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Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

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Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 20:51

 

 

« Saladin ! Réveille-toi ! Nous sommes revenus ! »

 

C’est en ces termes que le général Henri Gouraud, corseté dans sa morgue, essuyant la semelle de ses bottes sur la tombe de Saladin, lance ce défi lors de son entrée à Damas en 1919 à la tête du corps expéditionnaire français. (1)

 

General_Gouraud_1923.jpg

Général Henri Gouraud, le « Saigneur » de la Syrie (1919 – 1923)

 

 

La Diplomatie de l’Histrion 

 

Posture histrionique tristement célèbre dans la région, évidemment totalement occultée en France, depuis nos livres scolaires jusqu’aux travaux académiques. (2) Ce représentant de la France était chargé d’assurer le mandat confié à notre pays par la SDN, ancêtre de l’ONU, sur la “Grande Syrie”. Dans le cadre du partage, entre “vainqueurs de la Grande Guerre”, des nations et richesses antérieurement sous tutelle ou administration de l’Empire Ottoman. Qui avait eu le tort de s’allier à l’Allemagne pendant la première guerre mondiale.

 

Saladin, Homme d’Etat hors du commun, organisateur méthodique, fulgurant stratège. Chevaleresque dans l’action, mais implacable face à la lâcheté. D’une immense générosité, mais intraitable à l’encontre des voleurs, corrompus et assassins. Le libérateur de Jérusalem, au XII° siècle. Après en avoir chassé la soldatesque européenne qui prétendait s’être installée en Palestine pour « libérer le tombeau du Christ », au grand désespoir des chrétiens d’Orient qui n’en avaient nul besoin…

 

C’était au Moyen-Age. Les Croisades. Le Vatican, l’OTAN de l’époque, avait pris l’habitude d’envoyer par vagues successives les armées de tous les pays d’Europe au Moyen-Orient, pour y piller, rançonner, spolier, s’y tailler fiefs, royaumes et colonies, sous les prétextes les plus vertueux et sanctificateurs. L’essentiel étant qu’en Europe ils ne se fassent pas la guerre.

 

Certainement, à armes égales, face à un Saladin vivant, qui écrasa l’armée des “croisés” à la bataille de Hattin (4 juillet 1187), le général Gouraud n’aurait rien perdu de son abyssale imbécillité, mais beaucoup de son arrogance…

 

Rien d’étonnant dans cette gesticulation, aussi stupide que grotesque, d’un général se considérant en pays conquis. Archétype des traîneurs de sabre, ganaches analphabètes de l’Histoire, générés, dégénérés devrait-on dire, régulièrement par des armées. Non pas “nationales”, au service du peuple, garantes de la souveraineté d’une nation. Mais, dans le dévoiement de leur vocation initiale, devenues des instruments au service d’intérêts privés bâtissant leurs rapides et colossales fortunes sur le mensonge des fausses valeurs, pour mieux dissimuler la réelle finalité de leurs objectifs : la spoliation des peuples et nations. Dans le temps, on osait parler du « parti colonial »…

 

A longueur de guerres coloniales surarmées, massacrant peuples sans défense, terrorisant populations innocentes, ce général était devenu mégalomaniaque comme beaucoup de ses pairs. A vaincre sans péril, on triomphe idiot. Boursouflé de l’indécrottable « habitus colonial » de notre inconscient collectif. Parmi ses faits d’armes : la sanglante répression, en 1912 au Maroc, du soulèvement de la ville de Fès contre le protectorat français.

 

Les allemands, qui n’étaient pas en reste sur ce plan, le surnommaient « einarmiger Draufgänger », le « manchot cinglé » (il avait perdu son bras droit aux Dardanelles, suite à une gangrène mal soignée). (3) Stupéfaits de le voir, jour après jour, multiplier les vagues d’assaut suicidaires des soldats français, placés sous son commandement, contre leurs rideaux de barbelés et de mitrailleuses sur le front français.

 

Se croyant au temps des croisades, formaté par les bains de sang des guerres coloniales et les tueries des combats de tranchées, le général Henri Gouraud devint ainsi le « Saigneur » de la Syrie, lors de son “proconsulat” de 1919 à 1923. Un des artisans les plus furieux du dépeçage de la Syrie : le plus gros morceau arraché étant le Liban et la Transjordanie. Dans les massacres, tortures, humiliations ; villages rasés, montagnes incendiées, charniers à profusion (4). Chars, aviation, bombardements navals. Toute la panoplie mortifère, dans le contentement de soi. Avec pour vecteur idéologique en guise de vision : un racisme anti-arabe, islamophobe, poussé à son paroxysme.

 

Inaugurant une trentaine d’années d’occupation française, l’implacable application de La Loi du Plus Fort, dans la sauvagerie d’une colonisation méprisante face au Peuple Syrien qui jamais ne l’accepta. Révoltes multiples, répressions sauvages. C’est ainsi qu’en 1945, le lendemain de l’armistice de la 2° guerre mondiale, la France tirait encore au canon sur la population de Damas :

« Le 29 mai 1945, après dix jours de manifestations ininterrompues, les Français, sous l'ordre du général Oliva-Roget bombardent Damas pendant 36 heures d'affilée. Les morts et les blessés se comptent par centaines. Une partie de la ville est détruite par ce bombardement dont le parlement syrien. » (5)

 

Il est vrai que l’encre à peine séchée de l’armistice du 8 mai 1945 avec l’Allemagne, la France tout juste libérée, nos Gouraud de l’époque couraient, fusaient dans tous les sens, pour « reprendre en main notre empire colonial » qui montrait quelques velléités d’indépendance. Ce furent des semaines et des mois d’atrocités depuis l’Indochine jusqu’au Cameroun, avec les sommets de l’horreur dans les tueries à Sétif en Algérie et à Madagascar. Des massacres de populations par dizaines de milliers. (6)

 

Le Peuple Syrien ne put échapper à cette folie répressive. Mais, quelle que soit son appartenance ethnique et religieuse, il a toujours résisté. La France ne l’a jamais supporté.

 

Et, cela continue …

 

L’équipée de notre ambassadeur en Syrie ces jours derniers, accompagnant l’ambassadeur américain dans la ville de Hama, pour “soutenir les manifestants contre le régime” me rappelle par son mépris affiché des devoirs et usages de la diplomatie, sans parler des lois élémentaires de l’hospitalité, la pantalonnade du général Gouraud. Sauf que la France de l’époque nourrissait la prétention d’élargir son “empire”…

 

 

Qu’importe ?... 

 

Imaginons un instant en France, l’ambassadeur du Brésil accompagné de l’ambassadeur de Chine allant soutenir des manifestants à Marseille, par exemple. Leur voiture blindée escortée de nervis et casseurs, les poches bourrées de cash et d’armes fournis par leurs services. Ce serait vécu comme une ingérence dans les affaires intérieures de notre pays, fomentant une sédition armée, une guerre civile. Chacun de ces diplomates serait immédiatement déclaré « persona non grata », et vigoureusement expulsé dans la foulée. Avec en prime, des représailles sous une forme ou une autre…

 

Les Syriens ont réagi. Venant en masse jeter souliers et cailloux sur la façade des ambassades française et américaine. La propagande occidentale, véhiculée par les médias de la désinformation, parle « d’attaque » ; l’ONU allant jusqu’à « condamner les attaques contre les ambassades américaine et française en Syrie » :

« Des partisans du régime syrien ont attaqué lundi, pour la deuxième fois en trois jours, les ambassades américaine et française afin de protester contre la visite, à la fin de la semaine dernière, des ambassadeurs américain et français dans la ville rebelle de Hama (centre), théâtre de deux manifestations monstres contre le président Bachar Al-Assad ce mois-ci. » (7)

 

Relevons, au passage, les hyperboles de la propagande : « … des partisans du régime syrien… », « … ville rebelle …», « … deux manifestations monstres contre le président… », etc.

 

Mensonger et ridicule.

 

Mais, « Paris hausse le ton » clament les agences de presse…

 

Je comprends l’indignation de nos amis Syriens. Face à cette provocation coloniale, comme eux, j’aurais réquisitionné toutes les vieilles paires de chaussures de la famille pour les déverser sur les façades de ce qui s’apparente davantage à des tripots de comploteurs, des casernes de pompiers incendiaires, qu’à d’authentiques représentations diplomatiques.

 

Place-des-omeyyades---Damas---Jullet-2011.jpg

Damas – manifestation d’union nationale contre les ingérences étrangères - 17 juillet 2011

 

Car, ce déplacement de diplomates accrédités dans le pays, cette “virée de voyous”, sont en soi un aveu, une signature. Celle de l’immixtion, l’implication, l’intervention, des pays occidentaux dans la déstabilisation par la sédition armée et la guerre civile, méticuleusement et de longue date organisées, d’un pays souverain. Loin de soutenir un mouvement démocratique.

 

Mais, je ne suis pas Syrien. Je suis français, limité et contraint, rageusement triste, à constater, une fois encore, l’état de la diplomatie de mon pays : en lambeaux. De la Chine au Mexique, de Cuba à l’Iran, en passant par pays arabes et africains, nos diplomates se comportent en crétins et freluquets.

 

Notre pays, notre diplomatie, nos forces armées, ravalés aujourd’hui à un rôle d’auxiliaire, de supplétif, au service d’intérêts étrangers. Exécutant ordres et instructions à la lettre, à la virgule, d’une politique extérieure élaborée dans les officines de l’Empire Washingtonien. Tels “nos ancêtres les gaulois”, fournissant richesses et escadrons de cavalerie gauloise à l’Empire Romain.

 

Obséquiosité zélée à l’égard d’un suzerain, servitude assumée… (8)

 

Bien sûr, se donner Bonne Conscience pour justifier sa participation à de basses œuvres est primordial. Tous nos médias et leurs affidés, les “jeteurs d’anathème patentés”, ne cessent dans le martèlement d’une propagande stalinienne de diaboliser le « régime syrien ». Les mêmes muets, dès lors qu’il s’agit de couvrir exactions, corruptions, des pires dictatures “pétromonarchiques” dans la région. Ou des crimes répétés contre le Peuple Palestinien.

 

Oubliant, tout aussi consciencieusement, les régimes tyranniques en Afrique protégés ou installés par nos forces armées, comme on l’a vu récemment en Côte d’Ivoire. Dissimulant les dynasties autocratiques, sinistrement burlesques et héréditaires de père en fils, des Bongo au Gabon ou des Eyadema au Togo, sur fond d’élections truquées. Il y aurait tant d’autres exemples… 

 

Pour ceux qui voudraient sortir la tête du goudron de la désinformation déversée par nos "journalistes d’investigation-décrypteurs de l’information", "experts-charlatans", “politiciens vendus”, et autres polichinelles, sur la Syrie, je leur propose un livre fondamental :

“Quand la Syrie s’éveillera…”, de Richard Labévière et Talal El-Atrache. (9)

 

Publié cette année, agréable surprise tant le niveau de qualité de la production d'études géopolitiques françaises sur ce pays et sa région est traditionnellement “nul”, il présente l’avantage d’avoir été rédigé par deux véritables « connaisseurs » de la Syrie. Précisons que Talal El-Atrache est l’arrière petit-fils de Sultan Talal El Atrache, l’un des prestigieux chefs de la « grande révolte Syrienne » (1925-1927) contre l’occupation française.

 

Ouvrage remarquable par la pertinence de ses analyses, sans complaisance à l’égard de chacun des acteurs, et la richesse de sa documentation : références, bibliographie, cartes réalisées par Hugues Dumont. Un régal d’intelligence : comprendre les enjeux actuels des luttes ouvertes et souterraines à partir d’un contexte historique sciemment masqué, enfoui, par la propagande de l’Occident. Percevoir l’extraordinaire héroïsme du Peuple Syrien face aux entreprises impériales permanentes souhaitant sa mise sous tutelle, son éclatement en une mosaïque d’ethnies en guerre permanente.

 

Caramel sur la chantilly, il bénéficie d’une décapante préface d’Alain Cholet, ancien directeur du “Service de Renseignement de la Sécurité - chargé de la lutte antiterroriste, de la contre-criminalité et du contre-espionnage à l’étranger” de la DGSE (10).

 

Oui. Il arrive que, dans les services secrets, des “responsables” ne se contentent pas des stéréotypes d’une propagande, des compulsions racistes ou idéologiques, lorsqu’ils analysent une situation, un continent, une région ou un pays. Exerçant ce “mix” indispensable : connaissance, expérience et, surtout, honnêteté intellectuelle.

 

C’est avec une lassitude amusée qu’Alain Cholet résume les inusables clichés “diabolisateurs” de la propagande atlantiste à l’encontre de ce pays :

« … la Syrie est régulièrement présentée par les médias occidentaux, en particulier français, comme une sorte de dictature ubuesque sur le modèle de la Corée du Nord  avec laquelle elle partage d’ailleurs le douteux privilège d’être classée dans “l’Axe du Mal” par l’administration américaine.

Toujours selon ces mêmes médias, les dirigeants syriens cultiveraient la volonté obsessionnelle de maintenir leur population sous une chape de plomb, de rayer Israël de la carte, d'annexer le fragile Liban, de se doter d’armes de destruction massive y compris nucléaires, de soutenir toutes les entreprises terroristes, d’entretenir un désordre permanent dans l’ensemble du Moyen-Orient et d’être le dernier obstacle de la paix dans la région. » (11)

 

Comment lutter contre le confort intellectuel d’une propagande qui vous assure, flattant votre narcissisme, que susciter, organiser, financer, armer, la guerre civile dans un pays, est un acte hautement civilisateur engendrant, sur ses morts et décombres, les délices paradisiaques de "La Démocratie" ?... Piqure d’anesthésie des aventures coloniales, imparable : se "shooter" à la Bonne Conscience

 

Les grands inquisiteurs, dans leurs prêches hystériques, ont lancé l’anathème : le « régime syrien » est une des incarnations du Diable sur cette planète !... L’excommunication pour satanisme étant édictée, il ne reste plus qu’à brûler le pays médiatiquement et l’écarteler, le démembrer, en morceaux sous les bombes de l’OTAN, avec la bénédiction déculpabilisante des résolutions de l’ONU…

 

feu-d-artifice---damas---juillet-2011.jpg

Place des Omeyyades à Damas – immense manifestation du Peuple Syrien contre les ingérences étrangères - 17 juillet 2011

 

 

Alors, qu’importe que la Syrie ait accueilli à bras ouvert de multiples populations au cours de sa longue histoire ?... Les juifs chassés d’Espagne par les chrétiens au XV° siècle et ceux chassés par les pogroms tsaristes au XIX° siècle. Les 500.000 réfugiés Palestiniens subissant la spoliation de leur terre et les nettoyages ethniques récurrents depuis la Nakba en 1948 jusqu’à nos jours, avec ses villages détruits par centaines, ses oliviers rasés par milliers. Les 2 millions de réfugiés Irakiens, suite à la destruction méthodique de leur pays par l’Empire et ses vassaux…(12)

 

Qu’importe qu’une partie de son territoire, le Golan, soit toujours occupé malgré les résolutions de l’ONU et les engagements internationaux ? Qu’importe qu’il soit régulièrement survolé et même bombardé par avions et navires de l’Occident ?

 

Qu’importe que lui soient imposés « sanctions » et « embargos » aussi illégaux qu’injustes par l’Empire et ses vassaux, entravant le pays dans le financement de son commerce extérieur et intérieur, son transport aérien et maritime, son système bancaire, la légalisation d’un marché des devises, encourageant ainsi contrebande, corruption et marché des changes parallèle ?... (13)

 

Qu’importe, malgré ces obstacles permanents, le peu de ressources naturelles par rapport à ses voisins de la région, le poids des réfugiés de toutes nationalités représentant 15% de sa population, que la Syrie connaisse un taux de croissance moyen de 5% par an, avec une dette extérieure de 8% du PNB (un des moins endetté au monde), des investissements multipliés par 12 depuis 2001, des exportations doublées depuis 2000… (14).

 

Qu’importe qu’en Syrie il y ait, depuis une quinzaine d’années, une évolution politique inconnue chez une dizaine de pays “alliés” de l’Occident dans la région :

« … un parlement élu où siègent les représentants de différents partis politiques, dont un parti communiste … les femmes disposent dans les institutions syriennes des mêmes droits que les hommes… le gouvernement […] compte en son sein plusieurs femmes à des postes majeurs… les élections […] ne se différencient guère des pratiques électorales du Maroc ou de la Jordanie pourtant présentés comme des modèles de démocratie en marche… » ? (15)

 

Qu’importe que la Syrie ait été diffamée pendant des mois par La Communauté Internationale et ses instruments de propagande, sous l’égide de l’ONU, au prétexte qu’elle aurait organisé l’attentat contre le premier ministre libanais Hariri ? Pour reconnaître ensuite que ce n’était pas le cas… Sans regret, excuses, ni sanctions à l’encontre les diffamateurs et leurs relais…

 

Qu’importe que dans le contexte de tensions, de menaces, et d’agressions incessantes qu’il subit, le pays se soit organisé en gouvernement d’union nationale, qu’il tienne à son droit à l’autodétermination, au respect de sa souveraineté nationale ?

 

 

Le Saut du Cabri 

 

Pourquoi cet acharnement de l’Occident contre la Syrie ?...

 

Très simple à comprendre : le Moyen-Orient doit être morcelé en micro-Etats “ethnico-confessionnels” sous tutelle israélienne. Plan géostratégique exposé, détaillé, en particulier, par Oded Yinon dans la revue Kivunim (Orientations) publiée par l’Organisation Sioniste Mondiale à Jérusalem, le 14 février 1982. Trente ans déjà…

 

Avec l’objectif clairement affirmé, revendiqué, dans la légitimité et l’impunité de son bellicisme :

« L’éclatement de la Syrie et de l’Irak en régions déterminées sur la base de critères ethniques ou religieux doit être, à long terme, un but prioritaire pour Israël, la première étape étant la destruction de la puissance militaire de ces Etats ». (16)

 

Meilleur moyen ?... Devenu à présent un classique : l’intervention de l’OTAN sous couvert de sauvetage humanitaire dans une guerre civile. En agissant sur deux plans :

 

1.  Créer les conditions réelles, ou même apparentes, d’un conflit entre groupes ethniques, religieux, qualifiés « d’opposants au régime ».
Dans le cas de la Syrie, ce ne sont pas des manifestations similaires à celles de Tunisie ou d'Egypte qui ont surgi, pacifiques, toutes tranches d’âge et de conditions sociales réunies sur des places publiques pour manifester dans une ambiance festive et solidaire. Mais de véritables raids de commandos parfaitement organisés avec des snipers équipés de fusils à longue portée. (17) Opérations coups de poing se déroulant, par rotation, de la frontière jordanienne à la frontière turque. Beaucoup de militaires et de policiers ont été ainsi tués et des administrations publiques brûlées. Les morts étant systématiquement attribués au « régime » à renverser.

 

Deux opérations d’envergure ont retenu l’attention par leur mode opératoire, démontrant une puissante organisation logistique avec l’apport d’éléments infiltrés, couplée à une mise en scène de la désinformation médiatique immédiatement diffusée à l’échelon des pays membres de l’OTAN :

=> Le mitraillage de nuit d’un convoi militaire (simples camions bâchés), sur l’autoroute côtière de Lattaquié, par un commando débarqué puis exfiltré à partir de la mer. Probablement par un sous-marin. La propagande occidentale faisant état, plusieurs jours de suite, d’exécutions sommaires de militaires par des « policiers fidèles au régime » du fait qu’ils refusaient de tirer sur la foule. Le récit des survivants et des blessés, officiers et soldats, n’a jamais été diffusé par nos médias. Leurs témoignages concordants font tous état d’une embuscade menée par des professionnels “hautement qualifiés”… 

=> L’attaque surprise et l’occupation de la localité de Jisr al-Choughour par des commandos puissamment armés et cagoulés. Massacrant tous les représentants de l’ordre, jetant les corps dans deux charniers. Incendiant les bâtiments publics. Terrorisant la population, entraînant de force plusieurs dizaines d’habitants, avec leurs enfants, de l’autre côté de la frontière turque. Afin de simuler l’exode de « milliers » de syriens « fuyant la répression du régime », hébergés dans des tentes, devant des caméras de TV de la propagande. Désinformation complaisamment relayée par nos médias, faisant état d’au moins 10.000 réfugiés, etc.

