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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
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Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 00:35

 

 

N.B. Le texte étant tronqué par le serveur, il a été scindé en  deux.

Suite de la première partie :

Tahar Ben Jelloun et les Talibans : Tartarin et les Lions… (1)

 => Tartines de Tartarinades

 => Emballage au ruban de soie

 

 

 

Hamburger au hachis de porc

 

 

La cohorte des chasseurs d’islamistes et de Talibans ne cesse de s’étoffer, en France. Parmi les plus pétulants figurent des représentants de la sphère arabo-musulmane, dans sa spécificité franco-maghrébine.

 

Prenons l’exemple de l’écrivain Tahar Ben Jelloun, qui déploie une activité fébrile sur ce terrain, depuis quelques temps. Son argumentation, son niveau d’analyse, la fiabilité de sa documentation ou de ses sources, méritent l’intérêt.

 

Se proclamant Musulman, ses positions ont de l’écho auprès de ceux qui connaissent mal et l’Islam et les pays musulmans. Son influence dans les médias, notamment auprès des journaux dits “de gauche”, n’est pas négligeable. C’est devenu un notable du monde des Lettres.

 

J’admire Tahar Ben Jelloun dans son art de “la chasse aux barbus”. Il arrive, grâce à ses dons de pisteur Apache, jusqu’à débusquer des “islamistes” derrière des porcs !... Difficile de faire mieux. Oui, il s’indigne de l’abattage des porcs ordonné par le gouvernement égyptien dans le cadre de la lutte contre la grippe porcine.

 

Ses cris d’indignation sont d’autant plus impressionnants qu’il s’était révélé d’une remarquable discrétion pendant le massacre des Palestiniens de Gaza, fin décembre et courant janvier 2009 (8). Plus muet qu’une carpe…

 

Il est vrai que ses couinement déchirants, dans la défense des porcs, ont pour finalité sa solidarité avec les Coptes visés dans cette mesure prophylactique, nous explique-t-il, par les Frères Musulmans. (9)

 

Seul problème…

 

François Burgat, le meilleur spécialiste français et européen de la question (de très loin !...), le rappelle : le Mouvement des Frères Musulmans a été créé par des membres de la bourgeoisie égyptienne : commerçants, médecins, architectes, ingénieurs, enseignants, fonctionnaires, artisans. Beaucoup de femmes, aussi, instruites et occupant des postes de responsabilité, notamment dans la santé publique, la justice et l’enseignement.

 

Créé conjointement, par des Musulmans et des Coptes. (10)

 

Pour lutter contre le féroce colonialisme britannique qui rançonnait l’Egypte, dissimulé derrière le rideau de la royauté de pacotille du roi et de son entourage, débauchés et corrompus, Farouk 1er.

 

Et, tenter de subvenir aux besoins de la population oubliée, des plus démunis (au Caire, il n’y avait pas que Soeur Emmanuelle…), par des créations de dispensaires, écoles, orphelinats. Ils en ont fondé, financé, des centaines. Sur leurs propres derniers.

 

Musulmans et Coptes : à la fois “résistants” au pillage colonial exercé via une nomenklatura corrompue, et “militants” pour une société démocratique fondée sur la justice sociale et économique. Beaucoup sont morts sous la torture, dans des exécutions sommaires, ont croupi de longues années dans d’atroces conditions de détention.

 

D’abord sous les coups des tortionnaires britanniques. Puis, sous ceux des nassériens, bien qu’ils se soient alliés à eux pour renverser le régime colonial. Les généraux putschistes n’admettaient pas le refus de la dictature militaire par les Frères Musulmans. Malgré l’évidence : s’ils avaient participé au renversement d’une monarchie corrompue, ce n’était certainement pas pour accepter qu’une dictature militaire succède à un régime policier…

 

Bien sûr, depuis s’est constituée une branche “radicale”, histrionique, guignol médiatique, largement infiltrée et instrumentalisée par les services spéciaux égyptiens et occidentaux. Spécialisée dans les déclarations obscurantistes, sous couverture “fondamentaliste”, l’organisation d’attentats et la création de tensions artificielles avec la communauté Copte.

 

Intense travail de désinformation pour justifier, auprès de l’opinion internationale, le soutien occidental à la dictature militaire du général Moubarak. Diviser pour régner. Neutraliser la seule opposition organisée et puissante. Supprimer, entraver toute liberté d’expression. Avec pour finalité de caricaturer, diaboliser, l’image du Mouvement des Frères Musulmans. En Egypte et ailleurs.

 

La partie la plus éduquée de l’Egypte ployant sous la dictature du général Moubarak et ses persécutions, similaires à celles du roi Farouk, membre, sympathisante du Mouvement des Frères Musulmans, sait très bien que les attentats, aussi tragiques que stupides, avec leur mise en scène impeccablement formatée, sont contraires à ses intérêts économiques et politiques. Ils n’ont pour but que de déconsidérer toute opposition à un régime détesté pour sa corruption, et son déni des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme. L’action violente ne fait pas partie de son credo.

 

En Egypte, hors la caste dirigeante, les cadres comme l’ensemble de la population du pays, qu’ils soient Musulmans ou Coptes, formulent exactement les mêmes souhaits. Musulmans et Coptes sont avant tout Egyptiens, fervents défenseurs de leur identité nationale. Souhaitant vivre dans un pays libre, dans la justice et la solidarité, et non pas dans une colonie américano-israélienne encadrée par une nomenklatura imposant une dictature militaire.

 

Défendre les porcs pour sauver les Coptes… Pourquoi nous présenter un tel un hachis de désinformation, aussi grossier ?...

 

Ce n’est pas par malhonnêteté intellectuelle que Tahar Ben Jelloun nous sert ce coulis de clichés. Non. Probablement, ne connaissant pas l’Egypte, encore moins le Mouvement des Frères Musulmans dans ses différentes composantes, y compris celle créée en trompe-l’œil par l’appareil répressif de la dictature militaire, s’est-il laissé emporter par son émotion. Voler au secours des Coptes !...

 

Confondant, ainsi, “marketing éditorial” avec recherche historique et sociologique. Mais, ce n’est pas voulu.

 

L’émotion, que voulez-vous…

 

 

 

Sauce “blue cheese”

 

 

Agghhh, l’émotion !...

 

On retrouve ce même emportement fatal, quant à l’exactitude des faits, la fiabilité des informations, dès que Tahar Ben Jelloun armé de son escopette et de son tromblon part, en valeureux Tartarin, chasser le Taliban. Sautant de l’Egypte en Afghanistan. Ou vice-versa. Selon la direction du vent médiatique.

 

Il s’emporte dans un article (11), suffocant de rage, sur l’obsession possessive des Talibans pour le sexe féminin. A le lire, sous son cri d’indignation, l’émotion nous étreint tout autant :

“… Les talibans, par exemple, imaginent un monde où la femme s'est retirée du monde. Elle existe, mais cloîtrée dans la maison et n'ayant aucun droit de sortir. Cela ne veut pas dire qu'ils crachent sur le plaisir sexuel, au contraire, ils aiment ça au point de vouloir le posséder et d'être les seuls à en jouir”.

 

Waouh !... Face à ces mâchoires de carnassiers baveux, il ne reste plus qu’à déclarer les Talibans anthropophages !... Prochain épisode, certainement…

 

Une pincée d’analyse politique, pour conforter le propos dans le sérieux :

“… C'est le sens du projet de loi que le président Hamid Karzaï a voulu déposer. Un projet qui souhaitait rendre légal "le viol de l'épouse" et interdire à celle-ci de sortir sans l'autorisation du mari.

“… Cette loi aurait visé les femmes chiites (10 % de la population).

“… Hamid Karzaï comptait sur ce projet de loi pour s'attirer la sympathie et les votes des chiites lors des prochaines élections”.

 

Une pointe de doute, toutefois, devant l’extrême excitation de ses transes. Notre Tartarin maîtriserait-il son sujet ou exorciserait-il ses propres obsessions ?...

“… Une femme qui jouit est une "salope" ; elle est considérée comme une prostituée (sauf que les malheureuses travailleuses du sexe ne jouissent pas, ce n'est pas un plaisir, c'est un travail, une corvée pour gagner leur vie). Il serait intéressant de faire lire aux hommes ayant peur de cette jouissance quelques-uns des témoignages de femmes qui racontent leur vie sexuelle”.

 

D’autant plus que sa conclusion est plus que bâclée, comme si l’auteur, épuisé par ses propres incantations, avait perdu le fil de sa crise d’hystérie :

“… Cette image résume la situation : la guerre en Afghanistan tourne autour du l'opium et de la femme. Il faut contrôler les deux, sinon, c'est la fin de la tragédie entamée par la barbarie au nom d'un islam totalement étranger à ces pratiques”.

 

Ainsi, faut-il "contrôler l’opium et la femme" pour en terminer avec la catastrophique situation afghane… Nous déclare Tartarin dans sa fulgurante vision géopolitique !

 

Sous la sauce “blue cheese” que nous déverse Tahar Ben Jelloun, cette fantasmagorique obsession sexuelle telle que l’Occident la projette sur les autres en l’occultant chez lui, que trouve-t-on ?...

 

Tout simplement, trois vecteurs de la propagande du lobby militaire occidental justifiant sa colonisation de l’Afghanistan et sa stratégie anti-iranienne, aisément repérables :

 

 

i)  Le mythe de l’instauration de la démocratie par l’Occident

 

Tout cela à partir d’un projet de texte de loi, destiné à satisfaire des tribus chiites, nous assure-t-on. Façon de nous dire : vous voyez, grâce à l’instauration de la démocratie que nous avons réussi à imposer, chez ces sauvages, ce texte a pu être bloqué. Heureusement que nous sommes présents sur place !

 

Tous les observateurs attentifs au contexte afghan avaient compris qu’il s’agissait d’un “hoax”, un coup monté par les “services d’action psychologique”, les “PsyOps”, relayé au quart de tour, dans une parfaite coordination, par tous les médias occidentaux. Et, leurs relais sponsorisés : les “leaders d’opinion”.

 

Les évidences crevant les yeux :

=> Il n’y a pas plus de “parlement” en Afghanistan qu’il n’y en avait sous l’occupation par les nazis ou les staliniens en Europe, au sens d’élections libres, selon des programmes de gouvernement librement débattus dans la diversité des opinions.

=> Les pseudo “parlementaires” ne sont que des chefs de guerre ou de gang, parmi les pires “collabos” ultracorrompus et complaisants, que les forces d’occupation ont pu ramasser dans les différentes provinces.

=> Les “textes de loi” qui leur sont soumis sont, uniquement, ceux concoctés par les forces d’occupation. Celui sur le “viol des femmes dans l’espace conjugal”, véritable provocation ne correspondant à aucune nécessité, n’avait pour but que de déclencher une campagne de propagande à l’intention des opinions publiques en Europe, et en Occident de façon globale, afin de renverser leur opposition à l’aventurisme de leurs gouvernements en Afghanistan.

 

L’irréalisme de ce texte, son niveau d’absurdité, d’imbécillité (appliquer une loi dans une chambre à coucher…), sous le prétexte de réunir 10% de voix chiites au bénéfice de Karzaï (contesté actuellement par les militaires américains du fait de ses condamnations répétées des bombardements aveugles...), démontrent que la propagande, confiante dans l’énormité de ses moyens, n’hésite pas à solliciter cyniquement les niveaux de crédulité les plus primaires, et les plus pervers…

 

 

ii)  La diabolisation du Chiisme

 

La population chiite en Afghanistan ne représenterait que 10% des musulmans. C’est le deuxième palier de la manœuvre : la diffamation incessante du Chiisme. En fait, c’est l’Iran, où se trouve la majorité des musulmans chiites, qui est visé.

 

Nous avons tous subi cette propagande incessante, très souvent sans nous en rendre compte, sur la diabolisation du Chiisme. En Irak a été entretenu artificiellement une guerre de religion à grand renfort d’opérations commandos, faisant sauter mosquées, lieux de pèlerinage, alternativement Chiites et Sunnites. Ou encore, luttes armées entre “milices” armées chiites et sunnites.

