 

Les américains ont une méthode expéditive : ils les enterrent à grande profondeur, en l’état. Méthode suivie par Suède, Finlande et Canada. Actuellement, les déchets radioactifs américains sont stockés sur 131 sites provisoires dans 39 États, en attendant leur hypothétique regroupement dans le Nevada. C’est le pharaonique projet Yucca Mountain, au budget “initial” (des rallonges sont déjà prévues) de 60 milliards de dollars, qui rencontre l’opposition de beaucoup de responsables locaux. Tout particulièrement, celle des amérindiens Shoshone qui ne souhaitent pas voir leur « Réserve » semi-désertique, généreusement offerte après leur quasi-génocide par les colons venus d’Europe, devenir la plus grande poubelle nucléaire de la planète…   

 

En France, au territoire limité, on opte pour le « retraitement » du combustible. Après une utilisation moyenne de trois ans, le combustible est refroidi pendant environ la même durée, voire jusqu’à huit ou dix ans selon ses caractéristiques. Comme disent nos grands chefs cuisiniers, en parlant d’un plat entre deux traitements, il est « réservé ». Après cette période de refroidissement, le combustible est « retraité » pour en séparer le plutonium des autres éléments radioactifs. Le plutonium étant réutilisé comme combustible nucléaire en le renforçant, ou le régénérant, d’uranium enrichi.

 

Mélange donnant, en partie car tout n’est pas réutilisable, le fameux MOX (Mixed Oxydes) destiné à certaines centrales, dont les futures EPR. Ce qui est, “reculer pour mieux sauter” : le MOX se révélant pour le moment inapte à un retraitement ultérieur, encore plus radiotoxique que l’uranium habituellement employé comme combustible, et ses propres « déchets » : sept fois plus nocifs… Expliquant pourquoi la centrale de type EPR proposée pour le marché US n’ait pas encore reçu son homologation des autorités du fait de sa dangerosité. La décision finale, positive ou négative, n’interviendra pas avant juin 2013

 

La plus grande partie des déchets de nos centrales sont « traités » à La Hague, ainsi que ceux de l’Allemagne ou de l’Italie via des convoyages épiques, ou encore de Belgique, d’Espagne, des Pays-Bas, de Suisse, et même d’Australie ou du Japon. D’où l’appellation « usine de retraitement ».

 

Le reste de nos déchets, non réutilisables, matières radioactives hautement dangereuses, étant « enfoui » dans des souterrains. En attendant des jours meilleurs. Bombes à retardement sanitaires, produites par une énergie prétendue « propre », auxquelles les générations à venir seront inévitablement confrontées. Sachant que le plutonium a une durée de vie estimée à 24 000 ans, l’uranium 235 à 704 millions d’années, l’uranium 238 à 4,47 milliards d’années…

 

Mais, en amont des déchets, l’exploitation elle-même des centrales nucléaires n’est pas immunisée au quotidien contre les fuites radioactives, sans tremblement de terre, ni attentat terroriste, ni tsunami.

 

Récemment, en juillet 2008, une importante fuite radioactive avait été détectée sur un des plus importants sites nucléaires de France, et réputés les plus sûrs, celui du Tricastin, entre Valence et Avignon, regroupant à la fois des installations de traitement du combustible et 4 réacteurs électronucléaires en fonction. Gravissime évènement, étouffé dans un hermétique silence médiatique, nos brillants journalistes d’investigation étant mobilisés par la chasse à leur scoop préféré : le pédophile récidiviste…

 

Après des mois de procédures, la Cour d’appel de Nîmes a finalement rendu son jugement le 30 septembre 2011 : la société AREVA-SOCATRI a été reconnue coupable du délit de pollution des eaux (plus de 74 kg d’uranium avaient été « accidentellement » rejetés dans les cours d’eau avoisinants, et 30 m3 d’effluents chargés d’uranium avaient contaminé les eaux superficielles), en plus de sa condamnation pour retard dans la déclaration d’incident à l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN)… (5)

 

Sans oublier “l’aval” ou la fin de cycle : le démantèlement des centrales et autres installations (centres de recherche, de préparation des combustibles, ateliers support, etc.), au terme d’une exploitation moyenne de 40 ans, avec tous leurs bâtiments et  matériels radioactifs… A enfouir, aussi ?... (6) Passons rapidement sur les 104 unités de la Défense détenant : « … un ou plusieurs des 28 types de déchets nucléaires recensés… ». (7) Les volumes prévisionnels des déchets radioactifs augmentent, rien qu’en France, de 50% par décennie : de 1,2 million de m3 en 2010 à plus de 1,8 million de m3 pour 2020. (8)

 

Il y aurait, en France, 16 décharges ou sites de stockage répartis dans 11 départements. Non compris les déchets nucléaires immergés à "grande profondeur", au cours de deux campagnes d’immersion en 1967 et 1969 : environ 50 000 fûts. Les autres pays européens reconnaissent avoir immergé 150 000 tonnes de déchets radioactifs sur une quinzaine de sites… (9) Opérations et emplacements soigneusement dissimulés aux yeux de l’opinion publique, évidemment. De quoi nourrir quelques inquiétudes en allant chez son poissonnier… (10)

 

Prétendre que le nucléaire est une “énergie propre”, c’est affirmer et l’assumer, dans l’imbécilité et l’irresponsabilité absolues : « Après nous, le déluge ! ».

 

 

Energie “créatrice d’emplois”

 

L’énergie nucléaire serait “un des principaux créateurs d’emplois en France”. Certainement, l'argument le plus mensonger d’une propagande qui ne s’embarrasse d’aucune nuance. Plus c’est gros…

 

Des chiffres astronomiques ont été véhiculés par les lobbies « nucléaristes » via leurs médias. Avec une inflation exponentielle de zéros. Jusqu’à un, puis deux millions d’emplois !… Bouygues, par exemple, étant le principal bénéficiaire des énormes contrats de génie civil de ces centrales, son groupe de médias TF1 a particulièrement brillé dans cet exercice de communication. Décuplant reportages de créations d’emplois, chiffres, images, déclarations, aussi fantaisistes les uns que les autres.

 

En fait, lors de sa future exploitation, l’EPR de Flamanville emploiera 200 personnes.

 

Si on multiplie ce chiffre par la soixantaine de réacteurs nucléaires en France, on arrive à un bassin d’emplois de 12.000 personnes relevant de la production électronucléaire. Arrondissons le chiffre à 20.000 emplois, pour faire plaisir aux "journalistes d’investigation-décrypteurs de l'info" de TF1. Evidemment, il n’est pas à négliger.

 

En comparaison, les « auto-entrepreneurs », écrasés d’impôt et de taxes, ne bénéficiant ni de subventions ni de crédits à taux préférentiels, ne connaissant ni faveurs ni délais de leurs créanciers bancaires et fiscaux, ont créé plus d’un million d’emplois en France ces dernières années.

 

Inutile de poursuivre l’analyse…

 

 

Energie “bon marché”

 

Autre argument massue, tout aussi délirant que les précédents : grâce au nucléaire, nous serions bénéficiaires, nous assurent les « nucléaristes » la main sur le cœur, d’une énergie “40% moins cher” que dans les autres pays d’Europe. Autrement dit, le nucléaire serait une énergie « bon marché ».

 

Tout d’abord, c’est faux : l’électricité vendue en France se situe à un niveau comparable de celui de nos voisins européens. Ensuite, sur un plan de méthodologie d’élaboration des coûts, se prétendre “meilleur marché” c’est affirmer une maîtrise précise de l’ensemble des coûts d’une production, d’un service, ou d’un mix des deux, par rapport à une offre concurrente.

 

Une telle prétention est souvent  la confusion, ou la manipulation, entre “prix de vente” et “coût de revient”, surtout quand interviennent des fonds publics, sous forme de subventions, financements, etc. Ce qui est spécifiquement illusoire, ou tout aussi trompeur, pour la filière électronucléaire qui se situe encore loin, très loin, de la maturité industrielle pour identifier ses coûts présents et futurs, encadrés par des systèmes de contrôle ou d’audit au niveau requis.

 

Entrer dans le dédale comptable, budgétaire, financier, de la filière électronucléaire, engloutissant des financements publics faramineux depuis des décennies, c’est déambuler dans ces labyrinthes en miroir de la Foire du Trône qui nous font tant rire par leurs effets grossissant, amaigrissant. Nous rendant, par simple effet d’optique, filiforme ou hippopotamesque, suivant l’effet recherché.

 

Se lancer dans une fastidieuse mais passionnante déconstruction des coûts de la filière électronucléaire, parcimonieusement affichés, est impossible dans le cadre de la brièveté obligée de ce billet. Retenons, toutefois, quelques balises pour ne pas se perdre entre fausses informations, slogans publicitaires, actions marketing, lobbying et propagande.

 

Balises sous forme d’un questionnement.

 

Schématiquement, l’électronucléaire comprend trois volets : la construction d’une centrale, la production électronucléaire et, tout aussi important, les charges nucléaires futures (11). Puisqu’en fin de cycle, après 30 ou 40 ans de production, il est nécessaire de détruire une centrale nucléaire par sécurité. Opération désignée pudiquement sous le terme de « démantèlement » regroupant activités de démontage, décontamination, traitement des matériels radioactifs et stockage par enfouissement de ceux considérés comme irrémédiablement dangereux.

 

=> Construction d’une centrale nucléaire

A ce jour, personne (en France, comme à l’étranger) ne maîtrise en temps et en coût la construction d’une centrale nucléaire. Ce sont des dépassements qui se mesurent en années pour les délais initialement fixés, et en milliards d’euros ou de dollars pour les budgets prévisionnels. Sans parler des marges des entreprises, notamment de BTP et de chaudronnerie, toutes très friandes de dépassements de travaux, qui ne sont jamais sérieusement contrôlées dès lors que seuls sont en jeu des fonds publics.

 

Quitte, une fois les travaux achevés et la production lancée, à ce que ces installations soient privatisées au meilleur prix. Les pertes pour la collectivité, sous forme de gaspillages, gabegies, passe-droits et autres faveurs à l’égard des fournisseurs participant à la construction, sont immenses. Au détriment des budgets prioritaires de l’éducation, de la santé, des retraites et des services publics. Mais, les politiciens se garderont d’évoquer, quant à cette filière, la nécessaire “chasse aux fraudeurs”…

 

Que dire des constructions de centrales, qui ont dû être arrêtées, avant leur mise effective en production ?... Telle Superphénix, en France. Se révélant, par son utopie technique, impossible à faire fonctionner. Un des plus grands gouffres et gaspillages financiers du secteur. Hors coût de construction, l’évaluation à fin 2003 de son seul démantèlement dépassait les 2 milliards d’euros. Un des multiples « trous » de l’électronucléaire dont on n’entend jamais parler.

 

=> Production électronucléaire

Plusieurs variables ne sont pas prises en compte, sont majorées ou font l’objet de distorsions, dans l’élaboration des coûts, tout particulièrement :

i)  La matière première. L’intrant le plus important : l’uranium. Minoré en termes de coût d’achat puisqu’extrait, pour l’essentiel, du pillage néocolonial de pays comme le Niger. Dès qu’un gouvernement souhaite réévaluer la ressource de son pays, il est renversé par un coup d’Etat ou au moyen d’une guerre civile… Manière musclée de pratiquer la libre concurrence.

Qu’importent les effets collatéraux de cette spoliation en termes de morts, de destructions, de souffrances et de misères dans ces pays ? Coûts cachés, “hidden costs” comme disent les anglophones… L’important n’est-il pas que les « nucléaristes » s’autocongratulent angéliquement sur le fait qu’en France le nucléaire ait provoqué moins de morts et de scolioses que l’extraction du charbon ?...

 

ii)  Les fonds publics, sous forme de subventions et de prêts insuffisamment ou non rémunérés, voire non remboursés, de frais de recherche et autres supports à la charge d’autres institutions publiques ou collectivités non imputés, facturés ou récupérés. Négligemment, ou habilement, noyés dans le gigantisme de ces projets.

 

=>  Charges nucléaires futures

A ce niveau intervient la variable “temps” importante au niveau de l’identification du coût réel de l’énergie produite par l’électronucléaire, portant essentiellement sur deux contraintes industrielles majeures : gestion des déchets radioactifs et démantèlement des centrales nucléaires.

A ce niveau l’amateurisme se révèle encore plus ravageur. La Cour des Comptes, sous la prudente formulation de son rapport, Le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs (12), a sensibilisé les responsables politiques sur la joyeuse pagaille régnant, à la fois, dans la gestion industrielle et technique, et sa représentation dans les prévisions et les comptabilisations.

 

i) Gestion des déchets radioactifs

Aucune maîtrise quant à ses deux volets complémentaires : traitement des déchets radioactifs et construction des sites de stockage, l’estimation des coûts de stockage variant de 15 milliards à 58 milliards d’euros, suivant les hypothèses.

« L’enjeu financier global résulte d’une comparaison entre, d’une part, le coût du stockage profond direct des combustibles usés et, d’autre part, le coût du retraitement et de l’évacuation des déchets issus du retraitement, puisqu’en cas de stockage direct il n’y aurait pas de retraitement. » p. 65

« Ce chiffrage présentait toutefois, dès l’origine et de l'aveu même de l'ANDRA (13), plusieurs faiblesses : il ne prenait en compte qu'à titre indicatif et sans études détaillées les coûts liés à l'exploitation … la structure des installations souterraines de stockage était assez grossièrement définie. En outre, ce chiffrage ne prenait pas en compte l'éventuel stockage de combustibles usés. »  p.140

 

ii) Gestion du démantèlement des centrales nucléaires

Le démantèlement d’une centrale nucléaire exige une période d’attente de 10 à 15 ans, après l’arrêt du réacteur, pour commencer les travaux effectifs. Ils peuvent durer plusieurs décennies pour une même installation. Les sommes sont considérables et doivent être prises en compte dans des « dotations aux provisions pour le démantèlement ». Interviennent, toutefois, deux distorsions : les montants de ces travaux ne sont pas estimés avec réalisme, en conséquence ces provisions sont exagérément sous-estimées.

 

Exemple : le coût des opérations concernant la déconstruction et le traitement du combustible de Superphénix était évalué à 2,081 milliards d’euros à la fin de l’année 2003. (p. 121). Celui de l’usine de retraitement de Marcoule jusqu’en 2030-2040 (sur une durée de 45 ans…) était évalué en 2005 à 6 milliards d’euros (valeur 2003). Tous ces montants sont, évidemment, à actualiser et revoir à la hausse.

 

C’est une génération de centrales nucléaires qui arrivent, en France, en fin de cycle, pratiquement au même moment. Les coûts de ces travaux, et donc les marchés correspondants, sont évalués entre 30 et 60 milliards d’euros. Bien entendu, se trouvent à l’affût les mêmes entreprises qui les ont construites…

 

La Cour des Comptes le rappelle :

« Or, l’importance des sommes en jeu et la multiplicité des projets nécessitent un suivi qui ne semble pas encore suffisamment rigoureux. »  p.93

« L’examen des dotations et reprises sur provisions montre que les dotations aux provisions pour le démantèlement de la centrale de Brennilis ont été dans un premier temps largement sous-estimées. »  p. 118

Encore plus révélateur :

« Les principes d’évaluation retenus pour les 58 réacteurs REP actuels, présentant un effet de série, ne pouvaient, à l’évidence, être étendus à des centrales anciennes, pour certaines prototypes, d’autant plus qu’à puissance installée équivalente, les équipements anciens étaient comparativement beaucoup plus volumineux. On ajoutera que si le montant de l’investissement brut initial, qui servait à calculer la provision, est parfaitement connu pour les centrales actuelles, il ne l’est pas vraiment pour les centrales anciennes. » pp. 121-122

 

Incroyable : l’investissement brut initial des centrales anciennes n’est “pas connu” ! Une valse à milliards…

 

Qu’importe l’amateurisme, le “n’importe quoi” ? Les fonds publics en milliards d’euros, inépuisables pour cette filière aux puissantes connexions et ramifications, sont instantanément à disposition, sans contrôles ni remises en cause, sur un simple claquement de doigt. Jouer à l’apprenti sorcier ne pose aucun problème à ceux qui s’en mettent plein les poches. Nous ne sommes pas dans l’énergie « bon marché », mais dans l’énergie « juteux marché »…

 

 

Energie “citoyenne”

 

Pour conclure : l’électronucléaire est-il une “énergie citoyenne” ?

 

Existerait-il un consensus national, à part quelques écolos radicaux-grincheux et analphabètes des intérêts du pays, s’étant mis d’accord pour accorder carte blanche à une “élite”, à la science infuse, chargée de décider de choix, d’options, engageant l’ensemble des citoyens, pour plusieurs décennies ?

Doit-il être conçu comme la “chasse gardée” d’une poignée de groupes industriels, tenant les politiciens par la barbichette ?

Ou, convient-il d’organiser un minimum de transparence sur enjeux et risques de cette filière, afin d’entamer un débat démocratique fondé sur une information complète et partagée ?…

 

Une décision sur le « Sortir du nucléaire ou pas ? » doit être collective, "engager" chacun des citoyens, à la suite d’un débat national, afin qu'elle soit légitime et irréversible, car non contestable. Ce qui nécessite, au minimum deux mesures indispensables :

 

=> La diffusion d’une information complète, dans un cadre éthique, en lieu et place des mécanismes de propagande et de lobbying actuels. Les obligations déontologiques, les incompatibilités, sont à définir sur le plan législatif.

Ainsi, les groupes industriels, bénéficiant de contrats avec l’Etat, à la fois dans la construction des centrales, des lieux de stockage et de leur entretien ou démantèlement, doivent renoncer à leurs participations dans toutes les entreprises de médias : presse et audiovisuel. La position dominante du groupe Bouygues, par exemple, tant dans le nucléaire que dans les médias (trustant plus de 50% du marché publicitaire TV), représente un abus, une infraction, contraires aux règles démocratiques élémentaires.

 

=> Le débat démocratique doit être conclu par un “référendum national”, afin de franchir le barrage des lobbies ou de leurs représentants, surmonter la paralysie de notre système parlementaire incapable de résister à leurs pressions ou tentations. (14) Du fait de son mode de financement, du gigantisme des fonds publics octroyés sans contrôles effectifs, des incommensurables risques sanitaires, environnementaux et économiques, qu’il impose à notre collectivité, la politique de l’électronucléaire doit être impérativement soumise au vote des citoyens.

 

Sachant que la caste politicienne fera tout pour en torpiller l’idée ou la mise en œuvre, dans l’arrogance et le mépris à l’égard de l’expression de la volonté populaire. A l’exemple de l’ancien ministre socialiste Claude Allègre à qui fut posée la question :

« Etes-vous partisan sur un tel sujet d’un référendum pour que, le jour venu, tous les citoyens aient voix au chapitre ? »

Réponse du distingué scientifique-ex-ministre-socialiste, « nucléariste » convaincu :

« Pas plus que je ne suis partisan de faire voter les gens sur la véracité d’un théorème de mathématiques !... La démocratie n’a jamais remplacé la connaissance et le savoir. » (15)

 

 

 

 

 

 

 

(1)  La France a vendu une centrale EPR à la Finlande, sur le site d’Olkiluoto, qui se révèle un véritable gouffre financier. Avec d’énormes indemnités de retard à payer, du fait de son incapacité à maîtriser sa construction selon les délais et les niveaux de qualité contractuels (acier et béton tout particulièrement) : on parle de 3 milliards d’euros… Deux autres centrales EPR ont été vendues à la Chine…

(2)  « Mais aux termes de l’accord finalement conclu, le PS concède à Mme Duflot une circonscription parisienne. « Paris vaut bien un EPR », est-ce la morale de l’histoire ? »,

http://groupes.sortirdunucleaire.org/Accord-PS-EELV-un-renoncement-sous

(3)  Au péril de sa vie (les mafias sont très actives en Inde), Arundhati Roy s’est attaquée notamment au projet du gigantesque barrage Narmada qui doit entraîner le déplacement d’un million de personnes. Un film a été réalisé sur ce magnifique combat : Dam/Age (jeu de mots anglais sur damage – dégâts – et dam : barrage – le mot composé pouvant être lu aussi comme “L’ère des barrages”…), http://icarusfilms.com/new2003/dam.html.

Voir aussi : http://www.umich.edu/~snre492/Jones/narmada.html

(4)  J.L. Butré, L’imposture. Pourquoi l’éolien est un danger pour la France, éditions du Toucan, 2008.

(5)  Vendredi 30 septembre, la Cour d’appel de Nîmes a condamné AREVA-SOCATRI pour pollution des eaux, http://groupes.sortirdunucleaire.org/Fuite-d-uranium-au-Tricastin-AREVA

(6)  Cf. Rapport de la Cour des Comptes, Le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs, janvier 2005, 292 pages, téléchargeable : http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/RPT/RapportRadioactifsnucleaire.pdf

(7)  Cour des Comptes, Op. Cit., p. 48.

(8)  Cour des Comptes, Op. Cit., p. 55.

(9)  Cour des Comptes, Op. Cit., p. 50.

(10)  L’immersion des déchets radioactifs a été définitivement interdite, à partir de février 1994, par la Convention de Londres. 

(11)  Production électronucléaire et charges nucléaires futures, Cour des Comptes, Op. Cit., p. 178.

(12)  Op. Cit.

(13)  ANDRA : Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs

(14)  A titre de lamentable exemple, voir le blocage par le Sénat à majorité socialiste de la micro-taxe sur les sodas : Les lobbies des sodas reprennent confiance, La Tribune, 22 novembre 2011, http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/agroalimentaire-biens-de-consommation-luxe/20111122trib000665942/les-lobbies-des-sodas-reprennent-confiance-face-a-la-taxe-gouvernementale.html

(15)  Claude Allègre, avec Dominique de Montvalon, Faut-il avoir peur du nucléaire ?, Editions Plon, 2011, p. 24.

 

 

 

 


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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 04:00

 

 

Les parlementaires US, en cheville avec les financiers, pratiquent ouvertement délits d’initiés, spéculations boursières, et interventions en taillant sur mesure des législations au profit des groupes avec lesquels ils partagent la voracité de l'affairisme.

