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Liberté ...

   
 

 

 

 


 
Le Québécois
chante la lutte des Peuples
contre la Prédation
 
 

Horizon...


Du conseil international en gestion stratégique et en développement d'économies émergentes...
Au regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage.
Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas.
A contre-courant...

 

 

 

Modération


Tous commentaires et propos contribuant à enrichir échanges et débats, même contradictoires, sont amicalement reçus. Ne sont pas acceptées les pollutions organisées, en particulier :

a)  Hors sujets et trolls

b)  Attentatoires à la Dignité Humaine :

.  Injures

.  Propos racistes

.  Incitations à la haine religieuse

 

Avertissement

Liberté d’expression et abus de procédure

 

Devant la multiplication actuelle des atteintes à la liberté d’expression, sous forme d’intimidations et de menaces à l’égard de blogs et de sites, de la part d’officines spécialisées dans la désinformation et la propagande relatives aux évènements passés, présents et à venir au Moyen-Orient, tout particulièrement, il est rappelé que la Loi du 21 juin 2004 (LCEN),

modifiée par la Loi n°2009-1311 du 28 octobre – art.12, s’appliquant à des « abus » éventuels,

spécifie

dans son alinéa 4 :

« Le fait, pour toute personne, de présenter aux personnes mentionnées au 2

un contenu ou une activité

comme étant illicite

dans le but d'en obtenir le retrait ou d'en faire cesser la diffusion,

alors qu'elle sait cette information inexacte,

est puni

d'une peine d'un an d'emprisonnement

et

de 15 000 Euros d'amende»

 

 

16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 14:15

 

 

 

"Le ministre Jacquinot déclarait à la tribune des Nations Unies que l'indépendance, c'est l'indépendance.
Nous nous apercevons aujourd'hui que ce n'est pas vrai.
C'est un piège à cons qu'il nous a tendu."

Daniel Kemajou - 29 octobre 1959. (1)

 

 

 

 

 

Le "niveau de vie" de ce pays devrait être supérieur à celui de la Norvège, avec ses 5,5 millions d'habitants...

 

Producteur de pétrole comme le scandinave, le Gabon atteint, à peine, les 2 millions d'habitants pour une superficie représentant la moitié de celle de la France. (2) De plus, gratifié de fantastiques ressources naturelles que la Norvège, pour rester dans la comparaison, ne détient pas.

Gabon : Jusqu’à Quand le Pillage ?...

"Main Invisible" du Marché ou de la Prédation ?...

 

Richesses dont on a du mal à cerner les contours de leurs colossales amplitudes. Statistiques "incontestables", aux chiffres vérifiés et validés sur fondement de plusieurs sources elles-mêmes "fiables", étant impossibles à obtenir pour ce qui est du commerce extérieur des pays africains dès qu'ils sont vendeurs d'hydrocarbures et de productions minières. Pratique similaire, ne l'oublions pas, dans d'autres pays d'Amérique latine ou d'Asie (Birmanie-Myanmar, Philippines ou Thaïlande, par exemple).

 

Comme pour les statistiques "officielles" du chômage, ou de l'inflation, sous nos latitudes tempérées ; systématiquement "bidonnées", minorées, dans tous les cas "taillées sur mesure" à la demande des gouvernements.

 

C'est ainsi qu'on arrive, sans rire, à affirmer que l'inflation est "voisine de zéro". La chorale de nos "experts en économie" l'affirmant à longueur d'année, la main sur le cœur. En contradiction flagrante avec les constatations, et expérimentations, quotidiennes du porte-monnaie de n'importe quel consommateur, même le plus analphabète en économie... Jusqu'à la baguette de pain, ou le pot de yaourt, dont on diminue le poids pour ne pas augmenter le prix unitaire !...

 

Le Gabon, n'échappe donc pas au "régime statistique" des autres pays africains : une grande partie des produits de son sous-sol  étant "cédée" hors comptabilisations douanières, et autres organismes censés en contrôler les "flux" ; dans le bourdonnement continu, mais discret, des domiciliations bancaires des paradis fiscaux...

 

Tout comme la majeure partie du continent africain, le Gabon est immensément riche de ses ressources naturelles. En tête de liste : les hydrocarbures. Depuis des décennies, le Gabon est considéré comme un des principaux producteurs de pétrole du continent. Mais, les Gabonais, pas plus que les autres non "initiés" aux modes de pompage et circuits spoliateurs, ne connaîtront jamais la somme, ou le détail, de l'exploitation des richesses pétrolières de leur nation...

 

Pas davantage pour ce qui est des autres productions de son sous-sol, minières plus particulièrement. (3) Citons le manganèse dont il est le troisième exportateur mondial après l'Australie et l'Afrique du sud, d'après les "statistiques officielles" !... (4)

 

Ajoutons dans le panier : l'uranium, dont on nous dit que l'exploitation est arrêtée depuis le début des années 2000. La première tonne d'uranium a été extraite en 1961. La COMUF, filiale d'AREVA, exploitant la mine ne faisait bénéficer ses salariés "d’aucune des mesures de protections reconnues nécessaires par la filière nucléaire"... (5) Des centaines meurent, actuellement, de maladies du travail dans l'indifférence... L'exploitation devrait reprendre, sur d'autres sites, d'après les rumeurs...

 

Sans oublier l'or de Bakoumba. Ou encore, le fer des mines de Bélinga dont les réserves sont évaluées à un milliard de tonnes... Et tous ces minerais rares, d'autant plus recherchés par les nouvelles technologies industrielles : le niobium de Lambaréné, le molybdène de Mouila, aux réserves estimées à 100 millions de tonnes. Richesses à ne plus savoir qu'en faire !...

 

Et, il n'y a pas que le sous-sol...

 

Le premier employeur du Gabon est la filière d'exploitation du bois. La forêt recouvre 85% de la superficie du pays, avec des essences de bois précieux très demandées telles que l'okoumé. Le Gabon est un des premiers exploitants forestiers et exportateurs de bois dans le monde. Additionnons à la liste : caoutchouc, café, cacao... Pays aux multiples fleuves, rivières et cours d'eau ; gigantesque château d'eau douce, au potentiel agricole faramineux...

 

Mentionnons une richesse sous-exploitée, car pillée dans le silence complice de ses gouvernants. Cas de beaucoup de pays africains dotés d'une zone côtière : la ressource halieutique.

 

Leurs eaux territoriales sont riches, très riches, en poissons, du fait des courants marins longeant leurs côtes ; qu'ils sont pour le moment incapables de faire respecter par les flottes de pêche européennes et asiatiques (Japon et Corée, surtout), ne serait-ce qu'en exigeant droits de pêche et respect de quotas (imposant le "repos biologique" pour assurer le renouvellement de la ressource). Ou, d'investir dans une flotte de pêche avec la valorisation industrielle et commerciale du produit : conserveries, unités de congélation, etc. Le Gabon, gros consommateur de poissons, n'assure qu'un tiers de sa consommation...

 

"Pauvre Norvège", se dit-on, en comparaison de cet amas de ressources naturelles.

 

Le rapprochement s'effondre brutalement, toutefois, dès que l'on compare les niveaux de vie des deux pays.

 

Même pas 2 millions d'habitants... Et, la majorité de la population du Gabon vit dans la pauvreté... Des études "indépendantes" font état de 83 %...

 

Dans un pays aux infrastructures et services quasi illusoires, hors exploitation des ressources destinées à l'exportation : routes et voies de communication délabrées ou inexistantes, accès à l'eau potable limité à une partie de la population, services de santé et d'éducation déficients, services sociaux défaillants pour des catégories sociales précarisées (personnes âgées, handicapées, notamment), chômage exponentiel sans protection sociale (1/3 de la population), diplômés sans emploi ni perspective d'avenir (la majorité des postes d'encadrement étant squattée par des "expatriés" européens aux salaires et avantages exorbitants), etc.

 

Pourtant nous sommes au royaume du "Libéralisme Economique Absolu", tant célébré et invoqué par nos "charlots-économistes" qui ne cessent d'en prêcher les mérites : "pas de dépenses publiques", pas d'impôts sur les fortunes et hauts revenus, pas d'impôts sur les grandes entreprises exportatrices, pas de droits de douane, privatisation de tous les services publics (entièrement aux mains de groupes privés français) !...  Le rêve pour ces adorateurs de La Main Invisible du Marché dont ils souhaitent l'instauration en France, sous l'appellation de "réformes structurelles". (6)

 

Qu'importe désastres et ravages, économiques et sociaux, qu'on peut recenser partout, en appliquant les mesures préconisées par les dévots du "Libéralisme Débridé" ; le Gabon, par sa catastrophique situation sociale, constituant un aveuglant exemple !...

 

Attention ! Il est, de plus en plus, interdit d'en faire le constat, de le mentionner, de vouloir en discuter, pire : de prétendre le remettre en cause, sous peine de délit de "blasphème" !...  Les économistes de nos nomenklaturas viennent récemment d'en énoncer le principe canonique, de droit divin, dans un livre : "Le négationnisme économique, et comment s'en débarrasser".  (7)

 

Nous voilà sommés par l'Inquisition, contrôlant la circulation des idées et des opinions, de nous taire pour ne pas être déclarés : "hérétiques" !... (8)

 

En fait, le Gabon est la parfaite incarnation de ce que nos oligarchies rêvent d'imposer sur la planète : "tout pour le 1%" ! L'immense richesse nationale du pays spoliée par une infime poignée de clans familiaux de l'ancienne puissance coloniale, adossés aux politiciens maffieux, en cheville avec leurs richissimes "fondés de pouvoir" locaux dissimulés dans les mascarades électorales, n'est que la concrétisation d'un modèle économique ardemment souhaité.

Gabon : Jusqu’à Quand le Pillage ?...

Elections nationales familiales…

 

En ce début du mois de septembre, excédés par cette situation sociale d'une violence extrême par son injustice, les Gabonais viennent de se révolter à l'occasion des résultats des élections présidentielles du samedi 27 août 2016.

 

Toutes les villes du pays ont été touchées par cette flambée de rage ; vite contenue et réprimée par des forces de police, soigneusement entraînées et généreusement équipées par la caste au pouvoir (9). La réélection d'Ali Bongo, fils du précédent président Omar Bongo, la famille Bongo "régnant" sans discontinuer depuis 1967 (un demi siècle...), étant contestée par son "adversaire".

 

Les élections auraient été grossièrement "truquées", au préjudice de son opposant nous enfument nos médias. Mais, s'arrêter à ce niveau d'analyse serait accréditer une possibilité, ou un contexte, d'alternance politique, tout à fait illusoire. Le dit "opposant" d'Ali Bongo, Jean Pïng, n'est autre que son beau-frère ; marié à une des filles d'Omar Bongo, dont il a eu deux filles, et dont il fut un des ministres pendant 18 ans. Ce ne sont pas des élections "nationales", mais bien des élections "familiales".

 

Les Gabonais en ont ras-le-bol de cette farce. Pas de libertés publiques  - d'expression, d'opinion, de réunion, etc. -  à la limite ; ils s'accomoderaient de la dictature de ce "régime familial". Car, ils se fichent de cette mascarade démocratique, souhaitant avant tout, non pas des isoloirs avec des bulletins de vote "bidons", mais des emplois, des services publics, des écoles, des dispensaires et centres de soins, des routes, des logements, de l'eau potable dans les habitations, par une équitable redistribution de la richesse nationale.

 

"Changement de régime" ?... Ils n'y croient pas : les gouvernements de la France ou des pays européens tiennent dans la plus haute considération des "régimes moyenâgeux", et sanguinaires, tels que ceux de l'Arabie Saoudite ou des pays du Golfe. Alors, la famille Bongo et sa sympathique corruption ... (10)

 

"Néocolonialisme" ?... Tout a été dit sur ce fléau qui accable l'Afrique, tout particulièrement. Les anciennes puissances coloniales continuent de gérer les pays dont elles pillent les ressources, via des "marionnettes élues"... Les gouvernements britanniques - j'ai eu l'occasion d'évoquer le cas tragique du Kenya - avec autant de férocité que les gouvernements français. Au Gabon, comme ailleurs. (11)

 

En France, nombreux sont ceux qui se sont élevés contre ces systèmes de corruption et de gabegie institutionnalisés. Sources d'enrichissements personnels scandaleux. Via les caisses de nos partis politiques ; ou directement, dans les poches de nos "capitaines d'industrie" et nos responsables politiques, sous les paradis fiscaux. Et, même militaires : nos forces armées se comportant en milices au service d'intérêts, groupes privés en symbiose avec des dictatures, qui ne sont pas ceux de notre pays.

 

Car, la France aurait tout intérêt, au lieu de piller l'Afrique, à voir se développer dans un partenariat solidaire un espace de prospérité. Aux deux avantages essentiels :

- créer des emplois en fixant les "populations actives" dans ces pays, "l'émigration" n'étant plus la seule opportunité d'avenir ou d'espoir ;

- accroître, par le pouvoir d'achat ainsi généré, de fructueux échanges avec nos entreprises industrielles, commerciales ou de services, non liées aux circuits maffieux de la corruption tels que : ventes d'armes, privatisations/spoliations, monopoles de la distribution (supermarchés) et des concessions (automobiles), gestion des services publics (réseaux d'électricité, d'eau et d'assainissement, de transport maritime et aérien, etc.).

 

Rappelons le travail de René Dumont, dont le célèbre ouvrage "L'Afrique Noire est mal partie", publié en 1962, prévenait déjà des dangers du développement des grandes cultures intensives à l'exportation (café, cacao, coton, thé, etc.), sur les terres accaparées dans la violence et la corruption par les grands groupes internationaux ou les grandes fortunes locales ; au détriment des cultures vivrières, donc du "marché domestique", et des paysans plongés dans les ravages du déracinement et de l'exode rural. (12)

 

Surtout l'oeuvre exceptionnelle de François-Xavier Verschave qui a dénoncé avec tant de force, de talent, et d'abnégation, tous les excès du néocolonialisme en forgeant le fameux concept de "Françafrique". Il est l'auteur, entre autres publications, de deux ouvrages incontournables pour comprendre les rouages de la prédation en Afrique : "La Françafrique - Le plus long scandale de la République" (13) et "Noir Silence" (14). Son action se poursuit grâce à l'association Survie, dont il fut un des membres fondateurs.

 

Jusqu'à quand le pillage ?... Le Gabon, pourra-t-il se défaire de l'emprise de l'oligarchie de l'ancienne puissance coloniale ?...

 

"Avec le temps", comme le chante le poète...

 

Restons lucides : la France, dans un rigoureux système féodal, est elle-même vassalisée aux USA, sa propre caste au pouvoir aux ordres de son suzerain...

 

Cet empilement de contraintes, de verrouillages, ne pourrait se dénouer, ou s'écrouler, qu'à la faveur d'un séisme majeur, d'un choc tectonique comme il en existe en géopolitique. Des "pays-continents" tels que l'Inde ou la Chine n'ont pu éjecter définitivement les puissances coloniales, qui les vampirisaient, qu'à la faveur de leur épuisement dans la dernière guerre mondiale.

 

La libération irréversible de l'Afrique, qui sera le continent-phare du XXII° siècle, aura pour probable déclencheur l'onde de choc d'un embrasement en Mer de Chine ou au Moyen-Orient.

 

Si ce n'est dans les deux...

 

 

 

 

 

1.  Député du Cameroun.
Cité (p. 323) dans un ouvrage collectif, dont je recommande vivement la lecture à tous ceux qui s'intéressent à l'Afrique - à travers les luttes d'indépendance du voisin du Gabon, le Cameroun - son présent, son avenir, sa problématique du développement, ou du pillage imposé par l'ancienne puissance coloniale.
Rigoureusement référencé, documenté, illustré, avec des analyses d'un niveau rare qui n'empêchent pas l'émotion ; ou la colère, quand on pense aux horreurs et aux crimes (toute la palette des "crimes de guerre", entre autres) que la France - des Lumières, de la Démocratie, des Droits de l'Homme, et blabla - a perpétrés, et entretient, sur ce continent. Pour le bénéfice exclusif, dans une hallucinante prédation, d'une poignée de nos oligarques et de leur domesticité, médiatique notamment.
J'aurai l'occasion de revenir sur cet ouvrage fondamental pour déconstruire la colossale désinformation dont nous sommes asphyxiés et les mécanismes de la spoliation coloniale qui ronge l'Afrique.

Publié aux éditions La Découverte en janvier 2016 (742 pages) :

Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa
KAMERUN - Une Guerre Cachée aux Origines de la Françafrique - 1948 -1971

2.   https://www.populationdata.net/pays/gabon/

3.   Ressources naturelles : l'opacité gabonaise - Le Gabon a été exclu de 'l'Initiative Pour la Transparence des Industries Extractives", Survie.org, 10 avril 2013,
http://survie.org/billets-d-afrique/2013/223-avril-2013/article/ressources-naturelles-l-opacite-4439

4.  https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_du_Gabon#Mangan.C3.A8se

5.   Triste Anniversaire, Survie.org, 17 février 2016,
http://survie.org/billets-d-afrique/2016/254-fevrier-2016/article/triste-anniversaire-5080

6.  Exemple récent de la logorrhée incantatoire sur le "trop de dépenses publiques" ou les "réformes structurelles" :
http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/olivier-delamarche-vs-marc-touati-22-banques-centrales-que-faudrait-il-reellement-faire-pour-relancer-la-croissance-1209-856915.html

7.   Pierre Cahuc et Daniel Zylberberg, "Le négationnisme économique et comment s'en débarrasser", Flammarion, Septembre 2016.

8.   Henri Sterdyniak, "Négationnisme économique" : ce pamphlet est ignoble. C'est un appel direct à l'épuration, L'Obs, 10 septembre 2016,
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1558440-negationnisme-economique-ce-pamphlet-est-ignoble-c-est-un-appel-direct-a-l-epuration.html

9.  Gabon : Retour sur le chaos post-électoral dans une ville de province (Lambaréné), France 24, 8 septembre 2016,
http://observers.france24.com/fr/20160908-gabon-lambarene-retour-chaos-post-electoral-province-ali-bongo-jean-ping?ref=tw_i

10.  Thomas Bart, Ali Bongo sur la sellette, Survie.org, 7 janvier 2015,
http://survie.org/billets-d-afrique/2015/242-janvier-2015/article/gabon-ali-bongo-sur-la-sellette-4852

11.  Mawuna Koutonin, France Forces Africa to Pay for Colonialism, BS News, 23 novembre 2015,
http://bsnews.info/france-forces-africa-to-pay-for-colonialism/

12.  René Dumont, L'Afrique Noire est mal partie, première parution 1962, réédité en 2012 aux éditions du Seuil, collection Esprit.
N.B. : Au cours d'un de mes séjours professionnels en Afrique, je fus stupéfait de découvrir que parmi les meilleures et rares terres fertiles du Burkina Faso (ex Haute-Volta) figurait la culture intensive du "haricot vert", expédié par frêt aérien en Europe !... Les marges, pour les petits malins exploitant la filière, étant si considérables que ce légume vendu en "primeur" avait le privilège de voyager en avion...

13.  François-Xavier Verschave, Françafrique - Le plus long scandale de la République, éditions Stock, 1998.

14.  François-Xavier Verschave, Noir Silence, éditions Les Arènes, 2000.

 

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 18:54

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N.B. : Ce billet, dans sa première partie, a été publié le 27 août 2013. Complété, par apports successifs depuis, il est remis en ligne dans son intégralité.

Texte long pour un blog, peut-être. En réaction, dérisoire certes, à l’intense lavage de cerveau que nous inflige notre industrie de la désinformation.
Pour ne pas oublier, au-delà des ravages actuels en Syrie et ailleurs, que l’Egypte vient d’être plongée à nouveau, à la suite du coup d’Etat de juillet dernier organisé par l’Occident, dans un des régimes dictatoriaux les plus sauvages de notre planète.

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« Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi ! »

« Si nous voulons que rien ne change, il faut que tout change ! »

Guiseppe Iomasi di Lampedusa – Le Guépard (1)

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Egypte : Carnage et Saccage…

L’hystérie…

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Méticuleusement et puissamment orchestrée par nos industriels de la désinformation sur fond de gaz toxiques en Syrie, répandus par on ne sait trop qui, tuant on ne sait trop combien. Avec des vidéos de victimes "gazées", diffusées sur Internet la veille de l’évènement…

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Seule certitude : les mercenaires de l’OTAN, résidus des cuves de la délinquance de ses pays membres "recyclés" en "libérateurs" des peuples, s’illustrant sur place depuis de nombreux mois en rapines et massacres en tous genres, ne figurent pas parmi les victimes…

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Les cris d’horreur de La Bonne Conscience de nos menteurs professionnels, complices des pires crimes de guerre, politiciens et médias confits de cynisme et de corruption poussant le monde au bord du précipice d’une guerre mondiale, sont si couinants que carnages et saccages organisés en Egypte par les militaires, à la suite du récent coup d’Etat, en sont pratiquement oubliés.

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Morsi, président de la "République Egyptienne" depuis un an, vient de se faire renverser par la soldatesque aux ordres de l’Occident. C’est vrai : il n’était pas Allende, même si le général Al Sissi, patron du gang des putschistes, est pire que Pinochet.

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Un bain de sang. (2) Plus de mille morts officiellement, officieusement on parle du triple, des blessés par milliers. Après avoir mitraillé des manifestants pacifiques, certains brûlés vifs par des grenades au phosphore, qui avaient eu le tort de refuser le fait accompli. Le reste suit, inévitablement : emprisonnements arbitraires, enlèvements, tortures, par dizaines de milliers. Exécutions sommaires d’opposants par centaines.

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Oui. Aujourd’hui, nous sommes tous : Egyptiens.

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Mais, à quoi bon s’émouvoir ?... Nous serine la propagande, aux poches bourrées d’argent saoudien. Utilisant son instrument favori, le marteau-pilon de la diabolisation : "mieux vaut une bonne dictature au pouvoir que des islamistes". Entre méchants comment, et pourquoi, faire la différence ?... D’autant qu’ils sont interchangeables et installés au pouvoir par les mêmes donneurs d’ordre.

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De quoi perdre effectivement le nord dans ce brouillard de fausses informations, et perpétuel lavage de cerveau. Pourtant, loin de sa complexité apparente, le schéma de déroulement des évènements répond à une logique tout aussi simple qu’implacable…

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Un bain de sang occulté par notre appareil de désinformation

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Fausse complexité d’une planification limpide...

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Comment croire une seconde qu’un président récemment élu, après plus de trente ans de dictature, soit renversé par un coup d’Etat militaire "sous la pression de manifestations de rue", soi-disant "spontanées" ? Les folkloriques, et très tendances dans nos médias, "manifs-réseaux sociaux" censés être la source des révolutions avec pour prothèses : I-phones, Facebook, Tweeter, et autres farces et attrapes à connotations "publicité-marketing"...

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Au prétexte qu’au bout d’un an, lui et son gouvernement se seraient révélés incapables de mettre en œuvre une seule réforme ?...

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Aucun Egyptien n’est dupe.

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Ce n’est pas la démocratie qui est voulue. Avec ses inévitables imperfections et difficultés de mise en route à la sortie d’une interminable et sanguinaire tyrannie.

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i) Bref courant d’air démocratique

Egypte : Carnage et Saccage…

Au contraire, tout à été fait par tous les moyens, essentiellement un déluge d’argent corrupteur en provenance de l’étranger, pour entraver l’instauration de nouvelles institutions politiques, profitant des erreurs tactiques du nouveau gouvernement présidé par une marionnette cooptée par l’Occident.

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La révolte contre le régime détesté du général Moubarak, souvenons-nous, avait été rapidement récupérée, encadrée, gérée, par les occidentaux réussissant à imposer leur homme dans la place parmi les éligibles : Morsi. Ingénieur, diplômé de l’Université Southern California, il a enseigné dans une autre université californienne de 1982 à 1985 (California State University) et deux de ses enfants possèdent la nationalité américaine.

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Tout pour plaire à l'administration Obama, du moins au départ. Car, une fois élu président, ne pouvant appliquer à la lettre ce qui lui était dicté, malgré ses postures à la Turque concernant le dossier Syrien, il a été jeté. Son entourage, pro-Palestinien et anti-corruption, indisposait trop ses maîtres et commanditaires… (3)

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Révélateur, sur fond d’une inimaginable sauvagerie répressive : dès son renversement, les premiers actes des militaires ont été de dissoudre l’Assemblée Constituante en train d’élaborer une nouvelle constitution et destituer les 25 gouverneurs des provinces pour y placer des hommes à eux, dont une vingtaine de généraux et colonels. Et, de se précipiter pour faire sauter cinq tunnels construits sous la frontière entre Gaza et l’Egypte, pour alimentaire, soigner, soulager la population Palestinienne enfermée depuis 2006 dans le plus grand camp de concentration que l’Humanité ait conçu jusqu’à présent : plus de 1,5 million de personnes… (4)

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En fait, c’est la destruction de l’Egypte qui est souhaitée. Qui est en cours.

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L’Egypte, à la population supérieure à celle de l'Allemagne, deux fois la France en superficie, déchiquetée, réduite en loques. Prestigieux pays par son histoire dont traces, témoignages et vestiges remontent, en tant qu’Etat organisé, à plus de 4000 ans… Dont culture, savoir et rayonnement au cours des siècles, pharaoniques, grecs, romains, musulmans, luttes pour l’indépendance politique et économique, représentent un inestimable apport à la civilisation méditerranéenne. Délibérément, plongée dans la guerre civile…

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Destruction "souhaitée" ?... L’observation des guerres civiles actuelles dans les pays musulmans livre un imparable "indicateur de destruction programmée" d’une nation, dès lors que l’exécution de sa planification a été lancée : le pillage des musées.

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Pratiques similaires à celles qui ont accablé ces derniers temps Afghanistan, Irak, Soudan et Syrie, profitant de la répression d’un contexte de guerre civile provoqué par les ingérences étrangères, des pillards ont attaqué de nombreux musées. Jusqu’à tuer leurs gardiens.

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Tout particulièrement, celui de Minya (Malawi Museum) à 300 kilomètres du Caire : plus de 1000 pièces d’une valeur inestimable. Dont une statue de plus de 3500 ans, bijoux, monnaies et objets d’art en or et en bronze, poteries et sculptures d’animaux sacrés de l’ère pharaonique et gréco-romaine. Opération minutieusement organisée… (5)

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Une balle en plein cœur de l’identité d’une nation, de son passé historique, pour le plus grand profit du "milieu" international des "marchands d’art" recéleurs et des "collectionneurs privés" mégalomanes (le rêve : pas vus, pas pris, et pas d’impôts !)...

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Dissimulée dans la fausse complexité d’une situation politique apparemment inextricable, se déroule effectivement la destruction de l’Egypte. Son éclatement.

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Lutte de pouvoir caricaturée, par nos “décrypteurs de l’information” en combat titanesque entre méchants islamistes d’un côté, le côté obscur ; et, de vaillants laïcs adeptes bigots du Dieu Marché d’un autre côté, le côté lumineux et flamboyant. Du progrès et de la raison… "Islamists vs seculars", pour reprendre la formule de la propagande anglophone organisant la vente d’un match de catch ou de base-ball…

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Rideau de fumée.

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Il ne s’agit plus de l’implacable paupérisation du pays, artificiellement maintenue grâce au relais d’oligarchies inféodées à l’Occident. Politique constante : les occidentaux ne veulent pas d’un Etat puissant et prospère au sud de la méditerranée. Encore moins une union d’Etats, économique ou politique. Incompatible avec leur emprise coloniale sur le Moyen-Orient. Ou encore sur l’Afrique du nord, illustrée par une farouche opposition à la réalisation du projet d’un Grand Maghreb (unissant Maroc-Algérie-Tunisie-Libye-Mauritanie). (6)

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A présent, c’est l’accélération du processus de démembrement des Etats qui est activée. Tous les Etats de la région doivent être réduits en micro- nations et placés sous protectorat.

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ii) Diviser pour régner

Théorie du Complot ?... Même pas. Simple application du vieil adage : "diviser pour régner".