Les 198 habitants enlevés ont tous pu retourner en Syrie, le 18 juillet dernier, libérés par le commando une fois l’opération d’intox terminée et dans la crainte d’une opération militaire turque. Les tueurs s’exfiltrant par la partie turque du Kurdistan.

 

 

2.  La « diabolisation du régime » par une désinformation qui atteint une dimension délirante, rappelant la période précédant l’invasion de l’Irak par l’Occident. Nombreux sont ceux qui ont compris et réagi devant ce cumul de contrevérités, prenant souvent des tournures rocambolesques. Comme celle de « la lesbienne syrienne persécutée par le régime », qui était en fait un américain gérant cette opération mensongère depuis un site en Ecosse…

 

Le refrain principal, obsessionnel, de la propagande est "le nombre de morts", ne cessant d’augmenter dans une progression exponentielle. Il est frappant de voir les médias énoncer des morts par ville et village, mais être incapables d'établir le nombre des victimes des bombardements et tueries effectués par les membres et associés de l’OTAN en Irak, en Afghanistan, à Gaza, au Liban ou ailleurs.

 

Avec d’autant plus d’aisance que les sources sont invérifiables, se reprenant en boule de neige, d’une agence à l’autre, d’un média à l’autre, se citant les uns les autres à partir d’un courant d’air. Dans l’inflation. Officiellement, les “sources” seraient : des organisations humanitaires sans préciser lesquelles, des particuliers « sous réserve d’anonymat », des comités de coordination régionale inconnus, des groupes de l’opposition… Toute une faune, aussi bigarrée que fantomatique. Le principe est simple : tout mort, se multipliant comme des petits pains, est le fait des « partisans du régime ».

 

Dans cette arnaque à l’information, sur le fond et la forme, prenons au hasard un exemple caricatural des multiples dépêches d’agence : celle de l’agence Reuters du 19 juillet 2011, qui précise que 10 personnes ont été tuées à Homs. (18)

 

Quelles sont les sources de l’agence de presse ? Un « comité de coordination régionale », nous n’en saurons pas plus. Les responsables de ces morts ? Même pas les "forces de l’ordre", ou les "policiers du régime". Non, on passe à un degré supérieur dans la personnalisation de la diabolisation : ce sont « les partisans du président syrien »… Donnant ainsi le titre de la dépêche : Les partisans du président syrien tuent 10 personnes à Homs.

 

Les Syriens ont compris la manipulation par l’Occident de leurs souhaits et espoirs. Contrairement aux schémas de la propagande des membres de l'OTAN, ils aspirent à une évolution démocratique de leur pays, dans la prospérité et la paix. Mais, refusent l’ingérence étrangère. D’immenses manifestations, se sont déroulées dans les principales villes, notamment les 17 et 18 juillet 2011, pour signifier leur volonté d’indépendance nationale, leur droit à l’autodétermination. Bien sûr, aucun média de l’Empire n’en a fait état. Aucune image. Aucune vidéo… L’autocensure de nos médias…

 

Le rejet de l’intervention des puissances étrangères est clair : les Syriens ne veulent pas subir, comme l’Irak ou la Libye, un pseudo « comité de transition » composé "d’opposants bidons" soi-disant en exil qu’ils considèrent comme d’authentiques « collabos », figurant depuis des années sur les livres de paye des services secrets occidentaux. Pour les Syriens, l’évolution de leur pays viendra de l’expression populaire de l’intérieur, et non pas des « vendus à l’étranger » camouflant les manœuvres de l’Empire.

 

Evidemment, il ne s’agit pas de défendre un régime par rapport à d’autres. Ou ignorer absence d’alternances, emprises de la corruption chez les uns et pas chez les autres.

Qui ne souhaite pas « La Démocratie », pour tous ? De Gaulle disait que la construction européenne ne consistait pas à « … crier  “l’Europe !”, en sautant comme un cabri ». Il en est de même pour « La Démocratie ». Une lente et permanente construction, avec ses avancées et ses régressions, en Syrie ou ailleurs, comme chez nous.

 

Notre diplomatie doit-elle continuer à hystériser, s’impliquer dans une politique extérieure imposée par des Etats étrangers, réputés être des « alliés », fondée sur l’agression et l’arrogance, contraire aux valeurs que nous prétendons représenter, et à nos propres intérêts ?

 

Sachant que les prétentions de l’Occident, au Moyen-Orient, ne résisteront pas au Temps. Malgré la violence de son idéologie conquérante dissimulée sous le masque démocratique ou humanitaire pour anesthésier son opinion publique, sa propagande hallucinée de mensonges permanents, l’utilisation de sa force militaire jointe à la menace de son arsenal nucléaire. Ses implantations coloniales directes ou indirectes, ne pourront s’opposer à l’évolution et aux réalités de l’Histoire. Encore moins, celles fondées sur l’imposition d’un apartheid organisé selon des discriminations religieuses. L’effondrement des royaumes francs ou latins, imposés par les Croisades, en témoigne.

 

Notre diplomatie n’est pas un vecteur d’idéologie à la disposition servile d’intérêts étrangers au destin de notre pays, mais un outil d’analyse géopolitique, de compréhension, de résolution, et non pas de création, des tensions et conflits. Proposant respect mutuel, conciliation, dialogue, et coopération pour enrayer radicalisation et surenchère.

 

La paix, lorsqu’on la souhaite véritablement, nait de la coopération économique et culturelle. Non pas du mépris, de la menace, de la diabolisation, de l’agression. Surtout au Moyen-Orient, le plus grand foyer actuel de tensions et de risques de guerre mondiale.

 

C’est une action d’apaisement, de désarmement atomique, d’incitation au respect du droit international qui doit être encouragée. Une action d’incitation à l’application des multiples résolutions de l’ONU non encore mises en œuvre à ce jour, notamment en Palestine. Certaines depuis plus d’un demi-siècle.

 

Paroles et actions de Paix, avant tout. Telles devraient être les priorités de la politique étrangère de la France.

 

Mais, qu’importe ?...

 

Comme ils viennent de le faire pour la Libye. Dans l’euphorie de la veulerie pour ne pas changer, les “représentants du Peuple Français” à qui ils ne demanderont surtout pas son avis, dans un vibrant élan pour « la promotion de La Démocratie - la défense de notre civilisation et de nos libertés… » nos députés voteront la guerre coloniale contre la Syrie.

 

Qui ne nous a rien fait. Ni, menacés. Ni, provoqués.

 

Et, nos Gouraud d’aujourd’hui astiqueront frénétiquement leurs bottes, devant TV et imprécateurs de la propagande, rêvant d’en essuyer les semelles sur la tombe de Saladin.

 

La France asservie…                                       

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Richard Labévière, Talal El-Atrache, préface d’Alain Cholet, cartes réalisées par Hugues Dumont, Quand La Syrie s’éveillera…, Editions Perrin, 2011, p. 39.

(2)  Général Henri Gouraud (1867 – 1946). Amusons-nous de constater que dans Wikipedia son rôle au Moyen-Orient se limite à 3 lignes, avec la mention sirupeuse : « Gouraud débarque à Beyrouth en 1919 ; il y reçoit un accueil chaleureux ». L’inoxydable désinformation …

(3)  Julie d’Andurain, Le général Gouraud durant la grande Guerre, http://crid1418.org/doc/textes/gouraud_dandurain.pdf, (note 10).

(4)  Lire le témoignage d’une française sur ces pratiques, Alice Poulleau. Choquée par la sanguinaire répression des autorités d’occupation françaises, et sa mise en scène macabre, lors des massacres de Damas pendant la révolte syrienne de 1924-1926.

Extrait de son livre : Damas sous les bombes. Journal d’une Française pendant la révolte syrienne (1924-1926), in Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit. p. 44.

(5)  http://fr.wikipedia.org/wiki/Syrie_mandataire

(6)  L’omerta est assurée avec vigilance par nos historiens sur ces massacres de masse, d’une incroyable barbarie, programmés et gérés par notre appareil colonial à partir de  mai 1945. Bien avant les tueries des guerres d’indépendance, on estime l’ensemble des populations civiles exterminées par la France dans ses “possessions coloniales”, sous l’appellation « d’opérations de pacification » sur trois ans 1945 -1948, à plus de 300.000 personnes. L’équivalent des massacres de Nankin par les Japonais.

Rien qu’à Sétif et ses environs, plus de 50.000 personnes massacrées. A Madagascar (le summum en 1947), plus de 100.000 personnes assassinées par nos forces armées aidées des colons organisés en milices, suivant le même procédé opératoire. Une orgie de violences cauchemardesques.

(7)  L’ONU condamne l’attaque des ambassades américaine et française en Syrie, Le Monde, 13 juillet 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/07/13/l-onu-condamne-l-attaque-des-ambassades-americaine-et-francaise-en-syrie_1548073_3218.html#ens_id=1481132

(8)  Cf. publication en ligne du  philosophe Manuel de Diéguez, “Les imbéciles n’apprennent que par l’expérience” (Voltaire), notamment § 3 : « Guérit-on de l’esprit de servitude ? », 10 juillet 2011.

(9)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit.

(10)  Précision pour nos amis lecteurs non francophones utilisant la traduction automatique, DGSE : Direction Générale de la Sécurité Extérieure. Autrement dit, les services secrets français à vocation "théâtre de renseignement et d’opération" hors du territoire français.

(11)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., préface d’Alain Cholet, p. 9 – 10.

(12)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., p. 28.
(13)  Tout particulièrement, le Syrian Accountability Act voté par le Congrès américain en mai 2004, unilatéralement et en infraction au droit international, repris et appliqué servilement par les autres gouvernements occidentaux…
(14)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., p. 97-98.
(15)  Alain Cholet, préface, Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., p. 10.

(16)  Quand La Syrie s’éveillera…, Op. Cit., p. 84.
(17)  Dont des mercenaires, grassement rémunérés, issus des féroces milices chrétiennes du Liban à la solde des services secrets occidentaux qui se sont illustrées de longue date dans les massacres des Palestiniens, (notamment les camps de Sabra et Chatila lors de l’invasion du Liban par Israël), les dynamitages de mosquées et lieux de pèlerinage (chiites et sunnites) en Irak (oui, ces milices travaillent aussi à “l’export”…) pour créer les conditions d’une guerre civile à dominante religieuse, et autres opérations d’assassinat.

Maitrisant parfaitement les habitudes et dialectes locaux, bénéficiant de solides couvertures identitaires et d’un support technologie du plus haut niveau (télécommunications, en particulier), ces commandos et cellules de tueurs sont « indétectables »…

(18)  Agence Reuters, Les partisans du président syrien tuent 10 personnes à Homs , 19 juillet 2011.

 

 

 

 

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 23:32

 

 

Eclair. Scintillement.

 

Un sabre s’abat. Une tête roule…

 

Nous sommes au XXI° siècle. Riyadh, Arabie Saoudite, le 18 juin 2011.

 

Ruyati binti Sapubi, Indonésienne de 54 ans, vient d’être décapitée. En public. Pour rendre plus spectaculaire l’exécution, le corps sans tête a été suspendu à un hélicoptère qui, à basse altitude, a parcouru la ville. De longs moments…

 

Cette femme travaillait comme domestique dans une riche famille saoudienne. Elle aurait tué son employeur en réaction à de mauvais traitements infligés à répétition. Telle est la version officielle.

 

Sous le manteau, d’autres versions circulent. La plus insistante : elle n’avait rien à voir avec un règlement de compte familial. Du fait de son statut d’immigrée sans protection ni droit, elle aurait été choisie comme bouc émissaire, avec des « aveux » extorqués sous la torture. Evidemment, aucun débat contradictoire, puisqu’il y avait « aveux ».

 

Car, dans ce pays on peut maltraiter, violenter et même tuer des domestiques sans problème si on est un riche saoudien. Mais, évidemment pas le contraire. Pour punition, quelques coups de fouets « théoriques », vite oubliés. Sans plus. L’oubli étant, en vitesse, proportionnel au nombre de billets proposés.

 

Bien sûr, nos médias en Occident et tout particulièrement en France, n’en ont pas parlé. Rayon d’action de leur capacité de « décryptage » : trop court. L’Arabie Saoudite ne figure pas sur leurs écrans des Droits de l’Homme et de la Démocratie… Cuba : Si !  Arabie Saoudite : No !

 

Aucun commentaire de nos spécialistes-protecteurs des droits de la femme. Encore moins, campagnes médiatiques avec T-shirts, gesticulations-résolutions au Parlement européen, vociférations-couinements de La Communauté Internationale et autres Bonnes Consciences. Même pas un air de pipeau de NPNS

 

Normal. L’Empire et ses vassaux considèrent l’Arabie Saoudite comme un « Allié » de choix.

 

Touche pas à mon pote

 

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  Ruyati binti Sapubi 

 

Cette exécution a provoqué une grande émotion en Indonésie. Mais, là encore, l’Indonésie ne figure pas sur l’écran de nos « décrypteurs » : ce fut le grand silence.

 

Plus d’un million de travailleurs émigrés Indonésiens sont employés en Arabie Saoudite. En tant que domestiques, « agents d’entretien », ou « techniciens-nettoyeurs de surface ». L’essentiel étant des femmes. (1) Ce pays, de plus de 230 millions d’habitants, immensément riche et immensément pillé, « exporte » de la main-d’œuvre pour se procurer des devises. Il est aussi le plus grand pays musulman dans le monde. Autant que l’ensemble des pays arabes, si ce n’est plus.

 

Devant la colère de son opinion publique, lui reprochant de ne pas protéger ses ressortissants, le gouvernement indonésien vient de rappeler son ambassadeur et de suspendre les autorisations d’émigration vers l’Arabie Saoudite. Découvrant, avec cette exécution, que 316 Indonésiens sont emprisonnés en Arabie Saoudite, dont 28 condamnés à mort en instance de décapitation.

 

Paradoxe plus que surprenant…

 

En Indonésie, le régime de l’Arabie Saoudite, comme dans l’ensemble de la communauté musulmane dans le monde, est méprisé, détesté. La décapitation de Ruyati binti Sapubi décuplant ce sentiment. En Occident, c’est tout le contraire : nos gouvernements et leurs médias adorent l’Arabie Saoudite. Ce ne sont que courbettes, génuflexions, courtisaneries, de nos nomenklaturas face à cette tyrannie abjecte.

 

Les Saoud sont un clan de chefs de guerre et de pillards qui se sont emparés de l’Arabie "Saoudite" avec l’aide des britanniques, à la suite de l’effondrement de l’Empire Ottoman. Adossés à une théocratie délirante, le wahhabisme, confortés par le soutien des USA en échange du pétrole après la deuxième guerre mondiale. Bradant les richesses pétrolières et gazières de leur pays, souscrivant à toutes les injonctions et conditions portant sur les quantités ou prix imposés par les lobbies pétroliers, afin de conserver leur pouvoir.

 

Avantages pour les colonisateurs du Moyen-Orient : l’Arabie Saoudite n’investit rien localement, ni dans la région. A part, dans un minimum d’infrastructures. Ne cherchant, ni souhaitant, une interaction positive, dynamisant, favorisant le décollage des économies régionales et leur avenir : industries créatrices d’emplois qualifiés à haute valeur ajoutée, etc. Plongés dans le pillage de leurs ressources, maintenus dans le sous-développement, les pays voisins à forte population, tel l’Egypte, voient passer sous leurs nez les immenses revenus du pétrole et du gaz, s’investir en Occident.

 

Le classique modèle colonial, modernisé dans une rhétorique, un design : « mondialisation »…

 

Car, les Saoud recyclent la quasi-totalité des revenus et avoirs de leur pays en Occident : banques centrales et privées, participations soigneusement canalisées dans des industries fortement consommatrices de capitaux mais à faible contenant technologique (parcs d’attraction, contrairement à l’aérospatial, par exemple), investissements spéculatifs dans les grands programmes immobiliers, ostentatoires (yachts de luxe, marinas pour jet-set, etc.).

 

Paradis des marchands de canon, avionneurs et engins de mort en tous genres. Aux colossaux marchés générant des cascades de commissions et rétrocommissions, aussi discrètes qu’éléphantesques dans les paradis fiscaux. Pour tous les intervenants et décideurs aux contrats. Rien que le dernier contrat signé avec les USA est évalué à 90 milliards de dollars… Imaginons les retombées en « arrosage » de telles transactions…

 

Nos traîneurs de sabre, services spéciaux, barbouzes de tous poils, apprécient tout autant cette caverne d’Ali Baba, au trésor inépuisable. Qui, prélevant par poignées dans son tas de pièces d’or, finance la majeure partie des opérations spéciales de l’Empire (lui, ne fournissant que « spécialistes » et support technique) dans le monde musulman. (2) Pour lutter contre le communisme, pendant la Guerre Froide. Actuellement, pour étouffer les révolutions démocratiques dans les pays arabes et musulmans. Comme on le voit à Bahreïn où l’Arabie Saoudite a même envoyé des troupes, hélicoptères de combats et chars d’assaut.

 

Avantage ultime pour les services d’action psychologique, de propagande, “d’intox”, des occidentaux : la complicité tacite d’un régime servant d’instrument de diabolisation pour entretenir l’islamophobie. Justifiant, auprès des opinions publiques désinformées, fanatisées pour de larges segments, violences, guerres et spoliations à l’encontre des populations. Ce que ne supporte plus la communauté musulmane dans le monde, caricaturée et persécutée en permanence, avec pour prétexte le comportement de ces potentats moyenâgeux.

 

Evidemment, aucun média libre : audiovisuel, presse, édition. Mieux : l’Arabie Saoudite n’a jamais connu un bureau de vote. Même pas un parti unique ! Inexistant.

 

En fait, l’Arabie Saoudite ne représenterait-elle pas le rêve ?... Le rêve de nos castes au pouvoir : l’édification d’une ploutocratie.

 

Que dire ?...

 

Ruyati binti Sapubi, Paix à ton Âme

 

Et, que les tyrans, leurs sabreurs, qui ordonnent, exécutent, mettent en scène, pareilles ignominies, avec leurs complices de La Communauté Internationale, aillent en Enfer !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Suivant les statistiques : entre 1,2 et 1, 5 million.

(2)  Cf. : http://www.guardian.co.uk/world/2011/jun/29/saudi-build-nuclear-weapons-iran 

 

 

 

 

 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 22:39


 

Je voulais l’écrire, pour rire un peu avec mes amis Russes, mais il m’a soufflé la formule. 

 

L'auteur du forfait ?...

 

Marc-Edouard Nabe, un des très rares “écrivains-polémistes-artistes” français actuels dignes de ce nom. Car, il joue du Jazz et peint presque aussi bien qu’il n’écrit. Magnifique de panache quand il charge cynisme et bêtise, étendard de l'humour-vache au poing : (1)

 

« La France encore une fois est lamentable. Elle se prend pour une puissance !

 

Elle montre les dents, alors qu’elle n’a même plus de quoi se payer un dentier.

 

On n’en voit que les gencives, roses bien entendu, comme le socialisme à la Mitterrand, qui ne parle qu’en présence de son bras droit, Elie Wiesel… ».

 

 sarkozy-02-758.jpg

 

 

Qu’il me pardonne, si j’actualise son texte :

 

« … comme le gaullisme à la Sarkozy, qui ne parle qu’en présence de son bras droit, Bernard-Henri Lévy… » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Marc-Edouard Nabe, Kamikaze – Journal Intime 4, Editions du Rocher 2000, p. 3.869.

Boycotté par le "système" médiatique et éditorial du fait de l'intransigeance de ses positions antisionistes et anti-islamophobes (un des rares à comprendre Louis Massignon et écrire de superbes pages sur son oeuvre).

Fulgurances de poésie, sensualité, émotion, passion, humour, culture (littéraire ou musicale, immense) sont la chair de ses livres au cœur de la bibliothèque de tout esprit curieux de ce siècle.

(2)  Caricature du talentueux Russe : V. Kremlev, publié le 18 avril 2011 dans Russia Today (RT) en illustration de l’article : Sarkozy’s Napoleonic ambitions backfire, http://rt.com/online-exclusive/galleries/cartoons/sarkozys-napoleonic-ambitions-backfire/

 

 

 


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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 16:38

 

 

« Operation Earnest Voice (OEV) est le programme fondamental qui regroupe moyens et ressources pour synchroniser nos activités opérationnelles d’Information […] via les médias traditionnels, mais aussi les sites internet ou encore les blogs.
Dans chacun de ces domaines, nous suivons le principe que nous avons appliqué en Irak, celui d’essayer d’être “les premiers avec la vérité” ».