 

Multipliant revenus faciles et privilèges sans fin …

 

 

Economie-US-V-Kremlev-RT.jpg

 

 

Voir la vidéo mise en ligne par RT avec le texte de l’interview d’un des rares courageux et honnêtes représentants élus au Congrès des USA, Brian Baird, dénonçant la corruption de la principale institution du pays :

« Nous parlons beaucoup d’exporter la démocratie. Alors qu’un des fondements d’une authentique démocratie est l’absence de corruption. Avec pour éthique des élus au suffrage universel pour servir “le bien public”, et non pas leur enrichissement personnel, celui de leurs amis, de leurs copains, ou de leurs familles. »

 

Sa dernière proposition de loi, pour introduire un peu de dignité, ou de déontologie, dans la représentation nationale (interdiction des transactions boursières et sanction des délits d’initiés pour les parlementaires), n’a recueilli que 9 voix sur 435 à l’Assemblée Nationale (House of Representatives) et aucune au Sénat...

 

Et, pendant ce temps …

 

Dans un pays qui consacre 1000 milliards de dollars en dépenses militaires, chaque année, dans un rapport publié lundi dernier par le Ministère de  l’Agriculture (US Department of Agriculture – USDA) qui supervise les grands équilibres de l’alimentation de la collectivité, on peut lire des statistiques édifiantes sur le délabrement accéléré de son modèle économique et social.

 

Ce sont des statistiques officielles sur l’exercice 2009 qui, comme toutes les statistiques officielles négatives, sont systématiquement édulcorées. A l’exemple d’autres pays.

 

Malgré les opérations de camouflage habituelles, on apprend que les indicateurs de développement de la pauvreté dans le pays sont en pleine explosion. Très peu de médias en ont répercuté l'écho. Un doublement de la misère depuis 2007…

 

Ainsi :

 

15 % des ménages ont éprouvé la malnutrition (food shortage) en raison de la pauvreté et du manque de ressources financières

 

  Soit 17 millions de ménages, ou environ 50 millions de personnes dont près de 20 millions d’enfants

 

  Un cinquième de la population survit grâce à une assistance alimentaire fédérale

 

  34 millions de personnes sont recensées comme étant “food insecure” et ne survivent que grâce au soutien du Supplement Nutrition Assistance Program (SNAP)

 

  6 millions de ménages ont dû recevoir une aide alimentaire d’urgence pour ne pas mourir de faim

 

  D’autres statistiques font apparaître que 60 millions de personnes se trouvent dans l’incapacité d’avoir accès à des soins médicaux, du fait de leurs manques de ressources

 

  Au minimum, un million de citoyens US vivant dans la pauvreté extrême sont contraints de dormir dans la rue...

 

Etc.

 

Splendeurs du Libéralisme Economique et des Droits de l'Homme...

 


 

 

 

 

 

 

*  Cartoon de Vladimir Kremlev, collaborateur de l'excellent média russe RT : http://rt.com/online-exclusive/galleries/cartoons/6/

** Référence vidéo & script : http://rt.com/usa/news/capitol-hill-cheating-insiders/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 19:38

 

 

 

« Les privilèges de la grande bourgeoisie coexistent avec un développement croissant du pouvoir répressif de l’Etat et nos vies sont de plus en plus régentées par un matérialisme narcissique dans lequel il est mal vu de se dresser contre l’injustice et la corruption. »

Harold Pinter

 

 

 

 

La bonne gestion d’un Budget National, ne cessent de nous répéter nos politiciens, veut que les “cotisations” couvrent les “dépenses” de la rubrique concernée : santé, éducation, retraites, sont montrées du doigt en permanence. Toujours en déficit. Les mauvais élèves ! Toujours les mêmes !

 

Fort bien. Toutefois…

 

Comme beaucoup, je m’étonne que d’autres rubriques du Budget de la nation ne soient jamais stigmatisées. Les dépenses sont là. Tangibles. Où sont leurs cotisations ?...

 

Ainsi, je ne cesse de chercher. Avec ma loupe et ma calculette. D’où proviennent, par exemple, les recettes du budget de la défense nationale de notre pays ?... Ceux des autres pays, aussi…

 

Renseignement pris, le budget de la défense nationale n’est pas assuré par les cotisations des militaires qui bénéficient, gèrent et utilisent cet argent à leur convenance...

 

Et, là on ne dit rien. Bizarre.

 

Je me suis livré à un comparatif, hors budget militaire des USA qui n’est pas un “budget de défense”, mais le budget délirant d’une Economie fondée sur la guerre : mille milliards de dollars annuels…

 

D’après les chiffres rassemblés par le très sérieux et indépendant centre de recherche suédois, Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), le budget de la Défense de la France, en 2009, atteignait le chiffre record de € 46 milliards (45,991).

 

Soit, exprimé en US $, unité de mesure internationale dans ce genre d’études  : 67,32 milliards (67,316). (1)

 

Dépassant celui de la Russie de 11% : US $ 61 milliards !... Pour un pays qui représente plus de deux fois la population française, et plus de 30 fois son territoire…

 

Atteignant 70 % (68 % précisemment) du budget de la défense nationale de la Chine, avec ses centaines de milliers de soldats : US $ 98,80 milliards.

 

Pays dont la population est 20 fois supérieure à celle de la France, et son territoire 20 fois plus étendu (environ 10 millions de km2) !…

 

China-soldiers-training-2010.jpg

 

Mais, où trouve-t-on ces sommes pharaoniques ?... D’où proviennent les “cotisations” ?...

 

Il est vrai que la France est très riche. C’est, en termes de PNB, le 5° pays le plus riche du monde. Le dernier chiffre l’établit à US $ 2.875 milliards, soit par habitant une richesse de US $ 46.615 par an…

 

Mais, où passe tout cet argent ?... Puisqu’on dit que les caisses sont vides... Si ce n’est pas dans les caisses, c’est certainement dans les poches de quelques uns… Qui ?...

 

Et, pourquoi ces dépenses somptuaires dans l’armement ?...

 

Avant même d’évoquer « économie », on devrait parler « proportion ».

 

En prenant comme étalon le budget de la défense de la Chine, celui de la France devrait proportionnellement, par rapport à la population et au territoire à défendre, être 20 fois moins élevé. Au lieu de US $ 67 milliards, il devrait se formuler à : US $ 5 milliards (98,8 / 20 = 4,94).

 

Sans aller jusqu'à ce point, mais gardons présent à l'esprit que la Résistance Afghane met en échec, depuis des décennies, les armées les mieux équipées du monde, avec un budget militaire le plus faible du monde. Quel est l'équipement de base du Résistant Afghan ? Une kalashnikov et une paire de tongs...

 

Un budget de US $ 5 milliards annuels, c’est ce que devrait atteindre et ne pas dépasser, dans le cadre de l’Union Européenne, la contribution de la France à la Défense Européenne, avec celles des 26 autres pays européens. Certains évidemment, contribuant proportionnellement à leurs populations et territoires, moins importants que ceux de la France, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l’Italie ou de l’Espagne. L'Europe, toutes contributions confondues, aurait ainsi un budget comparable à celui de la Russie.

 

Nous avons créé l’Europe pour fédérer nos moyens, non pas pour harmoniser une législation taillée sur mesure pour assouvir les fantasmes des ploutocraties. N’est-ce pas ?...

 

Soit, pour la France, une économie annuelle à réaliser sur ce budget disproportionné de : US $ 62 milliards annuels (67 – 5 = 62). Sur 10 ans, cela représenterait US $ 620 milliards d’économie !!!

 

Bien sûr, on ne pourrait pas diminuer brutalement ce budget en une année, mais répartir la diminution des US $ 62 milliards sur 10 ans : US $  6,2 par an. Le budget de la défense aurait ainsi une décélération en douceur : 60,8 / 54,6 / 48,4 / 42,2 / 36 / 29,8 / 23,6 / 17,4 / 11,2 / 5 !...

 

Parallèlement, resterait à éliminer niches fiscales, rentes de situation et capitaux spéculatifs qui ne payent pratiquement aucun impôt. Avec relèvement des impôts que ne payent pas, non plus, les multinationales et grandes entreprises (6 à 8 % de leurs bénéfices réels annuels, seulement…). Et, autres ressources faciles à trouver, si on le veut bien...

 

Oui, grâce à une redistribution plus rationnelle et équitable de la richesse nationale, de quoi obtenir pour notre pays l’accès à un enseignement de qualité, le financement de la recherche, l’accès aux soins pour tous, le logement pour tous et…

 

… la retraite à 50 ans !

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  SIPRI : http://milexdata.sipri.org/result.php4

(2)  http://www.populationdata.net/index2.php?option=pays&pid=68

 

Photo : soldats Chinois à l’entraînement

 

 

 

 

 

 

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 20:10



« L’essentiel, c’est de rester gai. C’est un moyen que j’ai préconisé contre la peste. Il n’y a qu’à voir les pauvres. Pourquoi meurent-ils en masse ? Parce qu’ils sont tristes. »

Alain Minc
Jacques Attali

Chirac - Médecin du Régent (1715-1723) (1)

 

 

 


Soyons gais ! Sans crouler de rire toutefois : l’heure est grave.

 

Mais comment s’en empêcher, lorsqu’on apprend que les petits marquis, politiciens enrubannés de nos cours gouvernantes, veulent que les budgets de nos nations soient examinés, autorisés, par la faune technocratique de l’Union Européenne, avant leur vote et leur application ?...

 

Pour contraindre les Etats à réaliser vertueusement des « économies »…

 

Rien qu’à lui seul, le président de la Commission Européenne, Barroso, a jeté par les fenêtres en frais de missions et déplacements, lors du dernier exercice budgétaire de cette plantureuse et gloutonne bureaucratie : € 730.230

 

Oui : plus de € 700.000 de frais de déplacements. En un an… Une seule personne… Rajouter les autres membres de la vénérable “Commission”, c’est se retrouver au pied d’une montagne de gaspillages.

 

Et, encore, ne s’agit-il que de la partie visible de l’iceberg…

 

Il existe tellement d’astuces comptables, budgétaires, pour basculer, noyer, dépenses, gaspillages, détournements, d’un poste budgétaire à un autre. Alors, frais de location d’avion, de voiture, ou d’hôtel : rien de plus facile.

 

Que dire des autres charges et gabegies de cette gigantesque usine à gaz que sont l’administration de l’Union Européenne et son “Parlement” aux dépenses somptuaires ?... Des dizaines d’ouvrages d’analyses, de patients décorticages, n’y suffiraient pas.

 

Qui vote le budget de cet abyssal fourre-tout kafkaïen ?... Ce carrousel des lobbies, pompeurs de subventions mirobolantes et autres passe-droits dévastateurs.

 

Le “peuple” européen ?...

 

fardeau_des_privileges.jpg

 

Les Maîtres de la Planche à Billets

 

Economisons ! Economisons ! Ne pas vivre au dessus de ses moyens !

 

Ce matraquage moralisateur est la feuille de vigne dissimulant l’impitoyable application de la politique économique et sociale de l’Ultralibéralisme, planifiée par le Traité de Lisbonne. Seul moyen de contrer impopularité et résistance des populations, face à une telle opération prédatrice des castes dominantes : La Peur !...

 

La Grèce a servi d’épouvantail, d’exemple, de test, amplifiés par les trompettes médiatiques des « experts-économistes-charlatans », pour affoler le citoyen européen. Conditionnement psychologique impératif, pour lui faire admettre l’inadmissible.

 

Mais la Grèce, nous le savons, n’est pas en faillite. C’est un pays riche, ne serait-ce que par son industrie touristique édifiée sur fond de colossales exonérations fiscales, au profit de ses clans familiaux au pouvoir, les mêmes depuis des décennies, dissimulés derrière hommes de paille et sociétés-écrans.... (2)

 

L’argent prêté à ce pays est autrement plus en sûreté qu’aux mains des banquiers et traders à la Lehman Brothers et autres arnaqueurs, spécialistes des “investissements courants d’air” et  “fortunes virtuelles”.

 

 Car, il y a deux mondes, entre “ne pas pouvoir rembourser ses dettes” et “ne pas vouloir rembourser ses dettes”…

 

Ce pays a tout simplement été pillé par son oligarchie. Les caisses une fois vidées, ces mafieux privilégiés ne veulent surtout pas payer d’impôts correspondant aux énormes butins accumulés au détriment de la Nation Grecque.

 

Obligeant salariés, travailleurs précaires et faibles revenus, à apurer l’endettement du pays en diminuant leurs ressources, retraites, accès à la consommation (augmentation de la TVA) et protection sociale.

 

Dans une “politique d’austérité”, passage obligé dicté par la ploutocratie mondiale, sous la caution “scientifique” du FMI. Dont on se demande comment elle envisage de “relancer” un système économique, en sabrant  aussi sauvagement le pouvoir d’achat de la majorité de la population.

 

On sait, pourtant, où se trouve l’argent détourné par la caste dirigeante grecque. Il suffirait d’en nationaliser les biens, immobiliers et fonds placés dans des banques complices, en Grèce et à l’étranger… La “dette Grecque” serait apurée instantanément. Les exemples ne manquent pas.

 

Tous les pays occidentaux ont saisi les avoirs de l’Iran (représentant souvent des avances sur contrats de fournitures industrielles ou militaires jamais exécutés) à la suite du renversement de leur polichinelle, le Shah d’Iran, et du nouveau régime qui s’en est suivi.

 

Fonds “gelés”, non productifs d’intérêts… Ces fonds appartiennent, pourtant, à la Nation Iranienne. Alors pourquoi ne pas saisir des fonds privés, de ceux qui se sont livrés au pillage de la Grèce ?...

 

Mais, cette panique organisée, encouragée par toutes les nomenklaturas européennes, relève de la tactique “d’une pierre deux coups”.

 

Le premier : une baisse de l’Euro, sans dévaluation officielle. Opération souhaitée depuis longtemps par les exportateurs, tout particulièrement les industries d’armements, allemande (la première exportatrice d’Europe devant celle de la France…), française, italienne et belge.

 

Normal, elles sont coincées : maîtriser leurs secrets de fabrication oblige, les unes et les autres, à ne pas délocaliser (remarquez-le : on ne délocalise jamais usines et bureaux d’études d’armement !...).

 

Face aux USA, Israéliens, Britanniques, Canadiens, Russes, Brésiliens, Chinois, en termes de prix, elles ne passent plus. Sans parler des autres grands lobbies : pharmacie-chimie (engrais-pesticides), agriculture industrielle subventionnée par centaines de milliards, etc.

 

Le deuxième : casser les politiques sociales européennes, pour préserver les privilèges fiscaux des grandes fortunes, du “capital spéculatif” plus précisément.

 

En quoi la Grèce est-elle plus en faillite, avec un “déficit public” de 13,6 % que la Grande-Bretagne avec 11 %, ou les USA avec 12 ,5 % ?... Le pays dont le “déficit public” est le plus élevé dans le monde, par rapport à son PNB, est le Japon, largement supérieur en pourcentage à celui des USA.

 

C’est toute la différence entre deux catégories de pays : ceux qui dictent la règle du jeu, la modifiant à leurs convenances, et ceux qui la subissent.

 

Dans le cas présent, ceux qui créent leur propre monnaie l’imposant dans les échanges internationaux (le dollar US, le yen japonais), pouvant user et abuser de leur planche à billet. Et, les utilisateurs de monnaie, qui n’en contrôlent ni l’émission, ni la circulation.

 

Ceux que les analystes financiers qualifient de “sovereign issuers of currency”, et de “non-sovereign issuers”. Retenons le terme de “souverain”. Il donne la clé de la situation : le souverain règne en maître…

 

 

Le Tiers Etat engraissant la Nomenklatura

 

Le “Déficit Public” d’un pays développé, pays riche par définition, ne représente que la part des impôts non payés par une catégorie de privilégiés.

 

A ce cumul d’impôts, non encaissés par l’Etat, est substituée : la “Dette Publique”.

 

L’exemple de la France est particulièrement éclairant. Il suffit de lire la feuille bla-bla-bla intitulée « A quoi servent nos impôts » envoyée à tous les foyers français, par le ministre des finances en accompagnement de la dernière déclaration fiscale, au titre du budget 2010. Que lit-on ?...

 

En recettes, la TVA payée par les français sur leurs consommations quotidiennes, y compris les plus modestes, les plus pauvres, exonérés d’impôts sur le revenu, rapporte : 126,5 milliards d’euros. Soit : 30% des recettes, établies à 270,5 milliards d’euros.

 

En comparaison, l’Impôt sur le Revenu (IR) n’atteint que 48,9 milliards d’euros, soit 11,6% des recettes. Alors qu’on sait que 20% des français, possédant 80% de la richesse nationale, ne cessent de s’enrichir. L’IR devrait atteindre, au minimum, le montant de la TVA si l’assiette fiscale était équitablement appliquée.

 

Pire pour l’Impôt sur les Sociétés (IS), son chiffre est inférieur à l’IR de 14 milliards : 34,9 milliards d’euros. Moins du tiers (28 %) de la TVA !... Soit : 8,3% des recettes fiscales.

 

Ce ne sont pas les PME-PMI, à traçabilité du chiffre d’affaires et valeur ajoutée facile, mais les grandes entreprises et groupes multinationaux, industriels et financiers, qui échappent en grande partie à l’IS. Son produit devrait atteindre lui aussi, au minimum, le montant de celui payé quotidiennement par chaque français via la TVA.

 

Ainsi, cumulés IR et IS atteignent difficilement le montant de 83,8 milliards. Permettant à nos castes au pouvoir (tous partis confondus), d’afficher un “déficit” de 149,2 milliards d’euros…

 

Alors que notre pays, le cinquième plus riche du monde, affiche un PNB annuel de plus de 3.000 milliards d’euros… (3)

 

Le cœur du problème n’est pas un « déficit public », artificiellement créée par les castes au pouvoir. Ouvrant un boulevard à « l’endettement public », servant à culpabiliser et à pressurer les revenus faibles ou précaires.

 

Pas plus, contrairement à la propagande qui en fait sa tarte à la crème et un leurre, que les hauts salaires, parachutes dorés et bonus, des dirigeants et traders. Même si une régulation s’impose, quant à leur amplitude par rapport à une moyenne salariale. Ils sont fiscalement transparents, aisément repérables et taxables.

 

Par contre, c’est tout un pan de l’enrichissement d’une minorité privilégiée qui, par l’opacité et l’énormité des revenus qu’elle engrange, équivaut à un colossal détournement de la Richesse Nationale :

 

i)  L’arnaque des Grandes Fortunes

 

L’essentiel du revenu des Grandes Fortunes, en progression constante et, pour certains, exponentielle d’une année sur l’autre, échappe à l’impôt. Pas seulement par les “niches fiscales”, utilisées comme os à ronger pour polariser les frustrations de l’opinion et détourner son regard du gros steak... L’art du faux débat…

 

Un aperçu :

 => Dans leurs placements spéculatifs, maximisant leurs revenus par les jeux boursiers. Générateurs des comportements erratiques de l’économie casino.

Ces revenus sont “hors bouclier fiscal”, par le truchement du prélèvement libératoire. Impôt prélevé à la source entre 5 et 30%, suivant les pays et les placements financiers, permettant de ne pas intégrer le revenu dans sa déclaration annuelle puisque l’impôt est réputé, ainsi, déjà payé. Avantage considérable pour les tranches de hauts revenus.

=> Il est évident que les placements des Grandes Fortunes, fiscalement logés dans les paradis fiscaux (simple boîte aux lettres, pour les plus exotiques, car toujours gérés d’une place financière internationale), échappent totalement aux impôts nationaux.

=> Les multiples exonérations permettant aux grandes fortunes de diminuer l’assiette fiscale de leurs patrimoines et revenus.

Comme, par exemple, ne pas payer d’impôt sur la fortune (ISF) en maquillant tout son patrimoine sous forme « d’outil de travail ». Quelques hectares de vignes, et on fait passer son château pour une société productrice de vin. Le yacht de luxe, domicilié dans un paradis fiscal sous couvert d’une société charter. L’avion privé camouflé sous forme de société charter, ou “casé” dans le matériel de transport d’une société dont on détient le contrôle, etc.

Ou encore, exonérations sur les œuvres d’art permettant évasion et dissimulation de patrimoine. Au prétexte d’encourager le marché de l’art, pour n’encourager, en fait, qu’une aberrante spéculation aux prix délirants dans la béatitude médiatique.

 

L’escroquerie au bénéfice de ces privilégiés peut être évaluée, annuellement, par le différentiel de recettes entre l’IR (48,9 milliards) et la TVA (126,5 milliards). Soit : 77,1 milliards, qu’on peut arrondir à 80 milliards d’euros par an, au minimum, de détournements fiscaux des Grandes Fortunes au détriment de la collectivité.

 

ii)  L’arnaque des Grands Groupes

 

Les grands groupes, industriels et financiers, et entreprises exportatrices, “stockant” l’essentiel de leurs marges bénéficiaires dans les paradis fiscaux ou les pays à faible fiscalité (Chypre, pays du Golfe, Hollande, ils sont légions…), par des cascades de holdings, filiales avec sièges à l’étranger, servant de paravent.

 

Les “spécialistes” (hors appareil de désinformation) s’accordent sur une estimation d’un maximum de 20% d’imposition de ces Grands Groupes par rapport à leurs bénéfices réels. (4)

 

Echantillon en farces et attrapes du « business fiscal » :

=> Je vends un produit pratiquement au coût de revient à une de mes filiales dans un paradis fiscal, qui le revendra majoré de sa véritable marge bénéficiaire, échappant ainsi à l’impôt national.

=> Je vends un produit avec une marge très faible, à partir de mon pays d’origine. Je facture, à partir d’une plateforme dans un paradis fiscal, des frais de démarrage, d’assistance, de gestion (les fameux management fees), de redevance pour usage de marque, etc. Sous ce déguisement (le nombre d’appellations est infini), j’encaisse ainsi ma véritable marge bénéficiaire dans un paradis fiscal.

=> En Afrique, je collectionne toutes les concessions de services publics (téléphonie, distribution d’eau, d’électricité, ramassage des ordures ménagères, gestion des ports et des aéroports, transport maritime et aérien, etc.) et monopolise tous les grands marchés, en imposant des régimes corrompus et dictatoriaux, sous la férule de l’armée française et de ses services spéciaux.

Férule “payée” par le contribuable français.