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Programme connu, publié, diffusé tous azimuts. Mis en forme détaillée, étayé idéologiquement, dans une sorte de sous-traitance, par les sionistes qui ne sont, en réalité, que les vecteurs de la stratégie coloniale de l’Occident dans la région. Une des meilleures synthèses est celle d’Oded Yinon publiée en 1982, sous le titre : A Strategy for Israel in the Nineteen Eighties. (7)

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En préliminaire, il est intéressant de relever dans cette étude que l’ancien premier ministre Yitzhak Rabin assumait publiquement la "responsabilité de la définition" (responsible for the design), par le gouvernement israélien, de la politique américaine au Moyen-Orient. Et ce : depuis 1967 !... (8)

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Tous les ravages actuels dans la région y sont clairement annoncés, avec la plus chirurgicale détermination. Trente ans à l’avance. Ainsi, la destruction de l’Irak et de la Syrie :

« La dissolution de la Syrie et de l’Irak… en zones fragmentées suivant des critères ethniques et religieux tels ceux du Liban est l’objectif prioritaire d’Israël sur le front de l’Est… » (9)

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Evidemment, dans cette planification le démembrement de l’Egypte est ciblé, avec de surprenantes précisions. Sa division en plusieurs mini-Etats y est spécifiquement définie selon des critères “religieux” :

« La vision d’un Etat Chrétien Copte en Haute Egypte aux côtés d’un certain nombre d’Etats faibles [weak states] avec des pouvoirs très limités localement et donc sans un gouvernement centralisé, représente la clé d’un développement historique qui n’a été retardé que par les accords de paix mais qui semble inévitable à long terme… ». (10)

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Cette pulvérisation de l’Egypte, telle qu’annoncée dans ce plan très élaboré, livre trois enseignements annexes importants :

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=> L’éradication de la Palestine est la conséquence du refus implacable de l’Occident de voir ce pays érigé en Etat souverain, en infraction aux dispositions initiales de l’ONU.
En conséquence, toutes les pseudo-négociations entre Israël et représentants de l’Autorité Palestinienne (ne surtout ne jamais employer, lorsqu’il s’agit du Peuple Palestinien, les mots Nation ou Etat : blasphème !...) annoncées à intervalles réguliers ne sont qu’opérations d’enfumage. Aussi illusoires que mensongères.

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=> Les dynamitages d’églises chrétiennes au Moyen-Orient, et tout particulièrement en Egypte, sont toutes, sans exception (et, je pèse mes mots…) l’œuvre des services spéciaux occidentaux ou liés à eux. Dans une stricte exécution du plan de fragmentation de la région. Afin de susciter les clivages et les radicalisations nécessaires à l’exacerbation des guerres civiles, d’où émergent anarchie et chaos propices à la mise sous tutelle du pays et de la région.
Avec pour objectif collatéral, via des opérations de désinformation aux colossales ressources, d’intoxiquer l’opinion publique occidentale afin de justifier les actions d’ingérence "humanitaire", militaire, ou autre, soutenues par certains hiérarques d’églises chrétiennes complices de l’arnaque. (11)

Les nombreuses églises chrétiennes, certaines existant depuis plusieurs siècles, témoignent tout au contraire qu’il est plus facile aux minorités chrétiennes de construire leurs lieux de culte dans les pays d’Islam, pour y vivre leur foi, que pour les musulmans de construire leurs mosquées en Occident…

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=> L’avilissement de la diplomatie française…
François Burgat, le meilleur spécialiste de cette mosaïque de tendances et mouvements appelée "Islamisme", dont certains sont largement infiltrés et encadrés par les agents occidentaux, dénonçait, dès avril 1996, l’attitude servile de la France. Dans son livre "L’islamisme en face", dont je recommande l’indispensable lecture pour ne pas rester analphabète sur le sujet, il résume ce qui se passe actuellement en Egypte (12) :

« La stratégie américano-israélienne avec laquelle la diplomatie de la France se confond chaque jour plus étroitement aboutit pourtant à défendre partout le seul statu quo politique arabe et à figer ainsi les plus légitimes dynamiques oppositionnelles dans le seul ciment de la répression. […]

[…] Répression féroce à l’intérieur, perfusion financière (et médiatique) occidentale à l’extérieur prennent irrésistiblement la place de toute forme de régulation démocratique. »

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Une oligarchie aux trois composantes soudoyées : militaire, judiciaire, affairiste

Egypte : Carnage et Saccage…

L’ampleur et la rapidité d’exécution du coup d’Etat démontre la conception d’un plan minutieusement mis au point. Dans la pure tradition de l’éradication d’un système représentatif contraire aux intérêts occultes d’une oligarchie locale associée à une spoliation coloniale étrangère.

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Ce n’est plus la chasse, avec leurs massacres, aux "communistes" comme en avaient connue de nombreux pays du temps de la Guerre Froide, de l'Amérique latine à l’Asie (plus de 500.000 morts rien qu’en Indonésie), mais la rafle aux "islamistes".

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Précisons que dans ces sauvages opérations de répression, dans un cas comme dans l’autre, ont été ou sont assimilés aux "méchants à abattre" tous ceux qui, sans être membres de ces mouvements, sont suffisamment suspects d’opposition aux volontés des putschistes pour signer leur propre éradication…

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Ainsi, après diabolisation préalable par les organes de propagande occidentaux et locaux, ont été incarcérés dans de nombreuses villes et localités tous les opposants au régime dictatorial de Moubarak, dirigeants, cadres, intellectuels. Certains abattus pour "tentative d’évasion". Dont de nombreux élus lors des dernières élections… Avec, inévitablement, fermeture des journaux, chaînes de radio et TV qui auraient témoigné de la sympathie ou le simple désir d’exercer la liberté d’informer.

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Sans entrer dans le détail de la mouvance des Frères Musulmans, de son évolution avec ses scissions aux nombreux partis actuels, trahisons (effet collatéral de la torture…), infiltrations, manipulations par les services spéciaux égyptiens et "OTANesques", je renvoie pour cela aux travaux de François Burgat (13), il est important d’en rappeler l’origine pour éviter les erreurs d’analyse, dues aux lavages de cerveau incessants de notre système de désinformation.

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Ce mouvement est indissociable de la vie politique de l’Egypte, par son encrage populaire depuis 1928, car constitué au départ pour lutter par la non-violence contre deux fléaux, deux "plaies", qui ravageaient le pays :

=> L’occupant britannique, imposant son « protectorat » policier et prédateur d’une extrême brutalité,

=> Le régime corrompu du roi Farouk qui livrait son pays aux occupants, assisté d’une nomenklatura totalement vendue.

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En fait, Les Frères Musulmans en Egypte sont issus de la bourgeoisie patriote, d’une grande valeur éthique, résistante, éduquée, beaucoup de cadres et membres de professions libérales dont de nombreuses femmes. Avec, lors de sa création notons-le, la solidarité de leurs pairs chrétiens coptes qui cofinançaient certaines œuvres caritatives. Loin d’être des fanatiques tels qu’on les décrits, ils se signalaient par une importante solidarité sociale et économique à l’égard de leurs compatriotes défavorisés : dispensaires, écoles gratuites pour les pauvres, etc. Par "centaines", financés sur leurs fonds propres du fait de la défaillance de l’Etat.

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Même s’ils se déclaraient "non communistes", ils n’en étaient pas moins détestés de la haute hiérarchie militaire. Du fait de leur influence auprès de la population, de leur revendication permanente d’un gouvernement émanant d’élections réellement représentatives, et de leur refus de la corruption. Intolérable pour des autocrates soudoyés par l’étranger, ils en on payé le prix le plus élevé. Une diffamation continuelle, torrentielle (avec peu d’effets en Egypte, mais plus d’impact dans un Occident désinformé) et, tragiquement, pour beaucoup : l’emprisonnement arbitraire, la torture et la mort. Souvent sous la torture.

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Il est, en conséquence, plus qu’ubuesque de voir de soi-disant "libéraux" et "socialistes" égyptiens, ultra-minoritaires dans les dernières élections mais bruyamment soutenus par notre propagande, s’allier aux militaires dans un coup d’Etat renversant un gouvernement élu pour le remplacer par une dictature !... En fait, prôner un retour à un régime dictatorial encore plus féroce que celui de Moubarak. Au nom de la défense de La Démocratie !

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Avec comme première mesure l’interdiction des Frères Musulmans ou assimilés. Déni de toute opposition. Déni de toute volonté populaire, à commencer par l’expression de son vote et de son droit à l’autodétermination. Vouloir sa suppression est une démonstration évidente de la nomenklatura égyptienne et de ses sponsors étrangers de l’ignorance d’un fait incontournable. Fondamental dans la vie politique égyptienne, il renaîtra encore plus fort. Sous une forme ou une autre. La "violence" ne peut rien contre la "légitimité". Le Temps est de son côté…

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Formidable régression : c’est tout l’appareil de répression et de prédation prospérant sous l’ère Moubarak qui revient en force au pouvoir, avec le soutien des occidentaux. Symbolisé par sa libération, camouflée en "résidence surveillée" dans un luxueux palais. On emprisonne les élus, mais on libère les "dictateurs-prévaricateurs".

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Appareil, régime, dont le nouveau gouvernement élu souhaitait arracher les racines. Mais en un an, il a perdu la course à la réalité du pouvoir avec cette puissante oligarchie. Servant de rouages au coup d’Etat, dans ses trois composantes corrompues : militaire, judiciaire et affairiste.

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i) Une hiérarchie militaire vermoulue

Egypte : Carnage et Saccage…

Le coup d’Etat, malgré l’hermétique censure en cours, révèle une profonde crise au sein de l’armée. Plusieurs régiments sont en quasi-mutinerie depuis les carnages et atrocités effectués dans plusieurs villes par certaines unités des forces armées.

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Les militaires surtout de rang subalterne, hommes de troupe et sous-officiers, vivant au contact du peuple égyptien par leurs familles et proches, sont hostiles dans leur écrasante majorité aux opérations de police et de répression. Défendre la nation, son territoire et son identité, n’est pas tirer sur des compatriotes réunis dans des manifestations pacifiques.

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A ce sentiment s’ajoute celui, tout aussi viscéral, de mépris envers « l’alliance imposée » par les occidentaux. Depuis la trahison de Sadate en 1977, opérant une purge du haut commandement et de la haute administration, pour soumettre son pays au contrôle total de l’Occident. Renforcé par Moubarak, lors de la première guerre du Golfe en 1991. Protectorat exercé au moyen de leur tête de pont dans la région agissant en "fondé de pouvoir" ou "administrateur-délégué" : Israël.

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Sentiment de rejet devant « l’hostilité imposée » à l’encontre des Palestiniens. Tout particulièrement ceux enfermés à Gaza, frontaliers de l'Egypte, dans un blocus inhumain. Devenu, on se doit de le rappeler sans cesse, le plus grand camp de concentration que "l’humanité" ait conçu.

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Toute analyse doit prendre en compte cette scission, entre une caste d’officiers supérieurs ou généraux et la majorité des troupes. Il contient en germe comme dans d’autres secteurs de la société, par delà tous clivages sociaux ou religieux, l’inéluctable et définitif affrontement entre "collabos" et "patriotes" qui forgera l’Egypte indépendante de demain.

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Affirmer que l’armée détient ou assure 1/3 du PIB doit donc être relativisé. Selon deux perspectives :

=> Seuls les "dirigeants" de l’armée gèrent ou détiennent le 1/3 du PIB du pays. Corrompus ou achetés par le « système ». Dans une prédation effrénée accaparant toutes les rentes de situation, en partage avec leurs sponsors occidentaux. A commencer par les plus immédiatement lucratives : des ressources pétrolières aux hôtels et poules aux œufs d'or touristiques, avec constitution rapide de patrimoines immobiliers fondés sur des crédits à "taux zéro" (souvent aussi, pour les plus hauts gradés, à "remboursement zéro"…) et d’abyssales exonérations fiscales.

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En contrepartie, il leur était fait obligation de ne pas penser une seconde à édifier une industrie d’armement et de défense, autonome et de qualité, suivant le modèle français, sous de Gaulle, sud-coréen ou iranien, par exemple. Pouvant constituer ultérieurement un ou plusieurs pôles de haute technologie pour le pays, générant des emplois haute qualification et des exportations à grande valeur ajoutée.

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=> Transite par cette caste de généraux et officiers supérieurs, une aide annuelle de 1,3 milliard de dollars des USA qui, après ponction de mirobolantes commissions locales, suivant le principe des vases communicants, retourne aussitôt à ses généreux dispensateurs se gavant eux-mêmes de commissions dans les paradis fiscaux.

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Travestissement d'une corruption sciemment organisée, dans l'intérêt des deux parties, sous forme de contrats d’achat d’armement et de maintenance. Précisons : matériels non adaptés aux besoins militaires du pays : bridés (en termes de performance et de formation/entraînement), obsolètes (pour ne pas rivaliser avec Israël), ou facilement "neutralisables" à distance, etc. (14)

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Entre autres bizarreries, on constate que 15 % du montant total de cette aide relèvent des frais de maintenance et d’entretien. Comme si les égyptiens, leurs ingénieurs et techniciens, n’étaient pas en mesure de l’assurer…

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Ou encore, que les pilotes Egyptiens des F-16 ne peuvent bénéficier que du ¼ des heures d’entraînement de leurs homologues internationaux sur le même type d’appareil…

Ou encore, que près de 30 millions de dollars sont alloués à un cabinet de consultants, dont ce n’est pas la spécialité, pour fournir une assitance pour les programmes aéraunotiques égyptiens (28,1 US$ millions pour Deloitte Consulting, par exemple).

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La liste de ces « n’importe quoi » serait tellement longue à dresser qu’elle necéssiterait plusieurs volumes.

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Un document rendu public, rédigé par le général David Petraeus en décembre 2008 suite à une inspection du potentiel de l’armée égyptienne alors sous commandement du maréchal Mohamed Tantawi, évoquait clairement l’état de "délabrement" [decay], tactique et opérationnel, des forces armées égyptiennes :

The tactical and operational readiness of the Egyptian Armed Forces has decayed.” (15)

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Ainsi, après une quarantaine d’années de coopération militaire entre les USA et l’Egypte, l’armée égyptienne a donc atteint le "niveau zéro". Réduite, tout au plus, à une milice policière chargée de réprimer toute vélléité de révolte de la population.

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N’est-ce pas, en fait, l’objectif recherché et atteint ?...

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Si la "formation" des pilotes et agents de maintenance des "systèmes d’armes électroniques" est sabrée, un "endoctrinement", par contre, est particulièrement soigné. Sous forme de "lavages de cerveau" très élaborés, imposés à partir du moment où un militaire postule au rang d’officier : une méthodique islamophobie et une détestation de la Nation Palestinienne.

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Méthodes déjà rodées et appliquées par les anglo-américains sous le régime sanguinaire du Shah d’Iran. Ce qui, en fin de compte, n’a réussi ni aux uns, ni aux autres, puisque le peuple Iranien les a tous éjectés après s’être révolté en 1979.

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Méthodes similaires, sous des formes plus ou moins édulcorées, à celles que l’on retrouve dans beaucoup de pays noyautés par ces services d’action psychologique. Succès de carrière dans l’armée, haute administration, partis politiques, médias et édition, mode et showbiz, seront proportionnels, en vitesse et hiérarchie, à l’affichage de son sentiment antimusulman et "anti-Palestinien"… Notons que notre nomenklatura en France, sur ce plan, se comporte avec un zèle infatigable.

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Ramzy Baroud dans un article rappelle sa peur, alors qu’il n’avait que 18 ans et partait pour ses études en Egypte, de franchir la frontière à Rafah. Y sévissait, en effet, un officier égyptien qui faisait passer à tabac tout Palestinien qui prononçait les mots traditionnels de Salam Oualikum, à connotation musulmane, en guise de bonjour… (16)

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Remarquant que les campagnes "antipalestiniennes", avec incitations à la violence par les médias hystériques, ont repris avec une extrême virulence dès le lendemain du renversement du gouvernement élu ; qui avait eu le tort, en plus, d’ouvrir une zone de "libre-échange" à la frontière égyptienne, palliant de la sorte la destruction antérieure des tunnels de ravitaillement par l’armée, pour que la population de Gaza puisse s’alimenter et se soigner à nouveau !…

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Le nouveau gouvernement souhaitait donner un coup de pied dans cette fourmilière. Renvoyer les hauts gradés dans leurs casernes et fonctions militaires. Avec pour priorité : moderniser l’armée dans ses matériels et méthodes. La sortir définitivement des opérations de basse police, en lui redonnant sa vocation initiale : la défense de la souveraineté nationale. La rendre efficace et irréprochable, en mettant un terme à la corruption dégradante et épuisante pour le pays.

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Problème : le gouvernement envisageait, pour mettre à plat ces comportements mafieux, de traduire devant les tribunaux ses principaux acteurs et bénéficiaires. Mais, tout autant : criminels, voleurs et tortionnaires.

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Erreur fatale !... C’était déclarer la guerre à leurs protecteurs étrangers.

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Il est vrai que tout le monde n’a pas l’habileté politique d’un Mandela et ses compagnons de lutte qui avaient accepté de créer, avec leurs ennemis d’hier, une « commission de pardon et d’oubli » pour noyer le poisson, en faisant sauter quelques fusibles subalternes à la Kerviel afin de se maintenir au pouvoir…

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ii) Une hiérarchie judiciaire dévoyée

Egypte : Carnage et Saccage…

Structure identique à celle de l’armée, l’administration judiciaire comporte deux strates : une caste de hauts magistrats, cooptés par la dictature et ses sponsors étrangers (17), richissime minorité corrompue et aux ordres. Et, une majorité dite de "petits juges" essayant dans des conditions souvent difficiles d’assumer honnêtement leurs fonctions ; sans exclure, pour certains, les petits arrangements dès lors qu’ils n’enfreignent pas l’essentiel du droit.

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Illustration : l’interminable comparution de l’ancien dictateur déchu, Moubarak, placé en luxueuse résidence surveillée, devant une cour de justice qui, pour l’ensemble du peuple Egyptien, n’est qu’un « cirque ». Où paradent tous les magistrats longtemps les "favoris", comblés de bienfaits, de celui qu’ils sont chargés de juger…

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Plus grave : que ce soit avant ou après l’assassinat de Sadate en 1981, complices des pires crimes de la dictature dans d’ignobles simulacres de jugements. Constituant un des principaux et des plus féroces rouages de cette dictature, envoyant à la torture et à la mort des milliers de victimes pour simple "opposition" au régime. Cautionnant les éliminations ou assassinats extrajudiciaires par des « escadrons de la mort ».

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Fermant les yeux sur les faux attentats, organisés par les services spéciaux, pour permettre l’internement des intellectuels. Encourageant ainsi des rafles d’une ampleur inimaginable, sauf en Palestine occupée ou sous la dictature du Shah d’Iran, dans une :

« … vertigineuse dérive répressive du régime, qui vient alors de faire emprisonner mille cinq cent membres de l’intelligentsia politique, toutes tendances et toutes confessions confondues ». (18)

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Appliquant avec zèle les dispositions répressives d’une législation moyenâgeuse : loi d’exception de 1967 supprimant la quasi totalité des libertés individuelles et collectives ; délai de garde à vue porté à 6 mois en juillet 1992 ; élargissement du champ d’application au motif de terrorisme sans en définir les critères objectifs ; multiplication des peines d’emprisonnements de longue durée au motif réel ou simulé de détention d’écrits qualifiés « d’islamistes » : etc. (19).

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Horreurs et atrocités d’un arbitraire juridique exercé par des magistrats, dans la Bonne Conscience…

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Exemple tristement célèbre en Egypte : la servilité de la haute magistrature qui, le 30 janvier 1993, par la Cour Constitutionnelle entérine une loi d’urgence habilitant le président Moubarak à saisir les tribunaux militaires d’infractions dont il évalue seul la recevabilité, afin de rendre exécutoire une série de condamnations à mort prononcées par le Tribunal d’Alexandrie.

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Autre abjection, encore gravée dans la mémoire du peuple égyptien, en 1992 : avec la complicité de l’appareil judiciaire, appliquant les méthodes sionistes en Palestine, l’armée rase au bulldozer le village de Hujeirate wa Humeirate en Haute-Egypte au motif que ses habitants refusaient de dénoncer des hommes recherchés par la police secrète…

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Depuis plus de quarante ans, les nomenklaturas occidentales sont toutes, sans exception, au courant de ces atrocités et de l’ampleur des ravages de cette dictature à l’encontre du peuple Egyptien : nos partis politiques, gouvernements, médias (ses quotidiens "du soir" complices avec autant d’empressement que ses quotidiens "du jour")…

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Protégeant ce régime sanguinaire sans faillir à la loi du silence dans le cynisme le plus abyssal, cautionnant ces horreurs. Mitterrand n’adorait-il pas passer ses vacances, avec sa cour, épouses et concubines comprises, à Assouan dont "il appréciait la lumière" ?... Plus tard, Sarkozy, dans le même équipage. Fiers, l’un et l’autre, d’être reçus avec les honneurs, par un régime (20) :

« … qui craint moins en fait les quelques bombes de la périphérie extrémiste de son opposition que les millions de bulletins de vote de son centre, brandit alors cette violence pour justifier – notamment aux yeux de ses bailleurs de fonds internationaux – l’absolu verrouillage du système qui seul lui permet de survivre ».

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Le nettoyage de cet appareil judiciaire, véritable travail d’Hercule, était une des priorités du nouveau gouvernement. Sa volonté d’épuration par limogeage, et même par décision de justice, des magistrats les plus corrompus et les plus compromis dans les atrocités du régime Moubarak ne pouvait provoquer, en association avec les hauts gradés de l’armée, qu’une violente réaction. Soutenue, évidemment, par l’Occident.

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D’où ces images, que nous ont imposées nos organes de la propagande dans les médias, avec des "magistrats vertueux", boursouflés d’indignation, fustigeant le gouvernement régulièrement élu pour tentative d’atteinte aux "libertés", individuelles et collectives, et à la "démocratie"…

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iii) Une caste affairiste vorace

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Les oligarchies militaire et judiciaire n’ont pas été les seuls acteurs du coup d’Etat, préparé, conditionné, accompagné d'un « plan média » parfaitement coordonné, minuté même. Soutenu, déployé par tous les médias. A l’exemple du lancement d’une lessive qui "lave plus blanc" que la précédente…

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Tout particulièrement, par les "médias privés" : presse, radio & TV. Un déchaînement, un typhon, contre le gouvernement, dans une campagne de propagande, relayée et amplifiée en Occident. Evidemment, selon des lignes « architecturées » par les spécialistes de l’action psychologique de l’OTAN.

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Pourquoi ce soutien massif des « médias privés » ?...

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=> Les dinosaures aux dents médiatiques

Egypte : Carnage et Saccage…

Ils sont, en fait, tous détenus par des milliardaires, agissant comme hommes de paille ou associés officiels des membres les plus éminents du clan, ou régime, Moubarak, auxquels ils doivent leur fulgurante ascension et fortune. Ces barons de la dictature, dans une première phase, avait fait le dos rond face au peuple égyptien occupant la rue dans tout le pays, avec une ampleur inattendu, en attendant de reprendre la main.

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A terme, ils ne pouvaient tolérer, avec leurs protecteurs et partenaires étrangers, que le nouveau gouvernement élu place parmi ses priorités la "récupération" des milliards en devises du pays, volés, détournés et placés à l’étranger. Sur des comptes privés, ou via des sociétés écrans, des fiducies, classiques mécanismes très usités par les jongleurs en "ingénierie financière" de la City de Londres ou des places bancaires en Suisse.

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Devant l’état de faillite du Trésor du pays, il était en effet plus qu’urgent de mettre un terme à ce pillage organisé, depuis des décennies, atteignant des sommes colossales transférées, camouflées, en Occident. Compilations de détournements et de commissions occultes : sur les marchés publics ou les "privatisations" en faveur des groupes étrangers.

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Ou encore, sur les ventes et marges bénéficiaires des exportations égyptiennes… En moyenne annuelle de US $ 30 milliards, les exportations ne représentent «officiellement » que la moitié des importations atteignant US $ 60 milliards. Déficit commercial permanent qui maintient le pays dans un endettement à l'égard des bailleurs de fonds étrangers, sans cesse s’aggravant des annuités des taux d’intérêt.

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Chaude alerte : gouvernement britannique et suisse avaient été saisis officiellement par le gouvernement égyptien nouvellement élu !... Mais, en ce domaine, casuistique et faux prétextes sont sans limite. Ils opposèrent la nécessité de produire des décisions de justice égyptiennes, obtenir ensuite leur recevabilité auprès du système judiciaire britannique, suivant le schéma de procédure connue sous le jargon : « exequatur ».

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A ce jour, le gouvernement russe n’a pu récupérer l’argent détourné par les oligarques milliardaires réfugiés à Londres (certains propriétaires des grands clubs de foot britanniques…), depuis leur pillage de la Russie associés avec les occidentaux lors de la dissolution de l’URSS. Encore moins leur extradition, les plus recherchés obtenant même le statut de « réfugié politique »… Le gouvernement égyptien avait encore moins de chance.

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A commencer avec son propre appareil judicaire ultra-corrompu. Impossible d’obtenir des décisions de justice dans un délai raisonnablement rapide. Les plus hautes instances de la justice refusant même la saisie conservatoire au profit de l’Etat Egyptien des biens des délinquants financiers.

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Autre souffle du boulet de canon aux oreilles de ces milliardaires : téméraire, le nouveau gouvernement avait donné un coup de pied dans une fourmilière de malfrats de haut vol en mettant un terme à leur siphonage de la distribution de l’aide de première nécessité aux pauvres. Economisant, sur un an, plus de 4 milliards de Livres égyptiennes (au 22/9 : 1 EGP = 0,11 €), tout en améliorant ce service public prioritaire dans un pays où la majorité de la population est immergée dans la misère.

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Cette caste de prédateurs, de kleptocrates, que les Egyptiens surnomment les « dinosaures » (21) n’ont que faire de l’avenir du pays, encore moins de la majorité de la population. Seule la vision de leur propre avenir, celui de leur progéniture, au maximum de leur clan ou de leur clientèle, au sens romain ou politicien du terme, et bien sûr de leurs sponsors, est suffisant.

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Parmi ces milliardaires les plus tristement célèbres, méprisés, honnis, du peuple égyptien en « collabos » associés à la servitude de l’Egypte par les puissances occidentales, figurent :

- Ahmed Bahgat, propriétaire de Dream Channel, qui n'avait jamais remboursé ses énormes prêts bancaires depuis 3 ans et que le gouvernement poursuivait en justice, qui bien sûr, s’ingénia à retarder dans des artifices de procédure

- Mohamed al-Amin actionnaire de CBC Channel, chaîne TV spécialisée dans la promotion de l’islamophobie, notamment son émission Al-Misri Al-Yawm présentée par l’ineffable "pom-pom girl" du régime Moubarak et fanatique anti-Palestine : Lamis Hadidi

- Suleiman Amer, propriétaire de Tahrir Channel, accusé de détournement de fonds publics en collusion avec l’ex-ministre de l’agriculture Yusef Wali. Là encore, la hiérarchie judicaire a tout fait pour bloquer l’action en saisie du gouvernement pour récupérer les fonds publics
- Mohammed Abul-Enein, ex-chef du parti National Démocrate, propriétaire de Sada al-bilad Channel
- Naguib Sawiris, milliardaire possédant le bouquet de chaînes TV ONTV , à qui le gouvernement demandait un retard d’impôts dus à l’Etat pour un montant de US $ 2,3 milliards. Il avait, sous la pression, payé 1 milliard de dollar mais refusait de s’acquitter du reste. Préférant investir US $ 33 millions dans l'opération de collecte de signatures ("une poignée de dollars" pour une signature...) réclamant le renversement du gouvernement démocratiquement élu, appelé "Mouvement Tamarrod". (22)

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Ces dinosaures, défenseurs autoproclamés de la démocratie, détiennent tous les médias en Egypte et ont, inévitablement, leurs entrées avec tapis rouge dans les nôtres en Occident. Qui les magnifie, avec le brevet "occidentalisés" (westernized…), en "entrepreneurs" dynamiques, laïcs, adeptes du progrès, libéraux ou socialistes, suivant la cible traitée par la propagande. Héros modernes, dans ce jeu de rôles, luttant avec détermination contre des attardés, abrutis de religion, ne rêvant que de Charia et autres clichés à la louche.

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Ils ne défendent, en réalité, que leur terrain de chasse et, au-delà, tout un système international de prédation de l’Egypte. Allant jusqu’à torpiller les initiatives économiques du gouvernement qui court-circuitaient leurs filtres à racket.

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Contournant les blocages des intermédiaires, monnayant et entravant les investissements dans le nouveau terminal de conteneurs du Canal de Suez, le gouvernement élu avait, en effet, débloqué autorisations et engagements nécessaires au démarrage du projet représentant 10 milliards de dollars et des centaines d’emplois qualifiés : logisticiens, techniciens, informaticiens, etc.

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Dans le même élan anti-corruption, il avait débloqué 4 projets industriels orientés "haute technologie" pour essayer d’arracher le pays à ce faux semblant de développement qu’est le tourisme (entre 7 et 9 US $ milliards de recettes annuelles en devises, pour des emplois sous-payés de serveurs et femmes de ménage, équivalentes de celles des transferts des travailleurs égyptiens à l’étranger). (23) Assurant le décollage d’un projet d’industrialisation de la vallée du Nil, dans les hautes technologies, tourné vers le marché africain, en liaison aussi avec le voisin du sud, le Soudan.

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Cette politique commençait à donner des résultats positifs. En un an le nouveau gouvernement avait réussi à engranger des réserves en devises, alors qu’il avait trouvé les caisses vides, de plus de 1 US $ Milliard.

