Tony Blair est parti. « At last ! », ont dit tous les britanniques que je connais. « Enfin ! ».
Déconsidéré. Méprisé. Pour tout ce que représentaient les dix ans de sa gestion du pays. Son suivi aveugle de Bush, avec son entourage de psychopathes.
Portraituré, en permanence, comme un caniche à la botte de Bush, par les meilleurs caricaturistes (1). Ses mensonges répétés sur l’Irak et l’Afghanistan.
Guerres, combien, impopulaires.
Mais aussi le développement de la pauvreté, avec la résurgence de la tuberculose (2), inconnue il y a vingt ans, signe de la
paupérisation d’une partie de la population, touchant, en particulier, les enfants et les personnes âgées (3).
Un système de santé délabré et indigne d’un des pays les plus riches du monde, engagé dans des dépenses militaires colossales. Pour le plus grand profit du lobby de l’armement.
La progression exponentielle de l’alcoolisme (4),
principalement chez les plus jeunes (5). La dégradation continue des services publics (6). Et, le fabuleux enrichissement d’une minorité, d’une
oligarchie.
Le parti travailliste l’a viré. Il perdrait probablement les prochaines élections, s’il était encore resté. Et, il veut rester au pouvoir. Ses sponsors aussi. Big Business a
dit à Tony : "casse-toi". Comme l’UMP à Chirac. Comme à un vulgaire salarié. Avec, bien sûr, un parachute doré, en forme de "quartet".
Mais, quand même : ce que les gens sont ingrats ! Usé, ils vous balancent comme un vieux citron. Dur. Dur. "That’s life", comme le chantait Sinatra…
Vous me direz, que je ne dois pas fréquenter les mêmes british que les médias. Probablement. Car, ce ne fut,
dans les médias dominants occidentaux, que des déversements de louanges… A n’en plus finir. Autant que la pluie, qui noyait une partie de l’Europe du nord. En continu. Cela dégoulinait de
partout.
Ils étaient tous là, à applaudir, se bousculant presque : l’économie-casino, l’économie-spéculation, l’économie-rente de situation, l’économie- marchés publics truqués, l’économie-je
m’enrichis plus vite que mon ombre, et leurs suites…
Pas un ne manquait. Avec leurs médias, pour rouler du tambour et souffler dans les trompettes. Cela me faisait penser aux
enterrements des mafieux dans Le Parrain. Le corbillard couvert de fleurs, par les assassins eux-mêmes. Les médias faisant, ici, office de fleuristes…
Heureusement, à part la propagande officielle, on pouvait se réjouir d’une vision différente de cette obséquiosité de
"lécheurs de bottes".
Je vous propose une caricature de Blair avec ses cadeaux de départ. Dessinée par Martin Rowson et parue le 28 juin dernier, dans The Guardian. Vous l’avez peut-être vue.
Marante !
En haut : "A la fin du jour, le pur est plus puissant que l’épée…" (7). Habillé de blanc, les cheveux décolorés en blond, Tony Blair caricaturé
en vampire…
Dans la bulle de gauche, on peut lire :
« Salut les gars ! Regardez ces beaux cadeaux de départ ! Un œuf en forme de fourchette de la part de
l’Europe. Et, un manchon en fourrure de Gordon… » (Le jeu de mots avec des "F" reprend le "feufeutement" de Blair, quand il parle).
Dans la bulle de droite :
« … et du colorant clair pour cercueils offert par les peuples reconnaissants d’Afghanistan et d’Irak, et de
vous tous les gars ! ».
Visiblement, il a appliqué une partie du colorant, qu’il tient dans sa main gauche, sur ses cheveux… Derrière lui,
macabrement entassés, une partie des cercueils de tous les morts des aventures coloniales dont il est responsable. Civils des pays ravagés par les armées de la "Coalition", mais aussi
soldats britanniques…
Morale de l’histoire : les politiciens s’efforcent toujours d’embellir et de « blanchir » le bilan de
leurs actions.
Bon… Mais, les anglais ne se font pas d’illusion. Les bonnes habitudes ont vite repris : « Rentrez chez vous.
