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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
chante la lutte des Peuples
contre la Prédation
 
 

Horizon...


Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 21:30

 

 

 

" On croit que je suis ici, je suis déjà plus loin.
Nous sommes tous des revenants, toujours ailleurs et ne pouvant être perçus par les autres qu'à l'état de spectres."
Jean-Edern Hallier (1)

 

 

 

Je suis parti sur un Blues...  Pour revenir en Tango...

 

Musique, malgré les apparences, qui comme le blues flamboie sur de profondes racines africaines. Mélodies et rythmes, métissés à d'autres origines, transmis par les esclaves "importés" d'Afrique en Argentine et en Uruguay.

 

En langue kongo, le "tango" désigne le lieu, accessible aux seuls initiés, réservé aux danses sacrées et aux tambours. Les négriers s'appropriant le terme, en firent le local où étaient parqués les esclaves lors de l'embarquement et au moment du débarquement, avant leur "mise sur marché"...

 

Cette proximité musicale explique pourquoi les grands musiciens de jazz, comme le saxophoniste Gilad Atzmon, adorent le Tango.


Un Tango que j'offre à mes Amis-Lecteurs, notamment à ceux qui m'ont écrit pour s'interroger sur mon absence. Certains s'étonnant affectueusement de ma "disparition de la circulation", alors que, dans un frénétique paradoxe, je n'arrêtais pas de "circuler"...

 

Partager, dans nos sociétés occidentales "dirigées" par des criminels de masse aussi hallucinés que cyniques, une fulgurance d'élégance, de grâce, de tendresse, de sensualité. Célébration de la rencontre d'une femme et d'un homme dont, quoiqu'on fasse ou qu'on dise est, et restera, la source, le socle, de nos civilisations et, tout simplement, de notre humanité.

 

Ici, dans une représentation sur une scène de Moscou, deux célébrités mondiales du Tango, Sol Cerquides et Fernando Gracia :

D'autres Lecteurs, probablement plus récents, m'ont demandé un avis ou une réaction sur des évènements agitant l'actualité estivale que j'avais eu l'occasion de traiter, parfois trop longuement (il y a plusieurs années ou plusieurs mois, il est vrai...). Tout en les remerciant pour l'intérêt qu'ils portent à ce blog, je voudrais éviter de me répéter, et je renvoie à mes articles dont je cite les références pour faciliter leur consultation.

 

En particulier :

1. La Corée et sa "crise récurrente"

 

=>  Corée : Lecture d'une Crise, 5 mai 2013, http://stanechy.over-blog.com/article-16427694.html

=>  Corée du Nord : Surf sur la Désinformation, 21 octobre 2016, http://stanechy.over-blog.com/2016/10/coree-du-nord-surf-sur-desinformation.html

 

2.  Les atrocités commises au Myanmar (ex-Birmanie) par le radicalisme bouddhiste à l'encontre de la communauté musulmane

 

=>  Birmanie : Le Bouddhisme Radical, 30 octobre 2015, http://stanechy.over-blog.com/2015/10/birmanie-le-bouddhisme-radical.html

 

3.  La dévastatrice instrumentalisation géopolitique du Régime Saoudien

 

=>   Régime Saoudien : Une Kleptocracie en décomposition, 14 janvier 2016, http://stanechy.over-blog.com/2016/01/regime-saoudien-kleptocratie-en-decomposition.html

 

4.  La Syrie et le chaos imposé par nos oligarques

 

Evidemment, c'est dans une joie partagée avec le peuple Syrien que j'ai appris la libération de la ville héroïque de Deir El Zor, après un siège de 3 ans par les mercenaires de l'OTAN. Là encore, ayant abondamment écrit ou commenté sur la Syrie, je ne développerai pas ce point. Les articles sont rassemblés dans un dossier intitulé : "Syrie - Le Délire Colonial".  (2)

 

Si le temps me le permet, c'est vers l'Eurasie et l'Amérique Latine que j'orienterai mes prochains coups de projecteur.

 

Bon Tango à tous !...

 

 

 

 

1.   Jean-Edern Hallier, Carnets impudiques - Journal intime - 1986/1987, Michel Lafon Editions, 1988, p. 355.
2.   http://stanechy.over-blog.com/tag/syrie%20:%20le%20delire%20colonial/

 

 

 

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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 04:00

 

 

 

J’ai le Blues…

 

Après le Flamby bourré de gélatine, voir cette caste corrompue imposer, euphorique, un Toy Boy

 

Au peuple de France, transformé en troupeau de moutons. Sur l’injonction de leurs maîtres, abrutis de peur et de propagande, courant droit vers le bord de la falaise pour se précipiter dans le vide…

 

Du crétinisme, de la servitude, de la veulerie, de la paupérisation…

 

Face à ce désastre décérébré, pour évacuer toute amertume, autant prendre la Route.

 

Pas la US 66, celle de Thelma et Louise, Bagdad Café, ou des émules de Jack Kerouac et Neal Cassady ; tombée en ruine, quelques tronçons servant de musée pour touristes. Symbole du délabrement d'un Occident sclérosé dans l'arrogance de sa décadence...

 

Mais, la Route de la Soie.

 

En Asie centrale, sous le soleil et les nuits étoilées de la fulgurante Renaissance en cours d’une époque où toutes les ethnies, cultures, traditions, religions et croyances cohabitaient dans les échanges des fastueux caravansérails.

 

Dans mon sac à dos, mes chanteurs de Blues préférés…

 

Dans ma tête, le refrain chanté par Sam McClain :

" When the hurt is over, all the pain is gone… Quand la blessure est cicatrisée, toute la douleur disparaît… "

 

Un de mes blues préférés, sublime dialogue entre le chanteur, la guitare solo et le piano, sur le rythme d’un cœur apaisé…

 

Je vous le livre :

En vous disant : "à bientôt" …

 

 

 

 

 

 

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 20:00

 

 

 

« Les ministres par lesquels la France a le déplaisir d’être gouvernée ressemblent à des collégiens qui jouent à saute-mouton ; ils passent les uns par-dessus les autres avec tant de rapidité et si fréquemment que je n’ai le temps ni de regarder leur visage ni de demander comment ils s’appellent. »
Maxime du Camp  (1)

 

 

 

Hurlements continus...

 

En écho les uns des autres...

 

Tels des loups, prenant à témoin la lune...

 

Nos politiciens, tous partis confondus, et leurs seconds couteaux...

 

Se bousculant sur les estrades des médias : journalistes, philosophes, sociologues et autres charlatans de la désinformation...

 

Tous, hurlant : "Burkini" !...

Clameur assourdissante : la France, notre "République", nos "Valeurs", sont en danger !...

 

Par une tenue de bain portée par une poignée de mères de famille accompagnant leurs enfants sur quelques plages. Considérée comme un signe de ralliement d'une secte, d'une idéologie, mortelles pour nos sociétés. A l'exemple de la croix gammée portée en brassard par les sinistres nazis...

 

Dans la stupeur et, dans le meilleur des cas, l'hilarité des autres pays ; y compris européens dont certains n'ont pourtant, en ce domaine, rien à envier à notre pays en termes d'hystérie médiatique.

 

Effarés du niveau de paranoïa islamophobe généré par notre appareil de propagande. Au service d'un Racisme d'Etat, imposé par l'oligarchie prédatrice imposant la colonisation et le pillage du Moyen-Orient. Sur fond de délires "Bibliques", "Démocratisateurs" ou "Droits de l'Hommiste"...

Allant jusqu'à envoyer quatre (oui : 4 !...) policiers harceler une femme seule qui dormait sur une plage. Même pas en "burkini"...

 

Elle portait un foulard !

 

L'obligeant, devant la foule des vacanciers, à se dénuder la tête et les bras sous la menace d'un interpellation avec conduite forcée dans un commissariat...