 

Alors que pendant la longue guerre contre l’Iran, qui a duré 8 ans, les Irakiens sunnites et chiites combattaient côte à côte… Tout le monde sait au Moyen-Orient, que ce sont les occidentaux qui sont derrière ces manœuvres de division et de propagande.

 

Qui n’a pas subi ces discours fumeux, répandus par les “experts” patentés dans nos médias, sur le spectre de “l’Arc Chiite” qui menacerait le monde musulman sunnite, et de là l’Occident ?... Par ses fusées et sa prétendue fureur nihiliste.

 

Dans la propagande, le Chiisme se résumerait à une secte de sauvages, acharnés à la destruction des “valeurs de l’Occident”. Pire, une horde de primitifs, pervers frustrés, assoiffés de sexe, acharnés dans la violence faite aux femmes.

 

Le Chiisme n’a rien à voir avec les descriptions sordides, dégradantes, que peuvent en laisser croire une poignée de radicaux ou de charlatans, bien souvent instrumentalisés, comme toute religion en période de crise, de tension et de guerre. Et, bien sûr, diabolisé par une propagande hostile aux pays où il est majoritaire, pour des raisons coloniales ou idéologiques.

 

Cette branche minoritaire de l’Islam, comme le protestantisme dans la chrétienté, représente par son apport dans les domaines de la philosophie, de la spiritualité et de la mystique un immense patrimoine universel.

 

Ceux qui en ont approché l’étude parlent d’un véritable “continent” de la connaissance humaine, pratiquement ignoré en Occident. En tout cas, systématiquement occulté par l’appareil de désinformation. Patrimoine que nous devons reconnaître avec respect comme un bien commun, un héritage incomparable de la pensée collective (12).

 

Henry Corbin, par exemple, éminente figure du protestantisme français, d’une exceptionnelle élévation morale, spécialiste de Karl Barth, Heidegger, Ibn’Arabi, a passé une grande partie de sa vie à étudier le Chiisme en Iran, la gnose Chiite.

 

Il en a rédigé, entre autres ouvrages sur le sujet, une somme impressionnante : En Islam Iranien : aspects spirituels et philosophiques (13). Quatre volumes, que je vous invite à feuilleter pour sortir des âneries véhiculées sur le Chiisme, par les bonimenteurs pullulant sous forme “d’experts”, “islamologues”, ou  “psychanalystes de l’Islam” dans la sphère médiatique. 

 

Il est certain que dans des pays apaisés et prospères, lorsqu’ils ne seront plus en état de siège, le Chiisme trouvera sa juste place de religion dans une société civile, à l’exemple des autres religions et croyances dans le monde.

 

 

 

iii)  L’islamophobie sexuée

 

Instrumentaliser le sexe de la femme musulmane, pour exciter le mépris à l’égard d’un peuple. Thème devenu traditionnel dans la propagande occidentale. Représentation du racisme dans toute sa perversité, dans son fanatisme absolu, via l’instrumentalisation du sexe de “l’Autre”, celui que l’on veut opprimer. Expression de la psychose actuelle et structurelle de l’Occident.

 

Racisme sexuel, d’abord, à l’encontre de la femme musulmane, afghane dans le cas présent. L’argumentaire restant le même.

 

Femme totalement infantilisée, déclarée, réputée, définie, sans personnalité, sans caractère. Incapable de se faire respecter à l’intérieur de son couple, de “gérer” sa relation sexuelle, sans le secours et la tutelle de l’Occident, via son “Business Féministenoyauté par les services spécialisés dans la désinformation (associations de “défense” de la femme, presse féminine et autres médias…).

 

Femme, bien sûr, encore moins en mesure de partager respect, tendresse, complicité, affection, amour, passion, avec son homme. Dans l’imaginaire, l’imagerie de la propagande, ces sentiments sont inaccessibles aux peuples et nations n’ayant pas encore été “civilisés” par l’Occident. Dans le fantasme raciste, les musulmanes, les afghanes, et leurs hommes, sont considérés encore au stade animal, inaptes à l’Amour.

 

En Afghanistan !... Dans un pays qui regorge des plus beaux poèmes, chansons, légendes d’amour de l’histoire de l’humanité… Avec des figures de femmes magnifiques de beauté et d’héroïsme comme la célèbre Malalaï de Maïwand, que j’ai eu l’occasion d’évoquer.

 

Racisme sexuel, ensuite, à l’encontre de l’homme musulman. Trouver les images les plus choquantes provoquant horreur et haine, dans l’opinion publique, pour des hommes que notre soldatesque se doit de massacrer sans états d’âme. Pour avilir le courage exceptionnel de “résistants” capables malgré des moyens dérisoires de s’opposer, avec succès, aux armées les mieux équipées et entraînées du monde.

 

La propagande actualise, ainsi, un argumentaire digne du temps des croisades et des premières aventures coloniales. Seule différence avec les siècles précédents, évolution des mœurs oblige, les références sexuelles y sont, à présent, dominantes.

 

Justifiant, ainsi, l’asservissement d’un peuple, pour l’éduquer, lui apprendre la civilisation. Le bon usage du sexe. Classique. Rallier l’opinion au mythe du sous-homme ne méritant que la violence et l’esclavage. A la Daniel Pipes, un des gourous islamophobes des gouvernements US toujours très actifs : “Les Palestiniens sont misérables et ils méritent de l’être”. (14)

 

 

 

Trous de gruyère ou de mémoire

 

Dans sa diatribe, en donneur de leçons, Tahar Ben Jelloun pointant du doigt la sauvagerie des mâles afghans, évoque la possession sexuelle, la prostitution, la confiscation du sexe de la femme à l’usage exclusif d’une obsession.

 

Pour compléter sa leçon de morale, il aurait pu prendre pour exemple les algériennes violées par des militaires français pendant la colonisation de l’Algérie, contraintes à la prostitution, enrôlées de force dans les Bordels Militaires de Campagne, les fameux BMC.

 

Certaines de ces prostituées algériennes avaient même été affectées en Indochine, à Dien Bien Phu, à 10.000 km de leur pays, pour satisfaire les besoins sexuels du corps expéditionnaire français. Dans le camp retranché, lors de sa reddition, les troupes de la résistance vietnamienne du général Giap, ébahies, ont trouvé deux BMC avec 18 filles, algériennes et vietnamiennes…

 

Pour illustrer son prêche, Tahar Ben Jelloun aurait pu parler du célèbre tortionnaire israélien portant le surnom de Kojak. Spécialisé avec son équipe dans les viols et sévices sexuels à l’encontre des femmes Palestiniennes. Les forçant dans des mises en scène pornographiques, les prenant en photo lors des séances de viols collectifs.

 

Menaçant, dans un chantage implacable, de les montrer à leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs fiancés ou maris, leurs enfants, si elles ne collaboraient pas avec les services secrets d’occupation. Pendant des années. Pour certaines, ces tortures sexuelles ont duré 9 ans…

 

Pour émouvoir ses paroissiens, Tahar Ben Jelloun aurait pu égrener quelques uns des multiples forfaits sexuels commis par les troupes d’occupation occidentales en Irak. En général, ils sont systématiquement étouffés. De temps en temps, il arrive qu’on en coince un. Alors, on fait un exemple. Uniquement lorsqu’il y a crime de sang.

 

Comme la semaine dernière, en ce 21 mai 2009, où ont été condamnés aux USA, Steve Dale Green, 24 ans, et quatre de ses collègues. Ils ont violé une jeune irakienne de 14 ans, Abeer Qassim Hamza Al-Janabi, alors qu’ils servaient en Irak en tant que soldats, chargés d’apporter civilisation, liberté et démocratie…

 

Ils l’avaient repérée lors de leurs patrouilles. Elle leur plaisait. Ils ont organisé une descente chez elle et l’ont violée, collectivement, devant sa famille. Puis, ils l’ont jetée comme un kleenex. Mais, ils ont un peu dépassé les bornes…

 

En fait, ils l’ont tuée, après usage, avec son père, sa mère, et sa jeune sœur âgée de six ans. Tous. Ces vaillants soldats sont revenus sur les lieux pour brûler le corps. Ne pas laisser de traces…

 

Comme des centaines de femmes et jeunes filles Irakiennes. Violées, il ne leur reste que la prostitution. Phénomène social, inconnu sous la dictature de Saddam, atteignant à présent des chiffres considérables, là encore, occultés par la propagande.

 

L’obsession du sexe en Occident ?... Des milliers d’exemple. Rien que nos campagnes de pub, ne serait-ce que dans la presse féminine, en sont noyées. Mais, non. Pour être un obsédé sexuel, de la possession sexuelle, d’après la propagande, il faut être “enturbanné”.

 

Tahar Ben Jelloun a raison de s’indigner. C’est bien !  C’est beau, un acte solidaire, citoyen, défendre des “valeurs”. Il suffit de ne pas s’égarer dans le manichéisme, sinon l’indignation devient posture. De Tartarin on termine en Tartufe.

 

Regardez le “courage” de nos parlementaires exprimant leur “émotion” et leur “solidarité”, dans un message de soutien officiel de l’Assemblée Nationale, à l’opposante birmane Aung San Suu Kyi qui comparait pour un procès public dans son pays. Eux, si silencieux lors des massacres du Liban, d’Irak, de Gaza, d’Afghanistan. Femmes et enfants, il est vrai, à partir du moment où ils sont musulmans, du moins ceux qui ne mangent pas de camembert et ne boivent pas du vin, n’y ont pas droit…

 

Indignation sélective ?... Racisme ?...

 

Normal en Occident, en matière des “droits de l’homme”, il ne faut jamais confondre la “tendance” et le “tabou”… Le “In”, et le “Out”…

 

Problème : où passe la frontière entre la “tendance” et le “tabou” ?... Où se situe la norme ?... Beaucoup d’intellectuels semblent y perdre le nord. Surtout, quand le gagne-pain est en jeu…

 

 

 

Intellectuels ?...

 

Julien Benda  les fustigeait sous l’appellation de “Clercs”. Du moins, ceux qui trahissaient leur engagement dans des petits calculs partisans, courtisans  ou carriéristes. Au détriment de la défense des valeurs universelles, de la Dignité Humaine.

 

En 1927, il a publié ce grand classique de l’histoire des idées : La Trahison des Clercs (15). La droite de l’époque, extrême ou bien-pensante, fulminait de rage. Juif, elle le traitait de “Rabbi Bendada”. Homme rigoureux, exceptionnel de ténacité, il avait des tripes. Peu lui souciaient injures et diffamations. Peu lui importaient Prix Littéraires et autres colifichets honorifiques. Un exemple pour tous les intellectuels.

 

Et, si Tahar Ben Jelloun, délaissant les Tartines de Tartarinades, avec son talent d’indignation, son courage, nous comblait d’un ouvrage actualisant, dans une suite, celui de Julien Benda ?...

 

Au risque, peut-être, de se fermer les portes de l’Académie française, mais quel panache avec pareil titre :

 

L’Abjection des Clercs !

 

 

 

 

 

 

 

 

(8)  Je fais partie de ceux (nombreux) qui cherchent en vain le moindre écrit de Tahar Ben Jelloun, dans un média francophone, condamnant les atrocités des bombardements de Gaza… J’offre un grille-pain à manivelle au lecteur qui m’en trouvera un.

(9)  Grippe : le massacre des porcs se poursuit en Egypte, Le Monde, 17 mai 2009.

(10) Burgat, François, L’islamisme en face, La Découverte, première publication 1995, dernière mise à jour décembre 2007. Ouvrage indispensable pour comprendre le contexte et les enjeux politiques, au Moyen-Orient en particulier. Excellentes analyses et documentation, d’un niveau introuvable dans les médias français.

(11) Tahar Ben Jelloun, Afghanistan : l'opium et l'obsession de la sexualité féminine, Le Monde, 9 avril 2009.

(12) Je recommande un excellent ouvrage d’initiation ou de vulgarisation sur les religions et spiritualités, avec une iconographie très soignée, Les Grands Maîtres de la Spiritualité, Collection « La Mémoire de l’Humanité », Larousse-Bordas, 1998.