On s’occupe de vous… », s’entendent-ils dire.
Bizarre... Au même moment, tentative d’attentat. Et, la psychose reprend.
Dans les médias on ne va parler que de ça… Pour ne pas parler d’autre chose.
Bizarre, l’année dernière, à la même période, c’était le transport aérien, et l’année d’avant c’était l’aéroport
d’Heathrow, qui étaient visés. Toujours au moment des départs en vacances…
Bizarre aussi, Piccadilly Circus, un quartier que je connais bien : une Mercedes ancien modèle, stationnée sur une place où il est interdit de stationner… Personne ne peut y rester 3
secondes, à part bus et taxis. Comme sur Regent Street, qui part de là, ou Oxford Street qui prend à Regent Street. Il y a des flics et des caméras partout…
Vraiment, bizarre… En plus, dans tous ces thrillers, impossible de voir la tête des terroristes, les armes et explosifs, encore moins les procès. C’est l’histoire de l'homme
invisible…
Ayez peur… Non : pas de l’oligarchie qui vous dirige. Mais, la peur de l’autre, de l’envahisseur, du sauvage, qui
nous menace tous. Rassurez vous, on s’occupe de ça. Abrutissez vous. Surtout, ne pensez pas !
Les britanniques en ont marre de ce cirque.
Les politiciens n’en ont rien à faire : Big Business a dit, Big Brother surveille (8). Les médias ronronnent. Tout le monde marche au pas.
Alors, on continue…
(1) Voir, en particulier, les caricatures de la talentueuse équipe du quotidien The Guardian : Steve Bell, David Austin et, bien sûr, Martin Rowson. Un bon moment de rigolade !
(2) Dans l’Angleterre et le Pays de Galles (donc Ecosse et Irlande du Nord) entre 5000 et 6000 cas par an. Avec une augmentation annuelle de plus de 10% depuis 1999. Source : Tuberculosis
outbreak hits the UK, (Une vague de tuberculose frappe le RU), British Medical Journal (BMJ) – Susan Mayor – 14 avril 2001.
(3) En rajoutant l’Ecosse et l’Irlande du Nord, on arrive à 7000 cas par an. Dont une moyenne de 350 morts par an. C’est en Ecosse où il y a eu le plus de décès, de personnes âgées, dus à la
tuberculose. Source : Unbelievable – Three die from tuberculosis in the UK (Incroyable : 3 morts de tuberculose au RU) –
Disease/Infection News, 8 juin 2006.
(4) Le lobby de l’alcool et des spiritueux est aussi puissant, en Grande Bretagne, que le lobby de l’armement. Il a pu ainsi obtenir l’abrogation d’une loi remontant à plusieurs siècles qui
imposait la fermeture des Pubs à 23h. A présent, la distribution d’alcool est libre 24h/24h, 7 jours sur 7. Les décès par alcoolisme ont triplé. Trois fois plus que par les drogues. Les autorités
sanitaires s’inquiètent, mais les politiciens se taisent.
(5) La culture de l’alcool par les médias, avec pour cible les jeunes, est hallucinante. Dans le genre : « pour être libre et avoir de la personnalité, tu dois boire ». La tranche
d’âge 11/15 ans est, à présent, touchée : 1/4. Dans la tranche des 16/24, les hommes : 1/3, les femmes : 1/4.
(6) Exemple : Métro, nettoyage des rues, enlèvement des ordures ménagères (une fois tous les 15 jours !), etc. A part les centres d’affaires et touristiques, Londres, frappe par sa
saleté.
(7) Détournement créatif de la célèbre phrase, du romancier britannique Edward Bulwer-Lytton : "The pen is mightier than the sword" (la plume, ou l’écriture, est plus puissante que l’épée).
Ici, "pen" devient "pur" du vieux français, dont l’anglais garde de nombreuses traces.
(8) Le roman de George Orwell, 1984, dont Big Brother est le personnage principal, devient plus que jamais d’actualité, devant l’évolution de nos sociétés vers un état policier
fondé sur la peur. La peur de l’autre, bien sûr. Pas du pouvoir en place. On est dans la sophistication de l’autoritarisme.