 

Cette scène photographiée a fait le tour du WEB couvrant de ridicule notre pays ; d'autant que l'arrogante logorrhée de ses "élites" ne cessant, à longueur d'année, de s'autoproclamer porteuses des "Lumières" exaspère nos voisins et partenaires... (2)

 

Bien sûr. Chacun de nous le sait. Notre nomenklatura, cette caste qui prétend nous gouverner, n'a rien à proposer pour l'amélioration du bien-être de ses concitoyens, de son niveau de vie, de son "art de vivre", de son mieux "vivre ensemble" :

-  Par une juste redistribution de la richesse nationale dans un pays qui figure parmi les plus riches du monde pour ce qui est du PNB ?...

-  Par un système de santé et de soins de qualité, accessible à tous ?...

-  Par un système d'éducation assurant les meilleures chances à chacun ?...

-  Par un effort permanent de réforme de nos mécanismes économiques et fiscaux pour tendre vers la création d'un emploi, et d'un revenu décent, pour tous ?...

-  Par une lutte contre la corruption et la gabegie qui minent nos institutions "démocratiques", aux milliards qui partent en fumée : via les marchés publics aux marges et finalités incontrôlées, les ventes d'armes, les "rentes de situation" des privatisations imposées dans notre pays comme dans les pays dont nous maîtrisons les polichinelles au pouvoir, la protection des paradis fiscaux et de l'hyper mafieux "marché de l'Art" ?... (3)

Non !  Surtout pas ! 

 

Le "vivre ensemble", chez ces gens-là, c'est instaurer :  Le Culte de "La Peur" !

Paul Gauguin et le Cocokini ...

La peur de "l'Autre", de celui qui est différent par rapport à une "identité" fantasmée ou, plutôt, "formatée". Incitant à la haine, religieuse, raciale ; l'important étant de diviser la société pour mieux la régenter. Quitte à la plonger dans la guerre civile.

 

Pour tétaniser le citoyen, paralyser son esprit critique, l'empêcher de remettre en cause l'injustice économique et sociale qui lui est infligée ; l'immergeant progressivement, mais implacablement, dans la précarité et la paupérisation au bénéfice du 1% de la ploutocratie régnante.

 

Au point de ne jamais protester contre ces multiples guerres coloniales auxquelles participent, sans états d'âme, nos forces armées ; sur injonction des représentants locaux d'un lointain suzerain... Alors que leur vocation est d'assurer notre "défense nationale". Guerres engagées, menées, sans restrictions budgétaires (les caisses de l'Etat n'étant jamais "vides" pour financer ces aventures sanguinaires), sans son consentement, son approbation, dans un référendum. Répandant la mort et la désolation dans des pays qui ne menacent pas le nôtre.

 

Citoyen tellement anesthésié de propagande, qu'il en vient à voter systématiquement pour les mêmes, aussi menteurs qu'incompétents dans le cynisme imbécile d'une caste qui se croit irremplaçable... (4)

 

Voir tous ces arnaqueurs politiciens réduire les "Valeurs de la République" à une tenue de bain me rappelait l'incessante lutte de Paul Gauguin contre le curé et le gendarme ; sur son île de Hiva Oa, dans l'archipel des Marquises au milieu de l'Océan Pacifique... Où a vécu et est enterrré, aussi, Jacques Brel.

  Ces deux autorités, religieuse et militaire, ne cessaient de le harceler, le persécuter, parce qu'il adorait se baigner nu, suivant la tradition ancestrale polynésienne (son tableau ci-contre est intitulé "Près de la mer") ; notamment avec sa compagne Vaheo.

 

Qui, aux yeux de ces éminences civilisatrices, représentait l'horreur si ce n'était le "diable" : un "Blanc" qui vivait avec une "Indigène", autrement dit une "sauvage" !...

Procès à n'en plus finir, diffamations, intimidations...

 

Jusqu'à le faire passer pour fou !...

 

Les "Valeurs de la République" et de la "Civilisation" exigeaient, alors, d'être "entièrement vêtus" pour toute baignade en public...

 

Ce fut, pendant des siècles, au milieu de génocides indescriptibles d'horreurs (y compris dans le Pacifique), une lutte permanente pratiquée par toutes les puissances coloniales, sur tous les continents : Amérique, Asie, Afrique, Pacifique... Les corps, notamment des femmes dites "indigènes", devaient être "cachés"...

 

Car, l'Histoire le rappelle en permanence : l'assujettisement de "l'Autre" passe par celui de "Sa Femme"...

Mon tableau préféré de Paul Gauguin, au Musée Pouchkine de Moscou : "Aha Oe Feii"

Mon tableau préféré de Paul Gauguin, au Musée Pouchkine de Moscou : "Aha Oe Feii"

Paul Gauguin résista tant qu'il put à cette terrible pression, répression. Il parvint à peindre quelques unes de ses plus belles oeuvres dans ce qui était à la fois un paradis naturel, et un enfer carcéral...

 

Se baigner nu dans ce "cocokini", suivant une amusante appellation du fait qu'il suffit d'avoir une noix de coco sous le bras pour se sentir vêtu, risque, dans l'inversion actuelle de nos "Valeurs Républicaines", de poser un grave problème de conscience à notre vigilante oligarchie ; soucieuse de la pureté de nos actes et de nos pensées...

 

Afin de ne pas être assimilé à une dangereuse secte portant atteinte aux fondements de notre "Civilisation", va-t-on être obligé de veiller à ce qu'aucun grain de sable ne dissimule une partie de nos corps, et de celui de nos femmes ?...

Paul Gauguin et le Cocokini ...

 

 

 

1.   Maxime du Camp, Souvenirs d’un demi-siècle, Hachette, tome II, p. 348.

2.   http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/nice-l-interpellation-d-une-femme-voilee-suscite-une-vague-d-indignation-7784570127

3.  Une des dimensions essentielles, bien que soigneusement occultée, du pillage des patrimoines historiques de l'Afghanistan, de l'Irak et de la Syrie...

4.  Cf. l'emblématique prestation politicienne d'une représentante éminente de cette caste, abyssalement stupide d'arrogance crasse : http://reseauinternational.net/quand-nkm-polytechnicienne-ex-ministre-se-retrouve-au-fond-de-la-classe-avec-un-bonnet-dane/

 

 

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 17:37

 

 

 

"Nous vivons au temps des imposteurs. La vie humaine et la dignité de l'homme n'ont peut-être jamais eu aussi peu de prix."

Vincent Monteil

 

 

 

 

 

Merci, entre autres, à Kevin Razy de nous évader, par le rire, de l'enfumage de la propagande...

 

 

 

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 00:30

 

 

 

 

 

Mes Meilleurs Vœux à Tous

et

Mes Amitiés à Chacun !...

 

 

 

J’aime bien accompagner mes vœux d'une musique. Pour ceux de l’année 2014, c’était un de mes trompettistes préférés : Chet Baker.

Pour cette nouvelle année, je vous propose un grand maître d’un instrument parmi les plus beaux et les plus anciens de l'histoire musicale : le luth.

 

Occasion d'exprimer, dans ces vœux, une affection particulière pour nos frères et sœurs en humanité du Moyen-Orient... Ravagé par les bombardements et les hordes de mercenaires, dans le chaos et les massacres, organisés par les prédateurs venus de l'étranger.

 

Cet éminent artiste et compositeur est l'Irakien, Naseer Shamma. Fondateur en 1999 au Caire d'un institut, réputé internationalement, dédié à l’enseignement de cet instrument prestigieux. Lui-même a reconstitué le luth à huit cordes, disparu dans les oubliettes de l’Histoire, d’après un manuscrit du philosophe, savant et musicien Persan, du 9° siècle, Al-Fârâbi.

 

Avec Naseer Shamma, nous sommes au sommet d’un art. Qui n’est pas une simple virtuosité technique, mais l’expression d’une sensibilité, d’une émotion, maîtrisées par une pensée et un engagement dans son siècle. Ardente obligation de tout "Humaniste"...