General David H. Petraeus (1)

 

 

 

Dupés. Bernés. Floués.

 

Reconnaissons-le.

 

Encore une fois, l’opinion publique conditionnée, tétanisée, dans son écrasante majorité, a foncé tête baissée dans le panneau. Avec une remarquable maestria, une foudroyante réactivité, la propagande de l’Empire a su faire assimiler son agression coloniale en Libye à la “protection” d’une révolte populaire semblable à celles de la Tunisie ou de l’Egypte.

 

Car, il n’y a pas plus de volonté de protéger le peuple Libyen par les Occidentaux qu’il n’y a eu de massacres de population libyenne par son dictateur. Ainsi qu’en témoignaient les réactions des premiers “expatriés européens” à leur descente d’avion, devant micros et caméras. Témoignages rapidement occultés, par la suite…

 

Soulignant que jamais ne s’étaient produites des manifestations réunissant toutes les couches sociales, avec femmes et enfants, sur une place publique, face à une présence massive et violente de forces de répression, comme Egyptiens et Tunisiens en avaient longuement vécu l’expérience et partagé l’émotion.

 

La Libye reste avant tout une société tribale où chacun bénéficie de la protection de son clan. Son dictateur n’est pas plus, ou est tout autant, sanguinaire, corrompu, débauché, et autres qualificatifs, que ceux protégés par l’Empire dans la Péninsule Arabique, en Asie Centrale, en Amérique latine, en Afrique subsaharienne, ou ailleurs, quand ils se conforment à ses diktats.

 

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“Philosophie” de la canonnière

 

Il s’agit tout simplement d’un coup d’Etat, minutieusement préparé à l’instigation des puissances coloniales, sur fond de partition, de sécession, semant guerre civile, chaos et anarchie dans le pays. 

 

Le pivot étant la ville de Benghazi, dans l’est de la Libye, s’opposant à Tripoli au cœur des provinces de l’ouest fidèles au dictateur actuel. Cyrénaïque contre Tripolitaine. Benghazi, fief des tribus Zuwayaa et Senoussi, d’où était issue la dynastie du dernier roi Idriss, un Senoussi, renversé lors du Coup d’Etat de Kadhafi en 1969.

 

Ces “monarchistes” sont regroupés autour de l’ancien ministre de la justice Mustapha Abdel-Jalil, connu par ses propres concitoyens pour sa corruption effrénée et son appartenance à la CIA. (2) Ce qui explique l’apparition subite de milliers de drapeaux monarchistes, aux trois couleurs, pavoisant Benghazi dès le premier coup de feu, et bien d’autres bizarreries ou incohérences dans les bobards de la propagande...

 

Pris au milieu d’un règlement de comptes entre deux bandes de gangsters, celle du clan d’un dictateur et celle des prédateurs de l’Occident n’aspirant qu’à le remplacer par des marionnettes plus dociles, tel est le sort du peuple Libyen. Assistant impuissant à la régression de son pays au niveau de la Somalie ou du Soudan, dans un déchirement entre tribus rivales, une guerre fratricide entretenue par les Occidentaux. (3)

 

Comment ne pas éprouver compassion et honte, à la fois ?...

 

L’apparition bondissante, d’un plateau TV à un micro radio, d’un BHL, son omniprésence, dans tous les médias francophones, (4) étaient pourtant la signature d’une arnaque de l’appareil de désinformation. Volant au secours d’un Juppé, notre ministre des affaires étrangères à peine capable de lire le texte imposé par notre suzerain et de sourire béatement devant les caméras, pour vendre cette expédition coloniale. Cette énième mise en scène destinée légitimer ce qu’on appelait, au XIX° siècle, la “diplomatie de la canonnière”…

 

Son histrionisme exalté, son fanatisme à la Torquemada, confits de mépris et d’appels à la haine, avaient rythmé l’anéantissement de l’Irak sous les bombes et les mensonges de la propagande. Donnant d’autant plus de relief à son silence, pendant des semaines, lors de l’écrasement dans le souffle et le feu des explosions, obus à uranium appauvri, et épandages de phosphore blanc, de milliers d’innocents : Liban, juillet 2006 ; Gaza, décembre 2008 - janvier 2009…

 

Mutisme de cette Belle Ame, tout aussi monumental, sur les horreurs des dictatures de Ben Ali en Tunisie ou de Moubarak en Egypte. Tout aussi verrouillé, quand il s’agit des pétromonarchies écrasant la révolte de leurs peuples sous la répression depuis des décennies : Bahreïn, Yémen, Arabie Saoudite, Jordanie, Oman, Emirats Arabes Unis. Régimes aussi barbares que pourris, ne connaissant aucun bureau de vote. Seule la Jordanie s’autorisant des simulacres électoraux…

 

Cultivant le mensonge avec un incommensurable culot lors de l’agression par la Géorgie, avec l’assistance de l’Empire et son bras armé l’OTAN, des provinces autonomes du Caucase Russe en août 2008. Contre toutes les évidences, faits et preuves, il n’hésitait pas une seconde à affirmer que c’était la Russie l’agresseur…

 

Alors, entendre un BHL se vanter dans tous les médias français d’avoir "présenté" les dirigeants du Conseil National de Transition de Libye (le mystérieux et autoproclamé CNT) à Sarkozy donne une idée de ce qui est, et était, en train de se préparer… Cela me rappelait son acharnement à vouloir introniser officiellement le Commandant Massoud auprès du gouvernement français de l’époque. Alias "le lion du Penshir" dans nos médias, féodal, chef de guerre, grand baron de l’opium et un des plus fidèles pions de la CIA en Afghanistan. Plus “indépendant” que notre gouvernement actuel, il avait flairé l’embrouille…

 

 

Cynisme et casuistique

 

Le cynisme de l’homme, posant en sauveur de la Civilisation, n’est pas une surprise, mais une norme. Après tout, cette  nouvelle guerre contre un pays arabe producteur de pétrole vient d’être lancée par un Prix Nobel de La Paix, faisant office de “président” de l’Empire. Postures clonées par tous les charlatans cathodiques, payés pour entretenir le ronronnement de la désinformation dans nos médias : experts en stratégie, politologues, spécialistes du monde arabe, géopoliticiens. Lui, nullement gêné par l’imposture, c’est en « philosophe » qu’il interpelle la planète…

 

Ethique…. Morale… Connaissance de l’Autre… Logique… Méthodologie d’analyse… Où est la « philosophie » dans sa logorrhée belliciste, du niveau de la rhétorique des animateurs médiatiques des JT, singeant leurs ancêtres des “actualités cinématographiques” qu’on peut apercevoir dans certains documentaires sur nos désastres coloniaux : expédition de Suez, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie ?… Mots, argumentations, triomphalismes, identiques, devant les indispensables exploits des glorieux militaires à la pointe du combat et de la technologie, pour écraser les ennemis de La Liberté

 

Plus préoccupant que les gesticulations de ce propagandiste, archétype de l’habitus colonial de notre caste au pouvoir, est de voir des hommes politiques, se disant hostiles aux néoconservateurs US dictant notre politique étrangère, au premier claquement de doigts prêter allégeance à l’Empire !... Dans une casuistique acrobatique, rappelant les discussions byzantines sur le sexe des anges.

 

La conscience tranquille, approuvant une "zone d’exclusion aérienne" pour protéger une résistance populaire qu’ils comparent, dans un analphabétisme géopolitique sidérant, à la Guerre civile d’Espagne de 1936. Dès lors que la décision est avalisée par l’ONU. Quand on sait les ravages que cela entraîne, liés à un embargo inhumain, pour les pays qui les subissent, comme l’Irak avant sa pulvérisation définitive…

 

« L’ONU, rien que l’ONU, toute l’ONU », comment claironner, ânonner pareille stupidité ? Me faisant penser à ces preux chevaliers s’enrôlant dans une « guerre juste », « l’âme en paix » : ils avaient reçu la bénédiction papale. Clamant, avant de charger sur leurs destriers : « Au Diable les dégâts collatéraux ! Dieu reconnaîtra les siens ! ».

 

Ont-ils oublié que l’ONU, depuis sa création, n’est que la chambre d’enregistrement des décisions, pillages et atrocités de l’Empire ?...

 

L’ONU n’a jamais été capable de protéger les populations civiles, de faire respecter les Conventions de Genève, de faire appliquer le droit international, ne serait-ce qu’au cours des atroces guerres d’indépendance coloniales : Afrique du sud de l’apartheid, Algérie, Angola, Guinée équatoriale, Indochine puis Vietnam, Kenya, Mozambique, et tant d’autres. Massacres, blocus, de Palestine et de Gaza, de Yougoslavie et d’Irak, d’Afghanistan et du Pakistan, centres de torture de Guantanamo, Abu Ghaïb, Bagram, resteront des hontes ineffaçables pour l’ONU.

 

Ont-ils oublié que de multiples pays sont pillés par les groupes miniers occidentaux avec l’aval de l’ONU légitimant partition et mise sous tutelle, du Congo (ex-Belge notamment) au Timor oriental, en passant par le Darfour et la pantalonnade de la sécession du sud-Soudan ?... L'ONU incapable de faire respecter ses propres résolutions en Palestine, incapable de faire respecter des élections libres, des gouvernements légitimes, renversés dans des coups d’Etat militaires en Amérique latine, en Algérie, au Burkina, au Togo, en Côte d’Ivoire, en Indonésie, et ailleurs…

 

Et Martin Nesirky, porte-parole du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, d’affirmer sans rire, à propos des violences en Libye :

"Tous ceux qui violent le droit international humanitaire et les droits de l'homme devront répondre de leurs actes". (5)

 

 

Vidéos & cocoricos 

 

Kadhafi ?... Avec l’usure du temps, devenu une caricature de dictateur, dérapant d’extravagances en gaspillages. En comparaison, un Franco ou un Pinochet, si longuement appréciés en Occident, paraissent austères, très BCBG …

 

Bien sûr, il a dilapidé les richesses de son pays, au lieu d’investir avec ses voisins dans le développement de la région. Inapte à promouvoir un Etat moderne, fort, indépendant, comme avait su le faire un Atatürk en Turquie sur les débris de l’empire Ottoman. Il avait été mis au pas, après des velléités d’autonomie à l’égard des occidentaux, mais la servilité affichée ne lui enlevait ni mépris raciste, ni rancune de ses maîtres.

 

Beaucoup lui en voulaient. Les Britanniques pour son soutien à la cause de l’indépendance irlandaise de l’Ulster, les Français pour avoir soutenu les diverses tentatives de libération du Tchad et autres Etats africains pourvoyeurs quasi-gratis de son uranium, les Italiens pour les avoir contraints à reconnaitre les atrocités de leur colonisation libyenne, les Israéliens pour avoir soutenu la Palestine, les USA pour avoir osé les défier et mettre les doigts dans le nucléaire.

 

Jusqu’aux Saoudiens et les pétromonarchies du Golfe, pour les avoir copieusement traités de “vendus” à l’Empire à chaque “sommet” de la Ligue Arabe, fustigeant leur lâcheté dans l’abandon des Palestiniens, 

 

En fait, il était mûr pour tomber. Comme Saddam Hussein, à la veille d’être renversé, si l’Irak avait été laissé en paix. Il n’était aucunement nécessaire de bombarder le pays, y répandre mort, souffrance, destruction, humiliation, ressentiment. Ses concitoyens, son propre clan, s’en seraient chargés, sans guerre civile.

 

Mais l’Empire, les relations internationales ne sont pas fondées sur la négociation, ni la gestion des équilibres entre Etats dans le respect d’un droit international. On cogne d’abord, on discute après, éventuellement. L’usage de la force est prioritaire. La Loi du Plus Fort et les lobbies de l’armement l’exigent. Amen.

 

Il n’existe aucun « Ordre International », l’Empire s’y opposant farouchement, imposant des règles de gouvernance à La Communauté Internationale suivant de réelles règles d’éthique, bannissant, sanctionnant :

i)  pour des dirigeants, de tirer sur leurs propres peuples
ii) pour des pays étrangers, d’intervenir militairement dans des Etats souverains qui ne se sont livrés à aucune agression militaire à l’égard d’autres nations.

 

Car, la Libye n’agresse personne, ne bombarde ni ne détruit aucun de ses voisins, n’enferme pas 1,5 million de personnes dans un blocus illégal comme à Gaza. Non. Mais, lorsque l’Empire décide de l’écrasement d’un pays, son pillage et son appropriation, il commence par diaboliser celui qui le dirige.

 

En conséquence, il ne sera pas mis "hors la loi", mais "hors de l’humanité". Transformé en monstre, si ce n’est en terroriste. C'est "l’excommunication", nouvelle formule. Légitimant ainsi toutes les violences à l’encontre de son pays, puisque nous sommes face au “Diable”…

 

Poutine n’a pas hésité à le reconnaître :

« La résolution 1973 adoptée par le Conseil de Sécurité est défectueuse et mal rédigée ; elle permet tout et rappelle l’appel médiéval à la Croisade. Car elle autorise une intervention dans un Etat souverain […] Sous prétexte de protéger des civils. Où sont logique et conscience ? Il n’y en a pas. Les évènements actuels en Libye confirment que la Russie à raison de renforcer ses capacités de défense. » (6)

 

Tout est bon, dans un terrorisme intellectuel chloroformant notre inconscient collectif : une pluie de fausses vidéos, faux blogs et bloggeurs, faux chiffres, faux témoignages, fausses joies de faux combattants. En corollaire, une inflation galopante dans le morbide, le macabre : milliers de morts, dont on ne retrouvera jamais trace, imposant l’urgence des bombardements, sinon on arriverait à des centaines de milliers. Pour peu on atteindrait les “300.000 Irakiens assassinés” faussement imputés à Saddam Hussein. Et, dans le cas de la Libye, pays de 6,5 millions d’habitants, cela ferait beaucoup…

 

La meute est, ensuite, lâchée. Plus de 350 avions et des dizaines de navires, de tout l’Occident avec sa mosaïque de nationalités. Chacun considérant le pays comme un champ de manœuvre “vivant”, réactif mais sans danger réel. Avec l’avantage pour les marchands de canon de tester les matériels, recevant l’indispensable label « Combat Proven » favorisant les ventes, et pour les commandements de coordonner leurs carnages.

 

Ne fermons pas les yeux : bombarder un pays sans défense efficace équivaut à un « carnage ». Ainsi celui commis par nos avions, à Tika notamment, sur des véhicules en retraite ne menaçant pas Benghazi. Choquant même les correspondants de presse étrangers, parlant de la "férocité" des français. (7)

 

Mais Cocorico !  La France se veut “en pointe”, avant de passer le relais à l’OTAN :

 

« La France en pointe de l'opération. "Il est clair que la France assure le leadership de l'action militaire dans l'espace aérien libyen", a reconnu le premier ministre belge Yves Leterme. En effet, Paris a été à l'origine de la mobilisation diplomatique, et c'est le président français qui a annoncé seul le lancement de l'opération militaire, samedi. » (8)

 

Il est vrai que cette opération devenait urgente, plus qu’urgente, pour les pays occidentaux. Quatre objectifs immédiats :

 

i) Faire oublier la contre-révolution en marche, non seulement en Tunisie et en Egypte, mais surtout dans la péninsule arabique réservoir de pétrole de l’Occident, les atrocités de l’oppression : Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Oman, Yémen, sans oublier le Qatar et la Jordanie.

 

Notons par exemple, le silence total de nos médias et de l’ONU sur la terrible répression du dictateur de Bahreïn, Al Khalifa, soutenue, encouragée par l’Empire. Où, l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis viennent d’envoyer plus de 1000 hommes de troupes, chars  et hélicoptères de combat, pour mater une révolution aussi pacifique que l’étaient celles des Tunisiens et des Egyptiens. Noyée dans le sang.

 

Rappelons que Bahreïn, depuis des décennies, est un pays où la population vit dans la terreur et l’atrocité des tortures. S’y est illustré pendant 25 ans, le sadique Ian Henderson, écossais connu pour avoir forgé ses techniques de torture lors des guerres d’indépendance au Soudan et au Kenya. Les horreurs commises par le colonisateur lors de la lutte pour l’indépendance du Kenya, contemporaines de celle de l’Algérie, sont parmi les plus terribles qu’aura connues l’Humanité.

 

A Bahreïn, Ian Henderson a fondé la State Intelligence Security (SIS), équivalente de la SAVAK en Iran sous le règne du protégé de l’Occident, le Shah, à la même période. Avec une équipe de spécialistes en tortures britanniques, dont le général Jim Bell qui avait gagné ses galons dans cette discipline contre les indépendantistes de Birmanie et d’Irlande du nord. En comparaison, un Klaus Barbie ferait figure d’amateur dans la sauvagerie des tortures qu’ils ont fait subir aux Bahreïnis et que perpétue l’appareil répressif qu’ils ont mis en place. (9)

 

ii) Faire oublier aux opinions publiques les implacables politiques antisociales mises en œuvre par les Etats occidentaux, en Amérique du nord comme en Europe. La volonté des populations de “défendre la justice et le droit” dans les rues inquiète les gouvernements. La révolte gronde contre les gaspillages de la ploutocratie dans des budgets militaires et sécuritaires sans limites, au détriment de la création d’emplois et de la redistribution de la richesse nationale.

 

Ainsi à Londres, le samedi 26 mars 2011, ce sont plus de 500.000 personnes qui ont manifesté. (10) Les USA n’y échappent pas. Dans l’Etat du Wisconsin les manifestants, jusqu’à 100.000 dans les rues, crient « Mort aux tyrans ! » à l’encontre de leur gouverneur du parti républicain Scott Walker, dans leur colère contre l’injustice sociale…

 

iii) Faire oublier le pillage des richesses pétrolières de la Libye. Une guerre civile, un état d’anarchie, sont les occasions rêvées pour pomper pétrole, gaz et autres richesses minières. Autant qu’on veut et sans payer !... Si ce n’est d’accorder des miettes aux chefs de guerres et potentats locaux. De quoi entretenir l’anarchie en les opposant les uns aux autres. Un des pires exemples, dans ce genre de spoliation, est la RDC (ex-Zaïre) et ses immenses ressources.

 

Avec un double avantage pour la nomenklatura occidentale : un enrichissement personnel, sous prétexte de "remplissage des caisses électorales", via les paradis fiscaux pour les promoteurs et les organisateurs de cette dévastation, et la fermeture de l’accès des Chinois au marché du brut Libyen, un des meilleurs du monde par sa qualité…

 

iv) Faire oublier le soutien aux dictatures des Ben Ali et Moubarak, le manque de réactivité face aux revendications démocratiques des peuples de Tunisie et d’Egypte. D’une façon générale, faire oublier le soutien passé, présent et à venir, aux dictatures ou autocraties inféodées à l’Empire et au service de ses seuls intérêts.

 

 

Intox & CyberWar 

 

Le camouflage des guerres coloniales en sauvetage humanitaire exige un appareil de propagande hautement réactif et performant. D’où l’importance des budgets généreusement accordés à la propagande de l’Empire. L’armée américaine, à elle seule, consacre chaque année un minimum d’US $ 200 millions aux opérations de désinformation sur internet, blogs et réseaux sociaux. (11)

 

Cette action d’infiltration et de noyautage, considérée comme prioritaire, est gérée 24h/24h à partir de la base aérienne de MacDill, près de Tampa en Floride, siège des opérations psychologiques et de propagande (US Special Operations Command) de l’appareil militaire américain. Avec, en complément, huit autres “serveurs virtuellement privés” (virtual private server), répartis dans le monde. Dans toutes les langues, tout particulièrement en Arabe, Farsi (Iran - Pakistan), Ourdou et Pashtoun (Pakistan - Afghanistan). (12)

 

Assisté de logiciels spécialisés, un même opérateur peut emprunter simultanément 10 identités ou “personnalités” différentes, avec des IP distincts, utilisant tous les vecteurs internet, dans le jargon : blogposts, tweets, retweets, chatroom posts, etc. Indétectables, simulant leur présence dans le pays cible pour communiquer de fausses informations, vidéos truquées, fausses photos prises soi-disant à partir de téléphones portables, et autres astuces. (13)

 

Ces techniques de faux bloggeurs, appelées « sock puppets » (marionnettes de chaussette), déjà connues et pratiquées, deviennent de plus en plus sophistiquées dans la crédibilité. En mai 2010, s’était tenue une conférence réunissant les experts les plus pointus en la matière, avec un titre révélateur : InfoWar (14). Des pays, comme Cuba, l’Iran, la Chine, le Venezuela, sont soumis en permanence à cette pression, manipulation et subversion. (15)

 

Sont ainsi fabriqués des “héros de la dissidence” sur des blogs ou Facebook, à partir de la Floride… Parfois, il arrive que des journalistes (du moins, les rares en mesure d’effectuer un travail sérieux…) insistant pour les rencontrer, on soit obligé de les faire “disparaître” comme les héros de séries TV en fin de contrat au cours du tournage : prétendument abattus ou jetés dans les oubliettes. Par le régime à diaboliser, évidemment.

