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Vendredi 3 juillet 2009



« Le jour n’est pas loin où trois bannières étoilées marqueront notre territoire depuis trois points équidistants : l’un au pôle Nord, l’autre au canal de Panama et le troisième au pôle Sud.

Tout l’hémisphère nous appartiendra alors de fait, comme il nous appartient moralement aujourd’hui, du fait de la supériorité de notre race… ».

William Howard Taft

27° Président des USA - (1909-1913)

 

 

Ils n’ont rien vu, rien entendu, rien dit…

 

Les trois petits singes ?...

 

Non. La “Communauté Internationale”, ce travestissement de l’Empire et de ses vassaux, avec ses trompettes : les “grands médias”.

 

Il est vrai qu’en juin 2009, les fanfares médiatiques se sont époumonées, à s’en faire éclater les tympans, lors de la tentative de putsch organisée pour renverser le président réélu en Iran. Atteignant leur paroxysme avec la montée au ciel de l’angélique Michael “Bambi” Jackson…

 

Pas de place pour ce “détail” : des massacres de civils au Pérou. “L’actualité” dicte, chez ces “grands professionnels” et ces Belles Ames, ses priorités, parait-il…

 

Pourtant, en ce 21° siècle, le Pérou, encore une fois, vient d’endurer massacres et tueries (1). Des protestataires contre la spoliation, la misère, le mépris, les accablant, tués par les forces de sécurité de la dictature d’Alan Garcia (2).

 

Chiffre occulté des victimes de ces dernières semaines : une quarantaine au minimum, bilan officiel. Plus certainement, une centaine. Des observateurs évoquent plusieurs centaines (3). Les forces de police ayant pour habitude de faire disparaître les corps, en les jetant dans les nombreux rapides et rivières dans cette région amazonienne du pays.

 

 

 

Révolte des esclaves

 

Régime encadré par une oligarchie, aussi richissime que corrompue, au service de l’Empire. Camouflé en “Démocratie”, aux élections systématiquement truquées. Au “Libéralisme Economique” servant de paravent à un des pillages les plus effrénés des pays occidentaux. Pour toutes ces raisons, soutenu par la Communauté Internationale

 

Car, le Pérou est un des pays les plus riches du monde, dans le foisonnement de ses ressources minières et énergétiques, avec des populations parmi les plus pauvres. “Clochards assis sur un banc en or”, comme les Péruviens se décrivent eux-mêmes, dans l’autodérision du désespoir…

 

Il y a deux ans dans ce même blog, pratiquement jour pour jour, j’attirais l’attention sur l’effroyable répression écrasant les Péruviens, dans un billet (4) intitulé, Pérou : Jungle et Sable

 

Tout le mois de juillet 2007, ce n’était que blocage des routes, grèves, manifestations, dans toutes les provinces du pays, exaspérées par l’injustice économique et sociale. Sur fond d’assassinats, d’enlèvements, de disparitions de “leaders” syndicaux ou, tout simplement, de “citoyens”. Par des “escadrons de la mort”, formés depuis des décennies, à ce genre de pratiques dans les écoles des services spéciaux occidentaux.

 

Révolte contre un régime, une caste, détestés.

 

Une minorité blanche qui jouit de tous les privilèges, rentes de situation et richesses du pays. Descendante des colons espagnols, mais aussi d’autres pays européens. Perpétuant un système colonial inchangé depuis l’arrivée des conquistadors, au 15° siècle, sur le continent américain.

 

Caste méprisant les métis. Et, encore plus, les amérindiens des Andes ou d’Amazonie constituant la majorité de la population. Schéma de comportement raciste similaire à celui de beaucoup de pays d’Amérique latine. Remarquez-le dans les médias : on ne les appelle pas Péruviens, Boliviens, Equatoriens, ou autres, mais “indiens”. Comme s’il s’agissait d’une sous-catégorie d’hommes ne méritant, à l’exemple de leurs homologues d’Amérique du nord, que l’oubli et le confinement dans des “réserves”…

 

Caste exécutant servilement les décisions d’une métropole européenne, espagnole dans un premier temps. A présent, depuis l’indépendance de principe obtenue au 19° siècle, au profit des multinationales et autres variations de la prédation du “capitalisme sauvage” occidental, sous les différents habillages du “Libéralisme Economique”. Le dernier ayant  pour cache-misère l’appellation de “mondialisation”. Ou, de “globalisation” en anglais, avec un “z” en anglais des USA (5).

 

Le pays s’était soulevé en 1980, sombrant dans une guerre civile d’une vingtaine d’années. Mais la caste au pouvoir, forte de l’appui sans limite des USA, refusant une remise en cause des privilège et pillages, s’est uniquement préoccupée de diaboliser le principal mouvement de révolte : Le Sentier Lumineux. Présenté, par les spécialistes de la “guerre psychologique” et de la désinformation, à longueur de communiqués, documentaires et mises en scène, en organisation “sanguinaire”. Et, comble de l’horreur : maoïste !...

 

Justifiant une répression “industrielle”. Des dizaines de milliers de victimes, dans des conditions atroces. Tous les cadres, notamment les instituteurs dans les campagnes, susceptibles de pouvoir encadrer la révolte, méthodiquement assassinés. La terreur sauvage instaurée dans les villages et communautés.

 

Répression dont les historiens auront un jour, d’ici une génération ou deux probablement, la liberté d’écrire une version différente de celle imposée par l’idéologie impériale actuelle. Se posera inévitablement l’accès à des archives introuvables, car détruites au préalable par les services spéciaux occidentaux, suivant la pratique connue. (6)

 

Révoltes d’esclaves, abandonnés à la misère, la malnutrition, sans système d’éducation, de santé. Ne parlons pas de “services publics”… Esclaves qui malgré massacres, atrocités et terreurs continuent à se révolter.

 

Les violents affrontements du mois de juin 2009, entre les Péruviens d’Amazonie et les milices, ou commandos de tueurs, du dictateur Alan Garcia, sont l’aboutissement d’un conflit qui dure depuis le mois de janvier dernier. Leur refus des lois votées par les “parlementaires” soucieux de ratifier le Traité de Libre Echange (bilateral agreement) dicté par les USA au Pérou, le 8 décembre 2005.