 

Magnifié dans une de ses œuvres emblématiques, interprétée à la fin d’un de ses concerts : l’art porteur de sens. Ici : l’Espérance dans un monde meilleur.

 

Plus qu’une espérance même, une certitude : "La Barbarie", quel que soit son niveau de violence, ne peut annihiler la Civilisation, éradiquer des siècles d’Histoire...

 

Son titre :

C’est arrivé à Al-Amiriya
 

"Barbarie". Mot galvaudé… Peut-être.

Mais pour Naseer Shamma, "La Barbarie" n’est pas une figure de rhétorique, un cliché, pour "journaliste-propagandiste" européen ou américain…

 

Il l’a rencontrée, confrontée. Pris à la gorge, désespéré, désarmé.

 

En 1989, Saddam Hussein, lui avait infligé six mois en prison pour l’avoir critiqué publiquement lors d’un de ses déplacements en Jordanie. Le dictateur était encore un protégé obéissant des Occidentaux. Apprécié pour avoir imposé, sur leur injonction, une guerre de 8 ans à l’Iran. Et, leur avoir acheté des milliards de dollars d’armements.

Deux ans après sa sortie de prison, il assistait au commencement de la destruction méthodique de son pays par ses anciens protecteurs, culminant avec l'invasion des armées occidentales en 2003.

 

Toutes ses infrastructures : routes, ponts, ports, aéroports, universités, hôpitaux, centrales électriques, stations d'épuration d’eau, silos à grains, troupeaux, etc. L’Irak réduit en poussière. Des centaines de milliers de morts, de blessés, de traumatisés...

 

Seul bâtiment officiel épargné : le ministère du pétrole !

 

Pour "délivrer le pays de la dictature et apporter la Démocratie"…

 

Témoin horrifié d’un des pires crimes de guerre : le bombardement d’un abri pour civils où étaient entassés des centaines d’enfants, que les familles du quartier de Bagdad "Al-Amiriya" voulaient mettre à l’abri.

 

A 4h30 du matin, le 13 février 1991, deux bombardiers F-117 surgissent. Chacun porteur d’une bombe à guidage laser d’une tonne (GBU-27) conçue pour percer les abris bétonnés. Tous les occupants de l’abri furent carbonisés. Seuls 408 corps seront difficilement identifiés.

 

Naseer Shamma fut parmi ceux qui aidèrent à sortir les "restes calcinés", rappelant que ce sont au moins 800 enfants qui périrent dans cet atroce four crématoire, que notre IMD (Industrie Médiatique de la Désinformation) n’évoque jamais…

 

C’est ce qu’il explique, avec dignité et retenue dans la douleur, en introduction à l’interprétation de cette mélodie... Composée en se recueillant dans ce qui est devenu un des  nombreux musées des atrocités de l'Occident en Irak. Dont le premier gardien des lieux, où sont affichées des dizaines de photos des martyrs, fut une mère de famille qui perdit en un éclair ses huit enfants qu’elle avait confiés à cet abri.

 

Vous reconnaitrez à la minute 8:30 de cette vidéo, sortant de son luth, l’appel des sirènes avant la chute des bombes…

 

Les états-majors des forces armées de l'invasion savaient qu’il n’y avait que des civils dans cet abri. Mais, les enfants du Moyen-Orient représentent des objectifs militaires de premier plan. Il convient, d’après les stratèges occidentaux, de casser à tout prix la croissance démographique des pays de la région, tout en entravant leur développement actuel et futur… Souvenons-nous des cyniques propos de Madeleine Albright, ministre des affaires étrangères des Etats-Unis…

Au regard de l’Histoire, nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas.

 

Tristes, lugubres, premiers pas, pour entamer une année 2015 ?...

 

Non, au contraire, puisqu’il s’agit d’espoir et de certitude !

 

Naseer Shamma rappelle que l’Irak, l’ancienne Mésopotamie, entre les deux fleuves mythiques Tigre et Euphrate, est le berceau des plus anciennes et brillantes civilisations de cette planète. Aux textes légendaires et fondateurs de la pensée humaine, comme l’Epopée de Gilgamesh. Antérieurs à La Bible, qui en reprend plusieurs des épisodes, notamment celui du Déluge, à la mythologie grecque et aux récits d'Homère…

 

Cette Nation renaîtra de ses cendres, comme toute la région.

 

Se comparant à un "résistant", avec pour seule arme son luth. Acte symbolique : il a interprété pour la première fois "C’est arrivé à Al-Amiriya" dans un musée qui avait été muré, après avoir été méticuleusement pillé par les troupes d’occupation. Brisant les briques obturant portes et fenêtres, avec son public, installant des tapis dans les salles vides, jonchées de débris, en guise de sièges…

 

Pour chanter La Renaissance

 

 

 

 

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 01:24

 

 

"... Tu verras grimacer tout ce faux monde de faiseurs effrontés, de politiciens traîtres, d'agioteurs, de cabotins et de filles, toutes ces cupidités féroces, qui te volent non seulement tes écus, mais jusqu'à ta virilité, jusqu'à ta nationalité, jusqu'à ton amour de la Patrie.

L'heure est sombre. Il faut lutter - ou tomber."

 

Octave Mirbeau (1)

 

 

 

Bref rappel aux "casseurs" actuels de La Liberté en France, tout particulièrement d'expression, de réunion et d'information, sous forme de quelques articles de la (2) :

 

 

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

 

 

Article 19

Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

 

 

Article 20

1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.

 

 

Article 27

1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur.

 

 

Article 30

Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

 

 

En foi de quoi, je dis à ces "casseurs" :

 

 

" Vous Nous Pompez l'Air !..."

 

 

 

1.  Extrait de l’affiche de lancement des Grimaces, juillet 1883.
2.  http://www.un.org/fr/documents/udhr/

 

 

 

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 18:25

 

 

Célébrer, chanter, Amour, Liberté, et Dignité Humaine…

 

Sur des textes sublimes de poésie.

 

Avec autant de grâce, de beauté et de talent…

 

De courage, aussi.

 

Ce furent privilège et destin de Warda Al-Jazaïra.

 

Elle vient de quitter ce monde. Jeudi dernier, au Caire. D’une crise cardiaque dans son sommeil, à l’âge de 72 ans.

 

Warda-Al-Jazaira.jpg

 

Immensément populaire dans le monde arabe et au-delà, elle a vendu des disques par dizaines de millions.

 

De père algérien et de mère libanaise, elle était née en France. Pays « des Droits de l’Homme » qu’elle avait dû quitter sous la menace des "milieux" du fanatisme colonial. Du fait de son engagement résolu dans son combat pour l’indépendance de l’Algérie.

 

Elle vient d’être enterrée, à Alger, avec tous les honneurs et le chagrin de son pays. Dans le carré des « Martyrs de l’indépendance ».

 

Je me joins à tous ceux qui la pleurent.

 

 

 


 

 

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 19:25

 

 

En ce 30 septembre, certains pays célèbrent un poète.

 

Comme en Iran aujourd’hui, “Journée Nationale de Rûmî ”, marquant l’anniversaire de sa naissance.

 

C’est si rare, de fêter un poète…

 

rumi.jpg

 

Un des plus grands de l’histoire de l’humanité. Rûmî vécut au 13° siècle, contemporain de Saint François d’Assise en Europe.

 

Né en Afghanistan, à Balk, près de Mazār-e Shārif, fuyant avec sa famille les invasions mongoles qui détruisirent la ville.

 

Longue errance, riche de rencontres exceptionnelles, comme tout nomadisme. De Nichapour, à Damas, avant de se fixer à Konya dans la Turquie actuelle. Où il mourut en 1273. Dante, devait avoir huit ans. Les Turcs lui ont construit un magnifique mausolée.

 

mausoleum-rumi-500

 

Poète mystique, qui disait : “plusieurs chemins mènent à Dieu, j’ai choisi celui de la danse et de la musique”. Une œuvre immense, écrite en persan. La musicalité de ses poèmes, rythmes et sonorités, mélodies, en témoignent. Dont le célèbre Mâthnawi, aux 45.000 vers.