Y sont présentés quelques grands mystiques iraniens qui ont marqué l’histoire de la spiritualité : Al-Hallaj, Ibn Sînâ (Avicenne), Ghazâli, ’Attâr, Sohrawardi, Ibn’Arabi. Ainsi que Djalâl Ad-Dîn Rûmî (admiré de Goethe et Hegel), né en Afghanistan et fondateur en Turquie de la confrérie des Derviches Tourneurs.

(13) Corbin, Henry, En Islam Iranien : aspects spirituels et philosophiques, 2e éd., Gallimard, 1978, 4 vol.

(14) Washington Report on Middle East Affairs, July 2001.

(15) Benda, Julien, La Trahison des Clercs, Les Cahiers Rouges, Grasset, 2003 (première publication 1927).

 

 

 

 

 

Photos d’un échantillon de “Femmes Musulmanes” démontrant leur épanouissement sous la botte “démocratique et droits de l’hommiste” de la soldatesque occidentale. Clichés réalisés par différents auteurs, en Palestine, dont Nayef Haslamoun.

 

 

 

 

 

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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 00:30

 

"Au Rwanda, les interventions de journalistes et d'intellectuels haineux jouèrent un rôle essentiel dans la légitimation du génocide, notamment par la désignation quotidienne des Tutsis comme "cancrelats"..."

La Honte - Psychanalyse d'un lien social
Serge Tisseron - Dunod - 2007

 

 

 

Tartines de Tartarinades …

 

Non, ce n’est pas le plat du jour. Juste le “hamburger” quotidien… Junk Food, comme disent nos amis anglo-saxons. Traduisons par “nourriture industrielle”, pour rester poli…

 

Que souhaite nous voir ingurgiter la propagande.

 

De temps en temps, j’aime bien examiner, avec ma loupe et mes pincettes, le degré de “fraîcheur” de cette “nourriture intellectuelle”, servie par nos fast-foods médiatiques.

 

En ce moment, en Afghanistan et au Pakistan, se déroule un des plus atroces nettoyages ethniques de l’époque contemporaine. Plus de 3,4 millions de personnes sont chassées de la vallée de SWAT au Pakistan, frontalière de l’Afghanistan. En fait, un ensemble de vallées.

 

Plus de 3 millions, sous les bombes, dans la famine, la misère, l’exode. A peine le temps d’enterrer ses morts et de charger les blessés sur son dos.

 

Dans l’indifférence…

 

Encore s’agit-il de "statistiques" de l’ONU, dont on sait combien elles sont finement édulcorées. Un carnage et un désastre humanitaire qui vont dépasser ceux vécus, récemment, au Burundi, au Ruanda et au Congo.

 

Il est vrai que l’Occident, dans sa paranoïa musulmane, se doit de “casser” l’Afghanistan et le Pakistan. Comme pour l’Irak. En attendant de passer à l’Iran. Il convient, en conséquence, de “casser” les "résistants". Ceux qui s’opposent aux occupations militaires, aux déplacements de population, aux tueries organisées par des puissances étrangères.

 

Recette classique : les résistants sont qualifiés de terroristes. Mais, le mot s’étant banalisé, la propagande les carbonise médiatiquement dans un raccourci commode, ils sont transformés en “Talibans”. Peinturlurés, dans la fantasmagorie de l’hystérie des médias, en adjoints de Lucifer.

 

Pour raviver l'image phobique, on y rajoute une tranche de sexe. Comme autant de poivre ou de piment rouge. Les Talibans sont des obsédés du sexe, des violeurs. Rien de bien neuf.

 

On nous ressert “La Femme Esclave des Barbus”, dans un scénario assaisonné de psychanalyse de sandwicherie, à la Malek Chebel ou à la Abdelwahab Meddeb. Thème traité par Atiq Rahimi, dans le dernier prix Goncourt, encensé par l’appareil de désinformation. Comme il se doit.

 

Oui, mais le sexe fait vendre dans nos sociétés occidentales. Pour le moment, le marketing du lobby belliciste ne trouve pas mieux pour accrocher le chaland et justifier la barbarie de ses actes quotidiens.

 

Alors, la propagande active ses cuistots chargés d’emballer, de servir, cette cuisine avariée, redoublant d’efforts. Les ingrédients ne pouvant changer, on "relooke", jouant sur la présentation, l’éclairage, le décor, l’uniforme des serveurs. Jusqu’à la tête des serveurs…

 

Cette agitation, face à la réticence de l’opinion publique devant ces massacres à répétition perçus malgré censure et désinformation, me rappelle celle de Tartarin de Tarascon d’Alphonse Daudet et ses fanfaronnades pour chasser le lion en Afrique.

 

Partir à la chasse de ce monstre hybride : le “Taliban-obsédé sexuel-violeur”. Pour sauver la femme afghane, pakistanaise. Par extension : la femme iranienne. Par généralisation : la femme musulmane. A présent, défendre le sexe de la femme musulmane, menacé, maltraité, profané, par “les barbus enturbannés”…

 

Eternelle posture matamore de l’Occident.

 

On en rirait, si contexte et conséquences n’en étaient pas aussi tragiques.

   

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Emballage au ruban de soie

 

Les serveurs de ces Tartarinades sont légions. Dans tous les segments de notre société. Je ne m’attarderai pas sur les multiples exemples. Dans ce grouillement, j’en ai retenu quelques uns. Bref rappel…

 

Kouchner, ministre des Affaires Etrangères de la France, on se doit de le citer. En France, il est le chef publicitaire des menus imposés par les officines de la propagande (1) :

“… L'avenir de la démocratie passe par les femmes. Sans les femmes en Afghanistan, il n'y aura pas de progrès. (...)", a déclaré M. Kouchner au dernier jour de sa visite, accompagné du représentant spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan Pierre Lellouche (2).

"Nous avons senti dans nos rencontres (...) un courage admirable chez les femmes afghanes", a-t-il souligné.

La situation des Afghanes est dramatique dans ce pays très conservateur. Outre les crimes d'honneur, courants dans les zones rurales, les défenseurs des droits de la femme y sont régulièrement la cible de violences.

… M. Kouchner s'est dit "très attentif" au "combat" des Afghanes, promettant que la France les "soutiendra à fond" si elles s'organisent en un quelconque rassemblement politique”.

 

Dans cette rhétorique, un point intéressant à relever :

“… Le ministre français a également rencontré le président afghan Hamid Karzaï à deux reprises, notamment pour évoquer la liberté de la presse --plusieurs journalistes afghans croupissent en prison pour offense à l'islam, religion officielle-- et l'élection présidentielle du 20 août.

… Ce scrutin sera "un moment décisif de notre présence", a-t-il jugé, car "si les élections sont souillées, apparaissent comme truquées ou incomplètes, si la sécurité n'est pas assurée, alors il sera difficile d'expliquer au peuple français, réticent à cet engagement, le maintien de notre présence" en Afghanistan”.

 

Passons sur l’inévitable relent de cuisine islamophobe :

“… pour offense à l’islam, religion officielle…”, et concentrons-nous sur le propos magique : “élections présidentielles du 20 août prochain”…

 

Ainsi, les femmes Afghanes iront voter “utile”, contrairement à leurs hommes. Ce ramassis de barbus sauvages qui n’ont rien compris à la rayonnante “démocratie occidentale”. Se dirigeant vers les bureaux de vote, lors d’une “Journée de la Jupe”, string déployé, accompagnées de la fanfare de la glorieuse association Ni Putes Ni Soumises… (3)

 

 Comment véhiculer pareilles fables, et faire semblant d’y croire ?...

 

Comment penser, un quart de seconde, que des élections libres, fiables, puissent se tenir dans un pays en guerre, occupé militairement ?...

 

Où sévit une terrible famine dans les campagnes : 8 à 10 millions de personnes souffrent de malnutrition d’après les statistiques officielles (4). Ecrasé de bombes au quotidien.

 

Où déplacements de population, massacres de civils, se succèdent, sans arrêt. Essentiellement des femmes et des enfants. Ces dégâts collatéraux pour lesquels forces d’occupation des USA et de l’OTAN simulent des excuses ou des regrets, dans leurs communiqués stéréotypés. Tout en continuant.

 

Ce ne sont, ce ne seront, qu’élections “truquées”, comme en Irak, où les chefs de tribus dans les campagnes, et les responsables de quartiers dans les villes, votent collectivement, sous la contrainte, apportant le paquet de voix dont ils sont détenteurs, d’après fiches et listings des forces d’occupation, en faveur du candidat qui leur est désigné.

 

Dans les bureaux de vote, car il en faut bien pour la mise en scène médiatique ou lors des tournées bien balisées des “observateurs indépendants”, les votants qui passent par l’isoloir doivent remettre à la sortie, au coin de la rue, les bulletins (interdiction ou impossibilité d’en prendre plus d’un par candidat…) de celui ou de ceux pour qui il ne fallait pas voter, suivant les instructions des autorités. Autres candidatures qui ne sont, dans la plupart des cas, que des figurants consentants. Dans un simulacre de choix électoral.

 

Dans le cas contraire, c’est la suppression assurée de la “carte de ravitaillement” et l’impossibilité d’obtenir le moindre papier administratif. Quand ce n’est pas le passage en salle de tortures…

 

Telle est la réalité de la parodie des “élections” en Irak et en Afghanistan. Telle est la réalité qu’on veut, à présent, imposer à Gaza. Un bulletin de vote “utile”, contre une “carte de ravitaillement”.

 

Mais, Kouchner est sûrement quelqu’un d’honnête.

 

Il n’a simplement pas le temps de vivre avec les populations occupées, terrorisées, affamées, déracinées, jetées sur les chemins sans abri, par la violence des armées occidentales. De s’informer, d’exercer son esprit critique. Il ne sait pas, ne cherche pas à savoir. Trop sollicité. Trop  occupé à diffuser la bonne parole des bienfaits de l’Occident. Pas le temps.

 

Oui. Probablement. C’est la faute à : “Pas le Temps”…

 

Autre genre. Même les snobs, retroussant les manches, rejoignent “la chasse aux barbus”.

 

Fi donc !

 

Dans une émission de TV (5), je regardais la délicate Eliette Abécassis, drapée de soie, ombrée de blush, irisée de mascara, nous recommander son choix d’ouvrages à lire. Parmi eux, celui écrit par une iranienne sur son viol en Iran. Inévitablement.

 

Je n’en ai pas retenu le titre. Simplement les non-dit. Soupirant, combien était détestable “le fanatisme religieux”. Sous-entendu susurré : on ne viole que par fanatisme religieux et cela, évidemment, ne peut se produire que dans des pays musulmans, et plus particulièrement en Iran Chiite…

 

Avec l’assurance, dans la formulation de ses commentaires, d’une double légitimité. Le sujet de sa thèse, nous précise son site officiel, porte sur “Le Mal”. Et, sa famille n’est-elle pas originaire d’un pays musulman : le Maroc ?...

 

Elle a même écrit, nous précise-t-elle, sur le “fanatisme musulman” : “… Dans « Le Trésor du Temple », j’évoque la question du fanatisme musulman à travers une secte. Cela était évidemment lié à une fraîche actualité. Je m’inspire constamment de ce qui anime mon quotidien en terme de faits, d’informations et d’actualités” (­­6).

 

Perle rare : une spécialiste du “Mal”, inspirée “constamment” par les faits, les informations, et l’actualité !…

 

Bizarre, cependant…

 

Elle adore Jérusalem (7), où elle s’est mariée. Bien. Séjournant souvent en Palestine. Formidable, pour une intellectuelle inspirée “constamment” par les faits, les informations et l’actualité. Les témoignages de première main vont fuser, se dit-on…

 

Curieusement, elle ne semble pas y constater, percevoir, sentir, “Le Mal”, lors de ses séjours. Pourtant…

 

Par delà massacres, destructions, humiliations, persécutions, les témoignages, soigneusement occultés par les médias occidentaux, de viols, de tortures sexuelles, de femmes et jeunes filles Palestiniennes dans les prisons israéliennes, abondent

 

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Ne parlons pas des viols des femmes Irakiennes, dans les prisons gérées par les occidentaux dans ce pays proche de la Palestine qu’est l’Irak. Que dire des milliers de femmes et d’enfants tués, mutilés, par les armées d’occupation occidentales, en Afghanistan, qui dure depuis plus de sept ans… Trop loin, peut-être ?...

