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Faillite Bancaire & Récession

Lundi 30 mars 2009

 


Suite des articles :


Récession (1) :
1.   Les caisses sont vides
2.   C'est la faute aux pauvres


Récession (2) :
3.     Le système bancaire français est excellent
3.1.  Le cimetière des catastrophes bancaires


Récession (3) :
3.2.  Les tares cachées du système bancaire - Le virus IPRIS


Récession (4) :
3.3.  L’Etat au service du Lobby Bancaire

 

 

 

4.  Reconstruire ou ravaler

 

 

Brioches…

 

Ils ont osé…

 

Politiciens, de tous poils, de tous bords, encadrés par la cohorte des dinosaures du grand patronat et des fossiles de la ploutocratie (1).

 

En France, à l’exemple de ses partenaires occidentaux, USA, UK et autres (2).

 

Tous, croulant sous la catastrophe du système bancaire et financier, d’une économie délabrée sous le choc de théories économiques destructrices, supprimant plus d’emplois qu’il n’en est créé, sur fond d’accroissement exponentiel du chômage et de la pauvreté (3). Jusqu’à des morts de froid dans les rues et les parcs de leurs capitales, cet hiver. Dans l’inaction du luxe fleuri des bureaux ministériels (4).

 

France, un des pays les plus riches du monde…

 

Le quatrième ou le cinquième, suivant les classements officiels. Où les riches ne cessent de s’enrichir. Les exemples multiples s’étalant sous les yeux :

Selon le classement de « Challenge », la fortune des Mulliez (Grande Distribution Auchan) a grossi de 3 milliards d’euros entre 2006 et 2007 soit 21,43 %, passant de 14 à 17 milliards d’euros…” (5).

 

Dire, qu’en ce cataclysme économique et financier, provoqué par l’irresponsabilité et la rapacité de l’oligarchie au pouvoir, le maximum avait été atteint, aucun effort de solidarité n’étant possible. En conséquence, qu’il était illusoire d’attendre des ressources complémentaires pour alléger précarité, misère, détresse et souffrance.

 

Au contraire, poursuivant le démantèlement systématique des aides sociales et médicales. En écho de celui de nos industries. En écho de celui de l’éducation nationale. A commencer par l’enseignement supérieur. Dans la contemplation imperturbable des universités tombant en ruines.

 

Même Louis XIV n’aurait pas osé.


 

 

 

Lui, monarque absolu, “Roi-Soleil”…

 

Qui, à la fin de son règne, à la suite des guerres incessantes, face à la crise économique frappant le pays au bord de la famine, à “la détresse profonde du royaume” (6), n’avait pas hésité à faire fondre les chefs-d’oeuvre d’argenterie accumulés, lors des années fastes, en  son château de Versailles.

 

Les transformant en lingots d’argent pour payer les dépenses du pays et les achats de blé à l’étranger imposés par les mauvaises récoltes dues aux intempéries. Ses successeurs, moins avisés, sciant la branche porteuse de leurs privilèges, estimèrent comme nos politiciens du jour, dans l’arrogance de leur aveuglement :

Si le peuple n’a pas de pain, qu’il mange donc des brioches…”.

 

Cette mentalité du 18° siècle constitue la charte politique gérant notre collectivité. Férocement soutenue par nos castes au pouvoir. Bravaches, “banane” au vent, convaincues de son extrême modernité.

 

En prédateurs, imposant La Loi Du Plus Fort, celle de leur écrasante propagande, de la légitimité de leur violence enrubannée de lois taillées sur mesure, implacablement exercée dans l’impunité par une police dont la conscience citoyenne est celle de milices privées, ils n’ont pas l'intention de lâcher les morceaux qu’ils tiennent entre leurs crocs.

 

A les écouter, gorgés du mépris marginalisant les pauvres (7), il me semble lire du Benjamin Franklin, ce milliardaire membre du club des oligarques fondateurs des USA :

Plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables.

Au contraire, moins on fait pour eux, et mieux ils se tirent d’affaire.” (8)

 

Face à l’effondrement d’un système économique fondé sur la spoliation d’une majorité par une minorité, ne cessant de répéter : les solutions sont là !...

 

Concrètement ?... Mesures proposées ?...

 

Reconstruire”, “remettre à plat”, “refonder”, “rénover” le Capitalisme, “réguler” le Libéralisme, assurent-ils. Folkloriques dirigeants du FMI ou de la Banque Mondiale, en tête. Certains, plus prudents, ou plus timides dans l’expression du cynisme, se limitant à parler de “rénover la régulation”… Même si cela n’a jamais existé.

 

En économie politique, le culot est un “must”.

 

Que des “Re…” !… Ronronnement, logorrhée, bouillie, anesthésiant, étouffant, esprit critique et colère de l’opinion publique.

 

Dans ce sillage, la propagande médiatique, cultivant son autosatisfaction coutumière de la redécouverte du fil à couper le beurre, se met à promouvoir le “système D”.