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Mais…

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"Lèse-corruption" impardonnable aux yeux des dinosaures.

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Tous ces projets ont été immédiatement bloqués par les militaires dès leur prise du pouvoir. Preuve que la lutte contre la corruption et la sortie de l’Egypte du sous-développement économique sont les derniers soucis des commanditaires, organisateurs et financiers du coup d’Etat.

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=> La négation du droit de vote dans le mépris du peuple

Egypte : Carnage et Saccage…

L’appareil de propagande occidental nous a ainsi vendu le masque derrière lequel se cachent les dinosaures. Dans le style des "révolutions colorées" des pays de l’Est, orange, verte ou blanche, surgissaient sur nos écrans, dans une bruyante mobilisation, se bousculant au portillon pour soutenir le Coup d’Etat : "démocrates", "modernistes", "libéraux" ou "socialistes".

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Tapage inversement proportionnel à leur poids électoral, n’ayant obtenu qu’un faible pourcentage de votes lors des dernières élections. N’étant aucunement crédibles pour le peuple Egyptien. Deux raisons :

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* Ils n’ont aucun programme économique et social s’attaquant aux racines du sous-développement, et à ce véritable cancer rongeant le pays que représente la corruption entretenue par la prédation occidentale. Alors que l’Egypte avec un marché intérieur de 85,5 millions d'habitants (estimation janvier 2012), la qualité de ses cadres diplômés très appréciés dans de multiples pays, qui pourrait être la locomotive économique de la région telle l’Allemagne en Europe, en est réduite à la mendicité internationale…

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* Ils sont perçus par le peuple Egyptien, en dépit de la propagande occidentale et de leur autopromotion, comme l’émanation de la caste affairiste qui a cyniquement prospéré sous la dictature Moubarak en collaborant à la servitude de leur pays au service des intérêts étrangers.
Dont la priorité a toujours été de bloquer son industrialisation afin de maintenir une économie totalement dépendant des importations. Pour la limiter à la sous-traitance, textile notamment, ou au tourisme : deux secteurs hautement volatils dès le moindre trouble entrainant des annulations de contrats instantanées. Entravant autant que possible son accès à la création d'industries liées aux nouvelles technologies.

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Derrière clichés et mises en scène de l’appareil de désinformation occidental, campant une fois encore la lutte entre "Le Bien" et "Le Mal", entre de "vertueux démocrates" et de "fanatiques islamistes", se profile une sorte de lutte des classes dépassant les clivages de l’école marxiste.

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Ramzy Baroud en trace une fine et chirurgicale analyse. Deux points, déterminants pour les années à venir, sont à retenir (24) :
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§. « Les Rabias d’Egypte [surnom des manifestants pacifiques réfugiés et massacrés dans la Mosquée Rabia et sur la place du même nom où il s’étaient réfugiés] ne sont pas seulement haïs, ils sont méprisés [par l’oligarchie]. Ils ont toujours été traités en sous-humanité, vivant dans leurs quartiers sales, bidonvilles incroyablement négligés [par les pouvoirs publics] empilements de constructions les unes sur les autres. Les Rabias d’Egypte luttent tout simplement pour leur survie quotidienne. »
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§. « L’incroyable union entre l’oligarchie égyptienne et une intelligentsia islamophobe a, dans une certaine mesure, occulté la profonde lutte des classes en cours en Egypte, où les couches les plus pauvres de la population, ouvriers et paysans, mènent un combat historique pour réclamer la démocratie à l’encontre d’une richissime classe supérieure et d’un milieu d’intellectuels. La première organisant les horribles massacres contre de pacifiques manifestants, le second justifiant le fait de faucher par la mitraille des milliers de personnes rassemblées dans des sit-ins pacifiques sur les places publiques de Nahda, et de Rabia Al-Adawiya… »

« […] De nombreux morts ont été vus et filmés pointant leur index vers le Ciel dans une dernière prière jusqu’à leur dernier souffle ».

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L’oligarchie au pouvoir a marqué ainsi sa volonté de ne pas accepter le vote de la majorité de la population, replongeant le pays parmi les plus violentes dictatures que notre humanité ait connues.

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Cette majorité de la population que le gouvernement élu voulait soulager de ses malheurs générés par l'injustice économique et sociale. Son président n’avait-il pas eu le tort de l’annoncer dans un de ses discours, provoquant la fureur des dinosaures :

« Quand nous parlons d’un système de marché libre, nous approuvons, mais cela exige des réformes. Parallèlement à un système de "marché libre" il est nécessaire que la société soit dotée de valeurs éthiques ».

[ “So when we talk about having a free market system, this is OK, but it needs to be somehow reformed. Besides a free market system you need to have ethical values for the society.”]

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Morsi avait cru en en s’alignant sur le modèle Turc actuel, violemment anti-Syrien, obtenir les coudées franches de l’Occident pour réformer l’économie et les institutions (les nouveaux élus travaillaient sur le projet d’une Constitution à soumettre au référendum) d’un pays sous dictature depuis des décennies. Il n’avait rien compris, lui et les membres de son gouvernement : ils ne détenaient que l’apparence du pouvoir.

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Pris entre le marteau de la domination occidentale, et l’enclume de la puissante oligarchie locale, bloc sans fissure, tenant solidement en main : armée, justice, et horde d’affairistes aux puissantes ramifications médiatiques et mafieuses.

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La « démocratie » dans un pays sous tutelle néocoloniale ne doit être vécue et jouée que sous forme d’une mascarade.

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=> Le renversement de Mossadegh

Egypte : Carnage et Saccage…

Le gouvernement égyptien sorti des urnes a donc été renversé par l’armée, tous les dirigeants du parti gagnant des dernières élections sont en prison. Ce dernier vient d’être dissous par "décision de justice", le 23 septembre 2013, avec confiscation de tous ses actifs, biens et immeubles. (25) A la grande joie des dinosaures qui vont s’en répartir les dépouilles. Et, au désespoir des "Rabias" qui bénéficiaient de l’aide sociale et sanitaire de cette organisation.

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Il est frappant de constater qu’il s’agit du même mode opératoire, séquences identiques, déclinaison idéologique similaire à la virgule près dans la propagande occidentale, avec un niveau de violence décuplé (26), du coup d’Etat militaire qui avait renversé le gouvernement élu du premier ministre Mossadegh, en Iran, le 18 août 1953.

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Presque, jour pour jour : il y a 60 ans…

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Ce coup d’Etat militaire, organisé par britanniques, américains et israéliens, chaque partenaire au complot ayant ses enjeux, avait renversé gouvernement et parlement iraniens régulièrement élus qui avaient la prétention de redonner l’autonomie économique et politique à ce grand pays ; en commençant par nationaliser ses ressources pétrolières et gazières exploitées par les étrangers, à leur seul profit. Les documents de la CIA déclassifiés, au mois d’août dernier, confirment ce que tout le monde savait depuis longtemps. (27)

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Mossadegh fut condamné à 3 ans prison, et assigné à résidence dans son village natal jusqu’à sa mort, 14 ans plus tard. Il s’agissait pourtant d’un grand patriote, issu d’une des plus prestigieuses familles d’Iran, incorruptible et généreux. Il distribuait son salaire de ministre aux étudiants nécessiteux et était connu pour le paiement scrupuleux de ses impôts. Il distribua, et exigea de ses enfants d’en faire autant, les grandes propriétés familiales, considérant que la lutte contre la pauvreté commençait par la redistribution des terres agricoles…

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Ce fut le général Zahidi qui prit le pouvoir, sous couvert du polichinelle de l’époque : le Shah d’Iran. La chasse à l’opposant fut terrible : emprisonnements, enlèvements, tortures, disparitions, avec un système répressif d’une incroyable férocité géré par une police secrète, la SAVAK, formée et encadrée de spécialistes occidentaux. Des milliers de personnes furent massacrées, beaucoup sous la torture. A l’époque ce n’était pas la chasse aux « islamistes » qui préoccupait ces sanguinaires prédateurs, mais aux « communistes »…

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Le pillage du pays par l’Occident repris de plus belle, et son oligarchie locale s’enrichit fabuleusement au détriment d’une population laissée à l’abandon. Ce sont les rejetons de cette caste qui, après avoir réussi à sauver une partie du magot familial à la suite de la révolution de 1979, jouent en Occident les « opposants-démocrates » au régime actuel

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Notons que « l’éradication » de l’Islam était une des priorités du régime militaire aboutissant à la pantalonnade du couronnement du Shah à Persépolis, en 1971. Renouant avec Darius, dans une débauche de gaspillages mégalomaniaques, avec ses conseillers occidentaux, pour que les Iraniens oublient leurs profondes et brillantes racines religieuses musulmanes…

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De même en Egypte, ne doit exister, s’exposer, se visiter, que l’histoire des pharaons. L’apport inestimable de l’Islam à la civilisation égyptienne, de l’architecture aux calligraphies, de la pensée à la spiritualité, est à occulter…

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Illustration du programme à l’iranienne dont est accablé l’Egypte. Cinq points en interaction :

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a) Empêcher par tous les moyens, y compris la terreur, le libre exercice du droit de vote et du droit à l’autodétermination. La chasse aux intellectuels et "leaders", la neutralisation ou extermination de tous ceux pouvant fédérer une opposition au régime en place, seront un objectif prioritaire.

b) Empêcher le développement industriel et technologique du pays, le limitant à une économie de subsistance, essentiellement dans la sous-traitance et le tourisme de masse. En aucun cas, l’Egypte ne doit devenir une « puissance régionale », financière, technologique, pouvant édifier une autonomie de production militaire tout particulièrement.
c) Entretenir le chaos et la guerre civile, pour épuiser le pays dans une constante paupérisation ; son affaiblissement constant devant conduire à une division suivant le schéma réalisé au Soudan, en Irak, ou en Libye.
d) Entériner le fait colonial occidental au Moyen-Orient, représenté par l’entité sioniste et la totale spoliation de la Palestine.
e) Eradiquer la profonde culture et le sentiment religieux incarnés par l’Islam, seul courant de pensée et d'espoir, du fait de l’éradication de toute réflexion et critique organisées d’un milieu intellectuel ou politique, pouvant s’opposer à la corruption et à la servitude du pays.
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Notre diplomatie soutiendra, évidemment, ce programme d’asservissement aux côtés de ses glorieux alliés. Comme elle avait soutenu l’autocratie corrompue du Shah d’Iran, et bien d’autres. Parions-le, d’ici peu, nos politiciens se déplaceront avec leur Cour de favoris et favorites, pour « admirer la lumière du couchant sur Assouan »…

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Oubliant que l’abjection ne dure qu’un temps… Comment maintenir indéfiniment en esclavage plus de 85 millions de personnes, même si on arrive à en conditionner le tiers, de gré ou de force, en « collabos » ?...

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Le peuple d’Egypte réussira sa révolution, inéluctablement. Comme le peuple d’Iran a réussi la sienne en 1979 ; qui est à ce jour, quoi qu’on en dise, quel que soit le niveau de diabolisation dans nos médias, la seule révolution ayant réellement réussi dans la région en se libérant définitivement de la tutelle néocoloniale occidentale.

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Espérons qu’il ne faudra pas attendre 26 ans, longues années endurées par les Iraniens entre le coup d’Etat anti-Mossadegh et la réussite de leur révolution, pour que les Egyptiens réussissent, enfin, à se libérer du joug barbare qui leur est imposé par l’Occident…

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Oui, aujourd’hui je me sens Egyptien, frère des "Rabias"…
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1. Célèbre phrase extraite du roman Le Guépard (Il Gattopardo), publié en 1958, de Guiseppe Tomasi di Lampedusa (Editions du Seuil – 2007). Qui a servi de trame au magnifique film de Visconti, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1963.

2. => Pepe Escobar, "Bloodbath that is not a bloodbath" : Why Egypt is doomed, RT, 15 août 2013, http://rt.com/op-edge/egypt-protests-terror-muslim-brotherhood-526/
=> Esam Al-Amin, Bloodbath on the Nile, CounterPunch, Weekend Edition August 16-18-2013, http://www.counterpunch.org/2013/08/16/bloodbath-on-the-nile/

3. Yuram Abdullah Weiler, Reviving Israel-Friendly rule in Egypt, lundi 26 août 2013,
http://www.presstv.ir/detail/2013/08/26/320527/reviving-israelfriendly-rule-in-egypt/

4. Egyptian army forces destroy tunnels between Egypt and Gaza, Gaza’s Ark, 22 août 2013, http://www.gazaark.org/2013/08/22/egyptian-army-forces-destroy-tunnels-between-egypt-and-gaza/

5. Biggest museum theft in Egytian history : Over 1,000 artifacts stolen, RT, 20 août 2013, http://rt.com/news/museum-theft-egypt-robbery-725/

6. Rappelons que le projet de l’Union pour la Méditerranée lancé en grande pompe sous Sarkozy, à part celui de vouloir entériner le "fait accompli sioniste" par les pays arabes (ce qu’a refusé, entre autres : la Syrie…), avait pour objectif principal d’entraver les projets d’association en fermentation tant en Afrique du nord que dans la partie méditerranéenne du Moyen-Orient.
En liant individuellement chaque Etat du sud par des accords bilatéraux avec l’UE ; au détriment de la réalisation préalable et indispensable de leurs propres projets d’union régionale formant une synergie économique et politique, avec pour conséquence une puissante force de négociation collective.

7. Oded Yinon, A Strategy for Israel in the Nineteen Eighties, publié par l’Association of Arab-American University Graduates, Inc. Belmont, Massachusetts, 1982, Special Document No1 (ISBN 0-937694-56-8), collection The Zionist Plan for the Middle East, translated and published by Israel Shahak. Cet article avait été édité auparavant dans la revue Kivinium (Directions) du Department of Information of the World Zionist Organization.
http://www.informationclearinghouse.info/article33220.htm

8. “ In his book, former Prime Minister Yitzhak Rabin said that the Israeli government is in fact responsible for the design of American policy in the Middle East, after June '67…”, note 8, Israel Shahak & Oded Yinon, Op. Cit.

9. Paragraphe 22 : "The dissolution of Syria and Iraq later on into ethnically or religiously unique areas such as in Lebanon, is Israel's primary target on the Eastern front in the long run…", Israel Shahak & Oded Yinon, Op. Cit.
10. Paragraphe 21 : "The vision of a Christian Coptic State in Upper Egypt alongside a number of weak states with very localized power and without a centralized government as to date, is the key to a historical development which was only set back by the peace agreement but which seems inevitable in the long run…", Israel Shahak & Oded Yinon, Op. Cit.
11. Georges Stanechy, Eglises d’Orient : Mascarades et Cordes de Chanvre, 21 fév rier 2010, http://stanechy.over-blog.com/article-eglises-d-orient-mascarades-et-cordes-de-45402807.html

12. François Burgat, L’islamisme en face, La Découverte, 1996, p. 274.

13. François Burgat, Op. Cit.

14. Eric Schmitt, Cairo Military Firmly Hooked to U.S. Lifeline, New York Times, 20 août 2013,

http://www.nytimes.com/2013/08/21/world/middleeast/cairo-military-firmly-hooked-to-us-lifeline.html?pagewanted=all&_r=0

15. Eric Schmitt, Op. Cit.

16. Ramzy Baroud, Hated in Egypt, CounterPunch, 31 juillet 2013, http://www.counterpunch.org/2013/07/31/hated-in-egypt/

17. Rappelons que les hauts grades de l’armée égyptienne, comme celle de la Jordanie des pétromonarchies, et d’autres pays (Philippines ou Thaïlande étant les exemples les plus caricaturaux), sont soumis pour approbation préalable aux autorités compétentes, suivant les régions, du tandem USA / Israël.
Notons qu'actuellement la France n’échappe pas à ce mouvement, depuis son intégration à l’OTAN, notamment pour ce qui relève de son Etat-major, de ses services de renseignement, de sa diplomatie et de la nomination de ses ministres des affaires étrangères.

18. François Burgat, Op. Cit., p. 140.

19. François Burgat, Op. Cit., p. 149.

20. François Burgat, Op. Cit., p. 142.

21. Mohamed Malik et Mohamad Omar, Egypt’s Dinosaurs are Gasping for Air, CounterPunch, 2 septembre 2013, http://www.counterpunch.org/2013/09/02/egypts-dinosaurs-are-gasping-for-air/

22. http://blog.foreignpolicy.com/posts/2013/07/10/egypt_sawiris_interview

23. D’après la Banque Mondiale, ces transferts des revenus des travailleurs Egyptiens à l’étranger [3 millions environ] auraient atteint un niveau exceptionnel de 21 US $ milliards en 2012. Illustrant la solidarité des Egyptiens face au chaos de leur pays.

24. Ramzy Baroud, On Egypt’s Class-Struggle, CounterPunch, 22 août 2013, http://www.counterpunch.org/2013/08/22/on-egypts-class-struggle/

25. Egypt court bans all Muslim Brotherhood activities nationwide, RT, 23 septembre 2013, http://rt.com/news/egypt-court-muslim-brotherhood-235/

26. Mohamed Malik et Mohamad Omar, The Military Turns Really Ugly in Egypt [La Dictature Militaire Devient Réellement Atroce en Egypte], CounterPunch, 20 septembre 2013, http://www.counterpunch.org/2013/09/20/the-military-turns-really-ugly-in-egypt/

27. John Cassidy, The Lessons of Classified Information : From Mossadegh to Snowden, The New Yorker, 20 août 2013, http://www.newyorker.com/online/blogs/johncassidy/2013/08/perfidious-albion-from-mossadegh-to-miranda.html

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Caricatures du Brésilien Carlos Latuff

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 20:32

 

 

«  Il est tout à fait impossible aux hommes d’Etat de prévoir, sauf à très court terme, les résultats de n’importe quelle action politique à grande échelle. »

Aldous Huxley (1)                                                                                                                                                                                                                                                               

 

 

Le Roi Shaka

 

Durban

 

Aéroport international King Shaka. Embouteillage aérien, sympathiques bousculades et files d’attente.

 

Le monde entier semble s’être donné rendez-vous. Avions déversant de tous horizons et continents : délégations officielles, observateurs avec, dans leur sillage, inévitables “hommes d’affaires” ou affairistes… Amplifiant le flot des touristes habituels. Les plus euphoriques, ceux en provenance des pays de l’hémisphère nord, couverts de neige ou noyés sous les eaux.

 

Douceur idéale : 24° / 26 °. Immenses plages bordées d'hôtels aux gigantesques animations aquatiques, sous le soleil d’un climat subtropical alternant avec des averses rafraîchissantes. De mi-novembre à fin avril, c’est la saison des pluies (rainy season). La saison dite “sèche” n’intervenant que de juin à août.

 

DURBAN-SA.jpg

 

Agitation avec pour toile de fond la tenue, pour la première fois en Afrique du sud, du sommet annuel des chefs d’Etat du BRICS, 26 & 27 mars 2013. Elle y avait été cooptée lors du sommet tenu en Chine, à Sanya dans l’île de Hainan, en 2011.

 

Evidemment, grand silence dans les médias d’Occident et de ses colonies.

 

Normal : le BRICS y est détesté par les oligarchies (2). Nos “spécialistes du décryptage de l’information” ont donc consigne de ne pas en parler. Si ce n’est dans la condescendance, la dérision, voire le mépris.

 

King Shaka ?... Non, ce n’est pas la marque d’un hamburger local comme ironisent certains visiteurs à leur arrivée. Nous sommes au cœur de la nation Zouloue. Shaka, contemporain de Napoléon, fut son chef le plus prestigieux, son plus grand roi.

 

Guerrier exceptionnel d'endurance et d’audace, chef de guerre et tacticien hors du commun, il avait forgé, dans une discipline de fer, une armée permanente de 100.000 guerriers, d’une mobilité et d’une combativité sidérantes. Unifiant les différents clans Zoulous dans une puissante fédération sur un territoire équivalent à celui de la France.

 

Il sera assassiné, en 1828, par ses proches, dans une révolution de palais, à l’âge de 41 ans. Diabolisé, caricaturé, après sa mort, par les historiens de l’Empire britannique, et dans les guides touristiques édités de nos jours en Europe…

 

Les Zoulous, groupe ethnique le plus important et le mieux organisé du pays, ont longtemps, courageusement, héroïquement, résisté à la colonisation hollandaise puis britannique. Schéma habituel des conquêtes coloniales de l’époque : fusils à tir rapide, artillerie, cavalerie, destructions systématiques des villages, troupeaux et récoltes, avec massacres des civils, feront la différence. Les britanniques et leurs supplétifs réussirent à briser leur résistance.

 

Parmi eux des Français… Dont le plus connu est Louis Napoléon, fils de Napoléon III exilé en Grande-Bretagne. Engagé volontaire dans les troupes britanniques, il fut tué au cours d’une patrouille à cheval, le 1er Juin 1879. Surpris avec son groupe, il reçut 17 coups de lance, après avoir vidé son pistolet sur les guerriers du commando Zoulou. Il avait 23 ans.

 

Nation Zouloue, qui sera à la pointe du combat contre le régime raciste d’apartheid imposé par les colons européens, avec la complicité des grandes puissances coloniales. Jusqu’en 1994 !...

 

Lutte acharnée, sanglante, atroce, si bien chantée, accompagnée, partagée, par le “Zoulou Blanc” Johnny Clegg, ou d’autres grands artistes et intellectuels. (3) Notamment, la chanteuse, Miriam Makeba, personnifiant la magnifique résistance des femmes sud-africaines. Contrainte de passer la plus grande partie de sa vie en exil, errant de pays en pays d’accueil avec sa famille, sous les constantes menaces de mort des colons et de leurs alliés…

 

 

Durban ou notre planète en devenir

 

Durban… Emblématique de l’histoire du pays…

 

A l’origine, la localité fut baptisée en 1835 : D’Urban. Par les 35 citoyens britanniques habitant la baie, en l’honneur du gouverneur du Cap, Benjamin d’Urban. Général très populaire auprès des colons dont il encourageait les prédations par ses excès de violence et d’humiliations infligés aux africains.

 

Un missionnaire protestant, John Philip, remarquable militant anticolonialiste pour l’époque, à force de ténacité, réussira à mobiliser l’opinion publique et provoquer la création d’une commission parlementaire pour enquêter sur ces comportements criminels. Obligeant le ministère britannique des Colonies à le destituer de son poste civil, le 1er mai 1837. Lui conservant, toutefois, ses fonctions militaires afin de ménager la haute hiérarchie de l’armée.

 

Lent, trop lent, mais inexorable cheminement de l’Histoire… En 1999, même si l’appellation Durban est conservée, la municipalité a adopté officiellement le nom de : eThekwini Metropolitan Municipality. Formé à partir de la racine du mot Zoulou désignant la “baie” ou le “lagon” : itheku. (4)

 

A présent, capitale économique de la province du KwaZulu-Natal, la troisième ville du pays regroupe 3, 5 millions d’habitants. (5) Si 60% de ses concitoyens parlent anglais, la langue Zouloue, avec ses propres médias, est pratiquée au quotidien par 30% d’entre eux. S’ajoute à cette mixité linguistique, la plus grande communauté indienne hors d’Inde ; elle-même, mosaïque de pratiques religieuses et dialectes régionaux indiens.

 

Particularité de leur système colonial et de leur puissance navale, les britanniques procédaient à des transferts massifs de populations entre colonies pour empêcher l’accès à l’emploi, rémunéré et surtout qualifié, en conséquence au développement des “nations autochtones”, difficiles à exterminer du fait de leur nombre, considérées comme “réfractaires” ou “rebelles” à leurs spoliations.

 

Le cas le plus extrême est celui de la Malaisie, où les Malais furent systématiquement écartés de l’exploitation de leurs principales richesses de l’époque : caoutchouc et mines d’étain. Les britanniques leur substituèrent, par convois maritimes, des travailleurs Chinois en majorité, mais aussi Indiens. Tant et si bien, que le pays recense actuellement 25 % de sa population d’origine chinoise et 10 % d’origine indienne. (6)

                                                                      

En Afrique du sud, décidant de lancer à grande échelle la culture du sucre à partir de 1860, ils “importèrent” les ouvriers agricoles nécessaires depuis l’Inde. Aujourd’hui, Durban est classé premier “port sucrier” mondial et la communauté indienne représente 10% de la population de l’Afrique du sud.

 

Rappelons que Gandhi séjourna de 1893 à 1915 en Afrique du sud en tant qu’avocat au service de cette communauté. Il y forgea son militantisme, confronté aux humiliations et violences du racisme. (7) Malgré le statut supérieur des Indiens par rapport aux populations noires quasiment considérées, à l’exemple des peaux-rouges d’Amérique du nord, comme “animaux doués d’intelligence humaine”.

 

De ces mixages de populations, migrations volontaires ou forcées, l’Afrique du sud se retrouve avec 11 langues officielles…

 

Mais, en ce XXI° siècle, n’est-ce pas une illustration du devenir de notre planète ?... Une mixité de populations, quelles que soient origines ancestrales, couleurs de peau, croyances religieuses ou philosophiques, dans le respect réciproque, le partage de valeurs de solidarité et de paix ?...

 

Miriam Makeba avec sa petite-fille Zenzi venue danser sur scène…

 

eThekwini Declaration and Action Plan

 

Monde de demain se télescopant avec la réalité d’aujourd’hui : la prospérité apparente de Durban ne doit pas faire illusion avec ses 10 millions de visiteurs annuels, ses paysages et plages, parcs naturels et sites historiques, hôtels, casinos et discothèques. Ecarts, gouffres, ne cessant de croître, séparant riches et pauvres, et même groupes ethniques, érodent l’Afrique du sud.

 

Eprouvant malgré son indépendance politique, comme de nombreux pays sortant d’une longue colonisation, les pires difficultés pour s’affranchir du despotisme économique de la "mondialisation". Qui n’est, nous le savons, que la dictature d’une poignée de groupes internationaux, avec leurs seconds couteaux et leur domesticité politicienne corrompue : finance, mines et hydrocarbures, marchands de canons, chimie-pharmacie, agro-industrie, alcooliers-cigarettiers, grande distribution.

 

Les meilleures terres agricoles appartiennent pour 80% à des "blancs", représentant moins de 10% de la population, à titre personnel ou dans le cadre de sociétés d’exploitation et de commercialisation. Son patrimoine minier d’une richesse inouïe par ses colossaux gisements de diamants, d’or, de charbon, d’uranium, de fer, de cuivre, de nickel, de platine et autres métaux rares, détenu en majorité par des sociétés étrangères, rend d’autant plus choquant l’extrême pauvreté du ¼ de sa population, provoquant une situation de violente délinquance.

 

Malgré l’émergence d’une "classe moyenne", l’Afrique du sud, considérée comme la première économie du continent, est à l’image des autres Etats du BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine. Mais aussi, du reste du monde. Y compris, mais dans une évolution inverse, les pays dits "développés" où la paupérisation des populations s’accentue au fil des jours, en Amérique du nord ou en Europe.

 

Que peut apporter le BRICS dans la réflexion et l’action, face à l’urgence des solutions à trouver aux problèmes d’organisation et de développement, de survie même, de l’Humanité ?...

 

Le scepticisme des commentateurs à l’égard du BRICS s’exprime dans des termes dévalorisants. Le moins négatif étant celui de "disparate". (8) Comme si les autres "sommets" étaient des modèles de cohésion, d’harmonie, d’efficacité… Le mépris, toujours… Dès lors qu’une initiative d’ampleur mondiale n’a pas pour origine les "penseurs", "Think Tanks" et "stratèges" d’Occident.

 

Rares sont les témoignages positifs. Ils n’en sont que plus surprenants. Tel celui de l’analyste financier Jim O’Neill. (9) Responsable de  la gestion d’actifs [placements & investissements pour le compte de tiers : environ US$ 800 milliards] de Goldman Sachs, créateur de l’acronyme BRIC, en 2001, avant l’inclusion de l’Afrique du sud.

