Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes... Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant...
Haïti. La première terre du continent américain découverte par Christophe Colomb, en 1492. En hommage à l'Espagne, qui avait sponsorisé son expédition, il l'avait baptisée Hispaniola. Les français sont arrivés plus tard. Pour ne pas se marcher sur les pieds, ils se sont répartis l'île. Concluant un deal (1) : deux tiers à l'Espagne, le tiers restant à la France, la partie ouest, sous le nom actuel d'Haïti.
Début avril 2008, plusieurs haïtiens ont été tués et blessés, par la police, dans une manifestation (2). Ils protestaient contre la pauvreté. Survivant dans un des pays les plus pauvres du monde. Où la quasi-famine, est omniprésente. Les plus pauvres se nourrissant de galettes de boue. Aucune liberté, aucun droit de l'homme respectés. Dictatures (3), succédant aux régimes corrompus, se suivant et se ressemblant, dans des simulacres d'élections....
On n'en entend pas parler. Haïti, ne figure pas dans le plan média du Marketing des "Bonnes Causes". Permettant aux "belles âmes", aux politiciens de se donner en spectacle sur les plateaux de TV, ou devant les micros. Entretenant leur fonds de commerce par de splendides envolées sur la liberté et la dignité humaine, que l'on se doit de protéger chez les autres. Enfin, chez certains autres...
Près de 9 millions d'habitants, vivant sur 27.000 Km2. Territoire vingt fois plus petit que la France. Environ, 200 milliardaires qui se partagent l'essentiel de la richesse du pays, avec leurs sous-fifres et la complicité de leurs protecteurs étrangers.
Concentré de tous les fléaux : pauvreté extrême, espérance de vie de 53 ans, taux d'analphabétisme supérieur à 60 %, chômage des jeunes dépassant les 80 %. Pays le plus pauvre de l'Hémisphère nord, encore plus pauvre que bien des états africains ou asiatiques.
Il a connu toutes les horreurs historiques. Génocide des habitants de l'île qui, en 25 ans, ont été éradiqués, comme des moustiques : Taïnos, Arawaks, Caraïbes... Esclavage : dès le début du XVI° siècle, importation continue d'Afrique, pendant plusieurs siècles.
Esclaves, toutefois, qui se sont révoltés au moment de la Révolution française, souhaitant leur indépendance et la fin de leur statut de sous-hommes. Menés par des chefs exceptionnels, avec leurs qualités et leurs défauts, dont Toussaint Louverture (4). On a fêté le 7 avril dernier l'anniversaire de sa mort. Pratiquement, au même moment que les sanglantes manifestations.
Les grands propriétaires et trafiquants ne l'ont pas admis. Grâce à l'importation massive d'esclaves et à une déforestation colossale, par la culture du riz, du tabac et de l'indigo, Haïti était devenu un véritable pactole pour quelques richissimes colons.
Ils ont réussi à obtenir de Napoléon une expédition impressionnante de 30.000 hommes, sous le commandement de son beau-frère le général Leclerc (5). Avec pour mission, le rétablissement de l'esclavage, qui avait été aboli en 1793. Et, objectif tout aussi primordial, s'emparer des dirigeants indépendantistes.
Dans un premier temps ce fut un succès, à la hauteur des moyens engagés. Tous les moyens. Déclaration du 7 octobre 1802, du représentant du pays des Droits de l'Homme, le général Leclerc :
"Nous devons détruire tous les Nègres des montagnes, hommes et femmes, en n'épargnant que les enfants de moins de douze ans. Nous devons détruire la moitié des Nègres des plaines, et ne pas laisser dans la colonie un seul homme ayant jamais porté l'épaulette. Sans ces mesures la colonie ne sera jamais en paix..." (6)
Mais les français, commandés par le général Rochambeau, ont dû se retirer après avoir été battus par le successeur de Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines à la bataille de Vertières, le 18 novembre 1803. De plus, Napoléon avait besoin de troupes pour faire face aux coalitions européennes.
Comment se peut-il que ce pays soit dans une situation aussi dramatique ?... Après cinq siècles de colonisation européenne, occidentale devrait-on dire puisque les USA l'ont occupé militairement à deux reprises. Pays qui n'a connu que le libéralisme économique et le christianisme. Autrement dit, d'après les théoriciens du Choc des Civilisations : tout pour réussir...