 

Déballant, dans la frénésie, son bric-à-brac : faire du troc, pratiquer le “low cost”, se chauffer au bois, s’équiper en double vitrage, souscrire à l’obligation d’achat du DVD ou de la dernière chanson pondus par le Charity Business. Et, autres fariboles.

 

Diffusant à tout vent, authentiques promotions et publicités camouflées en “sujets” et “documentaires”. Multipliant, à défaut de pains, les brioches virtuelles.

 

 

… et Boucs émissaires

 

Les oracles se chamaillant doctement dans des discussions byzantines sur le sexe des anges : “relance par l’investissement” ou “relance par la consommation” ?... Ah !... Tragique dilemme !...

 

Ecran de fumée, au travers duquel ils agitent une poignée de verroterie. Polie par les “experts économistes” de service, sélectionnés pour leur aptitude au charlatanisme. Miroir aux alouettes… “Investir”, ânonnent-ils… Tout y passe. Même Gaston Lagaffe ne s’y reconnaîtrait pas dans ce fouillis…

 

Sauver l’industrie automobile ou les banques, qui ont distribué pendant des décennies dividendes et bonus à ne plus savoir où les loger. Incapables de gérer, de prévoir, d’anticiper l’évolution de leur activité. Sauvées de la faillite par les contribuables, par milliards, sans contrepartie

 

D’autres, trompettent le mythe fédérateur, que personne ne maîtrise, du “développement durable” : des éoliennes aux panneaux solaires. Tel serait l’avenir de nos emplois…

 

Les vieux routiers de l’arnaque politicienne, et du remplissage des caisses électorales, se focalisent sur du “plus consistant” : les “grands travaux” !  Ça, ils adorent. Se gardant d’expliquer ce que recouvre le terme… Habitude innée de prendre le citoyen pour un canard sauvage.

 

J’entendais le maire “d’une grande ville française”, confit de satisfaction, se présenter en exemple. Il allait, avec sa municipalité, financer “la construction d’un pont” dans sa ville, pour “créer des emplois”. Il doit “savoir”. A moins d’être stupide. Mais, il fait comme si… Dans le cynisme, souriant jusqu’aux oreilles…

 

La construction d’un pont est le type même d’investissement à faible intensité de main-d’œuvre. Une des plus faibles par rapport au montant des capitaux investis. Capitaux bien souvent faramineux, et toujours en dépassement du budget initialement adopté. Pour le plus grand profit du groupe de TP et des redistributions occultes…

 

Main-d’œuvre qui, la plupart du temps et pour l’essentiel, ne provient pas de la localité où s’effectuent ces grands travaux. Activités foraines, assurées par des engins hautement spécialisés qui, une fois terminées, disparaissent dans la nature.

 

En fait de mesures concrètes, la nomenklatura aux commandes ne propose que ravalement de façade… G 20… Jet d’encre… Paroles creuses moulinées dans le vent… Poudre de perlimpinpin…

 

L’essentiel : ne pas toucher aux privilèges de l’oligarchie ! Privatiser les profits et nationaliser les pertes. Protéger spéculations, rentes et monopoles. Sans oublier les gaspillages, au bénéfice des sponsors électoraux. Dans le murmure apaisant de la cascade des distributions de dividendes, bonus, stocks options et enveloppes ventrues déposées dans le silence des paradis fiscaux …

 

Bien sûr, ne pas oublier les manœuvres de diversion…

 

Sacrifier, pour calmer frustration de l’opinion publique tournant à la fureur, des “boucs émissaires”. Exposer au pilori quelques dirigeants, pas trop toutefois, qui se sont attribués des bonus, alors que les caisses de leurs entreprises, en cessation de paiement, étaient remplies par la collectivité. Prouver qu’il y a justice et volonté, dans la sphère politique.

 

Les actionnaires, les membres des conseils d’administration, qui ont pompé les dividendes à tour de bras, dans l’hémorragie des délocalisations et des plans sociaux, eux, ne seront jamais inquiétés. Même pas évoqués.

 

Du cirque…

 

Je ne me fais pas de souci pour ces dirigeants et leurs bonus. L’ingénierie fiscale et financière, adossée à des paradis fiscaux, est sans limite. Ils les récupèreront sans problèmes. Via filiales à l’étranger, sociétés écrans et jeux d’écriture.

 

Autre bruyante esbroufe. S'attaquer à grands coups de hache à l’arbre qui cache la forêt : le bouclier fiscal !

 

Bouclier ?... Gigantesque passoire aux trous “extra larges”, pudiquement désignés sous le nom de “niches fiscales”. Des centaines. Permettant d’échapper à l’impôt sur les bénéfices et les revenus qui, de plus, ne seront jamais inclus dans l’assiette fiscale de l’impôt sur la fortune (ISF).

 

Tout le monde le sait, mais les médias s’étouffent : les plus grosses fortunes de France ne paient pas d’ISF. Leur patrimoine étant déclaré sous forme “d’outil professionnel” ou “de travail”.

 

Je vous propose une recette, parmi mille et une astuces faisant le délice des fiscalistes. Recette aussi simple que la tarte aux pommes :

Si vous achetez un château, entouré de vastes terres, plantez-y quelques vignes pour produire du vin, même de la piquette dont on fera du vinaigre. Et, le tour est joué.