 

S’exprimant dans la presse allemande, une semaine avant la tenue du sommet de Durban, Jim O’Neill estime que le BRICS, non seulement progresse rapidement, mais qu’il dépasse toutes les attentes !... Une communauté de près de 3 milliards d’habitants, quadruplant en 10 ans son PIB, sortant de la misère des dizaines de millions de personnes. La Chine, d’après les statistiques de la Banque Mondiale, réussissant en 20 ans à en extraire plus de 450 millions. Le BRICS détenant, point le plus fondamental :

« … le potentiel de prévenir une récession globale, de croître plus vite que le reste du monde et de devenir un moteur de la croissance mondiale ». (10)

 

Recoupant ainsi toutes les études prospectives des organismes internationaux, même ceux les moins bien disposés à l’égard du BRICS. A l’exemple du PNUD, qui dans son « Rapport sur le Développement Humain 2013 – L’Essor du Sud : Le Progrès Humain dans un Monde Diversifié », pages 15-16 illustrées d’un graphique [figure 3], section intitulée « Rééquilibrage Mondial », ne peut que constater (11) :
« … en 2050, selon les prévisions du présent Rapport, la Chine, l’Inde et le Brésil, représenteront ensemble près de 40 % de la production mondiale…
[…] le Brésil, la Chine et l’Inde, ont réduit de manière drastique la proportion des personnes à faibles revenus – le Brésil de 17,2 % en 1990 à 6,9 % en 2009, la Chine de 60,2 % en 1990 à 13, 1 % en 2008 et l’Inde de 49,4 % en 1983 à 32,7 % en 2010.
 »

 

Traiter le BRICS dans l’indifférence, ou la condescendance, n’est effectivement qu’une dérisoire posture de déni. Ce qu’ont compris les plus lucides. (12)

 

S’affirmant progressivement comme un pôle moteur de développement et de rénovation des transactions internationales, économiques et financières, le BRICS, il convient de le souligner, représente surtout un ancrage de stabilité, de pondération, dans les relations entre pays et continents. Devenus si volatils, agressifs, tant les pulsions paranoïaques ont supplanté le traitement logique et apaisé des inévitables conflits d’intérêts.

 

Un sommet "productif", ou "réussi", repose sur l’interaction de quatre rouages :

=> En amont, l’aboutissement d’un intense travail préparatoire, accompli par de multiples commissions spécialisées

=> A l’issue du sommet, un consensus sur l’architecture des accords et décisions liés au thème proclamé. En l’occurrence :

"BRICS and Africa: Partnership for Development, Integration and Industrialisation”.

=> Les discussions, négociations et accords bilatéraux entre partenaires en dehors, ou en accompagnement, des décisions collectives

=> Les rencontres formelles et informelles entre responsables des délégations. Dans le cas du BRICS, les chefs d’Etat respectifs.

 

Cette dynamique a étonnamment bien fonctionné au cours de ce sommet. Eclatant succès, marquant une avancée spectaculaire de l’importance géopolitique du BRICS.  Majeure, actuellement. Dont le poids, l’impact, dans la rénovation inéluctable des systèmes de gestion économique et politique, vont se révéler déterminants dans les prochaines décennies.

 

Ainsi qu’en témoigne sa Déclaration finale : “eThekwini Declaration and Action Plan”, reprenant dans son titre le nom de la ville hôte. Celui en langue Zouloue de Durban : eThekwini. Ses 47 articles, suivis du Plan d’Action, méritent une lecture attentive pour qui souhaite percevoir, mesurer, le basculement irréversible du centre de gravité des enjeux, forces et pouvoirs de la planète. (13)

 

Loin d’être une révolution, une rupture brutale par rapport au "libéralisme sauvage", une confrontation téméraire avec l’hystérie belliciste d’un Empire agonisant (14), ils traduisent, dans un contournement ou un enveloppement analogues à ceux de la stratégie du jeu de GO, la patiente, méthodique, solide, mise au point d’un nouveau mécanisme de gestion et de relations, dans et entre nos différentes collectivités et continents.

 

L’Amérique latine apporte à ce mouvement une vigoureuse réflexion novatrice, confortée par l’expérience, avec ses réussites et ses immanquables blocages ou sabotages. Une des plus stimulantes étant celle de l’intellectuel Alvaro Garcia Linera, vice-président actuel de la Bolivie. Car, changer un système finissant, construire une renaissance sur les décombres d’un “capitalisme mû par la pulsion de mort” (15), exige pour préalable, ou concomitance, la libération des esprits du carcan de l’idéologie coloniale ou impériale…

 

Cette « bouffée d’air frais oxygène le monde stagnant de l’impérialisme néolibéral » ["breath of fresh air to oxygenate the stagnant world of neoliberal imperialism"], pour reprendre l’expression de Vijay Prashad. (16)

 

Et, les 47 articles de la Déclaration du sommet du BRICS…


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Le Jeu de GO

 

Le rouleau compresseur et la gifle

 

Les médias, traitant quelque peu de ce sommet, se sont focalisés sur la création imminente, par le BRICS, d’une Banque de Développement aux compétences élargies qui concurrencerait le FMI. Ce n’était, même si l’idée a été retenue dans une perspective à moyen-long terme (article 11 de la Déclaration), ni le sujet du sommet, ni sa priorité !

 

Chinois et Russes, particulièrement, se méfiant des "zinzins institutionnels", aussi coûteux qu’inefficaces, générant trop souvent une caste de technocrates, échappant à tout contrôle, en cheville avec des lobbies corrupteurs. La bureaucratie bruxelloise de l’UE représentant un pathétique et permanent exemple, multipliant désastres économiques, sociaux et politiques… Préférant privilégier une approche pragmatique fondée sur un maillage étroit, resserré, entre membres du BRICS (17), laissant à chacun libre choix des moyens d’intervention dès lors qu’ils s’alignent sur un cap identique fixé d’un commun accord.

 

C’était surtout perdre de vue le thème de ce sommet, plus qu’important et novateur :

« Le BRICS et l’Afrique : Partenariat pour le Développement, l’Intégration et l’Industrialisation »

["BRICS and Africa: Partnership for Development, Integration and Industrialisation”]

 

S’il y a deux points à retenir à la lecture de la Déclaration finale du sommet, ce sont deux affirmations, interactives, impressionnantes de lucidité et de calme détermination :

=> L’affirmation du décollage de l’Afrique
=> L’affirmation du cadre des relations internationales

 

 

i)  L’Afrique

 

L’Afrique est considérée par le BRICS comme le continent promis aux plus spectaculaires développements, dans une “relation sud-sud” à privilégier. Du fait de ses immenses richesses naturelles, de ses titanesques besoins en équipements et infrastructures, et du stupéfiant dynamisme de son marché intérieur. Le retard infligé par les anciennes puissances européennes, dans un féroce pillage néocolonial tant de son sous-sol que de ses privatisations-spoliations, va fatalement se terminer par la reprise en mains progressive des Africains de leur propre destin.

 

Le terme "Intégration" s’entend au sens "régional" par l’édification graduelle de regroupement d’Etats Africains, mais aussi par le tissage de liens spécifiques intercontinentaux "sud-sud" (18) :

« Le BRICS et l’Afrique devraient étroitement s’intégrer afin de promouvoir l’Afrique en tant que nouvelle locomotive de l’économie de la planète. »

["The BRICS and Africa should be closely integrated and promote Africa as the new highlight in the global economy."]

 

En écho au dernier rapport du PNUD (19) :

« L’une des réussites les plus frappantes a été celle de l’Afrique subsaharienne. De 2003 à 2008 (les cinq années antérieures à la crise financière mondiale), le revenu par habitant dans la région a augmenté de 5 % par an, plus du double qu’au cours des années 1990 […] grâce à la forte demande provenant des pays du Sud, la Chine en tête. »

 

Ou encore, dans le même document du PNUD, cocasse démenti des clichés médiatiques de la propagande antichinoise (20) :

« La Chine a encouragé ses industries plus développées telles que le cuir à se délocaliser de façon à se rapprocher de la chaîne d’approvisionnement en Afrique, et ses sociétés modernes spécialisées dans les télécommunications, les produits pharmaceutiques, l’électronique et la construction à former des coentreprises avec des entreprises africaines. »

 

La Chine, donnant effectivement l’exemple, accueille actuellement des milliers d’Africains, majoritairement entrepreneurs et commerçants. Mais aussi des milliers d’étudiants, dans ses universités d’excellent niveau. Ce mouvement en marche, véritable rouleau compresseur libérateur des anciens clivages et blocages, est amplifié par l’Inde, la Russie et le Brésil qui multiplient les accords de partenariats avec de nombreux Etats Africains. A commencer par l’Afrique du sud, avec qui la Russie vient, ainsi, de signer, d’importants accords dans le domaine spatial, aéronautique, nucléaire et militaire. (21)

 

Le sommet était d’ailleurs suivi d’un séminaire auquel participaient de nombreux chefs d’Etat et responsables, non membres du BRICS, tout particulièrement de l’Afrique dite "anglophone", intitulé (Art. 3) :

« Débloquer le potentiel de l’Afrique : Le BRICS et la Coopération Africaine sur l’Infrastructure »

["Unlocking Africa’s potential: BRICS and Africa Cooperation on Infrastructure”]

 

Occasion de réaffirmer le soutien du BRICS au développement durable de l’Afrique dans une vision d’intégration régionale, tout en finançant une économie respectueuse de l’environnement (green economy), afin d’éradiquer la pauvreté et l’injustice sociale du Continent (Art. 4 & 38).

 

D’où le rappel à la "communauté internationale" de reconnaître et respecter le rôle éminent de l’organisation de l’Union Africaine, regroupant l'ensemble des Etats Africains, pour résoudre les conflits sur le continent afin d’assurer la Paix (Art 24) :
« We commend the efforts of the international community and acknowledge the central role of the African Union (AU) and its Peace and Security Council in conflict resolution in Africa. »

Cet article est une allusion directe à l’accord auquel était parvenu l’Union Africaine, organisant une transition pacifique pour un nouveau modèle de gouvernement, entre Kadhafi et les différentes factions en conflit, en Libye. Les occidentaux avaient refusé cette médiation réussie, préférant détruire le pays par leurs forces armées sous bannière de l’OTAN…

Le BRICS est conscient de la crispation des anciennes puissances coloniales, britannique et française en premier lieu, sur leurs chasses gardées rongées jusqu’à l’os. Enfermées dans leur doctrine belliciste, fondée sur l’intervention ou l’occupation armées suivant les vieux schémas coloniaux, afin d’empêcher toute émancipation non seulement politique, mais encore plus économique. Protégeant des dictatures corrompues, avec des contingents détachés d’Europe pour servir de garde prétorienne.

 

D’où trois articles de la Déclaration à prendre au sérieux :

=> Art. 30, sur le Mali : demandant de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays afin qu’il puisse assurer son développement économique et social dans la paix…

=> Art. 31, sur la République Centre Africaine : condamnant les interventions armées dans le pays, où bizarrement des “rebelles”, après avoir fomenté un coup d’Etat, se sont précipités pour tuer des assistants techniques sud-africains (13 morts et 27 blessés graves) ainsi que des ressortissants indiens. Mais, aucun des coopérants français pourtant fort nombreux…

=> Art. 32, sur la République Démocratique du Congo (Kinshasa), le BRICS employant les mêmes termes que dans l’article précédant, diplomatiquement très forts : « gravely concerned ». Les membres du BRICS sont "gravement", extrêmement, "préoccupés", par le pillage armé du pays à partir d’Etats frontaliers pour le compte de multinationales étrangères…

 

 

 ii)  Les relations internationales

 

L’Empire, pris dans la spirale d’une entropie immaîtrisable, plonge le monde dans des conflits et actes de violence permanents : guerres, civiles, de conquête, de destruction, de massacres quotidiens, d’assassinats et tortures à l’échelle industrielle… Comment mettre un terme aux incessants discours, provocations, sanctions, embargos, menaces de conflits armés, exacerbés par une propagande délirante ?...

 

Comment brider « la pulsion du mort » ?...

 

Le BRICS exprime dans toute une série d’articles (Art. 1 & 21, notamment) sa vision d’un monde à édifier, consolider, perfectionner, dans le respect mutuel, la coopération, le partage des problèmes et des solutions. Le plus explicite étant l’article 22, dont l’introduction :

« Nous sommes déterminés à construire un monde harmonieux de paix durable et de prospérité partagée, et réaffirmons que le 21° siècle doit être marqué par la paix, la sécurité, le développement et la coopération. »

 

L’effet majeur de cette volonté se produit au sein même du BRICS : désamorcer les tentatives permanentes des USA pour dresser l’Inde contre la Chine !... Les relations ne cessant, au contraire, de se renforcer entre ces deux géants, avec la médiation permanente de la Russie qui entretient des liens de confiance avec chacun d’entre eux, sur le plan diplomatique, économique et militaire.

 

Cette réaffirmation de la multipolarité, avec référence à la nécessité de réformer les grandes instances internationales (du Conseil de Sécurité au mode de fonctionnement du FMI), et de la primauté de la diplomatie, du dialogue, pour la résolution des conflits d’intérêts, est illustrée par les références répétées dans la Déclaration finale du sommet au respect des souverainetés nationales et au refus des propagations des luttes armées et des guerres civiles.

 

Son soutien à la paix, au dialogue, à la condamnation des interventions militaires, à la nécessité de penser d'urgence aux souffrances actuelles et à la préservation des générations futures, à la reconstruction, s’affichent dans les articles soutenant la Syrie (Art. 26) et l’Afghanistan (Art. 29). Se préoccupant du blocage permanent de toute négociation de paix en Palestine, dénonçant les implantations illégales de colonies sur son territoire et souhaitant l’admission de cette nation à l’ONU (Art. 27).

 

Quant à l’Iran, et la crise artificiellement entretenue par les pays occidentaux, la position du BRICS est sans équivoque et sans appel (Art. 28) :

« Nous estimons qu’il n’y a aucune alternative à une solution négociée au problème du nucléaire Iranien.

Nous reconnaissons à l’Iran le droit d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques en conformité avec ses engagements internationaux, et soutenons la résolution des problèmes en cours par des moyens politiques et diplomatiques, et par le dialogue…»

 

Encore plus important, dans cet article, l’alinéa :

« Nous condamnons les menaces militaires aussi bien que les sanctions unilatérales… »
En anglais :

“We are concerned about threats of military action as well as unilateral sanctions.”
Précisons qu’en langage diplomatique, la litote "we are concerned" (littéralement : "nous sommes préoccupés") veut dire en clair :

« Nous condamnons »…

 

La gifle, pour ceux qui rêvent de « guerre préventive », et autres options du même calibre « sur la table »…

 

Elargissement du BRICS à d’autres partenariats ?... 

 

Depuis 2011, aucun nouvel adhérent n’a été coopté. Un des critères d’admission étant de démontrer un minimum de stabilité politique, de développement économique. Mais, avant tout : de souveraineté nationale.

 

Le BRICS aurait souhaité intégrer un pays du Moyen-Orient en mesure de représenter préoccupations et intérêts spécifiques de la région et du monde musulman. Ses membres comptent, parmi leurs populations, de fortes communautés de cette religion. La Turquie était bien placée, jusqu’à son "naufrage syrien" : diplomatiquement, elle n’existe plus. (22) Régressant vers son statut de colonie de l’OTAN des longues années de la Guerre Froide.

 

L’Indonésie est, à présent, le pays le mieux placé sur la liste des futurs membres, avec ses 245 millions d'habitants, ses 86% de musulmans (recensement 2011), ses richesses énergétiques et minières, sa rapide progression économique (+ 6 % annuel du PIB)... Encore faut-il, qu’elle s’affranchisse davantage de la tutelle impériale…

 

A l’an prochain au Brésil, pour le prochain sommet, nous verrons bien !...

 

 

 

 

1.  Aldous Huxley, L’éminence grise – Essai biographique sur les rapports de la politique et de la religion, La Table Ronde, 2001, p. 308.

2.  BRICS & Bombes, 22 avril 2011,
http://stanechy.over-blog.com/article-brics-bombes-72281017.html

3.  Johnny Clegg : le « Zoulou Blanc », 1er juin 2007,

http://stanechy.over-blog.com/article-10675405.html

4.  D’où le titre de la déclaration finale du 5° sommet du BRICS, du 27 mars 2013 : “eThekwini Declaration and Action Plan”, http://pib.nic.in/newsite/erelease.aspx?relid=94317

5.  Sur 12 millions d’habitants de cette province la plus peuplée, avec celle de Gauteng (Johannesbourg), des 9 que compte l’Afrique du sud. La capitale administrative du KwaZulu-Natal se situe à 60 km à l’intérieur : Pietermaritzburg.

6.  A Singapour (après sécession avec la fédération de Malaisie en 1965, organisée par Londres), longtemps principale base navale, commerciale et financière britannique en Asie, à l’extrémité de la péninsule Malaise, les Chinois représentent 77% des 5 millions d’habitants de cette “Cité-Etat”. Les Indiens : 8% ; les Malais n’étant plus que 14%.

7.  Il existe une passionnante correspondance échangée durant ce séjour entre Gandhi et Tolstoï sur la violence de la colonisation et les moyens de la combattre : élaboration du concept de “désobéissance civile”.

8.  Pierre-Olivier Rouaud, BRICS : quand 5 géants se rencontrent à Durban, Usine Nouvelle, 26 mars 2013,
http://www.usinenouvelle.com/article/brics-quand-5-geants-se-rencontrent-a-durban.N193956

9.  Fonction actuelle (il est sur le départ) : Chairman of Goldman Sachs Assets Management.

10.  Erich Follath, Goldman Sachs’ Jim O’Neill : BRICS ‘Have Exceeded all Expectations’, Spiegel, 21 mars 2013,
http://www.spiegel.de/international/business/departing-goldman-sachs-exec-still-sees-bright-future-for-bric-nations-a-890194.html 

11.  PNUD, Rapport sur le Développement Humain 2013 – L’Essor du Sud : Le Progrès Humain dans un Monde Diversifié, pp. 15 – 16,
http://hdr.undp.org/fr/rapports/mondial/rdh2013/telecharger/

12.  Pepe Escobar, BRICS go over the wall, Asia Times, 26 mars 2013,
http://www.atimes.com/atimes/World/WOR-01-260313.html 

13.  Op. Cit., http://pib.nic.in/newsite/erelease.aspx?relid=94317

14.  Sam Sacks, Condemned to Endless War : The Sisyphean US terror policy [Condamnés à une Guerre Sans Fin : Le Rocher de Sisyphe de la politique de terreur des USA] , RT, 27 mars 2013,

http://rt.com/op-edge/war-sisyphean-us-terror-931/ 

15.  Gilles Dostaler & Bernard Maris, Capitalisme et Pulsion de Mort, Albin Michel, 2009. 

16.  Pepe Escobar, The South also rises [Le Sud émerge aussi], à propos du livre de Vijay Prashad - The Poorer Nations : A possible History of the Global South, Asia Times, 5 avril 2013,
http://www.atimes.com/atimes/World/WOR-01-050413.html

17.  Les important accords monétaires entre Chine et Brésil (accord de 30 milliards de dollars de swap de devises) sont une éclatante démonstration de ce type de démarche :
"China and Brazil sign $30 bn currency swap deal", RT, 27 mars 2013,
http://rt.com/business/china-brazil-currency-swap-deal-brics-918/ 

18.  BRICS ‘set to be global force’, China Daily, 27 mars 2013, http://europe.chinadaily.com.cn/china/2013-03/27/content_16351114.htm

19.  PNUD, section : Revenu et Développement Humain, Op. Cit., p. 28.

20.  PNUD, section : Aider les autres pays à rattraper leur retard, Op. Cit., p. 55.

21.  Exemples d’accords :
i) Maxim Bogodvid, GLONASS: un système optique sera installé en Afrique du Sud, RIA Novosti, 26 mars 2013, http://fr.rian.ru/science/20130326/197909285.html

ii) Grigoriy Sisoev, Russie-Afrique du sud : coopérer dans l’aéronautique, 26 mars 2013, RIA Novosti, http://fr.rian.ru/world/20130326/197909068.html

22. Deux articles résument parfaitement l’abandon de la souveraineté de la Turquie, suite à la trahison de ses dirigeants actuels :
i) Hédi Dhoukar, La Turquie c’est fini, 27 décembre 2012, http://hedidh.blogspot.fr/2012/12/la-turquie-cest-fini.html

ii)  Ramzy Baroud, How Turkey’s regional ambitions crumbled, Asia Times, 4 avril 2013,

http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MID-01-040413.html

 

 

 


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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 20:42

 

 

« Ainsi les conquérants en venaient-ils à avoir peur des conquis ; ils perdaient leur sang-froid, tiraient sur des ombres dans la nuit. Le silence glacial, hostile, planait sans cesse sur eux. »

John Steinbeck (1) 

 

 

La transe de Jules Ferry

 

Le soufflé est retombé, à peine levé…

 

La page est tournée. Dans l’héroïsme et le panache, s’époumone la chorale médiatique !…

 

Nos “armées” viennent de se couvrir de gloire au Mali, volant d’Austerlitz en Stalingrad, écrasant victorieusement divisions, brigades, régiments et bataillons de nos barbares ennemis !

 

Certains célébrant cette magnifique épopée dans de surprenants rapprochements : « Le Blitzkrieg à la française » ! Comparable à la « guerre éclair » du général Heinz Guderian, spécialiste de l’arme blindée, qui avait pulvérisé en quelques jours l’armée française en 1940 et l’armée russe lors de la phase initiale de l’opération Barbarossa un an plus tard. (2)

 

Rien de moins…

 

Notre “propagande” flanquée de ses instituts de “sondages-bidons”, d’un zèle énergique, démontrant son efficace tour de main dans l’art de concocter quotidiennement ses pilules anesthésiantes ou euphorisantes, dans un astucieux dosage ! Des JT aux émissions documentaires et articles de presse. Entrelardés d’enquêtes d’opinion aux pourcentages staliniens. Approbateurs, évidemment.

 

Fière de son scénario et de sa mise en scène…

 

Alternant, suivant les menus imposés, les qualificatifs d’usage : « terroristes », « islamistes », ou, dans une touche folklorique, « djiahdistes ». Lors de nos dernières conquêtes coloniales, on envoyait des troupes pour préserver La Civilisation des « cannibales », l’évangélisation étant passée de mode : comme aux Iles Marquises ou en Nouvelle-Calédonie.

 

La diabolisation évolue, mais la réalité reste immuable : nous sommes encore plus féroces que les cannibales des contes coloniaux dès qu’il s’agit d’étriper plus faible que soi.

 

La “modernité” remplit ses fonctions. Ces "nouveaux cannibales" sont membres d’organisations logées, en autant de boutiques au marketing soigneusement segmenté, dans les cavernes de la région. Probablement architecturées sous air conditionné d'après les films de James Bond : multiples écrans, ordinateurs, clignotants, sirènes et portes blindées.

 

Aux appellations aussi variées que leurs origines « contrôlées » ou téléguidées : AQ, AQMI, MNLA, MUJAO, DA ou DEA, et Bla-Bla. Telle la mosaïque des marques de lessives, sorties de la même usine, de nos supérettes…

 

Nos « experts », “militaires” et “géopoliticiens” de tous poils, virevoltant d’une TV à l’une, courant d’une radio à l’autre… « Pom-pom girls » chargées d’exciter l’enthousiasme de leurs concitoyens assommés de précarité et de chômage. Oui : la France, plus forte que jamais, est gouvernée par des hommes pénétrés de sagesse, de discernement, de courage et de générosité !

 

Notre “président”, ébahi par le succès foudroyant de sa « guerre contre le terrorisme », revivant dans la redingote de Jules Ferry les expéditions coloniales de nos aïeux. A présent, chef de guerre ou de conquête, dont l’allure martiale assure la montée des sondages flageolants. Lui permettant d’hausser le ton face à la Corée du Nord :

« … condamnée avec la plus grande fermeté… ».

 

Ou se voyant déjà, tel Alexandre, aux portes de Téhéran à la tête de sa vaillante armée… A en croire son discours menaçant prononcé le 6 février 2013 lors de la réception, dans le palais présidentiel de la “République laïque”, d’une délégation de la « Conférence des organisations juives américaines » regroupant 51 responsables d’associations de cette obédience religieuse… (3)

 

Gardien de la Souveraineté Nationale. Rempart de la Laïcité. Glorieux défenseur des valeurs de La Civilisation…

 

L’étoffe des héros.  

 

Humain, toutefois…

 

Emu aux larmes en recevant, au Mali, allégeance des notables et vivats des populations. Chœurs ou claques, comme dans toute bonne dictature, transbahutés en camions avec distribution de petits drapeaux à agiter et slogans à clamer. Sinon, pas de « bons » pour retirer la ration quotidienne de l’aide alimentaire d’une population maintenue dans la quasi-famine. Jusqu’à les habiller de neuf, après “casting”, pour une impeccable représentation télévisuelle…

 

Moteur parfaitement huilé, le cynisme ronronne.

 

Personne n’est dupe. S’agissant d’une énième nouvelle guerre coloniale montée de toutes pièces, depuis des mois. Consistant moins à s’emparer de territoires que de s’approprier, ou renforcer la spoliation, des richesses énergétiques ou minières de la région. Ces « resource wars », guerres pour les ressources, qui vont ravager le siècle, comme le rappelle le chef d’état-major des armées russes Valery Gerasimov. (4)

 

Ressources du Mali ?... Argent, or, cuivre, bauxite, etc. Potentiel gazier et pétrolier. Surtout, fondamental : uranium (trois zones uranifères actuellement recensées : Falea, Iforas, Gao). (5)

 

Coulisses, machineries et machinations, de ce théâtre de marionnettes ont été parfaitement, lucidement, mises à plat par de nombreuses personnes, militants de La Dignité Humaine, associations citoyennes, exerçant avec courage leur esprit critique. (6)

 

Citons, entre autres, le dossier de l’association Survie, fondée par le regretté François-Xavier Verschave (qui veut entrevoir les enjeux en Afrique doit lire ses ouvrages), méritoire travail d’information :
"Les zones d’ombres de l’intervention française au Mali – Eléments de contexte et d’explication" (7).

 

Ou encore, les décapantes et indispensables analyses de Michel Collon (diffamé en permanence par les relais de l’extrême-droite américaine en France et en Belgique) qui démonte, rouage par rouage, l’intoxication de la propagande via les médias, les intitulant les « médiamensonges » (8) :

 

La révolte de Django

 

L’essentiel de l’arnaque est montré, démontré, démonté.

 

Ne reste, en forme de conclusion, qu’à élargir la perspective géopolitique et historique au continent dans son ensemble.

 

Le Mali, symbolise la prédation de l’Afrique par l’Occident. (9) Son indépendance politique par rapport aux anciennes puissances coloniales, commencée dans les années soixante, n’était que de façade. Proie des groupes miniers, pétroliers, “privatiseurs”, impitoyablement rongée jusqu’à l’os, l’Afrique est toujours en attente de sa véritable indépendance.

 

Pour faire court, j’ai choisi une métaphore. Sous forme d’un film récent, à l’énorme retentissement international. Celui de Quentin Tarantino : “Django Unchained.

Aux antipodes des clichés complaisants d’Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, abordant la même époque. Loin de n’être qu’une charge contre l’esclavagisme des noirs par les grands  propriétaires Blancs dans la fédération nord-américaine de la fin du XIX° siècle, mythique paradis de La Liberté, il illustre avec force et lucidité les ravages de la colonisation. L’exploitation de l’Homme, ses forces et ses faiblesses, dans l’hyperviolence et le racisme.

 

Jusqu’au jour de la prise de conscience, du refus, de la révolte…

 

Tous les acteurs du drame de l’Afrique, de toute colonisation, y sont symboliquement campés, en interaction dantesque. L’humour venant souvent tempérer la violence des situations. Sur fond d’une rigoureuse documentation historique, dans son implacable, féroce, vérité...

 

Le "Blanc Richissime" jouissant, grâce à l’accumulation de sa fortune, d’acheter tout ce qui peut l’être sur Terre dans l’application sans limite de La loi  du Plus Fort : Bonne Conscience, violence impunie, exploitation et humiliation des faibles ou des sans défense, jusqu’à ce qu’ils en crèvent… Diabolique incarnation, très réussie, deLeonardo DiCaprio qu’on n’imaginerait pas, à priori, dans un rôle de “méchant”.

 

Convaincu de la supériorité de la race blanche. La justifiant, dans une hallucinante démonstration, en sciant le crâne d’un ancien esclave mort de son père, prouvant qu’il manquait "une case" aux Noirs, et autres races inférieures aux Blancs… Thèses racistes qui ont, effectivement, perduré dans les milieux scientifiques et colonialistes jusqu’au milieu du XX° siècle.

 

En France, relisons le combat (en 1953 !) de l’inoubliable Frantz Fanon(complètement occulté dans notre pays…), contre les thèses du grand ponte de la psychiatrie et de ses disciples de « l’Ecole psychiatrique d’Alger », Antoine Porot(1876-1965) qui ne cessait d’affirmer :

« L’indigène nord-africain, dont le cortex cérébral est peu évolué, est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par le diencéphale […] L’Algérien n’a pas de cortex, ou, pour être plus précis, il est dominé, comme chez les vertébrés inférieurs, par l’activité du diencéphale … »  (10)

 

Ou encore en 1952 son disciple, Henri Aubin, soutenant au sujet des Noirs, dans le “Manuel alphabétique de psychiatrie” :

« Les indigènes de l’Afrique noire se rapprochent dans une large mesure de la mentalité primitive. Chez eux les besoins physiques (nutrition, sexualité) prennent une place de tout premier plan ; la vivacité de leurs émotions et leur courte durée, l’indigence de leur activité intellectuelle, leur font vivre surtout le présent comme des enfants

[…] La mentalité du primitif est surtout le reflet de son diencéphale alors que la civilisation se mesure à l’affranchissement de ce domaine et à l’utilisation croissante du cerveau antérieur. » (11)

 

Notons que ces articles, à prétention scientifique, demeurent inchangés dans la quatrième édition du “Manuel” parue en 1969… Et, qu’en toute impunité au regard de nos lois contre le racisme, Antoine Porot est encore célébré, adulé, dans les cercles nostalgiques de la colonisation française en Algérie. Exemple de "l’Association du cercle algérianiste" (12) :

« La notoriété de cette École d'Alger légitime assurément l'attention et la fierté de nos lecteurs »...