 

Et, puis, ce serait indécent…

 

Le raffinement, la distinction, l’élégance, c’est cela : voir ce qui doit être vu, dire ce qui doit être entendu, détourner le regard de l’obscène.

 

Normal.

 

Bernard Kouchner, Eliette Abécassis, représentent les archétypes de ceux qui affirment, sur des registres d’expression différents, leur sympathie et leur activisme communautaires.

 

Libre à eux.

 

Laissons donc de côté la “Bonne Foi”, et admettons lucidement que c’est, de la part de ces “responsables” et “intellectuels”, de “Bonne Guerre”…

 

 

 

 

Photos:

i)  Norwegian Refugee Council : « 1000 enfants tués en Afghanistan en 2009 » (1000 children killed in Afghanistan) http://www.nrc.no/?did=9493701

ii) Fillettes Palestiniennes criant leur révolte au passage de la soldatesque d'occupation - AANews Services - juin 2010

 

 

 

 

N.B. Le texte étant tronqué par le serveur, il a été scindé en  deux.

Suite deuxième partie :

Tahar Ben Jelloun et les Talibans : Tartarin et les Lions… (2)

 => Hamburger au hachis de porc

 => Sauce “blue cheese”

 => Trous de gruyère ou de mémoire

 

 

 

 

 

(1)  Tournée diplomatique – Kouchner : “Sans les femmes en Afghanistan, il n’y aura pas de progrès”, Le Point, 16 mai 2009.

(2)  Cf. Pierre Lellouche in : Livre Blanc de la Défense Nationale ou Chèque en Blanc ?...

(3)  Lire le remarquable article de Mona Chollet, Ils ne comprennent que la force, du 12 avril 2009 sur le film, avec Isabelle Adjani, La Journée de la Jupe, http://blog.mondediplo.net/2009-04-12-Ils-ne-comprennent-que-la-force

(4)  Cogan, James, Millions face starvation in Afghanistan, 9 January 2009, http://wsws.org/articles/2009/jan2009/afgh-j09.shtml

(5)  France 2 – TV5 - Télématin

(6)  http://pagesperso-orange.fr/mondalire/abecassis.htm

(7)  “… Elle est attachée à cette ville comme à une personne. Elle s’y marie en 2002. Elle a rencontré son futur époux deux ans auparavant, au cours d’un vol Tel-Aviv-Paris…”. http://www.vsd.fr/contenu-editorial/en-coulisses/cv-de-stars/849-eliette-abecassis

 

 

 

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 14:32

 


Suite du (1)

 


L’Imbécillité Tragique de “l’Intelligentsia” Française                       

 

 

La lecture de “Syngué Sabour” m’a procuré la même sensation que ces barquettes de plats préparés d’hypermarché. Transitant par le micro-ondes, avant ingestion et digestion. “Produit” parfaitement calibré pour le marché français, et occidental. Dans le business de l’édition, les traductions ou les cessions de droits à l’export, avec si possible des adaptations cinématographiques, sont planifiées pour diffuser un “produit vendable”. D’où, la nécessité de réunir les ingrédients basiques.

 

On retrouve, dans ce Goncourt, le cocktail d’astuces indispensables aux bonnes ventes dans l’édition bien de chez nous : violence, incitation à la haine raciale et religieuse, à mots couverts bien sûr car il convient de respecter un minimum de convenances, femme “victimisée” pour ratisser du côté des organisations féministes ouvrant grande la promotion dans les magazines “féminins”. Et, ingrédient essentiel : du sexe…

 

Dans Syngué Sabour, tout y est. Parfaitement dosé. Tous les clichés sont là pour plaire à la cible de clientèle, le “bobo” occidental, flatter son racisme et stimuler sa libido fatiguée par le stress…

 

Tranches de sexe, entrelardées d’une couche de voyeurisme, alternant avec les imprécations de “la femme” contre les hommes et son pays, personnage central du roman, dont on ne connaîtra pas le nom. Un coulis de sauce sanguinolente, pour fin, car il faut bien une fin en apothéose : la femme se faisant fracasser la tête par son homme, contre un mur, sur le sol. Rêve ou réalité, le fait est là. Pour bien signifier le “sort tragique de la femme Afghane”.

  

Pour toile de fond, une femme veille un homme dans une maison. Son mari. Dans une demie folie.

 

Plagiat, pur et simple, du thème et du cadre d’un des chefs-d’œuvre de l’écrivain espagnol Miguel Delibes, Cinco horas con Mario, publié en 1966 et traduit en français en 1971, sous le titre de Cinq heures avec Mario. Même monologue d’une femme devant le corps de son mari décédé, l’accablant de reproches et exprimant ses frustrations devant son incompréhension.

 

Il est dans le coma, sous perfusion, blessé dans des combats. Ambiance de guerre. Elle soliloque, prenant son homme pour "pierre de patience".

 

On entend les bruits extérieurs : tirs, chenilles et moteurs de char d’assaut, cris.

 

Quelle guerre ?... Une de celles, successives, imposées par les envahisseurs de l’Afghanistan, Russes, Américains, coalisés occidentaux de l’OTAN ?...

 

Chut ! Tabou ! Nous n’en saurons rien.

 

Des hommes entrent et sortent, en hurlant, fouillant la maison, malmenant le blessé. Ils portent des “turbans noirs”. Se ravisant de leur méprise. Nous sommes bien en Afghanistan. Mais on ne voit, ni n’entend, jamais, des soldats casqués, vêtus d’uniformes étrangers au pays, défonçant des portes, saccageant des maisons, bombardant, mitraillant, criant des ordres dans une langue inconnue des dialectes locaux. Jamais.

 

Des Corans un peu partout, certains traînent par terre, des hommes qui prient, sans bien savoir ce qu’ils font, ni ce qu’ils disent. Des mollahs qui “crient” pour appeler à la prière, n’appréciant pas que “la femme” ait ses règles. Les mollahs, cliché oblige, ne peuvent que crier et être allergiques aux règles des femmes.

 

Des pères méprisés par leurs fils, pour cause de folie. Suivant, à l’interligne près, le catalogue des stéréotypes : dans ce pays de barbares, le sens, la valeur de la famille, sont inconnus. On enfonce le clou, par la tragique histoire de “la tante” exclue de la famille, pour stérilité, finissant dans “une maison close”. Manque, toutefois, le coup de la femme à qui on a “brûlé le visage à l’acide”. Peut-être qu’au moment de l’écriture du roman, les officines de désinformation n’avaient pas encore mis la touche définitive au scénario…

 

Nous sommes bien en “terre d’Islam”.

 

Les hommes y sont noircis encore plus que les turbans dont les affublent l’auteur, à longueur de page.

 

Les hommes ?...

 

Dans ce pays de musulmans sauvages, ils ne peuvent être que des brutes. Aux “turbans noirs”. Aghhh !... Le “turban noir”, l’auteur en fait une fixation. Probablement pour que le lecteur remarque le génie inventif dans le cliché : avant on disait les “barbus”, maintenant on dira les “turbans noirs”…

 

Des obsédés sexuels qui ne savent que se “branler” en “matant”, par une fenêtre, l’héroïne du roman lorsqu’elle prend son bain, pour reprendre les propres termes de l’auteur. On aura droit à la description complaisante de sa masturbation d’une main, tenant de l’autre le sexe inerte du comateux. Puis, pour varier le menu, on assistera à son dépucelage d’une jeune brute, ensuite à ses coucheries avec le même ou on ne sait trop...

 

Quel imaginaire ! Quel souffle romanesque !...

 

Confondant érotisme et pornographie, sensualité et vulgarité de sex-shop.

 

Je ne suis pas un intégriste de la pruderie. Ce qui me met à l’aise pour considérer cet “ouvrage” comme un concentré de folklore islamophobe, sous cellophane porno, empaqueté dans un style de notice de garantie de machine à laver. Sauce : “diabolisation de la résistance afghane”.

 

 

 

 

 

Ça, Prix Goncourt ?...

 

Je me suis interrogé sur les motivations, les critères de sélection des membres du Jury. A se demander s’ils ont lu le livre. Me posant la question :

“Comment en arrive-t-on à primer dans un pays réputé, à tort ou à raison, de grande culture, une telle barquette ?...”.

 

Les commentaires (8) des membres du jury me laissent perplexe. Parmi les ténors :

=> Edmonde Charles-Roux, présidente du Prix Goncourt : “C’est un livre qui défend la cause des femmes”. Ah, bon ?...

=> Françoise Chandernagor: “Le livre s'est imposé par son actualité. L'Afghanistan est un pays qui nous intéresse et qu'on cherche à comprendre” (9). Ah, tendance !...

=> Bernard Pivot : “C'est important que le Goncourt renoue avec la tradition qui consiste à parler du monde”. Parlant d'une « double audace », qui va sans doute « faire polémique » parce que « Syngué Sabour » aborde la question de la condition de la femme…”. Ce qui s’appelle du “marketing de publication” ou de “l’argumentaire publicitaire”…

 

Polémique ?... Soyons sérieux : le jury nous sert un charabia de vendeurs de lessives. Pas plus. Certainement pas, une approche de découvreurs de talents.

 

Evidemment, les critiques, suivent, dans un mouvement moutonnier, tonalité et tempo imposés par les médias. Les commentaires imbéciles se multiplient. Parmi les perles glanées, je vous en propose une, représentative de toutes les autres:

“… Et en « révélant » cette vérité des femmes en terre d'islam, Atiq Rahimi se veut aussi « prophète » d'un changement, d'un espoir...”. (10)

 

A désespérer de l’intelligence …

 

Auteur Franco-Afghan ?... Le dossier de presse repris à l’identique d’un journal à l’autre, ou d’un hebdomadaire à l’autre, coquilles comprises, nous en dresse le portrait.

 

On apprend ainsi que l’auteur, installé en France pendant l’occupation soviétique, appartient à “l’aristocratie du pays”. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le journaliste de L’Express (11). Béat d’admiration.

 

Ce fils d’aristocrate afghan”, dont le père était gouverneur de la vallée du Panchir, a fait toutes ses études au Lycée français de Kaboul. Oubliant de préciser que les frais d’inscription et les places disponibles au Lycée français de Kaboul sont, effectivement, inaccessibles à qui n’est pas un rejeton de la nomenklatura. Ou, de “l’aristocratie” par euphémisme.

 

Appartenir à la jeunesse dorée d’un pays n’est pas une tare. L’essentiel est l’utilisation ultérieure de la chance qu’on a eue… Pour son pays, et l’avenir de la collectivité à laquelle on appartient.

 

L’auteur partage son temps entre sa résidence en France et l’Afghanistan. Où, nous dit-on, “… il est l’auteur à succès d’une sit.com, d’une « StarAc » du rire et du business” !...

 

C’est pas beau la culture d’un “aristocrate” retournant apporter “la modernité” dans son pays ?... Un exemple de dépassement des tabous de sa culture d'origine, comme dirait l’éditorialiste du journal Le Monde. Cet “aristocrate” me fait penser aux aristocrates français qui s’en retournaient d’exil “dans les fourgons” des armées coalisées, caricature d’alors, à la chute de Napoléon. Pour restaurer la monarchie, avec Louis XVIII …

 

Au passage, le dossier de presse assimile le quartier de Kaboul, où sont concentrés les occidentaux et les membres de l’oligarchie locale, de “l’aristocratie”, avec le pays tout entier. Belle manipulation de l’information. Comme si le reste du pays avait le temps, et les moyens, de s’intéresser à la « StarAc » d’Atiq Rahimi…

 

Au-delà de l’éclat de rire qu’il provoque, ce dernier point est à retenir.

 

Il illustre, prenant en défaut la propagande occidentale, le fossé abyssal entre une nomenklatura et le reste d’une nation occupée, colonisée, par des forces étrangères. C’est-à-dire, sa quasi-totalité. Avec le rôle souvent désastreux des centres culturels étrangers, véhiculant un colonialisme implacable derrière le rideau culturel. Ces “élites”, occidentalisées à outrance, sont détestées, méprisées, dans leur pays.