 

Paradoxe : il est plus lu en tant que poète aux USA (1) qu’en Turquie contemporaine où beaucoup de ses ouvrages ne sont pas traduits. Il est vrai que les dictatures militaires se succédant, dès la prise du pouvoir d’Atatürk, en dissuadaient l’édition. La soldatesque et la poésie n’ont jamais fait bon ménage…

 

En France la quasi-totalité de son œuvre a été traduite par une personnalité hors du commun : Eva de Vitray Meyerovitch. (2)

 

Directrice du service « sciences humaines » du CNRS, à la Libération. Elle a abordé l’Islam en travaillant l’œuvre du poète et penseur, Muhammad Iqbal, objet de son ouvrage : Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam. (3)

 

Puis ce fut sa découverte de l’œuvre de Rûmî. Elle entreprit d’apprendre le persan, soutenant une thèse de doctorat en 1968 : Thèmes mystiques dans l’œuvre de Jalâl ud Dîn Rûmî. Le reste de sa vie fut consacré à l’étude, la traduction commentée, de ce poète.

 

  eva c 1

 

Décédée en 1999, elle a été finalement enterrée, en 2008, après de multiples démarches, suivant ses vœux car devenue musulmane, dans la ville de Konya face au mausolée de Rûmî, dont elle disait :

« J’ai consacré ma vie au grand poète soufi Rûmî car j’ai trouvé que son message était d’une grande actualité : c’est un message d’amour avec une puissante dimension fraternelle et œcuménique. »

 

 

 

 

 

(1)  William Darlrymple, What goes round…, The Guardian, 5 novembre 2005, http://www.guardian.co.uk/books/2005/nov/05/featuresreviews.guardianreview26

(2)  Voir : http://www.dubretzelausimit.com/article-26410449.html

(3)  Eva de Vitray, Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam, de Muhammad Iqbal, éditions Maisonneuve, 1955, réédition 1996, éditions du Rocher – Unesco.

 

 

Illustrations :

- Portrait de Rûmî

- Son mausolée à Konya en Turquie

- Enterrement d’Eva de Vitray à Konya en 2008 (en arrière-plan, le mausolée de Rûmî)

 

 


 

 

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 12:00

 

 

 « Quand on s’accommode trop facilement de l’inévitable défaite de l’espérance humaine, l’homme n’étant plus qu’une créature destinée à glisser sur une peau de banane, je sens que le fascisme n’est pas loin. »

Arthur Miller

 

 

 

 

Bêlant d’admiration…

 

Les médias, en troupeau, s’extasiaient de servilité moutonnière…

 

Le Mexicain Carlos Slim est devenu l'homme le plus riche du monde, claironnaient-ils !... Avec une fortune estimée à 53,5 milliards de dollars, non compris ce qui est entassé discrètement dans les paradis fiscaux !... Equivalente à 10 % du PIB du pays. Hourrah !...

 

Rendez-vous compte, comme dans ces compétitions soi-disant sportives dont on nous choucroute à longueur de journée :

 “… le septuagénaire Carlos Slim, magnat mexicain des télécommunications qui fait partie du peloton de tête depuis quelques années, bat de 500 millions Bill Gates, le cofondateur de Microsoft, qui doit se contenter du second rang”. (1)

 

 

Du Culte de la Prédation…

 

Aucun réflexe, esprit critique, aucune décence, ne parlons pas d’éthique : se poser des questions sur la disproportion entre une fortune privée, équivalente et supérieure à bien des budgets d’Etats sur notre planète, et la pauvreté de la majorité de la population mexicaine.

 

Ne serait-ce qu’une demi-seconde, une ligne, quelques mots entre virgules…

 

Sur 111 millions de mexicains disent les statistiques officielles, dont on sait combien elles sont enjolivées dans tous les pays, au minimum la moitié vit dans la misère, l’extrême pauvreté.

 

D’après le classement Coefficient de Gini mesurant les inégalités de revenus entre riches et pauvres, le Mexique immensément riche de ses ressources minières et énergétiques (2), ce paradis du Libéralisme Economique depuis sa conquête par les occidentaux au XV° siècle, treizième puissance économique mondiale, se classe derrière l’Ouganda, juste devant le Rwanda, avec 0,461.

 

Il est vrai que, dans ce même classement, la France, cinquième pays le plus riche du monde, arrive après le Tadjikistan, devançant de justesse :

la Mongolie…

 

Kirghizstan, Bulgarie, Roumanie, Albanie, Belarus, Ethiopie, sont même classés avant notre pays. Mais les médias, si friands de classements et compétitions, n’évoqueront jamais le rang minable, inacceptable, honteux, de la France, quant à l’inégalité des revenus. (3)

 

Incapables de formuler la moindre remarque sur l’origine d’une telle fortune personnelle. Fondée sur une découverte majeure relevant des nouvelles technologies ? De la chimie ? De la recherche sur la santé, comme la découverte de la pénicilline ?…

 

Non. Aucune valeur ajoutée pour la collectivité. Aucune innovation à la source. Même pas du niveau “fil à couper le beurre”. Issue, tout bonnement, de la : “spéculation”.

 

Immobilière, tout d’abord, dans une des plus grandes métropoles du monde, Mexico avec ses 25 millions d’habitants. Démultipliée, ensuite, dans des privatisations “bidons”, fondées sur un système où le dogme de la Libre Concurrence n’est, en fait, jamais appliqué.

 

Assurant, à présent, une rente de situation aux revenus exponentiels. Ce milliardaire détient, entre autres, le monopole des télécommunications, nouvelles vaches à lait de nos sociétés : 90% pour le Fixe et 80% pour le Mobile

 

Fortune colossale qui ne peut se construire sans la complicité de l’appareil politique, détenteur du pouvoir de “surveillance et de répression” : armée, police, services secrets, propagande médiatique et politiciens aux ordres.

 

Fortune-paravent, aux multiples ramifications, servant “d’hommes de paille” à une Nomenklatura, récompensée, engraissée, par des “enveloppes” dans les paradis fiscaux et des arrangements d’actionnariat. Cascades de holdings et rideaux de filiales, assurant une part du gâteau aux apparatchiks.

 

Comme évoqué, lors de la récente élection du président Chilien (4), suivant des pratiques en usage dans toutes les castes dirigeantes du monde. Ou, presque…

 

Soyons compréhensifs à l’égard de nos médias. Pour la plupart, leurs patrons sont des milliardaires aux fortunes engendrées par les mêmes mécanismes “économico-politiques”… Dans ce “milieu”, il faudrait être “maso”, ou suicidaire, pour jouer les rabat-joies...

 

En ces temps de crises, on se doit donc d’encenser, dans l’allégresse, réussites et succès d’où qu’ils viennent. Surtout s’il s’agit de fêter les bienfaits du Libéralisme Economique : bonus, dividendes, en milliards. Au profit exclusif d’une oligarchie.

 

Et, puis c’est tellement reposant : le “vertueux” Mexique n’est pas le Venezuela de Chavez, le Cuba de Castro, la Bolivie de Morales, ou l’Equateur de Correa, que les médias ont pour instruction de diaboliser, jusqu’à la nausée, dans d’épaisses tartines de contrevérités…


Mexique, archétype des sociétés latino-américaines. Des siècles de violence imposée par une caste de colons, s’enrichissant dans l'obséquiosité à l’égard des multinationales. Facilitant le pillage de leur propre pays, sous couvert de mondialisation. Préservant férocement un modèle de société féodale, mafieuse, dans le mépris des amérindiens.


Amérindiens, qu’on regroupe dans une nébuleuse Maya par commodité : Tzeltales, Coles, Tojolabales, Mames, Mochos, Chujes, et Jacaltecos. Même les Zoques, qui n’appartiennent pas au même groupe linguistique que les Mayas. Broyés dans des “déplacements” de population, destinés à les anéantir, dans la perte de leurs langues et leurs cultures.