 

Les propos condescendants, pétris d’arrogance, de mépris, des “Pom-pom girls” infestant les plateaux de TV et radios, cascades de logorrhée sur « l’inexistence de l’Etat du Mali », « l’incapacité » du pays à s’organiser, se défendre et, bien entendu, se développer, participent de ce racisme imbibant l’inconscient collectif des milieux colonialistes :
« … on leur donne l’indépendance et ils sont incapables d’évoluer, d’entrer dans la modernité… ».

 

Et, autre fadaises pour masquer les massacres de tous ceux, modèles de courage et d’intégrité, qui se sont dressés pour défendre l’autonomie de leurs pays, économique et diplomatique, en valoriser les ressources pour le compte de la population. Renversés dans des coups d’Etat, tués souvent dans d’atroces conditions, avec leurs partisans par les armées ou services spéciaux occidentaux.

 

Parmi une cohorte de valeureux leaders, Thomas SankaraPatrice Lumumba, resteront dans toutes les mémoires, malgré le méticuleux travail d’oblitération de la propagande occidentale, les héros de la libération « post-indépendance » de l’Afrique.

 

Le personnage de DiCaprio, tout en raffinement apparent, est emblématique de ces castes, groupes multinationaux, Etats, d’une cruauté, d’une perversité, sans borne. Exploitant ceux qu’ils asservissent sans aucune pitié. Pillant, rasant pays, populations, générations, dans d’incalculables souffrances, avec sourires, cigares et vins fins…

 

Une scène terrifiante du film a pour décor le salon privé d’un luxueux bordel de la Nouvelle-Orléans. S'y déroule un combat à mort entre deux lutteurs africains, esclaves, pour le plus grand plaisir de son richissime sponsor. Parabole de ces guerres civiles, fratricides, organisées par les Etats occidentaux, dans les salons des organisations et sommets internationaux, pour entretenir le chaos sur le continent Africain.

 

On y voit DiCaprio, à la fin du combat, tendre un marteau au vainqueur, l’obligeant à faire éclater la tête de son adversaire déjà terrassé. Je n’ai pu m’empêcher de penser aux "organisateurs" de l’atroce mise en scène de la fin de Kadhafi

 

On le sait, mais on se tait. Complices.

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L’Afrique est un continent colossalement riche. Le plus riche de la planète.

 

Chaque Etat devrait avoir un niveau de vie supérieur à celui de la Suède… Ce  n’est pas l’Afrique qui a besoin de l’Occident, mais le contraire. C’est pourquoi, tout sera planifié, exécuté, pour maintenir l’Afrique dans le sous-développement : guerres civiles, chaos, spoliations. Car, ce n’est pas de « guerre au terrorisme » qu’il s’agit en Afrique. Mais de  « guerre au développement », comme l’écrit dans un excellent article Dan Glazebrook (13) :
The West’s War Against African Development Continues”

 

Tout sera fait pour qu’il n’y ait aucune union économique, monétaire, encore moins scientifique, technologique, ou militaire, entre Etats Africains, pouvant constituer progressivement de grands ensembles aux synergies complémentaires.

 

Tout comme pour l’Union du Grand Maghreb, torpillée en permanence, dont le commerce ne représente même pas 2% entre Etats voisins et frères. Il en sera de même pour le Sahel et autres grands bassins de développement. Le Sahel gigantesque, grandiose, mer intérieure à sec, de l’Atlantique à la mer Rouge, auximmenses ressources, qui devraient être exploitées, mises en valeur sur place, par tous les pays riverains, dans une coopération constructive.  Ce ne seront que guerres, chaos et drones…

 

La Femme” de Django, jouée par la ravissante Kerry Washington, symbolise cette Afrique, magnifique, pleine de vie et de promesses de bonheur, au destin provisoirement brisé. Qui lui a été enlevée, et dont la recherche sert de fil conducteur au récit. Portrait de femme rebelle, luttant pour sa survie, le respect de sa dignité. Et, qui le paye cher dans tous les traitements sadiques et humiliations que lui infligent ses despotes.

 

Face à ce magnifique portrait de femme, Tarantino, esquisse celui de son antithèse : “La Pute et la Soumise”. Qui bénéficie de toutes les faveurs de ses maîtres : argent à profusion, privilèges de toutes natures, fastueuse garde-robe, bijoux et statut social. Insensible au sort de son peuple, de sa nation, témoin de son exploitation sous les coups, avilissements, privations, horreurs. Assistant impassible, sirotant son champagne, à la lutte à mort des deux lutteurs et autres sauvageries.

 

De la même espèce, pour me limiter à un exemple français, que celles qui ne cessent de parader, déversant leurs bouillies nauséeuses, sur les plateaux de TV et radio. Où elles sont reçues, évidemment, avec tous les égards dus à leurs protecteurs. Affirmant, pitoyables rouages d’une propagande, qu’elles ne doivent leur “statut” qu’à l’école républicaine, la laïcité, la "méritocratie" d’une république imaginaire. Comme si les 6,5 millions de chômeurs, en France, n’étaient pas passés par l’école de la république et n’avaient aucun mérite…

 

Silencieuses face aux souffrances, et spoliations, de leurs peuples ou nations, dont elles prétendent être originaires. Se prosternant même devant leurs oppresseurs. Leur incessante référence à la "méritocratie", dont elles seraient les héroïnes, n’est, en fait, qu’un aveu : celui de leur servilité putassière.

 

Ce lamentable personnage, fait écho à un groupe essentiel dans toute colonisation, les : “Petits Blancs”. Portraits ravageurs de cette catégorie d’individus : minables, miteux, lâches, stupides (l’un d’eux est joué par Tarantino lui-même !).

 

Tous, aussi exploités et méprisés par leurs richissimes patrons que les esclaves qu’ils sont chargés de dominer et d’exploiter au quotidien. Seule différence, celle de trouver leur identité dans le mépris des colonisés, et donner libre cours à leurs pulsions sadiques en toute impunité. Image du racisme colonial ordinaire, parfaitement mise en scène. Impact explosif !

 

Et, personnage central du film, magistralement interprété par Samuel Jacksonméconnaissable, l’auxiliaire indispensable de tout esclavagisme, de toute colonisation, spoliation, occupation : “Le Collabo”.

 

Démoniaque, cauchemardesque d’intelligence perverse, supérieure à celle de son maître ! Méprisant, insultant, bafouant, terrorisant, ses frères Africains. Il personnifie tous ces dictateurs civils ou militaires, tortionnaires zélés, bourgeois achetés, intellectuels vendus, qui participent à l’abaissement et au pillage de leurs propres pays.

 

Y-a-t-­il au moins un Blanc dans le film qui ne soit pas un salopard fini ?...

 

Oui. C’est le personnage de King Schultz, sympathique fripouille, joué avec un humour inépuisable par Christoph Waltz. Il fera équipe avec Django, l’acteur Jamie Foxx. Symbolisant la fraternité, entre Blanc et Noir. Et au-delà, quelles que soient couleurs, ethnies et croyances.

 

Face à l’inacceptable…

 

Mais, je me garde de vous raconter les détails de l’intrigue et la fin…

 

Allez voir ce film, dans une haletante métaphore, vous y vivrez un moment d’Afrique, ses drames et ses espoirs.

 

A la sortie, pour relâcher la pression avec une bonne rasade de rire, en guise de pop-corn, je vous offre une tranche de “bien-pensance” concoctée sur un site spécialisé dans la Bonne Conscience raciste (14) :

« … Nous avons su élever notre esprit et le débarrasser de toutes les scories de toute idéologie ou religion, en plaçant l’homme et son humanité [le soulignement est de l’auteur du texte] au centre de la société. En ce qui concerne l’adage connais-toi, toi-même, et fais de la raison ton art de vivre, pour certains, ce n’est pas encore gagné ! ».

 

 

 

 

 

 

 

 

1.  John Steinbeck, Lune Noire (The Moon is Down), J.-C. Lattès, 1994, p. 86.

2.  Dominique Merchet, Le Blitzkrieg à la française, RIANovosti, 4 février 2013,http://fr.rian.ru/tribune/20130204/197419798.html
3.  F. Hollande reçoit les associations juives américaines, JCALL, European Jewish Call for Reason,
http://fr.jcall.eu/actualites/declarations/francois-hollande-recoit-les-representants-des-juifs-americains
4. 
 Russia may be drawn into resource wars in future – army chief, 14 février 2013, RT,http://rt.com/politics/military-conflict-gerasimov-threat-196/ 

5.  Gilbert Mercier, Mali : France’s Neo-Colonial War for Uranium ?, News Junkie Post, 14 janvier 2013,http://newsjunkiepost.com/2013/01/14/mali-frances-neo-colonial-war-for-uranium/

6.  Juliette Poirson, Falea ou la colonisation minière au Mali, 9 mai 2012,http://survie.org/francafrique/mali/article/falea-ou-la-colonisation-miniere 

7.  Les zones d’ombres de l’intervention française au Mali – Eléments de contexte et d’explication(dossier d’information de 25 pages - téléchargeable), Association Survie, www.survie.org, 23 janvier 2013.

8. Source vidéos :
i)  La France au Mali : repérer les “médiamensonges”  (1/2)

http://www.youtube.com/watch?v=LoSRTo330TM&feature=player_embedded

ii)  La France au Mali : repérer les “médiamensonges”  (2/2)

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=jMa2fxvES4w

9.  Cf. article : Et, Un Tonneau d’Oreilles !... Un !..., 6 septembre 2007, http://stanechy.over-blog.com/article-12203963.html

10.  Le regard colonial de l’Ecole Psychiatrique d’Alger, LDH-Toulon, 24 février 2005,
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article450
11.  LDH-Toulon, Op. Cit.

12.  http://www.cerclealgerianiste.asso.fr/contenu/sante3204.htm
13.  Dan Glazebrook, The West’s War Against African Development Continues (La guerre de l’Occident contre le développement de l’Afrique se perpétue), CounterPunch, 15-17 février 2013,
http://www.counterpunch.org/2013/02/15/the-wests-war-against-african-development-continues/

14. 10 février 2013, http://www.gerard-brazon.com/article-houria-bouteldja-le-pir-est-a-venir-par-maximilien-115195272.html

 

 

Illustration du Brésilien Carlos Latuff

 

 

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 20:14

 

 

« La pensée européenne se trouve à un tournant. Ce tournant, sur le plan historique, n’est autre chose que la fin de l’impérialisme. La crise de la pensée occidentale est identique à la fin de l’impérialisme. »

Michel Foucault (1)

 

 

 

 

 

L’intronisation du nouveau président et gouvernement “socialistes” ne laisse aucun doute quant à la continuité de la politique étrangère de leurs prédécesseurs : alignement au millimètre près sur la “politique atlantiste” et totale servitude aux intérêts de l’Empire américain.

 

Tout particulièrement, au Moyen-Orient : soutien aveugle aux gérontocratiques absolutismes des pétromonarchies et aux dérives suicidaires de l’extrémisme sioniste.

 

En Amérique Latine : hostilité permanente à l’encontre des pays revendiquant indépendance économique et respect de leur souveraineté nationale (Cuba, Bolivie, Equateur, Venezuela). Avec appui indéfectible aux ploutocraties, travesties en "démocraties électorales", régies par des castes de milliardaires livrant leurs pays au pillage (Chili, Colombie, Mexique, Pérou).

 

Même approche en Europe dite "de l’Est", totalement inféodée à l’OTAN : solidarité inconditionnelle avec les régimes mafieux camouflés, là encore, en "démocraties" (Albanie, Bulgarie, Roumanie, etc.). Tout en harcelant la Russie, pour entraver son développement. Ou, en Asie : les régimes ultra corrompus, tels que ceux de Thaïlande ou des Philippines, seront encensés par rapport à une Chine qui sera, bien évidemment, sans cesse diabolisée.

 

Manière, pour ce qui est de la Russie ou de la Chine, de se relaxer dans la “bonne conscience” en sniffant une ligne aux “droits de l’homme” …

 

Rien de neuf sous l’euphorie du cynisme.

 

Mais, qu’en sera-t-il de la position de notre pays à l’égard de l’Afrique ?  Du moins, de nos relations avec l’Afrique subsaharienne liée à l’espace francophone. Alice Primo pose la question (2) :

« Françafrique : le changement est-il en route ? »

 

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Car, depuis les indépendances politiques ou théoriques difficilement concédées dans les années soixante, les Etats européens ont implacablement poursuivi les politiques de prédation de leurs anciennes colonies africaines, notamment la France et la Grande-Bretagne. Quels que soient les partis au pouvoir : “Travaillistes” ou “Conservateurs”, “Droite” ou “Gauche”…

 

Le mode opératoire de la France avec ses ex-colonies africaines, dans la corruption et le soutien aux pires dictatures, a été surnommé : « Françafrique » (3). Concept forgé par le regretté François-Xavier Verschave, reprenant l’expression (4) du dirigeant de la Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny, dans son livre paru au printemps 1998 : « La Françafrique, le plus long scandale de la République ». (5)

 

Ne cessant, rappelons-le, de dénoncer avec courage, rigueur, dans ses ouvrages, ses travaux au sein de l’association Survie dont il est un des fondateurs, l’emprise mafieuse de la France sur ses anciennes colonies africaines.

 

La France n’hésitant pas à soutenir des dictateurs, ou des dynasties de dictateurs sévissant de père en fils : les Eyadema, au Togo ; ou, les pathétiquement célèbres Bongo, au Gabon … Dictateurs, protégés par notre pays, se considérant, ou complaisamment qualifiés par la propagande : « amis de la France ». (6)

 

La France suscitant, ou organisant, des coups d’Etat. Soit, pour renverser des dirigeants refusant ce système : l’honnête et charismatique Thomas Sankara du Burkina-Faso, assassiné dans un putsch. Soit, même au prix d’une guerre civile, pour imposer un gouvernant à sa solde : le général Sassou Nguesso fondé de pouvoir des intérêts français dans l’Etat pétrolier du Congo-Brazzaville (7). Parmi tant d’exemples, dont les récents évènements en Côte d’Ivoire, avec l’éviction du président Gabgo, ne sont que la sanglante répétition …

 

Sujets, évidemment, jamais abordés dans les médias dominants, propriétés ou serviteurs des bénéficiaires de ce système : les chaînes TV et radios, dites du “service public”, concourant à cette complicité. Le pillage de l’Afrique impose le silence.

 

Un des responsables des services secrets français en Afrique, Dominique Fonvielle, le reconnaît dans son livre, « Mémoires d’un agent secret » (8) :

« Au lieu d’assister les transitions démocratiques, la France a au contraire aidé plusieurs chefs d’Etat corrompus à rester en place, par sa simple présence d’abord, par des actions militaires ensuite […]. Les raisons n’étaient pas idéologiques.

A gauche comme à droite, seul comptait l’argent. »

 

L’Afrique est vampirisée dans une méthodique exploitation, dont cinq cercles s’emboitant dans une ambivalente synergie en fournissent l’illustration : fructueuse, pour les occidentaux et leurs nomenklaturas ; mortifère, pour des générations d’africains.

 

i)  Pillage des ressources naturelles

 

Le premier cercle, le cœur de cible : les ressources naturelles et matières premières dont l’Afrique regorge.

 

Les spécialistes en ce domaine qualifient le continent de « scandale géologique », tellement il en est comblé. On veut l’ignorer : loin d’être "pauvre", l’Afrique est immensément "riche". Son niveau de vie devrait être supérieur à celui de l’Europe, qui n’en recèle pas le millième. Sa “pauvreté” apparente, ses bateaux de migrants clandestins affamés, n’étant que la conséquence de la rapacité des puissances coloniales.

 

L’Afrique : rongée jusqu’à l’os par les piranhas occidentaux. Matières premières et minerais en tous genres, des plus courants (cuivre, fer, bauxite) jusqu’aux plus rares (diamant, coltan). Avec, à profusion, les ressources énergétiques les plus demandées dans cette décennie : pétrole, gaz, et surtout uranium.

 

Aucune transformation locale, si ce n’est pour faciliter son enlèvement par transport maritime. Même pas un chantier naval apte à construire un chalutier (autre qu’en bois), un vraquier ou un pétrolier. Ce ne sont pas quelques usines de montage de véhicules, dont toutes les pièces sont importées, qui doivent faire illusion…

 

Sans oublier les richesses halieutiques de ses interminables côtes, notamment du Golfe de Guinée, pillées par les flottes de pêche “occidentales” : Japon et Corée du sud étant aussi actifs ou voraces, avec leurs bateaux-usines et flottilles de chalutiers sophistiqués, que les pays européens… (9) Ou agricoles, dont le détail mérite une encyclopédie.

 

Les empoignades actuelles se déroulant dans les pays du Sahel de l’Atlantique à la Mer Rouge, sur fond de chaos organisé à la sauce islamiste par les services secrets occidentaux (10), ne sont que la résultante des mainmises sur les colossales réserves d’uranium de la région : « Uranium Belt », « La Ceinture de l’Uranium ». D’où la partition du Soudan, et l’appropriation du Darfour par les occidentaux.

 

La sécession du nord du Mali en cours, annonçant celles d’autres pays de la région, suivant le même schéma appliqué pour les "bassins pétroliers" de la péninsule arabique, lors de la ruée du pétrole à la suite de la dernière guerre mondiale : un émirat par zone… Ou encore, en Asie : le sultanat de Brunei érigé en “Etat indépendant”, par les britanniques, pour enlever la zone pétrolière de l’île de Bornéo à l’Indonésie et à la Malaisie. (11)

 

Tous les grands groupes français participent à la curée, principalement dans la partie africaine dite « francophone ». Les plus connus étant Areva sur le marché de l’uranium, et Total, qui au passage a absorbé la sulfureuse Elf, dans le pétrole et le gaz.

 

 

ii)  Monopole des travaux d’infrastructure et grandes constructions

 

Le deuxième cercle concentre le monopole des travaux d’infrastructure et grandes constructions par les groupes BTP français, tel l’incontournable Bouygues. Pressurant, au passage, leurs meilleures marges : routes, ports ou aéroports, barrages, programmes de logements, hôtels, bâtiments publics et palais présidentiels. Y compris des cathédrales ou basiliques, comme l’ubuesque et pharaonique reproduction de la Basilique Saint-Pierre du Vatican à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire.

 

Architectes, bureaux d’études, ingénieurs, cadres et ouvriers spécialisés, ne seront pas africains. Tant et si bien, qu’il n’existe pas à ce jour une seule société de BTP africaine capable de se substituer à ces groupes pour exécuter ces énormes marchés, dans l’endettement imposé. Encore moins, d’exporter son savoir-faire sur d’autres continents à l’exemple de sociétés brésiliennes ou iraniennes. (12) La puissance coloniale veillant à ce qu’il n’y ait aucun transfert de technologies, ni de compétences.

 

 

iii)  Accaparement des services publics

 

L’appropriation des services publics par des groupes français, sous forme de « privatisations », représente le troisième cercle. Systématiquement bradés par le pouvoir politique en place, ces services publics représentent de véritables rentes de situation. Très recherchées pour leur facilité de gestion, les marges plantureuses et la régularité quasi quotidienne du chiffre d’affaires, tout particulièrement : télécommunications, distribution d’eau et d’énergie, transports y compris transports maritimes.  Figurent aux premières places : Bolloré et Bouygues.

 

Le siphonnage de ces rentes de situation par les groupes français, étroitement contrôlé par une multitude d’expatriés, correspond à une véritable hémorragie de devises pour les pays asservis. Aucune valeur ajoutée, spécialement en termes d’accès des cadres africains à des postes de responsabilité autonome, ni transfert de technologie. A ce panier de rentes de situation, se rajoute la Grande Distribution française avec le déversement des produits importés. Selon l’application de la règle de base de toute exploitation coloniale : le minimum fabriqué sur place, le maximum importé !...

 

 

iv)  Enrichissement personnel de la caste politique française

 

La « Françafrique » représente pour la France, dans ce quatrième cercle, la caverne d’Ali-Baba du remplissage des caisses électorales de ses principaux partis politiques et, avantage collatéral, de l’enrichissement personnel de sa nomenklatura.

 

Car, on ne sait pas trop où commence “la caisse électorale”, vertueux prétexte à corruption, et où se termine la poche des personnes manipulant ces fonds secrets. En ce domaine du tripatouillage, le comportement des réseaux de François Mitterrand et de son fils, Jean-Christophe, par la multitude de scandales plus ou moins étouffés qui ont émaillé son septennat, n’a rien à envier à celui  les réseaux de la « Droite ».

 

Dominique Fonvielle, cite quelques exemples :

« Nous avons par exemple recueilli des témoignages précieux sur la promesse d’un secrétaire d’Etat français à la Santé d’intervenir directement auprès du ministre de la Coopération pour accélérer le déblocage des fonds destinés à un hôpital africain en échange du reversement de la moitié des sommes concernées sur son compte personnel pour alimenter les caisses de son parti. » (13)

 

Retenons l’information, qui donne une idée du niveau des montants en jeu et de l’impudence de cette voyoucratie française : « … la moitié des sommes concernées sur son compte personnel … ».

 

Ou encore, en pleine ère mitterrandienne, les services secrets français "officiels" ne sachant plus où donner de la tête devant pareil grouillement :

« A l’époque de Pierre Marion, la situation en Afrique était totalement incontrôlable, et le ministère de la Coopération écoulait des armes au Tchad par l’intermédiaire d’une société privée. » (14)

 

 

v)  Poubelle gratuite de l’industrie européenne

 

Dernier cercle, stade ultime de l’infernale corruption, celui tout aussi occulte de la transformation de l’Afrique en "poubelle gratuite" pour les déchets hautement toxiques de l’industrie européenne. Dans l’impunité. Il faut la déflagration d’une catastrophe sanitaire pour voir émerger le sommet de l'iceberg de cette activité criminelle qui capitalise beaucoup, beaucoup, d’argent et de gangstérisme…

 

Comme celle provoquée par le bateau Probo Koala affrété, en 2006, par une multinationale d’origine britannique Trafigura, du secteur de l’énergie, des mines, et des matières premières. Pour déverser 500 tonnes de déchets extrêmement toxiques en Côte d’Ivoire, censés être enfouis dans 18 endroits des environs de la capitale, Abidjan.

 

« Peu de temps après l’exécution de cette opération sont apparus, à grande échelle dans la population, des signes d’intoxication graves entraînant de nombreuses hospitalisations et la mort rapide d’une quinzaine de personnes.

Un rapport d’experts internationaux, le Minton Report, publié en septembre dernier, a estimé que l’intoxication avait atteint un minimum de 108.000 personnes. Confirmant qu’il s’agissait bien d’intoxication en provenance du déversement de ces déchets

« … capables d’entraîner de graves conséquences sur la santé humaine, y compris la mort ». (15)

 

Le désastre écologique timidement identifié en Somalie, existe dans d’autres parties de l’Afrique, y compris de la zone “francophone”. Sous couvert de l’anarchie ambiante, les pays occidentaux en profitent pour se délester de leurs produits toxiques, même nucléaires, sommairement enfouis à terre, ou simplement jetés le long de ses côtes maritimes.

 

Il est vrai que les coûts de revient sont avantageux. Suivant la nature des déchets : de 200 à 300 euros jusqu'à 1000 $, la tonne, en Occident, on obtient des coûts d’enfouissement, ou de déversement, de 30 euros la tonne, pouvant descendre à $ 2,50.

 

 

Compte tenu de ces éléments ou de ce constat, de cet habitus colonial, peut-on effectivement envisager un “changement”, pour reprendre l’interrogation d’Alice Primo ? Sans se vouloir pessimiste, elle semble en douter au vu de la formation, de l’expérience, du parcours professionnel des principaux collaborateurs chargés des relations avec l’Afrique, tant auprès du président de la République que de son ministre des Affaires étrangères…

 

La réponse à cette question semble plus évidente, si on la formule à partir d’un postulat de base :

Comment un gouvernement, incapable d’appliquer des réformes indispensables, urgentes, de justice économique et sociale, en France, serait en mesure d’éradiquer les comportements de sa nomenklatura, fondés sur la corruption et la prévarication néocoloniales, à l’égard de l’Afrique ?...

 

Supprimer la « Françafrique » ou la « FrançàFric », cet eldorado de l’enrichissement personnel, aussi occulte, impuni que fulgurant ?…

 

La caste politique française, tous partis confondus, n’en a ni l’envergure, ni la qualification, ni la légitimité.

 

Trop vermoulue.

 

 

 

 

 

(1)  Michel Foucault, dans « Penser d’un Dehors (La Chine) – Entretiens d’Extrême-Occident », François Jullien & Thierry Marchaisse, Seuil, 2000, p. 29.

(2)  Alice Primo, « Françafrique : le changement est-il en route ? », 13 juin 2012, http://survie.org/billets-d-afrique/2012/214-juin-2012/article/francafrique-le-changement-est-il

(3)  « Petit Guide de la Françafrique : un voyage au cœur du scandale », juin 2010, http://survie.org/publications/brochures/article/petit-guide-de-la-francafrique

(4)   François-Xavier Verschave, Noir silence – Qui arrêtera la Françafrique, Les Arènes, 2000, p. 266.

(5)  François-Xavier Verschave, La Françafrique – Le plus long scandale de la République, éditions Stock, 1998. Ouvrage fondateur et indispensable.

On ne peut comprendre les problèmes de développement, économiques et politiques, de l’Afrique sans avoir lu aussi ses autres travaux, notamment :

- L’aide publique au développement, avec Anne-Sophie Boisgallais, Syros, 1994

- France-Afrique – Le crime continue, Tahin Party, 2000

- Noir silence – Qui arrêtera la Françafrique, Les Arènes, 2000

(6)  « Les Dictateurs amis de la France !? », février 2006, http://survie.org/publications/brochures/article/les-dictateurs-amis-de-la-france

(7)  Lire, sur ce coup d’Etat, les chapitres remarquablement bien documentés (interventions de l’armée française, soutien des partis politiques français y compris de la "gauche plurielle", propagande des médias, etc.) dans le livre de François-Xavier Verschave Noir Silence, Op. Cit., pp. 15 à 69.

(8)  Dominique Fonvielle, Mémoires d’un agent secret, Flammarion, 2002, p. 144.

Excellent ouvrage (malgré son titre…), par un homme du métier, dont le regard critique livre une réflexion de qualité, très éloignée des habituels clichés journalistiques ou narcissiques des anciens dirigeants et prétendus “experts” du renseignement dans notre pays.

(9)  J’ai travaillé sur cet épineux problème. Sans solution, en l’absence d’une volonté et d’une indépendance politiques, confortées par une marine de guerre articulée sur des gardes-côtes, en mesure de faire respecter la souveraineté des pays africains sur leurs eaux territoriales ou les "quotas" de pêche “librement” négociés.

Le constat de l’ampleur de ce pillage néocolonial, de la corruption (de toutes les parties “prenantes”), de l’épuisement de la ressource, m’a laissé un goût amer, face à la « pauvreté » des populations spoliées …

(10)  C’est reparti : faire sauter un coup des églises, le coup suivant des mosquées… Susciter guerre civile et prétendues incompatibilités de vie commune entre chrétiens et musulmans en pulvérisant des lieux saints. Scénario favori des services secrets occidentaux, et des médias de la propagande…

(11)  Cet Etat fantoche, dont le sultan est un des hommes les plus riches du monde, est administré de fait par la compagnie pétrolière britannique British Petroleum (BP).

(12)  L’Iran construit des barrages, des routes, des voies ferrées, des lignes à haute tension, ou des programmes de logements, chez ses voisins du Moyen-Orient ou d’Asie Centrale et jusqu’au Venezuela…

(13)  Dominique Fonvielle, Op. Cit., p. 144.

(14)  Dominique Fonvielle, Op. Cit., p. 144.

(15)  Cf. : http://stanechy.over-blog.com/article-afrique-pillage-et-pollution--38356781.html

 

 

 

Illustration :  "Captain Canot: Twenty Years of an African Slaver" by Brantz Mayer (ed.), New York 1854.

 

 

 

 


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Published by Georges Stanechy - dans Afrique
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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 16:30

 

 

 

Mission Accomplie !

 

Dans ce cri, célébrant la destruction, la pulvérisation de l’Irak, l’instauration de la démocratie et des libertés dans un pays en cendres, Bush exultait. Enivré d’autosatisfaction, sur un porte-avions dans la baie de San Diego face à la plus grande base aéronavale des USA, en Californie du sud.