 

Après la Libye, à qui le tour ?...

 

La procédure inquisitoriale, l’excommunication, sont lancées : la Syrie !  La "fatwa" a été officiellement émise par The Jerusalem Post, le 23 mars 2011 :

For all his faults, Assad is the devil we know”

 

Le grand mot est lâché : “Devil”, le Démon, le Diable !... (16)

 

Pays de 25 millions d’habitants, non pétrolier, qui ne menace personne, mais accueille des milliers de réfugiés, Palestiniens puis Irakiens, chassés par la violence occidentale dans leurs pays. Se débattant dans une des pires sècheresses depuis des années, sous embargo non justifié, il a effectivement le tort de ne pas accepter La Loi du Plus Fort et de défendre sa souveraineté face à l’Empire.

 

Alors son dirigeant, Bachar Al Assad, certainement, le plus sérieux, honnête et courageux de la région, en comparaison des despotes moyenâgeux des pétromonarchies et de la Jordanie qui l'entourent, est en cours de diabolisation. D’ici peu, parions-le, nous allons apprendre que ce chef d’Etat, ophtalmologue de formation ainsi que son épouse, a ordonné d’étrangler les bébés de ses opposants dans leurs couveuses…

 

Pendant ce temps, les "manifestants" crient dans les rues des slogans surprenants par rapport à la situation économique et sociale que traverse le pays :

" No Iran. No Hizbullah. We want a Muslim who believe in God ! ".

 Traduction :

"Non à l'Iran. Non au Hezbollah. Nous voulons un Musulman qui croit en Dieu !"

Oui, parce qu'Assad appartient à la minorité religieuse Alaouite, une des multiples branches du Shiisme. Alors, créer des conflits religieux par-dessus le marché... (17)

 

Dans les médias et les couloirs du Congrès des USA, on présente déjà le successeur d’Al-Assad : Ammar Abdulhamid. Présenté comme un porte-parole de la « révolution syrienne », un héros, par The Washington Times du 29 mars 2011, par exemple. C’est le Chalabi syrien, play-boy au catogan, soutenu avec des moyens financiers considérables par tous les « ziocons » (lui-même membre du Brookings Institute) auxquels il a fourni tous les gages de servilité.

 

Résident et citoyen américain, se déclarant entre autres « haut et fort » athée, après avoir écrit un pamphlet contre l’Islam (Menstruation : A Novel) qu’il décrit comme un instrument d’oppression morale et sexuelle en Syrie. Bien sûr, ouvrage primé…

 

Leur marionnette en poche, prétextant l’exemple Libyen, les extrémistes du Congrès notamment au Sénat, faux-nez des lobbies bellicistes et sionistes, ne cachent même pas leur jeu. Ainsi :

=> John McCain, dans l’émission CNN “State of the Union” :  

“This is an opportunity to get rid of an enemy of America. And this administration is playing a repeat of their inaction on Iran in 2009”

ou encore,
=> Joe Lieberman, dans l’émission "Fox News Sunday" :  

“There is a precedent now. … We’re not going to allow Assad to slaughter his own people.” (18)

 

Mais, soyons rassurés, l'ONU veille !...

 

Tournant le dos, pour mieux se concentrer, aux bombardements quotidiens de Gaza, aux orages permanents de drones tombant sur les villages des vallées d'Afghanistan et du Pakistan, Navi Pilla, Haut Commissaire aux Droits de l'Homme (UN High Commissioner for Human Rights) a exigé des autorités Syriennes d'enquêter sur la répression et de "mettre un terme à l'usage excessif de la force" ... (19)

 

 

 

 


 

 

 

 

(1)  General David H. Petraeus onThe Posture of U.S. Central Command - Senate Armed Services Committee, March 16 – 2010, p. 7, http://www.centcom.mil/en/about-centcom/posture-statement 

(2)  Georges Kazola, Imperial Hypocrisy – The Libyan Crusade, CounterPunch, 22 mars 2011, http://www.counterpunch.org/kazolias03222011.html

(3)  Pepe Escobar, Endgame : Divide, rule and get the oil, Asia Times, 25 mars 2011, http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MC25Ak01.html

(4)  Exemple : Canal +, Edition spéciale, 18 mars 2011

(6)  In Gaddafi triggers Kremlin rift, by M K Bhadrakumar, 23 Mars, 2011, http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/MC23Ag02.html 

(7)  L'intervention française en Libye qualifiée de "jeu de massacre" - Accusés d'un "carnage", dimanche matin à Tika, les militaires français démentent s'être trouvés sur la zone, Le Point.fr - Publié le 21/03/2011 à 13:41, http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/jean-guisnel/l-intervention-francaise-en-libye-qualifiee-de-jeu-de-massacre-21-03-2011-1309359_53.php

(8) http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/03/19/qui-participera-aux-operations-militaires-en-libye_1495866_3212.html

(9)  Jean-Pierre Perrin, Ian Henderson, un Britannique de l'ombre au service du Bahreïn - Depuis 30 ans, il dirige d'une main de fer les services secrets de l'émirat, Le Monde, 31 mai 1995, http://www.liberation.fr/monde/0101141069-ian-henderson-un-britannique-de-l-ombre-au-service-du-bahrein-depuis-30-ans-il-dirige-d-une-main-de-fer-les-services-secrets-de-l-emirat

(10)  Voir les photos de cette impressionnante manifestation publiées dans The Guardian du 26 mars 2011 : http://www.guardian.co.uk/world/gallery/2011/mar/26/thousands-march-against-cuts-in-pictures?picture=373067834#/?picture=373059557&index=0

(11)  Statement Of General James N. Mattis - U.S. Marine Corps Commander - U.S. Central Command - Before The Senate Armed Services Committee On The Posture Of U.S. Central Command, 1 Mars 2011, pp. 39 - 40, http://armed-services.senate.gov/statemnt/2011/03%20March/Mattis%2003-01-11.pdf

(12)  Nick Fielding & Ian Cobain, Revealed : US Spy operation that manipulates social media – Exclusive : Military’s “sock puppet” software creates fake online identities to spread pro-American propaganda, The Guardian, 17 mars 2011, http://www.guardian.co.uk/technology/2011/mar/17/us-spy-operation-social-networks

(13)  Ces photos truquées sont repérables, si on prête attention au fait que les visages ne sont pas montrés (prises de loin, de dos ou avec des lunettes noires pour en brouiller l’authentification), car elles sont souvent reconstituées, après avoir été prises en studio avec des acteurs et figurants …

(14)  Voir le programme de ce colloque : InfoWarCon, 20 mai 2010, http://www.crows.org/the-io-institute/infowarcon-2010-agenda.html
(15)  Deisy Francis Medidor, Marina Menendez et Jean-Guy Allard, Cuba : Opération Surf, 20 mars 2011, http://www.legrandsoir.info/Operation-Surf.html
(16)  Yaakov Katz, For all his faults, Assad is the devil we know, The Jerusalem Post, 23 mars 2011, http://www.jpost.com/MiddleEast/Article.aspx?id=213368

(17) http://www.joshualandis.com/blog/?p=8692

(18) A titre d'actualisation et de complément d'information pour faciliter la compréhension du "contexte Syrien", ce paragraphe ainsi que les deux précédents sont une reprise d'une partie de mon commentaire n° 8, en date du 30 mars 2011.

 

 
 
Caricature de l’artiste du Honduras Allan Macdonald

 


 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:17

 

 

Beaucoup de nos amis de Tunisie, du Maghreb et d'ailleurs ont été profondément choqués de l'attitude du nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon. Certains me l'ont écrit.

 

Je les comprends et j'en ai honte.

 

Cet incroyable numéro de goujaterie, qui grâce à Internet s'est diffusé dans le monde entier, est sidérant.

 

Les radios et TV de la propagande du gouvernement français (cf. Antenne 2, le journal de 13h présenté par Laurent Delahousse du dimanche 20 février), se sont rapidement mis en oeuvre pour gommer l'évènement en présentant ce voyou comme étant :

"... la nouvelle génération des ambassadeurs de France au parler franc et direct "...

 

Car, nous sommes face à un authentique voyou. (*)

 

 

. 
Déplorable illustration de ce que j'ai dénoncé à plusieurs reprises dans ce blog, du "délabrement complet" de la diplomatie française...

 

Cet "ambassadeur" est l'archétype du jeune freluquet, aussi arrogant que stupide. Son attitude relève du comportement du colon raciste, inculte quant aux règles élémentaires non seulement de la courtoisie, mais encore plus important, de l'hospitalité quand on est "reçu" dans un pays "hôte"...

 

Ce comportement de "racaille" n'est que l'écho de la "voix de son maître"...

 

Echo d'une diplomatie en ruines. Qui ne sait même plus, comme le rappellent les Tunisiens eux mêmes, qu'un ambassadeur, avant d'ouvrir "le bec", doit être "agréé" par le pays, reçu par le chef de l'Etat pour présenter ses "lettres de créances". Et, non pas envoyé comme un "préfet" dans un "département" ou une colonie... (**)

 

Mais, les désastres diplomatiques français ne se comptent plus. Qu'on se souvienne avec la Chine au moment des Jeux Olympîques, ou récemment avec le Mexique...

 

Ignorance, bêtise, inculture, arrogance : tout y est.

 

La France décadente sombre, pire que dans l'indignité : dans le "ridicule" !...

 

 

 

 

 

 

 

 

(*)  Estampillé par l'appareil de désinformation médiatique : "... parle l'arabe couramment". Comme pour légitimer les dérapages du personnage...

Parmi les racistes les plus fanatiques, anti-arabes et islamophobes, que je connaisse, tant francophones qu'anglophones, figurent des "spécialistes de l'Afrique du nord et du Moyen-Orient", parlant couramment l'arabe. Certains viscéralement nostalgiques de "l'Algérie française" ou de "l'Egypte britannique"...

La figure tutélaire de ce type d'orientalistes est le célèbre agent secret britannique Laurence d'Arabie (de son vrai nom : Thomas Edward Lawrence), maîtrisant l'arabe, le turc et plusieurs dialectes bédouins. Qui fut un des principaux organisateurs et meneurs de la "révolte arabe" contre l'Empire Ottoman, lors de la première guerre mondiale. Le but étant de créer des monarchies de marionnettes pour les inféoder à l'Empire britannique, afin de s'emparer de leurs richesses pétrolières et gazières.

Au-delà du cliché romantique de la propagande de son pays, imbu de la "supériorité de sa race", fervent admirateur des Croisades, il n'était qu'un idéologue forcené de l'impérialisme britannique. Et, malgré sa foncière francophobie, du colonialisme occidental.

Lire sa biographie, la moins "fantasmée", par Lawrence James : The Golden Warrior - The Life and Legend of Lawrence of Arabia, Abacus, Londres, édition 2005, 523 pages. 

(**) Cf. mon commentaire, en réponse à mon ami Chahid, n° 13.

 

 

 


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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 20:44

 

 

« Chaque matin, pour gagner mon pain, je vais au marché où l’on vend des mensonges et plein d’espoir, je me range du côté des marchands… »

Jean-Luc Godard (1)

 

 

 

 

Et, le Soleil se leva !...

 

Cette image du splendide poème chanté par l’artiste québécois Richard Desjardins ne me quittait pas face à la joie du peuple Egyptien, à l’annonce de la démission du tyran qui l’opprimait dans la sauvagerie et la honte depuis plus de trente ans.

 

Dans sa chanson, Richard dénonce l’Empire qui surgit pour asservir un peuple. Avant de le spolier, le violenter, sous la menace, le chef de la soldatesque demande dans un mégaphone : « Qui est le chef ? Et, qu’il se lève ! »…

 

« Et, le Soleil se leva !… ».

 

Magnifique métaphore, pleine vérité. Le Temps, l’Histoire, triomphent toujours de la violence, de l’arrogance de ceux qui pensent que l’esclavage des peuples et nations est le privilège éternel du plus Fort.

 

Egyptian-Revolution-3.jpg

 

L’aveu

 

Obama ne m'a jamais paru aussi pathétique que dans sa déclaration, prenant acte du renversement de son protégé. Je le regardais en direct sur une TV : visage fermé, élocution crispée, une tête d’enterrement ! En complet déphasage avec les propos qui se voulaient empreints de sympathie à l’égard de la nation Egyptienne rassemblée dans une immense allégresse. Les déclarations des pantins-vassaux européens, qui suivirent, ne valaient guère mieux.

 

Dans ce non-dit, lugubre, du président des USA : l’aveu…

 

D’une immense défaite pour  l’Empire.

 

D’abord psychologique. Remettant en cause son emprise sur la région, fissurant toutes les dictatures installées par ses soins et ses armes. Jusqu’au bout, les USA, Israël, l’Europe, les occidentaux, ont essayé de sauver le dictateur, leur créature depuis des décennies. Souhaitant écraser la Révolution, ils voulaient faire tirer sur la foule, comme ils l’ont fait dans de multiples pays pour sauver les dictatures à leurs ordres.

 

Installant pour cela, en tant que vice-président, le tortionnaire de son régime sanguinaire, surnommé « Sheikh Al-Torture »… Un tueur sans état d’âme, réputé pour son “raffinement”. Se livrant, entre autres pratiques suaves pour terroriser davantage ses victimes lors d’interrogatoire qu’il lui arrivait de superviser personnellement, à l’exécution d’un détenu au préalable réduit en loque, par un coup de karaté …

 

Tirer sur la foule. Comme à Bangkok, il n’y a pas si longtemps. Comme ils l’avaient fait lors de la révolte des Mexicains rassemblés pacifiquement, en famille, sur la grande place de Tlatelolco. Des centaines de morts, disparus, suite à la fusillade de l’armée mexicaine, la nuit du 2 octobre 1968. (2)

 

En Egypte, les occidentaux avaient à leurs bottes tout l’appareil répressif, police et services secrets, la garde présidentielle, et l’armée de l’air. Ils n’ont pas réussi à faire adhérer l’armée de terre, à part quelques généraux, à leur projet. C’est ce qui a fait basculer la décision. Gênés aussi, les temps changent, que le reste de la planète les observe “à la fenêtre”, regardant jusqu’où leur cynisme allait les mener, grâce aux liaisons Internet difficile à censurer.

 

Egyptian-Revolution-2.jpg

 

 Le déni

 

Bien sûr, perdre une bataille n’est pas perdre la guerre se disent les stratèges de l’Empire. Ils vont tout faire pour mettre en pratique ce qu’ils savent si bien faire, et qu’ils sont en train de programmer en Tunisie. Trois objectifs immédiats : 

 

i) Conserver la politique étrangère et la défense nationale

 

Bloquer par tous les moyens une évolution politique similaire à celle de la Turquie, qui a réussi à conforter son régime parlementaire après avoir remis les militaires à leur juste place : celle des casernes. Leur rôle n’étant pas de gouverner. Car, ce n’est pas l’exemple Iranien qui leur fait peur, mais l’exemple Turc.

 

La Turquie, pays de 75 millions d’habitants en pleine croissance économique, s’émancipe de plus en plus. Faisant entendre sa voix et ses désaccords. Erdogan est le seul chef d’Etat à avoir, au sommet de Davos de 2009, dit publiquement ses quatre vérités à Simon Peres sur les crimes commis en Palestine…

 

On a vu aussi le courage des Turcs, lors du massacre de la Flottille de la Liberté apportant une aide humanitaire à la population de Gaza. Ils viennent de sortir un film sur ce crime contre l’humanité et acte de piraterie, non condamnés par l’ONU, qui connaît un succès international : Valley of the Wolves Palestine.

 

Une suite au célèbre film donnant lieu a une série TV, La Vallée des Loups en français, sur le comportement de la soldatesque occidentale en Irak avec, notamment, la condamnation d’une de leurs pratiques favorites le massacre des populations lors des mariages…

 

Films et séries, évidemment, censurés en Occident et dans les dictatures à son service.

 

Le dynamisme de leur industrie cinématographique produisant Films et séries TV à gros budgets, dont l’engouement dans les pays arabes et ailleurs est colossal, inquiète beaucoup les spécialistes de la désinformation. Il est le signe de l’indépendance ultime : celui de la réappropriation de sa Culture et de son Histoire. Allant à l’encontre des schémas de propagande et d’autosatisfaction de l’Empire.

 

Si cette attitude à la “de Gaulle” se généralisait au Moyen-Orient, cela va faire subitement beaucoup « d’indépendances » à gérer. Et, sombre perspective, annonciateur de la fin des multiples bases et centres de tortures occidentaux dans la région, couvrant les pillages…

 

Il est, en conséquence, vital, prioritaire, pour l’Empire de conserver à son seul usage les privilèges d’une authentique souveraineté de l’Egypte : la politique étrangère et les forces armées. Pour cela, truquer les élections en éliminant tous ceux qui ne voudraient pas souscrire à ses directives, prétendant affirmer une volonté d’autodétermination en politique étrangère et défense nationale.

 

Pour ce qui est de la prétendue aide et assistance militaire, d’environ 1,5 milliard de dollars chaque année (l’aide civile n’est que de 250 millions de dollars…), rappelons qu’elle retourne à son point de départ puisque les achats d’armes bénéficient aux industries de l’armement US. De plus, dans du matériel dépassé, obsolète, ou “bridé”, et largement tourné vers la répression, les performances du matériel livré, tant des forces terrestres qu’aériennes, étant contrôlées par Israël.

 

 

ii) Conserver la mainmise sur l’économie égyptienne

 

Le contrôle l’appropriation du système économique est un gage de servitude. L’Egypte la subit déjà. Elle va être renforcée : système bancaire et financier, services publics rentes de situation type télécoms, eau, transport, etc., investissements et industries de sous-traitance, avec interdiction d’accès aux hautes technologies dans tous les domaines, étant les principales orientations fixées.

 

Comme en Afrique du sud, où la chute de l’apartheid a permis la création d’une petite bourgeoisie, hormis les dignitaires politiques rapidement corrompus. Mais, le peuple Sud-Africain dans son immense majorité vivant dans la misère, encore spolié des gigantesques richesses minières du pays. Restant toujours la propriété des occidentaux, essentiellement par l’intermédiaire de groupes miniers canadiens ou australiens.

 

 

iii) Empêcher toute “épuration”

 

Ne pas toucher à l’infrastructure de l’appareil répressif. Eviter toute “vague” qui étalerait bien des secrets d’Etat. Imposer une "commission de réconciliation", comme les occidentaux l’ont imposée en Afrique du sud. Pour étouffer toute épuration, procès publics, nationalisations des biens spoliés, et condamnations de tous les tortionnaires, profiteurs, indics et "collabos" de la dictature.

 

L’essentiel, dans ce type d’opération, de mascarade, n’étant pas la réconciliation nationale mais avant tout bloquer toute fuite démontrant l’implication des occidentaux dans la répression, son organisation, sa mise en place de moyens, ses conseils techniques et l’apport de ses spécialistes es-tortures.

 

Egyptian-Revolution-4.jpg

 

Tartuferie et Torture

 

Evidence : aucune remise en cause de la politique de l’Occident. Les médias de l’Empire, très réactifs à la suite du discours d’Obama, déballaient sans transition leur nouvel arsenal de propagande. Chantant les louanges d’Obama et de l’Occident des Lumières, qui grâce à leur patiente sollicitude avaient conduit les pays arabes à l’âge adulte, parvenant enfin à se libérer des dictateurs, et de leurs régimes corrompus, qu’ils s’étaient choisis…

 

Cynisme sans borne.

 

J’entendais sur une chaîne de TV un "politologue-spécialiste du monde arabe” dire que cela allait faire tâche d’huile et s’étendre en Chine !... Apparemment, ce distingué "expert-du-monde-arabe", emporté dans sa fulgurante analyse se retrouvait en Asie, par vol sans escale, après avoir survolé la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Yémen, les monarchies pétrolières d’opérette, les yeux fermés !... (3) Tout juste s’il n’allait pas se retrouver au Venezuela ou, encore, à Cuba.