 

L’Amazonie péruvienne, dans le cadre de ce traité colonial, a été divisée, répartie, en concessions de prospection et d’exploitation, énergétique et minière, sans consulter la population propriétaire de ces terres collectives. Pratique d’expulsion des terres en usage au 19° siècle à l’encontre des Sioux, Apaches et autres peuples d’Amérique du nord. Ou en Kanaky et ailleurs, par la France. Pour nous limiter à quelques exemples. Quand on détient la force, pourquoi se gêner ?…

 

Schéma classique qu’ont eu à subir, et subissent encore, les amérindiens en Bolivie, Equateur, Colombie, et dans d’autres pays latino-américains. Inti, un des responsables des communautés péruviennes Aguarunas concernées, rappelle que depuis 25 ans elles réclament les titres officiels de leur propriété. A ce jour, seuls 2 km (oui : deux !) ont été enregistrés…

 

La conséquence immédiate de ce vote était la confiscation des terres amazoniennes appartenant à ces populations au profit des compagnies pétrolières et gazières internationales, malgré étiquettes et appellations “latinisées”, via des cascades de filiales. D’où l’explosion de colère, née du désespoir face à l’injustice du vol de leurs terres ancestrales, à 1000 km au nord-est de Lima, à Bagua.

 

Preuve, une fois de plus, que le droit de propriété est “sacré” dans le Libéralisme Economique. Mais, pas pour ceux considérés comme des sous-hommes. Eux, n’ont droit qu’à la spoliation.

 

Voyant que la répression et la diabolisation du mouvement de protestation, loin de terroriser, provoquaient un durcissement des revendications, le pouvoir a pris peur. Le Congrès a annulé deux des lois d’application du traité de libre-échange, par 82 voix contre 12, après un débat de 5 heures. Cinq heures de débat pour statuer sur une spoliation…

 

Décision fêtée comme une victoire par les protestataires (7). Les plus lucides, toutefois, savent que c’est “reculer pour mieux sauter”. Les groupes multinationaux, notamment du pétrole et du gaz, des exploitations minières, des bois exotiques, vont revenir à la charge. Pour ces prédateurs, il ne s’agit que d’un repli tactique avant d’imposer leurs intérêts sur les fabuleuses terres amazoniennes. Par tous les moyens. Ils en ont vu d’autres et en ont dompté d’autres…

 

 

Aliénation des notables

 

A la souffrance de la spoliation et de l’humiliation permanentes, vécue dans la violence, le peuple péruvien en endure deux autres, communes à bien des nations : la confiscation de sa parole et la négation de son identité, par la caste au pouvoir. Ne diffusant à l’extérieur du pays que la représentation voulue par ses maîtres occidentaux, dont elle n’est que le “fondé de pouvoir”, dans ce qu’ils considèrent comme une colonie.

 

Ainsi écrivains, artistes et intellectuels, membres de cette caste, n’auront accès à la promotion du monde médiatique occidental qu’après avoir prouvé leur allégeance à l’idéologie, la rhétorique, avec ses silences, imposées par l’Empire.

 

L’écrivain Mario Vargas Llosa, à la double nationalité péruvienne et espagnole, est le parfait représentant de cette caste de privilégiés s’identifiant à l’Occident. N’hésitant pas à exprimer son sentiment de supériorité raciste à l’égard de “l’Autre”, jusqu’à y inclure sa propre nation et son peuple, considérés comme “arriérés”.

 

Il s’est même rêvé un destin de président. Se portant candidat à une élection, dans une campagne électorale où il se révéla incapable de parler et de comprendre les principales langues de son pays. Encore moins, ses problèmes, ses urgences, ses priorités. S’y ridiculisant.

 

En 2005, une des plus fanatiques organisations de l’extrême-droite US, l'American Enterprise Institute, connue pour son acharnement obsessionnel dans la propagation de l’idéologie du “choc des civilisations”, lui a décerné l’Irving Kristol Award. Le discours qu’il prononça lors de la remise de son prix est un modèle du genre : Confessions of a liberal. L’exaltation arrogante de La Loi du Plus Fort

 

Il fut de toutes les campagnes de propagande justifiant la destruction de l’Irak, de l’Afghanistan, du Pakistan, les bombardements aveugles au Liban ou sur Gaza. Multipliant dans des chroniques, entretiens journalistiques, radiophoniques, télévisuels, les déclarations méprisantes ou diffamatoires sur Cuba, le Venezuela, la Bolivie.

 

Systématiquement, contre toutes les tentatives de rénovation des systèmes politiques à la recherche, en Amérique latine et sur d’autres continents, d’une meilleure répartition des richesses nationales ou d’une diminution de l’injustice sociale. N’hésitant pas à en rajouter, à chaque occasion, dans le délire “néoconservateur”. A 73 ans, on le découvre chantant les louanges de Berlusconi… (8)

 

Forcément, l’Empire et ses vassaux adorent ces écrivains, artistes et intellectuels. Ils nourrissent, à peu de frais, sa propagande. Aux antipodes de ceux engagés dans la défense de la dignité humaine, de la justice, tels Oswaldo Guayasamin, Ngugi wa Thiong’o, Mahmoud Darwich ou Harold Pinter.

 

Leurs prosternations permanentes devant “les vertus” de l’Occident, dans la condescendance, si ce n’est le mépris, à l’égard des peuples, religions, croyances ou cultures, de leur nation d’origine, provoquent l’extase de nos cercles littéraires, “culturels” et académiques, animés par les Précieuses Ridicules de service.

 

La trahison, l’abjection des clercs. Voie royale, impériale, pour se voir encensé et couvert d’honneurs. (9)

 

Jusqu’au pathétique.

 

Vargas Llosa, entre autres colifichets et breloques honorifiques, est titulaire de 40 doctorats Honoris Causa, décernés par des universités complaisantes ou complices…

 

La nouvelle génération de cette caste ?... Plus habile, dans le marketing de ses privilèges et le positionnement de son image.

 

Un exemple : la nièce de Vargas Llosa, Claudia Llosa, vient d’obtenir à 33 ans l’Ours d’Or du meilleur film au festival de Berlin pour son second long métrage : “Fausta – La teta asustada”. Hissé, dans le dithyrambe des critiques cinématographiques, cornaqués par les spécialistes en “communication” véhiculant le “dossier de presse”, au rang de chef-d’œuvre du cinéma péruvien et latino-américain !…

 

Film, exploitant le fond de commerce du malheur des autres peuples en vogue en Occident, pour montrer une nation, et sa langue quechua, vivant dans la misère matérielle et psychologique. Mettant en scène une jeune fille traumatisée par le décès de sa mère, violée, comme beaucoup “d’indiennes” lors de la guerre civile. Vivant dans un quartier pauvre, femme de ménage chez de riches bourgeois, raffinés, concertistes.

 

“… Autant dire qu’on navigue ici, à la fois médusés et éblouis, en pleine monstruosité latino-américaine”, nous dit le dossier de presse en rabatteur de cabaret.

 

Evidemment, dans ce genre de film, n’est jamais expliqué, évoqué, le pourquoi de cette “monstruosité”. Occultant, avec soin, les causes de la souffrance des peuples latino-américains, depuis des siècles. Six siècles.

