Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes... Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant...
Le 10 décembre 2007, c’était la Journée Mondiale des Droits de l’Homme.
La dixième année de sa célébration. Vous en avez entendu parler ? Non, bien évidemment… Le Charity
Business ne s’est pas mobilisé… "Droits de l’Homme", "Dignité Humaine", cela se « vend » moins bien que le sort de l’orang-outan dans l’île de Bornéo.
Les médias avaient d’autres chats, ou singes, à fouetter. Pour les grands ténors et cantatrices de la "défense" des Droits de l’Homme en Occident, en France tout particulièrement, cela ne
concerne que la Chine, la Russie et Kadhafi. En fait, partout dans le monde, sauf les atrocités commises par l’Occident !... Surtout pas ce qui se passe en Palestine, en Irak, en
Afghanistan, ou à Guantanamo et dans d’autres centres de tortures.
Lors de la visite de Kadhafi en France, l’hystérie a atteint son paroxysme. Ce fut le grand concert des tartuffes. Certes, il est bon de
dénoncer le comportement dictatorial de Kadhafi, à condition de ne pas oublier le reste (1).
Voir des députés, surtout ceux dits de "gauche", quitter les bancs de l’Assemblée Nationale pour ne pas y recevoir Kadhafi, au nom des Droits de l’Homme, est pure hypocrisie. J’ai assisté à la
même scène, lorsque le Roi du Maroc, Hassan II, y avait été reçu. Ou encore, je me souviens du départ de certains élus lors de la réception du Président Assad, de Syrie, au cours d’un voyage
officiel, à une réception à la Mairie de Paris.
Ce sont les "Pleureuses Professionnelles" des Droits de l’Homme. Mais, les mêmes se précipiteront pour applaudir les représentants d’Israël, quelles que soient les horreurs qu’ils commettent en Palestine ou au Liban. Ou encore Bush : un million de morts en Irak, avec la démolition totale et méthodique du pays. Au nom de la suppression d’armes de destructions massives qui n’existaient pas, et de la mise en place d’une démocratie dont on savait qu’on ne voulait pas…
Sans aller aussi loin, ces mêmes "Pleureuses Professionnelles", sont incapables de prendre un balai pour balayer devant leur porte. Celle de la France. Car, il y a en a du travail en la matière !…
Un exemple ?... Dans notre beau pays, le système carcéral est un des plus pourris et immondes de la planète. C’est pourtant à son système carcéral, à la réussite de la réinsertion des condamnés, que se mesure le degré d’évolution d’une réelle démocratie.
La France est régulièrement condamnée par le Conseil de l’Europe, dont le Comité de Prévention de la Torture (CPT) dénonce systématiquement les « traitements inhumains et dégradants » infligés dans ses prisons (2). Le CPT demande une "révision fondamentale" des critères de classement des détenus "particulièrement surveillés" (DPS), qui font l'objet de conditions de détention renforcée.
On y retrouve des traitements de tortionnaires. Tortures physiques et, de plus en plus, psychologiques, aussi effroyables : transferts
disciplinaires, isolements de longues durées, manques de soins psychiatriques, hospitalisations avec des malades attachés à leur lit malgré leur incapacité à se déplacer.
L’âme de ce système, contrairement aux lois et à l'esprit des lois, n’est pas la réhabilitation et la réinsertion, mais la destruction de l’être humain dans le sadisme, l’humiliation. Dans une
banalisation, au quotidien. La quintessence de l’idéologie dominante dans nos sociétés : la loi du plus fort.
Aperçus du respect des droits de l’homme et de la dignité humaine en France, en 2007 :
=> « A Fleury-Mérogis, dans la cellule de haute sécurité réservée aux détenus dangereux ou très surveillés, la luminosité est de 5,1 lux. La norme est de 200 lux pour une boutique, de 125 dans des étables et de 40 dans les poulaillers. Dans les cellules des quartiers disciplinaires, en général, la luminosité varie de 5 à 31 lux ». (3)
=> « Le rapport (CPT) alerte le gouvernement sur les soins médicaux de ces DPS dans deux chambres sécurisées de l'hôpital de Moulins (Allier) : "Les détenus sont systématiquement fixés à leur lit sans interruption, le plus souvent avec des entraves aux chevilles et mains menottées au cadre du lit."