A présent, administré par l'ONU (US $ 400 millions de budget annuel, pour 3000 militaires et policiers de la mission MINUSTAH...), le FMI, la Banque Mondiale. Haïti devrait être une vitrine face à Cuba !...

Car, nous ne sommes qu'à 80 km de Cuba.
Et, pourtant, les Haïtiens en arrivent même à envier le sort des Cubains, de leur système d'enseignement, de leur système de santé, malgré l'embargo international imposé par les USA, et la diabolisation de Cuba, depuis des décennies...
Et, pourtant, il y a des ressources minières : or, cuivre, bauxite (aluminium), marbre, carbonate de calcium... C'est toujours ma première vérification, quand j'aborde un pays en développement qui, m'assure-t-on, a des "problèmes de développement"... Inévitablement, on trouve le même phénomène que pour des pays africains, latino-américains ou asiatiques : ces richesses ne figurent pas dans les statistiques du commerce extérieur. Pas d'exportation de ces ressources !... Même dans la documentation de la CIA. A l'exportation, ne figurent dans les mentions, que : produits manufacturés, huiles, café et cacao... Mais, où passent donc ces richesses ?...
A cette "évaporation informationnelle", correspondent, évidemment, de gros trafics. Accentués par la présence des paradis fiscaux qui pullulent dans les Caraïbes. Comme souvent, ces richesses minières sont exportées au profits de groupes internationaux sans être payées à l'Etat (donc pas d'entrées en devises), mais tout simplement à une oligarchie sur des comptes offshore.
On l'occulte, la corruption, lorsqu'on parle d'un pays "pauvre", ou en "développement", a pour support l'oligarchie au pouvoir, c'est un fait. Mais, tout autant les "protecteurs" qui imposent ces régimes. Ou encore, les "donateurs" qui se satisfont de cet énorme trafic que représentent les aides. Systématiquement détournées et dont la plus grande partie va dans les poches des prescripteurs de ces donations, après avoir arrosé la dite oligarchie.
Nos "droits de l'hommistes laïcards" ne s'intéressent, en ce moment, qu'à défendre les intérêts de la théocratie tibétaine, de son clergé et de ses moines en toge safran. Amusant, pour les avoir vus, tous, postillonner pendant des semaines lors de la précédente campagne d'hystérie collective en France, soutenue par les médias de la propagande, contre le "port du voile"...
Alors, Haïti, est leur dernière préoccupation. Il restera donc scotché dans la misère, en proie à tous les trafics, à toutes les répressions, pour le bonheur d'une poignée de crapules, locales et internationales.
Seule consolation, mais signe d'espoir, en attendant que surgissent ses prochains Toussaint Louverture ou Jean-Jacques Dessalines, Haïti possède des artistes magnifiques. Les plus grands peintres contemporains sont là bas...
(1) Traité de Ryswick de 1697. Initialement, la partie française, fut nommée Saint-Domingue, la partie espagnole conservant le nom d'Hispaniola. Ce fut à partir de l'indépendance politique, le 1er janvier 1804, que fut adopté le nom Haïti.
(2) Haïti : au moins quatre morts dans des manifestations contre la pauvreté, Le Monde, AFP, Reuters, 5 avril 2008.
(3) Notamment, la terrible dictature des Duvalier, père et fils, de 1957 à 1986, protégés par les occidentaux. Grands milliardaires internationaux, dont le faste entretenait une cour et une presse servile dans les principales capitales européennes.
(4) Toussaint Louverture a été fait prisonnier par les français après être tombé dans un guet-apens. Il venait discuter, après avoir signé un accord de paix, sous la protection de la "parole" du général Leclerc. Déporté, au fort de Joux, dans le Jura, il y endura une incarcération implacable faite d'humiliations permanentes et de mauvais traitements, dans laquelle s'exprimait tout le racisme de l'époque que l'on peut imaginer. Il serait mort d'une pneumonie, le 7 avril 1803.
(5) Charles Victor Emmanuel Leclerc (1772 - 1802), premier mari de Pauline Bonaparte. Il ne survivra pas à sa mission, et mourra de fièvre jaune à l'âge de 30 ans. A Haïti même, qui s'appelait encore Saint-Domingue.
(6) Smart Bell, Madison, La Pierre du Bâtisseur, Actes Sud, 2004, p. 1024.
Crédit photo : Martin Baran
Tableau : artiste Haïtien Joseph Frantz