 

Ce que, pudiquement, on appelait les “Réductions”. Véritables nettoyages ethniques, sur fond d’esclavage dans les champs et les mines. Ces politiques génocidaires :

« … firent chuter la population du Mexique de 25 millions d’habitants en 1519 à 1 million en 1605. Certaines populations refusèrent de se soumettre à la domination espagnole et parfois des groupes entiers choisirent le suicide collectif, au Chiapas, par exemple. » (5)

 

Amérindiens luttant, pour ne pas être totalement exterminés, dans de multiples révoltes, à mains nues, contre ce destin de sous-humanité. Soulèvements réprimés dans la violence, le sadisme, l’horreur, par l’oligarchie des grands propriétaires, banquiers et généraux, qui invoquaient, vieille habitude, la lutte de la civilisation contre la barbarie

 

Jusqu’à la fin du XX° siècle. Le Massacre d’Acétal du 22 décembre 1997, a marqué les consciences : tout un village massacré, notamment des femmes et des enfants réfugiés dans une église, par un commando paramilitaire.

 

Actuellement, 6000 familles d’éleveurs descendants de colons monopolisent 3 millions d'hectares des meilleures terres du Chiapas. Soit la moitié de l’Etat du Chiapas, le plus pauvre du Mexique.

 

Les plus féroces dans le racisme étant les sinistres coletos, se vantant d’être “d’authentiques” descendants des colons espagnols… Arrogance d’une caste coloniale du pillage et du crime.

 

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… Au Combat de l’Espoir

 

A l’opposé de ce gangstérisme prédateur, il existe un autre Mexique. Dont on parle moins ou qu’on célèbre moins. Représenté, parmi beaucoup d’exemples, par une Mexicaine que j’admire :

Elena Poniatowska.

 

Elle fêtera, cette année, ses 78 ans. Fascinant destin d’une femme exceptionnelle par sa générosité de cœur, sa ténacité dans le combat pour un monde meilleur.

 

Son nom ne le laisse pas paraître, mais elle est “mexicaine”. Un père polonais, des anciennes familles régnantes de Pologne. Une mère mexicaine, de descendance française. Arrivée au Mexique, pendant la dernière guerre mondiale, à l’âge de dix ans, elle ne parlait pas un mot d’espagnol.

 

Une “immigrée”. Un patchwork de filiations et de cultures détonnant. De quoi faire avaler le Code de la Nationalité à nos inquisiteurs de l’identité nationale.

 

Une des gloires littéraires du Mexique. A l’abondante production de romans, d’articles, de conférences, couverte d’une multitude de Prix et Distinctions.

 

Pratiquement méconnue en France. Très peu d’ouvrages traduits (6), alors que chacun d’eux est un régal. De finesse, d’humour, de sensibilité, de gravité. Quatre traductions seulement.

 

Curieusement, elle est plus traduite dans le monde anglo-saxon, USA et RFA notamment, que dans le francophone. Même pas mentionnée, dans le Dictionnaire amoureux du Mexique (7).  

 

Elena Poniatowska, un modèle d’engagement, de jeunesse, de courage, de modernité. D’avant-garde. Citoyenne du monde. Appartenant à cette lignée d’intellectuels qui n’existent plus chez nous. Mobilisant talent, combativité et notoriété dans la défense de la paix, de la dignité humaine, de la justice, de la solidarité.

 

Un “écrivain dans la société” (8), et non pas dans sa bulle.

 

“Témoigner” exige du courage physique, en Amérique latine, sachant qu’ont peut finir sous les balles d’un tueur, à tout âge. Comme Dorothy Stang, au Brésil, assassinée à 74 ans.


Mexique, pays des Mordidas, métaphore humoristique pour les pots-de-vin, du Charrismo, ce gangstérisme politique avec ses tueurs à gage. Structurés, à présent, en escadrons de la mort. Gérant les fraudes électorales dans la violence. Que les observateurs internationaux, bien sûr, ne constateront jamais.


Elections ?... Pantomime d’un “parti unique” à casquettes interchangeables, d’une nomenklatura, se disputant le pouvoir entre clans corrompus, dans le mépris du peuple. Peuple qui n’a aucune voix déterminante, c’est l’exclusivité des grands propriétaires et des affairistes. Au service des intérêts de la “mondialisation” (9).


Insupportable, pour Elena Poniatowska, de voir que rien ne change dans son pays.

 

Rien, depuis le témoignage de John Reed, écrit en 1914, témoin des révolutions menées par Zapata et Pancho Villa, pour défendre les paysans sans terres, les pauvres, les peones, les “journaliers”.

 

Au contact de la nomenklatura des généraux, des grands propriétaires et des barons de l’industrie, utilisant l’armée nationale comme une milice privée pour préserver leurs rentes de situation et privilèges, il en a été marqué :

« Dans toutes les conversations que je pus avoir avec eux, je m’efforçai en vain de découvrir ne fut-ce qu’un éclair de sympathie ou de compréhension avec les “peones”. (10)

 

Le sous-commandant Marcos, chef de la révolte du Chiapas, le rappelle :

« Nous manquons d’écoles, d’enseignants, d’hôpitaux, de médecins, de bons prix pour nos produits, nous manquons de terres, de technologie pour la travailler, de justes salaires, de nourriture de qualité et en quantité suffisante, de maisons dignes de ce nom. » (11)

 

Surprenant. Deux des œuvres majeures d’Elena Poniatowska ne sont pas traduites en français.

 

La noche de Tlatelolco (12) commémorant le massacre des étudiants le 2 octobre 1968, sur une des principales places de Mexico. Emouvante chronique, poignante description, tragiques témoignages, d’une manifestation d’étudiants pacifiques, noyée dans le sang par l’armée et la police.

 

Encerclés méthodiquement, massacrés sciemment. Des tués par centaines, des blessés par milliers. A ce jour, le décompte exact des victimes et des “disparus” n’est pas connu.

 

Philip Agee, à l’époque, un des principaux responsables de la CIA pour le Mexique et l’Amérique latine, devant l’ampleur et le cynisme du massacre, en a été choqué. Un dur à cuire, pourtant.

 

C’est ce massacre qui lui a fait quitter la CIA dont il dénoncera dans un livre, traduit dans une trentaine de langues (sauf en France), toutes les pratiques de déstabilisation et de lutte contre les libertés : Secret Agent – Inside the Company : CIA Diary. (13)

 

Révolté, rongé de culpabilité, il y dénonce, au risque de sa vie, 250 agents locaux, rien qu’en Amérique latine. Et, cite des présidents de pays latino-américains comme étant des agents de la CIA, notamment ceux de Colombie (Alfonso López Michelsen), du Costa Rica (José Figueres Ferrer), et du Mexique (Luis Echeverria Álvarez). (14)

 

Autre œuvre non traduite d’Elena Poniatowska : son “roman monumental”  (15) Tinisima, sur une des plus grandes artistes de la photographie, Tina Modotti. (16)

 

Qui, comme beaucoup d’artistes mexicains, a mis son art au service de la justice sociale, indignée par le sort réservé aux amérindiens asservis, maintenus, dans la pauvreté par l’oligarchie mexicaine. Donnant une série de photos-témoignages, extraordinaires moments d’émotion et de vérité.

 

Cette grande figure de la lutte politique et de l’art au Mexique, n'est pas mentionnée, non plus, dans le Dictionnaire amoureux du Mexique… (17)

 

De toute façon… Nul besoin d’un “dictionnaire” pour être amoureux. Qui ne le serait-pas de Tina Modotti ?... Foudroyé, carbonisé, devant la sublime féminité de cette combattante de l’Espoir, magnifiée sur sa terrasse de Mexico, en 1924, par le photographe américain Weston

 

Comme Tina Modotti (18), Elena Poniatowska a connu le déchaînement médiatique, des fleuves de diffamations, calomnies, insultes. La nomenklatura mexicaine, totalement alignée sur les néoconservateurs US, la déteste et, via ses outils de propagande, presse, radios et TV, n’a cessé de la harceler.