 

Loin de représenter le progrès ou la modernité, elles ne sont considérées que comme des relais de l’oppression et du pillage colonial. Des “collabos”. Lors des dernières émeutes populaires en Côte d’Ivoire, si des jeunes ivoiriens ont saccagé le “centre culturel” français d’Abidjan, ce n’est pas parce qu’ils étaient “sauvages”, contrairement à la caricature raciste de la propagande médiatique française, mais parce que ce symbole “d’aliénation” leur était insupportable.

 

Le plus grave est de voir certaines “élites” adopter les thèses coloniales, à l’encontre de leur propre pays, jusqu’aux extrêmes. Ainsi, concernant l’Afghanistan, la rhétorique classique des colons expliquant la révolte populaire, contre leur autorité, par la présence et l’action “d’étrangers”, venus de l’autre côté de la frontière de leurs possessions ou de leurs conquêtes.

 

Révolte ? Jamais de l’intérieur du pays conquis. Impossible. Impensable. Parce que la population locale, ne peut qu’éprouver vénération pour ses oppresseurs, apporteurs de civilisation et de démocratie.

 

Se développe, à présent, la théorie fondant la paix en Afghanistan, autrement dit l’acceptation de la colonisation occidentale, par l’attaque et l’occupation du Pakistan. La finalité des “ziocons”, partisans acharnés de cette stratégie qu’ils ont réussi à imposer à la France et à L’Europe, étant de “l’exploser”, ultérieurement, entre plusieurs micro-Etats indépendants sur une base ethnique.

 

Ecoutons, lisons, l’incantation des chamans “ziocons”, reprise à l’identique, par Atiq Rahimi :

 

“Il y a une zone tribale entre l'Afghanistan et le Pakistan où sont installés non seulement les talibans et tous les terroristes venus du monde entier, qui créent leurs écoles militaires et coraniques, qui endoctrinent les jeunes gens désespérés, qui les envoient pour mener des opérations-suicides et pour tuer des populations afghanes et les soldats de la force internationale.

Ensuite, une fois l'opération terminée, ils rentrent au Pakistan. Il faut donc se poser la question de savoir d'où viennent leurs armes et leur argent. A mon avis, il faut s'attaquer aux sources. Mener uniquement des opérations de protection en Afghanistan, cela ne sert pas à grand-chose...”. (12)

 

Incontestablement, avec pareil acte d’allégeance brandi à bout de bras, voilà un “auteur-aristocrate” dont carrière, gloire et richesse, sont assurées …

 

 

 

L’Islamophobie Tragique de “l’Intelligentsia” Française                  

 

 

Raisonner par clichés, préjugés, à l’égard des “Autres”, sans au préalable s’informer, se documenter, échanger, discuter, visiter, vivre avec, est le symptôme de l’imbécillité. Imbécillité qui accable l’intelligentsia française, du moins celle qui est médiatiquement visible.

 

Loin de jouer son rôle moteur d’éclaireur, de découvreur de talents. Loin de susciter approches nouvelles, compréhension du monde, dans le respect et l’empathie à l’égard des civilisations et peuples différents, elle ne véhicule que bêtise, fondée sur le mépris, l’intolérance. Justifiant, ainsi, la violence armée à leur égard.

 

Le fondement de cette imbécillité est une pulsion viscérale, un conditionnement profondément ancré dans l’inconscient collectif de l’intelligentsia : l’islamophobie. Edward Saïd, longtemps professeur de Littérature Comparée à Columbia, en a donné les clés.

 

Dans deux ouvrages fondamentaux, pour qui veut comprendre ce phénomène de perversion de l’intelligence et du savoir, dont je recommande toujours la lecture. Qu’on me pardonne, mais je ne dispose que des éditions en langue anglaise : Orientalism et Culture & Imperialism (13).

 

L'ethnocentrisme, ce racisme sous camouflage “intello”, justifiant toutes les entreprises coloniales. A présent, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan. Le prétexte de la chasse au terroriste ne pouvant l’expliquer à lui seul. Avec comme pivot de propagande : “le sort tragique de la femme afghane”. Pour faire pleurer dans les chaumières et provoquer l’adhésion.

 

Micheline Centlivres-Demont, à la suite de ses travaux d’ethnologue, a été une des premières à dénoncer l’instrumentalisation de la femme afghane :

« … il y a le discours sur la femme aliénée, dominée ; il y a la femme sous le châdri, qui est pris comme symbole extérieur de l’aliénation féminine. La grande majorité des femmes en Afghanistan ne portent cependant pas le châdri, mais un simple voile de tête. Le châdri est un phénomène urbain, récent. Son port correspond à l’accession à la petite et moyenne bourgeoisie. C’est une forme de promotion. » (14)

 

Remettant en cause l’hypocrisie des “analyses” de la réalité afghane :

« … L’enjeu principal de la plupart des “analyses” n’étant pas tellement de dire ce qui se passe en Afghanistan… il faudrait peut-être … montrer qu’elle (cette analyse) est ethnocentrique, et …(cette analyse ethnocentrique)  interdit de penser le problème de la femme. » (15)

 

Stigmatisant l’ethnocentrisme maladif, et mensonger dans leurs conclusions hâtivement ou habilement construites, des praticiens de la désinformation :

« … les Occidentaux se représentent les femmes d’Afghanistan à partir d’une condition telle qu’ils ne peuvent décrire sa situation que comme archaïque, réactionnaire, féodale. Pourtant dans mon travail d’ethnologue, je me suis trouvée souvent dans une situation paradoxale où c’était moi que les femmes afghanes plaignaient…

… La femme se trouve ainsi au centre d’un réseau de relations qui passe en dehors du mari et qui ne correspond pas à l’image qu’on a chez nous de la famille, du couple, du ménage.

… C’est dans les villes que l’on rencontre les cas les plus tragiques d’aliénation féminine, non dans les campagnes…

… Ce que je veux critiquer, ce sont les images toutes faites de l’arriération ou du progrès calquées sur nos propres représentations. » (16)


Effectivement dans des villes, Kaboul et Kandahar essentiellement, des femmes isolées socialement, non protégées par leurs familles ou leurs clans, ont eu à subir des violences inadmissibles. Comme dans tous pays livrés à l’anarchie provoquée par des guerres, permettant l’accès temporaire au pouvoir de factions violentes et radicales.

 

Mais, s’il s’agit d’être honnête, il convient de ne pas oublier cinq points fondamentaux :

i)  Dans un pays ravagé, pendant plusieurs décennies, dans des guerres imposées par des envahisseurs successifs, les enfants et les hommes en sont autant victimes que les femmes.
ii)  L’amélioration de la condition d’un peuple, sexes et âges confondus, a pour fondement la paix.
iii) La paix a pour fondement l’arrêt immédiat de toute occupation étrangère et le respect du droit, du peuple concerné, à l’autodétermination de ses choix politiques.

iv)  Les luttes d’influence ou rivalités éventuelles, suite au départ des envahisseurs, sont à résoudre par le peuple lui-même. Comme nous, occidentaux, l’avons fait au cours de notre histoire dans nos propres pays. Elles n’ont pas à servir de prétexte hypocrite au maintien d’une occupation militaire.
v) L’autodétermination a pour fondement le respect des intérêts économiques de la nation concernée, dans l’exploitation à son profit de ses ressources naturelles, avec son intégration équitable dans les échanges économiques internationaux. Excluant la pratique criminelle de l’embargo, dont femmes et enfants sont les premières victimes.

 

Oublier ces points, ne serait que pratiquer du misérabilisme médiatique, le “marketing des bonnes causes”, avec pour finalité la justification d’une colonisation et des horreurs qui la sous-tendent inévitablement. Dans le cas de l’Afghanistan : justifier la présence de nos troupes.

 

Oublier ces points ne serait que jouer aux Belles Âmes, incapables d’expliquer ces silences :

 

Qui se soucie du sort tragique, depuis ces soixante dernières années, de la femme Palestinienne  ?... La Palestine ?... “Jamais entendu parler”, vous diront les Belles Âmes…  Leurs connaissances en géographie font penser à celles des géographes du 15° siècle. Quand on ne connaissait pas un territoire, ou une partie de la planète, on marquait  sur les cartes et mappemondes : Terra Incognita

 

La femme Irakienne ?... Son sort tragique ?... Pays laïc, avant sa destruction par l’Occident, où la femme avait le meilleur statut social de la région. Un des plus enviés, malgré la dictature. Elles occupaient les plus hauts postes dans l’armée, l’enseignement, l’administration, les entreprises, la recherche. A présent, misère et prostitution des femmes, inconnues jusqu’à l’invasion, explosent…

 

Qui se soucie du sort tragique de la femme latino-américaine, bolivienne, kenyane, mozambicaine, ivoirienne, congolaise, sud-africaine, indienne ?... L’espérance de vie dans les régions pauvres de ces pays tourne autour de la quarantaine d’années. Encore moins, pour les hommes.

 

Qui se soucie de toutes celles qui crèvent de misère, de faim, de maladie, dans le pillage des richesses de leurs pays par les multinationales, via les dictatures ou simulacres de démocraties, imposées par les armes occidentales ?...

 

Dans nos contrées hyper riches, que dire du sort tragique des femmes et des hommes qui meurent de faim et de misère ?... En France, les femmes “travailleuses pauvres”, figurant dans les 2 millions vivant en dessous du seuil de pauvreté, dont 30 % renoncent à se soigner, incapables d’accéder aux mutuelles. Pays dans lequel, en plein Paris, au Bois de Vincennes, on trouve ce mois-ci trois hommes morts de froid. Dans un parc où survivent sans abris, plus de 200 personnes.

 

Dans nos contrées hyper riches, que dire du sort tragique de ces jeunes femmes, vêtues à la dernière mode, qu’on peut voir tous les samedis soirs sortant des pubs, en plein centre de Londres, ou dans d’autres capitales occidentales, titubant sur leurs talons aiguilles, minijupes ras des fesses, épaules dénudées, même dans le froid, vomissant dans les caniveaux, s’affaissant sur le trottoir ?... Ivres d’alcool, quand ce n’est pas de cocaïne, ou des deux à la fois. Le Binge. C’est ainsi qu’on appelle ces soirées où on se “défonce” collectivement, chaque fin de semaine, pour satisfaire l’aliénation imposée par la “société de consommation”.

 

La dignité humaine n’a ni sexe, ni couleur, ni religion, ni frontière. C’est son respect qui donne une âme à une civilisation, à une communauté.

 

Une intelligentsia qui instrumentalise le cas du “sort tragique” de la femme d’un pays, pour en justifier le bombardement, l’occupation militaire, trahit sa vocation et sa conscience. Se donnant, à bon compte, bonne conscience. Jouant, en histrion, les Belles Âmes.

 

Restons lucides.

 

Atiq Rahimi n’est que la énième mouture de ces écrivains à la mode dans les médias de la propagande. Issus des pays qui ont eu à subir, ou qui subissent, la colonisation occidentale, qu’ils soient “francophones”, “anglophones”, “hispanophones” ou autres. Instrumentalisés, il ne leur est pas demandé du talent, comme l’a magistralement démontré Edward Saïd dans son œuvre, mais simplement de savoir agencer les clichés souhaités par le colonisateur. Les exceptions, confirmant la règle.

 

Ce n’est que le filon exploité, chez nous, par certains auteurs “francophones”, maghrébins et libanais en particulier, qui ne savent décrire “la femme” de leurs pays, “en terre d’Islam” comme on dit, qu’en folle, prostituée, loque écrasée de chagrin, victime d’hommes arriérés, de sombres brutes, dotés d’instincts primaires. Dans une société où le rire, la joie, le plaisir et la fête sont inconnus.

 

Quant aux guerres, occupations, tortures, massacres, humiliations, pillages imposés par l’Occident à leur pays, à leur peuple, à leur culture, à leurs racines, à leur Histoire : silence !

 

Ecriraient-ils le contraire, qu’ils ne trouveraient aucun preneur de leur camel crap.

