Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
chante la lutte des Peuples
contre la Prédation
 
 

Horizon...


Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 11:58

 

 

 

garbage-can.jpg

Emblématique !...

 

 

 

Document exceptionnel à regarder, sur le flagrant délit d’un des principaux “médias poubelles” ( trash medias, disent les anglophones...) pris les mains dans le bidonnage de la propagande raciste et islamophobe :

 

http://www.dailymotion.com/video/xf11j3_le-point-en-flagrant-delit-de-bidon_news

 

ou

 

http://dai.ly/bS0m6N

 

 

 

 

 

.
.
J'ajoute : Bravo pour ce jeune homme !  Qui, lui, s'est comporté en véritable "journaliste d'investigation"...
.
.



Partager cet article
Repost0
5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 17:14

 

 

 

Je dédie ce billet à la mémoire de Rachel Corrie.

 

 
 
« … Celui qui portera atteinte à un enfant … il serait mieux pour lui qu’on lui attache autour du cou une
meule de pierre et qu’on le jette dans la mer.
 »

Jésus – Evangile selon Saint Marc (9-42)
 
 
 
L’honneur d’un capitaine
 
Iman al-Hams avait 13 ans.
 
Portant son sac à dos, elle se dirigeait vers son école, où du moins le tas de ruine qui lui sert d’école. Comme chaque matin, obligée de passer non loin d’un de ces postes de contrôle de la soldatesque d’occupation, à Rafah. Implantés par dizaines avec leurs miradors, dans cet immense camp de concentration qu’est la bande de Gaza. Elle marchait, pressant le pas, à une centaine de mètres du fortin.
 
A son passage, des coups de feu claquent. Quelqu’un s’est amusé à faire un carton sur elle. Blessée, terrorisée, elle a eu l’énergie suffisante de vider son sac à dos pour prouver qu’elle n’était porteuse d’aucune bombe. Essayant de s’éloigner de la scène.
 
L’auteur des tirs : le capitaine “R”. (1)
 
Les troupes d’occupation prennent soin de dissimuler l’identité des auteurs de crimes contre l’humanité. L’impunité. Assumée par La Communauté Internationale
 
Ce capitaine est sorti du poste, lui a tiré deux balles dans la tête, à bout portant. Estimant cela insuffisant, après s’être retourné, il a vidé le reste de son chargeur.
 
Criblée de 17 balles.
 
Fier de son acte, disant à ses hommes :
« Tout ce qui est mobile, tout ce qui bouge dans cette zone, même un enfant de trois ans, doit être tué ». (2)
 
liban11-killed-girl.jpg
 
 
Mais, il y a eu de nombreux témoins. Ce cas est devenu un symbole aussi fort que celui de l’assassinat de Rachel Corrie, effectué lui aussi à Rafah. Un simulacre de justice a donc été organisé devant un tribunal militaire.
 
On a visionné les vidéos et écouté les enregistrements des communications échangées entre militaires. Dès le début, le capitaine "R" savait que c’était une enfant, terrorisée, d’après les commentaires des soudards placés sous ses ordres. Elle ne menaçait personne, ne commettait aucun forfait.
 
La jouissance de l’infanticide.
 
Le tribunal a blanchi ce capitaine. Confirmant qu’il n’avait pas fait un usage illégal de son arme, bla-bla-bla…
 
The Guardian a eu le courage de revenir sur les conclusions de ce procès, cette semaine. Car il témoigne de tout ce que subit la région, depuis des décennies : Liban, Palestine et Gaza, Irak, Afghanistan.
 
Mais pourquoi avoir adopté ce titre pour mon billet ?...
 
Cet infanticide, acte de barbarie, n'a rien à voir avec le judéo-christianisme. Ce rapprochement, cet amalgame, sont totalement stupides.
 
Je le concède.
 
Rien à voir avec la religion : ce n’est que l’expression, dans sa “violence extrême” de l’idéologie coloniale. Quel qu’en soit l’habillage sémantique : le droit de vie ou de mort exercé par le prédateur, le spoliateur, dont la légitimité, la bonne conscience dans le crime, n’ont pour fondement que la seule supériorité de la force armée. Le livre magistral d’Olivier Le Cour Grandmaison en décortique les fondements :
Coloniser – Exterminer – Sur la guerre et l’Etat Colonial. (3)
 
Souvenons-nous : Victor Hugo notant, au lendemain d’un dîner mondain, les atrocités de l’Armée d’Afrique, comme s’il s’agissait d’une chasse aux perdreaux :
« … Algérie, le général Flô me disait hier soir que, dans les razzias, il n’était pas rare de voir des soldats jeter à leurs camarades des enfants qu’ils recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes… » (4)
 
Ou encore les millions de morts et les atrocités des colonisations occidentales sur tous les continents : Afrique, Amérique du nord et du sud, Asie, Océanie - Pacifique… Ce n’est pas une logique religieuse qui en est la source. Mais, l’enrichissement facile d’une caste de privilégiés ou d’une mafia. Ce qui revient au même.
 
Vol, prédation, meurtre sont condamnés par toutes les religions. Certes, les religions, comme toute croyance et l’athéisme n’y échappe pas, servent d’habillage moral aux idéologies les plus dévastatrices. Ce qui est totalement différent.
 
J’ai effectivement repris une des techniques favorites de la désinformation, en miroir, sous forme du titre d’un texte publié par un “intellectuel musulman”, Abdennour Bidar, “professeur de philosophie”, paru dans le quotidien Le Monde du 30 août dernier (5) :
« La lapidation, "preuve extrême de la logique de violence de l'islam" »
 
Pour montrer l’impact, les ravages, la portée de cette lèpre intellectuelle : « l’amalgame ». Une des armes les plus efficaces de la désinformation.
 
« L’amalgame » : surtout ne pas établir de nuances entre un régime, un peuple, une religion. Se donner bonne conscience dans la diabolisation de “l’Autre”…
 
Car, il y a longtemps que je n’avais pas lu de texte, en français, aussi boursouflé d’inculture, d’ignorance, d’obscurantisme, d’imbécillité. “Extrême”…
 
En un mot, de : fanatisme.
 
Depuis les écrits islamophobes d’un autre “professeur de philosophie”, Redeker, décoré pour cet exploit de la légion d’honneur et recruté à grandes trompettes au CNRS...
 
Libre à cet "intellectuel musulman" de penser et d’exprimer son rejet de la religion musulmane, n’y voyant que “violence” dans ses fondements, ou ses "piliers" suivant l’expression consacrée : prières, pèlerinage à la Mecque, Ramadan ou carême. Il n’évoque pas les deux autres piliers : l’aumône de solidarité, la zakat, ni la profession de foi…
 
Mais se prétendre “intellectuel musulman” et procéder à « l’amalgame » entre lapidation et Islam. Alors qu’on sait, que cela est inexistant dans Le Coran… Dans le climat ambiant de “racisme d’Etat”, pour reprendre la formule de Michel Foucault, qui imprègne la France et l’Occident dans son ensemble, d’islamophobie délirante, il faut être d’une : totale malhonnêteté intellectuelle.
 
Au prétexte de s’insurger contre une condamnation à la lapidation, en Iran. Evidemment. Qui ne serait pas indigné ?...
 
J’ai découvert la lapidation dans un film poignant, tragique et, néanmoins, débordant de vitalité, Zorba le Grec. Magnifiquement interprété par Anthony Quinn et Irène Papas, dont l’action se passe dans l’île de Crète. En Europe, dans un des berceaux de la civilisation gréco-romaine, au 20° siècle... (6)
 
Scène terrifiante : Irène Papas y joue le rôle d’une veuve qui vit une passion pour un étranger et meurt lapidée par les villageois, hommes et femmes, tous chrétiens, pour ne pas avoir respecté les convenances sociales et les règles non écrites du clan…
 
Il ne viendrait pas à l’idée, une seule demi-seconde, de diaboliser le christianisme et son fondateur Jésus pour autant. Jésus ayant lui-même condamné la lapidation en usage dans les tribus juives, par son célèbre : « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ». (7)
 
De là, à diaboliser l’Islam qui considère Jésus (Aïssa) comme un des grands prophètes de La Révélation…
 
 Dr-Gilbert.jpg
.

 

Une louche pour un Secrétariat d’Etat
 
Je sais, nous savons, que l’islamophobie ouvre toutes les portes, à double battant : stations de radio, plateaux de télévision, maisons d’édition, presse et magazines. A la notoriété. Aux honneurs. Flatter le populisme, le racisme c’est le sésame de la gloire. En rajouter quelques louches dans la provocation peut même obtenir un strapontin dans un gouvernement : Secrétaire d’Etat…
 
A lire les commentaires des lecteurs à la suite de l’article, célébrant “le courage de cet intellectuel musulman”, on en resterait tétanisé si on n’était blindé contre la bêtise, la violence, la haine, populacières. Le défoulement orgiaque du piétinement de "l’Autre". Se croire supérieur, dans l’arrogance. Apaiser ses frustrations, des humiliations subies. Ah ! Si on pouvait revivre les ratonnades, les lynchages, impunis de nos aïeux…
 
Le degré zéro de l’intelligence.
 
Il ne s’agit pas dans ce billet de faire œuvre, en quelques lignes, de théologien ou d’historien des religions. Encore moins, l’apologie d’une religion ou d’un quelconque prosélytisme. Simplement, exercer son esprit critique dans le respect de la Connaissance ou du Savoir, de la Culture, de la Raison, de la Tolérance.
 
Dans le pamphlet provocateur d’Abdennour Bidar, nous retrouvons les trois tares, les trois dénis, qui plongent l’Occident dans la régression intellectuelle menant droit à l’obscurantisme :
 
1)  Déni de la réalité : l’hyperviolence de l’Occident
 
Un des thèmes majeurs de l’islamophobie est la prétendue “violence de l’Islam”. Mais prendre un atlas géographique, c’est constater que les bombardements, tueries, massacres, tortures, occupations, se déroulent en terre d’Islam. Au quotidien. Et, non pas le contraire.
 
Violence infligée par des forces armées occidentales, ou judéo-chrétiennes pour reprendre la typologie d’un Bidar. Et, non pas le contraire.
 
Des centaines de bases, navales, aériennes, terrestres, des milliers d’hommes, des milliers de mercenaires, implantés en Terre d’Islam. Des centaines de bateaux de guerre au large des côtes. Jusqu’à plus de quarante nationalités occidentales différentes en Irak ou en Afghanistan. Et, non pas le contraire.…
 
En fait, l’Islam a connu la violence des occupations occidentales depuis les croisades.
 
Il est frappant de constater que les musulmans ont laissé en terre d’Espagne des jardins et des palais magnifiques, des systèmes d’irrigation perfectionnés (la fameuse Huerta de Valencia et son Tribunal des Eaux), après avoir fondé parmi les premières universités européennes. La bibliothèque de Cordoue, au X° siècle, contenait 400.000 ouvrages. Alors que les occidentaux n’ont laissé, à la suite de quatre siècles d’occupation, dans les anciens royaumes francs de Palestine et de Syrie que des : châteaux forts…
 
Depuis le dépeçage de l’empire Ottoman à la suite de la première guerre mondiale, du fait de son alliance avec les Allemands, c’est encore pire. Tous les pays producteurs de pétrole et de gaz, au Moyen-Orient, ont été asservis par l’Occident. Au passage, les producteurs de pétrole musulmans en Asie (8) l’ont été aussi. Invasions, dictatures, autocraties policières, imposées via des monarchies d’opérette ou des républiques de marionnettes.
 
Imposant dans son emprise impériale une règle : si un pays devient trop puissant économiquement, ou manifeste des velléités d’indépendance, on l’étouffe. La ministre des affaires étrangères US, Madeleine Albright, n’avait pas hésité à justifier la mort de 500.000 enfants irakiens lors de l’embargo inhumain précédant l’invasion.
 
Ou, on le brise. En mille morceaux. Jusqu’à raser intégralement un pays sur fondement de mensonges, comme l’Irak. Avec 1,5 millions de morts, des millions de blessés et de traumatisés. De même pour l’Afghanistan.
 
Violences dont on n’entend jamais parler. Encore moins par “les intellectuels musulmansmédiatisés par notre appareil de propagande. Vous en avez-vu ou entendu un, un seul, s’insurger ?...
 
Gaza-Kid-inrubble.jpg
 
Pas plus que des atrocités en Palestine et du camp de concentration de Gaza, surnommé pudiquement par La Communauté Internationale : « blocus »… Destructions planifiées dont on menace l’Iran. D’où la nécessité de noircir ce pays à profusion, avant de le carboniser.
 
Le niveau de notre hyperviolence, prédations, spoliations, est tellement intolérable à l’intelligence, à quiconque possède un embryon de “valeurs”, qu’il est indispensable de le justifier en permanence. Ne serait-ce que pour soulager notre inconscient collectif. Notre propre lâcheté quotidienne. Car, ne pouvant dire que nous ne savons pas, nous en sommes réduits à « nier » cette violence. A nous mentir, à nous-mêmes.
 
La logique est toute trouvée : les “violents” ?... Ce n’est pas nous ! Ce sont les autres. !... On les pille, on les massacre s’ils résistent, parce qu’ils sont violents, fourbes et cruels. Intrinsèquement. Viscéralement. C’est leur religion qui les met dans cet état…
 
Nous, nous ne connaissons pas, n’exerçons jamais la violence : nous sommes des civilisateurs ! Nous propageons la civilisation, la démocratie, les droits de l’homme, les droits de l’animal.
 
Si nous tuons, torturons et occupons c’est parce que les barbares, sauvages, sous-développés, cannibales (grand cliché de nos expéditions coloniales en Océanie et en Nouvelle-Calédonie), ne comprennent pas les bienfaits que nous leur apportons.
 
Ce déni de la réalité, quant à notre hyperviolence d’occidentaux, a même contaminé, sous l’effet de notre “habitus colonial” tout notre système de pensée, de conception du monde et de son devenir. Allant jusqu’à gangréner : la “laïcité”.
 
D’un modèle d’organisation sociale garantissant le respect de chaque croyance, y compris athée, dans la neutralité politique, la “laïcité” est, à présent, instrumentalisée comme vecteur de haine religieuse, de propagande islamophobe. Par des campagnes de diabolisation récurrentes faisant apparaître l’Islam comme une menace pour nos sociétés, et donc pour le reste du monde.
 
Justifiant ainsi nos pillages, expéditions et aventures militaires, neutralisant, dans le même temps, tout esprit critique quant aux violences exercées à l’encontre des pays à majorité musulmane.
 
Gaza-Dead-Children0109A.jpg
 
2)  Déni de la Connaissance : le culte de l’ignorance
 
Fanatiser les foules commence toujours par “le culte de l’ignorance”. Déformer, désinformer, occulter. Dans le cas de l’Islam, martelant une vision formatée, hallucinée, depuis les croisades.
 
A la source d’une des plus brillantes civilisations que l’humanité ait connue, voilà une religion ravalée à de grotesques stéréotypes. Du sauvage, le couteau entre les dents, ou la bombe dans le turban. Des pans entiers de connaissances sont ainsi cachés, tus par une censure qui ne dit pas son nom, pour laisser le monopole du discours aux propagandistes.
 
Cette vision fantasmée, projetée, d’une violence supposée être l’essence même de l’Islam, s’est accentuée depuis la deuxième guerre mondiale et l’aggravation des prédations, notamment des richesses énergétiques, dans les pays musulmans. Avec des moyens considérables dans cette désinformation : documentaires, films, romans, ouvrages dits “spécialisés”, etc.
 
Toutes les sommités, de la recherche sur les civilisations et les religions, de la pensée, parmi les non-musulmans, qui ont fait l’effort de franchir la barrière de l’idéologie coloniale, ont pourtant témoigné de leur profond respect pour une religion qu’ils considèrent comme un patrimoine spirituel essentiel de l’humanité.
 
Leurs textes, leurs recherches, leurs ouvrages, sur l’Islam, résultats d’années et souvent de toute une vie d’étude, sont évidemment soigneusement maintenus dans l’oubli. Je cite quelques uns de ces auteurs, chaque fois que j’en ai l’occasion, pour rompre ce mur du silence, cet étouffement de la désinformation.
 
Je ne m’en lasserais pas, inviter à lire ou parcourir leurs œuvres pour ceux qui veulent partir à la découverte du monde, de la culture et de la pensée face à la transcendance :
 
Tous, qu’ils soient agnostiques, athées, catholiques, protestants, ou panthéistes (je pense à Schuon achevant son parcours spirituel, de l’Hindouisme à l’Islam, au sein des communautés amérindiennes d’Amérique du nord), ont été impressionnés, par la richesse spirituelle et la sérénité de l’Islam.
 
Certains d’entre eux, d’une personnalité, d’une culture, d’une richesse de vie, exceptionnelles, se sont même convertis à l’Islam : Vincent Monteil, ancien militaire, chercheur, voyageur, hors du commun ; ou, René Guénon, dont l’ouvrage bien connu, parmi des dizaines, La Crise du Monde Moderne est à relire, terminant sa vie au Caire où, on venait le consulter d’Europe et du Moyen-Orient, en tant que maître spirituel. Un mausolée imposant lui a été édifié dans le cimetière de Darassa.
 
Evidemment, en dimension intellectuelle, nous sommes loin de ces acrobates de la manipulation, propagandistes islamophobes, déguisés en "intellectuels musulmans", "iraniens dissidents", (9) recrutés pour venir déblatérer sur l’Islam, aux cotés du maronite de service (10), parce qu’il se présente “arabe”, censé expliquer cette religion aux judéo-chrétiens européens…
 
De la soupe qu’ils nous servent que retenir, si ce n’est qu’il faut absolument, impérativement, urgemment, « réformer l’Islam » (sous leur gouverne, bien sûr), mais surtout pas l’Occident, modèle de perfection ?... Mais, comment réformer le Diable en personne ?...
 
Aller au-delà de cette bouillie d’ignorance et d’obscurantisme est, toutefois, facile. Nul besoin d’être musulman pour comprendre cette religion, qui représente, qu’on le veuille ou pas, une des principales de la planète. Un peu d’honnêteté et d’ouverture intellectuelles permettent de saisir immédiatement les clés de compréhension du Coran et de l’Islam.
 
Deux sont fondamentales.
 
La première : La Compassion. Le Coran, ce sont 114 sourates qui commencent toutes par :
«  Au nom de Dieu, Le Compatissant (ou Le Bienfaiteur suivant les traductions - Régis Blachère), Le Miséricordieux ».
D’entrée, il n’est même pas fait allusion à Sa Toute-Puissance. Dieu, dans le Coran est avant tout : havre de paix, de compréhension, de pardon, de réconfort, d’affection.
 
La seconde : Le Soutien dans l’épreuve. Y compris dans la faute. Toute faiblesse humaine, est pardonnée si le repentir est formulé avec le souhait de s’améliorer, dans le choix de “la voie montante”, comme le recommande poétiquement Le Coran. Qui est celle d’être bon, en veillant à faire le bien autour de soi.
 
Ce qui explique, mais encore faut-il lire les textes, que toute menace de châtiment, sans exception, est immédiatement contrebalancée par le soutien affectueux :
« … mais, il lui sera pardonné s’il se repent ».
Les islamophobes, et autres fanatiques, oublient toujours, curieusement, le deuxième terme de l’énoncé… L’Islam n’est pas une religion de la culpabilité et du châtiment.
 
Bien sûr, à partir de cette entrée s’ouvre la vertigineuse galaxie de la spiritualité et du mysticisme, des siècles, des milliers d’ouvrages, des plus grands penseurs et mystiques. Allant de la lecture “exotérique” du Coran, son premier sens apparent, jusqu’à “l’ésotérique”, la recherche du sens caché des paroles lues, que les maîtres de la méditation se transmettent après des années d’étude…
 
Pour ce qui est du “libre choix”, il n’est pas nécessaire d’avoir un super quotient intellectuel pour comprendre qu’une religion qui n’est pas fondée sur la liberté de conscience n’a aucune valeur, encore moins une chance de durer. Ce que rappelle le Coran :
« … nulle contrainte en religion » (sourate 2 – verset 256).
 
Quant à l’inusable cliché raciste fantasmant sur “le sabre” qui aurait imposé l’Islam, c’est dissimuler que les pays où les musulmans sont les plus nombreux, comme l’Indonésie (250 millions d’habitants dont 85% de musulmans – autant, si ce n’est plus, que la totalité du monde arabe), ou les plus éloigné de la Mecque comme la Malaisie, n’ont jamais vu un guerrier venu d’Arabie. L’Islam s’est paisiblement diffusé par les commerçants…
 
Contrairement aux assertions des islamophobes, toutes discussions, confrontations sur les idées religieuses, les débats théologiques, sont les bienvenus, recommandés, même, notamment avec les gens du Livre, autrement dit de La Révélation : juifs et chrétiens. Seule “la légitime défense” est admise dans Le Coran, quand la communauté est attaquée, persécutée, “physiquement”, pour sa croyance.
 
« Réformer » l’Islam ?... C’est, en premier lieu, à l’Occident de se « réformer ».
 
Il faudrait d’abord que les pays musulmans vivent dans la liberté.
 
Démanteler toutes les bases militaires occidentales dans leurs pays, des centaines, et leurs centres de tortures. Retirer toutes les troupes étrangères qui pullulent. Eradiquer tous les mercenaires, “escadrons de la mort” privatisés, services spéciaux étrangers manipulateurs de gangsters-terroristes (11), qui infestent leurs contrées. Retirer le soutien aux dictatures. Arrêter le pillage de leurs ressources et de leurs patrimoines (y compris les “privatisations” bradées et spoliatrices…).
 
Afin que ces pays vivent en paix, dans le libre choix du mode de gouvernement qu’ils souhaitent ; dans  le respect de leur autodétermination, sans interférence des occidentaux ; dans l’exploitation de leurs ressources s’intégrant aux échanges commerciaux internationaux, sans confiscation ni vol des multinationales imposées par l’Empire.
 
Ensuite, dans l’apaisement, ils seront libres d’arbitrer les équilibres entre religion et société qui leur conviendront, sans que nous ayons à donner des leçons “haut et fort”, dans l’arrogance de notre hyperviolence.
 
Mais, de cette « réforme » radicale, l’Occident en est incapable. Muré dans sa violence de prédateur.
 
De toute façon, quel que soit le temps nécessaire, les pays musulmans obtiendront leur totale indépendance et retrouveront dans une Renaissance, qui s’annonce déjà dans certains pays, leur splendeur passée qui nous a tant apporté dans les arts comme dans la pensée.
 
 Gaza-December-08.jpg
 
.
3)  Déni de l’Altérite : le mépris de “l’Autre”
.
Il est vrai que l’ignorance, ce boulevard de l’obscurantisme, permet, dans la bêtise, le mépris de “l’Autre”, avec un double avantage :
=> entretenir ce sentiment de peur, qui ravage la France comme ses voisins, nécessaire à nos gouvernants pour “tenir” une opinion publique
=>  entretenir ce sentiment de supériorité permettant aux “bonnes consciences” d’ensevelir tout sentiment de culpabilité face aux horreurs que nous commettons.
 
La haine de l’Islam, qui s’est substituée à celle du “communisme international” chez beaucoup, est d’autant plus virulente qu’il représente une extraordinaire force identitaire, collective, partagée, permettant à toute la communauté des musulmans de résister aux coups de boutoir de la répression, de la guerre, du pillage, ravageant la plupart de leurs pays. En dépit "d’élites" ou de “leadership” défaillants.
 
On comprend d’autant mieux que le Ramadan, ce mois de carême très pratiqué, soit une cible privilégiée des services de propagande islamophobe. Il est la démonstration éclatante de la solidarité collective entre membres de toute une communauté. Facteur aggravant : de dimension internationale…
 
Ce sentiment de mépris, dans la diatribe de cet “intellectuel musulman”, accable ainsi des centaines de millions de femmes et d'hommes dont beaucoup ont certainement un niveau de culture, d’intelligence, de formation, d’expérience, et d’humanisme, que lui-même est loin de démontrer. Affirmer que des millions de personnes soient incapables d’exercer leur libre arbitre, soumis docilement à une violence religieuse…
 
C’est n’avoir jamais vécu ou partagé ces moments de sérénité, de joie au milieu de familles puisque le mois de Ramadan est souvent l’occasion de retrouvailles. Lors des veillées, après la rupture du jeune, de séances de cartes, de rires, de discussions animées, entre parents, amis, voisins…
 
Pour un musulman, le Ramadan est une communion avec ceux qui ont faim et soif. Une prière silencieuse avec ceux qui souffrent. Et, une action de grâce, en remerciements des bienfaits qui nous sont accordés, de pourvoir manger à notre faim, et boire quand on le désire.
 