 

En Libye, le tyran a été renversé. Son bras droit, intronisé chef du gouvernement provisoire au milieu des ruines du pays. Avec abnégation, pétri d’émotion, il est venu quémander cette semaine, à la tribune de l’ONU, une “aide alimentaire et matérielle” internationale pour son pays. La Libye en voie de “Somalisation”… Hourrah !  Alléluia !  Youppie ! On a gagné !

 

Cameron et Sarkozy, maîtres d’œuvre de l’opération militaire par délégation de l’Empire, n’ont pas dérogé au rituel colonial. Mais, plus téméraires, ils sont allés célébrer leur victoire en Libye. Sur le terrain de leurs exploits narcissiques, encadrés de leurs gorilles, de leurs propagandistes et de leur claque applaudissante, figurants aux poches bourrées de dollars.

 

Par prudence, il est vrai, en des endroits bien balisés et sécurisés. Bien sûr, ne sont jamais montrés à ceux qui appuient sur le bouton de la mort et des massacres, en signent les ordres d’exécution, les effroyables effets. Que des médias pourraient, accidentellement, montrer au JT. “Aseptiser le contexte”, disent les communicants galonnés… Dans nos médias “dominants”, tambours, trompettes, cymbales de la désinformation et de la propagande, reprenant en fanfare la glorification des promoteurs des bombardements humanitaires et libérateurs.

 

Toutefois, au cœur de ces mêmes médias quelques irréductibles, déterminés, tenaces, tels des Astérix de l’info, ont pourfendu la stupidité, le mensonge, le cynisme des castes au pouvoir : les caricaturistes. En France, où ces talents existent (1), peu de dessinateurs ont accès à une grande visibilité lorsqu’ils prétendent contester l’ordre établi, le politiquement correct : « Nous sommes magnifiques, les autres sont des barbares. Ils n’ont que ce qu’ils méritent ».

 

Bâillonnés (2) ou censurés (3)…

 

Réduits, que nous sommes, à visiter des médias étrangers pour voir illustrer en ridicule cette prétention civilisatrice aussi hypocrite que violente.

 

The Guardian, par exemple, qui laisse les dessinateurs s’exprimer (en couleurs, en plus !) dans une totale liberté de ton. S’opposant à la ligne éditoriale de leur propre journal qui, depuis la guerre d’Irak, s’est complètement alignée sur l’idéologie fanatique de l’extrême-droite US, pudiquement appelée « néoconservateurs ». Bel exemple de diversité d’opinions au sein d’un même média.

 

Parmi ces talents, Steve Bell et Martin Rowson, ne cessant de dénoncer l’irresponsabilité et la voyoucratie de la nomenklatura britannique. Tout particulièrement le monde de la Finance ou de la City : les fameux Fat Cats, les “chats grassouillets”, s’empiffrant dans la spéculation et les privilèges fiscaux !

 

Petit échantillon de ce festival de courage et d’humour. Courage, sous le déluge de la propagande, pour démonter, dénoncer, fustiger, mégalomanie et infantilisme des dirigeants de nos pays. Humour, noir aussi, dans le regard stoïque face à leur stupide folie sanguinaire anesthésiée de Bonne Conscience

 

Un dessin de Steve Bell sur la “libération bombardée” de la Libye. Sarkozy s’étant arrogé la fonction de « boss » de l’expédition coloniale, il l’a caricaturé en Napoléon. Reprenant le surnom de Sarkozy, ou l’image, souvent utilisés à l’étranger pour le représenter. Son alter ego dans cette opération, le premier ministre britannique Cameron, en Napoléon aussi, par clonage !

 

Arborant l’un et l’autre le nouveau drapeau de la “Libye démocratique”, qui était antérieurement celui de la monarchie libyenne. Cameron jetant derrière les conquérants, d’un furtif coup de talonnette, le drapeau de la Libye de Kadhafi. Jetons vite dans l’oubli les plantureux contrats et accords signés avec lui !

 

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Martin Rowson a choisi de présenter les conquérants dans la lignée des légendes de Lawrence d’Arabie flanqué de ses compagnons d’aventures, sur des dromadaires. Libérant, soi-disant à l’époque, les pays arabes de l’oppression de l’Empire Ottoman…

 

Sarkozy y est coiffé du shako avec son protège-nuque des armées d’Afrique et de la Légion, son coursier harnaché du drapeau français. A l’extrême gauche du dessin, esquissée, la chevelure blonde représentant Hillary Clinton, aussi férocement belliciste que celles qui l’ont précédée dans les mêmes fonctions de ministre des affaires étrangères US : Condolezza Rice ou la sinistre Madeleine Albright.

 

Avec chacun, en tandem sur son dromadaire, son “révolutionnaire libyen” brandissant le “nouveau” drapeau de la Libye démocratique, qui n’est, comme on l’a vu dans la précédente illustration, que “l’ancien” de la monarchie corrompue renversée par Kadhafi. Etendard, symbole, aveu : surtout ne rien changer, pas d’innovation, faire du neuf avec de l’ancien… Excellente illustration du rôle des services spéciaux occidentaux, sponsorisant chacun un clan ou un gang, servant de couverture aux prédations locales de leurs maîtres.

 

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Notons le militaire britannique, en bas à droite du dessin, sous son casque colonial en uniforme rouge des années de gloire de l’empire Victorien, sollicitant les militants de demander à Cameron de s’occuper de son armée le week-end. Du fait des économies budgétaires, des licenciements d’hommes de troupe sont, en effet, programmés par le gouvernement britannique. Expliquant son geste distributeur des formulaires P45, qui sont ceux des demandeurs d’emploi…

 

Les smicards de la guerre deviennent de moins en moins nécessaires. La guerre de conquête est fondée, à présent, sur la haute technologie. Electronique, informatique et télécoms, drones et missiles de croisière, forces spéciales et mercenaires spécialisés, propagande et désinformation : finis gros bataillons et godillots !

 

Un autre caricaturiste britannique s’est mobilisé contre l’intervention des pays occidentaux. Exceptionnel militant de la paix et de la justice : Leon Kuhn. Ses dessins présentent la particularité de mêler photos et dessins.  

 

Dans un impressionnant montage, il évoque les massacres d’innocents, victimes des bombardements aveugles de l’OTAN. Tout le monde se voilant la face. Mettant en scène l’hypocrisie des politiciens représentés par Cameron, (Whitehall désigne le Parlement et Downing Street, bureaux et résidence du premier ministre), dissimulant, sous des discours de prouesses militaires et d’aide humanitaire, la sauvagerie des massacres et destructions.

 

Rappelons que Cameron se veut un des plus fervents donneurs de leçons de droits de l’homme et de civilisation au reste du monde. Son dernier discours à l’ONU est une éclatante démonstration du cynisme sanguinaire de l’oligarchie occidentale (4).

 

Le drapeau britannique, totem de gloire et de panache, est ainsi utilisé pour cacher des cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Recouvrir, étouffer, dissimuler, occulter… D’où le titre du dessin : The Cover Up.

 

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Leon Kuhn décrit, dans un autre dessin, le nouveau gouvernement Libyen : Front Bench. Référence aux premiers rangs du Parlement britannique, de part et d’autre du pupitre du président de séance, occupés par les responsables gouvernementaux et, face à eux, les responsables de l’opposition (Shadow Cabinet).

 

En Libye, ceux qui vont diriger le pays : les soldats de l’OTAN avec leurs armes et uniformes. Exécuteurs des lobbies de l’armement, du pétrole et des BTP. Sur l’épaule droite des trois soldats au premier plan, les drapeaux de leur armée respective, de gauche à droite : France, USA et GB. L’un d’eux tient entre ses mains un dossier intitulé : « contrats pétroliers »…

 

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Pour terminer, une illustration de ce que tout le monde a compris, l’Occident colonial veut s’en mettre plein les poches, du moins sa ploutocratie, quitte à plonger le pays dans la misère, la guerre civile. Le pomper jusqu’à extinction de ses ressources. Jeter l’écorce, après en avoir extrait tout le jus...

 

Victor Kremlev, de l’excellent média Russia Today (RT), a parfaitement résumé le véritable enjeu, la programmation du pillage, dans un dessin évoquant les partages coloniaux des siècles antérieurs. 

 

Sur fond de puits de pétrole, grande bagarre entre compagnies pétrolières occidentales pour se partager le gâteau. Un “révolutionnaire libyen” stupéfait de voir les occidentaux rivaliser pour se partager les dépouilles du pays, sans un regard pour lui. Sans aucune considération pour le projet actuel de son peuple, son avenir. Essayant de rappeler à la réalité les prédateurs, du moins la sienne :

« Hé les gars, vous n’auriez pas vu Kadhafi, par hasard ? »

 

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Dessins, caricatures, fulgurantes analyses en fait, décrivant l’immuable ordre du monde. Avec sa nouvelle sémantique, sa nouvelle rhétorique, que La Mère Pipe dans la pièce Tueur sans gages (5) d’Eugène Ionesco, avait clairement formulées dès 1958 (6) :

  « Nous n’allons plus persécuter, mais nous punirons et ferons justice. Nous ne coloniserons pas les peuples, nous les occuperons pour les libérer. Nous n’exploiterons pas les hommes, nous les ferons produire.
La guerre s’appellera la paix…
La tyrannie restaurée s’appellera discipline et liberté. Le malheur de tous les hommes c’est le bonheur de l’humanité ! ».

 

 

 

 

 

(1)  Exemple Emmanuel Chaunu (http://chaunu.fr/). Voir aussi le site collectif d’un groupement de professionnels du dessin de presse : http://www.caricartists.com/public/pages/caricaturistes_accueil.php

(2)  En France, dans un grand quotidien matinal, propriété d’un richissime industriel, un caricaturiste est payé (le propriétaire actuel l’ayant “trouvé” dans les “actifs” du quotidien, au sens comptable et financier, lors de son rachat) avec interdiction de publier le moindre dessin. Motif invoqué : le propriétaire n’aime pas les caricatures…

(3)  Pendant l’invasion et la destruction de l’Irak, même un journal satirique bien connu “s’autocensurait” en s’interdisant la publication de toute caricature mettant en cause comportements et carnages démesurés des forces de la coalition, notamment US…

(4)  Cf. le discours du prince héritier d’Espagne lors du VII° Congrès International des Victimes du Terrorisme, tenu à Paris (15 – 17 septembre 2011) :

« Rien ne justifie la barbarie ».

Rien que l’édification et le maintien de l’Empire espagnol, du XV° au XX° siècle, a provoqué la mort de dizaines de millions de personnes. Une des plus violentes, cruelles, inhumaines, colonisations de l’Histoire de l’Humanité. Au minimum, rien qu’en Amérique latine plus de 200 millions de victimes, non compris les victimes du trafic d’esclaves à partir de l’Afrique… Quant à la "barbarie occidentale" actuelle... « La Bonne Conscience »…

(5)  1re version, Théâtre II, Gallimard, Coll. « Blanche », 1958, pp. 59–171.

(6)  Eugène Ionesco, Tueurs sans gages, Editions Gallimard, Folio Théâtre, 1958/2003, Acte III, pp. 131-132.

 

 

 


 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 16:38

 

 

« Operation Earnest Voice (OEV) est le programme fondamental qui regroupe moyens et ressources pour synchroniser nos activités opérationnelles d’Information […] via les médias traditionnels, mais aussi les sites internet ou encore les blogs.
Dans chacun de ces domaines, nous suivons le principe que nous avons appliqué en Irak, celui d’essayer d’être “les premiers avec la vérité” ».

General David H. Petraeus (1)

 

 

 

Dupés. Bernés. Floués.

 

Reconnaissons-le.

 

Encore une fois, l’opinion publique conditionnée, tétanisée, dans son écrasante majorité, a foncé tête baissée dans le panneau. Avec une remarquable maestria, une foudroyante réactivité, la propagande de l’Empire a su faire assimiler son agression coloniale en Libye à la “protection” d’une révolte populaire semblable à celles de la Tunisie ou de l’Egypte.

 

Car, il n’y a pas plus de volonté de protéger le peuple Libyen par les Occidentaux qu’il n’y a eu de massacres de population libyenne par son dictateur. Ainsi qu’en témoignaient les réactions des premiers “expatriés européens” à leur descente d’avion, devant micros et caméras. Témoignages rapidement occultés, par la suite…

 

Soulignant que jamais ne s’étaient produites des manifestations réunissant toutes les couches sociales, avec femmes et enfants, sur une place publique, face à une présence massive et violente de forces de répression, comme Egyptiens et Tunisiens en avaient longuement vécu l’expérience et partagé l’émotion.

 

La Libye reste avant tout une société tribale où chacun bénéficie de la protection de son clan. Son dictateur n’est pas plus, ou est tout autant, sanguinaire, corrompu, débauché, et autres qualificatifs, que ceux protégés par l’Empire dans la Péninsule Arabique, en Asie Centrale, en Amérique latine, en Afrique subsaharienne, ou ailleurs, quand ils se conforment à ses diktats.

 

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“Philosophie” de la canonnière

 

Il s’agit tout simplement d’un coup d’Etat, minutieusement préparé à l’instigation des puissances coloniales, sur fond de partition, de sécession, semant guerre civile, chaos et anarchie dans le pays. 

 

Le pivot étant la ville de Benghazi, dans l’est de la Libye, s’opposant à Tripoli au cœur des provinces de l’ouest fidèles au dictateur actuel. Cyrénaïque contre Tripolitaine. Benghazi, fief des tribus Zuwayaa et Senoussi, d’où était issue la dynastie du dernier roi Idriss, un Senoussi, renversé lors du Coup d’Etat de Kadhafi en 1969.

 

Ces “monarchistes” sont regroupés autour de l’ancien ministre de la justice Mustapha Abdel-Jalil, connu par ses propres concitoyens pour sa corruption effrénée et son appartenance à la CIA. (2) Ce qui explique l’apparition subite de milliers de drapeaux monarchistes, aux trois couleurs, pavoisant Benghazi dès le premier coup de feu, et bien d’autres bizarreries ou incohérences dans les bobards de la propagande...

 

Pris au milieu d’un règlement de comptes entre deux bandes de gangsters, celle du clan d’un dictateur et celle des prédateurs de l’Occident n’aspirant qu’à le remplacer par des marionnettes plus dociles, tel est le sort du peuple Libyen. Assistant impuissant à la régression de son pays au niveau de la Somalie ou du Soudan, dans un déchirement entre tribus rivales, une guerre fratricide entretenue par les Occidentaux. (3)

 

Comment ne pas éprouver compassion et honte, à la fois ?...

 

L’apparition bondissante, d’un plateau TV à un micro radio, d’un BHL, son omniprésence, dans tous les médias francophones, (4) étaient pourtant la signature d’une arnaque de l’appareil de désinformation. Volant au secours d’un Juppé, notre ministre des affaires étrangères à peine capable de lire le texte imposé par notre suzerain et de sourire béatement devant les caméras, pour vendre cette expédition coloniale. Cette énième mise en scène destinée légitimer ce qu’on appelait, au XIX° siècle, la “diplomatie de la canonnière”…

 

Son histrionisme exalté, son fanatisme à la Torquemada, confits de mépris et d’appels à la haine, avaient rythmé l’anéantissement de l’Irak sous les bombes et les mensonges de la propagande. Donnant d’autant plus de relief à son silence, pendant des semaines, lors de l’écrasement dans le souffle et le feu des explosions, obus à uranium appauvri, et épandages de phosphore blanc, de milliers d’innocents : Liban, juillet 2006 ; Gaza, décembre 2008 - janvier 2009…

 

Mutisme de cette Belle Ame, tout aussi monumental, sur les horreurs des dictatures de Ben Ali en Tunisie ou de Moubarak en Egypte. Tout aussi verrouillé, quand il s’agit des pétromonarchies écrasant la révolte de leurs peuples sous la répression depuis des décennies : Bahreïn, Yémen, Arabie Saoudite, Jordanie, Oman, Emirats Arabes Unis. Régimes aussi barbares que pourris, ne connaissant aucun bureau de vote. Seule la Jordanie s’autorisant des simulacres électoraux…

 

Cultivant le mensonge avec un incommensurable culot lors de l’agression par la Géorgie, avec l’assistance de l’Empire et son bras armé l’OTAN, des provinces autonomes du Caucase Russe en août 2008. Contre toutes les évidences, faits et preuves, il n’hésitait pas une seconde à affirmer que c’était la Russie l’agresseur…

 

Alors, entendre un BHL se vanter dans tous les médias français d’avoir "présenté" les dirigeants du Conseil National de Transition de Libye (le mystérieux et autoproclamé CNT) à Sarkozy donne une idée de ce qui est, et était, en train de se préparer… Cela me rappelait son acharnement à vouloir introniser officiellement le Commandant Massoud auprès du gouvernement français de l’époque. Alias "le lion du Penshir" dans nos médias, féodal, chef de guerre, grand baron de l’opium et un des plus fidèles pions de la CIA en Afghanistan. Plus “indépendant” que notre gouvernement actuel, il avait flairé l’embrouille…

 

 

Cynisme et casuistique

 

Le cynisme de l’homme, posant en sauveur de la Civilisation, n’est pas une surprise, mais une norme. Après tout, cette  nouvelle guerre contre un pays arabe producteur de pétrole vient d’être lancée par un Prix Nobel de La Paix, faisant office de “président” de l’Empire. Postures clonées par tous les charlatans cathodiques, payés pour entretenir le ronronnement de la désinformation dans nos médias : experts en stratégie, politologues, spécialistes du monde arabe, géopoliticiens. Lui, nullement gêné par l’imposture, c’est en « philosophe » qu’il interpelle la planète…

 

Ethique…. Morale… Connaissance de l’Autre… Logique… Méthodologie d’analyse… Où est la « philosophie » dans sa logorrhée belliciste, du niveau de la rhétorique des animateurs médiatiques des JT, singeant leurs ancêtres des “actualités cinématographiques” qu’on peut apercevoir dans certains documentaires sur nos désastres coloniaux : expédition de Suez, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie ?… Mots, argumentations, triomphalismes, identiques, devant les indispensables exploits des glorieux militaires à la pointe du combat et de la technologie, pour écraser les ennemis de La Liberté

 

Plus préoccupant que les gesticulations de ce propagandiste, archétype de l’habitus colonial de notre caste au pouvoir, est de voir des hommes politiques, se disant hostiles aux néoconservateurs US dictant notre politique étrangère, au premier claquement de doigts prêter allégeance à l’Empire !... Dans une casuistique acrobatique, rappelant les discussions byzantines sur le sexe des anges.

 

La conscience tranquille, approuvant une "zone d’exclusion aérienne" pour protéger une résistance populaire qu’ils comparent, dans un analphabétisme géopolitique sidérant, à la Guerre civile d’Espagne de 1936. Dès lors que la décision est avalisée par l’ONU. Quand on sait les ravages que cela entraîne, liés à un embargo inhumain, pour les pays qui les subissent, comme l’Irak avant sa pulvérisation définitive…

 

« L’ONU, rien que l’ONU, toute l’ONU », comment claironner, ânonner pareille stupidité ? Me faisant penser à ces preux chevaliers s’enrôlant dans une « guerre juste », « l’âme en paix » : ils avaient reçu la bénédiction papale. Clamant, avant de charger sur leurs destriers : « Au Diable les dégâts collatéraux ! Dieu reconnaîtra les siens ! ».

 

Ont-ils oublié que l’ONU, depuis sa création, n’est que la chambre d’enregistrement des décisions, pillages et atrocités de l’Empire ?...

 

L’ONU n’a jamais été capable de protéger les populations civiles, de faire respecter les Conventions de Genève, de faire appliquer le droit international, ne serait-ce qu’au cours des atroces guerres d’indépendance coloniales : Afrique du sud de l’apartheid, Algérie, Angola, Guinée équatoriale, Indochine puis Vietnam, Kenya, Mozambique, et tant d’autres. Massacres, blocus, de Palestine et de Gaza, de Yougoslavie et d’Irak, d’Afghanistan et du Pakistan, centres de torture de Guantanamo, Abu Ghaïb, Bagram, resteront des hontes ineffaçables pour l’ONU.

 

Ont-ils oublié que de multiples pays sont pillés par les groupes miniers occidentaux avec l’aval de l’ONU légitimant partition et mise sous tutelle, du Congo (ex-Belge notamment) au Timor oriental, en passant par le Darfour et la pantalonnade de la sécession du sud-Soudan ?... L'ONU incapable de faire respecter ses propres résolutions en Palestine, incapable de faire respecter des élections libres, des gouvernements légitimes, renversés dans des coups d’Etat militaires en Amérique latine, en Algérie, au Burkina, au Togo, en Côte d’Ivoire, en Indonésie, et ailleurs…

 

Et Martin Nesirky, porte-parole du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, d’affirmer sans rire, à propos des violences en Libye :

"Tous ceux qui violent le droit international humanitaire et les droits de l'homme devront répondre de leurs actes". (5)

 

 

Vidéos & cocoricos 

 

Kadhafi ?... Avec l’usure du temps, devenu une caricature de dictateur, dérapant d’extravagances en gaspillages. En comparaison, un Franco ou un Pinochet, si longuement appréciés en Occident, paraissent austères, très BCBG …

 

Bien sûr, il a dilapidé les richesses de son pays, au lieu d’investir avec ses voisins dans le développement de la région. Inapte à promouvoir un Etat moderne, fort, indépendant, comme avait su le faire un Atatürk en Turquie sur les débris de l’empire Ottoman. Il avait été mis au pas, après des velléités d’autonomie à l’égard des occidentaux, mais la servilité affichée ne lui enlevait ni mépris raciste, ni rancune de ses maîtres.

 

Beaucoup lui en voulaient. Les Britanniques pour son soutien à la cause de l’indépendance irlandaise de l’Ulster, les Français pour avoir soutenu les diverses tentatives de libération du Tchad et autres Etats africains pourvoyeurs quasi-gratis de son uranium, les Italiens pour les avoir contraints à reconnaitre les atrocités de leur colonisation libyenne, les Israéliens pour avoir soutenu la Palestine, les USA pour avoir osé les défier et mettre les doigts dans le nucléaire.

 

Jusqu’aux Saoudiens et les pétromonarchies du Golfe, pour les avoir copieusement traités de “vendus” à l’Empire à chaque “sommet” de la Ligue Arabe, fustigeant leur lâcheté dans l’abandon des Palestiniens, 

 

En fait, il était mûr pour tomber. Comme Saddam Hussein, à la veille d’être renversé, si l’Irak avait été laissé en paix. Il n’était aucunement nécessaire de bombarder le pays, y répandre mort, souffrance, destruction, humiliation, ressentiment. Ses concitoyens, son propre clan, s’en seraient chargés, sans guerre civile.

 

Mais l’Empire, les relations internationales ne sont pas fondées sur la négociation, ni la gestion des équilibres entre Etats dans le respect d’un droit international. On cogne d’abord, on discute après, éventuellement. L’usage de la force est prioritaire. La Loi du Plus Fort et les lobbies de l’armement l’exigent. Amen.

 

Il n’existe aucun « Ordre International », l’Empire s’y opposant farouchement, imposant des règles de gouvernance à La Communauté Internationale suivant de réelles règles d’éthique, bannissant, sanctionnant :

i)  pour des dirigeants, de tirer sur leurs propres peuples
ii) pour des pays étrangers, d’intervenir militairement dans des Etats souverains qui ne se sont livrés à aucune agression militaire à l’égard d’autres nations.

 

Car, la Libye n’agresse personne, ne bombarde ni ne détruit aucun de ses voisins, n’enferme pas 1,5 million de personnes dans un blocus illégal comme à Gaza. Non. Mais, lorsque l’Empire décide de l’écrasement d’un pays, son pillage et son appropriation, il commence par diaboliser celui qui le dirige.

 

En conséquence, il ne sera pas mis "hors la loi", mais "hors de l’humanité". Transformé en monstre, si ce n’est en terroriste. C'est "l’excommunication", nouvelle formule. Légitimant ainsi toutes les violences à l’encontre de son pays, puisque nous sommes face au “Diable”…

 

Poutine n’a pas hésité à le reconnaître :

« La résolution 1973 adoptée par le Conseil de Sécurité est défectueuse et mal rédigée ; elle permet tout et rappelle l’appel médiéval à la Croisade. Car elle autorise une intervention dans un Etat souverain […] Sous prétexte de protéger des civils. Où sont logique et conscience ? Il n’y en a pas. Les évènements actuels en Libye confirment que la Russie à raison de renforcer ses capacités de défense. » (6)

 

Tout est bon, dans un terrorisme intellectuel chloroformant notre inconscient collectif : une pluie de fausses vidéos, faux blogs et bloggeurs, faux chiffres, faux témoignages, fausses joies de faux combattants. En corollaire, une inflation galopante dans le morbide, le macabre : milliers de morts, dont on ne retrouvera jamais trace, imposant l’urgence des bombardements, sinon on arriverait à des centaines de milliers. Pour peu on atteindrait les “300.000 Irakiens assassinés” faussement imputés à Saddam Hussein. Et, dans le cas de la Libye, pays de 6,5 millions d’habitants, cela ferait beaucoup…

 

La meute est, ensuite, lâchée. Plus de 350 avions et des dizaines de navires, de tout l’Occident avec sa mosaïque de nationalités. Chacun considérant le pays comme un champ de manœuvre “vivant”, réactif mais sans danger réel. Avec l’avantage pour les marchands de canon de tester les matériels, recevant l’indispensable label « Combat Proven » favorisant les ventes, et pour les commandements de coordonner leurs carnages.

 

Ne fermons pas les yeux : bombarder un pays sans défense efficace équivaut à un « carnage ». Ainsi celui commis par nos avions, à Tika notamment, sur des véhicules en retraite ne menaçant pas Benghazi. Choquant même les correspondants de presse étrangers, parlant de la "férocité" des français. (7)

 

Mais Cocorico !  La France se veut “en pointe”, avant de passer le relais à l’OTAN :

 

« La France en pointe de l'opération. "Il est clair que la France assure le leadership de l'action militaire dans l'espace aérien libyen", a reconnu le premier ministre belge Yves Leterme. En effet, Paris a été à l'origine de la mobilisation diplomatique, et c'est le président français qui a annoncé seul le lancement de l'opération militaire, samedi. » (8)

 

Il est vrai que cette opération devenait urgente, plus qu’urgente, pour les pays occidentaux. Quatre objectifs immédiats :

 

i) Faire oublier la contre-révolution en marche, non seulement en Tunisie et en Egypte, mais surtout dans la péninsule arabique réservoir de pétrole de l’Occident, les atrocités de l’oppression : Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Oman, Yémen, sans oublier le Qatar et la Jordanie.

 

Notons par exemple, le silence total de nos médias et de l’ONU sur la terrible répression du dictateur de Bahreïn, Al Khalifa, soutenue, encouragée par l’Empire. Où, l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis viennent d’envoyer plus de 1000 hommes de troupes, chars  et hélicoptères de combat, pour mater une révolution aussi pacifique que l’étaient celles des Tunisiens et des Egyptiens. Noyée dans le sang.

 

Rappelons que Bahreïn, depuis des décennies, est un pays où la population vit dans la terreur et l’atrocité des tortures. S’y est illustré pendant 25 ans, le sadique Ian Henderson, écossais connu pour avoir forgé ses techniques de torture lors des guerres d’indépendance au Soudan et au Kenya. Les horreurs commises par le colonisateur lors de la lutte pour l’indépendance du Kenya, contemporaines de celle de l’Algérie, sont parmi les plus terribles qu’aura connues l’Humanité.

 

A Bahreïn, Ian Henderson a fondé la State Intelligence Security (SIS), équivalente de la SAVAK en Iran sous le règne du protégé de l’Occident, le Shah, à la même période. Avec une équipe de spécialistes en tortures britanniques, dont le général Jim Bell qui avait gagné ses galons dans cette discipline contre les indépendantistes de Birmanie et d’Irlande du nord. En comparaison, un Klaus Barbie ferait figure d’amateur dans la sauvagerie des tortures qu’ils ont fait subir aux Bahreïnis et que perpétue l’appareil répressif qu’ils ont mis en place. (9)

 

ii) Faire oublier aux opinions publiques les implacables politiques antisociales mises en œuvre par les Etats occidentaux, en Amérique du nord comme en Europe. La volonté des populations de “défendre la justice et le droit” dans les rues inquiète les gouvernements. La révolte gronde contre les gaspillages de la ploutocratie dans des budgets militaires et sécuritaires sans limites, au détriment de la création d’emplois et de la redistribution de la richesse nationale.