Sachant cyniquement qu’aucun gouvernement n’oserait refacturer ces “coûts de support”, à des groupes connus pour ne devoir leur “compétitivité” qu’à la présence de la soldatesque. Avec les taux les plus faibles en nombre de création d’emplois, par rapport aux chiffres d’affaires et marges bénéficiaires…

Toute ma fastueuse marge générée par des tarifs démesurés (5) au regard de ceux pratiqués en Europe ou en Amérique du nord (horreur : les Chinois, viennent mettre la pagaille en cassant les prix !) se retrouvera évidemment dans un paradis fiscal…

 

En toute légalité, par dizaines, par centaines, au vu et au su de tout responsable économique, politicien, un tant soit peu informés, ce sont  des milliards, qui échappent ainsi, chaque année, à l’impôt national.

 

Comme pour l’IR l’escroquerie, au bénéfice exclusif des actionnaires de ces grandes entreprises et groupes internationaux, peut être évaluée annuellement par le différentiel de recettes entre l’IS (34,9 milliards) et la TVA (126,5 milliards). Soit : 99,1 milliards, qu’on peut arrondir à 100 milliards d’euros par an, au minimum, de détournements fiscaux au détriment de la collectivité.

 

On atteint ainsi 180 milliards par an, d’impôts non perçus sur deux d’entre eux, IR et IS. Le “déficit 2010” de 150 milliards (149,2) serait non seulement inexistant, mais l’Etat aurait un surplus de recettes de 30 milliards à répartir pour la santé et la retraite des français. Rien qu’en appliquant une assiette fiscale avec équité et sérieux.

 

Mais, tout va mal, les caisses sont vides, la compétition internationale implacable, la mondialisation impitoyable : telle est l’incantation chamanique de notre caste gouvernante…

 

 

Gisements d’économies et pillage de la Santé Publique

 

La France, cinquième pays le plus riche du monde rappelons-le, aurait besoin de réduire son “déficit” de 100 milliards d’euros en deux ans, se lamentent nos gouvernants. Les mêmes qui, en quelques heures, avaient trouvé plus de 300 milliards d’euros pour les banques privées en faillite, dont 163 immédiatement injectés dans leurs coffres, vidés auparavant par leur incompétence.

 

Si, seulement, les Grands Groupes, les Grandes Fortunes, étaient soumis aux mêmes taux d’imposition que le Travail ou le Salariat, les 100 milliards d’euros seraient tout aussi facilement trouvés que pour les banques en faillite. En moins de 24 heures.

 

Si, seulement, la Spéculation, tout placement financier à moins de trois mois non lié à une nécessité industrielle ou commerciale, était taxée à hauteur de 50% (équitable moitié-moitié avec le spéculateur), l’Etat ne connaîtrait jamais de déficit. Au contraire, son budget serait en excédent.

 

Mais, pour cela il faudrait appliquer une réforme fiscale que les privilégiés ne veulent pas. Nous sommes, on ne cesse de le répéter, dans la même configuration qu’à la fin de l’Ancien Régime. Le Tiers Etat supportait alors l’ensemble du fonctionnement de l’Etat et de ses investissements, par l’impôt indirect principalement.

 

La nomenklatura française, comme dans les autres pays européens et occidentaux, invoque en permanence “la logique de la rigueur” quant aux dépenses sociales : santé publique et retraites, en priorité.

 

A commencer par “la rigueur comptable” : les dépenses doivent être équilibrées par les recettes. Les remboursements, ou les pensions, sont à couvrir par les cotisations. Impérativement.

 

Pourquoi pas ?...

 

i)  Equilibre Recettes / Dépenses et autres orthodoxies

 

Mais alors, qu’en est-il des multiples budgets de l’Etat échappant miraculeusement à ce raisonnement ?... Non seulement, on ne leur impose aucune contrainte de recettes, mais ils bénéficient d’une régulière augmentation d’une année sur l’autre.

 

Où sont les recettes couvrant les dépenses :

=>  De la défense nationale ?...

Les milliards engloutis dans les massacres en Afghanistan ?... Dans les armements nucléaires ?...

=>  Du ministère de l’intérieur ?...

=>  Du ministère des affaires étrangères ?...

En particulier, son énorme réseau diplomatique dans tous les coins du monde, aux faramineuses dépenses annuelles (sans parler des fumeux “crédits à la coopération”…), s’ajoutant à ceux des 27 autres pays de l’UE.

Gouffre à milliards, aussi ringard que désuet à l’heure des nouvelles technologies de l’information et de la communication, jamais remis  en cause : ambassades, consulats, centres culturels, centres du commerce extérieur, et autres Villa Médicis, représentations folkloriques et tape-à-l’œil, permettant de distribuer de moelleux fromages pour engraisser courtisans et pistonnés de tous poils...

=> Des organisations internationales ?...

Gavées, sans contrôle, de  contributions versées, entre autres par notre pays. Dont la plupart sont plus connues par l’intensité de leur gabegie, et le grand train de vie de leurs dirigeants et “fonctionnaires internationaux”, que par leur rigueur scientifique ou administrative.

Telle l’OMS, lamentable dans sa gestion de la grippe, en collusion inacceptable avec tous les lobbies pharmaceutiques.

La pire : l’OTAN. Pôle d’incompétence, et de gaspillage, dans le bellicisme mégalomaniaque le plus outrancier, au service des lobbies de l’armement (ils veulent que l’Europe investisse dans un bouclier anti-missiles dont on sait qu’il est aussi inefficace qu’inutile. Mais, il présente l’avantage de coûter cher)...

 

Là… Surtout ne pas parler « d’économies » ! Au contraire. S’incliner devant le Totem de la Dépense, dans un silence respectueux… Se taire face aux milliards partant en fumée…

 

Par contre, le budget au centre de l’hystérie de nos castes dirigeantes, véritable obsession des politiciens et de leurs médias : celui de la Santé Publique. Avec, présenté en Dracula aux sanguinolentes canines : le mythique « Trou de la Sécu »…

 

Schéma identique dans toute l’Europe. Il est vrai, sous la pression des assureurs ou des banquiers-assureurs, tout doit être mis en œuvre pour en privatiser la gestion et l’accès…

 

Et, pourtant, contrairement à la propagande :

« Les français … figurent parmi les plus mal remboursés des Européens, même pour l’accès aux médecins et aux médicaments et surtout pour les dents et lunettes. » (6)

 

Même, si on se livre à un examen impartial, clinique, l’orthodoxie financière, pratiquée par nos pays en ce domaine, a le souffle court... Car, en France comme dans d’autres pays, les gouvernements, les représentations nationales (députés et sénateurs), tous partis confondus, sont complices d’un pillage de la Santé Publique.

 

Faisant supporter par la collectivité des charges et une responsabilité qui ne lui incombent pas : les pollueurs de la Santé Publique ne sont pas, en effet, les payeurs.

 

Pollueurs encaissant des profits mirobolants, distribuant des dividendes luxueux à leurs actionnaires, sur fonds de ravages, ou de détournements comptables, exercés à l’encontre des citoyens qui en épongent les excès.

 

Un exemple : la ““Sécu” consacre environ 60 % de ses ressources à l’hospitalisation (7).

 

L’essentiel de ces dépenses servent à traiter les pandémies dont on ne parle jamais : le tabagisme et l’alcoolisme. A ces pollueurs s’ajoute l’agro-industrie provoquant les ravages considérables, à présent, de l’obésité et du surpoids. Autre fardeau pour la Santé Publique : les rentes de situation consenties aux industries pharmaceutiques par le pouvoir politique.

 

Bien sûr, il ne s’agit pas de prêcher une prohibition, un quelconque puritanisme, mais d’identifier le véritable « Trou » de la Santé Publique, dans lequel s’engouffrent ces lobbies sans scrupules pour les intérêts de notre communauté nationale, ne cessant de le creuser et de l’élargir : celui séparant “le plaisir” de “l’addiction”.

 

Ce sont les responsables de la diffusion, promotion, addiction, qui doivent payer la facture des ravages, en tant que “pollueurs” et “massacreurs” d’une collectivité, tenue en otage via leurs relais politiques.

 

En relevant les tranches d’imposition sur les bénéfices, en taxant les dividendes distribués, en taxant davantage les produits diffusés ?... Peut-être… En tous cas, en “nationalisant” ces industries pour que la collectivité en encaisse les exorbitants profits et les affecte au budget de la Santé Publique…

 

Quelques brèves données, systématiquement occultées :

 

ii)  Tabageurs et Alcooliers

 

Les “Tabageurs” ou “Cigarettiers” sont une industrie aux marges bénéficiaires plantureuses, très capitalistique, hyper automatisée, faible employeur, très peu créatrice d’emplois, dotée d’un trésor de guerre lui permettant d’acheter tous les politiciens.

 

Comme le rappelle Gérard Dubois, un des meilleurs spécialistes français de cette industrie :

« Ce qui est clair, c’est ce qui sépare l’industrie du tabac de l’industrie du crime n’a plus que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes. » (8)

 

Le tabagisme tue, en France, une moyenne de 60.000 personnes par an (66.000 l’année dernière). Non compris les centaines de milliers de personnes hospitalisées pour cause de cancers ayant pour origine le tabagisme : poumon, gorge, langue, etc. Ce rythme s’accélère, puisqu’à présent le nombre de femmes, atteintes de cancer du poumon, quadruple chaque année. (9)

 

L’UE, face à ces énormes lobbies, est incapable d’harmoniser une politique fiscale, favorisant ainsi la contrebande, se réfugiant, au contraire, dans la subvention de la culture du tabac : plus d’un milliard d’euros par an… (10)

 

Le coût de l’alcoolisme est tout aussi cataclysmique, évalué à environ 1% du PNB des pays développés. Ce qui représente pour la France, environ 30 milliards d’euros par an. Certaines études estiment le coût à plus de 39 milliards de dollars pour la Grande-Bretagne, et près de 20 milliards d’euros en France (11).

 

En France, en moyenne, 60.000 personnes meurent d’alcoolisme chaque année, non compris les centaines de milliers de cancers (foie, notamment), et autres dégâts collatéraux tels qu’absentéisme, accidents de voiture, violences, criminalité. Sans oublier la naissance chaque année de  5000 à 7000 bébés avec des malformations graves (syndrome d'alcoolisation fœtale)…

 

A eux deux ces lobbies, Tabageurs et Alcooliers, infligent à la France 120.000 morts. Par an. Des centaines de milliers de pathologies au traitement très couteux pour notre système de santé. Pour leur plus grand profit.

 

Très loin, dans un écart intergalactique, devant les 4000 morts par accidents de la circulation (4.262 en 2009), les 500 morts du SIDA (809 morts en 2006, la mortalité ne cessant de baisser) et les xxx (pas de statistiques officielles) morts du terrorisme…

 

Pourtant, silence médiatique et inaction politique sont de rigueur. Pas de lutte contre ces fléaux. Des milliards pour la lutte antiterroriste et beaucoup d’agitation, mais là : pas de moyen. Tabou !

 

Personne pour prendre à la gorge ces mafias qui s’empiffrent, se goinfrent, par milliards, avec la complicité des politiciens, élus du peuple, alors qu’on devrait leur faire payer le « Trou » de la Sécu.

 

Car, au-delà des dégâts astronomiques pour les générations futures (1.200.000 morts en 10 ans…), des drames humains, individuels et collectifs, ce sont des milliards pillés par ces “intérêts privés” sur la Santé Publique. Suivant le principe que les banquiers véreux appliquent régulièrement : Privatisons les profits, nationalisons les pertes

 

 

iii)  Médicamenteurs et Engraisseurs

 

Remarquez-le, dès qu’on traite du « Trou » de la Santé Publique : quel est le réflexe des politiciens et de leurs perroquets, les médias de la propagande ?… Taper sur le malade et son médecin. L’un et l’autre accusés d’exagérer dans les dépenses, à partir de quelques cas particuliers médiatiquement instrumentalisés.

 

Mais, bizarrement, “grand silence” sur les industries pharmaceutiques. Leur impact sur le « Trou » de la Sécu ?... Ces braves politiciens, jamais, ils n’en parlent, ni ne l’évoquent. Jamais. Alors que ces groupes, ces médicamenteurs, s’engraissent outrageusement sur la Santé Publique. (12)

 

En France, les contribuables on assisté au récent scandale du 1 milliard d’euros, octroyé généreusement par nos politiciens à cette industrie lors de la vaccination contre la « grippe-bidon ». Mais, cela fait quarante ans qu’abus et pillages de ces lobbies sont connus, identifiés, répertoriés.

 

Depuis une étude menée aux USA, entre 1957 et 1963 par le Comité Anti-Trust du Sénat et son rapporteur Estes Kefauver. (13)

 

Etablissant, déjà, que les dépenses en Recherche-Développement (RD) de ces groupes ne dépassaient pas 6% de leur chiffre d’affaires, celles du marketing-ventes absorbant l’essentiel (25 %).  

 

Rien n’a changé depuis, puisqu’une autre étude, menée par Julie Froud et son équipe sur l’industrie pharmaceutique, démontre que les dépenses de RD ne dépassent pas les 13-15 %, alors que les dépenses de marketing-ventes excèdent les 30 %. Selon les mêmes pourcentages que les grandes marques de l’industrie alimentaire, lessiviers, limonadiers (Procter & Gamble, Nestlé, Coca-Cola, etc.). Rien qu’aux USA, les dépenses de lobbying par ces groupes auraient franchies le 1 milliard de dollars en 2003. (14)

 

En 2000, par exemple, le groupe pharmaceutique Pfizer a battu Coca-Cola en termes de dépenses marketing-ventes (39 % contre 36 %), pour des dépense en RD équivalentes : 15 %...

 

Autrement dit une “nationalisation” de cette industrie entraînerait pour la Santé Publique une économie de 30 % minimum, sur tous les médicaments. Mais, la Santé Publique n’est pas vécue, par les actionnaires de ces groupes et les politiciens, comme la concession d’un service public. Elle est, au contraire, rigoureusement conçue et gérée en rente de situation aux fructueuses retombées pour la nomenklatura…

 

Avantage supplémentaire d’une telle “nationalisation”, la suppression définitive des tares imposées à la collectivité par ces industriels-pillards, si bien mises en évidence par le rapport Kefauver :

1. Durée abusive de protection des brevets, entraînant prix prédateurs (predatory prices) et marges déraisonnables, plus élevés que dans la plupart des autres productions industrielles (à part celle de l’armement…).

2. Coûts et prix largement “gonflés” par d’excessives dépenses de marketing, notamment publicitaires.

3. Beaucoup trop de produits inefficaces, dont certains dangereux du fait du manque d’indépendance des autorités de régulation.

 

Que dire des ravages par les Engraisseurs, ces industriels de l’alimentaire qui provoquent l’addiction, l’intoxication, alimentaires, par les abus de sel, de sucre, de colorants, de produits de synthèse, de conservateurs, d’hormones, etc. ?...

 

Imposant à nos collectivités, dans la recherche de profits faciles, ces nouvelles maladies que sont l’obésité et le surpoids. Avec tous les dégâts collatéraux, de l’hypertension aux cancers en tous genres.

 

Beaucoup dénoncent ces nouveaux pollueurs qui eux aussi ne sont pas les payeurs. Sans être entendus par les politiciens. Je ne les mentionne que pour mémoire, rappelant ce que dit José Bové :

« … Certes, on fait un poulet (bon marché), mais on ignore combien chaque kilo de poulet a induit d’effets négatifs payés par la société. » (16)

 

Ces prédateurs, aussi, doivent être mis sérieusement à contribution pour combler le « Trou » qu’ils creusent dans la Santé Publique, en piochant comme des forcenés dans cette mine pour y en extraire les pépites en or de leurs dividendes…

 

 

Ce bref survol de gisements d’économies, focalisé sur l’immense et capital domaine de la Santé Publique, en dehors de toute considération d’assiette fiscale, démontre l’incapacité de nos institutions, partis et leaders politiques, à aborder, honnêtement, courageusement, les véritables problèmes de fond.

 

Comme le rappelait l’économiste américain, J.K. Galbraith :

« Le déficit budgétaire est désormais un instrument utilisé … contre les actions socialement nécessaires mais politiquement combattues. La plupart des critiques contre les actions sociales tiennent dans l’argument qu’elles augmenteront le déficit budgétaire et les charges fiscales de nos petits-enfants. Cette conception est à l’évidence, une erreur et une stupidité redondante. » (16)

 

En fait, sous prétexte de “déficit public” ou “dette publique”, c’est à un méthodique, cynique, dynamitage du Contrat Social liant les membres de notre collectivité dans un projet commun, auquel se livre notre nomenklatura, à l’exemple des autres pays occidentaux.

 

Dans cette terrible régression de notre civilisation s’écroule le fragile pilier de tout progrès humain qu’est “la justice sociale”. Au sens où l’entendaient Locke, Kant, Rousseau et beaucoup de chercheurs, dont un des plus acharnés sur ce plan, sa vie entière, fut John Rawls. (17)

 

La justice comme équité, fondant l’association entre membres d’une même collectivité ; accord tacite, pour reprendre les expressions de Rawls, édifié sur la justice sociale et économique, dans la solidarité.

 

Une minorité de privilégiés, paradoxalement dès la Chute du Mur de Berlin, s’est emparée de tous les pouvoirs, les détournant, manipulant, à leur profit exclusif. Rejetant les Principes que nos ancêtres avaient naïvement inscrits dans notre Constitution, lors du renversement de l’Ancien Régime détesté par la brutalité et l’arrogance de son arbitraire : liberté, égalité, fraternité.

 

Dans un féroce retour à La Réaction, comme le revendiquaient nos monarchies post-napoléoniennes du XIX° siècle. Certaines s’affichant “républicaines” tout en rejetant furieusement l’idée, l’existence, la réalisation.

 

Dans une impitoyable violence, qu’on se souvienne des massacres par “l’armée d’Afrique” des ouvriers de la soie à Lyon, ou de La Commune à Paris, pour conserver les privilèges d’une poignée de nantis adossés à la force de leurs appareils de répression.

 

Un régime, quelle que soit son appellation, sans la Justice n’est qu’une autocratie, une dictature. Même s’il s’efforce de ne pas être sanguinaire à l'intérieur de ses propres frontières, réservant cette pratique à ses aventures coloniales ou néocoloniales.

 

Crise ?... Oui.

 

Du “sens” de nos sociétés, de notre vie en collectivité, de leur fondement.

 

Nous assistons, à la rupture du Contrat Social, nous liant les uns les autres dans une communauté de destin, par des prédateurs s’érigeant en ploutocratie dictatoriale.

 

Considérant les peuples, dont ils sont issus, en serfs destinés à les servir et les enrichir…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Cité par Jean-Dominique Nuttens, Bertrand Tavernier, Editions Gremese, 2009, p. 18.

A propos du film de ce metteur en scène, le meilleur sur cette époque : Que la fête commence ! Avec des acteurs au sommet de leur art, notamment : Marielle, Noiret, et Rochefort.

(2)  Sans oublier le plus gros propriétaire foncier du pays qui ne paye aucun impôt : l'Eglise Orthodoxe.

La répartition du pouvoir politique et économique entre clans familiaux milliardaires en Grèce, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, avec leur clientèle d’obligés et de politiciens de service, est similaire dans sa structure et ses rouages à celle des Philippines.

Je reviendrai sur le simulacre des récentes élections présidentielles, aux Philippines, dans un futur billet.

(3)  http://www.populationdata.net/index2.php?option=pays&pid=68

(4)  Se référer, par exemple, aux ouvrages, articles et déclarations d’une des meilleures spécialistes européennes de la traque des évasions fiscales : Eva Jolly.

(5)  L’omerta médiatique, académique (recherches en économie et en sciences politiques…) est totale sur ces rentes de situation contribuant à l’appauvrissement et au retard économique des pays ainsi exploités. Exemples de cette désinformation :

Aucun comparatif entre le tarif facturé à la minute par le même opérateur téléphonique occidental dans son pays d’origine et par ses filiales dans les pays en développement.

Aucun ratio comparatif entre le tarif facturé à la minute et le SMIC ou salaire moyen local, etc.

(6)  Béatrice Majnoni d’Intignano (Professeur Paris XII – membre du Conseil d’analyse auprès du Premier Ministre – Consultant de l’OMS), Economie de la Santé, PUF, mai 2001, p. 297.

(7)  Economie de la Santé, Op. Cit., p. 296.

(8)  Gérard Dubois, Le Rideau de Fumée – Les méthodes secrètes de l’industrie du tabac, Seuil, 2003, p. 268.

(9)  http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/05/25/les-femmes-de-plus-en-plus-nombreuses-a-mourir-d-un-cancer-du-poumon_1362141_3224.html

(10) Economie de la Santé, Op. Cit., p. 76.

(11) 17,4 milliards d’euros dans http://fr.wikipedia.org/wiki/Alcoolisme

(12)  Julie Froud, ouvrage collectif, Financialization and Strategy – Narrative and Numbers, Routledge, London, 2006, Part II – Cases, 1. sur le groupe pharmaceutique GlaxoSmithKline : keeping it going ?, p. 149-223.

(13) Julie Froud, ouvrage collectif, Op. Cit., p. 161.

(14) Julie Froud, ouvrage collectif, Op. Cit., p. 163.

(15)  José Bové et François Dufour, Le Monde n’est pas une Marchandise – Des Paysans contre la Malbouffe, La Découverte, 2000.

(16) John Kenneth Galbraith, Economie Hétérodoxe, Seuil, 2007, p. 1091-1092.

(17) On se doit de lire et relire John Rawls, notamment :

=> Justice et Démocratie, Collection Points, Seuil 2000

=> Libéralisme Politique, PUF, 1995

=> Théorie de la Justice, Seuil 1987

 

Illustration : Le peuple portant le fardeau des privilèges

 

 

 

 

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 20:00



« … Les grands traits … constitutifs de la névrose collective libérale : mégalomanie et volonté de toute puissance ; refus de toute loi vécue comme contrainte, comme empêchement de “liberté” ; ignorance d’autrui ; sadisme ; goût pour la collection et le maniement des matières ; découverte de la propriété comme partie du corps (l’étron) … avec, en fond de tableau, l’équivalence merdre/monnaie... tout un programme, qui me paraît être celui du libéralisme. »

Jean-Claude Liaudet (1)

 

 

 



Impeccable.

 

Robe rouge. Mettant en valeur un bronzage patiné au fond de teint. Griffes de “femme-couguar” manucurées au micron près. Icône parfaite pour représenter la "femme-entrepreneur", dans les médias de la propagande.