Il est amusant de repérer les logiques de la mauvaise foi des islamophobes.
 
Si pour un musulman, le fait de manger sous le nez d’un autre musulman dans un acte provocateur, dans une attitude d’insulte, est “indécent” : où est le problème ?... Celui qui ne jeûne pas, n’a qu’à le faire chez lui ou dans la discrétion, en respectant ceux qui le font. Là, subitement : nous sommes dans l’atteinte aux libertés. (12)
 
Dans les zones touristiques, en Europe et en France, des municipalités exigent qu’on soit vêtu, avec ordre à la police de verbaliser en cas de refus, pour déambuler dans les rues commerçantes. Trouvant “indécent” de rentrer dans une boutique en maillot ou torse nu. Cela paraît normal, justifié. On se doit de respecter le Veau d’Or…
 
Difficile, apparemment, pour nos "intellectuels islamophobes", de discerner entre la décence et l’indécence…
 
Ce sentiment de mépris, élément essentiel de leur fonds de commerce, est pathétique. En retour, ces "intellectuels musulmans" recueillent, au sein des communautés, la compassion exprimée pour un ratage pitoyable : au lieu d’agir en diffuseur de connaissances, en passeurs de culture, dans la tolérance, en rajouter dans la bêtise et le racisme pour être mieux « intégré ».    
.

 

Illustration, une fois de plus ou sous un autre angle, du « choc » que nous vivons. Non pas entre civilisations. Mais, celui d’une idéologie hyperviolente fondée sur le règne de la ploutocratie exploitant des masses de serfs, consommateurs décérébrés. Face à des mouvements de résistance aspirant à un autre monde fondé sur la solidarité et la dignité humaine. Et, l’Islam, malgré la terrible diabolisation qu’il subit, représente aujourd’hui une des forces d’opposition les plus massives et résilientes.
 
Je salue, donc, le courage et l’infinie patience des musulmans, dont je me sens solidaire, dans ce combat de Titans…
 
Le Ramadan va s’achever dans quelques jours.
 
Je souhaite à tous les musulmans, du moins à ceux qui seront en mesure de la vivre pensant aux victimes actuelles des calamités naturelles ou guerrières, une excellente fête d’Aïd Sgheir. Une des plus belles fêtes de convivialité familiale et amicale, que j’ai eu, et que j’ai, souvent le privilège et la joie de partager.
 
Et, à "l’intellectuel musulman", Abdennour Bidar, à défaut de la célébrer coincé dans son obscurantisme faisandé, je lui offre pour méditer un de mes versets préférés (Sourate 31 – Verset 19) :
 
« Sois modeste en ta démarche ! Baisse un peu ta voix.
En vérité, la plus désagréable des voix est celle de l’âne ».
 
 
 
 
 
 
 
 
(1)  Chris McGreal, Not Guilty. The Israeli captain who emptied his rifle into a Palestinian schoolgirl – Officer ignored warnings that teenager was terrified – Defence says ‘confirming the kill’ standard practice (Non coupable. Le capitaine israélien qui a vidé le chargeur de son fusil sur une écolière Palestinienne – L’officier a ignoré l’état de terreur de l’adolescente – Les autorités militaires confirment que ‘l’acte d’achever’ est une pratique normale), The Guardian, mercredi 16 novembre 2005. Réédité la dernière semaine d’août 2010. 
(2)  "This is commander. Anything that's mobile, that moves in the [security] zone, even if it's a three-year-old, needs to be killed." The Guardian, Op. Cit.
(3)  Le Cour Grandmaison, Olivier, Coloniser - Exterminer – Sur la guerre et l’Etat Colonial, Fayard, 2004.
(4)  Coloniser – Exterminer, Op. Cit., note 1, p. 98.
(5)  Abdennour Bidar, La lapidation, "preuve extrême de la logique de violence de l'islam", Le Monde, 30 août 2010, http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/08/30/la-lapidation-preuve-extreme-de-la-logique-de-violence-de-l-islam_1404384_3232.html
(6)  Chef-d’œuvre que tout cinéphile se doit d’avoir dans sa vidéothèque : Zorba le Grec, mis en scène par Michael Cacoyannis, sorti en 1964, d’après le roman de Nikos Kazantzakis (1946). Avec la célèbre musique, la danse du sirtaki, du compositeur Mikis Theodorakis.
(7)  Evangile selon Saint Jean 8, 1–11.
(8) Les immenses champs pétroliers, et leurs réserves, de l’île de Bornéo ont été confisqués aux pays détenteurs (Malaisie-Indonésie) par la création d’un Sultanat en carton-pâte : le Sultanat de Brunei (l’homme le plus riche du monde…). Néocolonie britannique, administrée, en fait, par les compagnies pétrolières occidentales et leurs mercenaires.
9)  Les “dissidents iraniens” que nous servent les médias prêtent à rire quand on sait qu’ils ne sont que les rejetons de la nomenklatura corrompue du temps de la sanguinaire dictature du Shah d’Iran, qui a réussi à s’enfuir au moment de la révolution de 1979, avec le magot familial et la protection des services spéciaux occidentaux…
(10)  J’en ai entendu l'un d'entre eux (très médiatique), dans une conférence, prétendre que le Shiisme n’avait rien à voir avec l’Islam... Henry Corbin qui a passé sa vie à étudier et écrire sur le sujet aurait pleuré de désespoir devant autant de nullité…
(11)  Exemple : l’attentat-suicide de Quetta, au Pakistan (“condamné” par tous les gouvernements occidentaux…), vendredi dernier, qui a provoqué la mort d’une centaine de personnes et plus de 200 blessés est attribué par la propagande occidentale aux Talibans, par un terroriste mêlé à un rassemblement de Shiites.
Sous-entendu : ce sont des Sunnites qui en sont les auteurs, c’est la guerre civile entre Shiites et Sunnites.
Pour réaliser pareil carnage, il faut qu’un “volontaire au suicide” soit en mesure de porter une centaine de kilos d’explosif et de ferraille sur lui. A Quetta, il fait en ce moment 35° à l’ombre : tout le monde est en sandales et chemise…
C’est tout simplement une bombe télécommandée au passage du cortège, qui était une manifestation pacifique de soutien au Peuple Palestinien organisée par la communauté Shiite de la ville. Personne n’est dupe.
(12)  Note additive, à la première publication du billet, destinée aux lecteurs ignorant ce contexte.
Dans plusieurs pays musulmans apparaissent des mouvements de provocation par des "jeunes" organisant des "pique-niques" publics, destinés à tourner en dérision la période du Ramadan, au nom de la "laïcité". Instrumentalisés (argent, promesses de bourses et de visas, etc.) par des ONG et des journaux locaux, dont les subventions et frais de fonctionnement sont assurés par des organisations étrangères pilotées par les services "spéciaux" occidentaux.
Les mêmes qu'on retrouve dans le financement des différentes "révolutions de couleurs", et autres entreprises de déstabilisation, vues à l'oeuvre en Europe ou ailleurs.

 

N.B.  Pour ceux n'ayant aucune connaissance vécue du Ramadan, je recommande un livre illustré de belles photos du Caire, d'Alexandrie, de Jérusalem, notamment, restituant son ambiance à la fois spirituelle, festive et conviviale, écrit par deux journalistes allemandes :
 

Ramadan - Voyage au coeur d'un rite, par Angela Grünert & Christel Becker-Rau, aux éditions de La Martinière - octobre 2001.

Agrémenté d'une belle préface d'Assia Djebar, racontant ses souvenirs d'enfance dans la tendresse et l'humour, avec une de ses cousines, leur impatience, leur "bataille", dans le désir de se joindre au jeûne des adultes pour participer enfin à l'ascèse et la joie familiales, comme les "grands"...

 

 

Photos : Enfants tués dans les bombardements des forces coloniales occidentales au Liban ou brûlés vifs par les bombes au phosphore à Gaza de cette même soldatesque.
Sur l'une d'elles, figure l'héroïque chirurgien norvégien Mads Gilbert qui a soigné et sauvé de la mort de nombreux enfants de Gaza, sous bombes, obus et mitraillages de l'armée d'occupation.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 20:16

 

 

« Ceux qui perdent leur temps à dénoncer le « péril oriental », alors que les Orientaux ne menacent personne, ne font aucun prosélytisme et demandent simplement qu’on les laisse tranquilles chez eux, ce qui est assez légitime, ceux-là, dis-je, devraient bien se rendre compte que le vrai péril, pour l’Occident moderne, est celui qui vient de ses propres défauts. »

René Guénon (1)

 

 

 

 

Coup de sang…

 

 « Il entra dans le Temple, et il se mit à chasser ceux qui vendaient, leur disant : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. » (2)

 

Jésus, multipliant les coups de cordes de chanvre sur le dos des « marchands » qu’il chassait du Temple, les traitant de voleurs.

 

Lui… Non-violence, douceur, tendresse…

 

Dès que prière et spiritualité en sont infestées. Tièdes, hypocrites, voleurs, trafiquants, il ne peut s’empêcher de les “vomir”. Expressions, qualificatifs, repris par les Evangiles, dans leur crudité, leur dureté.

 

Moment fort, explosion d’indignation, qui m’a le plus marqué à leur lecture.

 

Comment ne pas y penser, devant le grouillement des manipulations engluant les Eglises d’Orient, mosaïque fascinante de communautés chrétiennes souvent férocement antagonistes entre elles, au cours des siècles, dans la préservation de leurs identités schismatiques ?...

 

Leandro-Bassano--vers-1610--Jesus-Temple.jpg

 

Coups tordus…

 

Oui, je sais. Des politiciens affirment que “la religion n’a rien à voir avec la politique”. Mais, l’aveuglement doctrinaire n’est-il pas, actuellement, la pathologie intellectuelle la mieux partagée ?…

 

L’instrumentalisation des religions est aussi ancienne que leur apparition dans nos sociétés. Trafiquer n’est pas limité aux biens matériels, mais s’applique tout autant aux informations, aux faits. Religieux ou pas. L’art de duper étant le même.

 

Quand hiérarchie, dignitaires, prélats et autres notables des Eglises d’Orient, souscrivent, “les yeux fermés” aux pires campagnes de propagande islamophobes. Pas tous, mais presque… Ils dupent ceux qui leur font confiance. Sur leur sincérité, leur honnêteté, leur sens des responsabilités.

 

Car, s’effectue un travail, intense, méthodique, alimenté par des moyens financiers considérables, pour dresser les chrétiens d’Orient contre leurs compatriotes musulmans, leurs « frères », devrait-on dire… Et, via leurs relais en Occident, les chrétiens, tout particulièrement, d’Europe, d’Amérique du nord, et même d’Australie, contre le monde musulman dans son ensemble. Opinion publique occidentale méticuleusement désinformée par les médias, publics ou privés, laïcs ou pas, de la propagande officielle.

 

Je cite à dessein l’Australie, ouvrant une parenthèse, nos “journalistes d’investigation”, “décrypteurs” autoproclamés de l’information, n’en parlent jamais. Sauf pour nous enfumer dans l’opium des peuples, les rituels : JO, rugby, surf et tournois de tennis.

 

Ce pays joue pourtant un rôle, en Asie - Pacifique sud, équivalent à celui d’Israël au Moyen Orient. En plus discret, moins “sanguinairement explosif”. Ses troupes se sont retrouvées à guerroyer au Vietnam aux côtés des USA ; sont en Irak et, inévitablement, en Afghanistan et au Pakistan. Sa marine, aux marges des eaux territoriales chinoises, en posture permanente de provocation OTANesque. En échange, la nomenklatura australienne reçoit son bout de gras…

 

Menant une politique étrangère agressive et conquérante, totalement alignée sur l’extrême-droite US, elle s’est emparée de la moitié de l’île de Timor en 1999, le Timor Oriental. Partie de l’Indonésie arrachée à sa souveraineté, avec la complicité de la Communauté Internationale qui, à son habitude, installa un gouvernement “indépendant” fantoche. Imposant sa force, elle en pille les ressources minières : pétrole, gaz, manganèse, marbre, or…

 

Tout comme en Papouasie-Nouvelle Guinée. En principe, Etat “indépendant”, équivalent en superficie à la France, membre du Commonwealth, qu’elle pille tout aussi systématiquement. Laissant, pour soulager leur misère, coquillages et tatouages aux “indigènes”. On y trouve, il est vrai, parmi les plus grandes mines d’or et de cuivre du monde, avec du pétrole en prime…

 

N’oublions pas, dans notre réflexion de “géopolitique religieuse”, que les principaux grands groupes miniers mondialisés sont “domiciliés fiscalement” en Australie. Dans un souci de rationalisation de la prédation entre ses membres, Big Business procède, en effet, à une répartition des zones ou des spécialisations d’intervention : militaires, minières, financières, etc.

 

A charge pour les services spéciaux australiens, de propagande, de guerres psychologiques, de diaboliser l’Islam dans sa zone géographique où les communautés musulmanes sont majoritaires.

 

Deux pays sont très “travaillés” dans cet exercice de déstabilisation, avec même une accentuation des opérations spéciales (psyops, dans le jargon du métier…), depuis une bonne décennie : Indonésie et Malaisie.  

 

L’objectif étant, à terme, de démanteler, éclater, ces pays ; comme l’Irak en ce moment, le Pakistan ou l’Afghanistan dans un futur immédiat, et l’Iran dans une perspective proche. Facteur aggravant, Indonésie et Malaisie se permettent de critiquer le comportement occidental dans les pays musulmans, de la Palestine au Pakistan. Impardonnable crime de lèse-Empire…

 

Là, la thématique de la désinformation n’est plus celle de la jupe, des minarets, de la burqa, ou de l’hamburger halal. Du musulman “incapable de s’intégrer dans une société occidentale”, dite “moderne”, à moins qu’il ne se décide, de gré ou de force, à abandonner sa religion.

 

L’angle d’attaque est différent. Nous sommes dans la manipulation des religions sur le plan de leur coexistence. En l’occurrence, prouver, démontrer, l’incapacité de l’Islam à “cohabiter” avec d’autres religions. Les tolérer. Au Moyen-Orient, comme en Asie…

 

Induisant, dans des campagnes de propagande parfaitement coordonnées entre plusieurs continents, le réflexe pavlovien, ou subliminal, du vieux slogan colonial :

 “Cogner pour civiliser”.

 

 

La presse rugit…

 

« La presse rugit, intoxiquée par l’argent pétrolier… », écrivait Louis Massignon (3) à son ami Vincent Monteil, (4) qui, ajoutait-il en parlant de certains médias, « … rivalisent d’injures contre l’Islam… ».

 

Comprendre les relations Islam et Eglises d’Orient ?... Facile, il suffit de prendre pour “passeur” : Louis Massignon. Personnalité exceptionnelle. (5) Et, de bien s’accrocher. Car c’est évoluer, avec lui, à un haut niveau de culture, de connaissance, de réflexion et de spiritualité.

 

Diplomate de métier, connaissant tous les rouages géopolitiques du Moyen-Orient pour avoir été membre de l’équipe française chargée de mettre au point le plan de partage de l’Empire Ottoman avec la création d’un foyer juif en Palestine, entre la Grande-Bretagne et la France à l’issue de la première guerre mondiale.

 

Les tristement célèbres “accords secrets Sykes-Picot” de 1916, liant les deux superpuissances de l’époque. Dont il mesurera et dénoncera, bien plus tard, l’absurdité, l’irréalisme du cynisme colonial, semant les germes des sanguinaires conflits actuels dans la région.

 

Spécialiste de l’Islam, dans toutes ses composantes, et des Eglises d’Orient, l’intensité, la générosité de sa spiritualité, lui font respecter et aimer ces religions. Sur un même plan. A tel point que certains le considèrent, affectueusement, comme un “catholique musulman”. Ses travaux de recherche sont un exemple de rigueur intellectuelle et d’ouverture à l’Autre. Sa thèse monumentale, ses recherches, sur le célèbre mystique musulman Al-Hajjaj, en quatre volumes, restent, à ce jour, inégalées.

 

Marié, il fut ordonné prêtre de l’Eglise d’Orient dite melkite, dont la liturgie est en langue arabe, rattachée à Rome depuis 1724. Eglise qui présente la particularité d’autoriser le mariage de ses prêtres. Comme quoi, la hiérarchie catholique peut s’accommoder de “la modernité”, quand elle le veut.

 

Il était atterré par le niveau d'ignorance d’une grande partie du clergé des Eglises d’Orient sur la religion musulmane, son islamophobie primaire, son racisme soigneusement dissimulé, profondément influencé par l’expansionnisme occidental dans cette région.

 

L’esprit des Croisades, dans sa survivance primitive. Louis Massignon, en excellent géopoliticien qu’il était, dénonçait le mythe et l’imposture, déjà, le 2 novembre 1949 :

"Toute croisade coloniale des judéo-chrétiens contre le « fanatisme » islamique est vouée tôt ou tard à l’échec. »

 

Trop tard, l’inconscient collectif occidental en est profondément gangréné.

 

Le dilemme des communautés chrétiennes d’Orient est pourtant clair :

=> soit, en tant qu’orientaux eux-mêmes, partager le présent et l’avenir de leurs frères musulmans, leurs luttes pour l’indépendance et la souveraineté de leurs nations, constituant “un pont” entre l'Occident et l’Orient aux racines spirituelles communes. A l’exemple des Palestiniens chrétiens ;

=> soit, être instrumentalisées en “tête de pont” d’un Empire conquérant dont elles seraient la cinquième colonne, les auxiliaires, les fondés de pouvoir, dans l’administration, la gestion des conquêtes occidentales.

 

Par irresponsabilité, pour ne pas dire par intérêt personnel, une grande partie des leaders des Eglises d’Orient ont choisi depuis l’époque des Croisades, entraînant avec eux les fidèles qui leur font confiance, d’agir en supplétifs d’un Occident prédateur à chaque période de faiblesse traversée par les nations de confession musulmane. Partager les moments de gloire et de prospérité des périodes fastes du monde musulman, et se désolidariser dès qu’il y a agression ou envahissement de l’Occident.

 

Choix impardonnable, car malhonnête et funeste pour le devenir des communautés chrétiennes d’Orient, leur faisant assumer le rôle du “traitre” dans l’épreuve subie par l’ensemble de la collectivité.

 

 Ce que rappelait Louis Massignon (6) :

« Déjà, il y a mille ans, la chrétienté occidentale avait trahi. Mobilisée par la croisade pour libérer les Lieux Saints de l'occupation musulmane, qui y tolérait, elle, des chrétiens arabes, parce que l'Islam honore la sainteté de Jésus, et vénère la pureté de sa Mère, elle avait vite cédé, à cette époque de sentimentalité naïve et barbare, au machiavélisme des politiciens annexionnistes, avides d'exploiter et d'asservir leurs frères chrétiens d'Orient. »

 

Aujourd’hui, le martèlement permanent, systématique, d’une désinformation atteignant les dérives extrêmes d’une propagande stalinienne, n’est que la suite ou la conséquence de cette attitude irresponsable. Avec pour slogan :

Les communautés chrétiennes d’Orient en péril”.

 

La propagande “rugit” donc, y compris les médias s’affichant chrétiens. Multipliant articles, conférences, documentaires à sensation, le tout savamment orchestré par des campagnes de presse simultanées dans plusieurs pays occidentaux. Nourrissant ses rugissements dans des évènements dramatiques, aussi violents que suspects.

 

Un exemple. Gros titre du journal La Croix du 8 janvier 2010, soutenu par un dossier de trois pages (7) :

« En Egypte les coptes se sentent menacés. »

 

Le mois dernier, à Nagaa-Hammadi près de Louxor, à la sortie de la messe de Noël qui est fêtée par les coptes le 6 janvier, une voiture passant à vive allure mitraille la foule. On relève six chrétiens et un policier tués, plus une  dizaine de blessés. Dans une ville, composée à 70% de coptes, tout le monde a compris. A commencer par la communauté musulmane. La provocation va permettre tous les amalgames, et toutes les répressions.

 

Comme par hasard, autre attentat deux jours plus tard, plus artisanal, moins meurtrier, mais tout aussi bruyant. Le 8 janvier, en Malaisie, des bouteilles incendiaires jetées par des individus, depuis une motocyclette, sur deux églises. Quelques dégâts mineurs sur les portes d’entrée. Le genre de non-évènement, lorsqu’en France cela se produit sur une mosquée. Mais là, inflation de titres dans la presse occidentale : églises “incendiés”, “bombardées”, etc. (8)

 

Deux cas de figure intéressants en termes de techniques de désinformation. Même si l’œil le plus endormi décèle immédiatement, dans ces pseudos attentats, la barbouzerie la plus ringarde, les réactions sont typiques. Aucune analyse : Pourquoi ? Comment ? A qui profite le crime ?...

 

Ce ne sont que grands moulinets démagogiques : victimisations, émotions, condamnations. Pour, bien sûr, ouvrir la voie à des revendications sur fond de stigmatisation.

 

Sans nuance.

 

Mgr Philippe Brizard, directeur général de l’Œuvre d’Orient, parlant de l’attentat d’Egypte :

« … Il y a un foyer de Frères musulmans qui profite de la mollesse des autorités publiques… Une montée des intégrismes dans les pays musulmans, on va vers l’explosion…

C’est tout l’enjeu aujourd’hui du rapport entre foi et raison, comme l’a si bien compris Benoît XVI, afin que l’Occident traditionnellement chrétien puisse aider l’islam à approfondir et à développer une démarche religieuse compatible avec la raison. » (9)

 

Propos de ces curés de campagne des XVIII° ou XIX° siècles, quasi-analphabètes qu’on envoyait “évangéliser les sauvages” de nos colonies… La référence au discours islamophobe de Benoit XVI témoigne du niveau de pertinence et d’honnêteté dans la réflexion. (10)

 

Comme si 1,5 milliard de musulmans attendaient de l’Occident une aide quant à une « démarche religieuse compatible avec la raison »…  Denise Masson, Henri Corbin, Louis Massignon, Edward Saïd, d’autres encore, authentiques chrétiens s’il en est, ont déjà ridiculisé ces inusables clichés de caniveaux, traduisant un obscurantisme sidérant sur tous les trésors de logique, de philosophie, de spiritualité de l’Islam. (11)

 

Mais, dans le fanatisme l’important est d’enfoncer le clou de la peur et de l’ignorance.

 

Ainsi, un synode des évêques pour les “églises catholiques orientales” va se réunir du 10 au 24 octobre 2010, sous le titre fédérateur : « L’Eglise catholique au Moyen-Orient, communion et témoignage ». Avec pour vecteur de méditation :

« L’occasion pour les communautés chrétiennes … d’exprimer leurs inquiétudes face à la montée de l’intolérance et des fondamentalismes musulmans. »

 

 

Groupes de pression, lobbies et officines

 

Outre les médias, on retrouve cette propagande relayée, amplifiée, par un réseau de groupes de pression, de lobbies et d’officines spécialisées, notamment auprès des instances européennes.

 

Un des lobbies les plus puissants est la COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté Européenne). Ses exigences sont claires : “Violences contre les Chrétiens dans le monde : L'UE doit mettre en place une action diplomatique ferme et efficace”. Du religieux, on passe à une diplomatie. “Ferme et efficace”. Autrement dit : La Loi du Bâton.

 

Animant réunions, interventions, pressions, pour ne pas dire harcèlements, auprès des députés européens. Un des grands passe-temps du parlement européen étant, non pas de résoudre crises économiques et catastrophes sociales mais d’émettre, à répétition, des résolutions pour complaire à tous les groupes de pression qui pullulent dans les couloirs de la Bureaucratie Européenne, pourquoi se gêner ?...