 

On a beau se vouloir adepte du pacifisme et de la non-violence, sincèrement : il y a des paires de claques qui se perdent. Alors que l’écroulement de l’idéologie du Choc des Civilisations devrait emmener, immédiatement, les pays occidentaux à une profonde remise en cause de leur vision, de leur politique étrangère... C’est l’aveuglement impérial qui poursuit sa course, dans le mur. Cet obscurantisme, ce fanatisme, qui nous déconsidèrent aux yeux du reste de la planète.

 

Se posent en effet trois exigences, que notre tartuferie n’est plus en mesure de contourner :

 

1. Arrêter l’instrumentalisation des Droits de l’Homme et de La Dignité Humaine servant à couvrir nos crimes et complicités, mais en réaffirmer, en renforcer les obligations :

=>  Condamner la torture. Mettre au ban des nations, les régimes et les personnes qui l’organisent, la pratiquent. Les traduire devant le Tribunal International de la Haye pour crimes contre l'Humanité. Qui sont, rappelons-le, imprescriptibles !

=>  Condamner la pratique de l’internement de toute personne sans procès. Ce sont des milliers de personnes qui croupissent dans les geôles des dictatures, et entreprises coloniales occidentales de la Palestine à l’Afghanistan.

=>  Condamner l’enlèvement de tout national, quel qu’en soit le prétexte, jugé par des tribunaux qui ne sont pas de son pays pour des crimes réels ou supposés commis sur le territoire de sa nationalité. Guantanamo étant l’archétype de l’abjection pour l’Occident, quant à cette pratique banalisée.

=>  Interdire  l’internement des enfants dans la stricte application de La protection des Enfants imposée par la charte de l’ONU. On parle des "enfants soldats", mais jamais des "enfants emprisonnés" pour fait de Résistance, aux dictatures, aux aventures coloniales, en Palestine, en Irak, en Afghanistan. Des milliers.

 

2. Condamner le racisme anti-arabe et l’islamophobie qui sont des instruments de propagande dans les pays occidentaux. Encouragés, bénéficiant de tous les moyens, dans tous nos médias, dans l’impunité absolue. Avec pour effet d’endoctriner les opinions publiques afin de camoufler nos soutiens aux dictatures et les pillages auxquels nous nous livrons dans leurs pays.

 

3. Revoir nos principes et actions diplomatiques qui soutiennent les régimes sanguinaires opprimant les populations civiles, sur tous les continents, dans des élections truquées dont toute opposition est bannie, si ce n’est sous forme de simulacre.

 

Mesures, principes et dispositions ne sont que chiffons de papier si nos propres dirigeants, responsables, politiques, économiques, n’ont aucune éthique.

 

Voir nos dirigeants, tous partis confondus, se rendre en vacances dans des dictatures, à l’invitation des tyrans pour être logés dans des palaces, en caravane, avec épouses, concubines et courtisans est, non seulement, une honte, mais encore, un crime, du moins une complicité de crime. Se piquant de philosophie, de culture, d’art, de méditation, devant des monuments antiques, sachant qu’hommes, femmes, enfants, sont torturés, internés arbitrairement, pour s’être révoltés contre l’injustice dans le pays hôte.

 

Car, comme je ne manque pas de le répéter, à ce niveau de responsabilité :

i) Soit, on ne le sait pas et c’est inadmissible, toutes les informations étant disponibles par de multiples canaux officiels et officieux. En ce cas là : on est un nul, un incompétent, dans l’exercice de ses fonctions.

ii) Soit, on le sait et on fait semblant de ne pas le savoir et, en ce cas, on est aussi abject que les dictateurs sanguinaires qu’on cautionne.

 

Face à cette répugnante tartuferie, les Peuples de Tunisie, d’Egypte, viennent de nous donner une leçon de courage et d’éthique. Souhaitons qu’ils connaissent enfin la paix, la prospérité, l’épanouissement qu’ils méritent. Partageons leur joie.

 

Pour avoir évoqué la longe lutte du Peuple de l’Afrique du sud pour sa libération de l’apartheid, lutte se poursuivant plus souterraine pour la réappropriation de ses richesses nationales, je leur dédie l’émouvante chanson de Johnny Clegg, Asimbonanga. Dans cette chanson,  il célèbre cette lutte universelle, la mémoire des principaux résistantes et résistants assassinés, souvent sous la torture : Steve Beko, Victoria Mxenge, Neil Aggett…

 

A la mémoire de Mohamed Bouazizi, de tous les Tunisiens, de tous les Egyptiens, et tous ces combattants de la liberté de par le monde, assassinés, torturés, humiliés, par les dictatures et les colonisateurs, avec la complicité de La Communauté Internationale.

 

Johnny Clegg  chantant en zoulou:

 

Asimbonang 'umfowethu thina

Laph'ekhona,
Laph'wafela khona

 

Notre frère n’est plus là
Là où il vivait

Là où il est mort…

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

(1) Phrase dite, dans son film Le Mépris, par Fritz Lang.

(2) Lire le poignant ouvrage, compilations de témoignages sur ce massacre : La Noche de Tlatelolco d’Elena Poniatowska, Ediciones Era, México D.F, 1971 (réédition 2001).

Notons que son livre extraordinaire d’émotion et de vérité historique, à ma connaissance, n’a pas encore été traduit en français.

Le niveau de carnage et de sauvagerie avait révolté la conscience du chef de la CIA au Mexique, Philip Agee. Pourtant, pas le genre « tendre ». A tel point qu’il s’est réfugié à Cuba et à passé le reste de sa vie à dénoncer les agissements assassins de l’Empire, malgré les menaces de mort pour lui et sa famille.

(3) Perles vues et entendues, entre autres, sur la chaîne française « i-télé »…

 

 


 

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 21:13

 

 

« Ils ont les montres, nous avons le Temps. »

Devise de la Résistance Afghane

 

 

 

 

 

L’Inquisition au XXI° siècle

 

« Il fallait bien empêcher les barbus d’arriver au pouvoir. La “realpoltik”, que voulez-vous… » 

 

Je regardais François Baroin à la TV, ministre du Budget et porte-parole du gouvernement français. Déversant, à propos de la Tunisie et des Droits de l’Homme, sa brouette de clichés comme autant de galets polis par l’usure du temps, justifiant le soutien inconditionnel de la France, et des pays occidentaux, à ce qui était une des dictatures parmi les plus féroces et corrompues de la planète.

“Homme politique” de l’année paraît-il, dans je ne sais plus quel magazine “pipole” ou “pipelette”. Bernadette Chirac, présente à l’émission, lui voit même un destin de président de la république. Oui, bien sous tous rapports, très représentatif de la caste au pouvoir. Parfaitement à l’aise, sous couvert du réalisme politique, admettant l’ignoble, l’abjection : l’arbitraire, la torture, la négation de la dignité humaine…

 

Pathétique contraste entre cet homme bien repassé, brushing savamment architecturé, propre sur lui, style Harry Potter, pour reprendre les termes de l’animateur de cette émission de divertissement, et la photo d’une des victimes de la dictature que j’avais sous les yeux, Adem Boukadida, sortant du terrible centre de tortures de Mornghouia, dans la banlieue de Tunis. (1)

 

Hébété, tétanisé encore, par l’horreur vécue. Marchant, respirant difficilement. Il a eu les jambes brisées, le sternum défoncé, les mains écrasées, entre autres violences et tortures subies. Il ne peut plus écrire. Il a 30 ans.

 

Il vivait avec une distribution de pain, 2 fois par jour dans une cellule où étaient entassées 60 personnes. Comme toilettes : un trou au milieu du local. Du fait de ses jambes brisées, il ne pouvait pas s’accroupir et demandait, en vain, qu’on soigne ses blessures et qu’on lui accorde des toilettes décentes.

 

Le sadisme, l’humiliation, dans leur rayonnement mortifère.

 

Bouazizi-Tombstone-Tunisia-Jan-2011.jpg

Hommage à Mohamed Bouazizi

 

Son crime ?...

 

Il avait fait des études à l’université d’Al-Azhar au Caire. Un homme tranquille, croyant et pratiquant, ne militant dans aucun parti, ni mouvement. N’ayant pas trouvé d’emploi malgré ses diplômes, il tenait une modeste boutique de tissus. Partageant son temps entre sa famille, son commerce et la mosquée pour y prier. Pour le régime, c’était un  faisceau de preuves suffisant pour cataloguer Adem Boukadida comme “terroriste islamiste”. Si ce n’était de fait, dans tous les cas : en puissance.

 

Il faut “faire du chiffre” et montrer aux occidentaux qu’on est superactif, hyperactif, proactif, dans “la chasse aux barbus”, pour justifier son label de « rempart démocratique contre l’islamisme ». Ouvrant le boulevard aux adulations des nomenklaturas de l’Empire et de ses vassaux, pour service rendu à la Civilisation. Et, en retour, un soutien inconditionnel à tous les agissements tyranniques.

 

Arrêté au mois de novembre dernier, le jour même de la grande fête religieuse musulmane de l’Aïd el Kébir, Il a donc subi la torture pour lui faire avouer ses crimes. Non seulement on lui cassait les os mais, pour le relaxer probablement, il avait droit à de longues séances de « waterboarding », ou supplice de la baignoire comme l’appelaient hygiéniquement les spécialistes es-tortures de la Gestapo, reprenant un grand classique de l’Inquisition.

 

Comme il n’en avait pas commis, qu’il n’y avait aucun commencement de preuve, ses tortionnaires s’acharnaient à lui faire reconnaître qu’il en avait “l’intention”. Jusqu’à lui briser les mains, se saisir de son pouce de force, pour lui faire signer un acte d’aveux qu’il n’a jamais prononcés.

 

Car le “crime d’intention” est la norme de tout régime de terreur, et donc de la soi-disant lutte anti-islamiste imposée par les occidentaux dans les pays musulmans. Le “délit de piété” étant assimilé, au nom de la laïcité démocratisante, à “l’intention terroriste”, à la tentative de subversion. Pire ! Au “blasphème” à l’égard de l’Occident, et de ses fondés de pouvoir : les dictatures imposées.

 

Justifiant, ainsi, la bénédiction de tous les arbitraires. Le vocable d’islamiste servant de fourre-tout dans lequel sont jetés tous opposants, ou suspects d’opposition. Car, si vous êtes un opposant à une dictature installée par l’Occident dans un pays musulman vous ne pouvez être qu’un islamiste. Et un islamiste, dans une logique imparable, ne peut être qu’un terroriste.

 

L’équivalent de la chasse aux hérétiques, ou aux sorcières, de l’Inquisition. Paradoxe, au XXI° siècle : si vous êtes “pieux”, vous êtes un “hérétique” par rapport aux canons de la modernité. Nous voilà revenus au Moyen-Age, dans la chasse paranoïaque à l’Hérésie ! La Grande Régression, ce naufrage de la Civilisation des Lumières si bien analysé, décortiqué, par Jacques Généreux dans son livre sur cette pathologie. (2)

 

Jusqu’aux derniers jours, raconte Adem Boukadida, malgré bruits des fusillades et odeurs de lacrymogène franchissant l’enceinte de ce centre de torture, pour bien faire comprendre que les dictateurs passent mais que les tortionnaires restent, tous les “terroristes”, en herbe ou en barbe, étaient réunis dans la cour, dans un rituel quotidien, pour être battus à coups de matraques et de nerfs de bœuf.

 

L’Inquisition, dans l’arrogance de son impunité.

 

 

Barbe à longueur de poil variable  

 

A ce jour, beaucoup des victimes de l’arbitraire et du sadisme, en Tunisie, n’ont pas encore été libérées de ces goulags. Et, sont loin d’en sortir. Les hommes du régime, qui savaient, qui ont cautionné, soutenu ces horreurs, ces crimes contre l’humanité, ne veulent pas que cela se diffuse trop. Les protecteurs occidentaux du régime, prescripteurs et complices de ces crimes, n’y tiennent pas non plus. (3)

 

Ces innocents seront relâchés au compte-gouttes, en catimini. Comme 90 % des détenus de Guantanamo, et autres centres de tortures de l’Empire et de la Coalition, sauvagement torturés pour être finalement relâchés faute de preuves. Souvent restitués à leurs pays d’origine et sommés de se taire. S’ils ne meurent pas avant, sous la torture ou dans une exécution sommaire. Pas de vagues !...

 

Certains meurent après leur libération. Réduits à l’état de loque humaine. Comme Zouheir Yahaoui, autre héros de la Révolution Tunisienne, jeune créateur du site Tunezine où il brocardait le régime et son gouvernement de malfrats. Arrêté, placé en centre de tortures pendant plus d’un an, il n’a pu survivre aux traitements subis.

 

Adem Boukadida a eu de la chance dans son malheur, grâce à un avocat, des soutiens, tenaces et courageux. Souhaitons lui, ainsi qu’à ses frères d’infortune, de trouver rapidement la santé et la joie de vivre…

 

En fait, les gouvernements occidentaux, à commencer par celui de la France, ne se sentent nullement gênés. Ils mentent avec autant d’assurance maintenant, quant à leur “soutien au valeureux peuple Tunisien”, que lors de leurs éclatantes démonstrations d’amitié à l’égard du dictateur en place…

 

Leur argumentaire sur l’impérieuse nécessité d’organiser en permanence “la chasse aux barbus” censés s’en prendre aux libertés, et à La Femme, même usé jusqu’à la corde, aussi grotesque soit-il, est et sera martelé en permanence. Ayant de la conception de la barbe une appréciation de la géométrie et de la dimension du poil aussi variable que pour la Justice, les Droits de l’Homme, ou les Conventions de Genève sur la protection des populations civiles.

 

La femme musulmane ? La protection des libertés ? Une société civile laïque ? De tout cela : ils s’en contrefichent. La preuve ?

 

La femme musulmane ?...

 

Avant de prétendre libérer La Femme, quel que soit son pays, on commence par ne pas le bombarder, l’occuper militairement, le piller, y installer des centres de tortures, créer des milices de “collabos”, entretenir la terreur. On s’assure que La Femme qui y vit ne soit pas massacrée, affamée, humiliée, avec ses enfants, sans médicaments pour les soigner, ni écoles pour les éduquer, sa maison détruite.

 

Les abominations et atrocités à l’encontre des populations commises en permanence par les forces d’occupation occidentales, en Palestine, en Irak, ou en Afghanistan, n’embarrassent pas une demi-seconde ces “féministes” folkloriques. Chez ces gens-là, Gaza et son blocus inhumain : on ne connait pas.

 

La protection des libertés, à commencer par celle du droit de vote ?...

 

L’Empire et ses vassaux soutiennent toutes les dictatures qui leur conviennent, dans un simulacre d’élections, la France en premier. Même les dictatures qui se succèdent de père en fils, comme au Togo ou au Gabon, récemment. Comme il était prévu en Egypte, où le fils Moubarak devait prendre le relais du père.

 

Ben Ali était un dictateur à vie, derrière une parodie de consultation électorale dont il ressortait vainqueur, à chaque fois, avec plus de 90 % des votes. Tout le monde le savait, mais faisait semblant de ne pas le savoir. Et, c’était un des rejetons de la famille qui était programmé comme héritier du pouvoir. Parmi les schémas de succession à l’étude figurait celui de son épouse comme présidente…

 

La défense d’une société civile laïque ?...

 

Comment ne pas rire devant cette cynique affirmation ? Quand on voit la déférence des gouvernements occidentaux, leur soutien inconditionnel, à l’égard d’un régime théocratique, corrompu, rétrograde, méprisé par l’ensemble de la communauté musulmane, sunnite ou chiite : L’Arabie Saoudite.

 

Détesté même par son propre peuple. Nos médias n’en parlent pas, mais il existe un peuple en Arabie Saoudite qui subit ce clan mafieux. Il ne peut jamais s’exprimer sur la gestion de son pays et de ses ressources, car les bureaux de vote y sont inconnus. Comme dans toutes les “pétromonarchies” du Golfe, considérées comme des propriétés familiales gérées par l’Empire.

 

Régime fondé sur une secte aussi hypocrite que déjantée : le Wahhabisme. Soutenu par Roosevelt dans les fameux accords signés avec le clan Saoud, sur le croiseur USS Quincy le 14 février 1945… Livrant la région et ses immenses ressources à l’Empire.

 

Secte allant jusqu’à interdire aux femmes de conduire un véhicule. Seul pays au monde. Il est vrai que cela alimente les fourneaux de la propagande islamophobe faisant croire que toute femme est interdite de conduire un véhicule dans les pays musulmans... (4) Défigurant, actuellement, dans un urbanisme sauvage les villes de pèlerinage de la Mecque et de Médine, détruisant quartiers, bâtiments, vestiges historiques, inestimables patrimoines de l’Humanité, pour y construire tours et gratte-ciel surplombant les lieux saints, dans un délire d’inculture et de spéculation indécente d’avidité.

 

Où se trouve la défense de la laïcité dans l’instauration par l’Occident, depuis les accords Sykes-Picot de 1917, de l’apartheid religieux en Palestine ? Où la spoliation de la terre de vos ancêtres a pour fondement l’appartenance religieuse, certains fanatiques de cette théocratie coloniale ayant pour projet d’assimiler la religion à une race... (5)

 

Que dire de la mosaïque religieuse imposée de force au Liban par les puissances occidentales, depuis le 19 ° siècle, où la représentation politique au parlement et la répartition des responsabilités gouvernementales ont pour fondement l’appartenance religieuse ?

 

En fait, loin de les pourchasser, les gouvernements occidentaux adorent les “barbus”. Aucun problème s’ils s’en mettent un maximum dans les poches pour eux et leurs familles. A deux conditions : laisser piller leur pays et souscrire à toutes les volontés de l’Occident au Moyen-Orient. Ceux qui ne l’acceptent pas seront diabolisés et traités en terroristes !

 

Prétendre soutenir une dictature au motif qu’elle représenterait un « rempart contre l’islamisme » est, en conséquence, une “faribole”. Symptôme fondamental dans la compréhension de la situation : l’Empire est nu. Confirmant ce que tout le monde sait, en  imposant le tout et son contraire dans le cynisme, il n’applique non pas des Valeurs, mais La Loi du Plus Fort.

 

Au-delà des mensonges de la propagande occidentale, l’écroulement de la dictature en Tunisie présente une dimension géopolitique qui est occultée par la plupart des analystes. Ce n’est pas simplement une revendication sociale, se doublant d’un appel à l’octroi des libertés publiques élémentaires, qui vient de surgir. C’est un système politique, économique, et géostratégique, imposé par l’Occident qui vient d’imploser.

 

Conséquence d’une idéologie générant un système de prédation néocoloniale longuement mûri, peaufiné, structuré, au fil des décennies, depuis la chute de l’empire Ottoman et les accords de Sèvres de 1922 répartissant ses dépouilles entre puissances occidentales. Bientôt, un siècle. Les immenses richesses de cette région, que les anglo-saxons désignent par MENA (Middle East – North Africa), étant pillées avec la complicité d’autocraties soigneusement sélectionnées et contrôlées.

 

Idéologie renforcée et théorisée depuis la chute du Mur de Berlin, en direction des opinions publiques occidentales analphabètes de désinformation et anesthésiées de propagande sur cette aire géographique. Avec le célèbre “Choc des Civilisations” sorti en 1996 : l’islamiste remplaçant le communiste dans l’argumentaire impérial. Du MENA, la prédation-oppression sera systématisée à l’ensemble des pays musulmans suivant les mêmes concepts et méthodes : Pakistan – Indonésie, évidemment, mais aussi pays musulmans d’Asie centrale, minorités musulmanes en Inde, aux Philippines et en Thaïlande.

 

Grattons le vernis académique de la thèse du Choc des Civilisations et nous trouvons, tout simplement, une idéologie parmi les plus sanguinaires que notre imaginaire d’Homo Politicus ait pu inventer et appliquer sur cette planète. Avec ses trois broyeurs :

 

=> Prédation coloniale, avec trois axes majeurs : ressources naturelles spoliées ou bradées, marchés locaux rendus captifs pour l’importation des produits et services de l’Empire, privatisation des services publics gérés comme des rentes de situation pour les groupes occidentaux.