 

Astucieusement, cyniquement, on l’exhibera au contraire, comme dans les attractions foraines de nos ancêtres, femmes à barbe ou à deux têtes. Bâtissant fortune et renommée, sur l’exploitation du filon inépuisable du misérabilisme. Laissant entendre que c’est la faute aux pauvres s’ils sont misérables. Ils sont arriérés, incapables d’évoluer, car pétris de croyances et de superstitions. Comprenez-vous ?... Immergés dans le culte de la violence, de la mort. Réfractaires aux Lumières de l’Occident.

 

Ne délivrant sur le “marché” de l’Occident qu’une vision formatée, rassurante, sur les bienfaits de sa civilisation et la nécessité de les imposer. Au besoin par la force, la sauvagerie. Dans le carnage, la torture et l’humiliation. Vision réductrice, de peuples et de leurs cultures, par une caste justifiant ses préjugés, consolidant ainsi sa prédation, sa violence et celles de ses suzerains.

 

On ne parlera donc pas du Pérou, dans les médias. Pas “d’envoyé spécial”. La Communauté Internationale ne se mobilisera pas pour condamner truquages électoraux, corruption, atrocités de ses dirigeants. Pas de campagnes hystériques sur les droits de l’homme, la dignité de l’être humain, l’égalité de l’homme et de la femme, la fiabilité des élections, la liberté d’expression.

 

Non. Jamais.

 

Tout au plus, sera-t-il permis un apitoiement mondain et fataliste sur le malheur de son peuple. A l’occasion d’un film, un roman ou les propos des représentants de la caste au pouvoir. Qui, évidemment, n’en sont pas responsables, ni coupables.

 

Le Pérou n’est pas l’Iran.

 

Sa caste au pouvoir, n’est pas seulement “occidentalisée”. Mieux encore, l’idéal, le must : elle est considérée comme “blanche et occidentale”, à l’identique d’une Ingrid Betancourt. Donc, par définition : irréprochable.

 

Aux ordres de l’Occident, engraissée par sa collaboration, de génération en génération, sans aucune velléité de contester le pillage, la soumission, la négation de son pays, de son peuple et de sa culture…

 

Qui, en fait, lui sont totalement étrangers.

 

Reproduisant le modèle de ces notables romains, possédant d’immenses domaines dans les colonies de l’Empire édifié par Auguste. Leur vie était à Rome, même si leurs faramineux revenus et privilèges provenaient de ces contrées et terres mises en valeur par le travail des esclaves.

 

L’ordre règne au Pérou, sous l’implacable esclavage “Libéral”, dans le silence complice de la Communauté Internationale.

 

Silence Solidaire, tant apprécié de l’Empire…

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  Bain de sang au Pérou : “Survival” demande le retrait des compagnies pétrolières, communiqué de presse de “Survival International”, 8 juin 2009.

(2)  Carlsen, Laura, Victory in the Amazon – Defeating the US-Peru Trade Pact, Counterpunch, 22 juin 2009, http://www.counterpunch.org/carlsen06222009.html

(3)  “… des centaines de personnes ont disparu et, d’après les informations commençant à circuler, la police aurait jeté les corps des manifestants tués dans les rivières afin de dissimuler le nombre des victimes…”, “… hundreds remain missing and reports that the police threw the bodies of the protestors in the river to hide the real death toll have begun to circulate…”, Carlsen, Laura, Op. Cit.

(4)  Pérou : Jungle et Sable…, 3 août 2007.

(5)  Lire, et relire, l’ouvrage fondamental de Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’Economie 2001 et ancien directeur des études économiques à la Banque Mondiale) : Globalization and its discontents, Penguin Books 2002.

(6)  J’ai évoqué, à titre d’exemple, le difficile travail des historiens, du fait de la destruction des archives, sur les atrocités britanniques au Kenya lors de la répression de la révolte Mau-Mau, dans un texte sur Ngugi wa Thiong’o…

(7)  Peru Indians hail ‘historic’ day - Indigenous groups in Peru have called off protests after two land laws which led to deadly fighting were revoked, 19 juin 2009, http://news.bbc.co.uk/2/hi/8109021.stm

(8)  Victor de Sepausy, AFP, 21 mars 2009, http://www.actualitte.com/actualite/9015-Mario-Vargas-Llosa-Berlusconi-eloge.htm

(9)  Cf. les textes :

=>  Prix Littéraire et Littérature Coloniale…

=>  Tahar Ben Jelloun et les Talibans : Tartarin et les Lions…

 




Photo : Péruviens de la région de Yurimaguas (nord-est du Pérou) bloquant une route lors d’une manifestation le 9 juin 2009, AP/Karel Navarro.


 


 


 


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Mercredi 24 juin 2009

 

 

 Pour s'oxygéner des flagorneries médiatiques...


 

 

 

 

 

 Caricature : Steve Bell -The Guardian - 24 juin 2009


 

 

 

 


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Vendredi 19 juin 2009



Les Iraniens viennent d’élire leur président. Malheureusement, ils ont mal voté…

 

Mais, qu’est-ce qu’ils ont dans la région ?… A moins de leur taper dessus, ils votent tous mal !... Pourtant, nous n’avons pas arrêté de les inciter à voter pour les candidats qui représentent nos intérêts chez eux. Pas moyen. Ils n’écoutent pas.

 

Vérification, encore une fois, de ce que nous n’arrêtons pas d’affirmer : “ils ne comprennent que la force”. Cogner est la seule solution pour leur faire entendre ce qu’est une véritable démocratie : voter pour ceux que nous souhaitons, nous, les occidentaux.

 

A l’exemple de l’Irak, de l’Afghanistan, ou de Gaza, et d’ailleurs. Du Mexique à Taïwan, du Nicaragua au Gabon, de l’Argentine à l’Egypte. Bref, partout, où nous utilisons drones, obus au phosphore, à l’uranium “appauvri”, ou nos escadrons de la mort, “experts es-tortures”, “chasseurs d’opposants”, formés dans nos écoles des “forces spéciales”.

 

Le droit des peuples à décider de leur destin ?... Bien sûr. C’est exécuter d’abord ce que nous dictons. Parce que “nous”, nous sommes porteurs de civilisation, les autres peuples doivent nous écouter. Les Iraniens, tout comme les Vénézuéliens ou les Palestiniens, doivent obéir à nos consignes de vote.

 

Tant pis pour eux, ils ont été prévenus.

 

La main tendue ou le bâton. En clair : “tu t’écrases, ou tu as mon poing dans la gueule”. On va être obligé de leur faire le coup de Gaza. Quelques bonnes séances de bombardement. Cela va crier un peu dans les chaumières, chez nous (chez eux, on s’en fiche…), mais ils verront ce que parler veut dire. Si nous ne nous faisons pas respecter, où va-t-on ?...