 

« … Des résolutions dénonçant les persécutions religieuses, notamment de chrétiens, sont souvent adoptées à l’initiative de quelques députés européens », écrivent benoîtement les journalistes de La Croix. (12) Sauf que la brochette, des quelques députés européens qu’ils nous présentent, est constituée de gens au cursus plutôt bizarre…

 

Charles Tannock, britannique, dirige la délégation des conservateurs britanniques chargée des “affaires étrangères et des libertés”… Plus Blair ou Bush que lui, tu meurs comme dit le comique. Il est vrai que ces chefs d’Etat sont de bons chrétiens, ils ne manqueraient aucun office le dimanche, après avoir ordonné massacres, destructions et tortures, sur fond de mensonges. Certainement, un exemple de démarche religieuse compatible avec la raison, comme diraient Benoit XVI et ses disciples…

 

Il s’est fait remarquer comme un des membres du parlement européen les plus actifs dans le soutien de “la révolution orange” en Ukraine, du parti antirusse et pro-OTAN. Créateur, ou membre zélé, d’une multitude d’amicales de députés européens pour soutenir causes ou pays. Parmi les plus notables :

Créateur de l’amicale des parlementaires européens de l’Inde, président de celle de Taïwan, vice-président de celle des amis européens d’Israël, membre du comité directeur d’autres amicales du Tibet, d’Arménie, du Bengladesh. Cette lourde charge l’empêche probablement d’être membre des amicales de Russie, Chine, Turquie, Palestine, Pakistan. Il convient d’être indulgent. Les amicales ça use…

 

Mario Mauro, italien, représentant personnel du président en exercice de l'OSCE “contre le racisme, la xénophobie et les discriminations, avec mention spéciale de la discrimination des chrétiens” (2009). Il se dit et se veut : “catholique radical à la droite de Berlusconi”… Nos amis italiens le surnomment le porte-flingue de Berlusconi. La fine fleur de l’extrême droite italienne.

 

On le retrouve avec Bastiann Belder, protestant hollandais, non seulement, dans la défense des minorités chrétiennes, mais encore dans toutes les manifestations et manœuvres politiques anti-avortement (antichoice, dans le jargon des lobbies…).

 

Pourquoi pas ?... Défendre le droit à la vie, au respect de l’innocence, c’est méritoire. Mais ce militantisme devient suspect, au niveau de sa dimension chrétienne et charitable, lorsqu’il s’arrête à l’embryon. Qu’en est-il des milliers d’enfants, tués, infirmes, traumatisés, affamés, dans des bombardements aveugles et des conflits coloniaux aux motivations mensongères ?... Chaque jour. Silence… Des “non-être” : ils ne sont pas chrétiens.

 

Vitore Bonsignore, italien proche du Vatican dit-on, un de mes eurodéputés préférés, tant il m’amuse. Il me fait penser à ces canards qui traversent tous les orages, en secouant leurs plumes, poursuivant leur trottinement, impassibles. En France aussi, nous avons ce type de canards… Certains s’autorisent même à recommander au gouvernement les ministres “à virer”. En dehors de la défense des minorités chrétiennes, spécialiste des budgets et des affaires financières.

 

Impliqué, à plusieurs reprises, par la justice italienne dans des affaires de corruption de marchés publics. Notamment, au cours de l’opération anticorruption Mains Propres (Mani pulite) pour avoir encaissé plus de 100 millions de lires en tant que secrétaire d’Etat au Budget. Puis, condamné pour deux ans de prison, encore en Italie, dans une affaire de détournement de fonds lors de la construction d’un hôpital à Asti. (13)

 

Dans ce chœur de pleureuses des “minorités chrétiennes en péril”, on trouve même, à ma grande surprise, un “expert en liberté religieuse” auprès des évêques catholiques européens à Bruxelles (Comece) : Vincent Legrand !... Du coup, j’ai cherché un “expert en tolérance religieuse”. En vain, cette expertise n’existe pas encore…

 

Grâce à la réunion de ces talents, à la grandeur d’âme incommensurable, on aboutit à des résolutions votées par le parlement européen. Quand elles ne condamnent pas nommément des pays, en général musulmans tenant compagnie à la Chine et à la Corée du nord, elles batifolent dans l’hypocrisie onctueuse. Dans le genre de celle du 16 novembre 2009, inspirées par le Quai d’Orsay nous souffle-t-on, à la suite de la réunion des ministres des affaires étrangères :

 « … Les Etats ont le devoir de protéger chaque individu, y compris les personnes qui appartiennent à des minorités, de la discrimination, de la violence et d’autres formes de violation ».

 

Autre variante, il existe des Index des persécutions antichrétiennes, avec des cartes en couleurs, publiés par des officines aux financements occultes. On y apprend ainsi, sans surprise, que “… sur les 50 pays où les chrétiens sont le plus persécutés, 35 sont des pays où l'islam est majoritaire…”.

 

Inévitablement, on y retrouve par superposition la carte des pays considérés avec hostilité par l’extrême-droite occidentale. L’opposition, la résistance des populations ou des gouvernements à l’hégémonie et à la prédation occidentales étant, en fait, le critère déterminant de la stigmatisation.

 

Car, dans ces cartes et dénonciations, beaucoup de “trous noirs” apparaissent. Les minorités chrétiennes qui, en Amérique latine, sont marginalisées, exploitées, dépouillées de leurs terres, de leurs langues et de leurs cultures à partir du moment où elles sont amérindiennes ou indigènes. Spoliées par les colons européens et leurs descendants, qui se revendiquent “chrétiens”, mais présentent la particularité d’être au service des multinationales…

 

Sans parler, évidemment, des minorités musulmanes martyrisées à Gaza, au Liban. Ou encore, en Inde, celles du Gujarat ou du Cachemire. Sans compter les horreurs, massacres et destructions accomplies par les armées occidentales à l’encontre des populations musulmanes, en Palestine, Irak, Afghanistan, Pakistan, sud des Philippines.

 

Là, la vigilance des valeurs chrétiennes ne peut s’y exercer, nous sommes en Terra Incognita de la Conscience

 

 

Mensonge par omission

 

Comment ne pas éprouver compassion pour ces défenseurs des Eglises d’Orient “en péril”, ces preux chevaliers sans peur et sans reproche, adeptes de la démarche religieuse compatible avec la raison ?... Ils souffrent.  Leur mémoire, d’amnésie. Leur vision, d’angle mort. A un degré tel, qu’on peut parler du culte de l’oubli, du refus de voir. Du déni constant.

 

Syndrome d’une maladie qui les ronge en permanence, à mon avis, incurable : l’omission.

 

Ils omettent de dire, que la plus grande église catholique construite dans le monde depuis ces vingt dernières années, avec un budget dépassant 20 millions de dollars, a été édifiée dans la capitale d’un Etat musulman.

 

Oui. Notre Dame du Rosaire, inaugurée lors des fêtes de Pâques, le samedi 15 mars 2008. Pouvant accueillir 5000 fidèles. A Doha, au Qatar. (14) Lors de son inauguration, il y en avait 15000 venus de toute la région.

 

D’autres centres de prière vont être créés autour de cette splendide réalisation architecturale, pour les orthodoxes, hindous, bouddhistes, shintoïstes, protestants. Constituant un exemple exceptionnel de rapprochements spirituels entre “hommes de bonne volonté”.

 

Imaginez le même budget pour une mosquée édifiée dans la capitale d’un Etat occidental… De quoi provoquer des apoplexies chez les pourfendeurs du hamburger halal ou de l’arrachage libérateur du voile !...

 

Ils omettent de dire, que les chrétiens ont toujours connu la liberté de culte en terre d’Islam, dès lors qu’ils respectaient les musulmans, et le pays dont ils partageaient la nationalité.

 

Ils omettent de rappeler que la terre d’Islam a toujours été une terre d’hospitalité, un refuge pour les fidèles des religions persécutées dans d’autres contrées. Qu’ils soient Juifs ou Chrétiens.

 

Comme les Nestoriens, persécutés par Byzance, qui y ont trouvé le meilleur accueil. Beaucoup occupant des fonctions importantes, auprès des chefs d’Etat musulmans, conseillers, banquiers, médecins, traducteurs. Notamment sous la dynastie abbasside, et même à la cour de Gengis Khan. Communauté prospère et respectée, certains de ses membres devenant richissimes.

 

Ils omettent de citer l’exemple le plus récent : Tarik Aziz. Le puissant ministre des Affaires Etrangères de l’Irak, sous Saddam Hussein. Chrétien de rite chaldéen, église composée de nestoriens ralliés à Rome en 1551. Sa communauté était une des plus prospères d’Irak et du Moyen-Orient avant la destruction du pays, sur fondement de mensonges, par l’Occident judéo-chrétien.

 

Se sentant profondément Irakien, modèle de courage et de probité, Tarik Aziz n’a jamais plié devant l’humiliation que lui infligeaient les occidentaux. Qui ne lui ont jamais pardonné son refus de devenir un « collabo ». On vient d’apprendre, le 17 janvier dernier, qu’il vient, suite aux mauvais traitements infligés par ses geôliers américains (soins médicaux réduits au minimum), d’être victime d’un accident vasculaire cérébral le privant de l’usage de la parole.

 

Ils omettent de reconnaître que, dans tout l’Empire Ottoman, les chrétiens ont bénéficié d’avantages exorbitants. Allant, progressivement, jusqu’à monopoliser l’intégralité de son commerce extérieur, son système bancaire, son transport maritime et ferroviaire, son réseau portuaire. Ces activités cumulées, en liaison avec des sociétés et intérêts occidentaux, ont donné lieu à un colossal enrichissement des communautés chrétiennes, dans le libre exercice de leurs religions et rites, aux cotés des juifs et des musulmans.

 

Ils omettent de relever qu’à Istanbul, aux XVII° et XVIII° siècles, on recense parmi les principaux édifices religieux, 23 mosquées ; et, implantés dans les quartiers où se regroupent les communautés, notamment arméniennes, grecques et juives : 18 églises et 6 synagogues. (15)

 

Ils omettent de souligner que tout au long de l’histoire ottomane «  Les non musulmans peuvent pratiquer leur religion sous l’autorité de leurs patriarches (grec-orthodoxe, arménien) ou de leur grand rabbin qui sont leurs représentants et leurs responsables auprès du gouvernement ottoman. Chrétiens et juifs vivent en symbiose avec des musulmans… Dans une ville comme Istanbul, la cohabitation est un fait patent et les mesures d’intolérance ou les manifestations antiminoritaires sont exceptionnelles. » (16)

 

Ils omettent de témoigner qu’ « En 1700, la ville de Smyrne (Izmir) comptait dix-neuf mosquées, trois églises catholiques latines, deux églises grecques orthodoxes, deux églises arméniennes et huit synagogues. Dans la rue Franque, on pouvait se croire dans une ville chrétienne. Certains marchands européens, qui n’avaient jamais appris le turc, opéraient leurs échanges en italien, exclusivement grâce à des intermédiaires juifs. » (17)

 

Ils omettent de dire qu’ « En 1871, la communauté arménienne dispose à Istanbul de 48 écoles et la communauté grecque par l’intermédiaire de l’Association Littéraire Hellénique, d’au moins autant ; les juifs n’ont alors qu’une demi-douzaine d’établissements mais l’Alliance Israélite Universelle permet la création de plus de cinquante écoles avant 1900. A cela, il faut ajouter les écoles fondées par des congrégations religieuses catholiques – françaises, italiennes, puis autrichiennes – ou par les missions protestantes, en particulier les missions américaines qui ont ouvert en 1863, à Belbek, le Robert College. » (18)

 

Ils omettent de dénoncer, le calvaire actuel des musulmans pratiquants d’Egypte, de son peuple, dans une des pires dictatures, par son niveau de corruption et de terreur, qu’a connue la région et le monde. Depuis celle du Shah d’Iran et de sa terrible police secrète la SAVAK, réputée pour son art de torturer les enfants devant leurs parents, ou les parents devant leurs enfants. Suivant l’humeur changeante des tortionnaires formés par les occidentaux…

 

La violence des répressions, infligées par le régime du général Moubarak, est tout aussi horrible : enlèvements, tortures, viols, rafles, internements arbitraires. Tout musulman pratiquant “suspect d’opposition” sera considéré comme islamiste, terroriste ou sympathisant. L’enlèvement des mères, épouses, femmes, sœurs ou filles des “opposants” est pratique courante. Les “déshonorant” dans des tortures sexuelles, pour pétrifier toute résistance à l’oppression.

 

En Haute Egypte, les fidèles qui refusent d’aller dans les mosquées pour écouter les prêches du clergé “formaté” par le régime sont interdits de prière en public. Les services de police allant jusqu’à répandre des eaux d’égouts dans les rues et sur les places, où ils souhaiteraient se réunir pour prier. (19)

 

Pratiques que certains prélats chrétiens assimilent, dans leur élan fraternel et caritatif, à “… de la mollesse des autorités publiques…”.

 

Ils omettent d’écouter et de diffuser les déclarations des responsables de la communauté musulmane d’Egypte, et des observateurs appliquant un minimum d’honnêteté dans le traitement de l’information :

« Nous considérons que ce qui se passe entre chrétiens et musulmans en Egypte relève la plupart du temps de la provocation, dénonce aujourd’hui un leader de la Gemaa islamyya (20).

Le régime les provoque pour y trouver un prétexte devant l’opinion publique mondiale pour frapper les musulmans : il a besoin de pouvoir dire qu’ils attaquent la minorité chrétienne. » (21)

« … Force est de constater que chacune des occurrences de violence confessionnelle “intercommunautaire” aboutit avant tout à conforter localement et internationalement l’option répressive du régime et donc sa seule chance de survie ». (22)

 

 « Tous rejettent généralement la responsabilité sur des “services secrets étrangers qui souhaiteraient aggraver les difficultés économiques et politiques de l’Egypte”, ou plus vraisemblablement encore les services égyptiens qui –tout en légitimant ainsi l’option répressive-  auraient tenté de prévenir une possible connivence entre la population et les « justiciers islamistes ». (23)

 

Ces Bonnes Ames omettent de reconnaître, d’admettre, que « Les éclats de voix de la “lutte contre le terrorisme” n’ont pour objectif que de masquer le blocage du système politique tout entier. » (24)

 

Comment ne pas comprendre frustration et colère de beaucoup de chrétiens de Palestine, du Liban, d’Irak, de Syrie, d’Egypte, de Turquie, de se voir manipulés par une nomenklatura ecclésiastique au service non pas de l’intérêt de leurs communautés, fondé sur la Paix et la Justice, mais de celui de la prédation cynique et hyperviolente de l’Occident ?...

 

Ils n’ont nul besoin de traîneurs de sabre en costume d’évêque ou de patriarche, adeptes de la “diplomatie ferme et efficace”, mais d'hommes porteurs de paroles de compassion, de charité et de respect.

 

Tels ces magnifiques chrétiens arabes, Makram Ebeid affirmant « ma patrie est l’Islam, ma religion le christianisme » (25), ou encore le père Khodr qui se sentait « … peut-être pas musulman, mais néanmoins islamique » (26) dans le sens noble du terme.

 

Eux ont compris, que l’avenir des communautés chrétiennes en Orient … « dépend … de leur capacité à ne pas entrer dans le jeu pervers des régimes ou de l’environnement occidental…» (27)

 

Voir ces ecclésiastiques, prélats, hiérarques, politiciens, se prétendre “chrétiens”, instrumentaliser les Eglises d’Orient, incapables de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César.

 

“Trafiquants” de la désinformation, insensibles, sourds et muets, devant les plus grands crimes contre l’humanité endurés par leurs frères et sœurs. Autour d’eux, devant eux, populations musulmanes accablées de guerres, d’occupations militaires et de dictatures, par l’Occident Judéo-Chrétien.

 

Depuis des décennies, bientôt un siècle, et même plus dans certaines régions. Au mépris du droit international, des Conventions de Genève, des résolutions de l’ONU, du droit à l’autodétermination des peuples et nations. Des simples « valeurs » humaines.

 

Devant ces faux dévots sortant leurs mouchoirs sur “le péril des Eglises d’Orient”, confits d’hypocrisie et de fanatisme…

 

Je pense à Jésus…

 

Rêvant de Le voir, de toutes Ses forces, chasser de Ses Eglises, d’Orient ou d’ailleurs, ces « marchands » de mensonges et d’obscurantisme…

 

Dans une volée de cordes de chanvre.

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Les Appels de l’Orient, Les Cahiers du Mois, 9/10, Paris, 1925, pp. 277-280 (Guénon) et pp. 297-298 (Massignon)  http://www.moncelon.com/appels.htm

(2)  Evangile selon Luc 19, 45-46 ; ou, encore, Evangile selon Matthieu 21, 12-17 et Jean 2, 13-22.

(3)  Louis Massignon, lettre du 25 août 1959 à Vincent Monteil, http://www.moncelon.com/louismassignon.htm

(4)  Vincent Monteil, personnage hors du commun par sa culture et sa générosité, est un ancien militaire, grand spécialiste de l’Afrique et du Moyen-0rient. Il fut observateur de l’ONU en Palestine. Il se convertit à l’Islam et adopta le prénom de Mansour. Ses ouvrages passionnants sont à lire.

(5)  Christian Destremau et Jean Moncelon, Biographie de Louis Massignon, rééditée aux Éditions Le Capucin - Lagarde - Fimarcon - B.P. 8 - 32700 Lectoure.

(6) Louis Massignon, Article paru dans la Vie franciscaine, 1948, http://www.moncelon.com/nazareth.htm

(7)  En Egypte, les coptes se sentent menacés, La Croix, 8 janvier 2010 ; avec les contributions de Nina Hubinet, Sébastien Maillard et Claire Lesegretain, pp. 1, 2, 3.

(8)  Two Malaysian churches bombed ahead of Muslim protest, 8 janvier 2010, http://www.earthtimes.org/articles/show/302630,two-malaysian-churches-bombed-ahead-of-muslim-protest.html#

(9)   Claire Lesegretain, Entretien avec Mgr Philippe Brizard, La Croix, Op. Cit., p. 3.

(10)  Discours islamophobe du pape Benoit XVI à Ratisbonne (Allemagne), du mardi 12 septembre 2006. Lire l’article de Henri Tincq, Islam : un faux pas de Benoît XVI, Le Monde, 20 septembre 2006.

(11)  Suggérons à cet ecclésiastique de feuilleter le splendide volume édité par L’Institut du Monde Arabe de Paris (octobre 2009) sur l’exposition Arts de l’Islamchefs d’œuvre de la collection Khalili  (6 octobre 2009 - 14 mars 2010). Il lui reste encore 15 jours pour se rendre à cette exposition et y méditer, dans l’humilité…

(12)  Sébastien Maillard, Des élus veillent à la défense de la liberté religieuse, La Croix, Op. Cit., p. 2.

(13)  Marco Travaglio, La scomparsa dei fatti, il Saggiatore tascabili, 2006, p.80-81.

(14)  Paroisse Notre-dame du Rosaire : http://www.vivreauqatar.com/paroisse.html

(15)  Histoire de l’Empire Ottoman, ouvrage collectif sous la direction de Robert Mantran, Fayard, 1989. carte d’Istanbul p. 260.

(16)  Histoire de l’Empire Ottoman, Op. Cit., p. 261.

(17)  Philip Mansel, Smyrne, deux mille sept cents ans d’une histoire tourmentée, http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/MANSEL/15723

(18)  Robert Mantran, Histoire d’Istanbul, Fayard, 1996, p. 109.

(19)  Quelques échantillons de ces persécutions, tortures et humiliations, individuelles et collectives, à l’encontre des musulmans égyptiens opposés à la dictature, sont présentés dans François Burgat, L’islamisme en face, La Découverte, 1996, p. 150 & 151.

(20)  Un des plus actifs mouvements d’opposition au régime dictatorial du général Moubarak.

(21)  François Burgat, L’islamisme en face, La Découverte, 1996, note 6, p. 126.

(22)  François Burgat, Op. Cit., p. 132.

(23)  François Burgat, Op. Cit., p. 154.

(24)  François Burgat, Op. Cit., p. 156.

(25)  François Burgat, Op. Cit., p. 135.

(26)  François Burgat, Op. Cit., p. 136.

(27)  François Burgat, Op. Cit., p. 138.

 

 

 

 

Illustration : Leandro Bassano, Jésus chassant les marchands du temple, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Lille.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 16:15

 

« Freud a certes déliré beaucoup – mais notre délire à présent semble être uniquement de fanatismes politiques – c’est encore plus ridicule – Je le sais. J’y ai été pris. »

Louis-Ferdinand Céline (1)

 

 

Qui suis-je ?...

 

Etre ou ne pas Etre ?... Je me prends pour Hamlet…

 

Ecartelé, à la Sartre : L’Etre ou le Néant…

 

Je n’en dors plus…

 

Les politiciens veulent, comme pour tous mes concitoyens, que je définisse mon “identité nationale”. Celle inscrite sur mon passeport ne suffisant pas. Je dois la définir, au plus profond de moi-même. On se doit d’aller vite, nous presse-t-on. Pour la sauver,

 

Elle serait mise en danger. En ce moment, ce serait par une déferlante assassine : burqa, voile intégral… En France, je ne l’ai pas encore aperçue. Mais, nous assurent des “observatoires de l’islamisation”, les minarets sont déjà sur leurs rampes de lancement en Suisse et vont cribler prochainement nos villes et villages.

 

Quand je suis à Londres, je rase les murs. Mes amis British se payent ma tête, rigolards. Ils ne sont pas les seuls, c’est le monde entier qui est plié en deux de rire. (2)

 

Les Londoniens n’imagineraient pas de ne pas rencontrer une ou deux femmes en voile intégral, sur le marché de Camden, quand ils vont chiner en famille le dimanche. Ils considèrent que c’est “exotique”. Cela fait partie de l’animation festive des rues de la capitale, tout comme les nanas aux piercings, les poupées bariolées sorties des mangas, les dreadlocks des rastas jamaïcains, ou les cuissardes pour minijupes…

 

Voile intégral, Burqa ?... Ils en commercialisent même sur Internet pour leurs soirées échangistes ou fétichistes. Il est vrai que ce sont de grands amateurs de fétichisme… C’est très tendance dans l’érotico-sexy. Ils vont jusqu’à en vendre en latex ! Au choix : en blanc, en bleu ou en noir…

 

Ces British, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de perdre leur “identité”. On ne fait pas de l’humour avec ça. Il n’y a pas pire que le latex pour vous faire perdre contact avec la réalité. Mais, ils sont inconscients de la menace…

 

L’identité nationale, et la lutte contre le voile intégral, sont des enjeux vitaux pour nos Nations.

 

Mais, quelle “identité” ?...

 

Laurel-and-Hardy2.jpg

 

Angoisse existentielle

 

Connais-toi, toi-même, conseillait Socrate à ses élèves… Pas facile… Connaître son identité, sans savoir qui on est ?... Ou, se connaître grâce à son identité ?... Celle de mes ancêtres, de mon passé, de mon présent, de mon avenir ?... De ce que je souhaite être ?...

 

Ma nationalité française est-elle liée à ma filiation, à mon lieu de naissance, à ma langue maternelle ?... Mes ancêtres les Gaulois, et les autres qui ont suivi, venant d’Asie centrale…

 

Si je suis Polynésien, ou Kanak, né dans une région de l’hémisphère sud, à 20.000 km de la France ?... Issu d’une Civilisation, d’une culture, de coutumes, de croyances, d’un peuple, d’un pays, rayés de la carte et annexés par la France à la fin du XIX° siècle, suis-je français ?... Mon identité est-elle déterminée par conquête coloniale ?...

 

A moins que mon identité nationale ne se définisse d’après croyances et religions ?...

 

On me somme d’être laïc. Je le suis, je le jure ! En même temps, d’être judéo-chrétien, fondement de la seule civilisation porteuse de “valeurs” me dit-on. Mais, comment l’être si ces “valeurs” sont introuvables ?...

 

A ce jour, le judéo-christianisme n’a pas encore assimilé, intégré, appliqué, les “Valeurs” cardinales et fondamentales de l’enseignement de Jésus, rappelé si fortement par Johannes Eckhart : (3)

« Tu dois aimer tous les hommes comme toi-même, les estimer et les considérer de la même façon ; ce qui arrive à un autre, en bien ou en mal, il faut que tu le considères comme arrivant à toi-même ».

 

Si je suis athée, agnostique, animiste, je-m’en-foutiste, SDF ?... Ne suis-je plus français ?... Suis-je un apatride ?...