 

=> Barrage de l’accès aux hautes technologies : les pays musulmans en sont bannis pour maintenir un « gap » technologique avec l’Occident. Seul est toléré un minimum de connaissances techniques permettant d’assurer le fonctionnement des activités de sous-traitance confiées par l’Empire.

Expliquant l’absence d’instituts de recherche de haut niveau dans ces pays. Donnant le pourquoi de la traque aux chercheurs de ceux qui avaient réussi à former un pôle de recherches scientifiques, devenus les cibles privilégiés de ses escadrons de la mort. Rien qu’en Irak : plus de 350 spécialistes de haut niveau, dans toutes les disciplines (y compris en informatique ou neurochirurgie…), ont été assassinés suite à l’invasion et la destruction du pays.

 

=> Racisme d’Etat : décliné, articulé, sur une propagande islamophobe  de haute intensité pour justifier auprès des opinons publiques internationales, occidentales et non musulmanes, l’hyperviolence et le pillage de l’Empire dans les pays musulmans. En entretenant, en permanence, un esprit des Croisades…

 

Le peuple Tunisien vient, toutefois, de perturber la marche de ce rouleau compresseur…

 

Tunisia-Heart-od-Revolution-jan-2011-AJ.jpg

 

 

Le commencement de la fin ?

 

L’idéologie du Choc des Civilisations est en “échec”, en Tunisie. Peut-être, mais elle est loin d’être “mat”…

 

La Bande des Quatre (France, Israël, Italie, USA) qui administre ce condominium qu’est la Tunisie pour l’Empire, chacun dans son domaine de compétences et d’intérêts, s’active pour enrayer le mouvement. Il n’y aura pas d’effet domino.

 

Gardant les mêmes piliers et seconds couteaux de Ben Ali, ils vont lâcher un peu de lest sur le social et la liberté d’expression. Cela ne dérange pas l’Occident. Pour reprendre la métaphore de Reinaldo Arenas : dans tous les pays, le Peuple est mené à coups de pied au derrière par l'oligarchie qui le "gouverne"; la différence entre une dictature et une démocratie, c’est que dans la première, il doit « la fermer », et dans la seconde on le laisse « gueuler ».

 

Appliquer la tactique de l’édredon : laisser la colère s’apaiser, les manifestations s’essouffler, sans trop de casse. En canalisant le discours par les médias de la propagande. En  isolant les plus obstinés, pour les museler ensuite. En emballant le tout dans “du pain et des jeux”, suivant la recette mise au point dans l’Antiquité, par les Romains. Sur fond de simulacre électoral à venir…

 

En Europe, en France, des millions de gens sont descendus dans la rue pendant des semaines pour manifester leur colère devant l’injustice économique et sociale. Les lois et décisions des nomenklaturas, contre lesquelles ils protestaient, ont toutes été votées et sont appliquées.

 

La ploutocratie se fiche éperdument de la volonté populaire. Elle détient la force et l’appareil de propagande. Les propos aussi imbéciles que cyniques d’une Alliot-Marie, ex-ministre de l’Intérieur de la France, sur l’expertise des forces de répression sont l’illustration de ce complet mépris.

 

Le seul point qui gêne les occidentaux dans ces mouvements de révolte populaire, notamment en Egypte et Jordanie, c’est qu’ils arrivent à un mauvais moment, avec un mauvais exemple.

 

Le mauvais exemple : c’est celui de l’armée Tunisienne. Refusant de se comporter en milice au service d’une caste au pouvoir, de tirer sur le peuple. Se comportant en armée au service de la nation, de sa souveraineté, de la protection du peuple et de ses institutions. Si toutes les armées des pays musulmans se mettent à éprouver des états d’âme et respecter des principes, où va-t-on ? La situation risque de devenir intenable. Là, réside le véritable danger pour les intérêts de l’Empire.

 

Le mauvais moment : à l’instant même où tous les gouvernements occidentaux préparent activement une  nouvelle guerre au Moyen-Orient. Objectif : invasion du Liban, destruction de la Syrie, écrasement de l’Iran. Les conclusions en préparation, évidemment truquées, du Tribunal Spécial du Liban enquêtant sur l’assassinat de l’ex-premier ministre Hariri, devant servir de prétexte. Cette pantalonnade ayant pour finalité l’obtention de l’autorisation de l’ONU pour justifier la guerre.

 

Si l’armée rejoint le peuple comme en Tunisie, une guerre au Moyen-Orient aura pour effet secondaire un balayage immédiat de toutes les dictatures patiemment mises en place par l’Occident. Cela donne à réfléchir. C’est pour cela qu’en Egypte, ils ne vont pas faiblir et faire tirer sur la foule. Quitte à employer des snipers mercenaires étrangers. L’Irak en est bourré…

 

Il y a eu déjà des précédents surprenants de fraternisation entre l’armée et le peuple au Moyen-Orient. Au cours de ces évènements, j’ai pensé à l’écroulement de la dictature qui, si elle n'opprimait pas un pays arabe, présentait des similitudes avec celle qui étouffait la Tunisie : celle du Shah d’Iran.

 

Il avait constitué une des premières armées du monde, ne cessant de s’en vanter, par des achats d’armements massifs. Les pétroliers, à qui il bradait les ressources du pays, et l’ensemble du monde occidental le soutenaient. Prêt en en faire une puissance nucléaire (cf. les faramineux contrats Eurodif avec la France qui devait livrer 10% de son uranium enrichi). Une des polices secrètes parmi les plus sadiques et les plus ignobles qu’un peuple ait pu subir : la SAVAK.

 

Son régime s’est écroulé par la révolte populaire, l’armée refusant de tirer sur le peuple.  Mais, ayant tellement décapité les élites au nom de la "lutte anticommuniste" (à l’époque l’épouvantail, pour justifier la répression des peuples, n’était pas "l’islamisme" mais le "communisme") ce sont les cadres religieux survivants qui ont encadré le mouvement.

 

Le contexte Tunisien est différent de celui de la chute du Shah, sociologiquement et politiquement, mais on retrouve dans les deux cas les mécanismes sanguinaires et prédateurs de ce type de régime policier :

 

 

i) La sauvagerie exponentielle de la répression

 

Derrière un décor de stations balnéaires et de circuits touristiques, la répression était perceptible. Circulaient des informations précises et recoupées, malgré la censure en Tunisie et dans les médias internationaux, sur ce qui se passait notamment dans la région de Gafsa, Gabès, en révolte depuis plus de deux ans, et dans d’autres parties isolées du pays.  

 

Les villes étant moins touchées par cette barbarie où, par exemple, des milices cagoulées se livraient à des viols collectifs hommes et femmes, et autres violences, devant les familles, y compris devant les enfants.

 

 

ii) La féroce persécution de l’Islam

 

Sous la pression des occidentaux, le Shah d’Iran encouragea la persécution de l’Islam. C’est sous son régime que furent organisées, dans un pays musulman, les premières campagnes antimusulmanes au nom de la laïcité. Symboliquement dans un accès mégalomaniaque il s’était même fait couronner à Persépolis, “Empereur successeur de Darius”, pour célébrer l’effacement de l’Islam en Perse…

 

La Tunisie était considérée comme un champ de bataille essentiel dans cette stratégie, et citée en exemple comme modèle. En fait, sous couvert de “laïcité” et de lutte contre “l’islamisme”, avec des services encadrés par des  “spécialistes étrangers”  véhiculant l'idéologie du “Choc des Civilisations”, ce n’était que travail de basse police : fichage des fidèles fréquentant régulièrement les mosquées, pratiquant le Ramadan, portant des tenues “traditionnelles”, etc. Jusqu’à profaner, avant de la fermer, la mosquée de l’université de Tunis, jonchée de bouteilles d’alcool et d’excréments. C’est dans cet état qu’elle a été trouvée, lors de sa récente réouverture…

 

Evidemment, dans les pays où les responsables politiques sont des musulmans pratiquants ce seront des méthodes plus “soft” qui seront appliquées. Une des plus pourvues en moyen financiers est l’envoi d’évangélistes avec une couverture d’ONG. Proposant, tout spécialement auprès de la jeunesse, visas, bourses et autres incitations pour provoquer des « conversions ».

 

 

iii)  L’acculturation d’un Peuple

 

L’inconscient collectif d’un peuple à coloniser est une des cibles prioritaires d’un Empire. Livres scolaires, littérature, produits de divertissement, jeux vidéo, documentaires, films. Tout ce qui peut formater un imaginaire et conditionner un esprit critique. Un peuple a de multiples racines. Le travail de propagande consiste à les arracher progressivement, méthodiquement.

 

Si pour le Shah d’Iran l’Histoire s’arrêtait à Darius, dans les pétromonarchies elle commence avec les chaînes US consacrées au sport. Les enfants du Koweït ou des Emirats connaissent par cœur le nom des joueurs de base-ball du championnat américain, mais rien sur l’histoire de la région dans laquelle ils sont nés. En Egypte, l’Historie s’arrête aux pharaons. C’est le fond de commerce du tourisme local, mais aussi de ce qu’on veut imprimer dans l’inconscient collectif.

 

Je force le trait, bien sûr. Mais, à peine.

 

En Tunisie, le régime allait très loin, sous la pression occidentale. Jusqu’à éradiquer ses racines “arabes”. Les exemples sont multiples. Sur des sites ou brochures touristiques était mentionné que la Tunisie n’était pas un peuple « arabe ». Pour ne pas effrayer le touriste, invoquait-on comme prétexte…

 

Se dire ou se croire « arabe », et donc solidaire des autres peuples arabes (manière ou "ardente obligation" d’oublier la Palestine...), devenait plus que suspect. Arracher ainsi une des composantes d’un peuple ne peut provoquer que résistance et rejet.

 

 

iv)  Le pillage occidental 

 

Toutes les principales industries, le système financier, les meilleures terres agricoles, les meilleurs terrains constructibles, et services publics, sont contrôlés par des intérêts étrangers (avec ou sans hommes de paille). Jusqu’à la production de yaourts qui doit payer des royalties par pot distribué et consommé.

 

Tout est fait, planifié, pour qu’il n’y ait aucun transfert de technologie en faveur du pays, pour le maintenir dans la dépendance. Contrairement, par exemple, à Taïwan ou la Corée du sud qui ont bénéficié de l’appui massif des occidentaux. Ou le Vietnam, en ce moment. La Tunisie, comme tous les pays musulmans coopératifs, ne sera considérée, au maximum, que comme un gentil et compréhensif sous-traitant.

 

Ne générer que des emplois sous-payés et sous-qualifiés (tare de l’hôtellerie, de l’industrie touristique en général, et de la sous-traitance), n’est pas l’avenir d’un pays. Les activités des secteurs du tourisme et de la sous-traitance sont extrêmement volatils. Les contrats pouvant disparaître massivement d’une année sur l’autre. Les “intermédiaires” jouant la concurrence internationale.

 

Sans compter les effets secondaires ravageurs qu’exerce une industrie du tourisme dans une économie insuffisamment diversifiée et prospère sur des populations locales appauvries, vivant dans une totale précarité : prostitution, alcoolisme, drogues.

 

Nous retrouvons, là encore, la stricte application de la stratégie du "Choc des Civilisations".

 

Même en fuite le dictateur se révèle d’une grande utilité, servant de bouc émissaire pour exonérer les occidentaux de toute responsabilité économique. Signe évident : si Ben Ali et sa famille détenaient 50% de toutes les affaires en Tunisie, comme on peut le lire dans des médias, qu’attend-on pour nationaliser ces participations en les domiciliant dans un fonds public ?...

 

Cela ne se fera pas.

 

Car ces boucs émissaires, aussi crapuleux soient-ils, étaient aussi des “porteurs” d’actions pour le compte de personnalités étrangères. Souvent dans le cadre d’arrangements mafieux : 1/3 pour toi, 2/3 pour nous… C’est pour cela qu’il a été soigneusement « exfiltré » avec ses proches. Les bénéficiaires de ces arrangements ne voudront jamais se voir spoliés dans une nationalisation brutale des biens du tyran. Il va falloir au préalable trouver les montages financiers adéquats, pour rendre à César ce qui est à Jules…

 

L’Empire a été secoué, il va résister. Il reste encore au Peuple de la Tunisie un long chemin à parcourir pour parvenir à l’indépendance économique. Qui est la véritable indépendance. Cela ne pourra s’atteindre qu’en intégrant un marché intérieur de vaste dimension, aux richesses, talents et besoins complémentaires : celui du Grand Maghreb. Qui deviendra, avec ses immenses potentialités, un Brésil de l’Afrique. Capable de produire, à l’exemple de ce grand pays, des bateaux, des avions, des trains, et d’envoyer ses satellites dans l’espace.

 

Ceci est un autre débat. Tout d'abord, célébrons la révolte, ou la révolution, de la Tunisie. Car elle n’est pas qu’une affaire de niveau de vie ou de chômage mais, à l’encontre d’une dictature et de ses sponsors étrangers, le magnifique exemple d’une réappropriation de sa liberté.

 

Et, tout aussi important, de sa dignité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Peter Beaumont, Victim tells of ordeal in Tunis, The Observer, 23rd january 2011, http://www.guardian.co.uk/world/2011/jan/23/tunisia-long-task-of-healing

(2)  Jacques Généreux, La Grande Régression, éditions du Seuil, octobre 2010.

(3)  Lire, relire, faire circuler (car censuré par les médias en France) sur ces comportements, notamment des anciennes puissances coloniales, l’ouvrage d’investigation exceptionnel de qualité de Lounis Aggoun : La Colonie française en Algérie – 200 ans d’inavouable – Rapines & Péculats, éditions Demi Lune, 2010.

(4)  Combien de fois ai-je surpris des interlocuteurs, ne connaissant pas les pays musulmans, en leur disant que dans ces pays des femmes se rendaient à leur travail, accompagnaient leurs enfants à l’école, en conduisant le véhicule familial.

Et, leur stupéfaction devant mon affirmation que des femmes y conduisaient des bus, des trains, et même des avions, certaines avec le grade de commandant de bord !

Il est vrai que la « désinformation », en Occident, évite soigneusement de montrer cet aspect, se focalisant sur le misérabilisme nécessaire à la propagande islamophobe.

(5) Lire les analyses du philosophe Manuel de Diéguez sur ce phénomène, notamment : Le réveil démocratique des peuples arabes et la chute d’Israël dans la bio-génétique

 

N.B.  Une grande partie de ce billet est une reprise du commentaire que j’avais posté à la suite de l’article sur le blog de mon ami Chahid : La leçon Tunisienne : le Colibri peut vaincre la vipère.

 

 

 


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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 00:01

 

 

« Dis-moi comment tu traites La Femme, et je te dirai qui tu es. »

Marek Halter  (♪)

 

 

 

 

A l’unanimité de mon unique voix,

 

Avec admiration et respect,

 

Je déclare

 

" Personnalité de l’Année 2010 " :

 

 

La Femme Palestinienne

 

 

Palestinienne-agressee-avec-du-vin-Chahid.jpg

 Colon sioniste jetant un verre de vin sur une Femme Palestinienne en l’insultant


 

nos-soeurs.jpg

 

Palestinienne défendant à mains nues les oliviers de la terre de ses ancêtres que les colons sionistes viennent raser pour y construire leurs "lotissements"

 

 

Pour son courage, son héroïsme,

face aux crimes, violences, souffrances et humiliations,

infligés quotidiennement à la Nation Palestinienne.

 

  Dans l’indifférence hypocrite de " La Communauté Internationale ", et le mensonge cynique de ses médias.

 

En hommage à La Femme Palestinienne, âme de sa Nation, un extrait de l'album Exile de Gilad Atzmon, avec son orchestre Orient House Ensemble.

 

Avec la voix frémissante de révolte, d'espoir et de victoire annoncée, de la Palestinienne, Reem Kelani, chantant :

 

Dal'ouna   On the Return


 

 

 

 

 

 

 

(♪)  Militant exalté de l’extrémisme sioniste. Un des meilleurs joueurs de pipeau actuels du répertoire "islamophobe"...

 

 

Photos :  

=>  Rina Castelnuovo, The New York Times. Empruntée au Blog de mon ami Chahid, dans son bouleversant article : De la Barbarie et des Barbares

=>  "La Résistante aux mains nues" : http://siamsmonde.blogspot.com/2009/02/nos-soeurs.html & http://sergeadam.blogspot.com/2009/02/la-palestine-et-la-lutte-des-femmes.html

 


 

 


 

 

 

 

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 13:46

 

 

"En pénétrant sous le morceau de plafond en délabrement de ta mosquée, autrefois sainte et pour les prosternations, que je foulais à présent en homme qui simplement veut voir, je sentis une brusque chaleur dans ma poitrine, un mouvement de mon cœur."

Michel Vieuchange à Smara – Sahara Marocain (1)

 

 

                                                

 

 

C’était la “Guerre Froide”.

 

Et, je survolais le désert…

 

Dans un petit bimoteur à hélice, un Piper Navajo.

 

Fasciné.

 

Pas une trace de végétation. Quelques bouquets d’épineux parfois, autour d’une trace d’eau, un puits, peut-être. D’immenses étendues de pierres, de rochers, alternant avec drapés et crêtes de dunes.

 

Gigantesques, dessinant des courbes majestueuses dans la violence de l’aridité, des méandres, de ce qui avait dû être des fleuves glissant vers la mer au cours des millénaires, au travers de végétations luxuriantes peuplées d’oiseaux, gazelles, singes et lions. A présent à sec, tel un paysage envoyé d’une des sondes de la planète Mars.

 

800px-Near_Ouarzazate-Marocco-.JPG

 

Partis d’Anfa, nous avions fait escale à Goulimine, Tan-Tan, Tarfaya, Laâyoune, nous dirigeant vers Smara.

 

Bien sûr, je pensais à St-Ex et ses copains de l’aéropostale, traçant les premières routes aériennes vers Dakar, dans la même région, puis franchissant l’horizon de l’Atlantique, vers Rio et la Cordillère des Andes.

 

Aux commandes, hors pair, un américain passionné de pilotage. Il avait traversé le Groenland, survécu à tempêtes et crashs. Un joyeux drille. Astrophysicien diplômé de l’Université de Cornell, c’était un spécialiste des quasars. En année sabbatique, pour sortir la tête de ses galaxies, il louait ses services. Ne parlant pas un mot de français, qu’il considérait comme une langue morte. C’était son humour… En représailles, je le traitais d’extraterrestre analphabète. On s’aimait bien.

 

Tout jeune, j’accompagnais dans ce voyage, quatre ou cinq vieux briscards, baroudeurs des TP en “conditions extrêmes”. De ceux capables de vous construire une route, un aérodrome, entre la poire et le fromage, dans n’importe quel continent, sous une pluie tropicale, dans des vents de sable, ou une grêle d’obus. Ils avaient pour unique credo : vitesse d’exécution. Problème, j’exagère à peine : ils n’avaient aucune notion des coûts de revient.

 

J’étais là pour rappeler, discrètement, ces nécessités. Dérisoires, face aux impératifs du Temps. Autant dire que j’étais un végétarien égaré chez des cannibales. Ils me détestaient. L’empêcheur de tourner en rond. Mais, je les comprenais. Ils n’étaient pas maîtres du “coût final”… J’admirais leur courage, leur ardeur à la tâche. De grands professionnels.

 

Ce sont eux qui ont “animé” les travaux de construction de l’aérodrome d’Atar, en Mauritanie. Autre désert. J’avais été envoyé aux USA pour finaliser un achat d’engins de TP destinés à ces travaux, parmi les plus gros sur le marché. En particulier, des D9.  Le plus difficile avait été de trouver un bateau qui veuille bien faire escale au port mauritanien de Nouadhibou, pour livrer ce matériel qui devait, ensuite, emprunter la voie ferrée jusqu’à Choum, puis de là, par un épique cheminement terrestre arriver au chantier.

 

Le port n’étant pas équipé, à cette période, de moyens de levage assez puissants pour décharger ces engins, ce fut la tournée des armateurs de New York. Trouvant, enfin, un bateau qui accepte un détour vers la Mauritanie, équipé de ses propres grues pour déposer les engins sur le quai. La routine.

 

 

Le losange et la baguette de pain

 

Cette expérience a été l’occasion de mes premiers pas en géopolitique.

