Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes... Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant...
Bac + 5 en
littérature : caissière dans un supermarché. Pardon : hôtesse de caisse… Mariée, 28 ans. Heureuse d’avoir cet emploi, qu’elle assume. C’est, en effet, un métier tout aussi honorable
qu’un autre. Elle l’a trouvé au cours d’un stage, alors qu’elle était étudiante. Depuis, elle est restée. Bien obligée, ce sont des centaines de CV qu’elle a envoyés à la ronde : sans
réponse.
A défaut, elle aimerait bien bouger dans l’entreprise, évoluer, occuper d’autres fonctions : impossible. Caissière elle est, caissière elle restera. Elle explique fort bien les différents essais et espoirs qu’elle a formulés en ce sens.
"Mobilité interne"… Et autres baratins, ou bla-bla-blas, dont regorgent les communiqués et postures des dirigeants et actionnaires de ces groupes, se partageant le quasi monopole de la distribution dans nos pays… La "Grande Distribution", dictant ses volontés sur l’organisation du commerce intérieur et extérieur de nos pays. Véritable "sida" de nos économies, minant leur substance, leur équilibre, leur développement, pour l’enrichissement colossal d’une poignée de familles actionnaires et de leurs réseaux. J’en reparlerai dans un prochain post.
Visitez son Blog : caissièrenofutur. C’est sa vie au quotidien qu’elle raconte. Humour, constats, fines observations, portraits, sont là : clients, collègues, resquilleurs, goujats et gentlemen, voleurs et vigiles… Toute une humanité. Son "insertion professionnelle" représente le sort de beaucoup d’étudiants diplômés de l’Université, à la sortie de leurs études.
A travers ce cas emblématique, se pose la finalité de notre "Enseignement Supérieur", de notre Université. Question fondamentale : quel « sens » veut-on donner lui donner dans notre pays ?
Est-ce une formation destinée à "apprendre à apprendre" et à s’adapter, suivant la formule millénaire des meilleurs enseignements ?... Formation de l’esprit d’analyse, de l’esprit critique, fondée sur une solide culture, avec l’apprentissage d’une discipline ou d’une spécialité. Et, avant tout, sur la maîtrise d’une ou plusieurs langues. A commencer par la langue de son propre pays.
Est-ce une formation clé en mains, destinée à satisfaire les besoins de l’entreprise, qui ne veut plus investir dans une formation sur le tas ?... Formation sur le tas, qui a été celle d’une multitude de générations.
Est-ce une antichambre de l’ANPE ?... Différant un chômage inéluctable, du fait des délocalisations effectuées sans discernement. Réduisant en miettes le tissu social.
L’essentiel étant pour la caste au pouvoir d’assurer l’avenir de ses rejetons, dans des circuits d’enseignement privilégiés, et hors de portée des citoyens "d’en bas"… Tout le monde sait que l’enseignement supérieur français est à deux vitesses. Comme dans d’autres pays occidentaux. L’un, le circuit des grandes écoles qui, du fait des études chères ou payantes, nécessitant le passage dans des classes préparatoires, revient à institutionnaliser une cooptation. Seuls les enfants des catégories à haut revenus arrivent à monter dans ce train. Le "TGV". Et, puis l’autre : le "tortillard".
Je discutais, il y a peu, avec des professeurs d’universités britanniques qui se plaignaient d’avoir des étudiants incapables d’écrire un paragraphe qui tienne la route, ou d’analyser un texte. La "génération consoles de jeux", comme ils l’appellent. Symptôme, d’après eux, du délabrement de l’enseignement secondaire, délaissé par les responsables politiques… Signe évident qu’un "enseignement supérieur" de qualité plonge ses racines dans un excellent enseignement primaire et secondaire. L’Education d’une nation ne se découpe pas en tranches, au gré des slogans et foucades des politiciens
Toutes ces interrogations sont, évidemment, indissociables du modèle social que les citoyens veulent donner à leur destin collectif. C’est à cette question que le gouvernement actuel ne veut pas répondre. Préférant bâcler, dans la précipitation et l'arrogance, une loi dite de "modernisation de l’Université". La loi Pécresse, du nom de la ministre qui en a la responsabilité : loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités, ou loi LRU.