 

J’angoisse. Je ne compte plus les moutons pour m’endormir… Ce sont les moutons qui me regardent courir après le sommeil…

 

A moins de définir mon identité par opposition ?... Plus facile.

 

Je suis ce qui n’est pas, ou ne doit pas être. Sautons le pas : ce qui ne correspond pas à mon humeur, à la ligne du parti, au matraquage de la propagande, à la norme sociale. Au risque de ne pouvoir éviter, comme l’Histoire le démontre, la surenchère populiste, raciste, propre à la psychologie des foules (4) manipulée par la désinformation.

 

D’où l’utilité des minorités pour se définir. Par la peur. La peur de “L’Autre”. J’ai peur d’être envahi par la misère du monde. En Europe, par les peuples anciennement colonisés ou d’immigration récente : maghrébins, arabes, africains sub-sahariens, turcs, pakistanais, bengalais...

 

Je vais me dissoudre, ma race va disparaître...

 

Les mariages mixtes représentent un puissant facteur de dissolution. Heureusement l’Etat, via les préfectures, veille pour les diaboliser, les entraver, les décourager. (5)

 

Nous avons beaucoup de chance : quand la France traverse des crises graves, ses politiciens ont le génie de multiplier décrets et lois pour sauver son “identité”. Le sursaut républicain…

 

A la chute de Napoléon III, au lendemain de sa défaite humiliante face aux Prussiens annexant l’Alsace et la Lorraine, s’est constituée à Tours, où s’était réfugiée la caste politique, la 3° République. Une des premières mesures votée, en plein désastre, a été de préciser “l’identité française”. Ce qui reste dans l’histoire comme la Loi Crémieux, qui est en fait un Décret du 24 octobre 1870.

 

Les “départements français d’Algérie”, de l’époque, ont servi de laboratoire. Etaient déclarés “français” tous les européens présents en Algérie, aux côtés des colons français fraichement débarqués : espagnols, italiens, maltais, grecs, etc. Et, tous les indigènes qui n’étaient pas musulmans. Cette mesure s’est élargie aux protectorats du Maroc et de Tunisie. C’était clairement définir le vivre ensemble

 

Aujourd’hui, en pleine crise économique d’un pays richissime, où se développent inégalités sociales, pauvreté, développement exponentiel du chômage, scandale des milliards pompés par les banques, suivi du scandale des groupes pharmaceutiques engraissés avec la grippe à 2 milliards d’euros, nos hommes politiques vont “légiférer sur le voile intégral”.

 

Ils vont droit à l’essentiel : l’identité nationale.

 

Se dressent, comme toujours quand la Nation est en péril, des hommes valeureux, clairvoyants, humanistes, empreints d’un sens de La Dignité Humaine inégalable.  

 

Deux exemples. Tandem emblématique. Invités en permanence dans tous les médias, pour recueillir le moindre de leurs avis. Représentatifs de “l’élite politique” actuelle, je les trouve admirables de convictions et de principes. Adversaires résolus, implacables, du “double langage”, de la “double casquette”.

 

Ils font partie de ces responsables qui souhaitent, réclament, insistent, pour que les conflits du Moyen-Orient, celui de la Palestine tout particulièrement, ne soient surtout pas « importés » dans le débat français. Dans un esprit de neutralité citoyenne, assimilable à celle de la laïcité en matière religieuse.

 

Grâce à leur vigilance, me dis-je, paix, liberté, égalité, fraternité, laïcité, lutte contre la corruption, sont entre de bonnes mains : La République est bien protégée. 

 


Le panache du courage

 

Ainsi le brillant député Eric Raoult, “rapporteur de la mission sur le port du voile intégral”, à l'Assemblée nationale. Son rapport est attendu avec impatience fin janvier 2010, après les 6 mois d'auditions de cette auguste et prestigieuse commission. (6)

 

Car, courageusement, il ferraille dans tous les débats sur les dangers que représente l’Islam pour la laïcité et les institutions républicaines. Bien sûr, “l’Islam radical” servant de feuille de vigne à l’islamophobie… Quelle énergie combative, doublée d’intelligence tactique !... Heureusement que nous l’avons, comme dirait Bernadette…

 

Il s’est bruyamment signalé par son rappel à l’ordre à l’égard des écrivains et artistes, notamment à l’occasion de la remise du prix Goncourt 2009 à Marie N’Diyaye. Leur ordonnant d’observer un “devoir de réserve”. Contempler son nombril : oui. Critiquer son pays et sa nomenklatura : non. Impressionnant de panache, dans l’imposition du respect de la discipline “médiatique”…

 

Tant de fermeté, dans la défense républicaine, aide à comprendre qu’il soit un partisan résolu du rétablissement de la peine de mort (7). Bien sûr, pour “quelques cas précis”.

 

C’est toujours comme cela qu’il faut commencer. Comme pour la torture. Toujours initier, entamer, banaliser, une action répressive hyperviolente, abjecte, sous prétexte de “quelques cas précis”. Puis, inévitablement cela se généralise, dans l’indifférence. C’est ainsi que se forgent les Civilisations fondées sur des “valeurs”… Par la fermeté, dans la grandeur d’âme.

 

Rompu aux manœuvres et arcanes des combinaisons politiciennes, il est impressionnant d’activés multiples. Assurant la présidence de la Fédération UMP de Seine-Saint-Denis depuis sa création. Sans compter les “amicales” dont il a assuré, ou assure encore, la création ou la présidence. Telle celle qui s’occupe de nos colonies actuelles, sous l’aimable appellation d'Amicale des parlementaires amis de l'Outre-mer.

 

Son titre de gloire, les mauvaises langues disent son assurance tous risques, mais les gens sont méchants : président de l'Association des élus amis d'Israël (ADELMAD). (8)

 

Association aux moyens infinis, regroupant environ 800 élus français, spécialisée, entre autres finalités, dans l’organisation de leurs voyages en Israël, avec jumelage de villes ou communes françaises et israéliennes. Y compris dans les territoires occupés illégalement au regard des résolutions de l’ONU. Magnifique vision géopolitique…

 

Son coup d’éclat : le 5 mars 2004. Vice-président de l'Assemblée Nationale Française, il prononce cette phrase historique :

« Je suis d’accord avec Sharon ».

 

Soutenant le gouvernement d'Ariel Sharon dans la construction du “mur de séparation” entre les territoires israéliens, appropriés illégalement, et la poussière de territoires palestiniens restants. Assimilant ce Mur d’apartheid, dans sa déclaration, à une “clôture de piscine”… (9)

 

Ariel Sharon dont on sait qu’il est considéré comme un “criminel de guerre” pour avoir supervisé, entre autres, les massacres des camps Palestiniens de Sabra et Chatila lors de l’occupation de Beyrouth sous son commandement en 1982. Même par ceux qui ont servi sous ses ordres, Gilad Atzmon par exemple.

 

Pour un élu français, au XXI° siècle, il faut du cran, des tripes, pour avoir l’audace de soutenir de tels actes. Sabre au clair, comme un cuirassier chargeant à Waterloo ! Magnifique de ténacité, dans les convictions humanistes…

 

Mais, il n’en a probablement  jamais entendu parler. Normal, les médias n’en parlent pas. Comme des massacres de Gaza, au mois de janvier 2009, avec les crimes de guerre qui les ont accompagnés, ainsi que le révèlent les rapports officiels de l’ONU, habituellement si silencieux en ce domaine.

 

N’est-ce pas, au fond, cette capacité d’arbitrage des élus du peuple dans le choix des informations qui doit primer ?... Les détails importent peu, on se doit d’aller à l’essentiel.

 

Cette superbe manifestation du respect, de la défense, de la promotion, de la « Dignité Humaine et des Droits de l’Homme », de la part d’un député-maire français, d’un vice-président de l’Assemblée Nationale, est tellement rare qu’on ne peut que s’incliner devant une telle stature…

 

 

Le génie de la certitude

 

Un autre poids lourd de la caste politique actuelle, que j’apprécie beaucoup : Jean-François Copé. Alias “JMP” : « J’aime Mon Pays ».

 

JMP, UMP… Car, il est un des hiérarques les plus puissants du parti au pouvoir, dont il est le président du groupe parlementaire, à l’Assemble Nationale.

 

Pas un discours, pas une intervention, sans qu’il ne les commence ou ne les truffe de la phrase incantatoire : « J’aime Mon Pays ». Sous-entendu : “si vous ne partagez pas mes convictions, mon idéologie, ma politique et celle de mes amis, c’est que vous n’aimez pas la France”.

 

J’en suis béat. Impressionnant de force.

 

Pas celle de la pensée. Mais, celle du rabâchage, du slogan, du raccourci, du prêt-à-penser. Qui ne veut rien dire. Tout et son contraire. Dans le genre : « si vous aimez la Nature, achetez un 4X4 climatisé ».

 

C’est là, le ressort du génie : vriller au fond des yeux de l’interlocuteur, avec le calme du culot en acier, le vide conceptuel ; tétanisant, pétrifiant, sur place le gogo qui aurait quelques pulsions contestataires. Peu de politiciens en sont capables.

 

Du grand art.

 

Moi, qui adore me laisser intoxiquer par les « pétards politiciens », vous enfumant avec « la force tranquille », « tous ensemble luttons contre la fracture sociale », et autres fariboles… Quel repos pour les neurones !

 

L’ataraxie de l’esprit critique, du libre arbitre. En état de lévitation mentale. La phrase : « J’aime Mon Pays » est idéale. Car universelle. Elle pourrait s’appliquer à une marque de café, de dentifrice ou de cirage : Quoi d’autre ?... J’aime mes pompes…

 

Mais, le génie de Jean-François Copé ne s’arrête pas là. J’ai relevé une de ses autres sentences de penseur hors pair, sur ses deux sites, le “personnel” et le “politique” qui s’intitule « generation.fr ». (10)

 

C’est vrai, on n’y trouvera rien sur les problèmes et solutions relatifs au chômage, à la progression de la pauvreté, à l’injustice sociale et économique, à la corruption, à la fiscalité confiscatoire en faveur des plus riches, aux détournements des fonds publics au profit des banques et des groupes pharmaceutiques.

 

Rien.

 

Comme son compère, Eric Raoult, il a raison de ne se concentrer que sur le primordial, ce qui détermine le présent et l’avenir de notre collectivité, dans l’urgence : l’identité nationale et le voile intégral.

 

Des mots simples, dans ses propos ou sur ses sites, au service de concepts fulgurants. La marque de l’Homme d’Etat :

« Le  respect de la dignité humaine, principe à valeur  constitutionnelle,  m'apparaît comme  la base essentielle de notre démocratie, comme je l'ai rappelé dans mon discours du 17 décembre dernier.

En tant que législateurs, avec un grand nombre de mes collègues députés, nous considérons qu'il y a des fondements juridiques solides pour justifier une interdiction et que pour cela, une loi est indispensable. »

 

Le « respect de la dignité humaine »… Ah !… Comment ne pas vibrer devant cet appel au cœur et à la raison ?...

 

Jean-François Copé député-maire lui aussi est, en effet, un des plus dynamiques parlementaires dans l’élaboration de la “loi sur le voile intégral”. Animant le groupe parlementaire UMP dans le cadre de la préparation de cette future loi. Pour lui, le danger de la patrie ne tolère aucun retard dans la prise de décision. De la poigne, de l’élan dans cette lutte implacable pour la dignité humaine.

 

C’est d’ailleurs au cours d’une réunion du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, qu’il présidait le 22 décembre dernier, qu’a été prononcée une autre phrase historique :

« Le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ça ne sera plus la France ».

 

L’auteur en était Pascal Clément, l’ancien ministre de la Justice prédécesseur de Rachida Dati. Une des ses collègues, de confession musulmane était présente dans le groupe : Nora Berra, élue de Lyon membre du gouvernement en tant que Secrétaire d’Etat aux Ainés. Elle n’a pas apprécié et a claqué la porte, estimant que ce niveau d’islamophobie était inadmissible. (11)

 

Pascal Clément aurait dû prêter attention à la qualité des membres présents. Ce qui se dit en aparté, dans les salons, les salles de rédaction, les cafés de commerce, les clubs de golf ou les campings, ne se dit pas dans une enceinte parlementaire. Il doit se recycler…

 

D’un calme souverain, en Leader efficace, en Chef charismatique, Jean-François Copé a su ramener le calme dans ses troupes.

 

Sa connaissance du monde musulman, de sa civilisation, de ses valeurs, lui confère toute la légitimité humaine et intellectuelle pour diriger de tels travaux de réflexion, si importants pour notre collectivité nationale. Dans la sérénité. Compréhension, empathie, équité, étant les paramètres essentiels à la clarté de l’analyse. Sa mère, Monique Ghanassia, est originaire d’Algérie. Quelle meilleure clef pour s’ouvrir à “L’Autre” ?...

 

C’est cette dimension que j’apprécie surtout chez cet homme politique exceptionnel, ce sens de l’Universel. De la civilisation musulmane, sa pratique permanente du Moyen-Orient en magnifie la vision humaniste.

 

 

Les Chevaliers de la Dignité Humaine

 

Oui.

 

En dehors de ses multiples responsabilités, il est membre du Comité Directeur, après en avoir été un temps le Président, de la prestigieuse « Association France-Israël ».

 

Ce centre de réflexion est réputé pour la qualité, l’impartialité, l’éthique de ses analyses sur la France, Israël et le devenir du monde. Un extrait de la présentation :

« … La doctrine essentielle de l’Association réside dans la certitude qu’aujourd’hui, les nations française et israélienne sont menacées par des ennemis identiques : la détestation de l’État-Nation, l’islamo-fascisme et l’extrémisme de droite et de gauche. Le mot d’ordre de France-Israël est donc :

 Quand nous défendons la France nous défendons Israël, et quand nous défendons Israël nous défendons la France !” ». (12)

 

A priori, je ne pense pas qu’Israël, qui est une des premières puissances nucléaires de la planète et un des trois premiers vendeurs d’armements du monde, parmi les plus sophistiqués dans la haute technologie, ait un quelconque besoin d’être “défendu” par la France…

 

Toutefois, je l’admets, nous nous devons d’être solidaires dans la défense de la Civilisation : les jets de cailloux de résistants à la spoliation de leurs terres peuvent être gênant dans les nouvelles colonies, pour la circulation automobile et la quiétude des barbecues. Il faut frapper fort. Faire preuve de vigilance et de fermeté. Comme à Gaza en décembre 2008 et en janvier 2009. Sans hésiter.

 

Des dangers plus réels, aux enjeux encore plus déterminants, se profileraient en France même...

 

Lors d’un “dîner de soutien”, tenu le 19 novembre 2009, le président actuel de l’Association France-Israël, G.W. Goldnadel, courageusement lucide, a identifié les dangers qui ébranlent la France et son “identité”.

 

Avec clarté, il sensibilisait les législateurs de notre pays, au premier rang desquels figurait Jean-François Copé qu’il tutoyait amicalement dans son discours (13) :

 « … Des bandes déterminées, organisées, puissamment financées, profitant de bouleversements démographiques en rien maîtrisés, dont il est de très mauvais goût de seulement s’inquiéter, contribuent puissamment à la détestation d'Israël et de son peuple.

Le boycott de ses produits, de son agriculture, de sa Culture, pourtant rayonnante, commence à devenir naturel.

Des femmes voilées ou en burkha pénètrent violemment dans les supermarchés pour empêcher leur vente dans un étrange silence... » (14)

 

Diable !  My God ! On en a le souffle coupé !…

 

D’habitude, les vigiles des supermarchés vous écrasent une cage thoracique pour moins que ça.

 

Si “des femmes voilées ou en burkha”, adeptes du karaté, neutralisant les vigiles en smoking, mettent en danger “violemment” le libre commerce et la libre concurrence dans ce genre d'établissement, il est assurément urgent de légiférer. Surtout, si elles ont, en plus, la prétention de plonger « dans un étrange silence » ces temples de la joie et de la fête à la gloire du Veau d’Or !...

 

Ce serait la mort de La République

 

Au cœur des recherches et observations de ce centre de recherche éminent, Jean-François Copé, membre de son Comité Directeur, ne manquera pas de faire profiter notre pays de l’exemple d’Israël qui est un “modèle d’intégration”, admiré dans le monde entier.

 

Israël n’est-il pas un véritable laboratoire de l’humanisme, de la solidarité, de la justice, de la paix, du respect du droit international, des Conventions de Genève, des religions et des peuples ?...

 

N’est-il pas, pour l’humanité, un modèle sans pareil de la “laïcité” ?... Encore une fois à l’avant-garde de l’humanisme et des progrès de La Civilisation, début janvier 2010, des parlementaires israéliens souhaitent, dans un rayonnement laïc, faire voter une loi imposant aux députés de :

« … jurer fidélité à un "Etat juif"… ». (15) 

 

W.G. Goldnadel, Le président de l’Association France-Israël, a raison de proclamer à la fin de son discours :

« … Mais nous, nous sommes l’Humanité. » (16)

 

Effectivement, “Les Autres” ne sont que des zombies…

 

Je le reconnais.

 

Ces grands hommes, législateurs clairvoyants, défenseurs de la laïcité et de l’identité nationale, je les crois. C’est ma seule certitude. J’y tiens. Je m’y maintiens.

 

Je n’ai pas encore compris mon “identité”. Je ne sais pas ce qu’elle veut dire ou signifie. Même si je ne la comprends pas, grâce à eux, cette identité, je la sens, je la vis. C’est l’essentiel. Impalpable et solide comme du béton.

 

Ce béton recouvrant les quelques velléités culpabilisantes d’avoir eu l’intention d’émettre, de manière fugitive et inaudible, des réserves sur la caste qui nous dirige dans son infinie sagesse ...

 

Non, la France, légiférant des lois discriminatoires n’est pas raciste. Elle reste le “Phare Universel” de l’Humanisme et de la Dignité Humaine, dans la promotion de la Paix et de la Solidarité.

 

Nous”, comme ils disent, “nous sommes l’Humanité”. Les “Autres”, n’en sont pas.

 

Alors…

 

Ma carte d’identité et mon passeport, les photos bien en évidence, déposés au pied de ma lampe de chevet, sur ma table de nuit…

 

Après les guili-guili de ces champions de la grandeur d’âme et de l’honnêteté, symboles de la puissance et de la sécurité paternelles, veillant sur moi en contrepartie de ma soumission…

 

Je vais m’endormir comblé d’un apaisement infini, dès l’émission de mon petit rot :

« J’aime Mon Pays ».

 

A-reu…  A-reu…

 

 


 

 

1)  Louis-Ferdinand Céline, lettre du 5 août 1947, à Milton Hindus. Citée dans Céline par Yves Buin, Gallimard – Folio, 2009, p. 168.

2)  Antonin Sabot, Identité nationale : la presse mondiale raille « la mauvaise idée de Sarkozy », Le Monde, 23 décembre 2009, http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/12/23/identite-nationale-la-presse-mondiale-raille-la-mauvaise-idee-de-sarkozy_1284178_3224.html

3) Johannes Eckhart (1260-1328), sermon : « In hoc apparuit caritas Dei in nobis », cité par Jeanne Ancelet-Hustache, Maître Eckhart et la Mystique rhénane, Le Seuil, Paris, 1956.

4)  Gustave Le Bon, Psychologie des foules, première édition 1895, Edition Félix, Alcan, 9° édition 1905, 192 pp., édition électronique : http://envole.net/enote/doc/20080418_Gustave_le_bon_psycho_des_foules_alcan.pdf

5) Les couples mixtes se heurtent aux entraves des préfectures,

Le Monde, 22 décembre 2009, http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/12/22/les-couples-mixtes-se-heurtent-aux-entraves-des-prefectures_1282848_3224.html

6)  Savourez le début de l’intervention d’Eric Raoult sur le double langage lors de l’audition de Tariq Ramadan à l’Assemblée Nationale devant la “Commission sur le port du voile intégral”, jeudi 3 décembre 2009, http://www.tariqramadan.com/spip.php?article10933...

7)  Encore dix-huit députés pour la peine de mort, Libération, 30 janvier 2007, http://www.liberation.fr/politiques/010118202-encore-dix-huit-deputes-pour-la-peine-de-mort

8)  ADELMAD (Association des Elus Amis D’Israël) : http://pesia28.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/11/08/douzieme-visite-annuelle-d-adelmad-en-israel.html, ou encore http://ms-my.facebook.com/note.php?note_id=224715609950

9)  Eric Raoult, revue de presse du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) du 8 mars 2004, Eric Raoult : Je suis d’accord avec Sharon, http://www.crif.org/?page=articles_display/detail&aid=2548&returnto=articles_display/detail_th_type&thid=5&artyd=5

10)  Consulter les deux sites : http://www.jeanfrancoiscope.fr/site/index.php & http://www.generationfrance.fr/web/index.php

11)  http://www.rue89.com/2009/12/23/le-minaret-de-clement-en-travers-de-la-gorge-de-nora-bera-131090

12)  http://www.france-israel.org/page.ahd?idrub=5

13) Un membre du gouvernement français assistait à cette manifestation aux côtés de Jean-François Copé, Mr. Christian Estrosi, Ministre auprès de la Ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi.

Parmi les officiels israéliens figurait le général Ya’alon considéré par des associations humanitaires comme un criminel de guerre, notamment à la suite du rapport Goldstone de l’ONU, en tant que responsable des massacres de Gaza.

14)  http://www.france-israel.org/articles.ahd?idrub=29

15)  Le Monde, « Les députés arabes israéliens vont-il devoir jurer fidélité à un "Etat juif" ? », 3 janvier 2010, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/01/03/les-deputes-arabes-israeliens-vont-il-devoir-jurer-fidelite-a-un-etat-juif_1286974_3218.html

16)  Discours du 19 novembre 2009, Association France-Israël, Op. Cit.

 

 

Photos des comiques : Laurel (le maigre) et Hardy (l’enrobé…). Voir le site : http://www.laurel-and-hardy.com/

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 18:03



La Suisse a voté par référendum.


L’enjeu en était une poignée de minarets, puisqu’il n’y en a que quatre de construits, actuellement …


Ce vote ne m’a ni surpris, ni « choqué », pour reprendre le mot d’un Kouchner…


Loin de le trouver « honteux », je le respecte du fait qu’il émane d’une majorité. D’autant plus qu’il traduit, au-delà de la Suisse au cœur de l’Europe, une réalité profonde de notre monde occidental.


Depuis des siècles la confédération suisse a vécu dans des particularismes régionaux, ethniques, bien tranchés. Comme d’autres pays européens, avec leurs guerres civiles, de religions, de royaumes, de duchés, de provinces …


Parfois d’une vallée à l’autre : la Suisse alémanique, d’expression germanophone, riche de ses industries chimiques et pharmaceutiques, méprisant la Suisse romande, d’expression francophone. Réputée fainéante, campagnarde et sous-développée…


Suisse romande qui a comblé son retard, sur le plan du PIB, en se spécialisant dans les transactions financières, sur fond de « secret bancaire » et de paradis fiscal.


Dès lors, de riches francophones de Genève tiennent dans le plus complet mépris les français frontaliers venant chaque jour travailler en Suisse. Considérant en « racaille » les français en provenance, par exemple, d’Annemasse (1) …


Les deux « Suisse » méprisant, à leur tour, la « Suisse italienne », limitrophe de l’Italie qualifiée « d’archaïque », peuplée de « sauvages ». Objet longtemps d’un racisme interne à la confédération, jusque dans les années 1970…


Il faut voir, ou revoir, le formidable film de Franco Brusati, « Pain et Chocolat », avec Nino Manfredi et Anna Karina, distribué en 1975, dont le DVD est sorti en 2002, pour comprendre le contexte actuel. (2)


Alors, assister à l’émergence de minarets dans les alpages, il y a de quoi prendre en considération l’émotion du valeureux et riche (enfin, une minorité…) peuple helvète…


Heureusement, beaucoup de Suisses luttent contre cet enclavement, ce repliement, intellectuels. Ils se reconnaîtront dans mon amical salut.


Ce vote, très intéressant par sa symbolique, rejoint le « Débat sur l’identité nationale » lancé par le parti au pouvoir en France, en vue de collecter le vote d’extrême-droite aux prochaines élections régionales. On retrouve, sous différentes formes, les mêmes campagnes dans les différents pays occidentaux, jusqu’en Australie.