 

Certains vont plus loin. Le “must” : cracher sur la religion de leurs parents et de leur enfance. Même s’ils en connaissent à peine les rudiments. L’important étant la provocation. Lorgnant, au passage, la fortune de Salman Rushdie. Décrocher la fatwa d’un illuminé crédible, et, présentés en champions de la liberté d’expression, c’est le jackpot médiatique

 

En soutiers de la culture coloniale, ils alimentent en charbon, la chaudière islamophobe. Assurés, ainsi, de vendre et prospérer. Se baladant de prix littéraires, en centres culturels, studios de radios, plateaux TV, interviews magasines, et salons du livre. Or, gloire et renommée… Que ne ferait-on pas ?...

 

Paix à leur conscience…

 

La mentalité coloniale, antimusulmane, se porte bien. Propagande, manipulation et intox, aussi.

 

Nos “littérateurs” du cirque médiatique, confits de bêtise et de racisme, ronronnent de satisfaction.

 

Le Business des marchands de canons tourne à plein régime.

 

Les Belles Âmes, repues d’autosatisfaction, en rotent de contentement.

 

Tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes…

 

 

 

 

 

 

(8)   http://bibliobs.nouvelobs.com/20081110/8480/francoise-chandernagor-le-livre-de-rahimi-sest-impose-par-son-actualite

(9)   Pour ceux qui voudraient s’informer sur l’Afghanistan (y compris sur les mécanismes du marché de l’opium), plus sérieusement que Françoise Chandernagor, je suggère le splendide livre, avec des photos magnifiques et le témoignage émouvant d’un français ayant vécu aux côtés des résistants afghans du temps de l’occupation soviétique : Afghanistan – Visions d’un partisan, de Stéphane Allix, Editions Transboréal, mai 2003.

(10)  http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/article-24239899.html

(11)  http://livres.lexpress.fr/entretien.asp/idC=14405/idTC=4/idR=5/idG=

(12)  Rahimi, Atiq, “Je me bats avec les mots”, Le Monde, 12 novembre 2008.

(13)  Saïd, Edward,

=>   Orientalism, Penguin Books, London, 2003 (first published 1978).

=>   Culture & Imperialism, Penguin Books, London 2003 (first published 1993).

(14)  Centlivres-Demont, Micheline, Op. Cit.  p.288.

(15)  Centlivres-Demont, Micheline, Op. Cit.  p.288-289.

(16)  Centlivres-Demont, Micheline, Op. Cit.  p.290.

 

 

 

 

 

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 14:14

 

" Quelle bénédiction que le communisme, sans lui tous ces dissidents n'assureraient d'aucune crédibilité leurs médiocres talents. Du moment que la vache est "de l'Est", réfugiée, expatriée, vomisseuse de "démocratie populaire", c'est une grande génisse de l'Ecriture ! Scandale salaud qu'il faudrait dénoncer ! "

Marc-Edouard Nabe (*)

 



Défilés de mode ou Prix littéraires, j’y jette toujours un œil. S’amuser, un peu, dans le futile et les paillettes. On y voit ce qui n’est jamais porté. On y lit ce qui s’oublie toujours.

 

Le jury du prix littéraire français le plus célèbre, le Goncourt a primé, cette année, un livre intitulé : “ Syngué Sabour – La pierre de patience” (1). L’auteur, Atiq Rahimi, présenté comme Franco-Afghan.

 

J’en avais aimé le titre, à sa lecture sur la liste des  “nominés”, quelques temps auparavant. Référence aux légendes orientales où chagrins, espoirs et secrets sont confiés à une pierre dite “de patience”. Parce qu’il en faut, pour écouter l’âme humaine…

 

Le thème annoncé étant une femme Afghane prise dans les tourments de la guerre, je m’étais dit : Enfin ! Quelqu’un qui va nous présenter une autre vision que le cliché habituel de la propagande coloniale sur la femme Afghane.

 

 

Malalaï de Maïwand

 

 

Avant de me procurer le livre, j’espérais, d’Atiq Rahimi, la mise en scène romanesque de la femme Afghane la plus célèbre et vénérée dans son pays, et au-delà : Malalaï (2). Héroïne de la seconde guerre anglo-afghane (1878-1880).

 

Fille d’un berger luttant contre la violente occupation britannique de l’époque, aux côtés de son père, de ses frères, de son mari, de son village, de son clan. Comme beaucoup de femmes Afghanes soutenant  “leurs hommes”, résistants, combattants. Transportant, pour eux, nourriture, munitions. Chargeant les fusils, nettoyant les armes ou assurant les soins.

 

Malalaï, aussi belle, féminine que courageuse. Extraordinaire personnage, dans un pays au relief grandiose et au contexte historique épique, dont la vie est un creuset où aventures et sentiments, doute et témérité, peur et volonté, donnent une fusion flamboyante pour mille pages d’un roman, sans lasser le lecteur. Pour qui voudrait l’écrire…

 

Elle participa à la bataille de Maïwand, le 27 juillet 1880, contre les anglais. Avec d’autres femmes. L’une d’elles avait même le grade de colonel d’artillerie dans l’armée afghane…

 

Voyant les combattants Afghans plier devant la puissance de feu des anglais, équipés de fusils à cadence de tir plus rapide et à portée plus longue, Malalaï les encouragea en chantant des poèmes à la gloire de leur nation. Reprenant le drapeau d’un combattant qui venait d’être tué devant elle. Jusqu’à ce qu’un tireur anglais ne réussisse à la tuer, à son tour. Foudroyée par une balle.


Son action, sa mort, furent décisives, d’après Ayub Khan le dirigeant Afghan présent, galvanisant les troupes afghanes qui remportèrent une victoire. Le nom de Malalaï est porté par de nombreuses femmes Afghanes, depuis. Pour éviter toute confusion, on précise donc : Malalaï de Maïwand.

 

Les Suisses partagent de profondes similitudes avec l’Afghanistan, même si leur pays est 16 fois plus petit, avec 4 fois moins d’habitants (3). Par ses montagnes, sa mosaïque de vallées, de dialectes, de clans, de communautés autonomes. Tour à tour s’affrontant au cours des siècles, mais se fédérant à la première tentative d’un envahisseur de conquérir le pays. Donnant, ainsi, d’excellents ethnologues et historiens de l’Afghanistan.

 

Micheline Centlivres-Demont, avec son mari Pierre, est une de ces spécialistes qui a le mieux compris ce pays et leurs femmes. Elle a eu accès à la compréhension de la femme Afghane du fait qu’elle était une femme. Surtout, une femme, ethnologue, sans préjugé.

 

Elle rappelle le rôle fondamental de la femme Afghane dans l’identité de la nation. Sa participation, souvent en première ligne, dans la résistance à l’occupant étranger :

« … dans la tradition pachtoune, dans certaines circonstances, la femme peut-être porteuse d’un courage exceptionnel que même les hommes n’ont pas. L’héroïne surgit. Alors que d’habitude elle n’a pas sa place dans la vie publique, à des moments de crise extrême, elle apparaît, c’est elle qui sait montrer l’exemple aux combattants, c’est elle qui meurt en première place, et si elle se dresse contre l’envahisseur, c’est tout comme Malalaï s’était dressée en 1879 contre l’occupant anglais.»  (4)

 

Ce n’est pas l’opium qui permet aux combattants Afghans de résister à la sauvagerie de l’occupation actuelle de la coalition occidentale, pas plus que leur armement dérisoire face au colossal arsenal de l’OTAN et des USA, ce sont : leurs femmes. Sans leur feu vert, leur soutien absolu, ils ne bougeraient pas le petit doigt.

 

Le gogo occidental, asphyxié de propagande, ne l’a pas compris. Par contre, le traîneur de sabre : oui.

 

Observez. Lisez les statistiques. Parmi les cibles privilégiés, notamment des forces aériennes des armées occidentales, vous trouverez systématiquement : noces et mariages. Ce qui fait dire à l’intellectuel américain Tom Engelhardt, avec rage et désespoir : “… Nous sommes devenus une nation d’écraseurs de fêtes de mariages… d’annihilateurs de célébrations de noces…”. (5)

 

Pourquoi ?...

 

Simple : ce sont des manifestations où sont concentrées femmes et jeunes filles, dans la célébration de fêtes regroupant souvent plusieurs villages. Bombarder un mariage, c’est pouvoir tuer le maximum de femmes. On “casse” de la femme afghane à coup sûr. Et, bien sûr, au passage plein d’enfants.

 

Les soudards occidentaux pensent, ainsi, “casser la colonne vertébrale” de la résistance. La formule a été rodée en Irak. Et cela ne coûte, à chaque fois, qu’un communiqué de l’OTAN regrettant ce fâcheux incident, après l’avoir démenti pendant plusieurs jours…

 

A cela s’ajoute à présent, au bout de 7 ans d’occupation occidentale, une famine organisée en plein hiver pour “casser définitivement”  la résistance et rendre la population dépendante de l’aide alimentaire extérieure au pays. La famine, arme ultime pour faire “craquer” la femme Afghane, ne pouvant supporter la vision de ses enfants affamés.

 

Famine, démantèlement des circuits de production et d’échange, méthodes classiques de toute colonisation occidentale, mais modernisées dans leurs applications contemporaines, rodées ces dernières décennies en Palestine, notamment dans la zone de Gaza. Gaza, qui avec ses 1,5 millions d’habitants sert de laboratoire, au 21° siècle, à toutes les techniques et pratiques “managériales” d’asservissement et de destruction identitaire d’un peuple.

 

Observez, encore : drones et satellites militaires capables de “lire une marque inscrite sur une balle de golf”, nous affirment avec fierté les marchands de canons, se révèlent incapables d’identifier une noce ou un mariage, de discerner entre la célébration d’une fête et un commando de combattants…

 

Pas plus que de repérer et suivre le transport des 8.000 à 10.000 tonnes d’opium qui sortent du pays chaque année. Premier producteur d’opium du monde, d’après les statistiques de l’ONU, s’étonnant de voir la production décupler depuis le début de l’occupation par la coalition internationale… Production dont on retrouvera le produit de la vente, après conditionnement et distribution sur les marchés internationaux, dans les paradis fiscaux.

 

Raisonnons un peu.

 

Sachant que la circulation, sur les rares routes et chemins afghans praticables, est sous constante surveillance. Je prends l’hypothèse basse de 8000 tonnes/an, 1 tonne par camionnette cela représente : 8000 camionnettes. Si je les transporte avec des camions de 15 tonnes, cela ferait plus de 530 camions, en les bourrant jusqu’au plafond… Je fais abstraction de l’hypothèse du transport par des ânes, à raison de 100 kg par âne, cela ferait un cortège de 80.000 ânes…

 

Par an… Traversant, ni vus ni connus, tous les barrages des troupes occidentales… A la barbe des drones, et à la moustache des satellites espions… Invisibles.

 

A moins que cela ne voyage par avions, comme du temps de la guerre d’Indochine, avec les bons soins de l’armée française, ou de la guerre du Vietnam, avec ceux de l’armée américaine ?... Planant. Pendant que civils et soldatesques s’étripaient dans la rage des tueries, au sol. Plusieurs livres et films ont évoqué cette industrie gérée par les “services spéciaux”. Pour le compte de qui ? C’est une autre histoire. Désigner serait se suicider…

 

Bizarrement, toute cette technologie de surveillance et de renseignement, de haute précision, en mesure de repérer le moindre conducteur de mobylette, Oussama excepté, dans les villages les plus reculés, se révèle myope dès qu’il s’agit de fêtes de mariage, ou aveugle dès qu’un transport d’opium déambule dans la nature afghane. C’est pourtant plus gros qu’une balle de golf, un tambourin de mariage, une camionnette, un camion de 15 tonnes ou un C130 !…

 

Trou noir, intersidéral, galactique.

 

Les trafiquants d’opium, quant à eux, se portent très bien, s’en mettent plein les poches et leurs comptes bancaires, à Dubaï ou ailleurs, débordent de cash. Ceux de leurs complices et commanditaires, aux mirifiques profits, aussi. Rappelons-le au lieu de l’occulter, ceux qui s’enrichissent le plus dans ce trafic sont, nous le savons tous, essentiellement occidentaux.