 

Le dynamisme entrepreneurial dans tout son éclat.

 

Sur mon écran TV, elle me rappelait Marisa Paredes dans le célèbre film d’Almodovar : Talons Aiguilles… (2) Chapeau en moins, cuisson solaire en plus.

 

talons-aiguilles-1991-Marisa-Paredes.jpg

 

 

Talons Aiguilles et Chihuahua

 

Invitée dans une émission de TV française censée parler d’économie. Ce genre d’entourloupes médiatiques qui n’ont pour finalité, sous prétexte d’enquêtes, que de diffuser des promotions déguisées de pays, de destinations touristiques, de produits, de tendances à consommer obligatoirement pour être dans le coup. Quand ce n’est pas la célébration du culte de la personnalité d’un manager ou d’un chef d’entreprise

 

Tout le bric-à-brac des magazines de la désinformation économique, voulant nous faire prendre de la publicité clandestine pour de l’investigation

 

Sujet : le bouclier fiscal.

 

Tarte à la crème, archétype du faux problème. Brassés en tous sens par médias et politiciens pour tirer des larmes sur le sort désespéré des riches en France. Justifiant ainsi l’enrichissement exponentiel d’une minorité sur le dos de la majorité de la collectivité : salariés, paysans, artisans et commerçants. Ceux qui triment dans la précarité. Passant sous silence la violence de l’injustice fiscale, accablant le pays et creusant son endettement.

 

L’astuce de  l’appareil de désinformation est de camoufler l’apologie de cette nomenklatura sous forme d’un « débat »…

 

Pour ce faire, il convenait d’opposer à cette pétulante Jeanne d’Arc du Libéralisme, présidente d’une association de chefs d’entreprise, une personne réputée ne pas être du même bord.

 

La Rédaction avait donc puisé dans son coffre à gadgets et effets spéciaux : un député “socialiste” !...

 

Tout en sachant, personne n’est dupe, que les politiciens socialistes ont rigoureusement la même approche de la fiscalité que leurs compères du parti au pouvoir actuellement. Mais qu’importe. L’essentiel étant la “politique spectacle”, on se contentera d’une de ces nouvelles pousses de la caste politique : Dents longues et Tête vide. Le vide étant proportionnel  à l’assurance de leur langue de bois.

 

Car, Jaurès ils ne savent pas qui c’est, leurs idées et programmes se résumant à une seule certitude : ils se voient un “destin national” et, donc, candidats aux prochaines présidentielles…

 

Rien à dire pour le casting.

 

Mignon. Bonne présentation, dans la discrétion du ton et la retenue des propos. N’ayant rien à opposer, puisqu’il partage la même foi libérale, le “député-socialiste-de-service” remplissait son rôle de faire valoir. Chihuahua, sautant sur ses pattes de derrière face au Libéralisme BCBG, la mise en scène était parfaite. Ne lui manquait que le ruban sur une couette entre les deux oreilles…

 

Avec une énergie renversante, dynamisme et rage d’entreprendre exigent, la chef d’entreprise assénait d’entrée “La Vérité du Libéralisme” qui régit nos destinées pour l'éternité :

« La création de la Richesse Nationale provient des entrepreneurs, des entreprises. Uniquement. »

Les autres n’ont donc qu’à les honorer et se taire, au lieu d’oser prendre la parole.

 

Qu’on se le dise ou qu’on se le rappelle : il y a deux castes dans nos sociétés. Ainsi qu’on ne cesse de l’expliquer, en ce moment, à nos amis Grecs (3) :

i) La “caste supérieure” qui a le droit de s’en mettre plein les poches avec l’argent public, via les exonérations et autres privilèges fiscaux.

ii) Et, la “caste inférieure”, qui n’a que le droit de payer l’essentiel du fonctionnement et des investissements de l’Etat et, bien sûr, erreurs, détournements, gabegies, corruptions, de la caste supérieure.

 

Concentré traditionnel de la « pensée libérale » : tout pour moi, rien  pour les autres. Somme toute, cette rayonnante chef d’entreprise prêchait le credo de la prédation propre à sa caste.

 

 

Sur une île déserte

 

Je suis toujours amusé par le culot de ces voleurs pris la main dans le sac.

 

Car, nous sommes dans le vol à l’encontre de l’ensemble de la collectivité. Cette minorité et ses seconds couteaux, que sont politiciens et médias, cette oligarchie ou nomenklatura pour reprendre un vocabulaire plus “sociologique”, ne produisent pas la richesse nationale : elles la confisquent au détriment de la majorité.

 

Livrons-nous à une expérience, toute simple, avec cette “Super Nanny Chef d’Entreprise” emblématique de sa caste. Genre TV Réalité, Koh Lanta, Loft, et autres comportements humains sous observation dans un bocal. A la Robinson Crusoé…

 

Prenons ce génie d’entreprendre, son dynamisme, ses idées. Ajoutons-y son capital, hérité de papa ou pas, et plaçons-la sur une île déserte. Avec cocotiers, arbres à pain, source d’eau fraîche et quelques chèvres pour ses fromages. Revenons quelques mois plus tard, et relevons méticuleusement la richesse créée par l’efficacité entrepreneuriale…

 

Eh bien, bronzage peaufiné à part, ce sera : Zéro…

 

Super Nanny Entrepreneur, véhémente, nous dira :

“Je n’avais pas mon outil de travail !”.  

Alors donnons-lui ses bâtiments, son beau bureau et ses machines outils. Soyons généreux, ajoutons-lui sa matière première pour une année de production.

 

Richesse créée, un an plus tard ?... Zéro.

 

"Je n’avais pas mon personnel !".

Admettra-t-elle, le bronzage grincheux, en difficile concession.

 

Tiens donc !  Premier enseignement : un entrepreneur avec son Capital, mais sans le Travail faisant tourner l’outil de conception et de production, ne peut et ne pourra jamais rien produire.

 

Donnons-lui son personnel : bureau d’études, ingénieurs, cadres et employés. Elle se sentira moins seule.

 

Un an plus tard, que constatons-nous ?... Plus de matières premières, mais un stock de produits finis dans un hangar. Invendus.

 

Création de richesse : Zéro…

 

Enervée, l’arrogance aussi bronzée, elle nous objectera :

“J’avais la marchandise, mais besoin d’acheteurs !”.

 

Ah Bon !  Deuxième enseignement : un entrepreneur avec son Capital, mais sans le Travail faisant tourner l’outil de conception, de production, et de diffusion, ne peut et ne pourra jamais rien produire, ni vendre.

 

Autrement dit sans personnel, ni consommateur, un entrepreneur, une entreprise, ne sont :

« Rien ».

 

Sans oublier que les mêmes “non-entrepreneurs” doivent, à intervalles réguliers, se transformer en “soldats”, en chair à canon, pour défendre les entreprises en cas d’invasion, de conflit, comme nous l’ont enseigné les multiples guerres, dont les deux dernières “mondiales”. Là, subitement, entrepreneurs et politiciens se souviennent que la Nation, la Richesse Nationale, ne sont « Rien » sauf “cohésion” et “sacrifice” de la collectivité.

 

Sans la communauté des hommes, il est donc impossible de créer, développer, préserver la moindre richesse.

 

Rien…

 

La richesse d’un pays, sa Richesse Nationale, c’est l’ensemble de la collectivité qui en est la source, le créateur, chacun en interaction, avec ses moyens, solidairement.

 

Je sais, trop fanatisée, trop intoxiquée de ses privilèges, confondant « droit de propriété » sur tout ou partie du capital d’une entreprise avec création de la Richesse Nationale, même les faits lui explosant sous les yeux, “Super Nanny Entrepreneur” serait incapable de le reconnaître :

Zéro + zéro + zéro = L’Arnaque Libérale…

 

Protesters-clash-with-rio-008.jpg

 

 

Ubu

 

Immédiatement, dans cette émission, sous le vernis du bronzage se craquelant, apparaissait le Père Ubu, en talons aiguilles, allant rançonner les paysans, escorté des « Grippe-Sous » et des « Salopins de finance », traînant le « voiturin à phynances »…

 

L’impression d’assister à la représentation de la pièce d’Alfred Jarry : Ubu Roi

 

Autant de stupidité, d’aveuglement, de mégalomanie, de mépris de caste, d’arrogance, de sadisme, de violence dans la rapacité, de mauvaise foi, de fanatisme, de dogmatisme, pour justifier l’égoïsme le plus crasse, chez un être doué de raison…

 

Tout cela, empaqueté dans la Bonne Conscience, ne peut avoir pour unique ressort la seule défense de ses intérêts personnels ou corporatifs.

 

Perte de valeurs ?...

 

Comment l’expliquer dans une Europe évangélisée depuis plus de 20 siècles, auréolée, ne cesse-t-on de nous trompeter, par Les Lumières ?... Dans un Occident qui ne cesse de se proclamer « civilisé », sous couvert de ses multiples penseurs, philosophes, écrivains, artistes et musiciens …

 

Quelque chose de déjanté, on le perçoit, sans pouvoir l’identifier avec précision, déglingue notre corps social…

 

Perte de sens ?...

 

Une autre dimension. Plus enfouie. Insuffisamment explorée. Dans le brouillard de nos connaissances incertaines, de notre logique tâtonnante, de l’usure de notre métabolisme intellectuel…

 

S’agirait-il d’un inconscient collectif gangrené, tordu, disjoncté par rapport à une réalité humaine ?... Déconnecté de l’Homme ?...

 

Ubu me renvoie à un livre de réflexions de Jean-Claude Liaudet, que j’aime bien et dont je recommande la lecture :

Le complexe d’Ubu ou la névrose libérale (4).

 

Il ouvre quelques pistes sur la dimension pathologique de “l’inconscient collectif” :

« … J’ai fait d’Ubu… le saint patron de mon livre ! En lui, on peut retrouver les grands traits de l’âge sadique-anal qui me paraissent constitutifs de la névrose collective libérale… »

 

Le climat de cruauté, d’insensibilité, de cynisme, qui imprègne nos castes au pouvoir et médias, atteint des dimensions paroxysmiques en ce XXI° siècle. Harold Pinter en a fait une analyse au scalpel dans son théâtre. Et, il n’est pas le seul à s’en angoisser.

 

Les mesures socio-économiques imposées aux salariés et retraités de la Grèce, en ce moment, sont d'une inhumanité, d'une injustice, insoutenables. Le FMI nous y a habitués, provoquant de violentes révoltes populaires dans certains pays, comme la célèbre “révolte du pain” en Egypte, ou de la farine de maïs au Mexique récemment.

 

Les mesures du FMI, iniques, confiscatoires, prédatrices, ne ravagent pas seulement les pays en développement. Elles s’appliquent, à présent, à l’Europe avec la complicité d'un système bancaire véreux et des castes dirigeantes corrompues des pays concernés.

 

Et, ce n’est pas fini. Tout est fait pour démanteler la moindre mesure sociale, afin de réserver la Richesse Nationale aux seules classes privilégiées. Comme sous l’Ancien Régime en France. Le Capital, et tout particulièrement la Spéculation avec ses profits faramineux, ne doivent surtout pas payer d’impôt ! Telle est la priorité.

 

Cruauté enrobée de constructions théoriques, économiques, géopolitiques, philosophiques, idéologiques. Bétonnées dans la Bonne Conscience :

« Le pervers moral est un malin qui sait manipuler autrui pour parvenir à ses fins.

Comme il est dépourvu de sens moral, il n’en exprime ou n’en ressent aucune culpabilité – du moins pas consciemment. Il aime le secret, il éprouve du plaisir à la rétention.

Il fait preuve d’habileté de raisonnement pour justifier sa conduite par des constructions apparemment théoriques. » (5)

 

L’oligarchie dominante en Occident, dans son écrasement, marginalisation, élimination de la classe laborieuse - wagons de licenciements à n’en plus finir : fonction publique (santé, éducation), pêche, industrie, jusqu'au secteur des services - donne le sentiment de scier la branche sur laquelle elle est assise :

« Sans foi, ni loi, les décideurs financiers se livrent à un jeu équivalent de violence destructrice. Une violence dirigée contre l’autre, qui devient ivresse autodestructrice quand elle ne rencontre ni limite ni interdiction…

… Quand il fusionne avec le corps social en tuant le plus de gens possible et en s’anéantissant avec eux, le tueur fou est dans cette jouissance. » (6)

 

Le “tueur fou”…

 

Sommes-nous gouvernés, asservis, par des tueurs fous ?...

 

Emanation d’une ploutocratie, aveugle, impitoyable, de perversité ?...

 


 

 

 

 


 

 

(1)  Jean-Claude Liaudet, Ubu et la Névrose Libérale ou de "Hayek avec Sade", entretien réalisé en mars 2004 par Frank Bellaiche, mercredi 15 novembre 2006, http://psythere.free.fr/article.php?id_article=34

(2)  Talons Aiguilles, film culte du cinéaste espagnol Pedro Almodovar, sorti en 1991, http://archive.filmdeculte.com/video/video.php?id=195

(3)  Complétons l’exemple de la Grèce, en ajoutant l’Eglise Orthodoxe. Première fortune immobilière et foncière du pays qui, comme toutes les grandes fortunes grecques, ne paye pratiquement aucun impôt… L’ensemble composant une caste qui, quelle que soit la situation du pays, ne veut surtout pas en payer.

Ce qui oblige, actuellement, la Grèce à imposer une augmentation de la TVA avec une diminution des salaires et des retraites, pour apurer son endettement ayant pour origine les détournements colossaux de son oligarchie…

C’est donc le Travail qui va essuyer l’ardoise de la Grèce. Surtout pas le Capital, avec son excroissance devenue dominante : la Spéculation.

(4)  Jean-Claude Liaudet, Le Complexe d’Ubu – ou la névrose libérale, Fayard, 2004.

(5)  Jean-Claude Liaudet, Op. Cit., p. 67.

(6)  Jean-Claude Liaudet, Op. Cit., p. 81.

 

 

 

Photos :

i) La talentueuse actrice espagnole, dans le film d’Almodovar, Talons Aiguilles, Marisa Paredes.

ii) Révolte du peuple Grec dans les rue d’Athènes – mai 2010. The Guardian.

 


 


 

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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 14:40

 

 

De Versailles …

 
« Nous ne manquerons plus de pain, nous ramenons le boulanger, la boulangère, et le petit mitron »
. Célèbre refrain chanté par les manifestants ramenant le roi Louis XVI, la reine et le prince héritier, de Versailles à Paris. Après deux journées d’échauffourées, provoquant la mort de quelques protestataires et membres de la garde royale.

 
Evènement marquant : essentiellement des femmes, environ 7.000 d’après les estimations de l’époque. Faisant le trajet à pied, depuis Paris, pour protester et exprimer leur colère au roi de France, contre l’explosion des prix et l’impossibilité de trouver de la farine pour confectionner du pain. C'était le 6 octobre 1789, en début d’après-midi.

 

 

Manifestantes parisiennes en route vers le palais royal de Versailles

 

Une mise en cause populaire des symboles du pouvoir. D’une politique économique, dans un des pays les plus riches du siècle, ne cessant d’enrichir les riches par de perpétuels cadeaux fiscaux, octrois de sinécures, prébendes et monopoles.

 
Ecrasant d’impôts le reste de la population, non sur leurs revenus déjà très faibles, mais par un système de taxation sur la consommation, aggravé d’une spéculation sur les produits de première nécessité, entretenue par les hommes de paille des privilégiés du régime. Au point d’en arriver, pour ces populations méprisées par l’aristocratie, dans la pauvreté, au seuil de la famine.

 
Disette, famine, misère, explosion des prix des denrées de base, étaient des fléaux récurrents en ce 18° siècle. Mais, trois siècles plus tard, les mêmes n'en continuent pas moins de secouer des pays, sur plusieurs continents. Avec une intensité variable suivant leur niveau de développement économique.

 

 
A Calcutta …

 
Pas aussi dramatique que la famine de 1943, avec 3 millions de morts, dans la province du Bengale, me direz-vous. Amartya Sen, avait 9 ans à l’époque. Il en a été marqué à vie. Indien, originaire du Bengladesh, il a été un des premiers chercheurs à s’interroger sur les mécanismes et origines des crises alimentaires (1).

 
Il publia en 1981, Poverty and Famines : An Essay on Entitlement and Deprivation, dans lequel il démontrait que la famine de 1943, n’était pas la conséquence d’un manque de produits alimentaires. Au contraire, cette année là, la production agricole avait été supérieure aux années précédentes et toutes les ressources alimentaires étaient sur place. C'était les inégalités sociales et économiques, dont la quintessence s’exprimait dans les mécanismes de distribution des produits alimentaires, qui l’avaient provoquée.

 
Le Bengale, province de l’Inde alors colonie britannique, était miné par une injustice sociale qui provoquait une paupérisation dans les campagnes et dans les villes. Les achats importants de produits alimentaires par l’armée britannique, en lutte contre le Japon dans cette partie du monde sur différents théâtres d’opérations (dans la Birmanie voisine, en particulier), faussaient l’équilibre du marché, provoquant des augmentations impossibles à suivre par les plus modestes.

 
S’ajoutaient d’autres phénomènes pervers suscitant une panique, démultipliant la spéculation : constitution de stocks spéculatifs par une oligarchie soucieuse de profits immédiats et élevés, en complicité avec l’administration coloniale dont les membres éminents s’enrichissaient outrageusement. Avec, en conséquence, la manipulation des prix dans des hausses vertigineuses (2), facilitée par la maîtrise du circuit de distribution lié à cette même oligarchie.

 
Preuve, terrifiante par son coût humain, que l’autorégulation d’un marché, quel qu’il soit, est un mythe créé par des “économistes”, zélotes du “capitalisme sauvage”.

 
Colères, émeutes grondent, aujourd’hui, aux portes des pays riches, comme aux portes du palais de Louis XVI en son temps.

 

 
De Rome …

 

Ils étaient donc tous là : boulangers, boulangères et petits mitrons. Les “grands” et “petits décideurs” de ce monde. Du 3 au 5 juin, à Rome, rassemblés en un sommet de l’organisation de l’ONU spécialisée dans l’agriculture  et l’alimentation : la FAO (Food and Agriculture Organization). Du moins, institution conçue pour en anticiper et résoudre les problèmes, tout en assurant un minimum de cohérence dans leur résolution. (3)

 
Une des rares interventions pertinentes a été celle du représentant de la Suisse, Manfred Boetsch, directeur de l’Office Fédéral de l’Agriculture. Lui seul a dégagé la synthèse de la situation actuelle :

L’agriculture industrielle a échoué. L’agriculture familiale est la réponse au défi alimentaire”.


Tout est dit.  


Bien sûr, les médias dominants ne s’en sont pas fait écho, préférant "retartiner" les dépêches des agences de presse, copies conformes des communiqués des instances officielles. Pour nous livrer, une fois encore, leur traditionnelle bouillie. Eric de Ruest en a clairement épinglé les travers : Les Fausses Explications de la Crise Alimentaire dans la Presse (4).

 

Il évoque le cas emblématique d’Haïti qui, à lui seul en résume bien d’autres. Ce pays connaissait l’autosuffisance alimentaire, avant l’installation par l’Occident de la dictature de la famille Duvalier (5). Sa paysannerie a été éradiquée par l’importation du riz et autres produits alimentaires des pays occidentaux, subventionnant leurs producteurs. Provoquant une misère dont il ne peut sortir. Avec, aujourd’hui, un prix du riz augmentant de 200 %.

 

En fait, les mécanismes des crises et tensions sur les produits alimentaires sont connus, mais on ne les remet pas en cause : trop d’intérêts, financiers ou géopolitiques, et de création de fortunes faciles, en jeu.

 

L’agriculture industrielle, imposée par les pays occidentaux, avec une spécialisation dans des monocultures, a profondément déséquilibré l’économie des pays en développement, tout en accentuant inégalité économique et sociale. Coton, café, cacao, fruits (ananas ou bananes), céréales, élevage, dans d’immenses propriétés aux mains d’oligarchies qui sont le plus fervent soutien de la néocolonisation de leurs pays, servant d’écran à des multinationales (6). Rendant ces pays tributaires des marchés internationaux et des importations pour les produits alimentaires de base, dont les cours sont maîtrisés par les grands groupes agroalimentaires et leurs courtiers.

 

Car le marché international est le dernier à appliquer les principes de la “libre concurrence”. Ce sont des rentes de situation qui sont entretenues et protégées, grâce aux subventions à l’exportation accordées aux producteurs occidentaux, et au monopole de la distribution réparti entre quelques multinationales. A l’opposé de l’orthodoxie du “Libéralisme Economique”, systématiquement invoquée …

 

Les projections du modèle “occidental”, agricole et alimentaire, que les lobbies tentent de promouvoir en Inde, par exemple, démontrent qu’à terme ce seront plusieurs centaines de millions de personnes qui vont être jetées dans la misère absolue. Les évaluations les plus optimistes reconnaissent que l’industrie ou les services ne pourront pas les absorber. Les estimations, dans le cas de l’Inde, citent des chiffres de plus de cinq cent millions…

 

Stabiliser les populations, en évitant l’exode rural, en assurant un minimum de revenus et des ressources élémentaires rapidement accessibles, implique l’exploitation agricole familiale comme vecteur de développement essentiel. L’objectif de vouloir ramener une population active du secteur agricole à 3% ou 5% est  pure folie, dans des pays où il faudrait la maintenir entre 20 et 50 %.

 

De même, forcer les pays en développement dans des mécanismes brutaux du libre échange, faussé par la politique de subventions à l’exportation des productions occidentales, est une erreur fondamentale. Encourager la spéculation sur les produits de première nécessité de l’humanité, une aberration. La “bombe” qui menace l’humanité est là, pas ailleurs…


 

 

Tous les chercheurs et praticiens, un tant soit peu “honnêtes”, l’admettent : les économies en développement ne peuvent être livrées brutalement à l'emprise de marchés et, surtout, de spéculateurs, dans un environnement non régulé. Même parmi les dévots du “Libéralisme”, je citerai Thomas Homer-Dixon (7) :

“… Les pays qui ont progressé le plus vite, dont la Chine et l’Inde, mais aussi La Malaisie et le Chili, sont ceux qui ont protégé avec détermination leur économie, par notamment le contrôle des mouvements de capitaux et la protection douanière…” (8)

 

Les ressources essentielles aux hommes doivent être régulées et supervisées par un organisme international, tout particulièrement : eau, produits alimentaires, énergie.  Incorruptible, transparent dans son fonctionnement et la publication de ses travaux, chargé de museler les spéculateurs, veiller à la “salubrité” des cours et des prix, prohiber le vol des ressources au détriment des populations des pays producteurs, casser les monopoles et ententes des multinationales.