 

A moins qu’entre-temps, ils n’arrivent à renverser leur président…

 

 

Prendre ses désirs pour la réalité

 

Chez nous, quand Sarkozy a été élu, les voitures ont brûlé dans les “quartiers défavorisés”, ce qu’on appelle “les banlieues”. Plusieurs nuits durant. Nous étions la risée de nos amis anglo-saxons, se payant notre tête avec notre démocratie policière sur fond d’inégalités sociales. Oubliant que chez eux, c’était pareil…

 


 

Finalement en Iran, à l’annonce des résultats, ceux qui ont perdu les élections ont fait comme chez nous.

 

Sauf que…

 

En Iran, en fait à Téhéran, c’est dans les quartiers nord où il y a eu des incendies. Ce sont les quartiers chics. Certes, les riches quartiers d’une capitale ne représentent pas tout un pays. De plus de 75 millions de personnes. Toutefois c’est un symbole, et les médias ont raison de ne se focaliser que sur ça. Car, les beaux quartiers c’est l’avenir de l’Iran. Comme chez nous, en France.

 

Les beaux gosses des quartiers riches se sont défoulés, sous les encouragements des SMS des Lolitas peinturlurées en Gucci, brûlant de descendre dans les rues avec leurs minijupes (1). Comprenons-les, elles n’en peuvent plus de ne les porter que dans les “boom-disco-techno-boum-boum”, chez les parents, les tantes ou les oncles.

 

Toutefois, les gentils casseurs ont courageusement évité de brûler les voitures des quartiers huppés. Prenant soin d’épargner la limousine Toyota de papa, et le 4x4 Mitsubishi de maman. Et, surtout, leurs coupés Hyundai. Importés d’Abu Dhabi, via les cousins installés sur place. Des milliardaires du business. Ils n’ont brûlé que des poubelles, ou quelques pneus traînant dans les garages de la maisonnée.

 

Se réunir en criant : “Halte à la dictature”, “Où est mon vote ?”, “Ahmadinejad va te laver” !... Quel frisson ! Avec un peu plus de poils au menton, ils pourraient être pris pour le Che, sur les photos de leurs portables. Envoyées illico aux Lolitas, s’extasiant sur les exploits de leurs preux chevaliers.

 

Certains, se sont quand même posé des questions existentielles, pour manifester leur mécontentement face aux résultats. Fallait-il jeter l’écran plasma familial par la fenêtre sur les policiers, avec les consoles de jeu, ou pas ?... To be or not to be, “plasma” ?...

 

Finalement, ils ont renoncé. Cela aurait fait “enfant gâté”. Se limiter à quelques poubelles, c’est plus écolo.

 

La jeunesse des beaux quartiers s’ennuie...

 

C’est vrai comme le disait un "étudiant-ingénieur" sur une vidéo que les chaînes TV françaises passaient en boucle. En train de jouer à la Box, bardé de PC, portables, IPhone, Blakberry, devant l’écran géant de son salon climatisé. On s’ennuie, en Iran.

 

Bien sûr, dans les campagnes beaucoup de “jeunes” font une dizaine de kilomètres à pied pour rejoindre leur école, souvent sans chauffage en hiver. Tous les jours. Ceux-là n’ont pas le temps de s’ennuyer. Ils ont de la chance.

 

Cette jeunesse issue de la bourgeoisie qui n’a connu ni la dictature sanguinaire du Shah, ni la guerre de 8 ans avec l’Irak (2), a envie de s’éclater. Normal. A sa place, j’éprouverais le même spleen

 

Des intellectuels et des artistes, aussi, qui ont envie de vendre à une riche clientèle leur production avec les prix qu’atteignent les moindres croûtes en Occident. En Iran, on est très loin des cotes des galeries d’art moderne occidentales. C’est vrai, il y a de quoi souhaiter tout casser.

 

Mettez-vous à leur place. Voir des ballons gonflés à l’hélium au château de Versailles, ou dans le musée-palais de Pinault à Venise, atteindre des millions d’euros… Produire n’importe quoi et ramasser des millions dans l’extase des gogos ! Qui ne voudrait pas gagner des millions, dans ces conditions ?...

 

Moi, je les comprends. Attendre encore une génération, voire deux, pour pouvoir jouir des mêmes spectacles qu’à New York, Londres ou Amsterdam, j’en conviens, c’est trop long. Horrible attente, comme pour ce spectacle en ce moment à Paris (3) :

«… Pâquerette ne se contente pas d'effeuiller la marguerite mais de "faire danser tous les orifices, dont l'anus", selon ses auteurs. "On a envie de trouver des intensités nouvelles, loin des normes et des codes, raconte François Chaignaud.

… La question de la morale est rejetée par les artistes. La fameuse formule, bien commode aussi, "l'art est au-delà de la morale" fleurit un peu partout. "Mais il y a des limites à la représentation de l'acte sexuel sur un plateau, nuance Alain Buffard, dont la nouvelle pièce, Self & Others, est en tournée en France… »

 

Chez nous, en Europe, nous n’avons pas le droit de contester le résultat des élections, même si vous comme moi, nous n’avons pas la possibilité de nous présenter à la présidence de la république. Pour être candidat, on doit être "coopté"... On n’a même pas le droit de contester la Constitution européenne par référendum. Refusé. Mais, par contre, nous avons le droit, sur des scènes de théâtre subventionnées, de “voir danser tous les orifices, dont l’anus”…

 

Ils ont du chemin les Iraniens, avant d'arriver à notre niveau de liberté !…

 

Il est évident que ce n’est pas avec ces amateurs qu’on va provoquer la chute d’un régime. C’est notre vitrine qui permet de modeler l’opinion publique dans nos pays. Pas plus. Faire croire que quelques quartiers représentent l’ensemble des Iraniens, passant leurs journées à activer leurs PC et leurs GSM.

 

Pour passer aux choses sérieuses et accentuer la tension, nous avons nos provocateurs, nos tueurs, capables de tirer dans la foule. Nos valises de dollars. Comme lorsque nous avons renversé Mossadegh, en 1953, qui avait eu la prétention de restituer les revenus du pétrole et du gaz aux Iraniens. Une opération de déstabilisation qui est un chef-d’œuvre du genre. Modèle étudié, de nos jours, dans toutes les officines des services spéciaux dans le monde…

 

 

En “vert” et contre tout

 

Nous savions qu’Ahmadinejad allait l’emporter. Depuis trois semaines, c’était l’évidence. Tous les sondages “sérieux” que nous avions commandés donnaient, avant les élections, la victoire d’Ahmadinejad par au minimum 2 voix contre 1 à Moussavi.

 

Notamment, celui financé par le Rockefeller Brothers Fund, organisation qu’on ne peut accuser de “pro-Ahmadinejadisme”… Ce n’est un secret pour personne, un article du Washington Post en donne le détail (4).

 

Vainqueur de loin. Dans les 30 provinces. Pire : Ahmadinejad est le plus populaire des candidats, notamment parmi les 18-24 ans. L’horreur !...