 

 

Au fond…


Au-delà des campagnes de propagande islamophobes justifiant les aventures bellicistes et coloniales dans les pays musulmans, de la Palestine à l’Afghanistan. Détournant colère et frustration des opinions occidentales devant les désastres économiques et la prédation de leurs propres castes dirigeantes …


Cela traduit quoi ?…


Le désarroi. Le refus. Le déni.


Face à cette chronique d’une fin annoncée, en ce siècle, de la suprématie du « JCWW » (Judeo-Christian White Westerner). Traduction : Occidental Judéo-Chrétien de Race Blanche.


Ce que j’étais à ma naissance, et me refuse d’être aujourd’hui.


Car, « l’identité nationale » c’est quoi ?…


On nous dit : « c’est pour lutter contre le communautarisme ! ».


Non.


La découverte du monde, le fait de vivre au milieu de peuples et d’autres civilisations m’a fait, me fait, prendre conscience de la petitesse de notre planète : un village, sur une poussière, perdu dans l’espace.


Nos nations ne sont que des « communautés ». Et, vouloir instrumentaliser une « identité nationale », c’est justement exacerber les communautarismes. C’est refuser d’apprendre à vivre ensemble.


Depuis les Croisades et, surtout à partir du XV° siècle, avec le développement des colonies et grands empires européens, l’Occidental Blanc exerçait la suprématie des armes et, par là pensait-il, celui de la primauté de « sa race ». Indéfiniment…


C’est terminé, il faut en prendre conscience. La Planète n’est la propriété exclusive d’aucune « race supérieure », les autres peuples étant ses esclaves.


Dur, dur… Et, alors ?…


N’est-ce pas plus riche de perspectives ?…


Mon "identité", ne se trouve-t-elle pas dans le partage de « valeurs » ?… Et, non pas celui d’un territoire, d’un saucisson ou d’un camembert ?…


Je me trouve plus solidaire, plus concerné, par la lutte des Boliviens ou des Equatoriens dans la récupération de leur dignité, de leurs patrimoines, que par le sort des banquiers véreux et nuls, qui ont pillé la collectivité française. Pompant des milliards, par un tour de passe-passe complice de nos gouvernants, alors qu’ils étaient en faillite.


Oui, je me sens, en ce moment, furieusement « Bolivien » ou « Equatorien »…


Les valeurs que je veux partager sont celles de la paix et de la prospérité, du respect de La Dignité Humaine.


Non pas de la prédation commise par une minorité, une oligarchie, à l’intérieur de mon pays, incapable de redistribuer son immense richesse nationale : la cinquième mondiale. La caste au pouvoir, une poignée de clans privilégiés, ne cessant de qualifier la France de « pays en faillite », pour ne pas en partager les revenus.


Je ne ressens aucune communauté ou identité de destin, avec ces « Français » aussi cyniques que totalement malhonnêtes. Me sentir « Français », avec eux ?… La nausée, plutôt.


Au prétexte d’être « Français », devrais-je me sentir solidaire d’un gouvernement qui envoie nos soldats bombarder et tuer des Afghans, à des milliers de kilomètres de mon pays ?…


Non, quand j’assiste à ces saloperies, je me sens profondément « Afghan ».


Quand, je vois nos gouvernants (de Giscard à Sarko, en passant par Mitterrand et Chirac…) soutenir militairement les dictatures héréditaires du Togo ou du Gabon, je ne me sens aucunement « Français ». J’ai « honte ». Malgré la couleur blanche de ma peau, je me sens viscéralement « Togolais » ou « Gabonais », qui pleurent de rage devant le pillage de leurs pays.


Je sais, nous l’avons tous compris, « l’identité nationale » pour la nomenklatura au pouvoir, c’est vouloir nous faire peur, face à l’évolution du monde. Nous faire taire devant ses prédations, son incompétence et sa corruption.


On veut nous faire le coup du bon petit patriote décérébré (on s’arrange même pour supprimer les cours d’histoire dans l’enseignement…), face au drapeau, petit doigt sur la couture du pantalon :

« Garde-à-vous ! Travaille ! Consomme ! Et, ferme ta gueule ! »


Désolé, je ne suis ni de la génération de Vichy, ni un adepte du culte Pétainiste.


La France n’est que le quartier où je suis né.


Dans ce village, notre Planète, dont je revendique l’identité :

 

Citoyen du Monde

 

 

 

 

 

 

 

(1)  http://www.lepost.fr/article/2009/10/06/1728037_un-parti-politique-suisse-cible-la-racaille-francaise-des-propos-racistes-inacceptables.html

(2)  http://www.dailymotion.com/video/x3znh7_pain-et-chocolat-nino-manfredi_shortfilms

 

 Illustration : Affiche de propagande du gouvernement "collabo" de Vichy, sous l'occupation allemande, représentant le Maréchal Pétain.


 

 

 

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 17:40

 


« Si le pouvoir de normalisation veut exercer le vieux droit souverain de tuer, il faut qu’il passe par le racisme. »

 

Michel Foucault (1)

 

 

 

Je me ressourçais à la finesse des analyses de Michel Foucault sur le pouvoir et ses dérives, le racisme étant une de ses pires pathologies, quand j’appris qu’un débat entre Tariq Ramadan et Caroline Fourest, se déroulerait chez Taddeï. Dans une émission de FR 3. (2)

 

Intéressant, me dis-je, d’assister à la rencontre entre une représentante éminente du "racisme d’Etat" français et un intellectuel au rayonnement international, spécialiste de l’Islam. Prudent, toutefois, je n’en attendais pas grand-chose. (3)

 

Ces rencontres télévisuelles relèvent plus du pugilat, que de la confrontation d’idées, de convictions ou de positions. L’objectif étant souvent, outre de « faire de l’audience », de noyer, parasiter, étouffer les propos de celui qui ne doit pas être entendu. Selon les diktats du politiquement correct.

 

Tariq Ramadan, j’ai l’habitude de suivre ses interventions sur les chaînes de TV britanniques où il est régulièrement invité, s’exprimant dans un excellent anglais. Toujours aussi clair, concis, serein. (4)

 

On se souvient qu’il avait été recruté pour occuper la chaire d’islamologie dans la plus grande université catholique du monde, celle de Notre-Dame, dans l’Etat d’Indiana aux USA (5). Mais au dernier moment, le gang "bushiste" dans lequel s’illustra le “grand inquisiteur” fanatique Daniel Pipes (6), spécialiste de la chasse aux universitaires « suspects de déviationnisme antichoc des civilisations », bloqua son visa d’admission.

 

L’université d’Oxford, au Royaume Uni, le récupéra aussitôt. Il est régulièrement consulté par les autorités du pays. Comme dans d’autres pays européens ou d’autres continents. Ses livres en anglais se retrouvent dans toutes les librairies britanniques. Sollicité dans le monde entier comme conférencier (7), il est l’exemple du chercheur qui étudie, analyse, écoute, regarde, échange. Dans l’humilité.

 

Sauf en France.

 

Depuis l’ère Pasqua, ministre de l’Intérieur d’alors qui, entre deux contrats de vente d’armes sur l’Angola, s’arrangeait pour que les préfets interdisent l’obtention de salles de conférences ; lorsqu’on voulait faire venir Tariq Ramadan pour débattre avec lui.

 

Estampillé « islamiste ». Ce qui équivaut à une condamnation d’excommunication de l’Eglise ou, de nos jours, à une “fatwa républicaine”.

 

Un test ?

 

Je vous offre votre poids en chocolat si vous trouvez un seul de ses livres dans une bibliothèque municipale en France ou un centre culturel français à l’étranger. Alors qu’abondent, en bonne place dans ces mêmes établissements publics, les livres de propagande les plus islamophobes, anti-arabes, anti-iraniens, anti-palestiniens, et j’en passe, du circuit de l’édition francophone.

 

« Liberté d’expression », « Exception culturelle française »… Diabolisons, d’abord. Réfléchissons, ensuite.

 

En France, Tariq Ramadan est ostracisé par le puissant lobby islamophobe et ses beni oui-oui d’origine libanaise ou maghrébine. Tout simplement, parce qu’il n’accepte pas la diabolisation de l’Islam. Comme tout clou qui dépasse, il a donc droit aux coups de marteau des tenants de notre glorieux héritage colonial. Les « inférieurs » doivent « s’écraser » et demander la permission d’exister.

 

Hélas ! Son approche intellectuelle n’a rien à voir avec la verroterie conceptuelle de bazar des bateleurs s’autoproclamant représentants “éclairés par la modernité occidentale” de la communauté musulmane d’Europe. Tant prisés par les médias dominants et les milieux intellectuels racistes.

 

Dont on sait, à part leurs sponsors et autres commanditaires semble-t-il, que :

«… leur fortune médiatique est trop souvent inversement proportionnelle à leur ancrage dans la population qu’ils sont supposés représenter.

Et qu’ils ne doivent leur temps d’antenne qu’à leur capacité à occulter beaucoup d’autres visions, bien d’autres sensibilités, de multiples autres exigences, qui sont souvent celles de la vaste majorité de leurs concitoyens ou de leurs compatriotes, ainsi privés de voix ». (8)

 

 

 

 

Dans un activisme vibrionnant, Caroline Fourest anime cette mouvance. Tous les médias officiels, presse, radios, TV, lui sont ouverts. Passant pour une spécialiste de l’Islam. Alors qu’elle n’est que l’archétype de l’intolérance islamophobe. Si bien décrite, démontée, dénoncée, dans les livres d’Edward Saïd.

 

Oui. Les USA ont Daniel Pipes. Nous en France, en Europe, nous avons notre grande inquisitrice : Caroline Fourest. Au culot inébranlable. Transbahutant son fonds de commerce islamophobe, baluchon, bric-à-brac d’intolérance, de suspicions paranoïaques, de réquisitoires en sorcellerie.

 

Elle m’avait amusée, dans une émission de TV britannique vue à Londres, lors du lancement médiatique de la guerre en Irak. Y avaient été invités des “journalistes” de différents pays européens pour justifier l’innommable : détruire un pays, plus d’un million de morts, sur fondement de mensonges. Tout le monde le savait.

 

Car une guerre se lance comme un nouveau dentifrice sur le marché, par un matraquage publicitaire préalable ou en accompagnement. La propagande, en pleine effervescence, roulait du tambour sur l’hystérie du choc des civilisations : "l’Islam une menace pour l’Occident" !

 

Dans sa diatribe anglicisante, Caroline Fourest venait confirmer combien la France était en danger avec des banlieues, des mosquées, des imams propagateurs de la haine de l’Occident…

 

Pitoyable.

 

Elle ne voit l’Islam qu'à travers les stéréotypes des néoconservateurs US. Dans un laborieux copié-collé des argumentaires de propagande, élaborés par les officines de la désinformation des Think Tanks. Même pas retraités. Encore moins repensés. Régurgités, simplement.

 

Le comble du ridicule : quand elle aborde cette immense mosaïque désignée sous l’appellation de Frères Musulmans ! Variant, évoluant, dans sa composition et ses orientations, d’un pays à l’autre, d’un courant à l’autre, d’une époque à l’autre. Avec ses bons et ses méchants, ses héros et ses dissidents, ses martyrs et ses collabos.

 

Visiblement, sur L’islamisme et les Frères Musulmans, elle ne s’est même pas donnée la peine de lire l’ouvrage fondamental de François Burgat. (9) Le meilleur spécialiste international sur la question.

 

Alors, dans ce fourre-tout relooké en Chaudron de l’Enfer, Caroline Fourest vient puiser à la louche tous les amalgames, toutes les thèses et condamnations, contre l’Islam. Hypnotisant un public désinformé. Bien sûr, à l’abri des “appellations-alibis”, boucliers de la rhétorique islamophobe : islam radical, laïcité

 

Incapable de lucidité, de courage, d’honnêteté, pour constater, toucher du doigt, dire, que ce ne sont pas des musulmans qui occupent militairement, bombardent, rasent des villages, villes, régions, pays, en Europe ou en Amérique du nord. Dans l’hyperviolence. Depuis des décennies. Mais, le contraire. En Terre d’Islam, ce sont des occidentaux, chrétiens ou pas, laïcs ou pas. Semant quotidiennement la mort, la désolation, la souffrance, le désespoir. Dans la bonne conscience.

 

Refusant d’admettre que l’Islam est une des grandes religions de l’Humanité et donc de l’Europe, elle et ses sponsors la voudraient invisible. Dans son délire inquisitorial, traquant inlassablement le “double langage”, sur fond de procès d’intention. Ce n’est plus la chasse à la taupe moscovite, mais à la taupe iranienne, "islamofasciste", alqaïdesque…

 

Sa cible privilégiée étant : Tariq Ramadan.

 

Multipliant, livres, articles, déclarations, présences médiatiques. Cette “journaliste de gauche” pratiquant avec cynisme le « double langage » qu’elle prétend dénoncer. Dans son acharnement, ne cessant de clamer son républicanisme, elle milite pour l’interdiction de Tariq Ramadan dans les universités !…

 

Semer le doute, instiller la peur. La peur de L’Autre. Du musulman pratiquant. “L’autre race … celle qui, en permanence, et sans cesse, s’infiltre dans le corps social, ou plutôt se recrée en permanence dans le tissu social et à partir de lui.” (10)

 

Dans un combat  incessant “… à partir d’une race donnée comme étant la vraie et la seule, celle qui détient le pouvoir et celle qui est titulaire de la norme, contre ceux qui dévient par rapport à cette norme. ” (11)

 

L’obscurantisme, l’intolérance, le radicalisme du racisme, le fanatisme, sous couvert de la défense de la laïcité.

 

D’où vient cette rage ? Exiger la suppression de la parole de « l’autre » ? Pourquoi un tel harcèlement, à l’encontre de Tariq Ramadan ? Pourquoi une telle obsession ?… Heures, jours, mois, années… Implacable.

 

Au fil des échanges le débat s’enlisait, avec une Caroline Fourest empêtrée dans ses anathèmes incapables de dissimuler amalgames et manipulations. De citations, de contextes, d’erreurs factuelles. Dans la fureur de ses “excuses sincères”, à chaque ramassage “coquillesque” que lui présentait son interlocuteur.

 

Fragile libellule du tripatouillage informationnel, persécuteur, mensonger, face au rouleau compresseur de la maîtrise méthodologique d’un chercheur du calibre de Tariq Ramadan. Pathétique prestation d’une propagandiste, prise les doigts dans le pot de confiture de la désinformation…

 

J’éprouvais de la compassion.

 

Quand progressivement ma perspective changea, grâce au remarquable travail des cameramen et de la régie.

 

On ne salue jamais assez les prouesses que réalisent ces techniciens saisissant en direct, donc sans montage en post-production, une émission TV. Changer d’angles et de perspectives en permanence pour donner du rythme à un débat, où dialoguent sur un plateau, quand ils ne s’apostrophent pas, plusieurs interlocuteurs.

 

Pour accentuer l’ambiance « duel », ils reprenaient la pratique magnifiée par Sergio Leone dans ses westerns. Cadrant à tour de rôle, en gros plan, le regard des duellistes. Ne manquait que la musique d’Ennio Morricone, avec ses mélodies portées par une harmonica…

 

Les yeux, plein écran, la caméra glissant sur les joues et mentons des protagonistes, barbe de l’un, fond de teint de l’autre, pour saisir la lumière dans l’éclat des iris de l’opposant…

 

Superbe alternance.

 

Soudain. Je compris. Nulle lueur haineuse, meurtrière.

 

Aveuglante. L’étincelle. L’illumination. Un champignon atomique surgissant à l’horizon. Ce fut le titre du film d’Alain Resnais, sur un scénario de Marguerite Duras qui me vint à l’esprit :

Hiroshima Mon Amour

 

Explosant, fou, jaillissant, passionné, ravageant, fasciné, haletant, déchiré…

 

Dans la fulgurance bleutée du regard de Caroline Fourest, un cri silencieux jeté à l’homme de sa vie, muré dans son incompréhension…

 

Tariq Mon Amour !...

 

 

 

 

 

 

 

 

1.  Michel Foucault, Il faut défendre la Société, Cours au Collège de France - 1976, Gallimard, 1997, p. 228.

2.  Emission France 3 à visionner : http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/?page=emission&id_rubrique=833

3.  « Racisme d’Etat : un racisme qu’une société va exercer sur elle-même, … un racisme interne, celui de la purification permanente qui sera l’une des dimensions fondamentales de la normalisation sociale. », Michel Foucault, Op. Cit., p. 53.

4.  Visitez son site : http://www.tariqramadan.com/

5. http://en.wikipedia.org/wiki/University_of_Notre_Dame

6. http://www.voltairenet.org/article13765.html 

7.  Visionnez sa récente conférence au Canada : http://www.tariqramadan.com/spip.php?article10915

8.  François Burgat, Ôte ta conscience de là que j’y mette la mienne, 3 janvier 2007, http://oumma.com/Ote-ta-conscience-de-la-que-j-y

9.  François Burgat, L’islamisme en face, Paris, La Découverte, 1995, Poche 1996, édition mise à jour 2002 et décembre 2007.

10. Michel Foucault, Op. Cit., p. 52

11. Michel Foucault, Op. Cit., p. 53

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 21:00

 

 

« Pauvre troupe, dont les malheurs injustes demeurent comme une ineffaçable leçon dédiée à ceux qui gouvernent et à ceux qui commandent. »

 

Général de Gaulle  (1)

 

 

 

 

 

 

 

Je m’attendais au pire…

 

Ce fut pire !…

 

Cette formule, sans paternité précise, résume mon sentiment aux propos de notre sympathique président (2), « chef des armées », devant micros et caméras au pied de la tribune officielle du 14 juillet, dès la fin du défilé.

 

L’engagement des troupes françaises en Afghanistan, nous a-t-il expliqué, a pour finalité la "défense de la démocratie", de la femme afghane et « des petites filles afghanes à qui on coupe les mains pour avoir mis du vernis à ongles… ».

 

 

Liberté de la malnutrition et du massacre

 

Eh, oui ! Les pauvres petites filles afghanes qui envient le vernis à ongles de leurs mères et de leurs grandes sœurs, à la sortie de la manucure chez leurs coiffeuses, tous les jeudis soirs. Parce que chez ces attardés, ils ne peuvent pas faire comme tout le monde, le dimanche : c’est le vendredi…

 

Petites filles, rêvant à la lecture des magazines spécialisés dans « la libération de la femme » … Marie-Claire, Elle, Cosmopolitan, sur les tables basses du salon devant les écrans TV, multipliant la vision de toutes ces belles jeunes « femmes libérées », dans les publicités des fabricants de cosmétiques ou les feuilletons… FriendsPlus belle La Vie… Dans le ronronnement des climatiseurs, en été. En hiver, dans le canapé noyé de coussins, face au feu de cheminée…

 

On se doit de les comprendre, à leur âge, elles n’ont qu’une envie. Se précipiter au supermarché du coin pour s’acheter le symbole de la liberté et de la civilisation : le vernis à ongles

 

Problème : les méchants Talibans, enturbannés de machisme, qui les attendent sournoisement au coin du parking pour leur couper les mains… Tchac ! D’un seul coup ! Sans anesthésie, en plus !… Avec leurs grands sabres, recourbés par la fourberie de leur sauvagerie ancestrale.

 

Affection, tendresse, sentiment paternels : connaissent pas. Même pas des animaux… Racisme ?… Mais, non, c’est scientifique, je l’ai lu dans les journaux et je l’ai vu à la TV : résultat des enquêtes journalistiques, diffusées uniquement sous forme de clichés et de stéréotypes par nos grands médias…

 

Comment être insensible à la souffrance du manque de vernis à ongles des petites filles afghanes ?… Tant de cruauté de ces terroristes… Pardon : « insurgés », est la nouvelle appellation. Je m’y perds. Elles qui n’ont rien pour se soigner, rien à manger (3). Leurs maisons bombardées, saccagées, les récoltes familiales détruites par les armées d’occupation.

 

Pourquoi ne leur laissent-ils pas, au moins, le vernis à ongles ?… Ne pas comprendre combien elles en ont tant besoin pour oublier cette apocalypse quotidienne infligée par la soldatesque OTANesque.

 

Si au moins, ils faisaient semblant comme pour l’organisation des élections par l’OTAN. Truquées, évidemment, jusqu’à trois chiffres après la virgule. Mais, on fait comme si… Alors que les Talibans, eux, ne simulent pas. Tchac !… Faire semblant, c’est trop sophistiqué pour ces primitifs.

 

Regardez la différence avec les glorieux soldats occidentaux défenseurs de la Civilisation, dans leurs costumes d’extra-terrestres, devant les TV du monde entier, faire semblant de « créer des écoles ». Gagner « les cœurs et les esprits » : « hearts and minds »… Chevaliers sans peur et sans reproche…

 

C’est une des marottes des spécialistes de la « guerre psychologique » : « ouvrir des écoles ». En fait et en priorité, de la « guerre psychologique » contre les opinons publiques des pays occidentaux qui n’acceptent pas les délires coloniaux.

 

Ils pondent à répétition des remakes des grands classiques des films de propagande des guerres coloniales des années 60–70 : les portugais en Angola ou au Mozambique, les britanniques au Kenya et ailleurs, les hollandais en Indonésie, les français en Algérie, les américains au Vietnam.

 

Dans ces films, on ne massacrait pas, on ne brûlait pas des villages, on ne torturait pas les résistants, on passait son temps à « ouvrir des écoles ».

 

La trouvaille n’est pas mal. Inusable, on n’arrête pas de s’en servir. Mais, je la trouve un peu intello, avec un risque de saturation à force de répétition. Il faut, de temps en temps, une formule choc : « couper les mains des petites filles pour cause de vernis à ongles »… Là, nous atteignons un palier supérieur : « Le choc des images, le poids des mots », comme dit l’autre...

 

Aghhh !…  Même si cela n’a jamais existé, ne s’est jamais produit, rien que d’y penser j’en ai la rage !…

 

Salauds de Talibans, il faut les nucléariser ! Les "droner" n’est pas suffisant. Comprennent pas. Noyer ces barbares dans le feu de l’enfer, eux, leurs ascendants, descendants et collatéraux. Jusqu’à la cinquième génération.

 

Cinq générations, déjà, qu’ils en bavent dans les invasions successives : britanniques, soviétiques, occidentales. Et, ils n’ont pas encore compris l’importance du vernis à ongles… Il leur faut cinq autres générations, pour parvenir au seuil de l’intelligence.

 

Les atomiser jusqu’au dernier, c’est tout ce qu’ils méritent. Des têtes de mules…

 

 

La loi du genre

 

Certains trouvent pathétique de voir notre « chef des armées » justifier l’envoi de nos soldats en Afghanistan sur un tel mensonge. Ils exagèrent. Ils manquent de réalisme, des romantiques égarés en politique.

 

D’autres protestent : les petites afghanes ne portent pas du vernis à ongles, mais les « stigmates de la guerre ». Quand elles survivent, avec leurs petits frères….

 

Beaucoup meurent dans les bombardements ou les tirs aveugles des troupes de l’OTAN. Périodiquement, des fillettes sont tuées par les soldats de cette coalition (4). Nombreuses sont celles qui resteront estropiées, infirmes ou aveugles.

 

Voilà ce qu’affirment des spécialistes de la santé de l’enfant. Des âmes sensibles…  Parce que même les bureaucrates de l’ONU, des multiples ONG prospérant dans le Charity Business, n’en font jamais état.

 

Voyez l’UNICEF, l’organisation de l’ONU chargée de la protection de l’enfance : vous ne trouverez aucune publication d’étude, de statistique, d’enquête, de recensement, sur les ravages des bombardements, des blessures et infirmités de guerre concernant les enfants, conséquences des opérations militaires et des bombardements des troupes occidentales. Encore moins, un inventaire précis du nombre d’orphelins dus à ces actes. (5)

 

En Afghanistan, comme en Irak. Malgré son budget en millions de dollars…

 

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien savoir…

 

Je comprends l’UNICEF, et les « grandes » ONG, cela mettrait en difficulté leur star system. Angelina et autres People risqueraient d’en défaillir et de ne plus venir se balader en Afghanistan, devant les caméras. Il faut bien collecter des fonds. Money, money, money

 

On ne tartinera donc que sur la malnutrition ou les écoles… Enfants tués, blessés, orphelins suite à des actes de guerre ?… Par des occidentaux ?… My God !… Hors de ma vue !…

 

Normal. Les guerres coloniales sont fondées sur le mensonge. L’omission. La dissimulation. C’est la loi du genre. Considérer les peuples occidentaux, le peuple français, comme des veaux pouvant ingurgiter n’importe quelle « hormone de croyance », enrobée d’OGM médiatique (Obsession Grossièrement Manipulée).