 

Mais les pays riches, bénéficiant d’une rente de situation confortée par la force, s’y refusent et s’y refuseront toujours. Il faudrait une révolution copernicienne. Impossible en l’état actuel des mentalités conservatrices des castes dirigeantes, adossées aux lobbies de Big Business et de Big Bang (industriels de l’armement et théoriciens bellicistes).

 

Seul un rapport de force peut faire évoluer les choses. Malheureusement. Comme le rappelle Anthony Payne :

“… la politique mondiale du “développement inégalitaire” est liée et contingente des “hiérarchies de puissance” … les pays désavantagés ne trouveront un développement plus égalitaire, n’obtiendront des concessions ou des changements dans les politiques actuelles du secteur des finances, du commerce, ou de l’environnement, qu’en opérant des changements d’alliances, dans un contexte de rapports de forces, en maîtrisant ou déployant les ressources de la puissance, même limitée, dont ils disposent.” (9)

 

 

A Osaka …

 

Ce week-end, du 13 au 15 juin, le G8 s’est réuni, à Osaka. Notamment ses représentants financiers avec ceux, inévitables, du FMI et de la Banque Mondiale. Tout ce beau monde “s’inquiète” des tensions :

“… le prix élevé du pétrole et des produits alimentaires présentent des risques sérieux pour la croissance économique globale… (10).

 

Lors de ce sommet, Christine Lagarde, notre ministre des finances s’est, à son habitude, illustrée par ses lapalissades : “Cette flambée des prix, massive, et durable comporte des aspects qui sont inexplicables”. Quelle puissance d’analyse !... Sidérant de lucidité pour un responsable politique, non ?... (11).

 

Plus courageux et concret, le ministre des finances italien, Giulio Tremonti, a estimé qu’il était “impératif” que les pays coopèrent dans la lutte contre la spéculation (to fight speculation). Rien que sur le marché à terme (futures) des matières premières de Londres, les transactions ont augmenté de 100 % et plus, en 2008, par rapport à l’année précédente. Devant la crise des subprimes et des établissements financiers, la spéculation s’est jetée sur le riz, le blé, le colza, le maïs… Pas d’état d’âme. Les fonds spéculatifs, les fameux CTA (Commodities Trading Advisers), les plus actifs, jouent à la hausse, et s’en mettent plein les poches.

 

Entre autres mesures pertinentes, Giulio Tremonti a donc recommandé d’exiger des intervenants, sur les marchés de matières premières et de produits alimentaires, des dépôts de garantie plus importants que la pratique actuelle (12). Afin de limiter les interventions spéculatives, tant au niveau de leur montant que de leur nombre.

 

Bien sûr, ce fut le tollé, l’apoplexie, parmi ses partenaires du G8 : de même qu’on ne touche pas aux paradis fiscaux, on ne touche pas davantage à la spéculation !... Comme dirait Obélix : “Ils sont fous ces romains !...”.

 

Pour se donner bonne conscience, et rassurer l’opinion, on dénoncera le moment venu “l’inertie criminelle” des gouvernants de Corée du Nord ou de Birmanie. On trouve toujours un bouc émissaire dans un coin.

 

Bla, bla, bla …

 

La fuite en avant.

 

Ainsi font, font,

Le boulanger, la boulangère

Et le petit mitron …

 

 

 

 

1.  Trois de ses publications traitent, plus particulièrement, de ce sujet :
=> Poverty and Famines : An Essay on Entitlements and Deprivation, Oxford, Clarendon Press, 1982.
=> Food Economics and Entitlements, Helsinki, Wider Working Paper 1, 1986
=> Hunger and Public Action, en collaboration avec Jean Drèze, Oxford, Clarendon Press. 1989.
2.  Pratique dite du “Price Gouging”, en anglais.
3.  En français : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, dont le siège est à Rome. Encore une de ces organisations internationales éléphantesques dont les coûts extravagants de fonctionnement assurent des sinécures pour des privilégiés, avec une efficacité ridicule.
4.  De Ruest, Eric, Les Fausses Explications de la Crise Alimentaire dans la Presse, CADTM, 13 avril 2008, http://www.cadtm.org/spip.php?article3269.
5.  Sanguinaire dictature, du père auquel le fils succéda, de 1957 à 1986. Protégée, pendant 29 ans, par l’Occident dans le cadre de la guerre froide, redoutant l’extension de l’exemple cubain.
6.  Lamb, Harriet, Fighting the Banana Wars and Other Fairtrade Battles, Rider, Ebury Publishing, UK, 2008.
7. Thomas Homer-Dixon, canadien, est Directeur du Trudeau Center for Peace and Conflict Studies, collabore à la presse “mainstream” (New York Times, Washington Post, Financial Times), ainsi qu’aux organismes “politiquement corrects” que sont la Banque Mondiale, la CIA et le National Security Council US. Il est représentatif de cette nouvelle génération de chercheurs adeptes du “Libéralisme”, mais avec une approche plus réaliste que doctrinaire.
8. Homer-Dixon, Thomas, The Upside of Down – Catastrophe, Creativity and the Renewal of Civilisation, Souvenir Press Ltd, 2007, p. 192 :
“… some of the countries that grew the fastest – including China and India, but also Malaysia and Chile – actively protected their economies using capital controls and barriers…”
9.  Payne, Anthony, The Global Politics of Unequal Development, Palgrave Macmillan, New York, 2005, p. 246 & 247.
10.  G8 set to warn oil, food price shock endangers world economy, Asia Times, Hong Kong, samedi 14 juin 2008.
11.  In  Business du Sunday Times, 15 juin 2008.
12.  Dans le mécanisme des achats et des ventes "à terme", vous pouvez acheter pour la "revendre à terme", la cargaison de céréales d’un bateau, pour 5% ou 10 % de sa valeur totale. Entre le moment où un bateau céréalier quitte l’Argentine, par exemple, pour aller vers un autre continent, il est fréquent que la propriété “virtuelle” de sa cargaison (souvent difficilement identifiable du fait de l’intervention ou de l’écran des courtiers…) change une dizaine de fois, en plein milieu de l’Océan. Le capitaine ne sachant même pas sa destination finale, quand il quitte le port d’embarquement : Hambourg, Singapour ?...

Les profits de ces transactions se retrouvant, bien entendu, dans les paradis fiscaux.

"L’économie-casino" dans sa splendeur.

 

 

Illustration : http://www.royet.org/nea1789-1794/ihm/zone_images.htm

Crédit Photo : Voyages dans tous les sens

 

 

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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 17:42


J’ai lu le rapport Attali (1) sur la “libération de la croissance française”, et ses 316 propositions…
 
Raffinerie-Yves-Forgues.jpg
 

Totem, pour les uns, érigé à la gloire du Libéralisme, devant lequel les grands-prêtres (2) des médias nous invitent à se prosterner. Usine à gaz, pour les autres. Aux pieds d’argile, ajouterais-je, par dérision.

 

Car, j’appartiens à cette deuxième catégorie. D’excellentes critiques (3) ont été publiées, dans le silence médiatique. Je ne voudrais pas en rajouter une couche, mais mettre en relief un aspect qui m’a particulièrement frappé.

 

Dans un rapport, je ne commence jamais par le résumé ou le “summary”, et son introduction. Mais, toujours par la fin : annexes, références, documentations, sources. Pour voir la solidité de l’ensemble. Solidité de la méthodologie et du sérieux de l’approche professionnelle. Un peu comme l’étude “béton”, ou “ferraillage”, pour un ouvrage d’art ou un bâtiment.

 

N’ayant rien trouvé, je suis parti “à la pêche”, sur le site de la commission… J’en ai inventorié une vingtaine (4). Léger, pour une étude de ce type, avec des implications d’une telle envergure.

 

Avec un manque de fraîcheur, évident. Pour un travail de prospective, dans un domaine où les évolutions sont extrêmement rapides. Certaines truffées d’approximations et d’erreurs graves (5). Le plus horripilant, ce sont ces statistiques creuses, servant de soubassement à des raisonnements vides.

 

Un exemple, travers récurrent de ce type de travail d’amateur : les comparaisons entre pays sur le nombre de “ brevets déposés”. Ce qui ne veut absolument rien dire. L’important c’est le nombre de brevets induisant une “production ou une réalisation effectives”…

 

Bien des brevets sont farfelus, ou destinés à paralyser une approche concurrentielle. Je peux, demain, déposer une trentaine de brevets sur le fil à couper le beurre : à base de fil de chanvre, polypropylène, cuivre, carbone, acier, soie, nylon, fibre de noix de coco, avec des mécanismes de découpes agencés de différentes façons, manuels, automatiques, électromécaniques, électroniques.

So what ?... Et, alors ?... C’est ce que j’appelle : ne pas analyser, ni synthétiser, mais jouer du tambourin…

 

La plupart des arguments et recommandations étaient, déjà, contenus dans le fameux rapport Camdessus de 2004 (6). Les mêmes contributeurs se retrouvant, en général, dans l’une ou l’autre des entités ou commissions éditant ces rapports. D’année en année. Les chaises musicales… Les inamovibles fossiles théorisant sur “l’innovation”, la “compétitivité”, le “changement”, le “renouvellement”…

Le rapport Attali sent le “fast-food” à un kilomètre…

Sa lecture a confirmé mon impression initiale.

 

Destinataire,  “client” de ce rapport, je ne l’aurais pas accepté en l’état. C’est du mauvais “consulting”. Pour ne pas dire : nul. Sans entrer dans le détail, deux raisons majeures :

 

i) On ne dit jamais à son “client” : “mes propositions forment un tout que tu appliques, sans discuter et en urgence” (7).

 

La croyance, vraie ou fausse, dans la qualité de son travail ne doit jamais être supplantée par l’arrogance. Pour ne pas dire, la mégalomanie… Ce comportement immature, imbécile diront les moins charitables, est disqualifiant en soi.

 

De plus, ce rapport prétend contenir des recommandations incontournables, s’appliquant à un pays, une collectivité. De quel droit des professeurs Nimbus imbus de leur science infuse, une quarantaine, se substitueraient-ils aux organes de délibération et de décision républicains ? A moins, bien sûr, d’être le révélateur du “cirque démocratique” actuel, chargé uniquement d’entériner les exigences des lobbies dictées dans les coulisses…

 

 

ii) Dans une étude prospective, destinée à d’éventuelles prises de décision, on ne part jamais d’une thèse.

Faute impardonnable en termes de méthodologie. Nous ne sommes pas dans un travail académique. C’est l’observance rigoureuse de la neutralité, de l’approche chirurgicale qui s’impose.

 

Libérer la croissance”, marque un a priori. “La croissance” serait donc emprisonnée, prise en otage, étouffée ?...  Par qui ?... Comment ?...

 

C’est instiller l’esprit de culpabilisation, de délation, de condamnation, de marginalisation. Désigner des coupables ou des dysfonctionnements qui sont rarement, lorsqu’on part de préjugés, ceux auxquels on doit s’attaquer en priorité. C’est vouloir créer un écran de fumée, dissimulant les authentiques responsables.

 

Que retenir du rapport Attali ?… Pour ma part, une idée-force :


=>   la protection de la rente.

Patchwork, assemblage de réformettes (8), vieilles recettes, lapalissades, clichés, poncifs (9), voire idées saugrenues, traînant de rapport en rapport, souvent depuis une vingtaine d’années, n’arrivent pas à dissimuler la réalité. Derrière l’hymne à la croissance, sous couvert de vaincre un supposé immobilisme, de défendre le mérite, la concurrence, l’équité, grattant ce vernis, que trouve-t-on ?... 
 

Des arguments éculés, usés jusqu’à la corde.

 

Pour justifier quoi ?...

 

La protection de la rente. La rente de situation, du privilège, de la féodalité.

 

Ce n’est pas du Libéralisme, ni de l’Ultralibéralisme.  C’est du “Capitalisme Sauvage”. Ce qui est fondamentalement différent. Ce n’est pas de concurrence, de compétition, ou de “remise en question”, dont il s’agit. Mais, de “protection de la rente”, au bénéfice d’une caste au pouvoir, d’une aristocratie, et de leurs seconds couteaux, constituées à la sortie de la dernière guerre mondiale et des guerres coloniales qui lui ont succédé.

 

Mixant revenus du pillage colonial, avec ceux de la spéculation immobilière et boursière. Avec le respect rigoureux, dans ce rapport comme dans les précédents du même genre, de dogmes, de tabous et de silences, supports du discours dominant de la dernière décennie, dont quatre points d’ancrage sont rapidement identifiables :

 
 
1.  La promotion de l’idéologie féodale
 

Une réflexion sur le devenir du pays, et de sa modernisation, doit avoir pour trame un rappel des valeurs qui structureront les orientations proposées ou à prendre. Le contrat social de notre collectivité est fondé sur trois valeurs : liberté, égalité, fraternité. Où en est-on ? Faut-il les renforcer, les réactiver ou les changer ?...

 

En fait, l’idéologie féodale ne s’accommode que d’individus soumis, à des obligations uniquement, à commencer par celle de se taire. Surtout pas de citoyens, préoccupés de solidarité et de justice, estimant avoir les mêmes droits que les puissants.

 

L’esprit de ce rapport confirme cette focalisation sur l’individu, le consommateur, au détriment du citoyen et de la dignité humaine. Sur le démantèlement des institutions de protection et de justice sociales, mises en œuvre au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Cette idéologie, imposée à l’échelon de l’Europe, a pour socle La Loi du plus Fort, malgré les déclarations de bonnes intentions.

 

Le mépris élitiste qui sous-tend ce rapport, à l’égard des autres catégories sociales, est intellectuellement irrespirable. Les français ne comprendraient pas la modernité, ni internet… Comme ils n’ont pas compris la Constitution Européenne. Ils seraient moroses, manqueraient de dynamisme, auraient peur du risque, n’aspirant qu’à être “assistés”… Des ploucs, des attardés !…

 

Un des multiples dogmes énoncés. Il faut les former, les recycler, etc. Avec ce ton paternaliste voulant passer pour de la gestion “anticipative”, voire de la grandeur d’âme…

 

Quand on constate que des présidents de la République (l’actuel et les deux précédents…) ne maîtrisent pas l’usage d’un PC, on se dit que c’est la caste au pouvoir (tous partis confondus) qui doit se recycler. Engluée dans ses privilèges, c’est cette pseudo élite qui est le pire frein à la modernisation du pays et de ses institutions.

 

Le rapport Attali, dans son esprit et dans sa forme, n’est porteur d’aucun “sens” en termes de Contrat Social. Il n’est que la promotion de l’idéologie féodale.

 
 
2. La protection des privilèges aristocratiques
 

La France est le quatrième pays le plus riche du monde. Madame Christine Lagarde, actuel ministre de l’Economie et des Finances, ne cesse de le répéter, au niveau mondial :
La France est le quatrième exportateur de services, le cinquième exportateur de produits et le deuxième exportateur par habitant derrière l’Allemagne” (10).


Où est l’argent ?... Où va l’argent ?...

Nous touchons, là, un des grands tabous de l’oligarchie en place. "La fiscalité" dans un Etat moderne est un outil de gestion essentiel de sa justice sociale, par la redistribution de la richesse nationale, qui est un bien collectif.

Il n’est pas abordé, dans le rapport, si ce n’est à la marge. Suivant le refrain, qu’on ne cesse de claironner : “Les caisses de l’Etat sont vides”…

Pour mieux asséner un autre dogme : “diminution des dépenses publiques”. Le souci insistant de la bonne gestion des dépenses publiques serait compréhensible. Mais non, le dogme impose « diminution », concernant uniquement les « dépenses publiques », excluant toute autre approche intellectuelle ou logique.

Dans le “privé”, évidemment, tout est parfait. Aucune gabegie, aucun gaspillage, aucun dysfonctionnement… Comme on vient de le voir avec la Société Générale ou avec le scandale des “subprimes”, bulle spéculative immobilière, un peu partout en Occident. Surtout pas chez ceux qui vivent plantureusement des commandes de l’Etat. Le parti pris est aveuglant.

Car, tout le monde le sait, des “caisses vides” dans un Etat extrêmement riche, sont le résultat d’une politique : "la baisse du rendement de l’impôt" par des privilèges fiscaux accordés aux revenus issus du capital, et non pas du travail.

Créant, ainsi, un excès d’épargne pour les classes privilégiées, créant un gonflement constant des bulles spéculatives boursières et immobilières, avec en corollaire une insuffisance de l’investissement. Les revenus considérables de ces capitaux spéculatifs, détenus par des classes privilégiées, échappant à l’impôt.

Suivant le principe des vases communicants, l’impôt s’abat, alors, sur le travail et la valeur ajoutée. En bonne logique féodale, la répartition des revenus, la redistribution de la richesse nationale, sont bloquées. Le rapport Attali, reprenant les dogmes de l’idéologie dominante, ne fait que promouvoir ce blocage. On en retrouve la perversité des mécanismes, à quatre niveaux :
 
 
i) Fiscalité Indirecte 
 

La TVA atteint pratiquement 20%. Il est question de l’augmenter par un nouvelle tranche, appelée “TVA sociale”. Puisqu’on va transférer une grande partie des charges des entreprises sur la TVA. On connaît, pourtant, les dégâts de cet impôt indirect, sur deux plans notamment : justice sociale et consommation.

 

Il n’y a pas pire impôt injuste.

 

Comparable à l’impôt de La Gabelle de l’Ancien Régime, auquel seul le peuple était soumis. Il n’y a pas pire frein pour les dépenses de consommation car, à partir d’un seuil, trop d’impôt tue l’impôt. Et, trop de TVA, tue la consommation.

 

Mais, indifférente à cela, l’oligarchie, refusant de contribuer au devoir de solidarité et de justice sociale, arc-boutée à  la préservation de ses privilèges comme sous l’Ancien Régime, préfère charger encore la barque. Jusqu’à ce qu’elle coule.

 
 
ii)  Fiscalité Directe 
 

La fiscalité directe, l’impôt sur le revenu, s’appliquant individuellement, est le cœur du blocage de notre société et de sa modernisation.

 

Le problème n’est pas tant la fuite des salaires extravagants devant l’impôt, mais celui des revenus des fortunes accumulées dans la spéculation boursière et immobilière, en particulier. Si ces revenus payaient les mêmes taux que ceux appliqués aux revenus du travail, le budget du pays ne serait pas déficitaire, et aucun de nos régimes sociaux n’auraient à quémander : les “caisses seraient pleines”…

 

Trois principaux mécanismes de fuite, des classes privilégiées, devant l’impôt sont connus :

 

=> Toute une série d’astuces, de passe-droits, permettant aux grandes fortunes et aux revenus de la rente de ne pas payer des impôts, en parallèle et en équité, avec ceux de leurs concitoyens vivant du revenu de leur travail : depuis les "prélèvements forfaitaires" de 10 % exonérant la spéculation boursière de tout autre impôt, jusqu’aux tours de passe-passe permettant d’assimiler un  patrimoine à un “outil de travail”, échappant ainsi à l’Impôt Sur la Fortune. C’est le fond de commerce des conseillers fiscaux, tant français qu’européens.

 

=>  Les gains spéculatifs extrêmement nombreux issus des bulles spéculatives. Dangereuses pour l’économie, et sans rapport avec une valeur ajoutée effective pour la collectivité. Notre système fiscal privilégie la spéculation, au détriment de la valeur ajoutée et du travail. Une taxation de ces opérations relevant de l’économie-casino permettrait facilement de “remplir les caisses”. Mais le rapport Attali, comme ses prédécesseurs, prend soin de ne pas en parler.

 

=>  Héritage et mérite. Si les droits de mutation sont abordés dans le rapport, les droits de succession ne sont même pas évoqués. Qu’en est-il des impôts s’appliquant à l’héritage ?... Nouveau silence du rapport Attali…

 

C’est, pourtant, la clé de voûte d’une société fondée sur “le mérite”, et non pas sur la rente de situation ou sur l’héritage. Il est normal qu’un héritage minimum soit exonéré, ou faiblement taxé, s’appliquant à la résidence principale et à un patrimoine n’excédant pas, par héritier, une certaine limite (pouvant être évaluée sur la base d’années/Smic).

 

Au-delà, la progressivité des droits de succession devrait être élevée, afin d’assurer la solidarité de la collectivité dans ses retraites et son système de santé. Là encore, il convient de ne pas assimiler le fruit du travail d’une famille sur toute une vie, avec les fortunes édifiées sur la spéculation ou sur la corruption. Quand ce n’est pas sur ces deux paramètres à la fois.

 

 

iii)  Fiscalité des entreprises

 

Le rapport Attali n’échappe pas à l’exercice obligé : le “chœur des pleureuses”. Sous prétexte de compétitivité, les organisations patronales souhaitent des exonérations fiscales, notamment sur l’impôt des bénéfices.

 

Mais loin de faire bouger les choses, dans un sens dynamique, le rapport Attali est incapable de proposer la moindre innovation. Des distinctions élémentaires, au moins, devraient s’appliquer :


=>  Un système de taxation élevé sur les profits des sociétés bénéficiaires qui licencient et délocalisent.

 

A l’abri du mythe de “la destruction créatrice” et de la “compétitivité”, des entreprises détruisent des emplois au sein de notre collectivité, alors qu’elles amassent des profits, souvent considérables. Pour les distribuer aux actionnaires. Ces destructions d’emplois correspondent, en fait, à la spoliation de ceux qui ont travaillé et contribué à la prospérité de l’entreprise.

 

La collectivité doit se rembourser sur les avantages acquis pendant de nombreuses années : sacrifices salariaux, subventions reçues, exonérations et aides fiscales, usage des équipements d’infrastructure et autres (transports, voieries, éducation, santé, ports et aéroports, etc.) financés par la collectivité, usage du label "France" alors que l’essentiel de la fabrication est délocalisée, etc.