 

Ken Ballen et Patrick Doherty, analystes des sondages et observateurs des élections, estiment qu’il n’y a pas eu fraude. Du moins à grande échelle. Les résultats correspondant aux sondages.

 

Les commentaires, occultés en Occident, de Pavel Zarifoulline, rédacteur en chef du portail analytique Geopolitika (Russie), qui a suivi parmi les observateurs russes la dernière élection présidentielle en Iran, estimant les résultats corrects, ont fait beaucoup de bruit dans les médias internationaux non-occidentaux et la blogosphère. Il a été clair (5) :

" A titre d'observateur, j'ai participé à bien des élections, notamment en Biélorussie et en Moldavie, mais je n'ai vu nulle part d'élections aussi démocratiques qu'en Iran".

 

Et, alors ?

 

Si la popularité d’Ahmadinejad est un obstacle dans l’opération de putsch en cours, elle n’en est pas insurmontable. Une popularité se dynamite encore plus facilement qu’un bloc de rochers. Il suffit de lui tailler un costume sur mesure à la Chavez.

 

Regardez Chavez, c’est un des rares chefs d’Etat élu dans des conditions de régularité parfaites, dans le monde, mais notre propagande le fait passer pour dictateur. Et ça marche !

 

L’opération actuelle est préparée de longue date. Suivant les techniques rodées dans plusieurs pays, nous avions adopté le “vert” comme couleur emblématique du mouvement de contestation du résultat des élections. Couleur symbolique en pays d’Islam. Ces mouvements "colorés" ont beaucoup de succès et se véhiculent très bien dans les médias occidentaux. On se souvient du plus réussi : la révolution “orange” en Ukraine.

 

Cela fait des mois que nos experts de la désinformation bossent sur cette opération, avec un budget “no limit. Notamment israéliens, qui sont parmi les plus forts pour mettre au point les argumentaires de "décrédibilisation" (6). Très implantés dans les médias, ils sont chargés de l’encadrement des rédactions.

 

Un solide argumentaire, auquel s'ajoutent de confortables enveloppes dans des paradis fiscaux, font des merveilles dans le réseau médiatique. Comparé à notre appareil de propagande en Occident, par sa sophistication et son efficacité, celui de Staline paraît, à posteriori, dérisoire…

 

Quand on a franchi les bornes, il n’y a plus de limites… Suivant le mot bien connu. Autant y aller à fond ! Objectif : Arriver à persuader le chaland que la lune est carrée. Et, décliner à l’infini. Inverser la réalité. Nous avons été royalement servi. Un régal, jusqu’à présent. Comment ne pas admirer le niveau de désinformation atteint par nos médias ?... Nous évoluons au sommet de l’art, en la matière.

 

Parmi les summums de la virtuosité médiatique, admirez dans le genre :

« Les conservateurs euphoriques, les réformateurs en colère. » (7)

En fait, c’est le contraire. Ce sont les conservateurs qui sont en colère et les réformateurs qui sont euphoriques. Formidable renversement de perspective !

 

Ou encore, parler d’un score électoral stalinien pour Ahmadinejad, élu avec 62,3% des voix sur un pourcentage de votes exprimés de 80%. Alors que son prédécesseur, Khatami (le patron de son concurrent Moussavi) avait été élu avec une moyenne de 70% des voix sur un pourcentage de votes exprimés de 84%.

 

Pendant les élections, les médias occidentaux n’ont montré que les manifestations des partisans de Moussavi. La plus importante a réuni 100.000 personnes dans le centre de Téhéran. Le maximum qu’ils peuvent atteindre. Alors que la veille ceux d’Ahmadinejad en avaient rassemblé environ un million. Cela, ils n’en ont pas parlé. A chaque manif, c’est la même chose. Voilà du bon travail.

 

Ne montrer que des jeunes, au visage lisse et sympathique, pour la contestation. Face à des partisans d’Ahmadinejad qui ne peuvent être que des vieux ou des gueules patibulaires. Excellent !

 

Pour le reste, il suffit de jeter de l’huile sur le feu de l’imaginaire émotionnel...

 

La jeunesse iranienne est frappée par le chômage. Comment ne pas partager leur inquiétude, et en profiter pour la présenter en martyre d’un régime ?…

 

Quand on analyse les statistiques du chômage des jeunes en Iran, ce sont les mêmes qu’en Europe avec des taux moyens supérieurs à 10% et des zones où il dépasse les 20 à 40%. A l’identique de certains de nos quartiers ou de nos pays. Surtout chez les diplômés de l’enseignement supérieur. (8)

 

Une différence, toutefois : les pays européens, parmi les plus riches du monde, peuvent commercer librement alors que l’Iran est soumis à un embargo drastique. Qui fait la fortune des contrebandiers, de leurs couvertures, et bien sûr de leurs partenaires occidentaux. Mais, ça, il ne faut pas le dire… Chut !

 

Mettez-vous dans la peau d’un libéral de l’import-export, d’un conseiller financier, d’un avocat d’affaires, d’un architecte, d’un chirurgien, de tous ces traders et brokers, ces businessmen, ils étouffent avec cet embargo qui les empêche de démultiplier un business aux multiples ramifications, depuis le pétrole jusqu’à la privatisation des services publics. En liaison avec la diaspora iranienne, celle qu’on voit manifester devant les ambassades dans les pays occidentaux.

 

Ces exilés qui avaient pu partir avec une partie du magot familial amassé pendant les années de la terrible dictature du Shah, compromis dans la corruption  et les exactions du régime. Ce sont leurs rejetons qu’on fait passer, à présent, pour des “experts” sur l’Iran. Nos meilleurs auxiliaires, pour nos campagnes de propagande.

 

Tous ces gens ont le sentiment de bricoler, alors que le jackpot est à portée de main : pétrole et privatisations !... De quoi enrager.

 

 


 

L’entropie

 

Problème : la révolte gronde dans les beaux quartiers de la capitale, le reste du pays est calme. Même à Téhéran, il y a des points de blocage. Dans l’opération de déstabilisation actuelle : le “Bazar” ne bouge pas.

 

Rien à voir avec le folklore orientaliste. En Iran, c’est ainsi qu’on désigne le grand commerce qui a son siège à Téhéran. Articulé sur les grossistes, demi-grossistes. Ils tiennent l’économie du pays. Ce sont eux qui vivent du commerce intérieur, qui assurent la banque de détail, par des prêts aux particuliers, aux détaillants, aux petits commerçants, aux transporteurs, jusque dans les provinces les plus éloignées. 

 

Ils savent qu’avec la libéralisation à outrance, rêvée par les spéculateurs de la mondialisation en cheville avec les milieux financiers internationaux, ils vont être balayés avec autant de considération que pour des feuilles mortes.