 

Ainsi à Londres, le samedi 26 mars 2011, ce sont plus de 500.000 personnes qui ont manifesté. (10) Les USA n’y échappent pas. Dans l’Etat du Wisconsin les manifestants, jusqu’à 100.000 dans les rues, crient « Mort aux tyrans ! » à l’encontre de leur gouverneur du parti républicain Scott Walker, dans leur colère contre l’injustice sociale…

 

iii) Faire oublier le pillage des richesses pétrolières de la Libye. Une guerre civile, un état d’anarchie, sont les occasions rêvées pour pomper pétrole, gaz et autres richesses minières. Autant qu’on veut et sans payer !... Si ce n’est d’accorder des miettes aux chefs de guerres et potentats locaux. De quoi entretenir l’anarchie en les opposant les uns aux autres. Un des pires exemples, dans ce genre de spoliation, est la RDC (ex-Zaïre) et ses immenses ressources.

 

Avec un double avantage pour la nomenklatura occidentale : un enrichissement personnel, sous prétexte de "remplissage des caisses électorales", via les paradis fiscaux pour les promoteurs et les organisateurs de cette dévastation, et la fermeture de l’accès des Chinois au marché du brut Libyen, un des meilleurs du monde par sa qualité…

 

iv) Faire oublier le soutien aux dictatures des Ben Ali et Moubarak, le manque de réactivité face aux revendications démocratiques des peuples de Tunisie et d’Egypte. D’une façon générale, faire oublier le soutien passé, présent et à venir, aux dictatures ou autocraties inféodées à l’Empire et au service de ses seuls intérêts.

 

 

Intox & CyberWar 

 

Le camouflage des guerres coloniales en sauvetage humanitaire exige un appareil de propagande hautement réactif et performant. D’où l’importance des budgets généreusement accordés à la propagande de l’Empire. L’armée américaine, à elle seule, consacre chaque année un minimum d’US $ 200 millions aux opérations de désinformation sur internet, blogs et réseaux sociaux. (11)

 

Cette action d’infiltration et de noyautage, considérée comme prioritaire, est gérée 24h/24h à partir de la base aérienne de MacDill, près de Tampa en Floride, siège des opérations psychologiques et de propagande (US Special Operations Command) de l’appareil militaire américain. Avec, en complément, huit autres “serveurs virtuellement privés” (virtual private server), répartis dans le monde. Dans toutes les langues, tout particulièrement en Arabe, Farsi (Iran - Pakistan), Ourdou et Pashtoun (Pakistan - Afghanistan). (12)

 

Assisté de logiciels spécialisés, un même opérateur peut emprunter simultanément 10 identités ou “personnalités” différentes, avec des IP distincts, utilisant tous les vecteurs internet, dans le jargon : blogposts, tweets, retweets, chatroom posts, etc. Indétectables, simulant leur présence dans le pays cible pour communiquer de fausses informations, vidéos truquées, fausses photos prises soi-disant à partir de téléphones portables, et autres astuces. (13)

 

Ces techniques de faux bloggeurs, appelées « sock puppets » (marionnettes de chaussette), déjà connues et pratiquées, deviennent de plus en plus sophistiquées dans la crédibilité. En mai 2010, s’était tenue une conférence réunissant les experts les plus pointus en la matière, avec un titre révélateur : InfoWar (14). Des pays, comme Cuba, l’Iran, la Chine, le Venezuela, sont soumis en permanence à cette pression, manipulation et subversion. (15)

 

Sont ainsi fabriqués des “héros de la dissidence” sur des blogs ou Facebook, à partir de la Floride… Parfois, il arrive que des journalistes (du moins, les rares en mesure d’effectuer un travail sérieux…) insistant pour les rencontrer, on soit obligé de les faire “disparaître” comme les héros de séries TV en fin de contrat au cours du tournage : prétendument abattus ou jetés dans les oubliettes. Par le régime à diaboliser, évidemment.

 

Après la Libye, à qui le tour ?...

 

La procédure inquisitoriale, l’excommunication, sont lancées : la Syrie !  La "fatwa" a été officiellement émise par The Jerusalem Post, le 23 mars 2011 :

For all his faults, Assad is the devil we know”

 

Le grand mot est lâché : “Devil”, le Démon, le Diable !... (16)

 

Pays de 25 millions d’habitants, non pétrolier, qui ne menace personne, mais accueille des milliers de réfugiés, Palestiniens puis Irakiens, chassés par la violence occidentale dans leurs pays. Se débattant dans une des pires sècheresses depuis des années, sous embargo non justifié, il a effectivement le tort de ne pas accepter La Loi du Plus Fort et de défendre sa souveraineté face à l’Empire.

 

Alors son dirigeant, Bachar Al Assad, certainement, le plus sérieux, honnête et courageux de la région, en comparaison des despotes moyenâgeux des pétromonarchies et de la Jordanie qui l'entourent, est en cours de diabolisation. D’ici peu, parions-le, nous allons apprendre que ce chef d’Etat, ophtalmologue de formation ainsi que son épouse, a ordonné d’étrangler les bébés de ses opposants dans leurs couveuses…

 

Pendant ce temps, les "manifestants" crient dans les rues des slogans surprenants par rapport à la situation économique et sociale que traverse le pays :

" No Iran. No Hizbullah. We want a Muslim who believe in God ! ".

 Traduction :

"Non à l'Iran. Non au Hezbollah. Nous voulons un Musulman qui croit en Dieu !"

Oui, parce qu'Assad appartient à la minorité religieuse Alaouite, une des multiples branches du Shiisme. Alors, créer des conflits religieux par-dessus le marché... (17)

 

Dans les médias et les couloirs du Congrès des USA, on présente déjà le successeur d’Al-Assad : Ammar Abdulhamid. Présenté comme un porte-parole de la « révolution syrienne », un héros, par The Washington Times du 29 mars 2011, par exemple. C’est le Chalabi syrien, play-boy au catogan, soutenu avec des moyens financiers considérables par tous les « ziocons » (lui-même membre du Brookings Institute) auxquels il a fourni tous les gages de servilité.

 

Résident et citoyen américain, se déclarant entre autres « haut et fort » athée, après avoir écrit un pamphlet contre l’Islam (Menstruation : A Novel) qu’il décrit comme un instrument d’oppression morale et sexuelle en Syrie. Bien sûr, ouvrage primé…

 

Leur marionnette en poche, prétextant l’exemple Libyen, les extrémistes du Congrès notamment au Sénat, faux-nez des lobbies bellicistes et sionistes, ne cachent même pas leur jeu. Ainsi :

=> John McCain, dans l’émission CNN “State of the Union” :  

“This is an opportunity to get rid of an enemy of America. And this administration is playing a repeat of their inaction on Iran in 2009”

ou encore,
=> Joe Lieberman, dans l’émission "Fox News Sunday" :  

“There is a precedent now. … We’re not going to allow Assad to slaughter his own people.” (18)

 

Mais, soyons rassurés, l'ONU veille !...

 

Tournant le dos, pour mieux se concentrer, aux bombardements quotidiens de Gaza, aux orages permanents de drones tombant sur les villages des vallées d'Afghanistan et du Pakistan, Navi Pilla, Haut Commissaire aux Droits de l'Homme (UN High Commissioner for Human Rights) a exigé des autorités Syriennes d'enquêter sur la répression et de "mettre un terme à l'usage excessif de la force" ... (19)

 

 

 

 


 

 

 

 

(1)  General David H. Petraeus onThe Posture of U.S. Central Command - Senate Armed Services Committee, March 16 – 2010, p. 7, http://www.centcom.mil/en/about-centcom/posture-statement 

(2)  Georges Kazola, Imperial Hypocrisy – The Libyan Crusade, CounterPunch, 22 mars 2011, http://www.counterpunch.org/kazolias03222011.html

(3)  Pepe Escobar, Endgame : Divide, rule and get the oil, Asia Times, 25 mars 2011, http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MC25Ak01.html

(4)  Exemple : Canal +, Edition spéciale, 18 mars 2011

(5)  http://fr.rian.ru/world/20110323/188963093.html 

(6)  In Gaddafi triggers Kremlin rift, by M K Bhadrakumar, 23 Mars, 2011, http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/MC23Ag02.html 

(7)  L'intervention française en Libye qualifiée de "jeu de massacre" - Accusés d'un "carnage", dimanche matin à Tika, les militaires français démentent s'être trouvés sur la zone, Le Point.fr - Publié le 21/03/2011 à 13:41, http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/jean-guisnel/l-intervention-francaise-en-libye-qualifiee-de-jeu-de-massacre-21-03-2011-1309359_53.php

(8) http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/03/19/qui-participera-aux-operations-militaires-en-libye_1495866_3212.html

(9)  Jean-Pierre Perrin, Ian Henderson, un Britannique de l'ombre au service du Bahreïn - Depuis 30 ans, il dirige d'une main de fer les services secrets de l'émirat, Le Monde, 31 mai 1995, http://www.liberation.fr/monde/0101141069-ian-henderson-un-britannique-de-l-ombre-au-service-du-bahrein-depuis-30-ans-il-dirige-d-une-main-de-fer-les-services-secrets-de-l-emirat

(10)  Voir les photos de cette impressionnante manifestation publiées dans The Guardian du 26 mars 2011 : http://www.guardian.co.uk/world/gallery/2011/mar/26/thousands-march-against-cuts-in-pictures?picture=373067834#/?picture=373059557&index=0

(11)  Statement Of General James N. Mattis - U.S. Marine Corps Commander - U.S. Central Command - Before The Senate Armed Services Committee On The Posture Of U.S. Central Command, 1 Mars 2011, pp. 39 - 40, http://armed-services.senate.gov/statemnt/2011/03%20March/Mattis%2003-01-11.pdf

(12)  Nick Fielding & Ian Cobain, Revealed : US Spy operation that manipulates social media – Exclusive : Military’s “sock puppet” software creates fake online identities to spread pro-American propaganda, The Guardian, 17 mars 2011, http://www.guardian.co.uk/technology/2011/mar/17/us-spy-operation-social-networks

(13)  Ces photos truquées sont repérables, si on prête attention au fait que les visages ne sont pas montrés (prises de loin, de dos ou avec des lunettes noires pour en brouiller l’authentification), car elles sont souvent reconstituées, après avoir été prises en studio avec des acteurs et figurants …

(14)  Voir le programme de ce colloque : InfoWarCon, 20 mai 2010, http://www.crows.org/the-io-institute/infowarcon-2010-agenda.html

(15)  Deisy Francis Medidor, Marina Menendez et Jean-Guy Allard, Cuba : Opération Surf, 20 mars 2011, http://www.legrandsoir.info/Operation-Surf.html

(16)  Yaakov Katz, For all his faults, Assad is the devil we know, The Jerusalem Post, 23 mars 2011, http://www.jpost.com/MiddleEast/Article.aspx?id=213368

(17) http://www.joshualandis.com/blog/?p=8692

(18) A titre d'actualisation et de complément d'information pour faciliter la compréhension du "contexte Syrien", ce paragraphe ainsi que les deux précédents sont une reprise d'une partie de mon commentaire n° 8, en date du 30 mars 2011.

(19) http://english.aljazeera.net/news/middleeast/2011/03/2011322155925612161.html

 

 

 

Caricature de l’artiste du Honduras Allan Macdonald

 


 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:17

 

 

Beaucoup de nos amis de Tunisie, du Maghreb et d'ailleurs ont été profondément choqués de l'attitude du nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon. Certains me l'ont écrit.

 

Je les comprends et j'en ai honte.

 

Cet incroyable numéro de goujaterie, qui grâce à Internet s'est diffusé dans le monde entier, est sidérant.

 

Les radios et TV de la propagande du gouvernement français (cf. Antenne 2, le journal de 13h présenté par Laurent Delahousse du dimanche 20 février), se sont rapidement mis en oeuvre pour gommer l'évènement en présentant ce voyou comme étant :

"... la nouvelle génération des ambassadeurs de France au parler franc et direct "...

 

Car, nous sommes face à un authentique voyou. (*)

 

 

. 
Déplorable illustration de ce que j'ai dénoncé à plusieurs reprises dans ce blog, du "délabrement complet" de la diplomatie française...

 

Cet "ambassadeur" est l'archétype du jeune freluquet, aussi arrogant que stupide. Son attitude relève du comportement du colon raciste, inculte quant aux règles élémentaires non seulement de la courtoisie, mais encore plus important, de l'hospitalité quand on est "reçu" dans un pays "hôte"...

 

Ce comportement de "racaille" n'est que l'écho de la "voix de son maître"...

 

Echo d'une diplomatie en ruines. Qui ne sait même plus, comme le rappellent les Tunisiens eux mêmes, qu'un ambassadeur, avant d'ouvrir "le bec", doit être "agréé" par le pays, reçu par le chef de l'Etat pour présenter ses "lettres de créances". Et, non pas envoyé comme un "préfet" dans un "département" ou une colonie... (**)

 

Mais, les désastres diplomatiques français ne se comptent plus. Qu'on se souvienne avec la Chine au moment des Jeux Olympîques, ou récemment avec le Mexique...

 

Ignorance, bêtise, inculture, arrogance : tout y est.

 

La France décadente sombre, pire que dans l'indignité : dans le "ridicule" !...

 

 

 

 

 

 

 

 

(*)  Estampillé par l'appareil de désinformation médiatique : "... parle l'arabe couramment". Comme pour légitimer les dérapages du personnage...

Parmi les racistes les plus fanatiques, anti-arabes et islamophobes, que je connaisse, tant francophones qu'anglophones, figurent des "spécialistes de l'Afrique du nord et du Moyen-Orient", parlant couramment l'arabe. Certains viscéralement nostalgiques de "l'Algérie française" ou de "l'Egypte britannique"...

La figure tutélaire de ce type d'orientalistes est le célèbre agent secret britannique Laurence d'Arabie (de son vrai nom : Thomas Edward Lawrence), maîtrisant l'arabe, le turc et plusieurs dialectes bédouins. Qui fut un des principaux organisateurs et meneurs de la "révolte arabe" contre l'Empire Ottoman, lors de la première guerre mondiale. Le but étant de créer des monarchies de marionnettes pour les inféoder à l'Empire britannique, afin de s'emparer de leurs richesses pétrolières et gazières.

Au-delà du cliché romantique de la propagande de son pays, imbu de la "supériorité de sa race", fervent admirateur des Croisades, il n'était qu'un idéologue forcené de l'impérialisme britannique. Et, malgré sa foncière francophobie, du colonialisme occidental.

Lire sa biographie, la moins "fantasmée", par Lawrence James : The Golden Warrior - The Life and Legend of Lawrence of Arabia, Abacus, Londres, édition 2005, 523 pages. 

(**) Cf. mon commentaire, en réponse à mon ami Chahid, n° 13.

 

 

 


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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 20:44

 

 

« Chaque matin, pour gagner mon pain, je vais au marché où l’on vend des mensonges et plein d’espoir, je me range du côté des marchands… »

Jean-Luc Godard (1)

 

 

 

 

Et, le Soleil se leva !...

 

Cette image du splendide poème chanté par l’artiste québécois Richard Desjardins ne me quittait pas face à la joie du peuple Egyptien, à l’annonce de la démission du tyran qui l’opprimait dans la sauvagerie et la honte depuis plus de trente ans.

 

Dans sa chanson, Richard dénonce l’Empire qui surgit pour asservir un peuple. Avant de le spolier, le violenter, sous la menace, le chef de la soldatesque demande dans un mégaphone : « Qui est le chef ? Et, qu’il se lève ! »…

 

« Et, le Soleil se leva !… ».

 

Magnifique métaphore, pleine vérité. Le Temps, l’Histoire, triomphent toujours de la violence, de l’arrogance de ceux qui pensent que l’esclavage des peuples et nations est le privilège éternel du plus Fort.

 

Egyptian-Revolution-3.jpg

 

L’aveu

 

Obama ne m'a jamais paru aussi pathétique que dans sa déclaration, prenant acte du renversement de son protégé. Je le regardais en direct sur une TV : visage fermé, élocution crispée, une tête d’enterrement ! En complet déphasage avec les propos qui se voulaient empreints de sympathie à l’égard de la nation Egyptienne rassemblée dans une immense allégresse. Les déclarations des pantins-vassaux européens, qui suivirent, ne valaient guère mieux.

 

Dans ce non-dit, lugubre, du président des USA : l’aveu…

 

D’une immense défaite pour  l’Empire.

 

D’abord psychologique. Remettant en cause son emprise sur la région, fissurant toutes les dictatures installées par ses soins et ses armes. Jusqu’au bout, les USA, Israël, l’Europe, les occidentaux, ont essayé de sauver le dictateur, leur créature depuis des décennies. Souhaitant écraser la Révolution, ils voulaient faire tirer sur la foule, comme ils l’ont fait dans de multiples pays pour sauver les dictatures à leurs ordres.

 

Installant pour cela, en tant que vice-président, le tortionnaire de son régime sanguinaire, surnommé « Sheikh Al-Torture »… Un tueur sans état d’âme, réputé pour son “raffinement”. Se livrant, entre autres pratiques suaves pour terroriser davantage ses victimes lors d’interrogatoire qu’il lui arrivait de superviser personnellement, à l’exécution d’un détenu au préalable réduit en loque, par un coup de karaté …

 

Tirer sur la foule. Comme à Bangkok, il n’y a pas si longtemps. Comme ils l’avaient fait lors de la révolte des Mexicains rassemblés pacifiquement, en famille, sur la grande place de Tlatelolco. Des centaines de morts, disparus, suite à la fusillade de l’armée mexicaine, la nuit du 2 octobre 1968. (2)

 

En Egypte, les occidentaux avaient à leurs bottes tout l’appareil répressif, police et services secrets, la garde présidentielle, et l’armée de l’air. Ils n’ont pas réussi à faire adhérer l’armée de terre, à part quelques généraux, à leur projet. C’est ce qui a fait basculer la décision. Gênés aussi, les temps changent, que le reste de la planète les observe “à la fenêtre”, regardant jusqu’où leur cynisme allait les mener, grâce aux liaisons Internet difficile à censurer.

 

Egyptian-Revolution-2.jpg

 

 Le déni

 

Bien sûr, perdre une bataille n’est pas perdre la guerre se disent les stratèges de l’Empire. Ils vont tout faire pour mettre en pratique ce qu’ils savent si bien faire, et qu’ils sont en train de programmer en Tunisie. Trois objectifs immédiats : 

 

i) Conserver la politique étrangère et la défense nationale

 

Bloquer par tous les moyens une évolution politique similaire à celle de la Turquie, qui a réussi à conforter son régime parlementaire après avoir remis les militaires à leur juste place : celle des casernes. Leur rôle n’étant pas de gouverner. Car, ce n’est pas l’exemple Iranien qui leur fait peur, mais l’exemple Turc.

 

La Turquie, pays de 75 millions d’habitants en pleine croissance économique, s’émancipe de plus en plus. Faisant entendre sa voix et ses désaccords. Erdogan est le seul chef d’Etat à avoir, au sommet de Davos de 2009, dit publiquement ses quatre vérités à Simon Peres sur les crimes commis en Palestine…

 

On a vu aussi le courage des Turcs, lors du massacre de la Flottille de la Liberté apportant une aide humanitaire à la population de Gaza. Ils viennent de sortir un film sur ce crime contre l’humanité et acte de piraterie, non condamnés par l’ONU, qui connaît un succès international : Valley of the Wolves Palestine.

 

Une suite au célèbre film donnant lieu a une série TV, La Vallée des Loups en français, sur le comportement de la soldatesque occidentale en Irak avec, notamment, la condamnation d’une de leurs pratiques favorites le massacre des populations lors des mariages…

 

Films et séries, évidemment, censurés en Occident et dans les dictatures à son service.

 

Le dynamisme de leur industrie cinématographique produisant Films et séries TV à gros budgets, dont l’engouement dans les pays arabes et ailleurs est colossal, inquiète beaucoup les spécialistes de la désinformation. Il est le signe de l’indépendance ultime : celui de la réappropriation de sa Culture et de son Histoire. Allant à l’encontre des schémas de propagande et d’autosatisfaction de l’Empire.

 

Si cette attitude à la “de Gaulle” se généralisait au Moyen-Orient, cela va faire subitement beaucoup « d’indépendances » à gérer. Et, sombre perspective, annonciateur de la fin des multiples bases et centres de tortures occidentaux dans la région, couvrant les pillages…

 

Il est, en conséquence, vital, prioritaire, pour l’Empire de conserver à son seul usage les privilèges d’une authentique souveraineté de l’Egypte : la politique étrangère et les forces armées. Pour cela, truquer les élections en éliminant tous ceux qui ne voudraient pas souscrire à ses directives, prétendant affirmer une volonté d’autodétermination en politique étrangère et défense nationale.

 

Pour ce qui est de la prétendue aide et assistance militaire, d’environ 1,5 milliard de dollars chaque année (l’aide civile n’est que de 250 millions de dollars…), rappelons qu’elle retourne à son point de départ puisque les achats d’armes bénéficient aux industries de l’armement US. De plus, dans du matériel dépassé, obsolète, ou “bridé”, et largement tourné vers la répression, les performances du matériel livré, tant des forces terrestres qu’aériennes, étant contrôlées par Israël.

 

 

ii) Conserver la mainmise sur l’économie égyptienne

 

Le contrôle l’appropriation du système économique est un gage de servitude. L’Egypte la subit déjà. Elle va être renforcée : système bancaire et financier, services publics rentes de situation type télécoms, eau, transport, etc., investissements et industries de sous-traitance, avec interdiction d’accès aux hautes technologies dans tous les domaines, étant les principales orientations fixées.

 

Comme en Afrique du sud, où la chute de l’apartheid a permis la création d’une petite bourgeoisie, hormis les dignitaires politiques rapidement corrompus. Mais, le peuple Sud-Africain dans son immense majorité vivant dans la misère, encore spolié des gigantesques richesses minières du pays. Restant toujours la propriété des occidentaux, essentiellement par l’intermédiaire de groupes miniers canadiens ou australiens.

 

 

iii) Empêcher toute “épuration”

 

Ne pas toucher à l’infrastructure de l’appareil répressif. Eviter toute “vague” qui étalerait bien des secrets d’Etat. Imposer une "commission de réconciliation", comme les occidentaux l’ont imposée en Afrique du sud. Pour étouffer toute épuration, procès publics, nationalisations des biens spoliés, et condamnations de tous les tortionnaires, profiteurs, indics et "collabos" de la dictature.

 

L’essentiel, dans ce type d’opération, de mascarade, n’étant pas la réconciliation nationale mais avant tout bloquer toute fuite démontrant l’implication des occidentaux dans la répression, son organisation, sa mise en place de moyens, ses conseils techniques et l’apport de ses spécialistes es-tortures.

 

Egyptian-Revolution-4.jpg

 

Tartuferie et Torture

 

Evidence : aucune remise en cause de la politique de l’Occident. Les médias de l’Empire, très réactifs à la suite du discours d’Obama, déballaient sans transition leur nouvel arsenal de propagande. Chantant les louanges d’Obama et de l’Occident des Lumières, qui grâce à leur patiente sollicitude avaient conduit les pays arabes à l’âge adulte, parvenant enfin à se libérer des dictateurs, et de leurs régimes corrompus, qu’ils s’étaient choisis…

 

Cynisme sans borne.

 

J’entendais sur une chaîne de TV un "politologue-spécialiste du monde arabe” dire que cela allait faire tâche d’huile et s’étendre en Chine !... Apparemment, ce distingué "expert-du-monde-arabe", emporté dans sa fulgurante analyse se retrouvait en Asie, par vol sans escale, après avoir survolé la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Yémen, les monarchies pétrolières d’opérette, les yeux fermés !... (3) Tout juste s’il n’allait pas se retrouver au Venezuela ou, encore, à Cuba.

 

On a beau se vouloir adepte du pacifisme et de la non-violence, sincèrement : il y a des paires de claques qui se perdent. Alors que l’écroulement de l’idéologie du Choc des Civilisations devrait emmener, immédiatement, les pays occidentaux à une profonde remise en cause de leur vision, de leur politique étrangère... C’est l’aveuglement impérial qui poursuit sa course, dans le mur. Cet obscurantisme, ce fanatisme, qui nous déconsidèrent aux yeux du reste de la planète.

 

Se posent en effet trois exigences, que notre tartuferie n’est plus en mesure de contourner :

 

1. Arrêter l’instrumentalisation des Droits de l’Homme et de La Dignité Humaine servant à couvrir nos crimes et complicités, mais en réaffirmer, en renforcer les obligations :

=>  Condamner la torture. Mettre au ban des nations, les régimes et les personnes qui l’organisent, la pratiquent. Les traduire devant le Tribunal International de la Haye pour crimes contre l'Humanité. Qui sont, rappelons-le, imprescriptibles !

=>  Condamner la pratique de l’internement de toute personne sans procès. Ce sont des milliers de personnes qui croupissent dans les geôles des dictatures, et entreprises coloniales occidentales de la Palestine à l’Afghanistan.

=>  Condamner l’enlèvement de tout national, quel qu’en soit le prétexte, jugé par des tribunaux qui ne sont pas de son pays pour des crimes réels ou supposés commis sur le territoire de sa nationalité. Guantanamo étant l’archétype de l’abjection pour l’Occident, quant à cette pratique banalisée.

=>  Interdire  l’internement des enfants dans la stricte application de La protection des Enfants imposée par la charte de l’ONU. On parle des "enfants soldats", mais jamais des "enfants emprisonnés" pour fait de Résistance, aux dictatures, aux aventures coloniales, en Palestine, en Irak, en Afghanistan. Des milliers.

 

2. Condamner le racisme anti-arabe et l’islamophobie qui sont des instruments de propagande dans les pays occidentaux. Encouragés, bénéficiant de tous les moyens, dans tous nos médias, dans l’impunité absolue. Avec pour effet d’endoctriner les opinions publiques afin de camoufler nos soutiens aux dictatures et les pillages auxquels nous nous livrons dans leurs pays.

 

3. Revoir nos principes et actions diplomatiques qui soutiennent les régimes sanguinaires opprimant les populations civiles, sur tous les continents, dans des élections truquées dont toute opposition est bannie, si ce n’est sous forme de simulacre.

 

Mesures, principes et dispositions ne sont que chiffons de papier si nos propres dirigeants, responsables, politiques, économiques, n’ont aucune éthique.

 

Voir nos dirigeants, tous partis confondus, se rendre en vacances dans des dictatures, à l’invitation des tyrans pour être logés dans des palaces, en caravane, avec épouses, concubines et courtisans est, non seulement, une honte, mais encore, un crime, du moins une complicité de crime. Se piquant de philosophie, de culture, d’art, de méditation, devant des monuments antiques, sachant qu’hommes, femmes, enfants, sont torturés, internés arbitrairement, pour s’être révoltés contre l’injustice dans le pays hôte.

 

Car, comme je ne manque pas de le répéter, à ce niveau de responsabilité :

i) Soit, on ne le sait pas et c’est inadmissible, toutes les informations étant disponibles par de multiples canaux officiels et officieux. En ce cas là : on est un nul, un incompétent, dans l’exercice de ses fonctions.

ii) Soit, on le sait et on fait semblant de ne pas le savoir et, en ce cas, on est aussi abject que les dictateurs sanguinaires qu’on cautionne.

 

Face à cette répugnante tartuferie, les Peuples de Tunisie, d’Egypte, viennent de nous donner une leçon de courage et d’éthique. Souhaitons qu’ils connaissent enfin la paix, la prospérité, l’épanouissement qu’ils méritent. Partageons leur joie.

 

Pour avoir évoqué la longe lutte du Peuple de l’Afrique du sud pour sa libération de l’apartheid, lutte se poursuivant plus souterraine pour la réappropriation de ses richesses nationales, je leur dédie l’émouvante chanson de Johnny Clegg, Asimbonanga. Dans cette chanson,  il célèbre cette lutte universelle, la mémoire des principaux résistantes et résistants assassinés, souvent sous la torture : Steve Beko, Victoria Mxenge, Neil Aggett…

 

A la mémoire de Mohamed Bouazizi, de tous les Tunisiens, de tous les Egyptiens, et tous ces combattants de la liberté de par le monde, assassinés, torturés, humiliés, par les dictatures et les colonisateurs, avec la complicité de La Communauté Internationale.

 

Johnny Clegg  chantant en zoulou:

 

Asimbonang 'umfowethu thina

Laph'ekhona,
Laph'wafela khona

 

Notre frère n’est plus là
Là où il vivait

Là où il est mort…

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

(1) Phrase dite, dans son film Le Mépris, par Fritz Lang.

(2) Lire le poignant ouvrage, compilations de témoignages sur ce massacre : La Noche de Tlatelolco d’Elena Poniatowska, Ediciones Era, México D.F, 1971 (réédition 2001).

Notons que son livre extraordinaire d’émotion et de vérité historique, à ma connaissance, n’a pas encore été traduit en français.

Le niveau de carnage et de sauvagerie avait révolté la conscience du chef de la CIA au Mexique, Philip Agee. Pourtant, pas le genre « tendre ». A tel point qu’il s’est réfugié à Cuba et à passé le reste de sa vie à dénoncer les agissements assassins de l’Empire, malgré les menaces de mort pour lui et sa famille.