 

Une entreprise n’est pas créée ex nihilo sur une terra incognita… L’appartenance à une collectivité a un prix. Lors des licenciements et délocalisations, dans un environnement bénéficiaire, un impôt sur les profits, à hauteur de 50 % minimum, serait à appliquer.

 

 

=>  Un système d’avantages fiscaux pour celles qui créent des emplois de longue durée.

Les exonérations fiscales ou les diminutions d’impôts, ne seraient accordés qu’aux entreprises qui créent des emplois de longue durée (non pas des remplacements de départs à la retraite ou autres astuces du genre).

 

Le critère d’évaluation d’une bonne gestion d’entreprise devrait être la création d’emplois et la valorisation du travail. Non pas, le contraire.

 

 

=> Un système de redevance et de royalties, en faveur de l’Etat, sur les marques d’entreprises délocalisant la quasi-totalité de la production hors de France. Les sociétés utilisant le “label France”, notamment dans l’industrie dite “de luxe”, auraient à verser des royalties pour utiliser les marques de produits, dits “français”, entièrement fabriqués à l’étranger.

 

Autrement dit, comme on le constate dans plusieurs cas, il y aurait "nationalisation" des marques ayant édifié leur réputation sur le travail de la collectivité pendant des années. Il serait temps de mettre un terme à ce type de spoliation au détriment de la collectivité.


Notons, au passage : aucune suggestion ou allusion, le grand silence, quant à la "participation des salariés au capital de l'entreprise", à la revalorisation du travail, à la distribution des bénéfices… Les grandes idées sociales du Général de Gaulle. Vite enterrées par ses successeurs…

 
 
 
iv) Emplois protégés et sinécures 
 

L’affaire des licences des taxis a été une excellente opération de diversion. Vieille tactique de la désinformation. La cape rouge devant le taureau… Car, profitant de l’occasion, c’était passer à la trappe les emplois protégés et autres sinécures, dont bénéficient outrageusement les castes au pouvoir.

 

Le cumul des mandats chers à nos politiciens, en premier. C’était faire oublier, ensuite, tous ces postes et emplois, dans le public comme dans le privé. Trustés par les mêmes, se renvoyant l’ascenseur.

 

Ce réseau dont la nomenklatura est la principale bénéficiaire : dirigeants, administrateurs, conseillers... Les mêmes occupant chacun une dizaine de postes ou d’emplois, avec des salaires sans commune mesure avec la prestation livrée.

 

Paralysant les promotions et l’émergence de talents. S’apparentant davantage à une maffia qu’à un milieu ouvert à la diversité, la compétition, le changement, le renouvellement, la récompense du mérite…

 

Prenons un exemple : dans l’audiovisuel, ce “nouveau clergé” chargé d’administrer « l’opium du peuple ». Les mêmes individus se retrouvent à la TV, radio, journaux, hebdomadaires, etc. Tour à tour, ou en même temps, animateurs, chroniqueurs, dirigeants… Des dizaines d’emplois, trustés par une poignée de ces “cardinaux” et “évêques” d’un nouveau genre, chargés de véhiculer “la bonne parole” de la ploutocratie en place. Emblématique de l’abus de position dominante de certains clans. Les dernières “affaires” Christine Ockrent en sont une lamentable  illustration.

 

Evidemment, il convient de ne pas assimiler les dérives de ce “haut clergé”, avec les soutiers de l’audiovisuel vivant dans une extrême précarité. A l’image du “bas clergé”, à la veille de la Révolution…

 
 

3.   La protection des féodalités commerciales et industrielles : cartels et oligopoles

 

fardeau_des_privileges.jpgNos systèmes économiques sont contrôlés, sans aucune régulation véritable, par des oligopoles et cartels. Une poignée d’entreprises détenues par une richissime "aristocratie".

 

Exerçant une totale emprise sur des marchés “captifs”, où les consommateurs se retrouvent prisonniers. Si la privatisation des monopoles des services publics est sans cesse rappelée, les monopoles privés sont soigneusement occultés, dans les rapports du genre de celui de la Commission Attali.

 

Au contraire, tout est argumenté pour accentuer les “monopoles privés” au détriment du citoyen et de la collectivité. C’est le renforcement forcené des féodalités qui est proposé. Sous deux aspects : privilèges directs et privilèges occultes :

 

 

i) Renforcement des privilèges des groupes féodaux 

 

On retrouve les deux grands pôles féodaux, soutenus dans le rapport Attali :


=>   La Grande Distribution, secteur contrôlant pratiquement 90 % de la distribution en France, avec un effet de nuisance ravageur quant à la destruction des emplois et du tissu social.

 

Au lieu de proposer un démantèlement de ces monopoles et de leurs "centrales d'achats", afin de stimuler une authentique concurrence, le rapport recommande son renforcement, dans la glorification de la “libre concurrence”…


=>  Le secteur des pétrochimistes et de l’agriculture industrielle (dont le business est en étroite interaction): produits pharmaceutiques, phytosanitaires (pesticides), vétérinaires, semenciers - producteurs d’OGM, agriculture industrielle, etc.

 

Froidement, le rapport, préconise la suppression du principe de précaution (11) : les dangers encourus par la santé publique sont subordonnés aux intérêts immédiats de ces lobbies.

 
 

ii) Silence sur les distorsions anticoncurrentielles et corruptrices

 

Des masses de capitaux et d’argent payés par les contribuables, sont utilisées sans contrôle, souvent sans discernement, dans des circuits occultes, détournés, gaspillés, alors que de substantielles économies pourraient être réalisées. Des milliards pouvant être redistribués ou, en tous cas, remplir les caisses de l’Etat.

 

Ce grand silence du rapport Attali, s’applique, en particulier à trois « trous noirs » :


=> Les entreprises vivant des marchés publics. Aucune recommandation relative à la transparence des marchés publics, monopolisés par quelques entreprises.

 

Une transparence des marchés publics, et de leurs appels d’offres, permettrait une économie de 20 à 30 %, au minimum, sur le coût de ces marchés. Par des délibérations publiques, avec des documents relatifs à l’octroi de ces marchés, accessibles en ligne, notamment les propositions examinées lors des appels d’offres.

 

Une poignée d’entreprises verrouillent, en effet, les services aux collectivités : ramassage d'ordures ménagères, parkings publics, distribution d’eau et d'énergie, téléphonie mobile, accès internet, gestion des monuments historiques, jusqu’aux pompes funèbres.

 

Tous ces oligopoles et cartels, constituant des rentes de situation, sont à démanteler afin de stimuler la concurrence, la création d’entreprises, notamment régionales.

 

 

=> Les lobbies de l’armement et le budget de la défense nationale (45 milliards d'euros en moyenne chaque année...) sont complètement occultés. Alors qu’il s’agit du secteur industriel constituant un monopole partagé par quelques entreprises. Monopole où règnent gabegie et corruption : contrats d’armement, subventions pour les recherches, etc. Octroyés dans l’opacité la plus totale.

 

Sans oublier les milliards dépensés, à l’étranger, dans des expéditions ruineuses et lamentables dans leur exécution. Exemple : la tristement célèbre Opération Turquoise au Rwanda. Voir le récit ébahi, du général canadien Dallaire, commandant à l’époque le maigre contingent de l’ONU, devant le luxe, la débauche de matériels et d’équipements déployés par l’armée française dans sa rocambolesque équipée au Rwanda… (13).

 

 

=> Les crédits à la “Coopération”, sans aucune régulation, sans aucun contrôle, servant à soutenir les pires dictatures. Une des sources de financement des partis politiques français, ainsi que l’ont démontré les recherches. Tout spécialement, dans les sinistres opérations de la  “Françafrique”, appelée aussi “France-à-Fric” (14)…

 

Des milliards qui partent en fumée, chaque année. Grand silence…

 


4.   La protection des féodalités financières : banques et assurances

 

Le secteur bancaire, en dépit des techniques informatiques de masse, derrière l’habillage immobilier luxueux de ses directions et agences, représente le secteur le plus sclérosé de France (dans d’autres pays, aussi).

 

Loin d’assumer sa responsabilité fondamentale, celle de stimuler la création d’entreprises, on constate en fait un analphabétisme complet en ce domaine. Il tue, il étrangle, il étouffe, il freine la création d’entreprises et leur développement. En conséquence : la création d’emplois.

 

Impossible de trouver une recommandation dans le rapport Attali, une initiative consistante, à part reprendre les formules creuses des études indigentes, telles que celle du Rapport Montaigne (12) : Pourquoi nos PME ne grandissent pas.

 

Cet aspect et les défaillances de ce secteur “privé”, dans le domaine de la création d’entreprises, sont soigneusement oubliés.

 

Comme dans un carrousel, on reprend donc le bla-bla-bla habituel : l’Etat doit faire ceci ou cela. En fait, l’Etat n’a pas à financer la création d’entreprises. C’est au secteur bancaire de prendre des risques, via des sociétés de capital-risque et des banques d’affaires, au lieu de jouer des milliards d’euros dans l’économie casino, ou de se consacrer exclusivement au financement des "grands groupes".

 

C’est dans la création et dans l’accompagnement du développement d’entreprises et la création d’emploi que ce secteur doit orienter ses politiques et être jugé. Principalement, PME et PMI. Qui représentent plus de 60 % des emplois en France et pratiquement 100% de la création d’emplois actuellement.

 

Trois mesures immédiates, non évoquées dans le rapport Attali, pour “réveiller ” ce secteur :


=>  Recyclage des états-majors des banques, avec stages obligatoire dans des PME-PMI. Les dirigeants de ces établissements financiers sont des “notables”, analphabètes dans la création d’entreprises. Issus d’écoles à concours, ils n’ont aucune idée des problèmes d’investissement et de créations d’entreprises. Tout simplement, pour n’y avoir jamais mis les pieds. Ils ne connaissent que les parcours de golf et les déjeuners d’affaires avec les représentants des “grands groupes”…

 

C’est ainsi que des PME “pointues” dans leur domaine, travaillant à 100% sur des marchés internationaux, se retrouvent devant des banquiers ignares de la réalité commerciale de leur secteur d’activité et des marchés sur lesquels elles évoluent. Incapables de comprendre leurs besoins de financement spécifiques.

 

 

=> Obliger les établissements financiers à utiliser une grande partie de leurs fonds (les "remplois", dans le jargon) dans des structures adéquates pour financer la création d’entreprises. La “prise de risque”, doit se faire dans la création d’emplois et non pas dans le jeu de la spéculation boursière. Où, des banques s’amusent à perdre 7 milliards d’euros, sur une seule année…

 

 

=> "Casser les ententes" entre banques. Les ententes sur les taux entre banques sont à sanctionner.

 

Une authentique concurrence doit être instaurée. Doublée par une révision de leurs facturations qui atteignent une dimension usuraire, pour les particuliers et les petites entreprises. Avec des taux d’augmentation du TEG de 25 % par trimestre (oui : par trimestre !) en 2007. Les meilleures conditions n’étant accordées, une fois de plus, qu’aux “grands groupes” incapables de créer des emplois…

 

Des mécanismes de pénalisation, au niveau de leur refinancement et de leurs profits, seraient à mettre en place pour sanctionner les établissement financiers ne participant pas à cet effort de redynamisation de l’économie.

 

Même chose, pour les compagnies d’assurance. Les comportements et archaïsmes sont identiques. Vivant grassement sur un marché ultra protégé. Elles contribuent à majorer les coûts de fonctionnement des entreprises en création et en développement.

 

Je me limiterai à un exemple : fin 2007, le coût d’une assurance en “responsabilité professionnelle” à hauteur de 2 millions de livres sterling (près de 3 millions d’euros), pour une entreprise de services, est 7 à 10 fois plus élevé en France qu’en Grande Bretagne (j’ai le dossier sous les yeux…) !...

 

Ces points d’ancrage, expression du refus de toute remise en cause de ses privilèges, sont révélateurs de l’immobilisme de la caste au pouvoir, de sa sclérose intellectuelle et de son déni de la rénovation du contrat social, donnant du sens à notre collectivité et organisant ses institutions.

 

Cette tétanie des oligarchies ne se limite pas à la France. L’Europe entière est atteinte par cette pathologie.

 

Ne l’oublions pas : c’est une politique imposée par les instances européennes. La Constitution européenne est claire : l’Europe est une organisation de la protection des privilèges et non pas de la justice sociale. Le changement en profondeur devra donc se faire dans un contexte de crise, comme toujours.

 

Crise que les élites, dans leur aveuglement, ne verront pas venir…

 

Oui. Protégeant la rente aristocratique, dogmes, tabous et silences, “ pieds d’argile” de cette Usine à Gaz, en carton pâte …

 
 
 
 

 
 
 
 

(1)  Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française – Sous la présidence de Jacques Attali, 245 p., téléchargeable : www.liberationdelacroissance.fr

(2)   Pour vous amuser, regardez (vidéo téléchargeable) l’obséquiosité sirupeuse d’un Jean-Pierre Elkabbach recevant Jacques Attali et des membres de la commission, dans l’émission Bibliothèque Médicis sur la chaîne TV “Public Sénat”.

(3)  Lire l’intéressante critique, même si on reste sur sa faim au niveau des contre-propositions, éditée par le cercle de réflexion La Forge : Contre - Expertise du rapport Attali – Assemblée Nationale – 24 janvier 2008, www.la-forge.info

(4)  Les principaux rapports ou études étant :
=>  Mondialisation : les atouts de la France, Philippe Aghion & al., La Documentation Française, Paris 2007.
=> Politiques de la Concurrence, David Encaoua et Roger Guesnerie – Conseil D’Analyse Economique – La Documentation Française, Paris, 2006.
=> L’économie de l’immatériel – la croissance de demain, Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet, Commission sur l’économie de l’immatériel - Ministère de l’Economie, des Finances et de l’industrie, Paris, novembre 2006.
=>   Pourquoi nos PME ne grandissent pas, Anne Dumas, Institut Montaigne (“think tank” ou lobby créé par Claude Bébéar – AXA) Paris, juillet 2006.
=> Productivité et Croissance, Patrick Artus et Gilbert Cette, La Documentation Française, Paris, 2004.

(5) Cf. Rapport sur L’économie de l’immatériel – la croissance de demain, (Op. Cit.), préconisant la “protection des idées” (p. IV de l’introduction générale). Visiblement, les auteurs ne maîtrisent pas leur sujet. Une « idée » n’est pas protégeable. Ce serait paralyser l’innovation. C’est sa réalisation technique ou pratique, conduisant à une exploitation et à une commercialisation, qui l’est. Principe de base de la propriété intellectuelle …

(6)   Le Sursaut – Vers une nouvelle croissance pour la France, groupe de travail présidé par Michel Camdessus, La Documentation Française, Paris, 2004.

(7)   Cf. p. 20, sous le titre : “Conduire la réforme tambour battant”. Ou encore, p. 235 : “Le Président de la République et le Premier Ministre devront d’abord se convaincre de l’intérêt d’appliquer les conclusions de ce rapport. Ils ne devront pas pour cela ordonner d’étude nouvelle : s’ils en retiennent le principe, ils devront mettre en œuvre ces conclusions.”

(8)   Cf. p. 94, sous le titre : “Décision 99” : … (pour les étrangers hautement qualifiés) “… mise en place d’un guichet spécifique pour la délivrance rapide de titres de séjour de longue durée…”

(9)   Cf. “Décision 87” : “Sécuriser l’approvisionnement des ressources minières…”

(10) Cité dans le rapport Mondialisation : les atouts de la France, (Op. Cit.), p. 47, note 5.

(11) Cf. p. 91, la longue argumentation : “Repenser le principe de précaution…”

(12) Pourquoi nos PME ne grandissent pas, Op. Cit.

(13) Dallaire, Roméo, Shake hands with the devil : The failure of Humanity in Rwanda, Knopf Canada, 2003.

(14) Cf. les remarquables travaux et combats du regretté François-Xavier Verschave.

 
 


 
 
 
 
¤ Photo : Yves Fourgues
¤ Caricature du XVIII° siècle : Le Fardeau des Privilèges. Le peuple ployant sous le poids du clergé et de l’aristocratie…



 

 
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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 22:27
 
 

Un conflit social, extrêmement dur, vient de se terminer, sans grand écho médiatique. Il avait pour cadre un des hypermarchés Carrefour de Marseille. La revendication du personnel portait, essentiellement, sur une revalorisation du salaire mensuel moyen qu’il souhaitait voir porter de 900 € à 1000 €, et une augmentation de la valeur du ticket repas de 3,50 € à 5 €, soit 1,50 € par ticket.


Caddies1.jpg
 
 
 

Dans un pays où les responsables des groupes du CAC 40 sont payés en millions d’euros, avec des augmentations moyennes de 40% en 2007, s’offrant pour certains le luxe de milliards d’euros de pertes dans l’entreprise qu’ils dirigent, ces revendications semblaient plus que raisonnables. Eh bien : non. Elles ne seront pas accordées…

 

Parfaite illustration, en février 2008, de la réalité de la Grande Distribution. Elle représente, dans tous les pays, l’archétype de l’oppression sociale, du mépris de la dignité humaine, de la négation de la valeur du travail, du racket économique. Détruisant, phagocytant, vampirisant tous les circuits économiques, absorbant valeur ajoutée et richesse de la collectivité à son seul profit. Quelques familles devenues richissimes, associant des actionnaires à leur empire dont elles verrouillent fermement les commandes.

 

Au-delà des extraordinaires privilèges que s’est octroyée cette “aristocratie du tiroir-caisse”, avec la complicité des politiciens, on ne mesurera jamais assez les destructions considérables infligées au lien social de la collectivité, à l’emploi, à nos institutions politiques par la corruption et l’obstruction à la liberté d’expression. Minant autant nos fragiles équilibres “démocratiques”, que le tissu social de nos collectivités dans nos villes et campagnes…

 

Car nos représentants politiques éprouvent une “grande tendresse” (1) à l’égard de ce secteur d’activité censé représenter, à les entendre, le nec plus ultra des bienfaits du libéralisme et du développement. Présenté comme l’ultime bienfait du système économique actuel, il se révèle, en fait, l’équivalent d’un véritable Sida économique.

 

Les recherches sont rares, toutefois, sur les dangers et les dégâts de cet oligopole, ce partage d’un monopole entre une poignée de féodaux, représentant l’antithèse de la libre concurrence. On trouve, à foison, des ouvrages de commande célébrant les idées de génie de leurs fondateurs et autres qualités dans le dithyrambe et la flagornerie les plus serviles.

 

Sans parler de ces campagnes de communication incessantes, nous présentant ces prédateurs comme des “chevaliers sans peur et sans reproche”, uniquement soucieux du pouvoir d’achat et de la santé de leurs concitoyens. Entre Bayard ou Mère Térésa, leur cynisme dans le choix des masques en serait presque émouvant…

 

En général, les travaux universitaires, les centres de recherches, les journaux et autres médias, censés décortiquer l’information et proposer une analyse, n’adoptent qu’une seule attitude : la soumission… Un média, journal, TV ou radio, qui se permettrait une enquête approfondie, verrait une chute drastique de ses revenus publicitaires A quoi bon donner des bâtons pour se faire battre ?... Mieux vaut parler des dramatiques conséquences, pour nos sociétés, de la disparition progressive du tigre du Bengale ou du Gorille !...

 

Rares sont, donc, les courageux. Citons les, pour nous rassurer quant à la survie de la vigilance intellectuelle et de l’esprit critique dans nos sociétés. Quelques travaux parlementaires, pour y voir un peu plus clair et anticiper les lendemains qui ne chanteront pas : Jean-Paul Charié (2), Jean-Yves Le Déaut (3). Ou encore, des chercheurs comme Philippe Moati (4) ou  Christian Jacquiau (5) qui n’a pas hésité à jeter son pavé dans la mare, par un article retentissant : Producteurs étranglés, consommateurs abusés – Racket dans la grande distribution « à la française ».

 
 

Bref rappel de quelques points, que médias et politiciens n’évoquent jamais :

 
 
 
1. Les ravages de nos systèmes économiques
 

Les quatre symptômes majeurs de cette maladie sont, habituellement, les suivants :

 
 

=>   La disparition des petits commerces 

 

Boulangeries, boucheries, épiceries, drogueries, quincailleries, bijouteries, librairies, merceries, et tant d’autres, faisant vivre des milliers de familles ont été, et sont encore pour les survivants, progressivement éradiqués de nos environnements urbains et ruraux.

 

La Grande-Bretagne, pays du libéralisme le plus sauvage est en train de se poser, en ce début d’année 2008, de sérieuses questions sur la “viabilité” de ce modèle économique. Des mesures, encore timides, sont prises pour mettre un frein à cette politique de la terre brûlée. Après une enquête de deux ans… Les petits commerces obtiennent protection contre les géants de la Grande Distribution (6), nous annoncent plusieurs médias britanniques. Une enquête a fait ressortir que l’étranglement (stranglehold) exercé par ces géants ont tué des milliers de rivaux plus petits (7).

 

Les autorités britanniques viennent de se rendre compte (enfin !...) que quatre distributeurs contrôlent 75% (pourcentage édulcoré quand on constate la réalité…) du secteur alimentaire : Tesco, Sainsbury’s, Asda et Morrisons… Où est le respect de la libre concurrence ?...

 

Bien sûr, en 2008, en France, où la configuration est identique, en termes de “fausse concurrence”, nous allons encore accentuer les privilèges de ces géants, si on suit les conclusions de la Commission Attali…

 
 

=> La démultiplication du chômage et de la précarité

 

La disparition de ces milliers de petits commerces qui faisaient vivre dignement plusieurs membres d’une même famille, a provoqué, corrélativement, des milliers de chômeurs. En comparaison, le peu d’emplois créés ont été fondés sur des emplois sous-qualifiés et, surtout, sous rémunérés. Même si, souvent, ce sont des BAC+ 4 ou 5 qui les occupent, du fait du chômage généralisé.

 
 
 

=>  La constitution et la protection d’un monopole des achats


L'oligopole constitué par les cinq groupements de la distribution représente, en France, un contrôle de plus de 90 % des produits de grande consommation. Le schéma est le même dans d'autres pays...