 

Comme en Irak. Aucune des infrastructures civiles protégées par les Conventions de Genève comme les stations d’épuration d’eau, écoles, universités, hôpitaux, ministères (à part celui du pétrole), musées, administrations, n’a été épargnée de la destruction. Comment le faire admettre ?… A cela s’ajoutant 2 millions de morts, un pays entièrement détruit, sans mentir à fond ?…

 

Mentir à fond… Quoique…

 

Croire que plus l’argument est stupide et plus ça passe auprès de l’opinion publique, peut se révéler une erreur. Une fois encaissé l’effet choc émotionnel, une argumentation futile, dérisoire et grotesque peut aller à l’encontre de l’objectif souhaité. L’esprit critique insuffisamment anesthésié peut réagir à contretemps.

 

J’en conviens, on peut s’étonner devant l’image projetée « des mains de petite fille coupées pour délit de vernis à ongles ». Même ma grand-mère a pouffé de rire sous son chapeau de paille : « Qui peut avaler pareille tourte ?…», s’est-elle exclamée quand elle a entendu ça…

 

Pour elle, « tourte » est très péjoratif. Madrée, intuitive comme pas deux, elle déteste les tourtes. Jugement sans appel, ce sont les « cache-restes » des restaurants à touristes : tirer un coup de fusil avec des restes et des invendus comme cartouches…

 

Tout en essayant de la convaincre, elle m’a fait réfléchir…

 

J’ai dû, patiemment, lui expliquer qu’il ne faut pas en vouloir à un chef d'Etat qui fait son boulot. Surtout, quand il le fait bien. Celui de justifier l’injustifiable. Promouvoir l’inacceptable. Avec la conviction de la bonne conscience balayant toutes les hésitations. Ça c’est du talent ! Mais, aux claqueurs de talons qui l’entourent, incapables de formuler une propagande qui tienne la route.

 

Au fond, c’est vrai… Régresser jusqu’au « vernis à ongles », ne serait-il pas la démonstration du manque de créativité des experts en désinformation ?… N’est-on pas allé un peu trop loin dans la fantasmagorie de la caricature ?…

 

Moi, ce qui me gêne ce n’est pas le mensonge, dans une propagande. C’est la faiblesse du mensonge. Sa mauvaise articulation. Le niveau d’argumentation est en train de baisser. Admettons-le…

 

Des nuls…

 

Un moment, ils affirmaient que les Talibans jetaient de l’acide sur les visages des petites filles qui allaient à l’école. Impossible de trouver de l’acide en Afghanistan ! Le droguiste du coin n’a pas ça. Sauf dans les labos de transformation de l’opium, étroitement contrôlés par les armées d’occupation. Livré par avion. Pas sérieux, comme baratin, l’acide. Alors, ils ont changé de chanson…

 

Je le reconnais. Dans le temps, la propagande coloniale avait du souffle. Du panache. On partait massacrer, violer, piller, spolier, annexer, pour « évangéliser » les sous-hommes. Du style, de la grandeur !…

 

Plus tard, ce fut pour « apporter la civilisation » à des cannibales, des moyenâgeux, endormis dans leur passivité. Les « instruire », les « initier à la modernité ». Récemment, on s’est précipité pour démolir méthodiquement l’Irak au nom de la liberté, de la démocratie, des droits de l'homme. Argumentaire qui avait un minimum de tenue…

 

Mais, crever des gens et se faire trouer la peau pour du « vernis à ongles »…

 

L’idée est choquante à souhait, la preuve : j’ai failli perdre ma sérénité bouddhique. Mais, c’est un peu gros. Ou, léger en crédibilité. A ce rythme là, on ira se battre en Afghanistan, bombarder et mitrailler les villages, pour imposer des distributeurs automatiques dans les écoles primaires afghanes. Pour « libérer les petites filles ».

 

Non pas pour distribuer des brioches ou des barres chocolatées, elles ne pourraient pas payer, mais pour installer des distributeurs automatiques de préservatifs gratuits. Puisque les « zélateurs de la liberté », il y a même un rigolo de la TV française qui fait sa pub personnelle là-dessus, nous disent que notre propre jeunesse doit y avoir accès dès son plus jeune âge, dans les établissements du primaire. Copuler et consommer, tels des lapins en cage : voilà l’horizon radieux de « la modernité », le sens, la finalité de la Destinée Humaine.

 

Après le vernis à ongles, le préservatif dans les cours de récréation du primaire…

 

Ma grand-mère a raison.

 

Trop facile tout ça. Vraiment, notre propagande doit se recycler. Il y a du laisser-aller. Aucune créativité. Nous ne sommes pas dans une émission de télé-réalité. C’est du sérieux. Notre « chef des armées » doit reprendre en main les "services d'action psychologique". Un effort d’imagination, d’originalité, que Diable !… Mettre tout le monde au travail, virer les incapables et renouveler son staff…

 

D’autant que les choses sont en train de tourner au vinaigre, en Afghanistan…

 

 

 

Petite fille afghane blessée.
Non, elle ne demande pas du vernis à ongles.
Elle réclame ses parents tués avec le reste de sa famille, dans leur maison écrasée sous les bombes de l’OTAN.

 

 

Putain de guerre

 

On vient de rapatrier le corps d’un de nos soldats tué, avec deux de ses camarades gravement blessés…

 

J’éprouve compassion à leur « malheur injuste », pour reprendre la citation du général de Gaulle. Leur jeunesse fracassée, physiquement, moralement.

 

Dans une guerre coloniale dont la cruauté, la stupidité, n’ont d’égales que celles des irresponsables qui « gouvernent » et qui « commandent » pareilles aventures, sur fond de crimes contre l’humanité.

 

Je leur dédie un extrait du livre, Putain de Guerre (6), écrit pas un marine américain Joshua Key. Réfugié au Canada, avec sa femme et ses enfants, il a refusé de retourner en Irak.

 

Il témoigne de ce qu’il a vu, ce à quoi il a participé en Irak, ce qu’il a été obligé de pratiquer, contre sa conscience. Il restitue ce qui est méticuleusement censuré tous les jours, en Occident, dans les médias, les moteurs de recherche, occulté par le matraquage de la propagande : photos, cris, informations, récits de l’horreur.

 

L’horreur coloniale, qui se perpétue en Afghanistan :

 

« … J’avais participé à près de deux cents perquisitions, mais je n’y croyais plus depuis longtemps. La plupart de mes camarade ressentaient la même chose.

Ces raids n’étaient qu’un prétexte pour insulter, intimider et appréhender les Irakiens.

 

Ils nous offraient une cible pratique, un moyen de relâcher nos frustrations, puisque nous n’avions pas de vrais ennemis à combattre. Pendant un certain temps, ces descentes nous ont permis de frapper des civils, de voler leurs biens et de détruire tout ce qu’on ne pouvait pas embarquer.

 

Je ne suis pas le seul à avoir renoncé aux passages à tabac et au pillage, tandis que ma conscience se réveillait. Pour nombre d’entre nous, poser des pains de C-4 (7), saccager des maisons, menotter des adolescents et des hommes nous a stimulés, voire excités, pendant un mois ou deux, mais pas davantage.

 

Le temps s'étirait et nous n’avons pas trouvé d’armes de destruction massive. Nous n’avons pas trouvé de signes d’activité terroriste. Nous n’avons découvert que des civils dont nous avons ruiné la vie ou que nous avons tués, simplement parce qu’ils avaient croisé notre chemin.

 

Certains d’entre nous ne les ont même pas respecté dans la mort… »

 

 

La guerre coloniale, c’est ça.

 

L’occupation occidentale en Afghanistan, c’est ça.

 

Ce n’est pas la distribution gratuite de vernis à ongles aux petites filles Afghanes.

 

Une bouillie, que le cynisme et le sadisme du plus pervers des serial killers aurait du mal à porter au point d’ébullition atteint à présent : sauvagerie, souffrance, avilissement, terreur.

 

Dans le Chaudron du Malheur, où nous immergeons…

 

… Le Peuple Afghan.

 

 

 

 

 

 

(1)  A propos du désastre militaire de 1870 provoqué par la stupide incurie de Napoléon III, son gouvernement et son état-major, face à l’Allemagne de Bismarck.

(2)  Un récent sondage fait état de 63 % de français trouvant Sarkozy « sympathique » …

(3)  « … L'Afghanistan occupe la quatrième place dans le monde en termes de malnutrition. Un enfant afghan sur 10 est sévèrement mal nourri, plus de la moitié des enfants souffrent d'un retard de croissance et un enfant sur quatre meurt avant l'âge de 5 ans. La diarrhée et les infections aiguës des voies respiratoires - des états encore aggravés par la malnutrition - représentent environ 41 % de la totalité des décès infantiles et un enfant afghan sur trois souffre de carence en iode… 
La mortalité maternelle représente une large proportion des décès en Afghanistan… », UNICEF, Août 2009, http://www.unicef.org/french/emerg/afghanistan/index_action.html

(4)  Des soldats canadiens tuent une fillette, Le Devoir Montréal, 29 juillet 2009.

(5)  La dernière « vague » étude du genre, en Afghanistan, remonte à 1997 (il y a 12 ans !…) : http://www.unicef.org/french/emerg/afghanistan/index_9028.html

(6)  Joshua Key, Putain de Guerre, Albin Michel, 2007, pp. 208-209.

(7)  Puissant explosif, présentant l’avantage d’être malléable comme de la pâte à modeler avant sa mise à feu au moyen d’un détonateur.

 

Photo : The Cleveland

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 19:33



Les Iraniens viennent d’élire leur président. Malheureusement, ils ont mal voté…

 

Mais, qu’est-ce qu’ils ont dans la région ?… A moins de leur taper dessus, ils votent tous mal !... Pourtant, nous n’avons pas arrêté de les inciter à voter pour les candidats qui représentent nos intérêts chez eux. Pas moyen. Ils n’écoutent pas.

 

Vérification, encore une fois, de ce que nous n’arrêtons pas d’affirmer : “ils ne comprennent que la force”. Cogner est la seule solution pour leur faire entendre ce qu’est une véritable démocratie : voter pour ceux que nous souhaitons, nous, les occidentaux.

 

A l’exemple de l’Irak, de l’Afghanistan, ou de Gaza, et d’ailleurs. Du Mexique à Taïwan, du Nicaragua au Gabon, de l’Argentine à l’Egypte. Bref, partout, où nous utilisons drones, obus au phosphore, à l’uranium “appauvri”, ou nos escadrons de la mort, “experts es-tortures”, “chasseurs d’opposants”, formés dans nos écoles des “forces spéciales”.

 

Le droit des peuples à décider de leur destin ?... Bien sûr. C’est exécuter d’abord ce que nous dictons. Parce que “nous”, nous sommes porteurs de civilisation, les autres peuples doivent nous écouter. Les Iraniens, tout comme les Vénézuéliens ou les Palestiniens, doivent obéir à nos consignes de vote.

 

Tant pis pour eux, ils ont été prévenus.

 

La main tendue ou le bâton. En clair : “tu t’écrases, ou tu as mon poing dans la gueule”. On va être obligé de leur faire le coup de Gaza. Quelques bonnes séances de bombardement. Cela va crier un peu dans les chaumières, chez nous (chez eux, on s’en fiche…), mais ils verront ce que parler veut dire. Si nous ne nous faisons pas respecter, où va-t-on ?...

 

A moins qu’entre-temps, ils n’arrivent à renverser leur président…

 

 

Prendre ses désirs pour la réalité

 

Chez nous, quand Sarkozy a été élu, les voitures ont brûlé dans les “quartiers défavorisés”, ce qu’on appelle “les banlieues”. Plusieurs nuits durant. Nous étions la risée de nos amis anglo-saxons, se payant notre tête avec notre démocratie policière sur fond d’inégalités sociales. Oubliant que chez eux, c’était pareil…

 


 

Finalement en Iran, à l’annonce des résultats, ceux qui ont perdu les élections ont fait comme chez nous.

 

Sauf que…

 

En Iran, en fait à Téhéran, c’est dans les quartiers nord où il y a eu des incendies. Ce sont les quartiers chics. Certes, les riches quartiers d’une capitale ne représentent pas tout un pays. De plus de 75 millions de personnes. Toutefois c’est un symbole, et les médias ont raison de ne se focaliser que sur ça. Car, les beaux quartiers c’est l’avenir de l’Iran. Comme chez nous, en France.

 

Les beaux gosses des quartiers riches se sont défoulés, sous les encouragements des SMS des Lolitas peinturlurées en Gucci, brûlant de descendre dans les rues avec leurs minijupes (1). Comprenons-les, elles n’en peuvent plus de ne les porter que dans les “boom-disco-techno-boum-boum”, chez les parents, les tantes ou les oncles.

 

Toutefois, les gentils casseurs ont courageusement évité de brûler les voitures des quartiers huppés. Prenant soin d’épargner la limousine Toyota de papa, et le 4x4 Mitsubishi de maman. Et, surtout, leurs coupés Hyundai. Importés d’Abu Dhabi, via les cousins installés sur place. Des milliardaires du business. Ils n’ont brûlé que des poubelles, ou quelques pneus traînant dans les garages de la maisonnée.

 

Se réunir en criant : “Halte à la dictature”, “Où est mon vote ?”, “Ahmadinejad va te laver” !... Quel frisson ! Avec un peu plus de poils au menton, ils pourraient être pris pour le Che, sur les photos de leurs portables. Envoyées illico aux Lolitas, s’extasiant sur les exploits de leurs preux chevaliers.

 

Certains, se sont quand même posé des questions existentielles, pour manifester leur mécontentement face aux résultats. Fallait-il jeter l’écran plasma familial par la fenêtre sur les policiers, avec les consoles de jeu, ou pas ?... To be or not to be, “plasma” ?...

 

Finalement, ils ont renoncé. Cela aurait fait “enfant gâté”. Se limiter à quelques poubelles, c’est plus écolo.

 

La jeunesse des beaux quartiers s’ennuie...

 

C’est vrai comme le disait un "étudiant-ingénieur" sur une vidéo que les chaînes TV françaises passaient en boucle. En train de jouer à la Box, bardé de PC, portables, IPhone, Blakberry, devant l’écran géant de son salon climatisé. On s’ennuie, en Iran.

 

Bien sûr, dans les campagnes beaucoup de “jeunes” font une dizaine de kilomètres à pied pour rejoindre leur école, souvent sans chauffage en hiver. Tous les jours. Ceux-là n’ont pas le temps de s’ennuyer. Ils ont de la chance.

 

Cette jeunesse issue de la bourgeoisie qui n’a connu ni la dictature sanguinaire du Shah, ni la guerre de 8 ans avec l’Irak (2), a envie de s’éclater. Normal. A sa place, j’éprouverais le même spleen

 

Des intellectuels et des artistes, aussi, qui ont envie de vendre à une riche clientèle leur production avec les prix qu’atteignent les moindres croûtes en Occident. En Iran, on est très loin des cotes des galeries d’art moderne occidentales. C’est vrai, il y a de quoi souhaiter tout casser.

 

Mettez-vous à leur place. Voir des ballons gonflés à l’hélium au château de Versailles, ou dans le musée-palais de Pinault à Venise, atteindre des millions d’euros… Produire n’importe quoi et ramasser des millions dans l’extase des gogos ! Qui ne voudrait pas gagner des millions, dans ces conditions ?...

 

Moi, je les comprends. Attendre encore une génération, voire deux, pour pouvoir jouir des mêmes spectacles qu’à New York, Londres ou Amsterdam, j’en conviens, c’est trop long. Horrible attente, comme pour ce spectacle en ce moment à Paris (3) :

«… Pâquerette ne se contente pas d'effeuiller la marguerite mais de "faire danser tous les orifices, dont l'anus", selon ses auteurs. "On a envie de trouver des intensités nouvelles, loin des normes et des codes, raconte François Chaignaud.

… La question de la morale est rejetée par les artistes. La fameuse formule, bien commode aussi, "l'art est au-delà de la morale" fleurit un peu partout. "Mais il y a des limites à la représentation de l'acte sexuel sur un plateau, nuance Alain Buffard, dont la nouvelle pièce, Self & Others, est en tournée en France… »

 

Chez nous, en Europe, nous n’avons pas le droit de contester le résultat des élections, même si vous comme moi, nous n’avons pas la possibilité de nous présenter à la présidence de la république. Pour être candidat, on doit être "coopté"... On n’a même pas le droit de contester la Constitution européenne par référendum. Refusé. Mais, par contre, nous avons le droit, sur des scènes de théâtre subventionnées, de “voir danser tous les orifices, dont l’anus”…

 

Ils ont du chemin les Iraniens, avant d'arriver à notre niveau de liberté !…

 

Il est évident que ce n’est pas avec ces amateurs qu’on va provoquer la chute d’un régime. C’est notre vitrine qui permet de modeler l’opinion publique dans nos pays. Pas plus. Faire croire que quelques quartiers représentent l’ensemble des Iraniens, passant leurs journées à activer leurs PC et leurs GSM.

 

Pour passer aux choses sérieuses et accentuer la tension, nous avons nos provocateurs, nos tueurs, capables de tirer dans la foule. Nos valises de dollars. Comme lorsque nous avons renversé Mossadegh, en 1953, qui avait eu la prétention de restituer les revenus du pétrole et du gaz aux Iraniens. Une opération de déstabilisation qui est un chef-d’œuvre du genre. Modèle étudié, de nos jours, dans toutes les officines des services spéciaux dans le monde…

 

 

En “vert” et contre tout

 

Nous savions qu’Ahmadinejad allait l’emporter. Depuis trois semaines, c’était l’évidence. Tous les sondages “sérieux” que nous avions commandés donnaient, avant les élections, la victoire d’Ahmadinejad par au minimum 2 voix contre 1 à Moussavi.

 

Notamment, celui financé par le Rockefeller Brothers Fund, organisation qu’on ne peut accuser de “pro-Ahmadinejadisme”… Ce n’est un secret pour personne, un article du Washington Post en donne le détail (4).

 

Vainqueur de loin. Dans les 30 provinces. Pire : Ahmadinejad est le plus populaire des candidats, notamment parmi les 18-24 ans. L’horreur !...

 

Ken Ballen et Patrick Doherty, analystes des sondages et observateurs des élections, estiment qu’il n’y a pas eu fraude. Du moins à grande échelle. Les résultats correspondant aux sondages.

 

Les commentaires, occultés en Occident, de Pavel Zarifoulline, rédacteur en chef du portail analytique Geopolitika (Russie), qui a suivi parmi les observateurs russes la dernière élection présidentielle en Iran, estimant les résultats corrects, ont fait beaucoup de bruit dans les médias internationaux non-occidentaux et la blogosphère. Il a été clair (5) :

" A titre d'observateur, j'ai participé à bien des élections, notamment en Biélorussie et en Moldavie, mais je n'ai vu nulle part d'élections aussi démocratiques qu'en Iran".

 

Et, alors ?

 

Si la popularité d’Ahmadinejad est un obstacle dans l’opération de putsch en cours, elle n’en est pas insurmontable. Une popularité se dynamite encore plus facilement qu’un bloc de rochers. Il suffit de lui tailler un costume sur mesure à la Chavez.

 

Regardez Chavez, c’est un des rares chefs d’Etat élu dans des conditions de régularité parfaites, dans le monde, mais notre propagande le fait passer pour dictateur. Et ça marche !

 

L’opération actuelle est préparée de longue date. Suivant les techniques rodées dans plusieurs pays, nous avions adopté le “vert” comme couleur emblématique du mouvement de contestation du résultat des élections. Couleur symbolique en pays d’Islam. Ces mouvements "colorés" ont beaucoup de succès et se véhiculent très bien dans les médias occidentaux. On se souvient du plus réussi : la révolution “orange” en Ukraine.

 

Cela fait des mois que nos experts de la désinformation bossent sur cette opération, avec un budget “no limit. Notamment israéliens, qui sont parmi les plus forts pour mettre au point les argumentaires de "décrédibilisation" (6). Très implantés dans les médias, ils sont chargés de l’encadrement des rédactions.

 

Un solide argumentaire, auquel s'ajoutent de confortables enveloppes dans des paradis fiscaux, font des merveilles dans le réseau médiatique. Comparé à notre appareil de propagande en Occident, par sa sophistication et son efficacité, celui de Staline paraît, à posteriori, dérisoire…

 

Quand on a franchi les bornes, il n’y a plus de limites… Suivant le mot bien connu. Autant y aller à fond ! Objectif : Arriver à persuader le chaland que la lune est carrée. Et, décliner à l’infini. Inverser la réalité. Nous avons été royalement servi. Un régal, jusqu’à présent. Comment ne pas admirer le niveau de désinformation atteint par nos médias ?... Nous évoluons au sommet de l’art, en la matière.

 

Parmi les summums de la virtuosité médiatique, admirez dans le genre :

« Les conservateurs euphoriques, les réformateurs en colère. » (7)

En fait, c’est le contraire. Ce sont les conservateurs qui sont en colère et les réformateurs qui sont euphoriques. Formidable renversement de perspective !

 

Ou encore, parler d’un score électoral stalinien pour Ahmadinejad, élu avec 62,3% des voix sur un pourcentage de votes exprimés de 80%. Alors que son prédécesseur, Khatami (le patron de son concurrent Moussavi) avait été élu avec une moyenne de 70% des voix sur un pourcentage de votes exprimés de 84%.

 

Pendant les élections, les médias occidentaux n’ont montré que les manifestations des partisans de Moussavi. La plus importante a réuni 100.000 personnes dans le centre de Téhéran. Le maximum qu’ils peuvent atteindre. Alors que la veille ceux d’Ahmadinejad en avaient rassemblé environ un million. Cela, ils n’en ont pas parlé. A chaque manif, c’est la même chose. Voilà du bon travail.

 

Ne montrer que des jeunes, au visage lisse et sympathique, pour la contestation. Face à des partisans d’Ahmadinejad qui ne peuvent être que des vieux ou des gueules patibulaires. Excellent !

 

Pour le reste, il suffit de jeter de l’huile sur le feu de l’imaginaire émotionnel...

 

La jeunesse iranienne est frappée par le chômage. Comment ne pas partager son inquiétude, et en profiter pour la présenter en martyre du régime ?…

 

Quand on analyse les statistiques du chômage des jeunes en Iran, ce sont les mêmes qu’en Europe avec des taux moyens supérieurs à 10% et des zones où il dépasse les 20 à 40%. A l’identique de certains de nos quartiers ou de nos pays. Surtout chez les diplômés de l’enseignement supérieur. (8)

 

Une différence, toutefois : les pays européens, parmi les plus riches du monde, peuvent commercer librement alors que l’Iran est soumis à un embargo drastique. Qui fait la fortune des contrebandiers, de leurs couvertures, et bien sûr de leurs partenaires occidentaux. Mais, ça, il ne faut pas le dire… Chut !

 

Mettez-vous dans la peau d’un libéral de l’import-export, d’un conseiller financier, d’un avocat d’affaires, d’un architecte, d’un chirurgien, de tous ces traders et brokers, ces businessmen, ils étouffent avec cet embargo qui les empêche de démultiplier un business aux multiples ramifications, depuis le pétrole jusqu’à la privatisation des services publics. En liaison avec la diaspora iranienne, celle qu’on voit manifester devant les ambassades dans les pays occidentaux.

 

Ces exilés qui avaient pu partir avec une partie du magot familial amassé pendant les années de la terrible dictature du Shah, compromis dans la corruption  et les exactions du régime. Ce sont leurs rejetons qu’on fait passer, à présent, pour des “experts” sur l’Iran. Nos meilleurs auxiliaires, pour nos campagnes de propagande.

 

Tous ces gens ont le sentiment de bricoler, alors que le jackpot est à portée de main : pétrole et privatisations !... De quoi enrager.

 

 


 

L’entropie

 

Problème : la révolte gronde dans les beaux quartiers de la capitale, le reste du pays est calme. Même à Téhéran, il y a des points de blocage. Dans l’opération de déstabilisation actuelle : le “Bazar” ne bouge pas.