=> … Prévu pour trois mois, "l'isolement est fréquemment une mesure de longue – voire très longue – durée." Un détenu de Fresnes était ainsi à l'isolement depuis dix-neuf ans. » Comme dans les « oubliettes » de sinistre renommée des prisons du Moyen Age… (4)
=> « Depuis le 23 octobre 2007 (5), N.G., tétraplégique, est incarcéré à l'unité hospitalière de soins interrégionale (UHSI) de Lyon (Rhône) alors que son état de santé est incompatible avec un maintien en détention. L'UHSI n'a pourtant pas vocation à accueillir les personnes se trouvant dans cette situation … Aux termes de l'arrêt Farbtuhs, rendu par la Cour Européenne des Droits de l'Homme le 4 décembre 2004, constitue un traitement inhumain et dégradant le maintien en prison d'un homme « paraplégique et invalide à tel point qu’il ne pouvait pas accomplir la plupart des actes élémentaires de la vie quotidienne sans l’assistance d’autrui »…
D’autres faits aussi tragiques et sordides abondent. Visitez le site remarquable de l’Observatoire International des Prisons (OIP). Aidez cette organisation qui effectue un remarquable travail de lutte en faveur du respect de la Dignité Humaine.
Que font nos Tartuffes ?... Que font nos "Pleureuses Professionnelles" ?... Que fait la caste au pouvoir, "droite" et "gauche" confondues ?... Une chose toute simple : étouffer l’information. L'opinion ne doit pas être au courant…
Pour cela deux actions classiques, comme dans toute bonne dictature soft :
Le nouveau gouvernement vient, parmi ses premières mesures, de sanctionner l’OIP (6) :
i) Pour la première fois Matignon vient de refuser la subvention annuelle, que l’OIP recevait depuis dix ans, au titre de la "Défense des Droits de l'Homme", déjà ramenée du temps de Raffarin, à 10 000 € (au lieu des 40 000 € demandés).
ii) La Mission Interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie, qui dépend des services du premier Ministre, vient elle aussi de supprimer la subvention annuelle destinée à l’OIP de 40 000 € …
« La section française de l'Observatoire international des prisons (OIP) vient d'interpeller Mme Rama YADE, Secrétaire d'État aux Droits de l'Homme dont les services assurent la liaison avec
le Conseil de l'Europe, pour que le gouvernement lève sans délai la confidentialité qui frappe le rapport établi par le Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements
inhumains ou dégradants (CPT) à la suite de sa neuvième visite en France effectuée entre le 27 septembre et le 9 octobre 2006, ainsi que la réponse des autorités françaises déposée à
Strasbourg le 8 novembre 2007.
… Pour la plupart des pays, l'autorisation de publier le rapport et la réponse associée intervient dès réception de cette dernière par le CPT. La France refuse jusqu'à ce jour de souscrire à ce principe… » (7).
Je reste toujours stupéfait lorsque j’apprends que des pays signent des accords de coopération, avec la France, pour payer des conseillers français venir leur apprendre à gérer leurs prisons ou leur système carcéral !... Avec des pays comme la Norvège, je comprendrais. Mais, là …
En étant attentif, je me rends compte qu’il s’agit toujours de pays de la zone dite "francophone". Alors, je commence à comprendre…
(1) Voir l’excellent post de Chahid, du 8
novembre 2007 : Kadhafi, son royaume fatimide, ses princes héritiers et sa « prison des chiens ».
(2) Les conditions de détention en France. Observatoire International des Prisons. Rapport 2005.
(3) Salles, Alain, Rapport d’expertise accablant sur l’insalubrité du « mitard » de Fleury-Mérogis, Le Monde, 3 juillet 2007.
(4) Salles, Alain, Prisons, Un rapport stigmatise à nouveau les pratiques de l'administration française, Le Monde, 6 décembre 2007.
(5) Communiqué OIP, du 26 novembre 2007.
(6) Fontaine, David, Pas un sou de Matignon pour les trublions des prisons, Le Canard Enchaîné, 12 décembre 2007.
(7) Communiqué de l’OIP, du 19 novembre 2007.