Lille, 2 juillet 2007. Deux
gendarmes viennent d’être arrêtés et placés en garde à vue. Un homme et une femme. Motif : agression à caractère raciste…
On a pu entrevoir, dans certains JT, le visage d’une femme, tuméfié par les coups reçus de ces deux gendarmes. Fugitivement. Je n’ai pas
réussi à en retrouver la photo, dans un seul journal ou hebdomadaire français, de ce visage… Censure, ou autocensure, quand tu nous tient !...
Elle avait 68 ans. Avec ses filles et ses petites filles, elle sortait d’une fête de mariage, pour rejoindre leur voiture. Elles étaient
attendues en embuscade, au bout de la rue, par ces gendarmes qui les ont roué de coups. Dans un cauchemar de violence, avec des battes de base-ball, ils ont défoncé le pare-brise et saccagé la
voiture.
Le tort de cette femme et des enfants qui l'accompagnaient, était d’être des français qui n’étaient pas de "souche". Au regard de ces
sauvages. Musulmanes, arabes, tous les ingrédients qui nourrissent le racisme tel qu’il est encouragé dans la société française et européenne (1). Une femme et six jeunes filles et
fillettes… L’acte raciste, islamophobe dans la nudité de sa sauvagerie, sa lâcheté…
La nausée…
La même agression serait advenue à un membre d’une autre communauté, tout le monde aurait, l'air grave et catastrophé, brandi la menace d’une
vague raciste, anti-machin ou anti-trucmuche, en train de submerger la France. Tous les "philosophes médiatiques" auraient débité leurs pâtées pour chats : Finky, BHL, Glucks, Bruck et tutti
quanti. Pas un présentateur télévisuel qui n’aurait couiné, la larme à l’œil. Souvenons-nous de ces ministres, se précipitant entourés de caméras et de micros au premier incident
antisémite bidon, comme celui qui avait été monté dans le RER… Le cirque habituel. Mais, là, bizarrement non. Cette violence raciste, ici, se réduit à un simple fait divers, vite
relativisé…
Le laxisme le plus total. Une agression dans la nuit du 10 au 11 décembre 2005. Et, il a fallu attendre le 2 juillet 2007, pour obtenir une
garde à vue et une suspension de ces gendarmes ! Un an et demi ! Dans une conférence de presse, le général Marc Watin-Augouard, commandant de la gendarmerie pour le Nord-Pas-de-Calais,
a dit : "Nous devons nous montrer extrêmement fermes, indépendamment des poursuites judiciaires". A se demander si les généraux de la gendarmerie savent compter sur leurs
doigts : 18 mois de délai de réaction… Ou, 18 mois d’inertie… Est-ce cela, se montrer "extrêmement ferme" ?...
Oui, ces femmes n’étaient pas "de souche". Car, en France, il y a des obsédés, des fanatiques de la "souche". On les appelle les "souchiens",
par dérision. Bien sûr, les racistes, n’étant pas à un paradoxe près, retournent l’appellation en disant qu’on traite ainsi les français de "sous–chiens". S’en offusquant dans une posture, de
victime outragée, bafouée, sans crainte du ridicule.
Mais, essayons de rester sérieux : Les "souchiens" se disent seuls membres légitimes d’une nation du fait qu’ils en sont originaires, par
rapport aux "autres", les "étrangers". Même, si ces soi-disant "étrangers" ont la nationalité française et sont issus d’une deuxième, voire d’une troisième génération de français, nés sur le
territoire français. Et c’est là le problème : on ne sait pas à partir de quand, on peut être considéré de "souche" ou pas. N’importe : les "souchiens" se considèrent comme la race des
purs, la race supérieure, civilisée. Ils en sont restés à la Marseillaise, lecture 1er degré : "… le sang impur qui abreuve nos sillons…".
Le sang impur… Je me souviens d’un documentaire, il y a quelques mois, sur une TV d’outre-manche. Les auteurs ont fait une enquête auprès de
fervents adeptes de la "souche britannique". Tous les pays occidentaux, soumis à la même propagande islamophobe obsédante, souffrent des mêmes pathologies identitaires… Les britanniques n’y échappent donc pas. Certains faisant remonter l'origine de leurs ancêtres
aux "résistants" ayant lutté contre l’invasion des Normands ! C’est dire la solidité de la "souche", dans leur esprit.
Les producteurs avaient financé un examen ADN, auxquels s’étaient donc volontairement soumis ces "fervents de la souche". Examen qui, par
statistiques, peut déterminer quel est le pourcentage exact des différentes composantes de votre patrimoine génétique, par grands groupes ethniques. Les résultats étaient décapants : tous
avaient des variables issues du monde caucasien, asiatique, ou pour certains, égypto-soudanais. Certains à haute dose !
Il ne faut pas oublier, par exemple, que la Grande Bretagne a été occupée, longtemps, par des armées romaines. Ses contingents étaient
composés de diverses nationalités, avec des troupes venant d’Asie mineure ou d’Afrique du nord, d’Egypte et de Syrie notamment. Il fallait voir la tête des "souchiens britanniques", pris au piège
de l’absurdité de leurs préjugés et de leurs ignorances !... Tordant ! On ne verra probablement pas ce documentaire dans Envoyé Spécial, Sept à Huit, et
autres points de ventes des pois chiches grillés de la propagande officielle, en France… Dommage.
Mais, en Grande Bretagne, en France ou ailleurs en Occident, cette permissivité vis-à-vis de l’islamophobie plonge ses racines très loin. De
plus, elle est soutenue et encouragée par la politique étrangère de l’Europe. Sans frein, sans barrière, sans balise, on tombe vite dans l’acte le plus barbare. L’agression de Lille est le signe
que notre société est gravement contaminée, quand ceux qui doivent représenter l’ordre et assurer la cohésion de la société, sont les premiers à en démolir les repères.
Du délire à l’acte…
C’est vrai que l’éducation des européens et des français est à refaire fondamentalement sur ce plan. Houria Bouteldja a tout à fait raison d’attirer l’attention sur ce point, totalement occulté. J’admire son courage, sous les
insultes, sous les cascades de la haine des racistes, de poser les problèmes de fond. La censure sur le colonialisme et ses ravages est à supprimer dans les manuels scolaires, l’apprentissage du
respect de l’autre est une éducation à reconcevoir.
Cette censure, aussi, qui fait qu’il est quasiment impossible de trouver des romans français sur notre passé colonial, ses horreurs, et les luttes d’indépendance, alors que des écrivains dans
d’autres pays ont pu en écrire. Je pense à Lidia
Jorge, au Portugal, que j’ai évoquée dans un post. Tant d’actions sont à mener…
Long chemin que le développement de l’humanisme dans notre société occidentale, française en
particulier, hyper violente…
Par où commencer ?...
Je crois que je vais aller faire brûler un cierge, le jour où je passerai par le V° arrondissement, à l’Eglise
Saint-Nicolas-du-Chardonnet. C’est un Saint qui aurait pour vocation ou pour vertu, dit-on, de calmer la paranoïa des
racistes, des fanatiques, des intégristes de la "souche"…
Alors, Saint-Nicolas-du-Chardonnet priez pour eux…
(1) Je recommande un ouvrage collectif, publié en mars 2007, intitulé Dictionnaire de l’Extrême Droite, sous la direction d’Erwan Lecoeur, chez Larousse –
Collection A présent. On y retrouve toutes les idées, axes de propagande, actions, phraséologies, programmes et biographies des "chefs", plus ou moins charismatiques.