 

Rien à voir avec le folklore orientaliste. En Iran, c’est ainsi qu’on désigne le grand commerce qui a son siège à Téhéran. Articulé sur les grossistes, demi-grossistes. Ils tiennent l’économie du pays. Ce sont eux qui vivent du commerce intérieur, qui assurent la banque de détail, par des prêts aux particuliers, aux détaillants, aux petits commerçants, aux transporteurs, jusque dans les provinces les plus éloignées. 

 

Ils savent qu’avec la libéralisation à outrance, rêvée par les spéculateurs de la mondialisation en cheville avec les milieux financiers internationaux, ils vont être balayés avec autant de considération que pour des feuilles mortes.

 

Le “Bazar” est la mémoire du pays. Il a vécu le “libéralisme économique” du Shah avec les richesses du pays confisquées par l’Occident et une oligarchie pourrie jusqu'à la moelle vivant dans un luxe inimaginable. Laissant le pays à l’abandon. Ils ont efficacement contribué au renversement du Shah.

 

Normal que Le Bazar traîne des pieds. Il va falloir augmenter la pression de l’insécurité pour l’assouplir, le bousculer, le convaincre. L’insécurité, ce n’est pas bon pour le commerce. Ils devront choisir…

 

La situation est complexe, plus que les clichés médiatiques. Mais la grille d’analyse est simple. Nous sommes face au principe de l'entropie qui veut que tout système d’organisation, fut-il "révolutionnaire", génère son propre éclatement ou son propre chaos.

 

Cela me rappelle l’évolution de la révolution de Sun Yat-sen, le fondateur de la république Chinoise, qui a vu progressivement deux clans se former : celui autour de Mao et sa volonté de réforme d’une société féodale, et celui de Tchang Kai-Chek corrompu et désireux, en satellisant la Chine à l’Occident, d’y retourner.

 

Pour nous, ceux qui acceptent de passer sous la coupe de l’Occident ce sont les réformistes. Les autres, ce sont nos adversaires : les conservateurs.

 

En Iran, abstraction faite de la religion, on assiste au même phénomène, à l’affrontement de deux clans :

 

=> Les “Pro-West”, les réformistes, qui comptent deux anciens présidents : Rafsandjani et Khatami. Ceux sont eux qui “drivent” leur poulain ou leur marionnette : Moussavi, ancien collaborateur des deux.

 

Ils sont modernes, pour nous ce sont des pragmatiques. Ils se sont considérablement enrichis depuis la révolution. Eux, ils ont compris l’évolution du monde et de sa loi fondamentale : La Loi du Plus Fort. Ce sont nos alliés dans la place.  Des alliés de poids.

 

Rafsandjani, président élu de l’Iran de 1989 à 1997, est l’homme le plus riche d’Iran. Une des plus grandes fortunes mondiales d’après le périodique américain Forbes. Fortune bâtie à une vitesse exponentielle, dès la fin de la guerre avec l’Irak : pétrole, gaz, immobilier, immenses propriétés agricoles, commerces, industries. Une colossale puissance financière.

 

A l'origine son père était un producteur prospère de pistaches. Nous savons qu’il est méprisé par le peuple iranien pour avoir sombré dans l’affairisme et la corruption. Il a su acheter et corrompre une partie du haut clergé. Il est surnommé par l’homme de la rue : Le Requin... Avec son clan, ses fils et ses filles. Tous richissimes.

 

Il est d’ailleurs amusant de voir les médias occidentaux montrer une de ses filles, milliardaire elle aussi, haranguer dans une mise en scène un groupe de femmes (100 $ pour chaque participante…), comme si elle souhaitait défendre les libertés publiques !... A se tordre de rire. Encore un bon coup de notre appareil de propagande.

 

Khatami, président de 1997 à 2005. Même évolution, en plus discret dans l’ostentation de la richesse et de l’influence. C’est la vitrine “intello” du clan. Le cachet  et la patine de la respectabilité.

 

C’est avec des gens de cette étoffe, que nous nous entendons à merveille. Pour faire du bon busines il nous faut, en Iran, des hommes de la trempe d’un Eltsine.

 

 

=> Face à eux, un clan représenté par Khamenei, qu’on appelle “le guide spirituel” et Ahmadinejad. Des demeurés. Ils n’ont rien compris : ils sont “incorruptibles”. Se prenant pour Eliot Ness face à Al Capone. Ou, dans un autre genre, pour Mao face à Tchang Kai-Chek. Des rêveurs, des idéalistes. Ceux qui croient que demain on rasera gratis. Il y en a encore de ces bouseux. Les plus faibles.

 

Pour le peuple Iranien les partisans de Moussavi sont les conservateurs, l’extrême-droite. Ceux qui veulent rétablir un régime analogue à celui du Shah, avec ou sans son héritier en exil, approuver tout ce que veut l’Occident, surtout privatiser à tour de bras, casser le peu d’aide sociale et laisser crever le reste du pays. Pendant la campagne électorale à la TV iranienne, Ahmadinejad a mis en cause la corruption de ce groupe. Il faut inverser cette perception.

 

Imaginez : Ahmadinejad a mis en place une couverture sociale pour toutes ces femmes qui travaillent dans une des principales industries du pays, celle de la fabrication des tapis ! Exploitées par les riches propriétaires qui ne rêvent que de casser cela aussi vite que possible. Exemple dévastateur pour le reste de la région.

 

Khamenei et Ahmadinejad : des hommes dangereux pour notre stratégie coloniale en Iran.

 

En trente ans, l’Iran, malgré l’embargo s’est beaucoup développé, avec des réalisations spectaculaires. C’est au Moyen-Orient le pays, avec la Turquie, où la société civile évolue le plus rapidement. Dans les universités plus de 60% des étudiants sont des femmes. Avec un taux atteignant 70% en médecine. (9) Le meilleur taux mondial, actuellement. La plus grande partie de ces femmes, issue de milieux modestes, soutient Ahmadinejad. Nous arriverons à les convaincre du contraire.

 

Deux visions différentes. Des conservateurs qui rêvent de prospérer au sein d’une confortable nouvelle féodalité, arrimée au Big Business US et occidental. Face à des réformateurs qui rêvent d’une société fondée sur la solidarité.

 

Le choc : d’un côté les nantis et de l’autre les ouvriers, paysans, petite bourgeoisie qui ne supportent pas la corruption en train de  se développer, avec la spéculation, à grande vitesse. Individualisme, face au vivre en communauté. La “loi du plus fort”, face à la solidarité.

 

Symbolisé par l’opposition entre l’architecte Moussavi, fils de riches commerçants, et l’ingénieur Ahmadinejad, fils d’un modeste forgeron. Situation dangereuse pour nos intérêts : les néo-conservateurs iraniens, alias les réformistes dans notre propagande, doivent impérativement gagner. Tout doit être fait pour les appuyer. Le putsch doit réussir.

 

Après avoir écrabouillé consciencieusement Gaza, nous démolissons avec application le Pakistan, dans l’impunité. Nous avons réussi à casser brillamment l’Irak, l’Afghanistan. Pris en étau, l’Iran va être démembré, éclaté. Comme les autres.

 

En fait, la véritable arnaque ce n’est pas le comptage des votes ou l’identification des fraudes électorales, c’est de faire croire qu’on se préoccupe de la démocratie en Iran. C'est notre force.

 

Notre seule préoccupation, ce n’est même pas “la bombe”, c’est tout simplement comme en Irak : le Pétrole, le Gaz. Avec, au passage, la privatisation à notre profit des services publics (de véritables rentes de situation !) et la main mise sur le système bancaire et financier. Le reste on s’en contrefiche !...

 

L’Iran, ce n’est qu’une question de temps. L’Empire aura sa peau.

 

Que le reste du monde, la Russie ou la Chine estiment que cela commence à faire beaucoup ou pas… Même eux ne perdent rien pour attendre. Plus tard, leur tour viendra. On s’occupe déjà, méthodiquement, de leur cas.

 

L’Empire a l’éternité devant lui !

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  En référence au titre du roman de Azar Nafisi : Lire Lolita à Téhéran

(2)  1980-1988. Plus d’un million de morts du côté iranien et toute l’infrastructure de raffinage de pétrole et de gaz détruite (par des avions français Super-Etendard armés de missiles exocet).

Avec l’embargo qui a suivi, notamment sur les pièces détachées et composants spécifiques aux installations, les Iraniens ont éprouvé les plus grandes difficultés à les reconstruire. Ce qui explique que ce producteur de pétrole soit obligé d’importer une grande partie de l’essence nécessaire à sa consommation intérieure.

(3)  Journal Le Monde du 13 juin 2009 : http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/06/13/erotisme-sexe-et-strip-tease-s-invitent-sur-les-scenes-actuelles_1206508_3246.html

(4)  Ken Ballen et Patrick Doherty, http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/06/14/AR2009061401757.html, traduction en français : http://www.legrandsoir.info/Le-peuple-iranien-s-exprime-Washington-Post.html

(5)  http://fr.rian.ru/world/20090617/122018642.html RIA Novosti 17/06/09

(6) Trans-Atlantic Con Man, Guest Post by Marsha B. Cohen, http://www.ips.org/blog/jimlobe/?p=258 :

“… Two weeks ago, the head of the Israeli Foreign Ministry’s “Task Force on Isolating Iran” sent a classified telegram to all Israeli embassies and consulates titled “Activities in the Run-up to Iran’s Presidential Election.” It detailed a variety of ways that Israeli representatives could “blacken Iran’s international reputation” and delegitimize the Iranian elections, before, during and after they took place on June 12…”

(7)  “Les conservateurs euphoriques, les réformateurs en colère”, Le Monde, 13 juin 2009.

(8)  Lire l’excellent dossier économique sur l’Iran, de Thierry Coville, dans Alternatives Internationales -  n°43 - Juin 2009

(9)  Thierry Coville, Op. Cit.

 

 

Caricature : Intronisation de Sarkozy vue par Steve Bell – The Guardian - 8 mai 2007

Photo : Mirdamad Street-Téhéran-dejkam-com


 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 00:35

 

 

N.B. Le texte étant tronqué par le serveur, il a été scindé en  deux.

Suite de la première partie :

Tahar Ben Jelloun et les Talibans : Tartarin et les Lions… (1)

 => Tartines de Tartarinades

 => Emballage au ruban de soie

 

 

 

Hamburger au hachis de porc

 

 

La cohorte des chasseurs d’islamistes et de Talibans ne cesse de s’étoffer, en France. Parmi les plus pétulants figurent des représentants de la sphère arabo-musulmane, dans sa spécificité franco-maghrébine.

 

Prenons l’exemple de l’écrivain Tahar Ben Jelloun, qui déploie une activité fébrile sur ce terrain, depuis quelques temps. Son argumentation, son niveau d’analyse, la fiabilité de sa documentation ou de ses sources, méritent l’intérêt.

 

Se proclamant Musulman, ses positions ont de l’écho auprès de ceux qui connaissent mal et l’Islam et les pays musulmans. Son influence dans les médias, notamment auprès des journaux dits “de gauche”, n’est pas négligeable. C’est devenu un notable du monde des Lettres.

 

J’admire Tahar Ben Jelloun dans son art de “la chasse aux barbus”. Il arrive, grâce à ses dons de pisteur Apache, jusqu’à débusquer des “islamistes” derrière des porcs !... Difficile de faire mieux. Oui, il s’indigne de l’abattage des porcs ordonné par le gouvernement égyptien dans le cadre de la lutte contre la grippe porcine.

 

Ses cris d’indignation sont d’autant plus impressionnants qu’il s’était révélé d’une remarquable discrétion pendant le massacre des Palestiniens de Gaza, fin décembre et courant janvier 2009 (8). Plus muet qu’une carpe…

 

Il est vrai que ses couinement déchirants, dans la défense des porcs, ont pour finalité sa solidarité avec les Coptes visés dans cette mesure prophylactique, nous explique-t-il, par les Frères Musulmans. (9)

 

Seul problème…

 

François Burgat, le meilleur spécialiste français et européen de la question (de très loin !...), le rappelle : le Mouvement des Frères Musulmans a été créé par des membres de la bourgeoisie égyptienne : commerçants, médecins, architectes, ingénieurs, enseignants, fonctionnaires, artisans. Beaucoup de femmes, aussi, instruites et occupant des postes de responsabilité, notamment dans la santé publique, la justice et l’enseignement.

 

Créé conjointement, par des Musulmans et des Coptes. (10)

 

Pour lutter contre le féroce colonialisme britannique qui rançonnait l’Egypte, dissimulé derrière le rideau de la royauté de pacotille du roi et de son entourage, débauchés et corrompus, Farouk 1er.

 

Et, tenter de subvenir aux besoins de la population oubliée, des plus démunis (au Caire, il n’y avait pas que Soeur Emmanuelle…), par des créations de dispensaires, écoles, orphelinats. Ils en ont fondé, financé, des centaines. Sur leurs propres derniers.

 

Musulmans et Coptes : à la fois “résistants” au pillage colonial exercé via une nomenklatura corrompue, et “militants” pour une société démocratique fondée sur la justice sociale et économique. Beaucoup sont morts sous la torture, dans des exécutions sommaires, ont croupi de longues années dans d’atroces conditions de détention.

 

D’abord sous les coups des tortionnaires britanniques. Puis, sous ceux des nassériens, bien qu’ils se soient alliés à eux pour renverser le régime colonial. Les généraux putschistes n’admettaient pas le refus de la dictature militaire par les Frères Musulmans. Malgré l’évidence : s’ils avaient participé au renversement d’une monarchie corrompue, ce n’était certainement pas pour accepter qu’une dictature militaire succède à un régime policier…

 

Bien sûr, depuis s’est constituée une branche “radicale”, histrionique, guignol médiatique, largement infiltrée et instrumentalisée par les services spéciaux égyptiens et occidentaux. Spécialisée dans les déclarations obscurantistes, sous couverture “fondamentaliste”, l’organisation d’attentats et la création de tensions artificielles avec la communauté Copte.

 

Intense travail de désinformation pour justifier, auprès de l’opinion internationale, le soutien occidental à la dictature militaire du général Moubarak. Diviser pour régner. Neutraliser la seule opposition organisée et puissante. Supprimer, entraver toute liberté d’expression. Avec pour finalité de caricaturer, diaboliser, l’image du Mouvement des Frères Musulmans. En Egypte et ailleurs.

 

La partie la plus éduquée de l’Egypte ployant sous la dictature du général Moubarak et ses persécutions, similaires à celles du roi Farouk, membre, sympathisante du Mouvement des Frères Musulmans, sait très bien que les attentats, aussi tragiques que stupides, avec leur mise en scène impeccablement formatée, sont contraires à ses intérêts économiques et politiques. Ils n’ont pour but que de déconsidérer toute opposition à un régime détesté pour sa corruption, et son déni des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme. L’action violente ne fait pas partie de son credo.

 

En Egypte, hors la caste dirigeante, les cadres comme l’ensemble de la population du pays, qu’ils soient Musulmans ou Coptes, formulent exactement les mêmes souhaits. Musulmans et Coptes sont avant tout Egyptiens, fervents défenseurs de leur identité nationale. Souhaitant vivre dans un pays libre, dans la justice et la solidarité, et non pas dans une colonie américano-israélienne encadrée par une nomenklatura imposant une dictature militaire.

 

Défendre les porcs pour sauver les Coptes… Pourquoi nous présenter un tel un hachis de désinformation, aussi grossier ?...

 

Ce n’est pas par malhonnêteté intellectuelle que Tahar Ben Jelloun nous sert ce coulis de clichés. Non. Probablement, ne connaissant pas l’Egypte, encore moins le Mouvement des Frères Musulmans dans ses différentes composantes, y compris celle créée en trompe-l’œil par l’appareil répressif de la dictature militaire, s’est-il laissé emporter par son émotion. Voler au secours des Coptes !...

 

Confondant, ainsi, “marketing éditorial” avec recherche historique et sociologique. Mais, ce n’est pas voulu.

 

L’émotion, que voulez-vous…

 

 

 

Sauce “blue cheese”

 

 

Agghhh, l’émotion !...

 

On retrouve ce même emportement fatal, quant à l’exactitude des faits, la fiabilité des informations, dès que Tahar Ben Jelloun armé de son escopette et de son tromblon part, en valeureux Tartarin, chasser le Taliban. Sautant de l’Egypte en Afghanistan. Ou vice-versa. Selon la direction du vent médiatique.

 

Il s’emporte dans un article (11), suffocant de rage, sur l’obsession possessive des Talibans pour le sexe féminin. A le lire, sous son cri d’indignation, l’émotion nous étreint tout autant :

“… Les talibans, par exemple, imaginent un monde où la femme s'est retirée du monde. Elle existe, mais cloîtrée dans la maison et n'ayant aucun droit de sortir. Cela ne veut pas dire qu'ils crachent sur le plaisir sexuel, au contraire, ils aiment ça au point de vouloir le posséder et d'être les seuls à en jouir”.

 

Waouh !... Face à ces mâchoires de carnassiers baveux, il ne reste plus qu’à déclarer les Talibans anthropophages !... Prochain épisode, certainement…

 

Une pincée d’analyse politique, pour conforter le propos dans le sérieux :

“… C'est le sens du projet de loi que le président Hamid Karzaï a voulu déposer. Un projet qui souhaitait rendre légal "le viol de l'épouse" et interdire à celle-ci de sortir sans l'autorisation du mari.

“… Cette loi aurait visé les femmes chiites (10 % de la population).

“… Hamid Karzaï comptait sur ce projet de loi pour s'attirer la sympathie et les votes des chiites lors des prochaines élections”.

 

Une pointe de doute, toutefois, devant l’extrême excitation de ses transes. Notre Tartarin maîtriserait-il son sujet ou exorciserait-il ses propres obsessions ?...

“… Une femme qui jouit est une "salope" ; elle est considérée comme une prostituée (sauf que les malheureuses travailleuses du sexe ne jouissent pas, ce n'est pas un plaisir, c'est un travail, une corvée pour gagner leur vie). Il serait intéressant de faire lire aux hommes ayant peur de cette jouissance quelques-uns des témoignages de femmes qui racontent leur vie sexuelle”.

 

D’autant plus que sa conclusion est plus que bâclée, comme si l’auteur, épuisé par ses propres incantations, avait perdu le fil de sa crise d’hystérie :

“… Cette image résume la situation : la guerre en Afghanistan tourne autour du l'opium et de la femme. Il faut contrôler les deux, sinon, c'est la fin de la tragédie entamée par la barbarie au nom d'un islam totalement étranger à ces pratiques”.

 

Ainsi, faut-il "contrôler l’opium et la femme" pour en terminer avec la catastrophique situation afghane… Nous déclare Tartarin dans sa fulgurante vision géopolitique !

 

Sous la sauce “blue cheese” que nous déverse Tahar Ben Jelloun, cette fantasmagorique obsession sexuelle telle que l’Occident la projette sur les autres en l’occultant chez lui, que trouve-t-on ?...

 

Tout simplement, trois vecteurs de la propagande du lobby militaire occidental justifiant sa colonisation de l’Afghanistan et sa stratégie anti-iranienne, aisément repérables :

 

 

i)  Le mythe de l’instauration de la démocratie par l’Occident

 

Tout cela à partir d’un projet de texte de loi, destiné à satisfaire des tribus chiites, nous assure-t-on. Façon de nous dire : vous voyez, grâce à l’instauration de la démocratie que nous avons réussi à imposer, chez ces sauvages, ce texte a pu être bloqué. Heureusement que nous sommes présents sur place !

 

Tous les observateurs attentifs au contexte afghan avaient compris qu’il s’agissait d’un “hoax”, un coup monté par les “services d’action psychologique”, les “PsyOps”, relayé au quart de tour, dans une parfaite coordination, par tous les médias occidentaux. Et, leurs relais sponsorisés : les “leaders d’opinion”.

 

Les évidences crevant les yeux :

=> Il n’y a pas plus de “parlement” en Afghanistan qu’il n’y en avait sous l’occupation par les nazis ou les staliniens en Europe, au sens d’élections libres, selon des programmes de gouvernement librement débattus dans la diversité des opinions.

=> Les pseudo “parlementaires” ne sont que des chefs de guerre ou de gang, parmi les pires “collabos” ultracorrompus et complaisants, que les forces d’occupation ont pu ramasser dans les différentes provinces.

=> Les “textes de loi” qui leur sont soumis sont, uniquement, ceux concoctés par les forces d’occupation. Celui sur le “viol des femmes dans l’espace conjugal”, véritable provocation ne correspondant à aucune nécessité, n’avait pour but que de déclencher une campagne de propagande à l’intention des opinions publiques en Europe, et en Occident de façon globale, afin de renverser leur opposition à l’aventurisme de leurs gouvernements en Afghanistan.

 

L’irréalisme de ce texte, son niveau d’absurdité, d’imbécillité (appliquer une loi dans une chambre à coucher…), sous le prétexte de réunir 10% de voix chiites au bénéfice de Karzaï (contesté actuellement par les militaires américains du fait de ses condamnations répétées des bombardements aveugles...), démontrent que la propagande, confiante dans l’énormité de ses moyens, n’hésite pas à solliciter cyniquement les niveaux de crédulité les plus primaires, et les plus pervers…

 

 

ii)  La diabolisation du Chiisme

 

La population chiite en Afghanistan ne représenterait que 10% des musulmans. C’est le deuxième palier de la manœuvre : la diffamation incessante du Chiisme. En fait, c’est l’Iran, où se trouve la majorité des musulmans chiites, qui est visé.

 

Nous avons tous subi cette propagande incessante, très souvent sans nous en rendre compte, sur la diabolisation du Chiisme. En Irak a été entretenu artificiellement une guerre de religion à grand renfort d’opérations commandos, faisant sauter mosquées, lieux de pèlerinage, alternativement Chiites et Sunnites. Ou encore, luttes armées entre “milices” armées chiites et sunnites.

 

Alors que pendant la longue guerre contre l’Iran, qui a duré 8 ans, les Irakiens sunnites et chiites combattaient côte à côte… Tout le monde sait au Moyen-Orient, que ce sont les occidentaux qui sont derrière ces manœuvres de division et de propagande.

 

Qui n’a pas subi ces discours fumeux, répandus par les “experts” patentés dans nos médias, sur le spectre de “l’Arc Chiite” qui menacerait le monde musulman sunnite, et de là l’Occident ?... Par ses fusées et sa prétendue fureur nihiliste.

 

Dans la propagande, le Chiisme se résumerait à une secte de sauvages, acharnés à la destruction des “valeurs de l’Occident”. Pire, une horde de primitifs, pervers frustrés, assoiffés de sexe, acharnés dans la violence faite aux femmes.

 

Le Chiisme n’a rien à voir avec les descriptions sordides, dégradantes, que peuvent en laisser croire une poignée de radicaux ou de charlatans, bien souvent instrumentalisés, comme toute religion en période de crise, de tension et de guerre. Et, bien sûr, diabolisé par une propagande hostile aux pays où il est majoritaire, pour des raisons coloniales ou idéologiques.

 

Cette branche minoritaire de l’Islam, comme le protestantisme dans la chrétienté, représente par son apport dans les domaines de la philosophie, de la spiritualité et de la mystique un immense patrimoine universel.

 

Ceux qui en ont approché l’étude parlent d’un véritable “continent” de la connaissance humaine, pratiquement ignoré en Occident. En tout cas, systématiquement occulté par l’appareil de désinformation. Patrimoine que nous devons reconnaître avec respect comme un bien commun, un héritage incomparable de la pensée collective (12).

 

Henry Corbin, par exemple, éminente figure du protestantisme français, d’une exceptionnelle élévation morale, spécialiste de Karl Barth, Heidegger, Ibn’Arabi, a passé une grande partie de sa vie à étudier le Chiisme en Iran, la gnose Chiite.

 

Il en a rédigé, entre autres ouvrages sur le sujet, une somme impressionnante : En Islam Iranien : aspects spirituels et philosophiques (13). Quatre volumes, que je vous invite à feuilleter pour sortir des âneries véhiculées sur le Chiisme, par les bonimenteurs pullulant sous forme “d’experts”, “islamologues”, ou  “psychanalystes de l’Islam” dans la sphère médiatique. 