"En France, le maillage continue et s'oriente vers le non alimentaire : jardinerie (Jardiland, Tryffaud), sport (GO Sport, Décathlon), l'automobile (Centres Autos de distributeurs, Norauto...). Ils tiennent déjà 95 % de l'alimentaire. Ils pourront vendre des voitures à partir de cettte année. Leclerc est déjà le premier bijoutier de France, etc." (8)

Le problème des "marges arrières" et des commissions imposées aux fournisseurs pour être "référencés" fait l'objet de débats, insuffisamment rendus publics toutefois. Ces pratiques étant, effectivement, une forme de racket. L'assainissement s'impose, mais la Grande Distribution s'y oppose...


=>  Les ententes sur les prix

 

Les ententes sur les prix, entre membres de l’oligopole, sont systématiques. Profitant des faibles moyens des organes de régulation de la concurrence. On a ainsi appris que le 20 décembre 2007, le Conseil de la Concurrence avait infligé une amende de € 37 millions à huit sociétés, dont les hypermarchés Carrefour (€ 27,4 millions), pour avoir organisé une entente sur le prix de vente des jouets à l’occasion des fêtes de Noël et de fin d’année. Dans ce système d’entente on retrouve les maîtres du secteur : Hasbro, Lego, Chicco, Goliath, Megabrands, Maxi Toys et JouéClub… (9)

 

Les britanniques ont mis à jour, après trois ans d’enquête, un système mafieux de la même espèce dans les produits laitiers (lait, beurre et fromages) sur la période 2002 et 2003. Les enquêtes sont longues et labyrinthiques…  Le surcoût, pour les consommateurs, a été estimé à £ 270 millions (€ 378 millions). L’autorité de régulation britannique (OFT) a donc infligé une amende de £ 116 millions (€ 162 millions) à la Grande Distribution et aux industriels qui ont collaboré dans cette escroquerie à l’encontre du consommateur. (10)

 

Deux exemples, récents et limités par le manque de moyens. Mais, partie visible de l’iceberg qui donne une idée de l’ampleur du phénomène…

 
 
 
2. Les ravages de notre organisation sociale
 
 

Beaucoup de pays, notamment dans les économies dites émergentes, se préoccupent de l’apparition, difficilement contrôlable, de cette pathologie économique et sociale. L’Inde, par exemple. Préoccupation d’ordre économique mais, plus encore, d’ordre social. Portant sur les valeurs qu’une collectivité se doit de défendre pour assurer sa cohésion et son développement. Cinq plaies majeures affectent le tissu social, sous l’emprise de ces oligopoles :

 
 

=>  La corruption de nos institutions

 

La Grande Distribution est, avec l’industrie de l’armement et les Marchés Publics dans leur ensemble, un des principaux modes d’alimentation de la corruption politique. Quelques citations, qui donne la mesure de ce poison pour le fonctionnement de nos sociétés :

 

“Contre une enveloppe, voire une valise, il était facile de s’assurer le vote d’un édile siégeant à la CDUC ou à la CUC (commissions spécialisées dans les autorisations d’ouverture), voire du Ministre du Commerce lui-même, appelé à trancher en dernier ressort.” (11)

 

“Certains grands noms de la distribution se sont faits prendre la main dans le sac : en 1998, Michel Bourriez, alors numéro deux de CORA a été incarcéré pour des pots-de-vin versés au maire de Toul ; depuis 1995, Gérard Mulliez, patron fondateur d’Auchan et Paul Louis Hallez, PDG de Promodès, sont mis en examen dans l’affaire Jean-Louis Destrade, de nom de ce député socialiste qui aurait collecté 33 millions de francs auprès des grands noms de la distribution pour le compte de son parti…” (12)


"Il sert aussi à financer la corruption du pouvoir politique, habitué à monnayer sa signature pour les autorisations d'ouverture. Le "péage" obligatoire de 1 million d'euros minimum pour un hypermarché, est né à la fin des années 1970. Avec les "années Mitterand", les enchères montent et les enveloppes se font plus épaisses : on passe à 1,5, puis 2, puis 3 millions d'euros. M. Michel-Edouard Leclerc, fin connaisseur, l'a d'ailleurs reconnu publiquement : "La vérité oblige à dire que près de la moitié des ensembles commerciaux ont été soums à ce trafic". (13)


 

=>   Le patrimoine bradé de la collectivité

 

L’implantation des grandes surfaces et centres commerciaux fait l’objet, dans beaucoup de pays, d’astucieux montages financiers. Sur le plan immobilier, notamment. En général, on s’approprie en sous-main des terrains agricoles, à la périphérie des villes, à prix cassés, via une société écran qui sera rachetée, le moment venu par la holding foncière de la famille fondatrice du groupe de supermarchés. De terrain agricole, il sera déclaré “constructible”. Sa valeur (non déclarée) se trouvera ainsi multipliée par dix, cent  ou plus, suivant les régions, du fait de ce changement de statut…

 

Mais, la zone de chalandise est inexistante. Nous sommes en plein champ… Il faut amener le consommateur !… Qu’à cela ne tienne. Le grand distributeur construira son hypermarché et sa galerie marchande, prenant soin de créer un parking et une station service. Avec quelques arbres pour faire écolo et pratiquer le bla-bla-bla du "développement durable". Enfumer les gogos et faire plaisir aux politiciens locaux…

 

Par contre, tous les équipement collectifs seront financés par la collectivité : routes d’accès, ponts, échangeurs, ronds-points (Ah ! les juteux ronds-points, une encyclopédie à rédiger sur ce mode d’enrichissement personnel…), viabilisation (adduction d’eau, électricité, évacuation des eaux usées), etc. Sur les impôts de tout un chacun, directs et indirects.

 

Cela s’appelle une escroquerie, dans les grandes largeurs. Car, la collectivité devrait rester propriétaire des terrains et des murs. Au lieu de brader ce patrimoine à de richissimes familles. Leur location, permettrait de financer beaucoup d’aides sociales et de projets en faveur de la collectivité. Et de diminuer, en conséquence, les impôts locaux. Ce pillage, au vu et au su des politiciens, mais soigneusement occulté, est inacceptable dans une démocratie.

 
 

=>  Un système bancaire dévoyé

 

La Grande Distribution est une énorme “pompe à cash”. Constituant un de ses pôles de profit essentiels. Forte de cette trésorerie, elle est devenue un gigantesque établissement financier, dont elle sous-traite les opérations aux organismes traditionnels. Elle obtient, de ce fait, des privilèges dont le client lambda d’une banque n’a aucune idée.

 

Dans le “cash management”, on joue beaucoup sur les “dates de valeur” permettant d’établir les “échelles d’intérêts”. Autrement dit, de calculer les périodes de découvert ou de crédit. Ainsi, un chèque “hors place” (tiré par le client sur l’agence bancaire d’une autre ville) ne sera pas crédité en date effective de “valeur”, comme pour le commun des mortels, huit jours, voire plus, mais le jour même de sa remise à la banque. Le cash déposé n’est pas crédité “valeur lendemain” de sa remise, comme sur votre relevé de compte. Mais, le jour même. J’ai même vu des comptes bancaires de la Grande Distribution crédités “valeur veille”. C’est-à-dire 24 h plus tôt que la remise effective des espèces. Pas mal, non ?...

 

Normal que les banques soient à le recherche de ce “cash”, et que les financiers le fassent fructifier. Mais, on en arrive, par dérives successives, à des dévoiements certains, par rapport au déposant ordinaire ou à la petite entreprise, qui ne seront pas traités dans l’égalité.

 

Plus grave encore est le surendettement des ménages encouragé par la grande distribution. Attirant le chaland avec des “crédits gratuits” qui sont des produit d’appel trompeurs puisque, dès la première défaillance, il seront matraqués en agios, intérêts, pénalités de retard qui atteignent des montant usuraires…

 


=> Une nouvelle forme d'esclavage


Les prix imposés par la Grande Distribution, dans l'alimentaire en particulier, provoquent une nouvelle forme d'esclavage. Habituellement, elle traite avec un grossiste et peut donc "jouer à l'innocent". Recevant produits et factures, en bonne et due forme. Point final, quant à sa responsabilité... Souvent, le grossiste, le sous-traitant, en fait un intermédiaire, "s'arrange" pour arrondir sa marge avec une nouvelle génération de "négriers". Exploitant des ouvriers agricoles, par exemple, dans l'indignité totale.


Ainsi, récemment dans le sud de la France, des ouvriers agricoles laotiens employés au ramassage des courgettes, vivant sous une toile en plastique en lisière d’un bois, sans aucune condition d’hygiène, en esclaves, sans aucun droit.

 

En Grande-Bretagne, dernièrement, il y a eu le cas d’ouvriers polonais traités en esclaves, bien que leur pays soit “intégré” à l’Union Européenne. Dans ce cas précis, c’était un sous-traitant de la chaîne Marks & Spencer, pour le conditionnement de la viande rouge, dans le sud du Pays de Galles, imposant des conditions épouvantables d’exploitation (14).

 

Ces cas sont nombreux et, la plupart, dissimulés aux yeux du public ou de l’opinion. Quel média, là encore, oserait pratiquer du “journalisme d’investigation” et enfoncer le clou ?... Liberté d’expression…

 
 
 

=>  La destruction du lien social : désertification et environnement

 

Avez-vous feuilleté les belles plaquettes publicitaires de la Grande Distribution sur sa contribution au “Développement Durable” ?...  La grande tarte à la crème de la profession… Quel développement durable ?... Alors que c’est le secteur d’activité qui aura le plus contribué à la désertification, à la dévitalisation de quartiers et de villages entiers !...

Dépossédés de leurs petits commerces, des villageois sont obligés de prendre une voiture pour aller faire leurs courses à une dizaine de kilomètres. La Grande Surface ayant tué toutes les activités commerciales qui donnaient vie à leur village. L’utilisation de la voiture accroissant la pollution…


Que dire de ces personnes âgées, contraintes de “ migrer” dans une maison de retraite, ne pouvant plus conduire ?... Alors qu’elles auraient pu et voulu rester dans leur village, rester actives, continuer à faire leurs courses, échanger avec les commerçants, avoir une vie sociale… 

 
 
 
 
3.  Les contre-mesures
 
Solution ?...
 
Elémentaire, mon cher Watson !... Ou, mon cher Attali …
 

Appliquer les règles de base de la libre concurrence. Il ne s’agit pas de supprimer le supermarché ou l’hypermarché. Non. Mais, de rétablir la libre concurrence en brisant monopoles ou oligopoles. Aucune chaîne de supermarché, ou de centrales d’achat, ne devrait excéder, en parts de marché : 5%. Et ceci, dans le cadre d’une réglementation tant européenne qu’internationale.

 

Avec une supervision, sans faille, d’un organisme de régulation ayant les moyens d'appliquer cette discipline, avec la rigueur et l’honnêteté nécessaires…

 
Utopique ?... Mais, qui se targue de réformer le pays ?...
 

Les membres d’une collectivité, les citoyens d’une nation, ne sont pas un troupeau de moutons à la disposition exclusive d’une oligarchie, avec les politiciens à sa botte, vivant grassement du privilège de lui tondre la laine sur le dos, à longueur d’année…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

(1)  Propos de Raffarin, entendus de mes propres oreilles, à l’égard du soutien aveugle d’Attali au lobby de la Grande Distribution, dans son fameux rapport. La fable de la paille et de la poutre, une fois encore, à l’œuvre…
(2) Charié, Jean-Paul, Pour une libre concurrence à dimension humaine. Redéfinir les règles de la loyauté, rapport à l’Assemblée nationale, no 2187, 27 juillet 1995, et Un enjeu de société : vers une concurrence libre et loyale, rapport no 836 du 9 décembre 1993. In Jacquiau Christian, Op. Cit.
(3)  Le Déaut, Jean-Yves, Rapport sur l’évolution de la Distribution : de la coopération à la domination commerciale, rapport à l’Assemblée nationale, no 2072, 11 janvier 2000.
(4) Moati, Philippe, L’avenir de la Grande Distribution, Editions Odile Jacob, Paris, Mars 2001.

(5) Jacquiau, Christian, Les coulisses de la Grande Distribution, Albin Michel, Mars 2000.
(6)  Knapton, Sarah, Shops get protection against supermarkets giants, The Guardian, vendredi 15 février 2008
(7) “The recommendations follow a two year inquiry… Figures suggest the supermarket’s stranglehold has killed off thousands of smaller rivals. The four supermarkets have a 75 % market share”. In Sarah Knapton, Op. Cit.
(8)   Producteurs étranglés, consommateurs abusés – Racket dans la grande distribution « à la française ». Op. Cit.
(9)   Carrefour lourdement sanctionné pour entente sur les prix des jouets, Le Monde, 21 décembre 2007.
(10)  Walsh, Fioana, OFT (Office of Fair Trading) hands out £ 116 m fines for milk price fixing, The Guardian, vendredi 7 décembre 2007.
(11) Courage, Sylvain, La vérité sur Carrefour – L’épicier planétaire, Editions Assouline. P. 74.

(12) Courage, Sylvain, p. 77, Op. Cit.
(13)   Jacquiau, Christian, in Producteurs étranglés, consommateurs abusés – Racket dans la grande distribution, Op. Cit.
(14)    Taylor, Matthew, Union challenges M&S on migrant workers, The Guardian, jeudi 13 décembre 2007.

 
 
 
 
 
 
Crédit Photo : Yan LF
 
 
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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 23:59

 


Rafael Correa, dès son élection (1), a décidé de diminuer sa rémunération de Président de la République, par deux. Estimant indécent, l’écart entre les revenus de cette fonction, directs et indirects, avec leurs privilèges annexes, et ceux du citoyen moyen. Fonction, qu’il estime comme devant être vécue, avant tout, sous forme d’un sacerdoce et non pas d’un "fromage" lucratif pour lui, sa famille, ou son clan. Il a, d’ailleurs, étendu cette mesure à tous les titulaires de postes gouvernementaux.

 

Nous sommes à des milliers de kilomètres de l’Europe, il est vrai. A Quito, capitale de l’Equateur. Sur une autre planète…

 

 

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En France, une des premières mesures du nouveau Président de la République, lors de sa prise de fonction, a été d’augmenter ses revenus de 140 %. Parallèlement, pour témoigner sa reconnaissance à l’égard des sponsors qui l’ont soutenu pendant sa campagne électorale, il a accordé à la catégorie des revenus les plus élevés, c’est-à-dire aux plus riches de la population, des "cadeaux fiscaux".

 

La propagande est arrivée, difficilement, à minimiser leur total à une quinzaine de milliards d’euros. En fait, c’est, au minimum, du triple de ce montant dont il s’agit. Au moment, où, ne cessent de nous répéter les politiciens et leurs organes de propagande, des efforts sont "indispensables" pour relancer la croissance…

 

Nous sommes dans la symbolique rayonnante d’un régime ploutocratique.


A l’exemple de ce qui se passe dans les autres pays occidentaux, européens notamment. Triomphe du "Libéralisme Economique", dont on sait qu’il n’est que l’habillage idéologique du "Capitalisme Sauvage", le plus brutal.


Pour la France, ce modèle économique et social va être imposé avec détermination par la caste au pouvoir. Il est devenu européen, ne l’oublions pas. Organisé, coordonné, cautionné par les oligarchies dirigeant l’Union Européenne.

 

Les grèves et manifestations massives, réactions et sursauts démocratiques salutaires, n’y pourront rien. Le cynisme des nantis n’a plus de bornes. Les fondements mêmes du contrat social de notre République vont être dynamités : Liberté, Egalité, Fraternité.


Ce sont ces trois piliers dont je veux évoquer la disparition. En les prenant dans le sens inverse de leur invocation illusoire, pour terminer par la Liberté. Notre bien le plus précieux.

 

 
Le dynamitage de la Fraternité ou de la Solidarité

 

Les "régimes spéciaux" de retraite de certaines catégories de salariés, mis en place essentiellement au lendemain de la deuxième guerre mondiale, ont été diabolisés par le pouvoir. Présentés comme une injustice, à l’égard des autres français qui n’en bénéficient pas.

 

Or, ces régimes de retraite ne sont que la base sur laquelle devaient et devraient être alignés les régimes de retraites de tous les français. Loin d’être une injustice, c’est un minimum à atteindre, dans un des pays les plus riches du monde qu’est la France. Dont la richesse n’a cessé de progresser depuis 1945 et sa reconstruction.


La retraite devrait être l’exemple même du fonctionnement de la solidarité, et de la redistribution des richesses acquises par l’ensemble de la communauté.

 

Mais, le modèle de société en cours de constitution est tout autre : une ploutocratie, assemblée de riches super privilégiés, régnant sur une communauté de moutons de Panurge. Panurge étant, ici, l’appareil médiatique. Ayant comme mécanisme fondateur de l’exploitation : "le travail", considéré comme une vulgaire matière première.


Seuls étant valorisés, protégés, honorés, le capital et la spéculation.

 

On a pu mesurer, pourtant, l’importance de ce travail. Une ville peut être paralysée, un pays ne plus fonctionner, si des travailleurs se mettent en grève. Alors que les actionnaires et les PDG, hyper gavés de rentes, pourraient faire grève, rester sous leurs couettes, sans que la collectivité n’en ressente les moindres effets...


Preuve d’un profond dysfonctionnement dans l’appréciation et la rémunération du travail par rapport au capital, et à son importance fondamentale pour une société.

 

Derrière cette violente attaque contre les régimes de retraite s’activent des intérêts de lobbies extrêmement puissants. Ceux des milieux financiers, comme toujours. Sociétés d’assurances, tout spécialement. Avec pour autre cible prioritaire : la Sécurité Sociale.


Objectif : leur privatisation, à l’exemple du modèle américain. On sait de quoi il retourne. Aux USA, ceux qui peuvent se payer retraite et protection sociale sont les hauts revenus et les riches. Les autres, marginalisés, restant à leur place : "en bas".

 

Forts de leur puissance, ces milieux prédateurs ne s’en cachent même pas. Une illustration de ce travail acharné de sape : parmi les membres les plus fanatiques de ces lobbies figure Denis Kessler. Il dirige la SCOR, compagnie de réassurance, après avoir été un dirigeant du groupe Axa, le président de la Fédération française de sociétés d’assurances (FFSA), et le vice-président du Medef aux côtés d’Ernest-Antoine Sellières,

 

Ce fondamentaliste du capitalisme sauvage, s’était fait remarquer pour ses interventions répétées, en tant que président de la FFSA  "... afin de mettre fin au secret médical en réclamant d’avoir accès aux données privées transmises dans les feuilles de soins électroniques (FSE)" (2). Permettant, ainsi, un tri entre les malades potentiellement rentables et les autres. A l’exemple de la pratique des compagnies d’assurances américaines.

 

N’hésitant pas à dire et écrire clairement, ceux que d’autres pensent :

"La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance !" (3).


Restons lucides, cet intégriste du Libéralisme Economique, n’est que la partie visible de l’iceberg. A sa suite, ce sont de gros moyens pour casser le système social de notre pays.


La présidente du Medef, Laurence Parisot, enfonce le clou. Il y a deux jours, elle envisage avec son  organisation de remettre en cause un des droits les plus difficilement acquis, la "durée légale du travail" :

"Je me demande s'il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail … Tout le monde voit bien que le mécanisme des heures supplémentaires n'est pas suffisant… Je sais autour de quoi certains ministres réfléchissent depuis quelque temps et la question de la durée du travail est un axe de réflexion" (4).


Ces propos confirment ce qu’un ancien inspecteur du travail, Richard Abauzit, a recensé en termes de destruction méthodique, systématique du droit du travail et des acquis sociaux. L’étude qu’il a réalisée, à titre personnel, circule. Il convient de la lire et de la distribuer autour de soi, pour prendre la mesure des conséquences qui se profilent :

"Nous sommes en train de perdre une à une, dans le plus grand secret, toutes les protections contre les abus de pouvoir que nos grands-parents ont fait inscrire depuis un siècle dans le droit du travail" (5).


Lui, parle d’une "démolition accélérée" et de "casse" …

 

Arrêtons avec les faux problèmes créés par l’oligarchie : les retraites et la sécurité sociale trouveraient facilement leur complément financier, et même au-delà, en taxant tous les revenus des "capitaux spéculatifs" à hauteur de 50 %. Moitié pour le financement du système de protection sociale et des retraites, et moitié pour le spéculateur.


Etant entendu qu’un capital spéculatif est celui qui est investi à moins d’un an dans des opérations financières non liées à son activité d’origine, ou à plus d’un an, non lié à des opérations industrielles et commerciales. Telles que les constitutions de réserves foncières ou autres…


Voilà un axe de réflexion sur lequel Laurence Parisot devrait se pencher…

 



Le démantèlement de l’Egalité

 

Le cynisme de tous ces nantis soutient que pour "stimuler la croissance", l’Etat doit réaliser des économies.  Non pas : "l’Etat doit améliorer ses rentrées fiscales", et "assurer la redistribution des revenus de la collectivité".


Cette politique antisociale a pour conséquence de mettre fin au principe républicain de l’Egalité. En réalité, l’idéologie d’une ploutocratie ne peut accepter de cohabiter avec la conception d’une société fondée sur la "redistribution".


Son obsession : ne pas payer d’impôt !...

 

Ce concept a été étendu à l’entreprise. Ce sont, donc, de multiples avantages, exonérations et autres cadeaux, planifiés en faveur des entreprises. Pour tromper les citoyens, ce sont les termes fumeux de "stimuler la croissance", en faveur des "entreprises", sans cesse évoqués, en boucle, la main sur le coeur. Un disque rayé…

 

Car, sous le vocable trompeur de "stimuler la croissance", deux "perspectives" sont passées sous silence :

 

i)  ce sont des cadeaux fiscaux en faveur des "actionnaires" des entreprises, et non pas des salariés,

 

ii) ce sont des cadeaux fiscaux destinés, en priorité, aux "grands groupes" et autres "sociétés multinationales" à capitaux français.

 

Ne nous laissons pas abuser, par "entreprises", dans la sémantique des politiciens et de la propagande, il s’agit bien des grands groupes, de la catégorie des sociétés multinationales : grande distribution, banques, compagnies d’assurances, et autres marchands de béton et de canons.


Ceux qui ne créent aucun emploi.