 

Tout particulièrement en 2006, année terrible pour elle…

 

Lors des élections présidentielles, elle s’est mobilisée pour la candidature d’Andrés Manuel López Obrador, du Parti de la Révolution Démocratique. Lui aussi, trainé dans la boue, jusque dans Wikipedia, par l’extrême-droite affairiste.

 

Il proposait d’infléchir la politique ultralibérale en cours. C’est lui, qui aurait dû remporter les élections. Mais, avec un faible différentiel de voix, c’est son adversaire, à la suite de magouilles et de violences électorales inimaginables, qui fut finalement “désigné”…

 

La même année, elle s’est mobilisée avec plusieurs intellectuels pour condamner les bombardements sauvages d’Israël au Liban. Ce qui la fit accuser par l’Ambassadeur d'Israël de vouloir encourager le terrorisme…

 

Devant l’hystérie de l’extrême-droite, et sa mise en danger dans un pays de tueurs à gage, 24 intellectuels de plusieurs pays hispanophones et lusophones, dont le Prix Nobel José Saramago, se sont mobilisés dans un collectif pour signer une pétition de soutien en sa faveur.

 

Autant dire que dans le milieu médiatique français, Elena Poniatowska est précédée de vapeurs de souffre… Ecrirait-elle des torchons anti-Chavez ou anti-Castro, qu’elle serait immédiatement traduite et publiée, reçue sur tous les plateaux de TV.

 

Mais, en France dans les “circuits” politico-mondains de l’édition, de l’audiovisuel, du cinéma, artistes et écrivains, préoccupés de justice, de dignité humaine, ne sont pas reconnus, appréciés, et en conséquence, diffusés. Sauf, à diaboliser ce qui n’est pas reconnu comme appartenant au "monde occidental".

 

Combat contre les massacres de civils ?... Contre l’injustice ?... Contre la pauvreté ?...

 

La Doxa du Libéralisme Economique est allergique à ces sujets, et à leurs auteurs. Phénomènes non reconnus, anecdotiques, là où il règne en maître. Si on est pauvre, c’est qu’on le mérite. Si on est massacré, c’est pour être “civilisé”.

 

Dans tous les cas, c’est qu’on le vaut bien

 

Car, comme chacun sait, “les mécanismes du marché” assurent le bonheur de tous…

 

 

 

 

 

 


 

(1)  Les super-riches sont de retour, Le Monde, 11 mars 2010, http://www.lemonde.fr/international/article/2010/03/11/les-super-riches-sont-de-retour_1317440_3210.html

(2)  Exprimé en rang mondial : premier producteur d’argent (célèbres mines de Zacateras depuis le XV° siècle), 3° de zinc, 4° de plomb et de soufre. Un des premiers producteurs de manganèse, d’or, de cuivre et de fer. Et, bien, sûr de pétrole, dont il occupe le 1er rang mondial pour les réserves offshore, dans le Golfe du Mexique.

(3)  http://www.statistiques-mondiales.com/gini_croissant.htm

(4)  Chili : L’Affairisme au Pouvoir, http://stanechy.over-blog.com/article-chili-l-affairisme-au-pouvoir--44130753.html

(5)  Mexique, Bibliothèque du Voyageur, Gallimard, 2006, p. 49.

(6)  Quatre œuvres, à ma connaissance : Lilus Kikus, Vie de Jésusa, Cher Diego, Quiela t’embrasse, La fille du philosophe (Nouvelles, dont je recommande la lecture comme ballade à la découverte du talent d’Elena Poniatowska).

(7)  Jean-Claude Carrière, Dictionnaire amoureux du Mexique, Plon 2009. Mais, il y a un article sur l’écrivain français : Le Clézio

(8)  Titre du chapitre où elle figure dans l’ouvrage de Philippe Ollé-Laprune, Cent ans de Littérature Mexicaine, Editions   Différence, 2007, p. 479.

(9)  Dans un pays qui est le plus gros producteur de Coca-Cola du monde par tête d’habitant, Vicente Fox en fut le dirigeant, pour le Mexique et l’Amérique latine, avant de devenir le président du Mexique (2000 – 2006).

(10) John Reed, Le Mexique Insurgé, Seuil, 1996, p. 312.

(11) Manuel Vázquez Montalbán, Marcos – Le maître des miroirs, Mille et une nuits – Fayard, 2003, p. 219. Livre fondamental pour franchir les clichés médiatiques ou académiques, afin de “connaître” le Mexique et l’Amérique latine.

(12) Elena Poniatowska, La noche de Tlatelolco. Testimonios de historia oral. México, 1971, nouvelle édition Ed. Era, México, 1993. Traduction en anglais : Massacre in Mexico, Univ. of Missouri Press, 1975.

(13)  Agee, Philip, Secret agent - Inside the Company : CIA Diary, Penguin, 640 pages, 11 janvier 1975.

(14)  Philip Agee : L’Honneur d’un Agent Secret, http://stanechy.over-blog.com/article-15651563.html

(15)  Philippe Ollé-Laprune, Op. Cit.

(16)  Elena Poniatowska, Tinísima, Era, México 1993. Traduction en anglais : Penguin Books, 1998.

(17)  Jean-Claude Carrière, Op. Cit. Mais, rassurons-nous : ce distingué “humaniste” est l’auteur du scénario du film en cours de tournage, d’après le roman d’Atiq Rahimi, sur l’Afghanistan…

(18)   Araceli Alvarez, The Media as an Image Maker/Breaker : The Case of Tina Modotti and its Literary Representation, Thesis, Faculty of the Virginia Polytechnic Institute and State University, July 31 2000.

 

 

 

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 11:46

 

 

 

 

 

J’ai appris sa mort le jour de Noël.

 

Nous le savions très affaibli, épuisé, par sa lutte quotidienne contre cette “longue et douloureuse maladie”. Le cancer, pudiquement surnommé ainsi. Lucide et courageux, jusqu’au bout.

 

Il savait son départ imminent. Consacrant ses derniers mois à organiser, inventorier, répartir, archives, manuscrits, livres, correspondances, articles, conférences, photos, prix ou récompenses internationales.

 

Strates successives du passage du temps, d’une œuvre foisonnante. Inestimable témoignage de la création littéraire, théâtrale, cinématographique, du dernier demi-siècle. Dont la British Library recueillera l’essentiel.

 

Nous espérions le voir, l’entendre, le sentir à nos côtés, quelques années encore. Un des derniers intellectuels de stature internationale, dont la vie, l’oeuvre et le combat politique, sont la fusion d’un talent et d’une générosité hors du commun.

 

 

 

 

Je voulais saluer son départ.

 

Au moment de prendre la plume, les atrocités de Gaza m’ont sauté à la gorge. Comme si, au lendemain de son envol, tout ce contre quoi il avait lutté, tirait une salve de défoulement sadique dans un déluge de feu, de mensonges et d’horreurs.

 

Après la disparition, cet été, de Mahmoud Darwich, celle d’Harold Pinter est un rude coup porté à la communauté des “citoyens du monde”. Celle du refus de l’extrémisme d’une idéologie, dite “libérale”. Religion, intégrisme, du culte de l’argent, sous ses formes les plus honorées : la spéculation et la prédation. Se nourrissant de l’exclusion, du fanatisme et de la violence. Violence du Fort contre le Faible. Au seul profit d’une ploutocratie insatiable.

 

Ce n’est pas à un résumé de sa vie, ni de sa production artistique, que je veux me livrer.

