Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes... Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant...
“C’est la faute à pas de chance”…
Slogan, répété en boucle, par Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale. En termes de prestation d’un dirigeant assumant ses responsabilités : piteux, petit, pataud, incapable d’avoir une position convaincante, expliquant les pertes abyssales de la banque dont il assure la gestion.
Ce dirigeant a perçu un salaire de 3.425.000 euros en 2006 (1). Réparti de la façon suivante :
=> Rémunération variable (lorsque les objectifs sont atteints) : 1.375.000 euros
=> Rémunération additionnelle pour dépassement d’objectifs (!) : 800.000 euros
Ce salaire avait été augmenté de 3,8 % par rapport à l’exercice précédent. Taux d’augmentation non généralisé au personnel de base, évidemment. Le rapport 2007 n’est pas encore publié. Il est à prévoir que le niveau de la rémunération encaissée en 2007 aura, encore, été augmenté…
Assisté d’un Conseil d’Administration qui s’est partagé 750.000 euros de jetons de présence. Après avoir fait passer ce délicieux pot commun de 650.000 à 750.000 euros, lors de l’assemblée du 30 mai 2006. Soit une augmentation de plus de 15 %. Là encore, taux d’augmentation inconnu sur les feuilles de paie du personnel…
Avec tout cela, voilà un PDG incapable de savoir et d’expliquer ce qui se passe dans l’établissement qu’il dirige. En anglais, on appelle ce type de dirigeants des “fat cats”. Je traduirais par les chats grassouillets, ceux qui passent leur temps à parader et à s’engraisser… Quand une tuile tombe, ils sont incapables de bouger et, surtout, d’anticiper.
Incapable, donc. Malgré le support, cher payé, des briefings, coachings, de toutes les astuces et campagnes des cabinets spécialisés dans la "Communication" et les "Relations Publiques"…
Malgré le soutien bruyant, dans les JT, d’une “claque” complaisamment filmée, comme dans les mauvaises pièces de théâtre du XIX° siècle, chargée d’applaudir et de célébrer les louanges du dit PDG.
Un "trader" illuminé ou mégalo, se prenant pour un génie, immature et tricheur, suivant les versions des dirigeants, serait responsable des pertes à hauteur de 5 milliards d’euros qu’enregistre la banque. Glissant habilement sur une ardoise, impossible à lui imputer, de plus de 2 milliards d’euros à éponger au titre des pertes subies sur les "subprimes", ces produits spéculatifs du marché immobilier anglo-saxon (USA & UK, principalement).
Version officielle que la nomenklatura prétend imposer. Prenant, une fois de plus, les citoyens pour des "canards sauvages“…
Cela s’appelle faire porter le chapeau… Au mépris de la présomption d’innocence : photo, identité et accusations publiques ont constitué le bûcher sur lequel on jette ce “trader”. Devenu le bouc émissaire de la gestion catastrophique d’un établissement bancaire et d’un système économique devenu de plus en plus aberrant, dans son fonctionnement fondé sur la spéculation.
La présomption d’innocence, il est vrai, comme le rappellent les juristes, ne commence qu’au moment du démarrage de l’enquête de police (2). Avant, même si le délai est court, on peut tout se permettre. L’appareil médiatique s’est donc empressé de lyncher et brûler le “coupable” en place publique.
A propos de brûler, il faut espérer que les juges d’instruction, chargés de l’enquête, renforcent la présence des pompiers dans les locaux de la Société Générale !... Souvenons-nous lors de la faillite du Crédit Lyonnais, le siège de la banque avait brûlé avec, en premier, la “salle des marchés” et les archives. Suivi peu de temps après, par l’incendie des archives entreposées dans des locaux spécialisés et hautement sécurisés, en principe, au Havre.
Ces incendies, habituellement, ont lieu la nuit ou pendant les week-ends… J’ai toujours été très étonné de voir surgir ces incendies, dus à des courts-circuits, au moment où les consommations et les “tirages” d’énergie des bâtiments concernés sont les plus faibles. A l’époque, on collait tout sur le dos de Bernard Tapie…
Daniel Bouton aime la métaphore d'une voiture prenant une autoroute à contresens, pour expliquer les comportements du “trader” et de sa facilité à contourner les contrôles. Retournons-lui la métaphore, comme beaucoup l’ont déjà fait, en lui demandant d’arrêter de nous faire croire qu’on peut conduire à longueur d’année sur l’autoroute Paris-Marseille à plus de 200 km à l’heure, à contresens…
Tout simplement : impossible que la hiérarchie ne soit pas au courant, tant pullulent les contrôles dont les verrouillages et les alertes sont doublés, tracés en continu, par l’informatique (3). Niveau par niveau. Heure par heure, jour par jour.