Ce raisonnement se fonde sur le mythe de "moderniser" la société afin de "sortir" de la crise économique, "d’augmenter réellement et durablement la croissance". Et autres tartes à la crème…

 

Lorsque j’entends ces fariboles, le premier baromètre économique que je consulte est celui de l’industrie dite de "luxe". Car, qui dit difficulté économique ou crise économique, l’est pour toutes les catégories sociales. S’il y a en a qui y échappent, c’est que nous ne sommes pas dans le cadre d’une crise, mais dans celui d’un dysfonctionnement, d’une distorsion : l’absence de mécanisme de redistribution de la richesse nationale. L’absence d’Egalité…

 

Attention : l’industrie du "luxe" est  un secteur économique très segmenté. Il y a luxe et luxe. Ne pensons pas aux parfums, maroquineries, fanfreluches et autres breloques ostentatoires qui donnent lieu, avec raison, à toutes les imitations possibles. Là, nous ne sommes que dans l’arnaque du "paraître".

 

Il y a un segment bien plus sérieux et consistant, sur lequel je focalise mon attention : "la construction des yachts de luxe". Un monde ultra discret, uniquement pour gens fortunés, avec ses réseaux, médias et foires spécialisées, sans publicité tapageuse affichée sur les abribus ou magazines pour salles d’attente.

 

Un monde que les analystes et autres pseudo journalistes "économiques" n’abordent jamais. Leurs patrons n’apprécieraient pas, se sentant visés…


Tous les bateaux supérieurs à 80 pieds (6). Pas ceux que vous voyez habituellement dans nos sympathiques ports de plaisance. Non, ceux-là, beaucoup plus volumineux, sont enregistrés dans des paradis fiscaux, aux Bahamas et autres lieux exotiques. Ces palais de luxe flottants, achetés par les riches actionnaires des multinationales, sur lesquels se prélassent les penseurs et artisans des politiques antisociales.

 

Tenez, pour vous changer les idées, visitez un de ces bateaux de luxe, bourrés de marbre et de bois précieux : Le Capri. Construit par les célèbres chantiers Lürssen de Brême (7). C’est un 192 pieds. Son réservoir contient 150 000 litres de carburant. Réchauffement climatique ? C’est quoi ça ?...

 

Figurez-vous que le marché de la construction des bateaux de luxe privés n’a jamais été aussi florissant. Toutes les études de marchés font ressortir une progression moyenne de 20 % par an. Tous les chantiers spécialisés, en Europe tout particulièrement, croulent sous les commandes, avec des bateaux de plus en plus luxueux, de plus en plus gros, et, corrélativement de plus en plus chers.


Les français sont de gros acheteurs. Par discrétion, un des français les plus riches fait construire le sien à Taiwan. Un autre, en Nouvelle Zélande. Ah !... La discrétion…

 

Promenez vous sur les sites des chantiers navals italiens, qui détiennent 35 % environ du marché mondial : Feretti, Cantieri di Pisa, Benetti, Sanlorenzo


Je ne vous parle pas des coûts de fonctionnement avec équipage, ni des coûts de maintenance annuels, pour ne pas vous encombrer. Ajoutons que ces jouets de luxe ne naviguent, avec leurs propriétaires prédateurs, que quelques semaines par an, dans le meilleur des cas.

 

Apparemment, les fortunes privées qui achètent ces objets précieux n’éprouvent aucune difficulté quant à la "croissance réelle et durable" de leurs revenus, pour reprendre les expressions alambiquées de Laurence Parisot…

 

Toujours plus, pour les uns, et toujours moins, pour les autres. Telle est la finalité du démantèlement de cet idéal républicain qu’est l’Egalité.


Nous évoluons intellectuellement, et en termes de valeurs, comme sous la monarchie de Charles X, qui prétendait remettre en cause les acquis de la Révolution...

 

 

 

L’étouffement de La Liberté

 

"Serf" en temps de paix, "Chair à canon" en temps de guerre…  C’est ainsi que les castes au pouvoir ont toujours considéré "Le Peuple". A moins que celui-ci ne sache se lever, et se faire entendre.

 

Charles X et les milieux prédateurs de l’époque, représentés par le puissant ministre et prince de Polignac, voulaient supprimer les acquis de la Révolution. Provoquant trois jours de révolte. Les "trois glorieuses" : 27, 28 et 29 juillet 1830. Qui renversèrent définitivement les Bourbons.

 

C’est le sujet du tableau d’Eugène Delacroix, que j’ai mis en illustration : La Liberté guidant Le Peuple. Sur les barricades se retrouvent toutes les composantes du peuple français, autour de la Liberté : le bourgeois ou l’artisan avec son haut de forme, l’ouvrier avec son béret et sa chemise, la jeunesse avec un gavroche armé… Luttant contre l’armée qui, au lieu de défendre le pays, agissait comme la milice en uniforme d’un régime détesté.

 

Je le dédie à tous les grévistes qui, sous les diffamations quotidiennes des médias de la propagande, ont eu le courage de faire grève. Accusés, à longueur de journée, de "prendre en otage" les "usagers"...

 

En cela, ils ont défendu ce droit démocratique élémentaire qu’est la grève. Ils ont surtout lutté pour défendre les valeurs d’une société, où le travail doit avoir sa juste considération fondée sur le partage de la richesse nationale.


Tout aussi fondamentalement, ils ont défendu une liberté d’expression dont les médias ne sont plus capables. Lâcheté, hypocrisie, mensonge


L’abjection. Les "grands médias" ne sont qu’un outil de propagande privatisé, au service de la ploutocratie leur maître, contribuant à l’étouffement de toutes les libertés.

 

Courage d’autant plus méritoire des grévistes que leurs propres dirigeants syndicaux, pour la plupart, ne sont entrés dans cette grève, traînant des pieds, qu’à reculons. Leur attitude me faisant penser à celle des dirigeants syndicaux du chef d’œuvre d’Elia Kazan Sur les Quais, avec Marlon Brando (8).

 

Bravo aux grévistes et au courage dont ils ont fait preuve.


Comme toujours, c’est une minorité qui agit pour le bien d’une majorité, paralysée par la peur et la veulerie.


Ces grévistes sont le levain qui fait lever la pâte molle d’une nation…

 

 

 

 


 

 

1)  Elu à la Présidence de l’Equateur, le 26 novembre 2006, avec plus de 57 % des voix.
2)  Il a, pour cet intense travail de lobby, obtenu le prix Orwell 2003.
Cérémonie pastiche, organisée par l'ONG britannique Privacy International, visant à dénoncer les atteintes à la vie privée.
3)  Kessler, Denis, Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !, Magazine Challenges. 4 octobre 2007.
4)  Le Medef suggère de supprimer la durée légale du travail, Le Monde, 21 novembre 2007.

5)  Abauzit, Richard,
Casse Du Code Du Travail, La Fin Du Boulot.
6)  Le "nautical foot" (feet au pluriel), le pied nautique, en terme de mesure, en usage dans la construction navale internationale, représente 30,48 cm. Ainsi, quand on parle d’un 80 pieds ou feet, cela équivaut à 24,38 mètres (80 x 30,48).
7)  Chantiers Lürssen Werft GmbH & Co, www.lurssen.com
8)  Sur les Quais, On The Waterfront en anglais, chef d’œuvre classé à la huitième place du Top 100 de l'American Film Institute, avec un des plus beaux rôles de Marlon Brando. Les relations troubles entre responsables syndicaux des dockers, mafia et armateurs du port de New York, constituent la toile de fond de ce film.



Illustration : Tableau de Delacroix : La Liberté guidant Le Peuple.

 


 

 

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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 20:26
 
Naomi Klein : "The Shock Doctrine"…
 

jacket-uk.jpgLa publication française de livres (1), remettant en cause ce qu’on nous présente comme l’aboutissement de la pensée et de l’organisation humaines : le Libéralisme Economique, est quasiment désertique, quand on la compare aux vagues produites dans le monde anglo-saxon. Malgré la censure, ou l’hostilité, des médias dominants.
 
Ainsi, tout récemment, l’ouvrage de Naomi Klein, qui s’annonce comme un best seller : The Shock Doctrine - The Rise of Disaster Capitalism. Il est sorti en librairie, en septembre (2), la version française étant prévue pour le printemps prochain.
 
Journaliste canadienne, intellectuelle engagée dans les débats de notre temps, Naomi Klein, est déjà connue, en France, par le succès de son livre No Logo (3). Elle y mettait en cause l’abus des marques contrôlant les marchés et la distribution. Résultat d’une stratégie des multinationales, multipliant les délocalisations, les fusions d’entreprises, pour se focaliser sur le marketing et, donc, les marques. Ces délocalisations conduisant à des licenciements massifs dans les pays occidentaux d’origine et, parallèlement, à l’exploitation des sous-traitants et de leurs personnels dans les pays émergents.
 
Par le jeu des concentrations, ces groupes, plus financiers qu’industriels, enferment les consommateurs dans un choix de marques qui sont toutes conçues et gérées par le même oligopole. Le point fondamental de No Logo portait sur le mythe de la libre concurrence. Mythe, ou imposture devrait-on dire, puisqu’il s’agit d’un vaste réseau d’ententes, de partages de monopoles, organisés par le Big Business. La libre concurrence étant réduite au niveau de la sous-traitance, du petit commerce "survivant", et du salariat…
 
Refusant de se considérer comme une spécialiste en économie (4), Naomi Klein n’en est pas moins une des meilleures. Les trucs et astuces du Big Business, son bla-bla-bla, elle les connaît comme le fond de sa poche. Ses attaques portent sur le point faible de l’idéologie du Libéralisme Economique : l’écart entre le discours idéalisé et l’injustice de sa réalité. Cette idéologie, elle la combat avec de solides références et de minutieuses recherches. Ses positions, ses remises en cause antilibérales provoquent, en conséquence, la fureur. C’est, actuellement, la militante antilibérale la plus compétente, sur le plan économique.


Naomi-Klein.jpg  

Signe qu’elle dérange : elle est régulièrement agressée par les organes de propagande les plus puissants de cette idéologie. Le meilleur baromètre, c’est l’hebdomadaire britannique The Economist. Représentant, le plus talentueux sur le plan mondial, de "l’Intégrisme Libéral". En général, les campagnes, thèmes et articles de cet hebdomadaire sont repris, dans notre pays, par nos "journalistes économistes", quasi à l’identique, la semaine qui suit leur publication…
 
La rigueur et la pertinence de son travail, de sa méthodologie, de ses recherches, de ses références et de ses critiques, étant difficiles à contester, The Economist (5) en est réduit à traiter Naomi Klein "d’adolescente en colère". Elle a 37 ans… Une telle diffamation, venant de ces milieux fanatiques, constitue le meilleur label de qualité de son travail.
 
Avec The Shock Doctrine – The Rise of Disaster Capitalism, elle fait encore plus fort. Du béton ! Livre de 600 pages, extrêmement bien documenté. Adossé à un travail d’équipe de haut niveau, ainsi qu’en témoigne ses "acknowledgments" ou "remerciements", en fin d’ouvrage. Avant même sa distribution publique, il a fait l’objet d’un site de discussions hébergé sur celui du quotidien britannique The Guardian. Ainsi que d’un court-métrage (6) présentant le thème central du livre.
 
Spectaculaire dynamitage du mythe du Libéralisme Economique, qui serait la conjonction, d’après la propagande officielle, d’une "volonté collective" partagée et d’une "évolution naturelle", fondées sur la libre expression démocratique !... 
 
Alors qu’en réalité, ce n’est que la résurgence, méthodique, implacable, hyper violente, depuis une cinquantaine d’années, d’un des plus anciens régimes de l’histoire humaine : la ploutocratie. Le gouvernement, la dictature le plus souvent, des riches pour les riches. Même en Occident, dont les simulacres d’élections limitent le choix du citoyen aux représentants cooptés par les riches. Riches, dont la richesse ne cesse de croître. De façon exponentielle (7).
 
Rien de nouveau, à priori, dira-t-on.
 
Erreur : la nouveauté c’est l’approche analytique. La dénonciation d’une idéologie remise à niveau, actualisée, renforcée, depuis les années 50, du fait des nouvelles connaissances acquises dans d’autres disciplines, notamment la psychiatrie, la psychologie, ou la sociologie.
 
Avec une efficacité démultipliée par le développement des industries de "haute technologie" appliquées à la répression et la coercition : écoutes téléphoniques, fichages informatisés dans des bases de données occultes, armements sophistiqués des forces dites de "sécurité intérieure", en particulier. Avec leurs budgets colossaux qui ne connaissent, évidemment, jamais les "trous" de la sécu ou des régimes de retraite…
 
Milton Friedman et les théoriciens de l’Ecole de Chicago, méticuleusement stigmatisés par Naomi Klein, sont les principaux artisans de la rénovation de l’idéologie « Libérale ». Préconisant, tout spécialement, le démantèlement des systèmes de protection sociale, avec le retour au capitalisme sauvage du début du XIX° siècle. Seul garant, à leurs yeux, de la valorisation du mérite individuel. Clef de la réussite et du développement économique, même si ce ne sont que les plus forts qui en profitent.
 
C’est la ploutocratie triomphante qui, en France, s’assume actuellement sous l’arrogance du slogan : "Droite Décomplexée"…
 
Seul problème : les opinions publiques. Elles n’admettraient pas ce régime imposé aussi cyniquement. Le Libéralisme Economique, sous sa forme prédatrice, ne peut s’installer et durer que par l’affaiblissement ou la régression de la résistance des citoyens face à l’injustice. Toutefois, une opinion publique "ça se travaille", vous diront "experts en communication" et "politiciens" de tous bords. Le moteur de l’application de cette idéologie est tout trouvé : le « Choc Thérapeutique ». Suivant le postulat de Milton Friedman: "Seule une crise, réelle ou supposée, peut produire un véritable changement" (8).
 
L’analyse de cette doctrine, fondée sur le "Choc Thérapeutique", ses implications, ses dérives, ses horreurs, est au cœur du livre de Naomi Klein. Guerres ou perspectives de guerre, attentats, cataclysmes, culte des peurs et des racismes, toutes les crises, permettant la régression du réflexe citoyen, sont une avancée dans le renforcement de la dictature ploutocratique.
 
Avec leurs déclinaisons du conditionnement humain, permettant l’acceptation de l’inacceptable, à partir de nouvelles techniques mises au point dans la deuxième partie du XX° siècle : électrochocs, tortures adaptées aux résistances physiques et psychologiques individuelles, propagandes modulées suivant les niveaux d’alphabétisation ou de connaissance collectives, désinformations fondées sur les pulsions ou peurs des foules, etc. La palette, entre violence directe ou aseptisée, variant suivant le niveau de l’organisation sociale et culturelle des pays concernés.
 
Car, Naomi Klein nous entraîne dans un tour du monde de l’imposition par la force, la violence, la contrainte, de ce capitalisme sauvage, à l’issue de crises, catastrophes, dangers réels, suscités ou supposés. Israël, Irak, Pologne, Russie d’Eltsine, Asie du tsunami… Grande-Bretagne de Thatcher, qui a démantelé les puissants syndicats des mineurs, des cheminots, dans le sillage de l’union sacrée autour de la guerre des Malouines. USA de l’ouragan Katrina, balayant les logements sociaux et autres pôles de solidarité, assurant la fortune des spéculateurs immobiliers…
 
Un des chapitres les plus "tristes", est celui concernant l’Afrique du sud, décrivant les lendemains de la libération de Mandela (10). Tous les compagnons de lutte, obligés de plier devant Big Business, avec, parmi les plus actifs dans cette reddition, son successeur Thabo Mbeki. Acceptant de ne pas mettre à exécution le programme économique et social promis aux militants, pendant la lutte contre l’apartheid. Celui de la redistribution des revenus et des richesses du pays. L’Afrique du sud étant aujourd’hui un des pays les plus riches du monde, où la pauvreté de la majorité de la population est immense. Avec une des polices les plus férocement organisées, dotée des mêmes méthodes et encadrement que durant l’apartheid…
 
L’Amérique Latine, bien sûr. Le Chili de Pinochet, évidemment… Je partage entièrement son analyse du pillage de l’Amérique Latine, réduite en esclavage pendant cinq siècles. Son calvaire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Cette succession de dictatures parmi les plus sanguinaires qu’on puisse imaginer, soutenues, armées par l’Occident.
 
La lutte contre le communisme servant de paravent, pendant la "Guerre Froide". Ce qui permettait aux dictateurs argentins, l’Amiral Massera par exemple (9), d’affirmer que la suppression des libertés était une nécessité imposée par : “… une guerre pour la liberté et contre la tyrannie… une guerre contre des nihilistes, contre des agents de la destruction dont le seul objectif est la destruction en elle-même, bien qu’ils dissimulent cela sous couvert de luttes sociales".
 
Habillage de propagande qui sera repris pour couvrir toutes les exactions en Indonésie. Avec plus de 500.000 morts et disparus. Ou, en Iran, sous la dictature du Shah protégé par les occidentaux. Des disparitions, tortures, innommables. Des dizaines de milliers de morts…
 
Argumentaire similaire et actuel, sous couvert de la "Lutte contre le Terrorisme"… En Occident ou ailleurs. Justifiant l’encadrement et l’étouffement de toutes revendications sociales, de toutes contestations sur les orientations de nos sociétés, non approuvées par les grands prêtres du "Libéralisme Economique". Comme, par exemple, celles portant sur la culture des OGM en plein air, violemment réprimées par les forces de l’ordre et la justice, au service des lobbies. Tant et si bien que la contestation de cette pratique dangereuse pour la santé et l’alimentation dans les pays dits "démocratiques" est, progressivement, considérée comme une forme de terrorisme : le "terrorisme vert" !…
 
A la fin de la lecture, on se retient de crier : « Arrêtons çà ! ». Et, c’est le seul regret que je formulerai, quant à la conclusion de The Shock Doctrine : l’absence de pistes de réflexion pour en terminer avec les ravages d’une telle idéologie.
 
C’est un autre débat, il est vrai. Un prochain livre, peut-être. Ancré, probablement, sur les travaux passionnants de toute une série de chercheurs qui imaginent d’autres modèles de sociétés humaines. Différentes de celles que nous avons connues jusqu’à présent. Capitalisme ou Libéralisme Economique dans sa présentation actuelle, communisme, sous leurs différentes formes n’étant que des échecs, incapables d’apporter un sens, des valeurs et la justice au quotidien.
 
Ce sont des penseurs, à la croisée de l’économie et de la philosophie politique qui ont clairement établi que le développement économique n’en est pas un lorsqu’il développe la pauvreté, et pas simplement la pauvreté matérielle, tel Amartya Sen. Que le développement économique n’a aucune légitimité lorsqu’il est confisqué par une oligarchie, oubliant que la justice est le fondement d’une démocratie, tel John Rawls.
 
Travaux et recherches continuent. Ce qui est sûr, c’est qu’il devient urgent de rétablir et d’élargir les libertés publiques, et, en interaction, de mettre l’économie, la richesse collective en fait, hors de portée des "prédateurs-spéculateurs" pour que les citoyens en gardent le contrôle. Beaucoup d’efforts et de luttes, devant nous, afin d’enrayer la course de nos sociétés vers un régime politique totalitaire. Ce "Libéralisme" fondé sur le culte de la loi du plus fort et de l’argent-roi, au service d’une caste privilégiée.
 
Mais, au-delà de cette critique, l’ouvrage de Naomi Klein est une contribution indispensable à la remise en cause des dérives de la gestion économique et sociale de nos sociétés. Lecture d’autant plus nécessaire, qu’on assiste à un renforcement, en France, des mesures visant au démantèlement de tous les avantages sociaux, acquis après plusieurs siècles de luttes. Conjointement à l’octroi incessant de faveurs à l’égard de l’oligarchie.
 
Avec le support d’une propagande écrasante de culpabilisation, dans le genre : " les français ont peur de l’innovation, de la croissance, donc du Libéralisme Economique", ces" frileux", ces "paresseux", pour ne pas employer le mot en usage dans les salons, ces "idiots" (pour rester poli)...
 
Propagande parallèle à une volonté de supprimer tout ce qui serait assimilable à une mesure de régulation, de contrôle ou même de précaution, relevant du fonctionnement du système économique. C’est le : "Vive la diffusion et l’octroi du monopole des OGM aux mafias de l’Agrobusiness !", ou "Gloire à la multiplication des hypermarchés et des grandes surfaces !", ou encore…
 
Leur credo : "No limit"
 
Oui. The Shock Doctrine est un puissant antidote, face à la rhétorique (11) des fondamentalistes de la ploutocratie « Libérale » et de leurs propagandistes !...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(1)  Précisons que cela est dû davantage aux réticences des maisons d’édition qui savent que ce type d’ouvrages ne fera pas l’objet de "couvertures médiatiques", et donc peu de ventes, qu’à l’absence de talents ou de volontés chez des auteurs français.
(2)  Les éditeurs changent suivant les pays. L’édition que j’ai entre les mains est celle de Londres, sortie le 18 septembre dernier chez Penguin Books. On pourrait traduire le titre par : La Doctrine du Choc Thérapeutique  – L’Essor du Capitalisme fondé sur l’exploitation des catastrophes.  
(3)  Titre original : No Logo – Taking Aim at the Brand Bullies.
(4)   Elle a été invitée, entre autres universités, à donner des conférences sur la mondialisation dans la prestigieuse école où l’on enseigne l’Economie : la London School of Economics.
(5)  Exemple de mépris, dès le titre : "Why Naomi Klein needs to grow up", Pourquoi Naomi Klein a besoin de grandir, "The Economist", 7 Novembre, 2002.
(6)  Court-métrage d’Alfonso Cuarón et de Naomi Klein, dirigé par Jonás Cuarón. Sélectionné pour les Festivals de Venise et de Toronto.
(7)  Un exemple parmi une multitude : les salaires des dirigeants d’entreprises qui étaient en moyenne 43 fois celui des salariés en 1980, atteignent le multiple de 411 fois en 2005 (p. 444- Op. Cit.). Sans parler de la rémunération des capitaux spéculatifs (Bourse et autres rouages de l’économie-casino) ou les multiples (hors impôts) sont faramineux…
(8) Milton Friedman : "Only a crisis actual or perceived produces real change".
(9) “A war for freedom and against tyranny… A war against nihilists, against agents of destruction whose only objective is destruction itself, although they disguise this with social crusades”, p.96 – Op. Cit.
(10) “Democracy Born in Chains” – p. 194, Op. Cit.
(11) Exemple caricatural, en France : Premières Propositions sur le Pouvoir d’Achat – Commission pour la Libération de la Croissance Française – dite « Commission Attali » - 12 octobre 2007.
 
 
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