Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes... Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant...
« Depuis que l’humanité s’est asservie à l’économie, elle n’a plus que la liberté de l’inimitié. »
Karl Kraus (1)
Quel délice de se réveiller dans une France “vertueuse”…
Cascades, ruissellements de beaux sentiments, face à l’horreur : l’équipe de France en Afrique du sud. Devenue l’incarnation du Mal.
La grande purge. Fureur, tremblements… Stupeur, vociférations…
Car nous incarnons des valeurs, l’honneur, l’intelligence, avec du courage à revendre…
Alors que Les Bleus…
Réduits en bouc émissaire, permettant aux pires pulsions collectives de s’exprimer dans le lynchage. Rite sanctificateur, assurant la bonne conscience de la populace, libérant le vomi de ses lâchetés quotidiennes, renoncements, frustrations…
Médias et politiciens déversant, à grands chaudrons, de l’huile sur le feu.

Jeter la première pierre
En victime expiatoire : le joueur Anelka.
Cette année, il a effectué une des plus belles saisons de sa carrière. Brillant sous le maillot de Chelsea, en Grande-Bretagne, en première division d’un championnat réputé être un des plus difficiles du monde. Il faut voir les buts de rêve qu’il a marqués tout au long de cette compétition.
Il est vrai, comme le rappellent ses fans de Chelsea où il est très estimé, qu’il évolue dans un club animé, géré, par des dirigeants qui sont autre chose que des “notables de la république des copains”, un authentique “coach”, un encadrement technique qui n’est pas le résidu de pistons et favoritismes, avec sur le terrain des “meneurs de jeu”…
Anelka, c’est un stradivarius. Confiez pareil instrument à des enfoirés, et ils le réduiront en boule de papier mâché…
Bien sûr, il a tenu des propos inconvenants dans un vestiaire…
Episodiquement, lieu de défoulements, de psychodrames, d’explosions de tensions, bien connu des sportifs “pratiquants”. Où même la superstar du foot britannique, David Bekham a reçu une chaussure à crampons sur la figure, envoyée par son entraineur. Sans le viser personnellement…
Plusieurs points de suture. A la sortie, l’un et l’autre échangeaient une poignée de main, avec le sourire. Car des propos de vestiaires n’appartiennent qu’à ceux qui en partagent la promiscuité.
L’esprit d’équipe, c’est cela aussi. La solidarité dans la tension, face aux hordes sauvages des médias cannibales. Non pas se déculotter devant le premier journal à la sauce paparazzi.
Mais la presse de caniveau, surtout dite “sportive”, avait besoin de grain à moudre pour enrayer ses tirages flageolants. Et puis, elle paye bien, elle a “de l’influence”. Alors pour les margoulins du circuit, se cramponnant à leurs potagers, ceux qui n’ont rien dans le ventre, c’est la peur au ventre…
Devant cette chasse à courre, cette curée, je pensais à Jésus, dans une des scènes les plus impressionnantes des Evangiles, apostrophant les intégristes juifs qui souhaitaient lapider une femme adultère, suivant la prescription de Moïse assuraient-ils :
« Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ! » (2)
Car, au premier rang de la populace déchainée, menant le train, écorcheurs armés de leurs gourdins, hachoirs, pinces et coutelas, qu’a-t-on vu ?...
Les médias. Bien sûr. Corporation égale à elle-même, quelles que soient occasions, circonstances : “diaboliser”, c’est leur métier. Pas celui d’informer.
Il faut comprendre leur fureur : une élimination ce sont des tirages qui baissent, rien à faire mousser. Pour les TV et radios, ce sont les tarifs publicitaires, qu’on allait gonfler au fur et à mesure de l’approche de la finale, s’évaporant… Alors le présentateur le plus stupide, le plus inculte, en rajoutait dans le crachat racoleur. Il faut bien faire son métier, n’est-ce pas ?...
Les puissants casinotiers, et autres occultes officines de paris en ligne, qui voyaient disparaitre les trois quarts de leur chiffre d’affaires prévisionnel…
Aghhh !…
Eux, qui s’étaient défoncés pour obtenir toutes les autorisations, de l’Union Européenne, puis de chacun des Etats représentant les plus gros “bassins de consommateurs”, France en tête, peaufinant tous les rouages des paris sur le web, pour être fin prêts dès l’ouverture de la Coupe du Monde. Pour des spécialistes de l’arnaque à la chance : pas de chance !
Jusqu’aux limonadiers, armés de leurs fauteuils en rotin plastifié dans lesquels ils avaient investi avec l’écran plasma pour animer leurs terrasses, voir la moitié de leur chiffre d’affaires partir en fumée…
Et, les alcooliers qui se frottaient les mains dans la perspective des beuveries d’après match victorieux. Pschitt… Pierrette et son pot de bière se cassant la figure… Zut !… Pas de bol ! Ou, pas de chope !
Jusqu’à des “philosophes” connus pour leur fanatisme sanguinaire, glorificateurs des crimes contre l’humanité, spécialistes du "plomb durci", promoteurs des bombardements à “uranium appauvri” et au phosphore de populations civiles, qui en redemandaient. Postillonnant de vindicte contre la “déliquescence”… Le postillon leur tenant lieu de pensée : écrabouillons Les Bleus beuglaient-ils !...
Dissimulant le fait que ce sont des milliards qui s’échangent dans une totale opacité, entre les droits de retransmission TV, les sponsorings et autres sources de financement des différentes fédérations.
Mais, désigner un bouc émissaire permet d’éviter pareille remise en cause.
Ces joueurs à la courte carrière, ne doivent pas leurs rémunérations, quels que soient leurs montants, au piston, à des réseaux, à la courtisanerie, au favoritisme, à la “promotion canapé”, à des marchés truqués avec rétrocommission, mais à leur seule valeur personnelle.
Qui peut en dire autant ?... Dans les médias, royaume du népotisme ?... Certainement pas.
Encore moins dans nos institutions frelatées où des sénateurs, pour ne prendre qu’un exemple, s’incrustent jusqu’à des âges canoniques, allant jusqu’à céder leur siège à un de leurs rejetons.
Tous ces politiciens, tous partis confondus, cumulant fonctions, postes, missions bidons, logements et dépenses somptuaires aux frais de la République. Jusqu’aux cigares… Quel que soit leur niveau de compétence…
Les Bleus, leurs enfants, ils ne pourront pas les pistonner, comme les fistons et fifilles de cette nomenklatura. S’ils ne savent pas taper dans un ballon avec le talent de leurs pères, ils ne passeront pas. Quoi qu’on en dise, sur un terrain de foot c’est le “droit au mérite”.
Finalement, cette caste politique n’arrive pas à la cheville de ces joueurs en termes de valeur professionnelle. Sans parler de valeur personnelle.
Il y a un sentiment que j’évite : le mépris. Difficilement…
M’efforçant de le transformer en tarte à la chantilly. Rêvant d’entartrer ainsi ces politiciens.
Mais, gâcher de la chantilly pour si peu…
(1) Karl Kraus, Cette Grande Epoque, Editions Payot,, collection petite bibliothèque Rivages, 1990.
(2) Evangile selon saint Jean 8,1-11.