 

Il est certain que dans des pays apaisés et prospères, lorsqu’ils ne seront plus en état de siège, le Chiisme trouvera sa juste place de religion dans une société civile, à l’exemple des autres religions et croyances dans le monde.

 

 

 

iii)  L’islamophobie sexuée

 

Instrumentaliser le sexe de la femme musulmane, pour exciter le mépris à l’égard d’un peuple. Thème devenu traditionnel dans la propagande occidentale. Représentation du racisme dans toute sa perversité, dans son fanatisme absolu, via l’instrumentalisation du sexe de “l’Autre”, celui que l’on veut opprimer. Expression de la psychose actuelle et structurelle de l’Occident.

 

Racisme sexuel, d’abord, à l’encontre de la femme musulmane, afghane dans le cas présent. L’argumentaire restant le même.

 

Femme totalement infantilisée, déclarée, réputée, définie, sans personnalité, sans caractère. Incapable de se faire respecter à l’intérieur de son couple, de “gérer” sa relation sexuelle, sans le secours et la tutelle de l’Occident, via son “Business Féministenoyauté par les services spécialisés dans la désinformation (associations de “défense” de la femme, presse féminine et autres médias…).

 

Femme, bien sûr, encore moins en mesure de partager respect, tendresse, complicité, affection, amour, passion, avec son homme. Dans l’imaginaire, l’imagerie de la propagande, ces sentiments sont inaccessibles aux peuples et nations n’ayant pas encore été “civilisés” par l’Occident. Dans le fantasme raciste, les musulmanes, les afghanes, et leurs hommes, sont considérés encore au stade animal, inaptes à l’Amour.

 

En Afghanistan !... Dans un pays qui regorge des plus beaux poèmes, chansons, légendes d’amour de l’histoire de l’humanité… Avec des figures de femmes magnifiques de beauté et d’héroïsme comme la célèbre Malalaï de Maïwand, que j’ai eu l’occasion d’évoquer.

 

Racisme sexuel, ensuite, à l’encontre de l’homme musulman. Trouver les images les plus choquantes provoquant horreur et haine, dans l’opinion publique, pour des hommes que notre soldatesque se doit de massacrer sans états d’âme. Pour avilir le courage exceptionnel de “résistants” capables malgré des moyens dérisoires de s’opposer, avec succès, aux armées les mieux équipées et entraînées du monde.

 

La propagande actualise, ainsi, un argumentaire digne du temps des croisades et des premières aventures coloniales. Seule différence avec les siècles précédents, évolution des mœurs oblige, les références sexuelles y sont, à présent, dominantes.

 

Justifiant, ainsi, l’asservissement d’un peuple, pour l’éduquer, lui apprendre la civilisation. Le bon usage du sexe. Classique. Rallier l’opinion au mythe du sous-homme ne méritant que la violence et l’esclavage. A la Daniel Pipes, un des gourous islamophobes des gouvernements US toujours très actifs : “Les Palestiniens sont misérables et ils méritent de l’être”. (14)

 

 

 

Trous de gruyère ou de mémoire

 

Dans sa diatribe, en donneur de leçons, Tahar Ben Jelloun pointant du doigt la sauvagerie des mâles afghans, évoque la possession sexuelle, la prostitution, la confiscation du sexe de la femme à l’usage exclusif d’une obsession.

 

Pour compléter sa leçon de morale, il aurait pu prendre pour exemple les algériennes violées par des militaires français pendant la colonisation de l’Algérie, contraintes à la prostitution, enrôlées de force dans les Bordels Militaires de Campagne, les fameux BMC.

 

Certaines de ces prostituées algériennes avaient même été affectées en Indochine, à Dien Bien Phu, à 10.000 km de leur pays, pour satisfaire les besoins sexuels du corps expéditionnaire français. Dans le camp retranché, lors de sa reddition, les troupes de la résistance vietnamienne du général Giap, ébahies, ont trouvé deux BMC avec 18 filles, algériennes et vietnamiennes…

 

Pour illustrer son prêche, Tahar Ben Jelloun aurait pu parler du célèbre tortionnaire israélien portant le surnom de Kojak. Spécialisé avec son équipe dans les viols et sévices sexuels à l’encontre des femmes Palestiniennes. Les forçant dans des mises en scène pornographiques, les prenant en photo lors des séances de viols collectifs.

 

Menaçant, dans un chantage implacable, de les montrer à leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs fiancés ou maris, leurs enfants, si elles ne collaboraient pas avec les services secrets d’occupation. Pendant des années. Pour certaines, ces tortures sexuelles ont duré 9 ans…

 

Pour émouvoir ses paroissiens, Tahar Ben Jelloun aurait pu égrener quelques uns des multiples forfaits sexuels commis par les troupes d’occupation occidentales en Irak. En général, ils sont systématiquement étouffés. De temps en temps, il arrive qu’on en coince un. Alors, on fait un exemple. Uniquement lorsqu’il y a crime de sang.

 

Comme la semaine dernière, en ce 21 mai 2009, où ont été condamnés aux USA, Steve Dale Green, 24 ans, et quatre de ses collègues. Ils ont violé une jeune irakienne de 14 ans, Abeer Qassim Hamza Al-Janabi, alors qu’ils servaient en Irak en tant que soldats, chargés d’apporter civilisation, liberté et démocratie…

 

Ils l’avaient repérée lors de leurs patrouilles. Elle leur plaisait. Ils ont organisé une descente chez elle et l’ont violée, collectivement, devant sa famille. Puis, ils l’ont jetée comme un kleenex. Mais, ils ont un peu dépassé les bornes…

 

En fait, ils l’ont tuée, après usage, avec son père, sa mère, et sa jeune sœur âgée de six ans. Tous. Ces vaillants soldats sont revenus sur les lieux pour brûler le corps. Ne pas laisser de traces…

 

Comme des centaines de femmes et jeunes filles Irakiennes. Violées, il ne leur reste que la prostitution. Phénomène social, inconnu sous la dictature de Saddam, atteignant à présent des chiffres considérables, là encore, occultés par la propagande.

 

L’obsession du sexe en Occident ?... Des milliers d’exemple. Rien que nos campagnes de pub, ne serait-ce que dans la presse féminine, en sont noyées. Mais, non. Pour être un obsédé sexuel, de la possession sexuelle, d’après la propagande, il faut être “enturbanné”.

 

Tahar Ben Jelloun a raison de s’indigner. C’est bien !  C’est beau, un acte solidaire, citoyen, défendre des “valeurs”. Il suffit de ne pas s’égarer dans le manichéisme, sinon l’indignation devient posture. De Tartarin on termine en Tartufe.

 

Regardez le “courage” de nos parlementaires exprimant leur “émotion” et leur “solidarité”, dans un message de soutien officiel de l’Assemblée Nationale, à l’opposante birmane Aung San Suu Kyi qui comparait pour un procès public dans son pays. Eux, si silencieux lors des massacres du Liban, d’Irak, de Gaza, d’Afghanistan. Femmes et enfants, il est vrai, à partir du moment où ils sont musulmans, du moins ceux qui ne mangent pas de camembert et ne boivent pas du vin, n’y ont pas droit…

 

Indignation sélective ?... Racisme ?...

 

Normal en Occident, en matière des “droits de l’homme”, il ne faut jamais confondre la “tendance” et le “tabou”… Le “In”, et le “Out”…

 

Problème : où passe la frontière entre la “tendance” et le “tabou” ?... Où se situe la norme ?... Beaucoup d’intellectuels semblent y perdre le nord. Surtout, quand le gagne-pain est en jeu…

 

 

 

Intellectuels ?...

 

Julien Benda  les fustigeait sous l’appellation de “Clercs”. Du moins, ceux qui trahissaient leur engagement dans des petits calculs partisans, courtisans  ou carriéristes. Au détriment de la défense des valeurs universelles, de la Dignité Humaine.

 

En 1927, il a publié ce grand classique de l’histoire des idées : La Trahison des Clercs (15). La droite de l’époque, extrême ou bien-pensante, fulminait de rage. Juif, elle le traitait de “Rabbi Bendada”. Homme rigoureux, exceptionnel de ténacité, il avait des tripes. Peu lui souciaient injures et diffamations. Peu lui importaient Prix Littéraires et autres colifichets honorifiques. Un exemple pour tous les intellectuels.

 

Et, si Tahar Ben Jelloun, délaissant les Tartines de Tartarinades, avec son talent d’indignation, son courage, nous comblait d’un ouvrage actualisant, dans une suite, celui de Julien Benda ?...

 

Au risque, peut-être, de se fermer les portes de l’Académie française, mais quel panache avec pareil titre :

 

L’Abjection des Clercs !

 

 

 

 

 

 

 

 

(8)  Je fais partie de ceux (nombreux) qui cherchent en vain le moindre écrit de Tahar Ben Jelloun, dans un média francophone, condamnant les atrocités des bombardements de Gaza… J’offre un grille-pain à manivelle au lecteur qui m’en trouvera un.

(9)  Grippe : le massacre des porcs se poursuit en Egypte, Le Monde, 17 mai 2009.

(10) Burgat, François, L’islamisme en face, La Découverte, première publication 1995, dernière mise à jour décembre 2007. Ouvrage indispensable pour comprendre le contexte et les enjeux politiques, au Moyen-Orient en particulier. Excellentes analyses et documentation, d’un niveau introuvable dans les médias français.

(11) Tahar Ben Jelloun, Afghanistan : l'opium et l'obsession de la sexualité féminine, Le Monde, 9 avril 2009.

(12) Je recommande un excellent ouvrage d’initiation ou de vulgarisation sur les religions et spiritualités, avec une iconographie très soignée, Les Grands Maîtres de la Spiritualité, Collection « La Mémoire de l’Humanité », Larousse-Bordas, 1998.

Y sont présentés quelques grands mystiques iraniens qui ont marqué l’histoire de la spiritualité : Al-Hallaj, Ibn Sînâ (Avicenne), Ghazâli, ’Attâr, Sohrawardi, Ibn’Arabi. Ainsi que Djalâl Ad-Dîn Rûmî (admiré de Goethe et Hegel), né en Afghanistan et fondateur en Turquie de la confrérie des Derviches Tourneurs.

(13) Corbin, Henry, En Islam Iranien : aspects spirituels et philosophiques, 2e éd., Gallimard, 1978, 4 vol.

(14) Washington Report on Middle East Affairs, July 2001.

(15) Benda, Julien, La Trahison des Clercs, Les Cahiers Rouges, Grasset, 2003 (première publication 1927).

 

 

 

 

 

Photos d’un échantillon de “Femmes Musulmanes” démontrant leur épanouissement sous la botte “démocratique et droits de l’hommiste” de la soldatesque occidentale. Clichés réalisés par différents auteurs, en Palestine, dont Nayef Haslamoun.

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 00:30

 

"Au Rwanda, les interventions de journalistes et d'intellectuels haineux jouèrent un rôle essentiel dans la légitimation du génocide, notamment par la désignation quotidienne des Tutsis comme "cancrelats"..."

La Honte - Psychanalyse d'un lien social
Serge Tisseron - Dunod - 2007

 

 

 

Tartines de Tartarinades …

 

Non, ce n’est pas le plat du jour. Juste le “hamburger” quotidien… Junk Food, comme disent nos amis anglo-saxons. Traduisons par “nourriture industrielle”, pour rester poli…

 

Que souhaite nous voir ingurgiter la propagande.

 

De temps en temps, j’aime bien examiner, avec ma loupe et mes pincettes, le degré de “fraîcheur” de cette “nourriture intellectuelle”, servie par nos fast-foods médiatiques.

 

En ce moment, en Afghanistan et au Pakistan, se déroule un des plus atroces nettoyages ethniques de l’époque contemporaine. Plus de 3,4 millions de personnes sont chassées de la vallée de SWAT au Pakistan, frontalière de l’Afghanistan. En fait, un ensemble de vallées.

 

Plus de 3 millions, sous les bombes, dans la famine, la misère, l’exode. A peine le temps d’enterrer ses morts et de charger les blessés sur son dos.

 

Dans l’indifférence…

 

Encore s’agit-il de "statistiques" de l’ONU, dont on sait combien elles sont finement édulcorées. Un carnage et un désastre humanitaire qui vont dépasser ceux vécus, récemment, au Burundi, au Ruanda et au Congo.

 

Il est vrai que l’Occident, dans sa paranoïa musulmane, se doit de “casser” l’Afghanistan et le Pakistan. Comme pour l’Irak. En attendant de passer à l’Iran. Il convient, en conséquence, de “casser” les "résistants". Ceux qui s’opposent aux occupations militaires, aux déplacements de population, aux tueries organisées par des puissances étrangères.

 

Recette classique : les résistants sont qualifiés de terroristes. Mais, le mot s’étant banalisé, la propagande les carbonise médiatiquement dans un raccourci commode, ils sont transformés en “Talibans”. Peinturlurés, dans la fantasmagorie de l’hystérie des médias, en adjoints de Lucifer.

 

Pour raviver l'image phobique, on y rajoute une tranche de sexe. Comme autant de poivre ou de piment rouge. Les Talibans sont des obsédés du sexe, des violeurs. Rien de bien neuf.

 

On nous ressert “La Femme Esclave des Barbus”, dans un scénario assaisonné de psychanalyse de sandwicherie, à la Malek Chebel ou à la Abdelwahab Meddeb. Thème traité par Atiq Rahimi, dans le dernier prix Goncourt, encensé par l’appareil de désinformation. Comme il se doit.

 

Oui, mais le sexe fait vendre dans nos sociétés occidentales. Pour le moment, le marketing du lobby belliciste ne trouve pas mieux pour accrocher le chaland et justifier la barbarie de ses actes quotidiens.

 

Alors, la propagande active ses cuistots chargés d’emballer, de servir, cette cuisine avariée, redoublant d’efforts. Les ingrédients ne pouvant changer, on "relooke", jouant sur la présentation, l’éclairage, le décor, l’uniforme des serveurs. Jusqu’à la tête des serveurs…

 

Cette agitation, face à la réticence de l’opinion publique devant ces massacres à répétition perçus malgré censure et désinformation, me rappelle celle de Tartarin de Tarascon d’Alphonse Daudet et ses fanfaronnades pour chasser le lion en Afrique.

 

Partir à la chasse de ce monstre hybride : le “Taliban-obsédé sexuel-violeur”. Pour sauver la femme afghane, pakistanaise. Par extension : la femme iranienne. Par généralisation : la femme musulmane. A présent, défendre le sexe de la femme musulmane, menacé, maltraité, profané, par “les barbus enturbannés”…

 

Eternelle posture matamore de l’Occident.

 

On en rirait, si contexte et conséquences n’en étaient pas aussi tragiques.

   

 children-AfPakbis.jpg

 

 

Emballage au ruban de soie

 

Les serveurs de ces Tartarinades sont légions. Dans tous les segments de notre société. Je ne m’attarderai pas sur les multiples exemples. Dans ce grouillement, j’en ai retenu quelques uns. Bref rappel…

 

Kouchner, ministre des Affaires Etrangères de la France, on se doit de le citer. En France, il est le chef publicitaire des menus imposés par les officines de la propagande (1) :

“… L'avenir de la démocratie passe par les femmes. Sans les femmes en Afghanistan, il n'y aura pas de progrès. (...)", a déclaré M. Kouchner au dernier jour de sa visite, accompagné du représentant spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan Pierre Lellouche (2).

"Nous avons senti dans nos rencontres (...) un courage admirable chez les femmes afghanes", a-t-il souligné.

La situation des Afghanes est dramatique dans ce pays très conservateur. Outre les crimes d'honneur, courants dans les zones rurales, les défenseurs des droits de la femme y sont régulièrement la cible de violences.

… M. Kouchner s'est dit "très attentif" au "combat" des Afghanes, promettant que la France les "soutiendra à fond" si elles s'organisent en un quelconque rassemblement politique”.

 

Dans cette rhétorique, un point intéressant à relever :

“… Le ministre français a également rencontré le président afghan Hamid Karzaï à deux reprises, notamment pour évoquer la liberté de la presse --plusieurs journalistes afghans croupissent en prison pour offense à l'islam, religion officielle-- et l'élection présidentielle du 20 août.

… Ce scrutin sera "un moment décisif de notre présence", a-t-il jugé, car "si les élections sont souillées, apparaissent comme truquées ou incomplètes, si la sécurité n'est pas assurée, alors il sera difficile d'expliquer au peuple français, réticent à cet engagement, le maintien de notre présence" en Afghanistan”.

 

Passons sur l’inévitable relent de cuisine islamophobe :

“… pour offense à l’islam, religion officielle…”, et concentrons-nous sur le propos magique : “élections présidentielles du 20 août prochain”…

 

Ainsi, les femmes Afghanes iront voter “utile”, contrairement à leurs hommes. Ce ramassis de barbus sauvages qui n’ont rien compris à la rayonnante “démocratie occidentale”. Se dirigeant vers les bureaux de vote, lors d’une “Journée de la Jupe”, string déployé, accompagnées de la fanfare de la glorieuse association Ni Putes Ni Soumises… (3)

 

 Comment véhiculer pareilles fables, et faire semblant d’y croire ?...

 

Comment penser, un quart de seconde, que des élections libres, fiables, puissent se tenir dans un pays en guerre, occupé militairement ?...

 

Où sévit une terrible famine dans les campagnes : 8 à 10 millions de personnes souffrent de malnutrition d’après les statistiques officielles (4). Ecrasé de bombes au quotidien.

 

Où déplacements de population, massacres de civils, se succèdent, sans arrêt. Essentiellement des femmes et des enfants. Ces dégâts collatéraux pour lesquels forces d’occupation des USA et de l’OTAN simulent des excuses ou des regrets, dans leurs communiqués stéréotypés. Tout en continuant.

 

Ce ne sont, ce ne seront, qu’élections “truquées”, comme en Irak, où les chefs de tribus dans les campagnes, et les responsables de quartiers dans les villes, votent collectivement, sous la contrainte, apportant le paquet de voix dont ils sont détenteurs, d’après fiches et listings des forces d’occupation, en faveur du candidat qui leur est désigné.

 

Dans les bureaux de vote, car il en faut bien pour la mise en scène médiatique ou lors des tournées bien balisées des “observateurs indépendants”, les votants qui passent par l’isoloir doivent remettre à la sortie, au coin de la rue, les bulletins (interdiction ou impossibilité d’en prendre plus d’un par candidat…) de celui ou de ceux pour qui il ne fallait pas voter, suivant les instructions des autorités. Autres candidatures qui ne sont, dans la plupart des cas, que des figurants consentants. Dans un simulacre de choix électoral.

 

Dans le cas contraire, c’est la suppression assurée de la “carte de ravitaillement” et l’impossibilité d’obtenir le moindre papier administratif. Quand ce n’est pas le passage en salle de tortures…

 

Telle est la réalité de la parodie des “élections” en Irak et en Afghanistan. Telle est la réalité qu’on veut, à présent, imposer à Gaza. Un bulletin de vote “utile”, contre une “carte de ravitaillement”.

 

Mais, Kouchner est sûrement quelqu’un d’honnête.

 

Il n’a simplement pas le temps de vivre avec les populations occupées, terrorisées, affamées, déracinées, jetées sur les chemins sans abri, par la violence des armées occidentales. De s’informer, d’exercer son esprit critique. Il ne sait pas, ne cherche pas à savoir. Trop sollicité. Trop  occupé à diffuser la bonne parole des bienfaits de l’Occident. Pas le temps.

 

Oui. Probablement. C’est la faute à : “Pas le Temps”…

 

Autre genre. Même les snobs, retroussant les manches, rejoignent “la chasse aux barbus”.

 

Fi donc !

 

Dans une émission de TV (5), je regardais la délicate Eliette Abécassis, drapée de soie, ombrée de blush, irisée de mascara, nous recommander son choix d’ouvrages à lire. Parmi eux, celui écrit par une iranienne sur son viol en Iran. Inévitablement.

 

Je n’en ai pas retenu le titre. Simplement les non-dit. Soupirant, combien était détestable “le fanatisme religieux”. Sous-entendu susurré : on ne viole que par fanatisme religieux et cela, évidemment, ne peut se produire que dans des pays musulmans, et plus particulièrement en Iran Chiite…

 

Avec l’assurance, dans la formulation de ses commentaires, d’une double légitimité. Le sujet de sa thèse, nous précise son site officiel, porte sur “Le Mal”. Et, sa famille n’est-elle pas originaire d’un pays musulman : le Maroc ?...

 

Elle a même écrit, nous précise-t-elle, sur le “fanatisme musulman” : “… Dans « Le Trésor du Temple », j’évoque la question du fanatisme musulman à travers une secte. Cela était évidemment lié à une fraîche actualité. Je m’inspire constamment de ce qui anime mon quotidien en terme de faits, d’informations et d’actualités” (­­6).

 

Perle rare : une spécialiste du “Mal”, inspirée “constamment” par les faits, les informations, et l’actualité !…

 

Bizarre, cependant…

 

Elle adore Jérusalem (7), où elle s’est mariée. Bien. Séjournant souvent en Palestine. Formidable, pour une intellectuelle inspirée “constamment” par les faits, les informations et l’actualité. Les témoignages de première main vont fuser, se dit-on…

 

Curieusement, elle ne semble pas y constater, percevoir, sentir, “Le Mal”, lors de ses séjours. Pourtant…

 

Par delà massacres, destructions, humiliations, persécutions, les témoignages, soigneusement occultés par les médias occidentaux, de viols, de tortures sexuelles, de femmes et jeunes filles Palestiniennes dans les prisons israéliennes, abondent

 

Palestinian-girls-062010-AANS.jpg

 

 

 

Ne parlons pas des viols des femmes Irakiennes, dans les prisons gérées par les occidentaux dans ce pays proche de la Palestine qu’est l’Irak. Que dire des milliers de femmes et d’enfants tués, mutilés, par les armées d’occupation occidentales, en Afghanistan, qui dure depuis plus de sept ans… Trop loin, peut-être ?...

 

Et, puis, ce serait indécent…

 

Le raffinement, la distinction, l’élégance, c’est cela : voir ce qui doit être vu, dire ce qui doit être entendu, détourner le regard de l’obscène.

 

Normal.

 

Bernard Kouchner, Eliette Abécassis, représentent les archétypes de ceux qui affirment, sur des registres d’expression différents, leur sympathie et leur activisme communautaires.

 

Libre à eux.

 

Laissons donc de côté la “Bonne Foi”, et admettons lucidement que c’est, de la part de ces “responsables” et “intellectuels”, de “Bonne Guerre”…

 

 

 

 

Photos:

i)  Norwegian Refugee Council : « 1000 enfants tués en Afghanistan en 2009 » (1000 children killed in Afghanistan) http://www.nrc.no/?did=9493701

ii) Fillettes Palestiniennes criant leur révolte au passage de la soldatesque d'occupation - AANews Services - juin 2010

 

 

 

 

N.B. Le texte étant tronqué par le serveur, il a été scindé en  deux.

Suite deuxième partie :

Tahar Ben Jelloun et les Talibans : Tartarin et les Lions… (2)

 => Hamburger au hachis de porc

 => Sauce “blue cheese”

 => Trous de gruyère ou de mémoire

 

 

 

 

 

(1)  Tournée diplomatique – Kouchner : “Sans les femmes en Afghanistan, il n’y aura pas de progrès”, Le Point, 16 mai 2009.

(2)  Cf. Pierre Lellouche in : Livre Blanc de la Défense Nationale ou Chèque en Blanc ?...

(3)  Lire le remarquable article de Mona Chollet, Ils ne comprennent que la force, du 12 avril 2009 sur le film, avec Isabelle Adjani, La Journée de la Jupe, http://blog.mondediplo.net/2009-04-12-Ils-ne-comprennent-que-la-force

(4)  Cogan, James, Millions face starvation in Afghanistan, 9 January 2009, http://wsws.org/articles/2009/jan2009/afgh-j09.shtml

(5)  France 2 – TV5 - Télématin

(6)  http://pagesperso-orange.fr/mondalire/abecassis.htm

(7)  “… Elle est attachée à cette ville comme à une personne. Elle s’y marie en 2002. Elle a rencontré son futur époux deux ans auparavant, au cours d’un vol Tel-Aviv-Paris…”. http://www.vsd.fr/contenu-editorial/en-coulisses/cv-de-stars/849-eliette-abecassis

 

 

 

Partager cet article
Repost0