 

Pas la poudre aux yeux, qu’on enseigne, ou les “cartes” biseautées de la désinformation qu’on affiche dans les médias. Observant, sur le terrain, dans les coulisses, les jeux et enjeux, entre grandes et moins grandes puissances. Le plus souvent, stupides, cruels. Pour une poignée de dollars, d’orgueil, d’obscurantisme, d’infantilisme…

 

Pourquoi cette irruption d’aérodromes, à construire, rénover, allonger, renforcer, doubler, dans le désert, aussi soudaine qu’une crise d’urticaire ?...

 

Une guerre venait d’éclater.

 

Fratricide.

 

L’Algérie, alliée à la Lybie, attaquait le Maroc. Par surprise. Instrumentalisées, dans cette partie de bras de fer obsessionnellement imbécile, entre deux nomenklaturas planétaires idéologiquement antagonistes : Ouest et Est…

 

L’Espagne, Franco agonisant, venait de “rétrocéder” le Sahara Marocain qu’elle occupait, malgré une longue résistance armée du Maroc qui a duré de 1884 à 1937. A l’exemple d’autres pays colonisateurs, ignorant pendant des années les injonctions de l’ONU. Du temps où l’ONU avait encore un semblant de respectabilité. Notamment sa résolution 2072, du 16 décembre 1965, lui imposant de prendre les mesures :

« … immédiates et nécessaires pour la libération des territoires sous administration coloniale de Sidi Ifni et du Sahara Occidental… ».

 

Immédiates et nécessaires…

 

Car, France et Espagne avait découpé le Maroc comme une baguette de pain. En 1900, puis 1904. Du nord au sud.

 

En tranches alternées : une tranche du nord pour l’Espagne correspondant aux provinces du Rif, une tranche au centre pour la France accaparant les meilleurs terres agricoles et les mines, la suivante pour l’Espagne avec la portion du Sahara dit Occidental ou en espagnol Rio de Oro, plus au sud, la dernière tranche du Sahara Marocain pour la France qu’elle a érigée, par la suite, en Etat indépendant : la Mauritanie.

 

Et, encore avait-il fallu calmer l’Allemagne qui estimait que le Maroc lui revenait en tant que colonie, dans son intégralité !... La Conférence d’Algésiras en 1906 avait calmé son empereur, avec le renfort des Anglais qui commençaient à s’inquiéter des appétits germaniques. Il en était reparti avec des lots de consolation : Togo, Cameroun, Tanganyika, une partie du Congo, etc. Des trocs de prédateurs, suivant l’usage des mœurs diplomatiques entre « grandes puissances ».

 

Almoravid Empire

 

L'Empire Almohade

 

Le Maroc présentait, en effet, une réalité plus qu'enviable pour les puissances coloniales par sa situation géographique, sa civilisation et ses traditions, ses richesses agricoles, halieutiques et minières, son potentiel. Depuis des siècles, sous l’appellation d’Empire Chérifien, avec son administration directe, ou autonome selon un système d’allégeance renforcé par des liens matrimoniaux, il s’étendait de la Méditerranée au fleuve Sénégal et même au-delà, dont une partie du Mali actuel. Toutes ses prestigieuses dynasties n’ont-elles pas le Sahara pour berceau ?...

 

Son voisin, l’Algérie, avant la colonisation française, vivait depuis le début du XVI° siècle sous suzeraineté de l’Empire Ottoman. Cette prospère province ne s’étendait pas au Sahara qu’on lui connaît à présent. Les cartes historiques établies lors de la plus grande extension de l’Empire Ottoman (1683-1699) en attestent. Les Ottomans ne s’intéressaient qu’aux riches régions agricoles et commerçantes, réservoirs de soldats ou de contributeurs fiscaux fiables.

 

C’est la colonisation française qui a apporté le Sahara actuel à l’Algérie, en dépouillant les parties sahariennes de ses voisins, Maroc et Tunisie (les champs pétroliers d’Hassi Messaoud devraient être Tunisiens), y rajoutant les immenses territoires indépendants des ethnies Touaregs. En fait, authentiques détenteurs des richesses pétrolières et gazières de la région dont ils sont spoliés et oubliés (2).

 

Traçant ainsi, il suffit de regarder une carte, un colossal “losange” à son avantage, dans ce que la France pensait être des départements et territoires français pour l’éternité… Pourquoi se gêner quand on est en position de force ?...

 

Un exemple : le 15 mars 1900, partie d’Aïn Salah une colonne française de 1500 hommes, avec deux canons, massacrèrent, dans une orgie sanguinaire, les populations marocaines des oasis de Touat (entre 500 et 600 personnes) avant de rattacher ces régions à l’Algérie : Gourara, Tidikelt, Sbaa, plus tard Tindouf. (3)

 

Autre exemple : la France s’emparant des mines de fer du Sahara Marocain de Zouerate, M’Haoudat, El Rhein, F’derik, qu’elle rattacha à la Mauritanie. Regardez le tracé de la frontière entre Sahara Marocain et Mauritanie : de rectiligne, en escalier, il évolue en demi-cercle pour englober les bassins miniers…

 

Le Sahara dans son ensemble, de l’Atlantique à la Mer Rouge, représente 10 millions de KM2. Seuls deux endroits font l’objet d’une campagne médiatico-politique “d’indépendance”, de la part de certains lobbies. Bizarre. Le Darfour, au Soudan, mais là c’est plus que facile à comprendre puisqu’il s’agit, pour les pays occidentaux, de s'approprier les immenses gisements d’uranium. Mais, le Sahara Marocain ?...

 

Je cherche à comprendre…

 

A ce moment là, il convient pour les “zélotes de l’Indépendance” d’être cohérents et de lutter pour “la libération” de toutes les ethnies du Sahara dans une balkanisation, une libanisation, ou une fédération, de ces populations en redessinant Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Soudan, Lybie, Egypte, etc. A commencer par le Sahara Algérien…

 

Pourquoi pas ?... On pourrait, par exemple, définir un pays en regroupant les populations parlant la langue mère de tous les dialectes Touaregs : le Tamacheq. Les Kel Ahaggar, les Kel Ajjar d’Algérie ont plus de points communs avec les Kel Aïr ou les Kel Gress du Niger, ou encore les Kel Achar ou les Iullemmeden du Mali qu’avec les paysans de la Mitidja ou les montagnards de Kabylie…

 

Subitement, là : silence !...

 

Alors que le Sahara Marocain fait l’objet d’un acharnement curieux de la part de l’Algérie (la Lybie a fini par quitter la partie …), ni gaz, ni pétrole, même réduit à sa portion congrue par la colonisation européenne dont elle a bénéficié des “plus gros morceaux”…

 

carte-ottoman empire

 

Empire Ottoman à son apogée

 

Et pourtant c’est un tas de ruines que, de mauvaise grâce, les espagnols rétrocédaient au Maroc… Pas de quoi être envieux !...

 

Quand les espagnols sont arrivés, le Sahara Marocain vivait en équilibre harmonieux avec ses voisins, dans des échanges commerciaux par les grandes routes caravanières, allant des villes impériales marocaines et des riches régions agricoles du Souss Massa jusqu’aux fleuves africains. Une zone tribale certes, mais prospère et vitale pour le commerce entre Afrique méditerranéenne et sub-saharienne.

 

Le colonisateur espagnol n’était pas intéressé par ce commerce séculaire entre pays dont il n’avait aucun contrôle. Trop aride pour y fonder une colonie de peuplement s’appropriant les meilleures terres, aucune richesse minière facilement exploitable, nous n’étions pas au Pérou, il en a tout simplement fait une plateforme de contrebande. Pour écouler les produits de son industrie à travers l’Afrique. Tout, jusqu’aux casseroles et, plus tard, la bassine en plastique. “Tout”, sauf, les armes, évidemment.

 

Cassant l’essor économique de la région en bouleversant les circuits d’échanges, la précipitant dans la paupérisation, car ses marchandises n’acquittaient aucun droit de douane, ni taxe. De plus, à des prix de dumping, cette contrebande tuait dans l’œuf toute émergence d’une petite et moyenne industrie locale dans les pays inondés de ses produits auxquels, s’ajoutaient ceux du colonisateur français ou anglais.

 

C’était une chasse gardée de l’armée espagnole, qui y entretenait le minimum d’infrastructures. Vivant confortablement, du moins sa hiérarchie, je parle évidemment des galonnés vivant dans les dorures des palais madrilènes, avec leurs copains industriels, soutenus par leurs politiciens et médias ripoux. Nullement gênée d’installer la misère, jouissant du partage de la contrebande entre commerçants des Iles Canaries et chefs de tribus "au service de l’Espagne", chargés du transport.

 

Un pays laissé à l’abandon, pratiquement sans route, ni écoles, universités, hôpitaux, dispensaires, centres de formation. Ils n’avaient même pas formé un télégraphiste ou un mécanicien. Rien. Du pur bénéfice pour les “patrons” de ce système mafieux.

 

Evidemment, la « rétrocession du Sahara » au Maroc perturbait un fructueux trafic …

 

 

Du sang dans le sable

 

Soudain, au moment où le Maroc, mobilisant ses meilleurs cadres, ingénieurs et techniciens, s’employait à redresser la situation désastreuse laissée par le colonisateur, apparurent des colonnes infernales, surgissant, déferlant, avec une puissance de feu inimaginable. Semant la mort et la désolation.

 

Visiblement, une action longuement, minutieusement préparée. Des colonnes de centaines de pickups Toyota 4x4 tout terrain, militarisés, dotés d’un équipement ultramoderne, télécommunications, mitrailleuses de gros calibre, mortiers lourds, missiles antiaériens, missiles antichars.

 

Maîtriser pareil équipement suppose une longue formation, une coordination de grande fiabilité, une organisation logistique de haut niveau : approvisionnement en continu de munitions, pièces détachées et pneumatiques, eau, carburant, etc. En cumul, des milliers d’heures d’entraînement. En matériel, des dizaines de millions de dollars.

 

La planification opérationnelle d’actions d’un tel niveau d’intensité, repérages, choix des objectifs, agencement des moyens, implantation des dépôts-relais, demande des mois de conception et d’études. Lancer une telle guerre dans le désert représente au minimum : cinq années de méticuleuses préparations. Seules des armées professionnelles, adossées à des budgets considérables, peuvent maîtriser cet ensemble de paramètres.

 

Officiellement, ce n’était pas une guerre. Dans ce désert de cailloux et de sable, c’était le “mouvement de libération” d’une population se soulevant contre une invasion marocaine… Version des médias et politiciens aux poches bourrées de pétrodollars. Dans le jargon des traîneurs de sabre, on appelle cela une guerre “proxy” : par procuration, sous un masque, le pyromane se déguisant en pompier...

 

J’ai des souvenirs qui me hantent.

 

Comme cette équipe d’entretien d’une route ensablée par les vents entre Tan-Tan et Tarfaya, pourtant partie sud du Maroc non contestée par les voisins, dont on n’a plus retrouvé trace. Sauf des camions brûlés, criblés de balles et une niveleuse, la cabine du conducteur, déchiquetée, maculée de sang. Les trous dans les tôles épaisses montrant qu’on avait tiré sur un engin civil avec une arme de guerre lourde de type mitrailleuse. Les commandos algéro-libyens avaient emmenés avec eux, mêmes les corps des tués. Repartis, leur forfait accompli de l’autre côté de la frontière. Qui était vivant ou mort ?...

 

Il se trouve que le DRH de cette entreprise marocaine était Algérien. Les familles venant lui réclamer le corps de leurs parents, ou des nouvelles, je voyais dans son regard qu’il pleurait de rage silencieuse devant cette tragédie enfantée par des politiciens voyous.

 

Car, des Algériens travaillaient en paix au Maroc. Occupant souvent des postes de responsabilité, mariés avec des marocaines pour certains. Alors que tous les Marocains venaient d’être expulsés d’Algérie pour cause de « solidarité dans la lutte pour l’indépendance du Sahara », son gouvernement fermant hermétiquement la frontière. Obligeant ainsi des familles, pour se réunir, à transiter par la France ou l’Espagne…

 

Un autre souvenir : Bir Anzaran.

 

Pas une ville, au Maroc, qui n’ait une avenue ou une place portant ce nom. Chargé d’émotion, de respect, de symbole. Dont on ne parle jamais, parce qu’il est inscrit dans le cœur de chacun.

 

A une centaine de km de Dakhla. Un matin du 14 novembre 1979, plusieurs colonnes composées de centaines de véhicules, on en a dénombré 500, encerclent la petite garnison. A 6 combattants en moyenne par pickup cela représente 3000 hommes. La garnison s’est battue pendant des heures, sans possibilité de renfort. A court de munition et au corps-à-corps, le chef de la garnison, avant de détruire sa radio et ses codes, a demandé aux mirages de l’Armée de l’Air Marocaine de bombarder ses retranchements plutôt que de se rendre.

 

L’héroïsme de ces hommes a marqué un coup d’arrêt à ces agressions d’envergure. Et, accéléré la réactivité du pays soumis à des attaques aussi cruelles qu’injustes.

 

C’était oublier que le Maroc, s’il bénéficie d’excellents agriculteurs, artisans et maçons, possède parmi les meilleurs officiers et hommes de troupes, ingénieurs et cadres. Au moment de l’attaque de son territoire, le Maroc était un des Etats qui avait le budget de défense parmi les plus faibles par rapport à son PIB.

 

Il fallut acheter du matériel militaire qu’il n’avait pas, du moins en quantité suffisante pour faire front à l’énormité de l’assaut qui lui était livré, notamment des hélicoptères, blindés, missiles et toute la quincaillerie qui va avec. Première conséquence néfaste imposée par toute guerre : investir dans l’armement ce qu’on devrait affecter au développement.

 

Mettre rapidement un terme aux ballades sanguinaires des colonnes infernales, se déplaçant impunément à travers sable et rocaille, était tout aussi urgent. Elles avaient même occupé pendant une journée la ville de Tan-Tan, bombardé Laâyoune avec du calibre 120mm…

 

La solution était simple, personne ne l’a soufflée, ni proposée au Maroc. Connue dans l’histoire musulmane, elle se trouve dans la célèbre bataille dite du Fossé, en 627, lorsque la communauté refugiée autour du Prophète dans l’oasis de Médine était menacée d’extermination par l’arrivée imminente d’une armée Mecquoise de plus de 10.000 hommes dotée d'une puissante cavalerie : on construisit un fossé avec un remblai, là où il n’y avait pas de rempart.

 

Le Maroc édifia donc un “mur”, de terre, de pierre et de sable. Seule différence, avec l’époque médinoise, c’est qu’on l’équipa d’électronique de détection, radars et autres appareillages extrêmement coûteux.

 

Si mes souvenirs sont bons, la “facture électronique” était de 200 millions de dollars. Qui alla dans les caisses de l’américain Westinghouse. En actualisant, en dollars constants, cela fait très, très cher. C’est l’Arabie Saoudite qui paya, dit-on. Exact et faux, à la fois. Peut-être a-t-elle sorti le chéquier, car il fallait faire vite. Mais, dans ce jeu de poker, tout se paye, tôt ou tard, sous une forme ou une autre…

 

En fait, ce sont 6 murs que le Maroc construisit entre 1982 et 1987. Le temps qu’ils deviennent opérationnels, pour parer à toute attaque surprise de grande envergure, tout particulièrement les regroupements nocturnes de colonnes de véhicules, la France prêta quelques avions d’observation non armés.

 

Séjournant à Dakar, je voyais décoller les Breguet Atlantic de l’Aéronavale française, en début de soirée, pour patrouiller la nuit au-dessus du Sahara Marocain, surveillant d’éventuelles colonnes motorisées se dirigeant vers leurs points de rassemblement. Spécialisés dans la lutte anti-sous-marine, leurs moyens de détection leur permettaient de repérer les émissions infrarouges émises par les pickups armés. Alertant leurs contacts. Les régiments mécanisés marocains, extrêmement efficaces et bien équipés à leur tour, se chargeant de l’accueil au sol. Avec du lait et des dattes…

 

Paysage-du-Sahara-Marocain.jpg

 

Raminagrobis, la Belette et le Lapin

 

Nous approchions de Smara. Subitement silencieux. Nous étions prévenus des risques de missiles antiaériens SAM 7 utilisés par les commandos algériens. Plusieurs avions, dont des mirages avaient été abattus. Pour neutraliser les leurres destinés à détourner les missiles, ils tiraient des  salves de SAM 7 !... C’était faire étalage de gros moyens, la Caverne d’Ali Baba…

 

Le pilote devait éviter une approche à basse altitude, se positionner à la verticale de la piste, à environ 1000 mètres d’altitude, et descendre en spirale, pratiquement directement sur le tarmac. Du sport.

 

Une piste chaotique, à construire, à rallonger. A chaque extrémité, enterré jusqu’à la tourelle, je remarquais un char AMX 13 en veille. Smara et ses environs étaient harcelés en permanence, les routes coupées.

 

Nous avons attendu l’obscurité, pour décoller tous feux éteints et respecter la même procédure en spirale. Ascensionnelle, cette fois. Avant d’embarquer, j’ai vu les soldats de l’armée marocaine dans la pénombre, à pied, silencieux, se glisser en patrouille, prendre position à l’extérieur de l’agglomération, pour élargir, pendant la nuit, le périmètre de sécurité. Comme si c’était hier. J’ai une pensée pour ces hommes.

 

Smara, autrefois prestigieuse ville sainte. Cheik Ma El Aïnain, représentant du souverain Hassan Ier, en avait fait un carrefour d’échanges et un centre spirituel renommés sur la route des caravanes, avec ses confréries religieuses, sa mosquée, ses écoles, sa bibliothèque. Homme de paix, mais d’honneur, ce fut un des plus farouches résistants aux soldats espagnols. (4)

 

Smara, après un demi-siècle d’occupation espagnole, réduite à une bourgade aux rues de poussières de sable et d’oubli… Symbole de ces colonisations prédatrices, suivies  de ces guerres montées de toutes pièces qui font la joie des marchands de canons, le jeu des anciennes puissances coloniales.

 

Les armements coûtent une fortune à des Etats qui ont d’autres priorités que s’armer à l’infini. Les “aides généreuses”, tout autant. Elles ont un coût invisible et, encore plus, dévastateur.

 

Comment résister à des investissements dans des privatisations sans avoir à les brader pour "renvoyer l’ascenseur", lorsqu’on vous a “rendu service” ?... Comment ne pas brader ses matières premières pour entrer dans les bonnes grâces de celui dont on recherche le soutien diplomatique ?... Comment refuser des importations sans transferts technologiques, clés en main, pour plaire et complaire aux faux amis de" La Communauté Internationale", ou de l'Empire ?...

 

De concessions amicales, en abandons progressifs de souveraineté, en commençant par la souveraineté économique, technologique, on entrave sa prospérité, son développement et son accès au Savoir. N’oublions pas que l’accès au Savoir et aux sciences de l’avenir est devenu un objectif militaire pour lequel, aujourd’hui, on assassine des chercheurs en pleine rue.

 

Les campagnes actuelles d’agitation, de déstabilisation, organisées dans le Sahara Marocain, soutenues par une campagne de diffamation inacceptable par son niveau de bassesse, particulièrement en Espagne et dans les couloirs de l’UE, à l’égard du Maroc, reformant les anciens clivages de la "Guerre Froide", pourquoi ?...

 

Croire que financer par des monceaux de dollars une stratégie de la tension avec le voisin, voire un conflit armé, va détourner l’attention, le ressentiment de sa propre population devant les échecs répétés d'une politique économique et sociale, le niveau de corruption intolérable, et les montées de chômage insupportables pour les familles ?...

 

Il ne s’agit pas de faire l’apologie, ou la critique, de tel régime contre tel autre, car avant de critiquer un régime quel qu'il soit, il convient toujours de balayer soigneusement devant sa propre porte. Mais, de faire preuve de responsabilité face aux souhaits des peuples qui veulent la paix et l’emploi. Ce qui était compréhensible de stupidité pendant la Guerre Froide est devenu à présent criminel contre les peuples du Maghreb.

 

Tous les peuples, qui le composent, souhaitent l’édification d’un Grand Maghreb. Une union économique, et ultérieurement politique, de communauté de destin, à l’exemple de ce qui se passe ailleurs, en Amérique latine en ce moment, capable d’affirmer son indépendance économique et ses choix politiques qui ne sont pas ceux des "grandes puissances" en pleine décadence économique et morale.

 

On sait que l’Europe, l’Empire, s’opposeront, par tous les moyens à l’édification d’un Maghreb uni, d’un Grand Maghreb. N’acceptant jamais, qu’un ensemble solidaire et fédéré d’une population de 100 millions d’habitants, aux immenses richesses et talents, émerge en Méditerranée.