 

Vous trouverez tout cela, finement analysé, dans la magistrale biographie écrite par Michael Billington. Critique de théâtre, spécialiste mondialement reconnu de Pinter. Ne sachant pas si elle a été publiée en français, ce sont les coordonnées de l’édition britannique que j’indique. (1)

 

Juste une poignée de pétales, jetés au vent. Affection, reconnaissance, admiration, tristesse, regret, pour un homme, ses forces, ses fêlures, et son œuvre immense…

 

 

Le Dramaturge …

 

Je suis entré dans la création et l’art de ce génie du théâtre, par hasard. Par le cinéma…

 

Un film : The Go-Between. Traduit en français par Le Messager (2). Avec Alan Bates, qui restera un de ses interprètes favoris, au cinéma et dans plusieurs de ses pièces. Julie Christie, tenant le rôle féminin principal.

 

Pinter en était le scénariste, avec l’adaptation d’un roman de L.P. Hartley. Superbe “recréation” à l’écran d’une œuvre littéraire, d’une densité exceptionnelle. Tous les thèmes du théâtre de Pinter, que je retrouverai plus tard, y sont évoqués.

 

Au cœur de l’action, un jeune adolescent propulsé dans le monde des adultes. Découvrant la stratification sociale d’une société britannique, divisée en castes. Dans l’hypocrisie. Manipulé en “messager” par deux adultes pris de passion, que les conventions sociales interdisaient.

 

De messager, il devint observateur, puis impliqué, malgré lui, dans ce qui le dépassait. L’innocence de l’enfance déchirée, en lambeaux, sous le choc de ce qu’il ne connaissait pas : trahison, mensonge, injustice, violence. L’impossibilité de communiquer, d’exprimer. La cruauté de la fatalité. Mais, aussi, découverte de la sensualité, de l’amour, floraison de cette pulsion vitale qui nous lie à notre destinée humaine…

 

On l’oublie parfois, mais Pinter restera un des meilleurs adaptateurs à l’écran de grands romans. Exercice plus que difficile, que peu d’écrivains, d’auteurs de scénarios, réussissent. Travaillant avec les plus grands metteurs en scène de cinéma. Leur collaboration donnant des chefs-d’œuvre, devenus des “classiques”.

 

Parmi ces metteurs en scène, le magnifique Joseph Losey que certains pensent britannique. Alors qu’il était un réfugié politique, un dissident américain, obligé de s’exiler en Grande-Bretagne, lors de la “chasse aux sorcières” organisée par les fanatiques anticommunistes de l’ère McCarthy des années 1950. On lui reprochait ses idées. Le délit d’opinion existe, aussi, dans nos “démocraties”…

 

Les piliers de cinémathèque connaissent The Servant, inspiré d’un roman de Robin Maugham (3). Ou encore, Accident, adaptation d’un roman de Nicholas Mosley (4). Ou encore, fruit de sa collaboration avec le metteur en scène Karel Reisz, “La Maîtresse du Lieutenant français”,  splendide transposition du roman de John Fowles, The French Lieutenant’s Woman, où Meryl Streep interprète un de ses plus beaux rôles (5). Et, tant d’autres…

 

De là, j’ai remonté l’œuvre, comme je l’aurais fait d’une rivière, jusqu’à sa source : théâtre et poésie. Découvrant quelques uns des joyaux de son écriture, que sont les pièces écrites d’abord pour la radio, avant d’être mises en scène au théâtre ou à la télévision (6).

 

Du temps où la radio et la TV (7) étaient autre chose que du matraquage publicitaire, entrecoupé de discussions de café de commerce monopolisées par les Dupont Lajoie (8), ou de la “propagande gouvernementale”.

 

Traduites dans le monde entier, ses  29 pièces de théâtre l’ont hissé, aux yeux des amateurs de théâtre contemporain britannique, à la hauteur de ce qu’est Shakespeare pour le théâtre classique.

 

Ses talents, d’acteur, de metteur en scène, d’auteur, se sont forgés à l’exemple de Molière ou de Shakespeare. En parcourant les routes, au sein d’une petite troupe ambulante, avec des artistes méconnus, mais remarquables. La formation initiale de Pinter se fit dans les salles enfumées, aux effluves de bière brune, des petites villes et villages d’Irlande. Cette Irlande, pour laquelle il gardera tendresse.

 

Pratiquant le théâtre de Shakespeare, évidemment. Et, autres classiques. Aux confins de l’enthousiasme, de la fièvre créatrice et de la misère. Lorsque son fils est né, à Londres, il n’avait pratiquement pas d’argent pour le nourrir, lui et sa mère, dans un entresol où les murs ruisselaient d’humidité.

 

Loin de se dissoudre dans le misérabilisme, ses débuts de carrière sont un exemple d’énergie débordante : travail d’interprétation, de mise en scène, d’écriture, d’idées, de projets. Sportif, il était d’un excellent niveau dans une “discipline” qui le passionnait, le passionnera toujours : le cricket… Dont il tirera une scène d’anthologie, sous forme d’une percutante métaphore sociale, dans The Go-Between.

 

Avant de connaître succès et reconnaissance internationale, il a tout enduré. Aucune aigreur ou frustration. Son intelligence et sa générosité ne pouvaient que les sublimer. Dureté, vacheries d’une société fondée sur des rapports de domination, ont été son laboratoire d’observations de “la comédie humaine”.

 

 

… de La Dignité Humaine

 

Il n’était pas un “produit” des salons londoniens, lustré dans la servilité à l’égard de la nomenklatura. Son œuvre est charpentée par une lucidité, une sérénité, inébranlables.

 

Dans un démontage implacable des relations humaines, des pressions d’une société capable d’écraser l’individu, au point de s’interdire la communication, l’échange, l’expression des sentiments. Entre parents et enfants. Hommes et femmes. Puissants et faibles. Pouvoir et dignité humaine. Ville et solitude.

 

Jusqu’à les débusquer dans le langage et ses silences.

 

Langage, dont il ne cessera de dénoncer la manipulation par les castes au pouvoir et leurs médias, dans le mensonge et le cynisme :

“ Les mots, dans le monde où nous vivons, sont souvent employés pour déformer, dissimuler, ou manipuler, le sens qu’ils sont censés véhiculer… C’est devenu un langage de mensonges.

Ces mensonges peuvent atteindre une telle force persuasive, envahissante, que le menteur lui-même est convaincu de dire la vérité.

Comme cela a été prouvé à maintes reprises, quand les mots sont utilisés avec courage, dans le respect rigoureux de leur sens réel, les utilisateurs de ces mots sont récompensés par les persécutions, les tortures et la mort.” (9)

 

Il ne supportait pas l’hypocrisie, l’abus, la confiscation des mots qui n’ont plus de sens : démocratie, droits de l’homme, droit de vote, liberté d’expression… Si ce n’est de semer ravage et terreur, dans le monde, avec le fanatisme de “la bonne conscience”.

 

Auteur “engagé” ?... Certainement. Mais, il ne défendait aucun système politique. La politique et les politiciens ne l’intéressaient pas. Seules les souffrances, les injustices, les violences, dont ils sont responsables, le préoccupaient. Les totalitarismes ont le même comportement, la même idéologie, les mêmes techniques, quelle que soit leur époque, leur teinture politique…

 

Il aimait rappeler que Kafka, dans Le Procès, n’avait pas écrit contre le stalinisme. Ce régime n’existait pas encore, au moment de la rédaction de son chef-d’œuvre. Mais, contre l’Empire Austro-Hongrois, sa bureaucratie, son oppression policières. Prague vivait sous la botte d’une dictature et d’une occupation militaire “étrangères”. Comme Bagdad, Kaboul ou La Palestine, aujourd’hui. La sauvagerie des immenses ravages en moins...