(3) Perles vues et entendues, entre autres, sur la chaîne française « i-télé »…

 

 


 

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 21:13

 

 

« Ils ont les montres, nous avons le Temps. »

Devise de la Résistance Afghane

 

 

 

 

 

L’Inquisition au XXI° siècle

 

« Il fallait bien empêcher les barbus d’arriver au pouvoir. La “realpoltik”, que voulez-vous… » 

 

Je regardais François Baroin à la TV, ministre du Budget et porte-parole du gouvernement français. Déversant, à propos de la Tunisie et des Droits de l’Homme, sa brouette de clichés comme autant de galets polis par l’usure du temps, justifiant le soutien inconditionnel de la France, et des pays occidentaux, à ce qui était une des dictatures parmi les plus féroces et corrompues de la planète.

“Homme politique” de l’année paraît-il, dans je ne sais plus quel magazine “pipole” ou “pipelette”. Bernadette Chirac, présente à l’émission, lui voit même un destin de président de la république. Oui, bien sous tous rapports, très représentatif de la caste au pouvoir. Parfaitement à l’aise, sous couvert du réalisme politique, admettant l’ignoble, l’abjection : l’arbitraire, la torture, la négation de la dignité humaine…

 

Pathétique contraste entre cet homme bien repassé, brushing savamment architecturé, propre sur lui, style Harry Potter, pour reprendre les termes de l’animateur de cette émission de divertissement, et la photo d’une des victimes de la dictature que j’avais sous les yeux, Adem Boukadida, sortant du terrible centre de tortures de Mornghouia, dans la banlieue de Tunis. (1)

 

Hébété, tétanisé encore, par l’horreur vécue. Marchant, respirant difficilement. Il a eu les jambes brisées, le sternum défoncé, les mains écrasées, entre autres violences et tortures subies. Il ne peut plus écrire. Il a 30 ans.

 

Il vivait avec une distribution de pain, 2 fois par jour dans une cellule où étaient entassées 60 personnes. Comme toilettes : un trou au milieu du local. Du fait de ses jambes brisées, il ne pouvait pas s’accroupir et demandait, en vain, qu’on soigne ses blessures et qu’on lui accorde des toilettes décentes.

 

Le sadisme, l’humiliation, dans leur rayonnement mortifère.

 

Bouazizi-Tombstone-Tunisia-Jan-2011.jpg

Hommage à Mohamed Bouazizi

 

Son crime ?...

 

Il avait fait des études à l’université d’Al-Azhar au Caire. Un homme tranquille, croyant et pratiquant, ne militant dans aucun parti, ni mouvement. N’ayant pas trouvé d’emploi malgré ses diplômes, il tenait une modeste boutique de tissus. Partageant son temps entre sa famille, son commerce et la mosquée pour y prier. Pour le régime, c’était un  faisceau de preuves suffisant pour cataloguer Adem Boukadida comme “terroriste islamiste”. Si ce n’était de fait, dans tous les cas : en puissance.

 

Il faut “faire du chiffre” et montrer aux occidentaux qu’on est superactif, hyperactif, proactif, dans “la chasse aux barbus”, pour justifier son label de « rempart démocratique contre l’islamisme ». Ouvrant le boulevard aux adulations des nomenklaturas de l’Empire et de ses vassaux, pour service rendu à la Civilisation. Et, en retour, un soutien inconditionnel à tous les agissements tyranniques.

 

Arrêté au mois de novembre dernier, le jour même de la grande fête religieuse musulmane de l’Aïd el Kébir, Il a donc subi la torture pour lui faire avouer ses crimes. Non seulement on lui cassait les os mais, pour le relaxer probablement, il avait droit à de longues séances de « waterboarding », ou supplice de la baignoire comme l’appelaient hygiéniquement les spécialistes es-tortures de la Gestapo, reprenant un grand classique de l’Inquisition.

 

Comme il n’en avait pas commis, qu’il n’y avait aucun commencement de preuve, ses tortionnaires s’acharnaient à lui faire reconnaître qu’il en avait “l’intention”. Jusqu’à lui briser les mains, se saisir de son pouce de force, pour lui faire signer un acte d’aveux qu’il n’a jamais prononcés.

 

Car le “crime d’intention” est la norme de tout régime de terreur, et donc de la soi-disant lutte anti-islamiste imposée par les occidentaux dans les pays musulmans. Le “délit de piété” étant assimilé, au nom de la laïcité démocratisante, à “l’intention terroriste”, à la tentative de subversion. Pire ! Au “blasphème” à l’égard de l’Occident, et de ses fondés de pouvoir : les dictatures imposées.

 

Justifiant, ainsi, la bénédiction de tous les arbitraires. Le vocable d’islamiste servant de fourre-tout dans lequel sont jetés tous opposants, ou suspects d’opposition. Car, si vous êtes un opposant à une dictature installée par l’Occident dans un pays musulman vous ne pouvez être qu’un islamiste. Et un islamiste, dans une logique imparable, ne peut être qu’un terroriste.

 

L’équivalent de la chasse aux hérétiques, ou aux sorcières, de l’Inquisition. Paradoxe, au XXI° siècle : si vous êtes “pieux”, vous êtes un “hérétique” par rapport aux canons de la modernité. Nous voilà revenus au Moyen-Age, dans la chasse paranoïaque à l’Hérésie ! La Grande Régression, ce naufrage de la Civilisation des Lumières si bien analysé, décortiqué, par Jacques Généreux dans son livre sur cette pathologie. (2)

 

Jusqu’aux derniers jours, raconte Adem Boukadida, malgré bruits des fusillades et odeurs de lacrymogène franchissant l’enceinte de ce centre de torture, pour bien faire comprendre que les dictateurs passent mais que les tortionnaires restent, tous les “terroristes”, en herbe ou en barbe, étaient réunis dans la cour, dans un rituel quotidien, pour être battus à coups de matraques et de nerfs de bœuf.

 

L’Inquisition, dans l’arrogance de son impunité.

 

 

Barbe à longueur de poil variable  

 

A ce jour, beaucoup des victimes de l’arbitraire et du sadisme, en Tunisie, n’ont pas encore été libérées de ces goulags. Et, sont loin d’en sortir. Les hommes du régime, qui savaient, qui ont cautionné, soutenu ces horreurs, ces crimes contre l’humanité, ne veulent pas que cela se diffuse trop. Les protecteurs occidentaux du régime, prescripteurs et complices de ces crimes, n’y tiennent pas non plus. (3)

 

Ces innocents seront relâchés au compte-gouttes, en catimini. Comme 90 % des détenus de Guantanamo, et autres centres de tortures de l’Empire et de la Coalition, sauvagement torturés pour être finalement relâchés faute de preuves. Souvent restitués à leurs pays d’origine et sommés de se taire. S’ils ne meurent pas avant, sous la torture ou dans une exécution sommaire. Pas de vagues !...

 

Certains meurent après leur libération. Réduits à l’état de loque humaine. Comme Zouheir Yahaoui, autre héros de la Révolution Tunisienne, jeune créateur du site Tunezine où il brocardait le régime et son gouvernement de malfrats. Arrêté, placé en centre de tortures pendant plus d’un an, il n’a pu survivre aux traitements subis.

 

Adem Boukadida a eu de la chance dans son malheur, grâce à un avocat, des soutiens, tenaces et courageux. Souhaitons lui, ainsi qu’à ses frères d’infortune, de trouver rapidement la santé et la joie de vivre…

 

En fait, les gouvernements occidentaux, à commencer par celui de la France, ne se sentent nullement gênés. Ils mentent avec autant d’assurance maintenant, quant à leur “soutien au valeureux peuple Tunisien”, que lors de leurs éclatantes démonstrations d’amitié à l’égard du dictateur en place…

 

Leur argumentaire sur l’impérieuse nécessité d’organiser en permanence “la chasse aux barbus” censés s’en prendre aux libertés, et à La Femme, même usé jusqu’à la corde, aussi grotesque soit-il, est et sera martelé en permanence. Ayant de la conception de la barbe une appréciation de la géométrie et de la dimension du poil aussi variable que pour la Justice, les Droits de l’Homme, ou les Conventions de Genève sur la protection des populations civiles.

 

La femme musulmane ? La protection des libertés ? Une société civile laïque ? De tout cela : ils s’en contrefichent. La preuve ?

 

La femme musulmane ?...

 

Avant de prétendre libérer La Femme, quel que soit son pays, on commence par ne pas le bombarder, l’occuper militairement, le piller, y installer des centres de tortures, créer des milices de “collabos”, entretenir la terreur. On s’assure que La Femme qui y vit ne soit pas massacrée, affamée, humiliée, avec ses enfants, sans médicaments pour les soigner, ni écoles pour les éduquer, sa maison détruite.

 

Les abominations et atrocités à l’encontre des populations commises en permanence par les forces d’occupation occidentales, en Palestine, en Irak, ou en Afghanistan, n’embarrassent pas une demi-seconde ces “féministes” folkloriques. Chez ces gens-là, Gaza et son blocus inhumain : on ne connait pas.

 

La protection des libertés, à commencer par celle du droit de vote ?...

 

L’Empire et ses vassaux soutiennent toutes les dictatures qui leur conviennent, dans un simulacre d’élections, la France en premier. Même les dictatures qui se succèdent de père en fils, comme au Togo ou au Gabon, récemment. Comme il était prévu en Egypte, où le fils Moubarak devait prendre le relais du père.

 

Ben Ali était un dictateur à vie, derrière une parodie de consultation électorale dont il ressortait vainqueur, à chaque fois, avec plus de 90 % des votes. Tout le monde le savait, mais faisait semblant de ne pas le savoir. Et, c’était un des rejetons de la famille qui était programmé comme héritier du pouvoir. Parmi les schémas de succession à l’étude figurait celui de son épouse comme présidente…

 

La défense d’une société civile laïque ?...

 

Comment ne pas rire devant cette cynique affirmation ? Quand on voit la déférence des gouvernements occidentaux, leur soutien inconditionnel, à l’égard d’un régime théocratique, corrompu, rétrograde, méprisé par l’ensemble de la communauté musulmane, sunnite ou chiite : L’Arabie Saoudite.

 

Détesté même par son propre peuple. Nos médias n’en parlent pas, mais il existe un peuple en Arabie Saoudite qui subit ce clan mafieux. Il ne peut jamais s’exprimer sur la gestion de son pays et de ses ressources, car les bureaux de vote y sont inconnus. Comme dans toutes les “pétromonarchies” du Golfe, considérées comme des propriétés familiales gérées par l’Empire.

 

Régime fondé sur une secte aussi hypocrite que déjantée : le Wahhabisme. Soutenu par Roosevelt dans les fameux accords signés avec le clan Saoud, sur le croiseur USS Quincy le 14 février 1945… Livrant la région et ses immenses ressources à l’Empire.

 

Secte allant jusqu’à interdire aux femmes de conduire un véhicule. Seul pays au monde. Il est vrai que cela alimente les fourneaux de la propagande islamophobe faisant croire que toute femme est interdite de conduire un véhicule dans les pays musulmans... (4) Défigurant, actuellement, dans un urbanisme sauvage les villes de pèlerinage de la Mecque et de Médine, détruisant quartiers, bâtiments, vestiges historiques, inestimables patrimoines de l’Humanité, pour y construire tours et gratte-ciel surplombant les lieux saints, dans un délire d’inculture et de spéculation indécente d’avidité.

 

Où se trouve la défense de la laïcité dans l’instauration par l’Occident, depuis les accords Sykes-Picot de 1917, de l’apartheid religieux en Palestine ? Où la spoliation de la terre de vos ancêtres a pour fondement l’appartenance religieuse, certains fanatiques de cette théocratie coloniale ayant pour projet d’assimiler la religion à une race... (5)

 

Que dire de la mosaïque religieuse imposée de force au Liban par les puissances occidentales, depuis le 19 ° siècle, où la représentation politique au parlement et la répartition des responsabilités gouvernementales ont pour fondement l’appartenance religieuse ?

 

En fait, loin de les pourchasser, les gouvernements occidentaux adorent les “barbus”. Aucun problème s’ils s’en mettent un maximum dans les poches pour eux et leurs familles. A deux conditions : laisser piller leur pays et souscrire à toutes les volontés de l’Occident au Moyen-Orient. Ceux qui ne l’acceptent pas seront diabolisés et traités en terroristes !

 

Prétendre soutenir une dictature au motif qu’elle représenterait un « rempart contre l’islamisme » est, en conséquence, une “faribole”. Symptôme fondamental dans la compréhension de la situation : l’Empire est nu. Confirmant ce que tout le monde sait, en  imposant le tout et son contraire dans le cynisme, il n’applique non pas des Valeurs, mais La Loi du Plus Fort.

 

Au-delà des mensonges de la propagande occidentale, l’écroulement de la dictature en Tunisie présente une dimension géopolitique qui est occultée par la plupart des analystes. Ce n’est pas simplement une revendication sociale, se doublant d’un appel à l’octroi des libertés publiques élémentaires, qui vient de surgir. C’est un système politique, économique, et géostratégique, imposé par l’Occident qui vient d’imploser.

 

Conséquence d’une idéologie générant un système de prédation néocoloniale longuement mûri, peaufiné, structuré, au fil des décennies, depuis la chute de l’empire Ottoman et les accords de Sèvres de 1922 répartissant ses dépouilles entre puissances occidentales. Bientôt, un siècle. Les immenses richesses de cette région, que les anglo-saxons désignent par MENA (Middle East – North Africa), étant pillées avec la complicité d’autocraties soigneusement sélectionnées et contrôlées.

 

Idéologie renforcée et théorisée depuis la chute du Mur de Berlin, en direction des opinions publiques occidentales analphabètes de désinformation et anesthésiées de propagande sur cette aire géographique. Avec le célèbre “Choc des Civilisations” sorti en 1996 : l’islamiste remplaçant le communiste dans l’argumentaire impérial. Du MENA, la prédation-oppression sera systématisée à l’ensemble des pays musulmans suivant les mêmes concepts et méthodes : Pakistan – Indonésie, évidemment, mais aussi pays musulmans d’Asie centrale, minorités musulmanes en Inde, aux Philippines et en Thaïlande.

 

Grattons le vernis académique de la thèse du Choc des Civilisations et nous trouvons, tout simplement, une idéologie parmi les plus sanguinaires que notre imaginaire d’Homo Politicus ait pu inventer et appliquer sur cette planète. Avec ses trois broyeurs :

 

=> Prédation coloniale, avec trois axes majeurs : ressources naturelles spoliées ou bradées, marchés locaux rendus captifs pour l’importation des produits et services de l’Empire, privatisation des services publics gérés comme des rentes de situation pour les groupes occidentaux.

 

=> Barrage de l’accès aux hautes technologies : les pays musulmans en sont bannis pour maintenir un « gap » technologique avec l’Occident. Seul est toléré un minimum de connaissances techniques permettant d’assurer le fonctionnement des activités de sous-traitance confiées par l’Empire.

Expliquant l’absence d’instituts de recherche de haut niveau dans ces pays. Donnant le pourquoi de la traque aux chercheurs de ceux qui avaient réussi à former un pôle de recherches scientifiques, devenus les cibles privilégiés de ses escadrons de la mort. Rien qu’en Irak : plus de 350 spécialistes de haut niveau, dans toutes les disciplines (y compris en informatique ou neurochirurgie…), ont été assassinés suite à l’invasion et la destruction du pays.

 

=> Racisme d’Etat : décliné, articulé, sur une propagande islamophobe  de haute intensité pour justifier auprès des opinons publiques internationales, occidentales et non musulmanes, l’hyperviolence et le pillage de l’Empire dans les pays musulmans. En entretenant, en permanence, un esprit des Croisades…

 

Le peuple Tunisien vient, toutefois, de perturber la marche de ce rouleau compresseur…

 

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Le commencement de la fin ?

 

L’idéologie du Choc des Civilisations est en “échec”, en Tunisie. Peut-être, mais elle est loin d’être “mat”…

 

La Bande des Quatre (France, Israël, Italie, USA) qui administre ce condominium qu’est la Tunisie pour l’Empire, chacun dans son domaine de compétences et d’intérêts, s’active pour enrayer le mouvement. Il n’y aura pas d’effet domino.

 

Gardant les mêmes piliers et seconds couteaux de Ben Ali, ils vont lâcher un peu de lest sur le social et la liberté d’expression. Cela ne dérange pas l’Occident. Pour reprendre la métaphore de Reinaldo Arenas : dans tous les pays, le Peuple est mené à coups de pied au derrière par l'oligarchie qui le "gouverne"; la différence entre une dictature et une démocratie, c’est que dans la première, il doit « la fermer », et dans la seconde on le laisse « gueuler ».

 

Appliquer la tactique de l’édredon : laisser la colère s’apaiser, les manifestations s’essouffler, sans trop de casse. En canalisant le discours par les médias de la propagande. En  isolant les plus obstinés, pour les museler ensuite. En emballant le tout dans “du pain et des jeux”, suivant la recette mise au point dans l’Antiquité, par les Romains. Sur fond de simulacre électoral à venir…

 

En Europe, en France, des millions de gens sont descendus dans la rue pendant des semaines pour manifester leur colère devant l’injustice économique et sociale. Les lois et décisions des nomenklaturas, contre lesquelles ils protestaient, ont toutes été votées et sont appliquées.

 

La ploutocratie se fiche éperdument de la volonté populaire. Elle détient la force et l’appareil de propagande. Les propos aussi imbéciles que cyniques d’une Alliot-Marie, ex-ministre de l’Intérieur de la France, sur l’expertise des forces de répression sont l’illustration de ce complet mépris.

 

Le seul point qui gêne les occidentaux dans ces mouvements de révolte populaire, notamment en Egypte et Jordanie, c’est qu’ils arrivent à un mauvais moment, avec un mauvais exemple.

 

Le mauvais exemple : c’est celui de l’armée Tunisienne. Refusant de se comporter en milice au service d’une caste au pouvoir, de tirer sur le peuple. Se comportant en armée au service de la nation, de sa souveraineté, de la protection du peuple et de ses institutions. Si toutes les armées des pays musulmans se mettent à éprouver des états d’âme et respecter des principes, où va-t-on ? La situation risque de devenir intenable. Là, réside le véritable danger pour les intérêts de l’Empire.

 

Le mauvais moment : à l’instant même où tous les gouvernements occidentaux préparent activement une  nouvelle guerre au Moyen-Orient. Objectif : invasion du Liban, destruction de la Syrie, écrasement de l’Iran. Les conclusions en préparation, évidemment truquées, du Tribunal Spécial du Liban enquêtant sur l’assassinat de l’ex-premier ministre Hariri, devant servir de prétexte. Cette pantalonnade ayant pour finalité l’obtention de l’autorisation de l’ONU pour justifier la guerre.

 

Si l’armée rejoint le peuple comme en Tunisie, une guerre au Moyen-Orient aura pour effet secondaire un balayage immédiat de toutes les dictatures patiemment mises en place par l’Occident. Cela donne à réfléchir. C’est pour cela qu’en Egypte, ils ne vont pas faiblir et faire tirer sur la foule. Quitte à employer des snipers mercenaires étrangers. L’Irak en est bourré…

 

Il y a eu déjà des précédents surprenants de fraternisation entre l’armée et le peuple au Moyen-Orient. Au cours de ces évènements, j’ai pensé à l’écroulement de la dictature qui, si elle n'opprimait pas un pays arabe, présentait des similitudes avec celle qui étouffait la Tunisie : celle du Shah d’Iran.

 

Il avait constitué une des premières armées du monde, ne cessant de s’en vanter, par des achats d’armements massifs. Les pétroliers, à qui il bradait les ressources du pays, et l’ensemble du monde occidental le soutenaient. Prêt en en faire une puissance nucléaire (cf. les faramineux contrats Eurodif avec la France qui devait livrer 10% de son uranium enrichi). Une des polices secrètes parmi les plus sadiques et les plus ignobles qu’un peuple ait pu subir : la SAVAK.

 

Son régime s’est écroulé par la révolte populaire, l’armée refusant de tirer sur le peuple.  Mais, ayant tellement décapité les élites au nom de la "lutte anticommuniste" (à l’époque l’épouvantail, pour justifier la répression des peuples, n’était pas "l’islamisme" mais le "communisme") ce sont les cadres religieux survivants qui ont encadré le mouvement.

 

Le contexte Tunisien est différent de celui de la chute du Shah, sociologiquement et politiquement, mais on retrouve dans les deux cas les mécanismes sanguinaires et prédateurs de ce type de régime policier :

 

 

i) La sauvagerie exponentielle de la répression

 

Derrière un décor de stations balnéaires et de circuits touristiques, la répression était perceptible. Circulaient des informations précises et recoupées, malgré la censure en Tunisie et dans les médias internationaux, sur ce qui se passait notamment dans la région de Gafsa, Gabès, en révolte depuis plus de deux ans, et dans d’autres parties isolées du pays.  

 

Les villes étant moins touchées par cette barbarie où, par exemple, des milices cagoulées se livraient à des viols collectifs hommes et femmes, et autres violences, devant les familles, y compris devant les enfants.

 

 

ii) La féroce persécution de l’Islam

 

Sous la pression des occidentaux, le Shah d’Iran encouragea la persécution de l’Islam. C’est sous son régime que furent organisées, dans un pays musulman, les premières campagnes antimusulmanes au nom de la laïcité. Symboliquement dans un accès mégalomaniaque il s’était même fait couronner à Persépolis, “Empereur successeur de Darius”, pour célébrer l’effacement de l’Islam en Perse…

 

La Tunisie était considérée comme un champ de bataille essentiel dans cette stratégie, et citée en exemple comme modèle. En fait, sous couvert de “laïcité” et de lutte contre “l’islamisme”, avec des services encadrés par des  “spécialistes étrangers”  véhiculant l'idéologie du “Choc des Civilisations”, ce n’était que travail de basse police : fichage des fidèles fréquentant régulièrement les mosquées, pratiquant le Ramadan, portant des tenues “traditionnelles”, etc. Jusqu’à profaner, avant de la fermer, la mosquée de l’université de Tunis, jonchée de bouteilles d’alcool et d’excréments. C’est dans cet état qu’elle a été trouvée, lors de sa récente réouverture…

 

Evidemment, dans les pays où les responsables politiques sont des musulmans pratiquants ce seront des méthodes plus “soft” qui seront appliquées. Une des plus pourvues en moyen financiers est l’envoi d’évangélistes avec une couverture d’ONG. Proposant, tout spécialement auprès de la jeunesse, visas, bourses et autres incitations pour provoquer des « conversions ».

 

 

iii)  L’acculturation d’un Peuple

 

L’inconscient collectif d’un peuple à coloniser est une des cibles prioritaires d’un Empire. Livres scolaires, littérature, produits de divertissement, jeux vidéo, documentaires, films. Tout ce qui peut formater un imaginaire et conditionner un esprit critique. Un peuple a de multiples racines. Le travail de propagande consiste à les arracher progressivement, méthodiquement.

 

Si pour le Shah d’Iran l’Histoire s’arrêtait à Darius, dans les pétromonarchies elle commence avec les chaînes US consacrées au sport. Les enfants du Koweït ou des Emirats connaissent par cœur le nom des joueurs de base-ball du championnat américain, mais rien sur l’histoire de la région dans laquelle ils sont nés. En Egypte, l’Historie s’arrête aux pharaons. C’est le fond de commerce du tourisme local, mais aussi de ce qu’on veut imprimer dans l’inconscient collectif.

 

Je force le trait, bien sûr. Mais, à peine.

 

En Tunisie, le régime allait très loin, sous la pression occidentale. Jusqu’à éradiquer ses racines “arabes”. Les exemples sont multiples. Sur des sites ou brochures touristiques était mentionné que la Tunisie n’était pas un peuple « arabe ». Pour ne pas effrayer le touriste, invoquait-on comme prétexte…

 

Se dire ou se croire « arabe », et donc solidaire des autres peuples arabes (manière ou "ardente obligation" d’oublier la Palestine...), devenait plus que suspect. Arracher ainsi une des composantes d’un peuple ne peut provoquer que résistance et rejet.

 

 

iv)  Le pillage occidental 

 

Toutes les principales industries, le système financier, les meilleures terres agricoles, les meilleurs terrains constructibles, et services publics, sont contrôlés par des intérêts étrangers (avec ou sans hommes de paille). Jusqu’à la production de yaourts qui doit payer des royalties par pot distribué et consommé.

 

Tout est fait, planifié, pour qu’il n’y ait aucun transfert de technologie en faveur du pays, pour le maintenir dans la dépendance. Contrairement, par exemple, à Taïwan ou la Corée du sud qui ont bénéficié de l’appui massif des occidentaux. Ou le Vietnam, en ce moment. La Tunisie, comme tous les pays musulmans coopératifs, ne sera considérée, au maximum, que comme un gentil et compréhensif sous-traitant.

 

Ne générer que des emplois sous-payés et sous-qualifiés (tare de l’hôtellerie, de l’industrie touristique en général, et de la sous-traitance), n’est pas l’avenir d’un pays. Les activités des secteurs du tourisme et de la sous-traitance sont extrêmement volatils. Les contrats pouvant disparaître massivement d’une année sur l’autre. Les “intermédiaires” jouant la concurrence internationale.

 

Sans compter les effets secondaires ravageurs qu’exerce une industrie du tourisme dans une économie insuffisamment diversifiée et prospère sur des populations locales appauvries, vivant dans une totale précarité : prostitution, alcoolisme, drogues.

 

Nous retrouvons, là encore, la stricte application de la stratégie du "Choc des Civilisations".

 

Même en fuite le dictateur se révèle d’une grande utilité, servant de bouc émissaire pour exonérer les occidentaux de toute responsabilité économique. Signe évident : si Ben Ali et sa famille détenaient 50% de toutes les affaires en Tunisie, comme on peut le lire dans des médias, qu’attend-on pour nationaliser ces participations en les domiciliant dans un fonds public ?...

 

Cela ne se fera pas.

 

Car ces boucs émissaires, aussi crapuleux soient-ils, étaient aussi des “porteurs” d’actions pour le compte de personnalités étrangères. Souvent dans le cadre d’arrangements mafieux : 1/3 pour toi, 2/3 pour nous… C’est pour cela qu’il a été soigneusement « exfiltré » avec ses proches. Les bénéficiaires de ces arrangements ne voudront jamais se voir spoliés dans une nationalisation brutale des biens du tyran. Il va falloir au préalable trouver les montages financiers adéquats, pour rendre à César ce qui est à Jules…

 

L’Empire a été secoué, il va résister. Il reste encore au Peuple de la Tunisie un long chemin à parcourir pour parvenir à l’indépendance économique. Qui est la véritable indépendance. Cela ne pourra s’atteindre qu’en intégrant un marché intérieur de vaste dimension, aux richesses, talents et besoins complémentaires : celui du Grand Maghreb. Qui deviendra, avec ses immenses potentialités, un Brésil de l’Afrique. Capable de produire, à l’exemple de ce grand pays, des bateaux, des avions, des trains, et d’envoyer ses satellites dans l’espace.

 

Ceci est un autre débat. Tout d'abord, célébrons la révolte, ou la révolution, de la Tunisie. Car elle n’est pas qu’une affaire de niveau de vie ou de chômage mais, à l’encontre d’une dictature et de ses sponsors étrangers, le magnifique exemple d’une réappropriation de sa liberté.

 

Et, tout aussi important, de sa dignité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Peter Beaumont, Victim tells of ordeal in Tunis, The Observer, 23rd january 2011, http://www.guardian.co.uk/world/2011/jan/23/tunisia-long-task-of-healing

(2)  Jacques Généreux, La Grande Régression, éditions du Seuil, octobre 2010.

(3)  Lire, relire, faire circuler (car censuré par les médias en France) sur ces comportements, notamment des anciennes puissances coloniales, l’ouvrage d’investigation exceptionnel de qualité de Lounis Aggoun : La Colonie française en Algérie – 200 ans d’inavouable – Rapines & Péculats, éditions Demi Lune, 2010.

(4)  Combien de fois ai-je surpris des interlocuteurs, ne connaissant pas les pays musulmans, en leur disant que dans ces pays des femmes se rendaient à leur travail, accompagnaient leurs enfants à l’école, en conduisant le véhicule familial.

Et, leur stupéfaction devant mon affirmation que des femmes y conduisaient des bus, des trains, et même des avions, certaines avec le grade de commandant de bord !

Il est vrai que la « désinformation », en Occident, évite soigneusement de montrer cet aspect, se focalisant sur le misérabilisme nécessaire à la propagande islamophobe.

(5) Lire les analyses du philosophe Manuel de Diéguez sur ce phénomène, notamment : Le réveil démocratique des peuples arabes et la chute d’Israël dans la bio-génétique

 

N.B.  Une grande partie de ce billet est une reprise du commentaire que j’avais posté à la suite de l’article sur le blog de mon ami Chahid : La leçon Tunisienne : le Colibri peut vaincre la vipère.

 

 

 


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