 

Le “Bazar” est la mémoire du pays. Il a vécu le “libéralisme économique” du Shah avec les richesses du pays confisquées par l’Occident et une oligarchie pourrie jusqu'à la moelle vivant dans un luxe inimaginable. Laissant le pays à l’abandon. Ils ont efficacement contribué au renversement du Shah.

 

Normal que Le Bazar traîne des pieds. Il va falloir augmenter la pression de l’insécurité pour l’assouplir, le bousculer, le convaincre. L’insécurité, ce n’est pas bon pour le commerce. Ils devront choisir…

 

La situation est complexe, plus que les clichés médiatiques. Mais la grille d’analyse est simple. Nous sommes face au principe de l'entropie qui veut que tout système d’organisation, fut-il "révolutionnaire", génère son propre éclatement ou son propre chaos.

 

Cela me rappelle l’évolution de la révolution de Sun Yat-sen, le fondateur de la république Chinoise, qui a vu progressivement deux clans se former : celui autour de Mao et sa volonté de réforme d’une société féodale, et celui de Tchang Kai-Chek corrompu et désireux, en satellisant la Chine à l’Occident, d’y retourner.

 

Pour nous, ceux qui acceptent de passer sous la coupe de l’Occident ce sont les réformistes. Les autres, ce sont nos adversaires : les conservateurs.

 

En Iran, abstraction faite de la religion, on assiste au même phénomène, à l’affrontement de deux clans :

 

=> Les “Pro-West”, les réformistes, qui comptent deux anciens présidents : Rafsandjani et Khatami. Ceux sont eux qui “drivent” leur poulain ou leur marionnette : Moussavi, ancien collaborateur des deux.

 

Ils sont modernes, pour nous ce sont des pragmatiques. Ils se sont considérablement enrichis depuis la révolution. Eux, ils ont compris l’évolution du monde et de sa loi fondamentale : La Loi du Plus Fort. Ce sont nos alliés dans la place.  Des alliés de poids.

 

Rafsandjani, président élu de l’Iran de 1989 à 1997, est l’homme le plus riche d’Iran. Une des plus grandes fortunes mondiales d’après le périodique américain Forbes. Fortune bâtie à une vitesse exponentielle, dès la fin de la guerre avec l’Irak : pétrole, gaz, immobilier, immenses propriétés agricoles, commerces, industries. Une colossale puissance financière.

 

A l'origine son père était un producteur prospère de pistaches. Nous savons qu’il est méprisé par le peuple iranien pour avoir sombré dans l’affairisme et la corruption. Il a su acheter et corrompre une partie du haut clergé. Il est surnommé par l’homme de la rue : Le Requin... Avec son clan, ses fils et ses filles. Tous richissimes.

 

Il est d’ailleurs amusant de voir les médias occidentaux montrer une de ses filles, milliardaire elle aussi, haranguer dans une mise en scène un groupe de femmes (100 $ pour chaque participante…), comme si elle souhaitait défendre les libertés publiques !... A se tordre de rire. Encore un bon coup de notre appareil de propagande.

 

Khatami, président de 1997 à 2005. Même évolution, en plus discret dans l’ostentation de la richesse et de l’influence. C’est la vitrine “intello” du clan. Le cachet  et la patine de la respectabilité.

 

C’est avec des gens de cette étoffe, que nous nous entendons à merveille. Pour faire du bon busines il nous faut, en Iran, des hommes de la trempe d’un Eltsine.

 

 

=> Face à eux, un clan représenté par Khamenei, qu’on appelle “le guide spirituel” et Ahmadinejad. Des demeurés. Ils n’ont rien compris : ils sont “incorruptibles”. Se prenant pour Eliot Ness face à Al Capone. Ou, dans un autre genre, pour Mao face à Tchang Kai-Chek. Des rêveurs, des idéalistes. Ceux qui croient que demain on rasera gratis. Il y en a encore de ces bouseux. Les plus faibles.

 

Pour le peuple Iranien les partisans de Moussavi sont les conservateurs, l’extrême-droite. Ceux qui veulent rétablir un régime analogue à celui du Shah, avec ou sans son héritier en exil, approuver tout ce que veut l’Occident, surtout privatiser à tour de bras, casser le peu d’aide sociale et laisser crever le reste du pays. Pendant la campagne électorale à la TV iranienne, Ahmadinejad a mis en cause la corruption de ce groupe. Il faut inverser cette perception.

 

Imaginez : Ahmadinejad a mis en place une couverture sociale pour toutes ces femmes qui travaillent dans une des principales industries du pays, celle de la fabrication des tapis ! Exploitées par les riches propriétaires qui ne rêvent que de casser cela aussi vite que possible. Exemple dévastateur pour le reste de la région.

 

Khamenei et Ahmadinejad : des hommes dangereux pour notre stratégie coloniale en Iran.

 

En trente ans, l’Iran, malgré l’embargo s’est beaucoup développé, avec des réalisations spectaculaires. C’est au Moyen-Orient le pays, avec la Turquie, où la société civile évolue le plus rapidement. Dans les universités plus de 60% des étudiants sont des femmes. Avec un taux atteignant 70% en médecine. (9) Le meilleur taux mondial, actuellement. La plus grande partie de ces femmes, issue de milieux modestes, soutient Ahmadinejad. Nous arriverons à les convaincre du contraire.

 

Deux visions différentes. Des conservateurs qui rêvent de prospérer au sein d’une confortable nouvelle féodalité, arrimée au Big Business US et occidental. Face à des réformateurs qui rêvent d’une société fondée sur la solidarité.

 

Le choc : d’un côté les nantis et de l’autre les ouvriers, paysans, petite bourgeoisie qui ne supportent pas la corruption en train de  se développer, avec la spéculation, à grande vitesse. Individualisme, face au vivre en communauté. La “loi du plus fort”, face à la solidarité.

 

Symbolisé par l’opposition entre l’architecte Moussavi, fils de riches commerçants, et l’ingénieur Ahmadinejad, fils d’un modeste forgeron. Situation dangereuse pour nos intérêts : les néo-conservateurs iraniens, alias les réformistes dans notre propagande, doivent impérativement gagner. Tout doit être fait pour les appuyer. Le putsch doit réussir.

 

Après avoir écrabouillé consciencieusement Gaza, nous démolissons avec application le Pakistan, dans l’impunité. Nous avons réussi à casser brillamment l’Irak, l’Afghanistan. Pris en étau, l’Iran va être démembré, éclaté. Comme les autres.

 

En fait, la véritable arnaque ce n’est pas le comptage des votes ou l’identification des fraudes électorales, c’est de faire croire qu’on se préoccupe de la démocratie en Iran. C'est notre force.

