Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes... Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant...
New Delhi. Le 15 avril dernier, la Fondation de l’Association des Camionneurs Indiens (1) organisait une soirée
de bienfaisance pour le lancement d’une campagne de sensibilisation de la profession dans la lutte contre le sida. Elle avait invité des "stars" locales et internationales dont Richard
Gere.
Au cours de cette soirée, celui-ci s’est précipité sur l’actrice indienne, Shilpa Shetty, la saisissant à bras le corps, la courbant en
deux, dans une fougueuse et longue embrassade sur la joue. Scandale médiatique en Inde, provoquant des réactions de rue allant jusqu’à brûler les portraits de l’acteur américain. Certains
Indiens ont vécu cette scène comme une humiliation de la femme indienne et de l’Inde par un occidental.
Libre aux Indiens d’interpréter cet incident à leur convenance. Ce qui est intéressant à analyser c’est la "contre réaction" des médias occidentaux. Ce fut, sans nuance, une condamnation de "l’archaïsme" de l’Inde avec une condescendance et un mépris affichés en toute bonne conscience. Le mot « archaïsme » revenant sans cesse…
En fait, où était "l’archaïsme" ? Chez les Indiens ? Ou chez les présentateurs TV, dont l’inculture est "no limit" ?…
Richard Gere ne se serait jamais comporté de la sorte aux USA, publiquement, quel que soit l’objet de la soirée. Il sait très bien qu’il aurait plusieurs procès des associations
féminines ou même des associations bien-pensantes (elles sont particulièrement nombreuses et puissantes aux USA) pour offense à la femme ou à la morale. Pour obscénité, même.
Actuellement, le moindre regard considéré comme insistant, le moindre attouchement fortuit ou délibéré, le moindre propos, estimés comme du harcèlement ou de la discrimination à l’égard
d’une femme, vous mènent tout droit devant les tribunaux américains.
Là, curieusement, personne n’emploie le terme "archaïsme". Ce comportement, où l’inconscient parle de lui-même, illustre la tendance pour un occidental à se comporter dès qu’il
sort de son pays, ou dès qu’il considère un autre pays non occidental : en "pays conquis"… Ayant tous les droits.
Pascal n’avait-il pas déjà écrit : "Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà" ?
Cela me rappelle un échange, que j’ai eu avec un couple de parisiens lors d’une visite amicale du chantier d’une de leurs résidences secondaires. C’était à Marrakech. Ce couple, passant
pour raffiné, cultivé, était contrarié par "l’archaïsme" des artisans qui refusaient de réaliser la frise de calligraphies qu’il avait choisie, en "zellige gratté" (2), pour leur gigantesque salle de bains et toilettes. Il tenait à cette frise pour l’encadrement des portes, fenêtres et le haut des murs. C’est dans un
livre sur l’art arabo-musulman qu’il l’avait trouvée.
Les artisans avaient fait valoir que les calligraphies demandées représentaient des extraits du Coran. Inacceptable de les installer dans une salle de bains et des toilettes. Pour ce couple, il
s’agissait d’une réaction témoignant du dernier des "archaïsmes". Tout juste, s’il n’ont pas employé le mot de "fanatisme" ou "d’islamo-fascisme"…
J’ai essayé de faire comprendre, le plus délicatement possible, qu’en Europe, il ne nous viendrait pas en tête, à qui que ce soit, de décorer des toilettes et des salles de bains, avec des
statues ou des inscriptions religieuses chrétiennes, par exemple. Ne voulant probablement pas reconnaître son erreur d’appréciation, en toute bonne conscience, nullement gêné, ce gentil couple
m’a asséné l’argument suprême : "Pour nous le problème ne se pose pas : nous sommes athées"…
Soudain, je me trouvais face au plus pur des "archaïsmes" : la "pensée fossile"…
(1) Truckers Corporation of India Foundation.
(2) Le « zellige gratté » est un carreau de faïence de couleur
vernissée (vert, bleu ou marron, généralement) sur lequel les “arabesques” sont dessinées en faisant sauter le vernis, pour laisser apparaître la terre cuite. Reste, alors, la forme choisie, en
relief, avec sa couleur et son vernis. Les « maîtres zélligeurs », sous des abords souvent modestes, sont de très grands artistes qui perpétuent un des arts les plus raffinés, vieux
de plusieurs siècles. Le prix du mètre carré de ce type de zellige est particulièrement élevé. Il dépend de la qualité du carreau et de sa couleur et, bien sûr, de la « cote » du
« maître zélligeur ».