De plus, les positions d’achats ou de ventes, si elles arrivaient à être dissimulées en interne, seraient forcément visibles en externe, ne serait-ce qu’au niveau des chambres de compensation. Eurex (Francfort), par exemple, avait contacté la Société Générale en novembre 2007, s’étonnant de ses positions importantes sur ses indices boursiers… Les médias, surtout étrangers, en ont largement répercuté l’écho incrédule.
J’évoquerai, donc, des points insuffisamment traités : les concepts de responsabilité de la gestion d’un établissement bancaire et de risque bancaire.
1. Les responsabilités
Derrière le sacrifice du bouc émissaire se dissimulent, en ombres chinoises, des responsabilités déterminantes dans cet Enron à la sauce française. Je me limiterai à trois niveaux.
1.1. Le PDG et le Conseil d’Administration
Dans le système bancaire français, les directions et les conseils d’administration veulent des salaires américains, mais surtout pas la contrepartie : la mise en jeu des responsabilités
lorsque, éventuellement, cela tourne mal. Il y a les patrons voyous, mais aussi les inconscients et les mauvais gestionnaires.
En France, les multiples scandales bancaires depuis des décennies (Crédit lyonnais, Comptoir des Entrepreneurs, Banque de la Martinique, etc., etc.) ont toujours été étouffés. Très peu de dirigeants mis en cause. Schéma habituel, le voleur de poulet en aura pour 6 mois de prison ferme, le responsable d’un trou de plusieurs milliards coulera une retraite paisible, avec son parachute doré en guise de balancelle.
La Fontaine ironisait sur la double vision de La Justice…
Me référant au rapport sur les comptes des trois premiers trimestres de l’exercice 2007, publiés dans un document intitulé : « Troisième actualisation du document de référence 2007 » (4), on peut lire :
=> Page 4 : « Revenus limités des activités de trading : 112 millions d’euros », avec pour commentaire : « Réduction rapide des expositions » !!!...
=> Page 31, sous l’intitulé “Responsable de l’actualisation du document de référence” :
J’atteste, après avoir pris toute mesure raisonnable à cet effet, que les informations contenues dans la présente actualisation du document de référence 2007, sont, à ma connaissance, conformes à la réalité et ne comportent pas d’omission de nature à en altérer la portée…
1.2. Les Auditeurs Externes et Commissaires aux Comptes
Dans le scandale Enron, l’auditeur externe Arthur Andersen, qui en avait certifié les comptes, a été contraint de se mettre en faillite vu le niveau des dommages et intérêts s’appliquant à ses responsabilités mises en jeu.
Dans le cas de la Société Générale, il s’agit de deux cabinets qui ont certifié les comptes de 2006 en écrivant notamment, sur la qualité des contrôles internes (5) : Ernst & Young Audit et Deloitte & Associés. Ils affirment ainsi, dans leur certification des comptes :
“… Nous n’avons pas d’observations à formuler sur les informations données concernant les procédures de contrôle interne de la société relatives à l’élaboration et au traitement de l’information comptable et financière, contenues dans le rapport du président du conseil d’administration…”
Leur responsabilité, autant que celle du PDG et du Conseil d’Administration, est évidente par leur caution, morale et professionnelle, qu’ils ont engagée sur la qualité du contrôle interne. Comme Arthur Andersen dans l’affaire Enron, et d’autres dans des affaires moins retentissantes, ces cabinets devraient être poursuivis et sanctionnés.
On ne certifie pas, impunément, les résultats d’une banque, avec en corollaire "la qualité" de ses procédures de contrôle interne …
La responsabilité des sociétés de conseil informatique ayant collaboré à la mise au point éventuelle des systèmes de contrôle qui se révèleraient défaillants est, bien évidemment, à engager de la même manière…
2. Culture du risque et culture de la spéculation
Les professeurs Nimbus de service, les “experts”, n’ont pas arrêté de nous bassiner avec leurs argumentaires de camelot. Cette spéculation, cette “économie casino”, serait indispensable pour rendre l’économie “active”, “liquide”, ”dynamique” !...