Les services de la ministre pavoisent : "60 heures de concertation" !... Trois fois moins que pour l’introduction des radars sur les
autoroutes… On ressent d’autant plus fortement le travail "bâclé" de cette réforme universitaire, quand on voit le luxe de concertation, d’audition, de consultations dont s’entoure le
gouvernement dans la préparation actuelle du Livre Blanc de la défense nationale pour les années à venir. Des heures
d’audition, y compris de militaires, consultants et spécialistes étrangers…
Il est vrai que les "enjeux financiers", apparents et occultes, sont plus attrayants. Les lobbies de l’armement, extrêmement puissants en France, ont besoin de faire passer la pilule avec plus de doigté. Car, les français vont devoir se saigner les quatre veines pour financer des "efforts de guerre". Au détriment de tous les autres budgets prioritaires pour la population : Santé, Education et Retraites. Eux, ont pour vocation d’être sabrés au quotidien. Pas les fabuleuses rentes de situation des marchands de canon…
Bien sûr, il faut réformer l’Université, en moderniser le fonctionnement, le mode de gestion. Mais cela doit se faire non pas dans un abandon précipité, mais par le signe que l’Etat veut s’engager dans une priorité. Non pas en considérant l’Université comme un fardeau, dont on prétend se débarrasser sur les Conseils Régionaux et les entreprises.
Rarement, il est donné de constater un tel niveau de nullité dans la préparation d’une loi aussi importante pour le devenir d’un pays :
i) La préparation de cette loi est un exemple d’absence de concertation et de discussion. S’agissant d’un pilier fondamental de l’avenir de la collectivité, la réforme de l’enseignement supérieur aurait dû être considérée avec l’ensemble de l’Education. Avec autant de soin que pour la préparation d’un Livre Blanc destiné à la modernisation de la défense nationale. Avec autant de soin que pour un Grenelle de l’Environnement. Avec une concertation qui ne se limite pas à quelques cercles « d’initiés », ou de mandarins en quête de contrats de recherche juteux. Recherche dont l’essentiel est financé par la collectivité, les entreprises encaissant à leur seul profit les bénéfices…
ii) La préparation de cette loi est un exemple d’absence de conscience professionnelle : on n’applique jamais des modifications de structures ou de fonctions (qui doit décider quoi, comment et jusqu’où…) sans avoir mis au point, au préalable, une stratégie à long terme, portée par des valeurs et un sens, à partir du moment où le devenir d’une communauté est en jeu.
Je manque d’objectivité. Cette loi, dans sa préparation, sa conception, n’est pas nulle. Elle est nullissime.
Alors, le mouvement des étudiants : que représente-t-il ? Une hostilité bornée à la loi Pécresse, comme l’assurent les médias de la propagande officielle ? Ou, une saine réaction devant ce "je m’en foutisme" politicien ?…
Je pense que le sens de cette révolte est profond. Il traduit l’inquiétude et le désarroi d’une jeunesse qui sait, malgré tous les discours, qu’elle sera marginalisée. C’est ce refus qui donne du sens. D’ailleurs, le mouvement a été rejoint par des lycéens. Preuve qu’ils appréhendent ce qui les attend à la sortie de leurs études secondaires.
Pour l’Université, le gouvernement veut passer en force, sans concertation. Il n’y voit qu'un exercice de ses talents de manipulation, dans la répression : rendre incompréhensible ce mouvement du reste de l’opinion, le diaboliser pour l’isoler. Alors, ce sont les gros moyens de la propagande via l’instrumentalisation des médias : diffamation du mouvement, de son mode d’organisation, de ses revendications, etc. D’où la multiplication des démonstrations de force et les violences policières.
Dernièrement, lors de son séjour en Chine, Le Génie Serein du Matin Calme ("Sarkozy", en pékinois et en cantonais…) a dit : « La France commence à se réveiller… ».
Oui !... Grâce aux grévistes, étudiants et lycéens protestataires, nous voilà rassurés. Contrairement au conte des Frères Grimm, reprenant la légende du Joueur de flûte de Hamelin, la France ne se résume pas à un troupeau de rats courant à la noyade, endormis par la flûte enchantée de la propagande de la caste au pouvoir...