 

Mais, les femmes Afghanes avec leurs enfants sont systématiquement confondues avec les Talibans… Lesquels n’existent plus d’ailleurs, puisqu’il s’agissait d’un agrégat de formations politiques dissoutes depuis l’invasion du pays en 2001. Les mouvements de résistance actuels, d’essence essentiellement régionale et clanique, n’ont plus rien à voir avec cette mythologie occidentale entretenue par la propagande.

 

Tueries de femmes et d’enfants ?... Erreurs techniques et éminemment regrettables, ne cessent donc de répéter les communiqués militaires de l'OTAN… Que voulez-vous, on fait de notre mieux, ce ne sont que dégâts collatéraux inévitables pour implanter démocratie et civilisation

 

Qu’importe, pour les Belles Âmes, le droit des femmes sous les bombes occidentales (6) …

 

Qu’importe, pour les Belles Âmes, que les femmes Afghanes et leurs enfants crèvent de faim sous l’occupation occidentale …

 

Au bout de 7 ans d’occupation !

 

Avec des milliards de dollars et d’euros d’aides détournées dans les paradis fiscaux. Les marionnettes corrompues, servant de “gouvernement démocratiquement élu”, façade en carton-pâte pour abuser l’opinion publique internationale, ne recueillant que les miettes de ces détournements…

 

Marionnettes tellement utiles comme alibi, paravent, jusqu’aux détournements. Car, cette guerre comme toutes les guerres coloniales enrichit, en Occident, une oligarchie de responsables du Business de l’armement et des politiciens à leur solde, qui ont intérêt à ce qu’elle dure le plus longtemps possible.

 

Dès l'éditorial triomphant du journal Le Monde, annonçant les Prix Littéraires 2008, j’ai compris l’arnaque : tout va être bon pour justifier, accroître et prolonger le plus longtemps possible, notre engagement colonial en Afghanistan. Pour l’enrichissement exponentiel et fulgurant de notre nomenklatura.

 

Les campagnes de désinformation vont faire flèche de tout bois. Normal, quand les sondages, censurés par les médias, démontrent que plus des deux tiers de l’opinion française, comme dans les autres pays européens, sont contre l’aventure coloniale en Afghanistan. Aventure soumise à référendum, elle serait rejetée aussitôt à une écrasante majorité. Rejet redouté des politiciens, comme pour la Constitution Européenne…

 

Lisez cet éditorial : “La langue de la liberté” (7). Célébrant les écrivains qui :

“… comme Rahimi, ont choisi la liberté de la langue française pour dépasser les tabous de leur culture d'origine et faire parler une femme autrement réduite au silence, presque à l'inexistence, par la burka afghane”.

 

Le français “langue de la liberté”, alors que nous soutenons militairement les pires dictatures en Afrique et une atroce guerre coloniale en Afghanistan. Alors que nous soutenons politiquement tous les abus contre la dignité humaine, toutes les violations des Conventions de Genève, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, en Palestine ou en Irak…

 

Quand le cliché dithyrambique atteint ce point d’hystérie, dans la propagande coloniale, je me demande toujours : “… comment en arrive-t-on à pondre pareil camembert ?...”.

 

Me retrouvant, enfin, devant le livre ou, plutôt, l’opuscule mis en vente sous le bandeau bleu Prix Goncourt, mon appréhension se confirma. Je sais : la qualité ne se jauge pas au nombre de pages. Alors, cent cinquante cinq pages, en gros caractères…


Insuffisant, toutefois, pour chanter l’épopée de Malalaï. Avant de le lire, je le savais déjà : j’étais bien face à un  “n’importe quoi” de fast food littéraire.

 

Adieu Malalaï, me suis-je dit, je vais avoir droit au “Sort Tragique de la Femme Afghane”, version islamophobe …

 

 

 


Suite (2) et fin.

 

 

 

 

 

(*)   Marc-Edouard Nabe, Nabe's Dream - Journal Intime 1, Editions du Rocher, 1991, pp. 239-240.

 

(1)   Rahimi, Atiq, Syngué Sabour – La pierre de patience, Editions P.O.L. (groupe Gallimard), 155 p., 2008.

(2)   Cf. ce site en anglais (précisons qu’il n’y a pas de tréma en anglais, le nom s’écrit en ce cas Malalai) : http://www.garenewing.co.uk/angloafghanwar/biography/malalai.php

(3)   Suisse : 41.285 km2 & 8 millions d’habitants - Afghanistan : 652.000 km2 &  31 millions d’habitants (+ ou -, compte tenu des massacres et déplacements de population actuels).

(4)   Centlivres-Demont, Micheline, Centlivres, Pierre, Et si on parlait de l’Afghanistan ?, Université de Neuchâtel, Institut d’ethnologie, Editions de l’Institut d’Ethnologie, Neuchâtel, Suisse, 1988. p. 288.

(5)   Engelhardt, Tom, "... We have become a nation of wedding crashers... wedding-obliteration...", in Five weddings and many funerals, Asia Times, 15 juillet 2008.

(6)   Baroud, Ramzy, Another Casualty of War – The Rights of Women in War Zones, Counterpunch, 21-23 novembre 2008, http://www.counterpunch.org/baroud11212008.html

(7)   Le Monde, La langue de la liberté, Editorial, 12 novembre 2008.

 

 

 

 

 





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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 10:21



Deux cocottes caquetantes ont pondu, de concert, un livre (1) intitulé :

 

“ Ennemis publics ”

 

 

 

 

 

Souhaitant me reposer du babillage politico-médiatique de la « crise financière », sur lequel je reviendrai, j’ai feuilleté ce week-end leur nombrilissime opuscule (2).

 

Concentré, trop peut-être, je fus saisi soudain de vertige :

 

... Je tenais " le vide " entre mes mains !...



Fascinante expérience ontologique ...

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  "Ennemis Publics", de Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy, Flammarion et Grasset, octobre 2008.

(2)  Consulter l’excellent dossier du Monde Diplomatique intitulé : L’imposture Bernard-Henri Lévy, http://www.monde-diplomatique.fr/dossier/BHL. Un délice. On en redemanderait. Surtout, un dossier complémentaire de la même étoffe sur son alter ego : Houellebecq…

 

Crédit photo : www.marocain.biz

 

 

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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 00:44


Tonneau.jpg« … Un plein baril d’oreilles… Les oreilles indigènes valurent longtemps dix francs la paire et leurs femmes, demeurèrent comme eux d’ailleurs, un gibier parfait… » (1).

C’est en ces termes choisis qu’un général français racontait les exploits de ses troupes pendant la guerre de conquête de l’Algérie (2)
.

 «… Tout ce qui vivait fut voué à la mort… On ne fit aucune distinction d’âge, ni de sexe… En revenant de cette funeste expédition plusieurs de nos cavaliers portaient des têtes au bout de leurs lances… ».

Extrait de la description, par Pellissier de Reynaud, du massacre de la tribu des Ouffias par les troupes sous le commandement du Duc de Rovigo. Toujours à la même époque et dans le même pays (3).
 
« … J’ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés… Il est impossible de se figurer à quelle extrémité nous avons réduit ces malheureuses populations ; nous leur avons enlevé pendant quatre mois, toutes leurs ressources en blé et en orge. Nous leur avons pris leurs troupeaux, leurs tentes, leurs tapis, tous leurs objets de ménage, en un mot toute leur fortune… ».

Orgueilleuse satisfaction de la mission accomplie extraite d’une lettre, datée du 25 mai 1851 (4), écrite par un archétype de ces traîneurs de sabres, aussi sanguinaires que mégalomanes, que produisent des armées à intervalles réguliers, le Général de Saint Arnaud, lors d’une de ses campagnes en Algérie.
 
Ce sont des extraits d’un "Maître Livre", écrit par un professeur d’Université, de sciences politiques et de philosophie politique, Olivier Le Cour Grandmaison : "Coloniser – Exterminer, Sur la Guerre et l’Etat Colonial".

Il existe des livres récents sur la colonisation, plusieurs sont remarquables (5). Bien sûr, le système médiatique et les lobbies qu’il représente les occultent soigneusement : négationnisme oblige !... Pour ne pas changer, en cette "rentrée des livres", les médias nous asphyxient, à nouveau, dans les vapeurs et le nombrilisme des cocottes littéraires… Un véritable déluge tropical. L’art de noyer le poisson.
 
Mais, celui-ci est un véritable "coup de poing". Lisez-le. Ses recherches et leurs références, ses analyses, ses notes de bas de pages sont d’une rigueur implacable. Sa traque de la faillite de l’intelligence, et du naufrage des valeurs fondatrices de la Dignité Humaine, inexorable.

On reste tétanisé, intellectuellement, émotionnellement, devant le récit de ces massacres, tortures, destructions et souffrances infligés à longueur de siècles. Immenses. Véritables génocides planifiés et exécutés par un colonisateur imbibé de racisme jusqu’à la moelle.

Dans ce livre dense, il s’agit de la France, au Maghreb, en Afrique, en Indochine et en Nouvelle - Calédonie. Jusqu’aux massacres de Madagascar. Jusqu’à ceux du Cameroun, auxquels
Pierre Messmer, notre ancien premier ministre récemment disparu, a participé en tant que militaire.
 
D’autres, encore, auraient pu être abordés, comme ceux commis par notre pays en Syrie, avec les massacres de Damas tout spécialement, au cours desquels l’armée française tirait au canon sur la population. La synthèse qui est présentée donne, toutefois, un tragique et complet aperçu des méthodes et moyens d’une guerre coloniale.
 
Les autres colonisateurs européens, perpétrant des crimes contre l’humanité similaires (6) sont aussi évoqués. En particulier, le génocide des Hottentots par les allemands, en Namibie.

Comment a-t-on pu et peut-on perpétrer de pareilles abjections dans la bonne conscience ?...
 
Ce qui prend le plus aux tripes, c’est de mesurer les ravages d’une idéologie fondée sur le racisme. Combien elle imprégnait des intellectuels qui la relayaient, la justifiaient, l’amplifiaient. Complices. Et, fiers de l’être…
 
Des auteurs qu’on aimait ou vénérait : Lamartine, Maupassant, Victor Hugo, Tocqueville ou André Gide, et d’autres... Découvrir qu'ils soutenaient de telles monstruosités, fondées sur  la conception d’une race supérieure, préfigurant l’idéologie raciste des nazis, un siècle plus tard. Ou, celle des racistes occidentaux actuels dont on peut contempler les œuvres quotidiennes, en Palestine, en Irak ou ailleurs.

On retrouve la même rhétorique du "choc des civilisations", structurée par une mégalomanie de la suprématie de l’Européen, de l’Occidental, les mêmes termes, les mêmes idées, arguments, imaginaires, fantasmes et pulsions. Même paranoïa. Cent cinquante ans plus tard…
 
On souffre à la lecture des propos de Victor Hugo dans un dîner, tenus en janvier 1841, au général Bugeaud, le premier gouverneur général d’Algérie, véritable brute psychopathe en uniforme (7) :
« … C’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit… Nous sommes les Grecs du monde ; c’est à nous d’illuminer le monde. Notre mission s’accomplit… ».
 
Ou encore, Victor Hugo notant, au lendemain d’un dîner mondain, les atrocités de l’Armée d’Afrique, comme s’il s’agissait d’une chasse aux perdreaux :
« … Algérie, le général Flô me disait hier soir que, dans les razzias, il n’était pas rare de voir des soldats jeter à leurs camarades des enfants qu’ils recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes… » (8).
 
Et, Tocqueville, longuement cité dans l’ouvrage de Le Cour Grandmaison, dont on ne célèbre, habituellement, que son œuvre La Démocratie en Amérique. Mais, dont on tait tout le travail de parlementaire "colonial" qu’il accomplissait à l’époque. Aussi glacial et méthodique qu’un parlementaire "néocon" ou membre du Likoud : 
« … J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les maisons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont-là, selon moi des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre… » (9).
 
Des décennies, des siècles de colonisation, et leur cortège d’abominations, ont imprégné l’inconscient collectif. Surgit, alors, la vision prémonitoire d’Aimé Césaire :
« … Au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent… » (10).
 