Un seul exemple : celui des créateurs d’entreprises et les multiples difficultés qu’ils éprouvent auprès d’un système bancaire d’une férocité extrême. Le « risque » leur oppose-t-on ! La protection contre le “risque” est, en effet, l’argument suprême.
Au nom du “risque”, c’est l’étranglement, par les banquiers, de toute initiative si vous êtes incapable de fournir des garanties (sûretés réelles) sur vos biens ou ceux de votre famille. Même celui de votre arrière grand-mère, ils sont preneurs…
Un cas récent : un créateur, dans les services, vient de décrocher d’importants contrats (signés en bonne et due forme) à l’étranger. Il est payé sur 60 à 90 jours. Au nom du “risque”, il ne peut obtenir de crédits pour financer sa trésorerie. “Il doit faire ses preuves”. On lui demande de voir fonctionner son compte pendant un an. Pour le financement de ses créances, on voulait le diriger vers l’affacturage (6). Mais, 100 % de son chiffre d’affaires est hors de France. Impossible. Ses clients sont en Europe, pourtant…
Entre-temps au moindre dépassement, il reçoit une avalanche de lettres, recommandées ou pas (qui lui sont facturées à des tarifs supérieurs à ceux de la poste), des pénalités, avec des taux de découvert non autorisé, dont le TEG augmente de 25 % par trimestre (7).
Comme pour les clients ordinaires, personnes physiques, accablés d’agios et de pénalités, de retraits de chéquiers ou de cartes bancaires, au moindre dépassement ou comportement estimé “abusif”.
D’un côté le « risque » est brandi à tout propos, de l’autre le laxisme le plus total quand la spéculation est gérée directement par le siège.
Encore une fois, le système bancaire gagne son argent dans "la banque commerciale" (le retail banking ou "la banque de détail" des anglosaxons...) qui cultive non pas un comportement de veille par rapport à un “risque” réel, mais un comportement d’usurier. Avec des taux prohibitifs par le jeu des pénalités, attractifs au départ pour précipiter les ménages dans le surendettement.
Vivant grassement du surendettement des ménages, bridant la création d’entreprises et d’emplois, les banques exercent cette activité d’usurier qui assure "le fonds de roulement" des spéculateurs du siège. Ils peuvent se permettre, ainsi, d’éponger les dégâts de leur jeu à la roulette. Quand, les pertes deviennent trop lourdes, c'est l'Etat qui efface l'ardoise, autrement dit en faisant payer "le contribuable"...
Dernier point, et non des moindres, que seul Besancenot a mis en lumière : comment des entreprises peuvent elles dire avec assurance, pour ne pas dire cynisme, que perdre des milliards d’euros dans des activités spéculatives, n'est pas si grave en fin de compte, et être intransigeantes dès que sont abordés les problèmes de salaires et de retraites de leurs personnels ?...
"Société de l’Information", clament les professeurs Nimbus ! En fait, société de la Communication : on vous met, dans l’emballage le plus attrayant, le vide le plus complet et le mensonge le plus éhonté.
Emblématique de la nomenklatura : mensonge, complicite, solidarité dans l’irresponsabilité et l’incapacité à remettre en cause tant son comportement que celui du système qu’elle entretient.
Système, qui la fait vivre en princes…
(1) Rapport Annuel Société Générale – 2006, p. 79. Non compris les stock options : 150.000 en janvier 2007, par exemple. Ces revenus ne font pas ressortir ceux encaissés à l’extérieur du groupe au titre des postes d’administrateurs, sous forme de jetons de présence.
(2) Article 9-1 du Code Civil français : “Chacun a droit au respect de la présomption d'innocence”… Fondé sur l’article 11 de la déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, de l’ONU : “Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées…”
(3) Sur la présentation des différents niveaux de contrôles, lire le Rapport du Président sur le contrôle interne, pp 89 à 98, dans le rapport Société Générale de l’exercice 2006.
(4) Troisième Actualisation du Document de Référence 2007, déposée auprès de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), le 13 novembre 2007.
(5) Rapport Société Générale 2006, p. 99.
(6) Les banques ont des sociétés spécialisées qui rachètent vos créances et les encaissent à votre place, moyennant commission. Pas, si vous avez des créances sur l’étranger.
(7) Ce créateur d’entreprise est client du LCL. Mais, tous les établissement financiers sont à mettre dans le même sac...