 

Notre seule préoccupation, ce n’est même pas “la bombe”, c’est tout simplement comme en Irak : le Pétrole, le Gaz. Avec, au passage, la privatisation à notre profit des services publics (de véritables rentes de situation !) et la main mise sur le système bancaire et financier. Le reste on s’en contrefiche !...

 

L’Iran, ce n’est qu’une question de temps. L’Empire aura sa peau.

 

Que le reste du monde, la Russie ou la Chine estiment que cela commence à faire beaucoup ou pas… Même eux ne perdent rien pour attendre. Plus tard, leur tour viendra. On s’occupe déjà, méthodiquement, de leur cas.

 

L’Empire a l’éternité devant lui !

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)  En référence au titre du roman de Azar Nafisi : Lire Lolita à Téhéran

(2)  1980-1988. Plus d’un million de morts du côté iranien et toute l’infrastructure de raffinage de pétrole et de gaz détruite (par des avions français Super-Etendard armés de missiles exocet).

Avec l’embargo qui a suivi, notamment sur les pièces détachées et composants spécifiques aux installations, les Iraniens ont éprouvé les plus grandes difficultés à les reconstruire. Ce qui explique que ce producteur de pétrole soit obligé d’importer une grande partie de l’essence nécessaire à sa consommation intérieure.

(3)  Journal Le Monde du 13 juin 2009 : http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/06/13/erotisme-sexe-et-strip-tease-s-invitent-sur-les-scenes-actuelles_1206508_3246.html

(4)  Ken Ballen et Patrick Doherty, http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/06/14/AR2009061401757.html, traduction en français : http://www.legrandsoir.info/Le-peuple-iranien-s-exprime-Washington-Post.html

(5)  http://fr.rian.ru/world/20090617/122018642.html RIA Novosti 17/06/09

(6) Trans-Atlantic Con Man, Guest Post by Marsha B. Cohen, http://www.ips.org/blog/jimlobe/?p=258 :

“… Two weeks ago, the head of the Israeli Foreign Ministry’s “Task Force on Isolating Iran” sent a classified telegram to all Israeli embassies and consulates titled “Activities in the Run-up to Iran’s Presidential Election.” It detailed a variety of ways that Israeli representatives could “blacken Iran’s international reputation” and delegitimize the Iranian elections, before, during and after they took place on June 12…”

(7)  “Les conservateurs euphoriques, les réformateurs en colère”, Le Monde, 13 juin 2009.

(8)  Lire l’excellent dossier économique sur l’Iran, de Thierry Coville, dans Alternatives Internationales -  n°43 - Juin 2009

(9)  Thierry Coville, Op. Cit.

 

 

Caricature : Intronisation de Sarkozy vue par Steve Bell – The Guardian - 8 mai 2007

Photo : Mirdamad Street-Téhéran-dejkam-com


 

 

 

 


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Vendredi 12 juin 2009


En attendant les résultats des élections iraniennes, les écorcheurs professionnels de la désinformation se font les dents sur une de leurs proies préférées : la Chine...

Oui,
en Occident, depuis quelques temps nous avons droit à une nouvelle campagne de “Casse-Chinois” !...

 

Tous les médias.


Une cascade de livres, documentaires, articles et cahiers spéciaux (1). S'étalant sur des mètres de linéaires et des heures audiovisuelles. "Célébrant" les 20 ans de Tian'anmen pour relancer, réactiver, les bûchers de la diabolisation.


Dans le ravissement, de partager sainteté et vertu de la "race supérieure".

 

Rien de neuf...

 

 

 

L’humoriste Pierre Desproges avait parfaitement mis en boîte l’essence, l’intelligence et la pertinence de cette propagande. En quelques lignes (2) :

 

« J’allais oublier de vous dire qu’il y a deux sortes de Chinois…

 

…. Les deux sortes de Chinois sont les Chinois communistes qui mangent les enfants, et les Chinois nationalistes (3) qui mangent des conserves Saupiquet, si ça se trouve.

 

Comment reconnaître un Chinois nationaliste d’un Chinois communiste ?

 

C’est impossible. On dirait des Japonais. »

 

 

 


 

 

 

(1)  Parmi ces ouvrages de propagande mis en évidence dans les linéaires, je vous conseille celui de Thierry Wolton : Le Grand Bluff Chinois : Comment la Chine nous vend sa "révolution capitaliste". Rire garanti, devant cette caricature de caricature !...

(2)  Tout Desproges, Seuil, 2008, pp. 747 – 748.

(3)  Taïwan, régime aligné sur la politique des USA.

 

 

Illustration : http://nznfr3d2.blender.free.fr

 

 

 

 

 


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Lundi 8 juin 2009



Aisance, sourire, sobriété chaleureuse, maîtrise du texte et de ses séquences…

 

Formidable démonstration d’éloquence d’Obama au Caire.

 

Incontestablement, Obama est un orateur qui surclasse tous les politiciens de la nomenklatura occidentale. Mieux que les prêcheurs évangélistes professionnels, ces stars du verbe qui récoltent des millions de dollars sur les chaînes câblées américaines. Au talent gâché par leur propension à l’hystérie.

 

Impressionnant.

 

Par le ton séducteur sur l’Islam et les musulmans, il ringardise ses supplétifs européens. A commencer par Sarkozy qui, imprégné par l’islamophobie viscérale de ses “conseillers” analphabètes en géopolitique, se trouve à présent distancé.

 

Un train de retard. Coincé dans son wagon, avec sa Cour de ducs, marquis et bouffons, au racisme ancestral forgé lors de la colonisation du Maghreb et d’ailleurs. Accroché encore au tortillard de Bush, perdu dans les cactus du Texas.

 

Si j’ai bien compris en lisant son discours, dans sa version en anglais et dans sa traduction officielle en français, les islamophobes européens vont devoir réviser leurs argumentaires et leurs plans médias.

 

Le vecteur principal de leur propagande reposait sur le “Choc des Civilisations”. L’opposition entre “l’Axe du Bien”, l’Occident, et “l’Axe du Mal”, l’Islam. Rhétorique raciste remontant au Moyen Age des croisades, recyclée par les Bernard Lewis, Huttington, officines et lobbies style American Enterprise Institute.

 

Distribuée, relayée, amplifiée par les “philosophes-fanatiques”, “experts-charlatans” de tous poils, médias en tous genres. Agrémentée de “caricatures intouchables”, considérées comme la quintessence de la liberté d’expression, du courage intellectuel et de la grandeur d’âme.

 

Terminé.

 

Il va falloir mettre un bémol. Changer de registre, même. L’Islam mérite respect et considération. C’est déjà une éclaircie, après huit ans de “Bushisme”. Cet étouffement intellectuel fondé sur le mensonge, l’intolérance et la bêtise.

 

 

 

Mais, sans vouloir jouer le rabat-joie dans l’euphorie médiatique, qu’en est-il au-delà de la forme, de la prouesse “show-biz” ?...