 

Suscitant tensions, guerres civiles et fratricides, pour maintenir sa partition. A l’exemple de ce qu’ils ne cessent de travailler : l’éclatement, la pulvérisation en multitudes ethniques, de l’Irak, Afghanistan, Pakistan, Iran. Et, sur d’autres continents, comme en Amérique latine.

 

Le sachant, pourquoi tomber dans le piège du culte de la désunion et du conflit se demande-t-on ?... Ouvrant la voie aux arbitrages et sollicitudes qui ne sont que de la servitude imposée. Plaçant peuples et richesses dans la main des prédateurs.

 

Oubliant la sagesse des fables de nos ancêtres, avertissant du danger des conflits entre ceux qui devraient s’entendre, mise en scène par Jean de La Fontaine dans la dispute entre la belette et le lapin sollicitant l’arbitrage, le soutien, du chat, Raminagrobis ou Grippeminaud :

 

« … Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud, le bon apôtre,
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre
. »

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Penseur, poète, explorateur, frère des Hommes. Il effectuera un voyage extraordinaire, dans le sud du Maroc, en 1930 : 1400 km, partant de Tiznit pour arriver à Smara. Mourant, à 26 ans, d’une dysenterie, à Agadir, au retour de son périple le 30 novembre 1930, http://www.moncelon.com/vieuchange.htm.

(2)  Et, même, persécutés, massacrés, humiliés. Notamment au Mali et au Niger. Cas de tortures et de viols, avec comme en Palestine déshabillage public des hommes, à Ménaka, Tessalit, Aguelhok, Kidal, etc.

(3)  Mohamed Cherkaoui, “Morocco and the Sahara : Social Bonds and Geopolitical Issues”, The Bardwell Press, 2007, http://www.bardwellpress.co.uk/pdf/Sahara_2nd_Sample.pdf

(4)  Mohamed Cherkaoui, Op. Cit.

 

 

 

 

 

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 18:30

 

 

« La répression ne spécule en définitive que sur la peur.
Mais, la peur peut-elle
suffire à combattre le besoin, l'esprit de justice, l'intelligence, la raison, l'idéalisme, toutes forces révolutionnaires manifestant la puissance formidable et profonde des facteurs économiques d'une révolution ? »  

Victor Serge - 1925 (1)

 

 

 

Mystères de la technologie…

 

Les satellites de surveillance en mesure d’inventorier les sournoises centrifugeuses iraniennes à travers des mètres cubes de béton, produisant à la chaîne et en catimini des bombes atomiques pour en carboniser notre civilisation, sont incapables de trouver trace d’une bande de ravisseurs et leurs “otages” enlevés au Niger.

 

Dans un désert aussi plat que la main…

 

 

Qui est qui - qui fait quoi ?...

 

Ce groupe de terroristes invisibles, se fait appeler AQMI. Nom presque sympathique. Est-ce à la suite d’une étude marketing, cela fait penser à une mutuelle d’assurances ?… Du moins une succursale, puisque son directeur général, Ben Laden, a fait savoir qu’il voulait “discuter” avec la France, pour “négocier” directement. Dans une cassette audio. Car, lui aussi, on ne le voit jamais…

 

Très sérieusement, les médias nous ont assurés que “sa voix” avait été authentifiée par les services de renseignements. Le “top” de la référence !... Les mêmes services de renseignement qui avaient certifié que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, atomiques et chimiques.

 

Les mêmes médias et services de renseignements qui, la veille de l’invasion de l’Afghanistan, c’était il y a une dizaine d’années, nous avaient affirmé que Ben Laden était gravement malade, les reins bloqués, sous dialyse permanente. Apparemment, il se trouverait dans une clinique climatisée, cachée dans une grotte. Dirigeant le monde, dictant ses ordres. Dans le style “design” et “high tech” des méchants, contre qui se bat le vaillant chevalier de cinéma James Bond.

 

Mais, comment contacter l’increvable PDG de cette multinationale aux multiples filiales ?...

 

Heureusement, l’opinion publique est moins imbécile que ceux qui pondent, répandent, véhiculent pareilles fadaises. C’est dans un immense éclat de rires que les internautes se sont évertués à trouver les meilleurs moyens de le contacter, dans le désir d’aider nos brillants services de renseignements : sur son portable, via Twitter ou encore Facebook, par les Ninjas, et autres astuces… (2)

 

D’autres, avec la précision du chercheur et de l’analyste, ont fait justice de ces manipulations de l’information. L’un d’eux, Lounis Aggoun, en rigoureux journaliste d’investigation, en démonte les mécanismes dans un livre remarquable : La Colonie française en Algérie – 200 ans d’inavouable – Rapines & Péculats. (3)

 

Un des meilleurs ouvrages de géopolitique publiés en français ces dernières années. A lire et relire, pour exercer son esprit critique, et approfondir ses connaissances sur les enjeux et les rapports de force dans la région.

 

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Là, nous ne sommes pas dans les fumeuses théories académiques des pseudos “géopoliticiens” de la propagande, présentant un bazar idéologique de “chocs, chaos, « fitna » et radicalismes” en tous genres, pour affoler le chaland et brouiller les cartes.

 

Nous sommes dans la dissection ou le démontage, des faits, des recoupements, des rouages et engrenages. De l’examen au scalpel et au microscope, du magma de souffrances et de prédations, qu’on veut nous présenter sous forme de BD, avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre…

 

Dans un émouvant, courageux, et passionnant entretien avec Silvia Cattori, le mois dernier, Lounis Aggoun en résume les grandes lignes. (4)

 

Il rappelle la criminelle responsabilité, dans la guerre civile algérienne, des services spéciaux de l’armée. Ceux sont eux qui, avec l’aide des gouvernements occidentaux dont ceux de la France, socialistes ou conservateurs, de “droite” ou de “gauche”, en ont été à l’origine et en ont alimenté les diaboliques fourneaux.   

 

Tous avaient  intérêt à éliminer une opposition (30% des votants) dont la revendication essentielle était une condamnation de la corruption de la nomenklatura, et une volonté de redistribution des immenses richesses du pays livrées au pillage des puissances étrangères (pétrole, gaz, minerais, etc.).

 

Pays, qui compte tenu de ses ressources devrait avoir le niveau et la qualité de vie de la Norvège, un climat de rêve en prime…

 

Guerre civile, nous dit-on. Des milliers de morts, de blessés, de traumatisés, des années de retard dans le développement économique, plusieurs générations sacrifiées. Un Maghreb cassé, entravé dans son édification, provocant une perte annuelle, entre 2 et 3 % au minimum, d’accroissement du PIB pour l’ensemble des pays de cette région.

 

Provocations, assassinats, attentats, sont organisés, dans leur quasi-totalité, par les services secrets pour justifier répression et soutien de l’Occident dans la défense de la civilisation. Oui : Justifier les pleins pouvoirs et la dictature militaire. Le terrorisme islamique ?...

« On peut aisément prouver que chacune de ses actions d’envergure est intervenue à un moment clé qui a eu pour conséquence de desservir le peuple algérien et de renforcer le régime. » (5)

 

Lounis Aggoun démontre l’instrumentalisation des organisations islamistes. GIA et FIS, au plus fort des violences, « travaillaient la main dans la main avec le DRS (services secrets algériens) » (6). Notamment un de leurs principaux chefs, Abassi Madani, qui était un agent infiltré.

 

De même : « L’AQMI et le DRS sont une même organisation […] Amari Saïfi (alias Abderazak el Para ou Abou Haydara), dit « le Ben Laden du Sahara », leader du GSPC. Ce « terroriste islamiste » est en réalité l’ancien commandant de la garde du ministère de la Défense algérien et un agent du DRS. » (7)

 

Dans cet exceptionnel témoignage, Lounis Aggoun, donne une décapante analyse, d’une précision chirurgicale, sur l’appareil de propagande à l’œuvre en France. Avec ses faux “experts”, agents spéciaux recyclés dans la désinformation, “intellectuels” agissant en agents d’influence, travestissant les faits, dressant les communautés les unes contre les autres, des blocs de pays les uns contre les autres, soutenant dictatures, tortures et massacres, incitant à la haine religieuse et au racisme…

 

Cette déconstruction de l’appareil de propagande qui couvre l’information et la connaissance dans notre pays, l’étouffant dans l’obscurantisme, est la partie la plus passionnante et terrifiante de ses travaux de recherche. Bien sûr, Lounis Aggoun est ostracisé, écarté, oublié, de tous les plateaux de TV et stations de radio, son dernier livre n’étant l’objet d’aucune promotion dans les grands médias.

 

Normal, trop “dérangeant” face aux mensonges dont l’opinion publique est submergée quotidiennement :

« Je mets au défi tous ces « experts » réunis, de présenter un seul élément tangible de ce qu’ils avancent sur AQMI, sinon des messages virtuels, envoyés par des terroristes virtuels, via des émissaires virtuels, qui attestent de thèses grotesques, qui se sont déroulées selon des scénarios rocambolesques, et énoncées devant des journalistes qui semblent n’avoir pour tout cahier des charges que de gober d’autant plus volontiers le mensonge que celui-ci est gros. » (8)

 

Son travail de recherche, par son niveau de qualité et de courage, rejoint celui de l’historien Suisse Daniele Ganser établissant que les attentats des années 80 en Italie étaient fomentés par les services secrets de la CIA et des armées secrètes de l’OTAN : Les Armées Secrètes de l’OTAN. (9)

 

Mais l’Occident, n’a-t-il pas un institut spécialisé, surnommé « l’Ecole des Assassins », formant chaque année des spécialistes pour des dizaines de pays vivant sous sa domination ?... (10)

 

 

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L’Okhrana Tsariste

 

Théories du complot !”, hurlent les gardiens du Temple de la Propagande, pour paralyser toute remise en cause.

 

Malheureusement pour eux : les archives sont là…

 

Rien de plus bavard, neutre, impartial, que des archives. Infiltrations, provocations, attentats, créations d’organisations terroristes, politiques, ou même “syndicales”, organisés par les services secrets des Etats eux-mêmes… Rien de bien neuf. Procédés aussi anciens que l’Histoire.

 

Dans leur “modernité”, un des premiers exemples de ces procédés parmi les plus magistralement achevés, qui a fait école depuis, sur lequel abondent archives et témoignages, est celui de la puissante et redoutable police secrète des Tsars : l’Okhrana.

 

Après l’assassinat d’Alexandre II (13 mars 1881), face à l’ébullition de la société russe rejetant le système féodal, “tout pour les riches - rien pour les autres”, le pouvoir refusant toute évolution de son système politique s’est lancé dans un totalitarisme féroce, justifiant répression et entretenant la peur.

 

Sous le règne d’Alexandre III (1881 – 1894), ce fut le paroxysme de cette pratique organisée sur le plan institutionnel par le bras droit du Tsar, Constantin Pobiedonostsev Haut-Procureur du Saint-Synode, l’équivalent d’un Garde des Sceaux en France. C’est à lui que la Russie doit le Règlement sur le maintien de l’ordre étatique et de la tranquillité publique de 1881, en vigueur jusqu’en 1917…

 

Présenté comme un “Règlement temporaire” de « maintien de l’ordre », il fut prolongé d’année en année, avec pour finalité l’accroissement des jugements arbitraires, avec des simulacres de procès ou, encore mieux, sans procès. Argumentaire, rhétorique, idéologie, se retrouvant dans nombre de législations contemporaines de nos pays, pour en museler les libertés publiques au prétexte de “maintien de l’ordre” ou de “lutte contre le terrorisme”…

 

Cette règlementation servit de couverture à un système policier géré par un génie de l’époque, d’une intelligence, d’une ruse, hors du commun. Certains disent : d’une perversité hors norme. C’était : le lieutenant-colonel Grigori Soudeïkine.

 

Haut fonctionnaire de la police secrète, chargé des enquêtes et surveillances d’ordre politique, il élabora une implacable méthodologie fondée sur l’interaction entre infiltration et provocation. Son but n’était pas simplement d’arrêter des opposants et de les retourner comme agents de renseignements mais, progressivement, de contrôler et d’animer lui-même les mouvements clandestins d’opposition.

 

Il arrêta, ainsi, un des principaux chefs du mouvement « La Volonté du Peuple », Sergueï Degaïev, avec lequel il organisa des attentats donnant le prétexte d’arrestations assimilables à des rafles parfaitement ciblées.

 

Grigori Soudeïkine alla jusqu’à programmer l’assassinat des plus hauts personnages de l’Etat afin de prendre les terroristes en flagrant délit, et légitimer le régime de terreur : le directeur général de la police, Plehwe, le ministre de l’intérieur Dmitri Tolstoï (à ne pas confondre avec l’écrivain Léon Tolstoï…)… Du travail d’orfèvre.

 

Mais, jouer à l’apprenti sorcier est dangereux. En 1883, comme souvent dans ce contexte, sa propre créature lui échappe. Degaïev organise l’attentat de Grigori Soudeïkine. Le Tsar ne se consolait pas de sa mort… (11)

 

Il avait tort, car des élèves aussi doués, si ce n'est plus que leur maître, prennent en main l’Okhrana. Deux ex-révolutionnaires, qui accomplirent une brillante carrière dans les services secrets du Tsar, notamment : Sergueï Zoubatov et, son adjoint, Nikolaï Berdiaev.

 

Avec ces deux éléments d’exception, les services spéciaux de la Russie tsariste franchissent un pallier supérieur : non seulement, ils infiltrent les partis révolutionnaires et contrôlent leur action, mais en plus ils gèrent leurs scissions et dissensions. Provoquant assassinats et règlements de compte entre eux, pour en arriver à leur neutralisation.

 

Poussant le raffinement au plus haut point, ils vont jusqu’à créer les premiers embryions de syndicats…

 

Procurant locaux, subsides, machines à imprimer des tracts, Zoubatov et la police secrète, constituent, en 1901 à Moscou,  la « Société d’Entraide des Ouvriers des Productions Mécaniques ».

 

Devant le succès de l’opération d’infiltration et de contrôle, ils renouvellent le stratagème en avril 1904, à Pétersbourg, créant une « Union des Ouvriers Russes des Fabriques et Usines de Saint-Pétersbourg ». Le dirigeant le plus actif de ce syndicat était un pope, évidemment agent secret, Gapone. Une de leurs plus grandes réussites fut la défection d’Evno Azef, chef de l’ « Organisation de Combat des Socialistes-Révolutionnaires »….

 

Toutes les actions violentes dans les grandes villes étaient organisées par la police secrète. C’est un de ses membres, Iegor Sazonov, qui tuera le ministre de l’intérieur en jetant une bombe sur sa voiture, le 28 juillet 1904. Ces actes prouvant la nécessité de renforcer les moyens de la police, et l’élargissement de la répression, pour lutter contre le terrorisme… (12)

 

Suivant à la trace les opposants hors de Russie, la police secrète ouvre des antennes dans toutes les capitales européennes. Installant à Paris, un as du renseignement et de la provocation, Piotr Ratchkovski, qui travaillait en liaison avec les services secrets français pour faire la chasse au révolutionnaire. Au point de se permettre de tester leur efficacité et leur motivation :

« Le 29 mai 1890, la police française effectue, sur l’ordre du ministre de l'Intérieur Constant, des perquisitions chez vingt immigrés russes. Elles y découvrent des bombes et des moyens d’en fabriquer, tout ce qu’il faut pour démasquer les « nihilistes » russes, préparant un attentat contre Alexandre III.

Les conspirateurs et la police française ignorent que l’affaire a été fabriquée de toutes pièces par le provocateur Piotr Ratchkovski, qui, en 1885-1902, dirige les services étrangers du département de la police, à Paris. » (13)

 

A l’époque il n’y avait ni radio, ni TV, mais les médias, sous forme de la presse à grand tirage, étaient noyautés. Ils y avaient leurs "agents d’influence". C’est ainsi que les archives de l’Okhrana ont livré des noms de journalistes français, avec les reçus de leurs émoluments.

 

Parmi eux on trouve un rédacteur du Figaro, où il tenait la rubrique de politique étrangère, Raymond Recouly. Son nom de code d’agent de l’Okhrana était Ratmir. Il avait pour charge de chanter les louanges de la sanguinaire dictature tsariste, on disait “autocratie” pour faire plus chic, et de repérer les intellectuels opposants. Il encaissait mensuellement la somme de 500 francs par mois, somme considérable en ce début de 20° siècle… (14)

 

Ce fut à cette époque que furent planifiées les déportations massives vers la Sibérie. En fait, ce sont les très chrétiens Tsars de Russie et leurs collaborateurs qui organisèrent les premiers « goulags ». Chaque année ce sont entre 10.000 et 13.000 citoyens Russes qui furent déportés, jusqu’à des enfants de 14 ans, dans des conditions épouvantables de survie, difficilement imaginables. George Kennan qui avait pu visiter quelques uns de ces goulags de l’époque en était atterré. Il en a livré un témoignage bouleversant dans un livre publié en 1891. (14)

 

La machine répressive ne connaissant plus de limite, tout cela bien souvent sans preuve, si ce n’étaient les prétextes les plus bureaucratiques fondés sur le soupçon : « mode de pensée nuisible », « relations douteuses », « appartenance à une famille néfaste ». Signatures de l’arbitraire et du totalitarisme.  

 

Mais une police, quelles que soient la sophistication de ses techniques et la capacité d’imagination de ses éléments les mieux formés aux pratiques de la répression, ne peut servir de rempart à une révolte provoquée par l’injustice économique et sociale soulevant tout un peuple.

 

Ce fut 1917…

 

Heureusement, en France, nous sommes loin de ces comportements. Ecoutant les représentants de notre police s’offusquer qu’on puisse soupçonner que des éléments en civil aient pu jouer les “casseurs”, pour discréditer les manifestations contre la loi sur les retraites, j’en étais ému. Devant leur air choqué, ils me faisaient penser aux jeunes filles en fleur des romans de Proust, buvant leur thé le petit doigt en l’air dans leurs gants en dentelles.

 

C’est vrai, dans les autres pays, ce sont les élèves des écoles de police et leurs instructeurs qui jouent habituellement les “casseurs”, pour effrayer le bourgeois. Cela leur est crédité, dans leur cursus de formation, comme “travaux dirigés”. Mais, pas en France. Nous avons une police vertueuse. Quant à nos services secrets, ils sont angéliques.

 

Dormons sur nos deux oreilles.

 

Sinon… Entre toutes ces barbouzeries, barbes et fausses barbes… En cette période, on risque de confondre Père Noël et Père Fouettard…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Serge Victor, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, préface d’Eric Hazan, éditions Lyber Zones, 2009, http://www.editions zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=103

(2)  Exemple : La France doit contacter Ben Laden : avec l’aide de Michael Vendetta ?, http://www.lepost.fr/article/2010/11/19/2310452_la-france-doit-contacter-ben-laden-avec-l-aide-de-michael-vendetta.html#xtor=ADC-218

(3)  Lounis Aggoun, La Colonie française en Algérie – 200 ans d’inavouable – Rapines & Péculats, éditions Demi Lune, 2010.

(4)  Entretien de Lounis Aggoun avec Silvia Cattori, du 14 octobre 2010, en deux parties :

i)  http://www.voltairenet.org/article167288.html  

ii) http://www.voltairenet.org/article167514.html

(5)  Lounis Aggoun, entretien avec Silvia Cattori, Op. Cit.

(6)  DRS : Département de Renseignement et de Sécurité, ex-Sécurité Militaire de l’Armée Algérienne.

(7)  Lounis Aggoun, entretien avec Silvia Cattori, Op. Cit.

(8)  Lounis Aggoun, entretien avec Silvia Cattori, Op. Cit.

(9)  Daniele Ganser (professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Bâle), Les Armées Secrètes de l’OTAN, éditions Demi Lune, 2007.

(10) Inside the dark legacy of the US ‘School of Assassins’, RT, 19 novembre 2010, http://rt.com/usa/news/usa-military-school-americas/

(11) Michel Heller, Histoire de la Russie et de son empire, Editions Plon, 1997, pp. 834 – 835.

(12) Michel Heller, Op. Cit., p. 883.

(13) Michel Heller, Op. Cit., p. 854.

(14) Serge Victor, Op. Cit.

(15) George Kennan, Siberia and the Exile system, Londres, 1891, vol. 2., p. 456, cité par Michel Heller, Op. Cit., p. 836.

 

 

 


 

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