 

Pinter était inquiet de l’extension constante d’un totalitarisme au sein même des sociétés occidentales, dont la Grande-Bretagne, constatant que :

“… les privilèges de la grande bourgeoisie coexistent avec un développement croissant du pouvoir répressif de l’Etat et nos vies sont de plus en plus régentées par un matérialisme narcissique dans lequel il est mal vu de se dresser contre l’injustice et la corruption.” (10)

 

Ou encore, l’érosion des libertés, dans nos sociétés, avec son mécanisme subtil et pervers :

“… une des préconditions du fascisme – une élite richissime, égoïste et myope, totalement indifférente aux décisions prises en son nom, se forme dangereusement en Grande-Bretagne.” (11)

 

Son intense travail de dramaturge, de création, ne l’empêchait pas de participer à toutes les luttes, sur plusieurs décennies et continents, pour le respect de La Dignité Humaine, contre les guerres, les dictatures militaires, les oppressions, les tortures et les massacres, imposés par l’Occident :

Apartheid en Afrique du sud, dictature militaire en Turquie, Asie (Cambodge, Indonésie, Laos, Philippines, Timor oriental, Vietnam), Amérique Latine (El Salvador, Chili, Guatemala, Nicaragua, Panama), Caraïbes (Haïti, République Dominicaine), Somalie...

 

Bien sûr, la destruction de l’Irak, fondée sur des mensonges. Il fut un adversaire très virulent du gouvernement britannique qui participa à ce crime collectif. Puis, l’Afghanistan…

 

Ses combats sont innombrables…

 

Encore inconnu, il s’était retrouvé dans un commissariat londonien, pour avoir échangé des coups avec un raciste qui l’avait traité  de “sale juif”, dans un bar.

 

Pinter était juif. La branche paternelle, en provenance de Pologne. Celle de sa mère, venant d’Odessa en Crimée. Cette province dont on ne sait plus si c’est l’Ukraine ou la Russie, depuis la chute du Mur de Berlin. La population souhaitant son rattachement à la fédération russe.

 

La défense de son identité juive, lui rendait détestable le fanatisme sioniste. Refusant d’admettre les atrocités, injustices et tueries récurrentes commises à l’encontre du peuple Palestinien.

 

Eprouvant le plus complet mépris pour les différents gouvernements israéliens qu’il considérait comme un ramassis de racistes, belliqueux, corrompus, marionnettes du complexe militaro-industriel, faisant régner la terreur armée occidentale au Moyen-Orient. L’hystérie raciste, anti-arabe, antipalestinienne, qui a imprégné les dernières “élections” en Israël lui donne raison…

 

Condamnant les destructions colossales infligées régulièrement par Israël aux peuples et pays voisins, dans des déclarations et écrits signés aux côtés de Noam Chomsky et d’autres intellectuels juifs courageux. Il n’avait pas hésité, lors des bombardements démentiels du Liban en juillet 2006, à persister et à signer : “C’est Israël le vrai responsable”. (12)

 

On le retrouvera au comité de soutien de Mordechaï Vanunu, cet ingénieur israélien qui a fait connaître au monde l’ampleur du programme nucléaire de son pays. Non signataire du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP). Enlevé à Rome où il s’était réfugié, par le Mossad, il a été condamné à 18 ans de prison pour s’être “exprimé”. Sa peine purgée, il est maintenu en résidence surveillée, dans l’impossibilité de communiquer librement.

 

Autrement dit, Pinter avait tout pour se faire détester des médias…

 

Couvert de prix, de distinctions littéraires, dans le monde entier, il s’est vu décerner le prix Nobel de Littérature en 2005. Présent à Londres, lors de la cérémonie de remise de son prix Nobel, j’ai été impressionné par le “silence médiatique”, dans son pays, sur cet évènement. Ces mêmes médias prêts à célébrer la dernière paire de chaussures de la plus ringarde des princesses chevalines, qui abondent dans ce pays…

 

Il n’avait pas pu se déplacer en Suède pour prononcer son discours et recevoir son prix, immobilisé sur un fauteuil roulant par la maladie. Il avait été enregistré et diffusé sur grand écran. Un modèle du genre, que je vous invite à lire. Limpide et fort. En deux parties. La première sur l’art et la vérité. La deuxième, sur le mensonge et le pouvoir.

 

Il en riait, avec son ironie incisive et son formidable humour :

“Ce fut totalement ignoré par la BBC. Cela n’était jamais arrivé. Certains assurent que la BBC a ignoré le discours (de remise du Prix Nobel) par complicité avec le gouvernement. Je ne le crois pas…” (13)

 

Plongez dans son œuvre.

 

Un exemple de ce qu’est un artiste, un créateur : un messager, un passeur, entre “l’Art” et le “Sens”…

 

Un Go-Between.

 

Car, nos sociétés humaines doivent avoir un “Sens”, une éthique collective, une expression qui ne soit pas celle du seul cynisme. Le “sens de la dignité de l’homme”. Sinon, “l’Art” en est réduit à ces “productions”, similaires aux cadavres d’animaux dans des aquariums de formol, se vendant, avant la crise, à des dizaines de millions d’euros pièce… L’expression du néant.

 

Retenons son testament intellectuel, les dernières lignes de son discours de la remise du Nobel. Il nous rappelle ce que tout “citoyen du monde”, conscient de ses responsabilités, refusant d’être réduit à un "robot-consommateur", se doit de respecter (14) :

 

“ … Je crois que malgré les énormes obstacles qui existent, être intellectuellement résolus, avec une détermination farouche, stoïque et inébranlable, à définir, en tant que citoyens, la réelle vérité de nos vies et de nos sociétés est une obligation cruciale qui nous incombe à tous.

 

 Elle est même impérative.

 

Si une telle détermination ne s'incarne pas dans notre vision politique, nous n'avons aucun espoir de restaurer ce que nous sommes si près de perdre : notre dignité d'homme”.

 

 

 

Gaza - Le Massacre des Innocents...

 

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(1)   Billington, Michael, The Life and Work of Harold Pinter, Faber & Faber, London, 1997. 418 p.

(2)   The Go-Between, film de Joseph Losey de 1970, avec Julie Christie et Alan Bates. Palme d’or au Festival de Cannes 1971, entre autres distinctions internationales.

(3)   The Servant, film de Joseph Losey de 1963

(4)   Accident, film de Joseph Losey de 1967, avec Dirk Bogarde, Jacqueline Sassard, Delphine Seyrig. Couvert de prix internationaux, dont celui du grand prix du Jury du Festival de Cannes – 1967.

(5)   La Maîtresse du Lieutenant français, film de Karel Reisz de 1981, avec Meryl Streep et Jeremy Irons.

(6)   Voir un “document historique” sur Youtube : l’adaptation télévisée de sa pièce The Collection. En 1976 : http://www.youtube.com/watch?v=bPxLEAfjdIY&feature=related. Avec les grands acteurs du moment : Laurence Ollivier, Helen Mirren, Alan Bates et Malcolm McDowell.

(7)   La BBC était à l’époque des débuts de Pinter, dans les années 60-70, un extraordinaire foyer de créativité et de liberté d’expression. Aujourd’hui, complètement disparu…

(8)   Dupont Lajoie, Film d’Yves Boisset de 1974. Avec Jean Carmet et Jean-Pierre Marielle comme acteurs principaux. Mettant en scène les archétypes du racisme et du fanatisme imbéciles de nos sociétés.

(9)   The Life and Work of Harold Pinter, p. 372, Op. Cit.

(10) The Life and Work of Harold Pinter, p. 330, Op. Cit.

(11) The Life and Work of Harold Pinter, p. 331, Op. Cit.

(12)  John Berger, Noam Chomsky, Harold Pinter, José Saramago, C’est Israël le vrai responsable, Le Monde, 27 juillet 2006.

(13)  “It was totally ignored by the BBC. It never happened. There are those who argue that the BBC's ignoring the speech was to do with its complicity with government. I don't believe that.” http://www.guardian.co.uk/stage/2006/mar/14/theatre.stage

(14)  http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/2005/pinter-lecture-f.html

 

Photo Harold Pinter : Eamonn McCabe

Photo de la main d’un enfant Palestinien, sous les décombres de Gaza

 N.B. La traduction des citations de l’ouvrage de Michael Billington est “garantie maison”…

 

 

 

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Published by Georges Stanechy - dans Artistes et Ecrivains
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