 

Un nouveau départ”.  Tel est le titre du discours…

 

 

Soutien sans faille aux dictatures

 

Prononcer ce discours, en Egypte, à l’université du Caire. Devant plus de trois mille personnes de la nomenklatura locale. Un pays accablé par une dictature parmi les plus féroces et les plus corrompues existant actuellement sur notre planète. Protégée par les occidentaux, pour défendre servilement ses intérêts diplomatiques et économiques dans la région. Comme lors des massacres de Gaza. C’est à l’égard du peuple égyptien, du peuple arabe et des démocrates dans le monde, une provocation.

 

Assister au soutien de l’Arabie Saoudite, cette monarchie aux 4000 “princes”, et entendre :

“… Nous nous réjouissons des initiatives telles que le dialogue interreligieux du roi Abdallah d'Arabie Saoudite.”

 

Comme si l’Arabie Saoudite était en mesure d’exercer un magistère religieux sur l'ensemble de la communauté musulmane. Monarchie adossée à une secte fondée au 18° siècle, dont l'obscurantisme sert de vitrine aux islamophobes : le wahhabisme. Osant revendiquer la représentation de plus d’un milliard et demi de personnes, qui ressentent ce régime et ses prétentions religieuses comme une honte.

 

Pays où les femmes musulmanes, comme chacun sait, n’ont pas le droit de conduire une voiture. Alors qu’il suffit de se promener dans les rues, du Maroc à la Malaisie en passant par la Turquie et l’Indonésie, pour en voir quotidiennement conduire leurs véhicules, vaquant à leurs occupations familiales ou professionnelles. Certaines conduisant des bus, des trains, et pilotant des avions en tant que commandant de bord. Mais, grâce au sectarisme saoudien, l’islamophobe occidental diabolisera l’intégralité d’une communauté religieuse.

 

A part, évidemment, ceux qui acceptent d’en être les serviteurs, pas un musulman qui n’exècre la caste saoudienne au pouvoir. Qui, au lieu d’investir les milliards du pétrole dans la région, les gaspille en Occident, dans des achats faramineux d’armement ou des placements fabuleux dans ses banques vermoulues. Finançant les manœuvres de déstabilisation des pays, qui lui sont dictées. Du Liban au Pakistan, sans oublier l’Afghanistan.

 

Nouveau départ” ?... Quel sang-froid !…

 

 

Soutien sans faille du colonialisme

 

Palestine. Les massacres de Gaza, les blocus de la famine, les immenses destructions, les milliers de résistants torturés, emprisonnés sans procès, les dizaines de résolutions de l’ONU non encore appliquées à ce jour, les exactions sionistes permanentes à l’encontre d’un peuple et de son identité, depuis 60 ans, qui perdurent sous nos yeux : pas un mot.

 

Rien…

 

Surfer sur ces crimes contre l’humanité, ces multiples violations du droit international, des Conventions de Genève, sourire aux lèvres …

 

Par contre, renversant la situation, criminalisant la victime, donnant des leçons d’humanité et de résignation aux Palestiniens :

“… Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n'aboutira pas.

“… Et quand des innocents en Bosnie et au Darfour sont massacrés, c'est notre conscience collective qui est souillée.

“… Parce que nous rejetons ce que rejettent les gens de toutes confessions : le meurtre d'hommes, de femmes et d'enfants innocents.”

 

Des nerfs d’acier !...


Les USA, avec l’OTAN, ont construit et construisent de multiples bases dans les pays musulmans pour les asservir. Par dizaines, de toutes tailles. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait des travaux de création, d’extension, de renforcement.

 

Notamment, en cours de réalisation, une base militaire colossale par ses infrastructures dans la province afghane d’Helmand, mitoyenne de la frontière iranienne. Frontière du pays Baloutche iranien, où se déroulent d’incessantes opérations de déstabilisation par des infiltrations, incursions, raids, attentats, assassinats, à partir du Pakistan et bientôt d’Afghanistan.

 

Curieux, de lire pareils propos :

“… Eh bien, ne vous y trompez pas : nous ne voulons pas laisser nos soldats en Afghanistan. Nous ne cherchons pas - nous ne cherchons pas à y établir des bases militaires.

“… Nous ne cherchons nullement à établir des bases en Irak ni à revendiquer son territoire ou ses ressources…”

 

Assurer fièrement que l’aide destinée aux peuples écrasés sous les bombes va bien à leurs destinataires, quand les chiffres des détournements et gaspillages pharaoniques sont de notoriété publique :

“… C'est pour cette raison encore que nous fournissons plus de 2,8 milliards de dollars aux Afghans afin de les aider à développer leur économie et à prodiguer les services dont la population a besoin…”

 

Aucun mot de regret pour les massacres, destructions, tortures, atrocités, commis en Irak avec plus d’un million et demi de morts, au prétexte de renverser un dictateur, après avoir utilisé tout un arsenal de mensonges sur des armes de destruction massive, laissant un pays en ruine, éclaté, en mille morceaux. Au contraire, la satisfaction sereine du devoir accompli :

“… Tout en étant convaincu que le peuple irakien a gagné au bout du compte à être libéré de la tyrannie de Saddam Hussein…”

 

Evidemment, on a eu droit aux menaces voilées contre l’Iran, qui se doterait d’armes nucléaires, passant sous silence les 200 ogives nucléaires et leurs missiles longue portée fabriquées et entreposées en Israël, qui n’a jamais signé le Traité de Non Prolifération Nucléaire :

“… Mais il est clair pour tous ceux préoccupés par les armes nucléaires que nous sommes arrivés à un tournant décisif. Ce n'est pas simplement dans l'intérêt des États-Unis, c'est pour empêcher une course aux armes nucléaires susceptible d'entraîner cette région sur une voie extrêmement dangereuse.”

 

Bien sûr, nous l’avons compris, il convient de coloniser définitivement les pays musulmans, alternant carotte et bâton, s’assurer de ses arrières, contrôler toutes les sources d’énergie, avant de réaliser le grand rêve paranoïaque, ultime délire mégalomaniaque de la nomenklatura occidentale : le démembrement du grand ennemi, la Chine…

 

Nous entrons ainsi dans la phase “carotte”. Du moins, verbale…

 

Le flacon change. Le contenu reste. Simple opération de “packaging”…

 

Impressionnant, Obama. Vraiment.

 

Ces belles paroles, me font penser à celles de la chanson de Sœur Sourire dont un  film avec Cécile de France dans le rôle, sorti en Avril 2009, évoque la trajectoire au célèbre succès :

“Dominique… Nique… Nique…”

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Caricature de Steve Bell. The Guardian, 5 juin 2009.





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Nous sommes Tous Palestiniens





Horizon...


Du conseil en gestion international à la création d'entreprises et au développement... Un regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant...



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