Pas étonnant que notre Président de la République soit allé ânonner, devant des universitaires, des cadres et la jeunesse de Dakar, des leçons de "civilisation", de "modernité", de "rationalité"... En fait, des inepties, pétries, faisandées de racisme colonial… En 2007… A la louche, en plus. En veux-tu, en voilà… Avec une morgue à faire pâlir d’envie un hippopotame sortant des eaux…
 
Raison ? Modernité ? Monde de Demain ?...
 
Logorrhée de l’arrogance, dissimulant la sclérose d’une "caste" française vivant encore à l’âge de pierre…
 
Ou, plutôt, à "l’âge du tonneau"…
 
 
 
 
 
  
 
(1)   Le Cour Grandmaison, Olivier, Coloniser - Exterminer – Sur la guerre et l’Etat Colonial, Fayard, 2004, p. 158-159, note 1.
(2)  La propagande coloniale, qui perdure, dissimule le fait historique que l’Algérie était une province semi-autonome de l’Empire Ottoman, extrêmement riche sur le plan agricole : blé, olivier et élevage, en particulier.
Ce fut le plus important fournisseur de blé de la France, pendant les guerres napoléoniennes. La France, de l’après Napoléon, refusait d’honorer les créances de l’Algérie, ce qui provoqua une tension entre les deux pays.
Ce fut un motif déterminant dans la conquête. Rien à voir avec le coup d’éventail du Dey à notre ambassadeur, et autres niaiseries sur un pays que la France aurait trouvé vide de cultures et peuplé de sauvages...
Le deuxième objectif immédiat fut de s’emparer des importantes réserves d’or de son gouvernement…
Il faut espérer que le cinéma algérien s’approprie, un jour, ce pan de l’histoire de son pays. Il y a des films passionnants à réaliser !…
(3)  Coloniser – Exterminer, Op. Cit., p. 159.
(4)  Coloniser – Exterminer, Op. Cit., p. 147.
(5)  Lire, notamment :
=> Branche, Raphaëlle, La Torture et l’Armée pendant la guerre d’Algérie – 1954 -1962, Gallimard, 2001.
=> Manceron, Gilles, Marianne et les Colonies – Une introduction à l’histoire coloniale de la France, La Découverte -Poche, 2003.
=> Plumelle-Uribe, Rosa Amelia, La Férocité Blanche, Des Non-Blancs aux Non-Aryens, Génocides Occultés, de 1492 à nos jours, Albin Michel, 2001.
(6)  Une résolution de l’ONU, du 11 décembre 1946, déclare que "… le génocide bouleverse la conscience humaine…".
(7)  Coloniser – Exterminer, Op. Cit., p. 98.
(8)  Coloniser – Exterminer, Op. Cit., note 1, p. 98.
(9)  Tocqueville, Alexis (de), Travail sur l’Algérie, cité in Coloniser – Exterminer, Op. Cit.
(10) Césaire, Aimé, Discours sur le Colonialisme, cité dans Coloniser – Exterminer, Op. Cit., p. 342.
 
  
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15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 19:25


L’Histoire est écrite par les vainqueurs…

 

La réalité de cet adage, l’Afrique l’éprouve chaque jour.

 

Le film Le Dernier Roi d’Ecosse en est une des récentes illustrations. La représentation d’Idi Amin Dada, dictateur qui a "régné" sur l’Ouganda de 1971 à 1979, dans ses excès, réels, hypertrophiés ou caricaturés, est intéressante à examiner. Mais, les silences et les manœuvres de désinformation le sont tout autant.

On nous présente un clown devenu fou, fou sanguinaire. Le cliché habituel de la propagande coloniale, se donnant, une fois encore, bonne conscience. Sans nous, ces "enfants" sont incapables de gouverner, de s’entendre entre eux et de travailler. Des sauvages corrompus qu’il faut bien se résoudre, malgré nous, à encadrer et à civiliser.

 

Ah ! Porter sur ses épaules le destin du monde…

Certes, il y a eu "crimes". Certes, il y avait de l’histrion chez cet homme. Mais, la réalité humaine et historique est plus complexe… Le film, représentatif de la mentalité de la nomenklatura occidentale, n’échappe pas à cette règle. Dommage, car on passe à côté d’un très grand film.

Il aurait pu être une métaphore sur la colonisation de l’Afrique, après son indépendance de façade, avec les puissants rouages qui entravent son développement.

 

Il aurait pu renouveler l’analyse de l’ambiguïté de la responsabilité, du conflit entre "raison d'Etat" et conscience du devoir ou des obligations morales, subitement engendrés lorsqu’on est investi d’une responsabilité collective. Comme Jean Anouilh l’a fait, avec Thomas Becket.

 

Il aurait pu revisiter la tragédie du pouvoir avec ses mécanismes imbriqués et souvent opposés : ambition, luxe, luxure, trahison, solitude, paranoïa, folie… Amplifiés, quand l’anarchie est aux portes du palais. Comme Shakespeare l’a magistralement représentée dans Richard III ou Macbeth.

 

Il aurait pu… Mais la Fox, dont on connaît les amicales connexions, aurait-elle, en ce cas, accepté de le produire ?...

Premier défaut du film : il s’écarte trop du roman de Giles Foden (1) à l’origine du scénario. Chez Foden, il n’y a pas d’invraisemblances. Il a vécu plusieurs années en Afrique. On n’y trouve que la propagande coloniale. C’est déjà largement suffisant. Sur beaucoup de points, le scénario en déforme même la trame. Le Docteur Garrigan (2)
n’a jamais connu "d’amours torrides" avec une des femmes du dictateur. Inimaginable.

De même, la séance où le docteur est torturé, dans l’aéroport d’Entebbe, n’existe pas dans le livre. Grotesque. Au contraire, dans le roman, il parvient à s’échapper avec le consentement d’Amin Dada, le quittant en bons termes, au moment où le coup d’Etat (3) monté à partir de la Tanzanie, avec des exilés ougandais et des troupes tanzaniennes, est en cours. Ces invraisemblances, ridicules pour qui connaît un tant soit peu l’Afrique, plombent le film.

 

La faiblesse majeure du scénario, est de ne pas prendre en compte la complexité de la prise du pouvoir et le contexte historique. Amin Dada, un fois installé à son poste par les britanniques qui avaient renversé Obote, procède aux liquidations qu’on lui dicte.

 

En pleine "guerre froide", comme sur tous les continents (4), ce fut l’assassinat à grande échelle des militants communistes, ou assimilés comme tels, qui aspiraient à une société indépendante de l’ancienne puissance coloniale, gérant ses ressources naturelles pour le bien de tous. Il le fait consciencieusement, éliminant ainsi toute opposition effective ou potentielle.

Mais, il aspire à autre chose une fois au pouvoir. Comme Thomas Becket, qui veut s’affranchir de son amitié avec le roi Henri II, pour remplir la fonction qu’il lui a confiée. Amin Dada souhaitait s’affranchir de la tutelle, amicale tant qu’il se montrait docile, du colon britannique. Il voulait développer son pays et, avec ses voisins, jouer un rôle actif dans la politique régionale.


Erreur fatale, car le pillage colonial impose l’exportation des ressources locales à l’état brut, sans transformation, sans valeur ajoutée et donc sans industrialisation, sans création d’emplois. Tout doit être importé, avec un endettement maximum. L’étranglement a donc commencé.

 

Etranglement d’autant plus facile que l’Ouganda est un Etat enclavé, dont la relation à l’extérieur passe par le Kenya, essentiellement. Etranglement financier et industriel. En 1976, il ne peut même plus recevoir de pétrole via le Kenya.

Erreur fatale, doublée d’un blasphème : il condamne l’apartheid en Afrique du Sud, soutenu à l’époque par la plupart des pays occidentaux, directement ou en sous-main. En premier lieu, par la Grande Bretagne dont l’oligarchie y possède de gros intérêts.

 

Erreur fatale, doublée d'une hérésie : il noue des relations avec les pays arabes, essayant de trouver de l’argent et du pétrole pour son pays. Et, crime absolu : il sympathise avec les souffrances de la Palestine…

 

N’en rajoutez plus ! Là, c'est l'excommunication ! Il était devenu totalement "insane", comme disent les britanniques !  Fou à lier…

C’est le début de la fin. Tentatives d’assassinats et de coups d’Etat vont se succéder. Avec une campagne de presse, de désinformation et de propagande, allant du "cannibalisme" au "massacre de 300.000 ougandais".

 

Curieux, ce chiffre… C’est le barème, semble-t-il, auquel se conforment les propagandistes pour faire basculer une "opinion internationale", justifiant ainsi les guerres préventives, les interventions "ONUesques" ou "OTANesques", ou encore mieux : les coups d’Etat.  Ce chiffre "magique" présente, il est vrai, l’avantage de faire oublier les millions de morts de la colonisation.

Même si le mégalomane s’y prêtait, par ses coups de gueule ou de sang et un certain nombre de crimes, la plupart de ces accusations sont sans fondement (5). D’autres dictateurs, qui ont fait et qui font pire, ont été et sont toujours protégés par la puissance coloniale, eux ou leurs descendants…

Reste le rôle d’Idi Amin Dada, magnifiquement joué par Forest Whitaker. Recevant une multitude de récompenses (6) pour cette interprétation. Il  sauve ce mauvais film, en transcendant la caricature et la bouffonnerie, par l’humanité qu’il a su insuffler au personnage…

 

 

 

 

 

(1)    The Last King of  Scotland, Faber and Faber, 1998. Il a obtenu de nombreux prix, notamment : Whitbread First Novel Award, Betty Trask Award, Somerset Maugham Award.

(2)    Giles Foden s’est, en fait, inspiré d’un aventurier : Bob Astles. Militaire de formation, il fut, un moment, un des conseillers du dictateur, lié, d’après certains, aux services secrets britanniques. Après la chute du dictateur, il a passé près de sept ans en prison. Revenu à Londres, Amin Dada, de son exil en Arabie Saoudite, continuait à lui téléphoner…

(3)    Coup d’Etat qui va finalement le renverser en 1979 et le contraindre à l’exil. Sous la dictature actuelle du général Museveni, l'armée ougandaise s'est emparée d'une partie des richesses minières de la RDC (Congo-Kinshasa) pour le compte de ses sponsors occidentaux. Mais, la misère est toujours là...

(4)    Du Nicaragua à l’Indonésie, en passant par l’Iran ou l’Irak. Ainsi, lors de sa prise du pouvoir, par un coup d’Etat fomenté avec l’aide des services secrets occidentaux, le premier travail qui fut imposé à Saddam Hussein fut l’assassinat de tous les militants communistes. Le listing comprenait 9.000 noms. Même tactique pour le Shah d’Iran, réinstallé sur son trône après la période Mossadegh.

Cumulé sur tous les pays, ce fut pendant la « guerre froide », des milliers de cadres qui disparurent : médecins, avocats, ingénieurs, techniciens,  commerçants, etc. Rien qu’en Indonésie, la répression aurait fait 500.000 victimes.

Un crime contre l’humanité systématiquement occulté et, surtout, une perte colossale pour les pays en développement et, accessoirement, la démocratie…

(5)    Exemple : le "massacre de l’Université Makarere", lors de la 1° semaine d’août 1976, au cours duquel des femmes auraient été violées (les seins sectionnés à la machette, etc.), tuées en même temps que d’autres étudiants, d’après un article, gore à souhait, publié dans The Observer sous la plume de David Martin.

Dans la postface du livre de David Glen, Amin Dada (Presses de la Cité), Ali H. Mazrui donne les résultats de ses investigations en prouvant que le journaliste n’était pas en Ouganda au moment des "faits", et que, de plus, il n’y a eu aucune tuerie correspondant à ses affirmations.

Pure affabulation, donc, ou désinformation cynique…

(6)    BAFTA (Oscar britannique), Golden Globe, Oscar, parmi les plus importantes récompenses reçues en 2007.

 

 Crédit photo du "vrai" Idi Amin Dada : AP Photos.

 

 

 

 

 

 

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