 

Devenus producteur de vin, vous serez riches sans payer d’impôt sur la fortune, s’agissant d’un “outil de travail”. De plus, si le vin ne se vend pas, avec un peu de patience, vous pourrez obtenir des dédommagements d’un Etat débordant de sollicitude et de tendresse, depuis des lustres, pour les grands propriétaires terriens.

 

Boule de glace sur la tarte : faites enregistrer les bâtiments en “monument historique”. Vous obtiendrez des subventions pour en refaire la toiture ou consolider les douves garnies de carpes. Cela financera votre chasse aux perdreaux ou aux faisans, procurant des joies ineffables à vos invités…

 

Dans sa monumentale étude, remarquablement bien documentée (9), Les hauts revenus en France au XX° siècle, Thomas Piketty démontre que tous les partis au pouvoir n’ont cessé, pendant des décennies, de camoufler, entraver, l’identification de la source, tout particulièrement des “revenus du capital”, énonçant les :

“… difficultés encore aggravées par l’évolution de la législation fiscale : la multiplication des régimes d’imposition dérogatoires en faveur des revenus du capital implique qu’il est de plus en plus malaisé de prendre en compte tous les revenus annexes des personnes en question (certains de ces revenus n’ont même plus à être déclarés).”

 

Le problème est moins le niveau des hauts revenus, hauts salaires, bonus ou pas, malgré leur caractère choquant par leur disproportion en comparaison de la moyenne des revenus dans notre pays. Facilement "traçables", car provenant en principe du “travail”, du moins ceux officiellement déclarés, leur visibilité fiscale est effective.

 

Plus urgent à traiter, est celui des immenses revenus du “capital”. Et, dans capital, il y a aussi “spéculation” et “corruption”. Soigneusement occultés, dissimulés. Expliquant que dans un pays riche, les caisses soient vides au moment de la redistribution des richesses produites par la collectivité.

 

Qu’il y ait des riches, rien de plus normal. Voire de plus rassurant sur la santé économique d’une collectivité. A condition que cette “richesse” récompense le créateur, l’innovateur, le créateur d’emplois et de valeur ajoutée pour la collectivité. Non pas une richesse fondée sur la spéculation, le délit d’initié, la corruption et la rente.

 

Qu’il y ait des pauvres dans une société riche, enfermés dans la précarité, l’humiliation et la souffrance, est inadmissible Le capitalisme ou le libéralisme économique dévoyés sont une rupture du contrat social.

 

Combattre les inégalités (10) ?... Tant que les castes politiques actuelles tiendront le pouvoir, rien ne changera. Ils ne remettront jamais en cause un système fiscal aussi inique qu’archaïque. Jusqu’à l’explosion.

 

Les plus faibles revenus seront accablés d’une fiscalité confiscatoire, s’apparentant au racket du gangstérisme. Proportionnellement à leurs revenus, ce sont les plus faibles qui payent le maximum d’impôts, via la TVA. Ecrasés de taxes comme du temps de La Gabelle, sous l’Ancien Régime. Au moindre achat, systématiquement, qu’ils le veuillent ou non, ils versent 20% aux caisses de l’Etat.

 

A cette pression constante, s’ajoute leur broyage par un système financier spoliateur, versant intérêts et agios usuraires aux banques. Qui, avec ces confortables marges, inonderont de bonus leurs dirigeants, en jouant l’argent arraché aux plus modestes dans la spéculation. Au lieu de l’investir dans la création et la consolidation d’entreprises.

 

Nous vivons, nous le savons, non pas une crise économique, mais une profonde crise de “contrat social”, de valeurs, de redistribution de la richesse collective. Les dérives mégalomaniaques et cyniques de ce “capitalisme sauvage”, auquel nous assistons, au bénéfice d’une seule minorité, à l’encontre du principe fondateur de solidarité, est inacceptable. La collectivité ne l’admettra pas.

 

« Le capitalisme ne triomphe que lorsqu’il s’identifie à l’Etat, qu’il est l’Etat » (11).

 

Objectif atteint. "Kleptocratie" assumée. Sans complexe. Il l’affirme, haut et fort : L’Etat, c’est moi !

 

Prenant soin, à la différence de Louis XIV, de conserver précieusement son argenterie…

 

Thierry Pelletier a raison :

“ De toute façon,

seuls les imbéciles et les porcs

peuvent encore croire

en la pérennité d’un tel monde…”.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)   Cf. : Cotta, Jacques, Riches et presque décomplexés, Fayard, 2008.

(2)   Cf. : Les Dépossédés, Robert Mcliam Wilson et Donovan Wylie, Editions Christian Bourgeois, 2005.

Traduction d’une remarquable et émouvante étude britannique (titre original : The Dispossessed) sur les ravages de la pauvreté au Royaume Uni dans les villes de Londres (Angleterre), Glasgow (Ecosse) et Belfast (Irlande du nord).

(3)   Cf. : Cotta, Jacques, 7 millions de travailleurs pauvres – la face cachée des temps modernes, Fayard, 2006.

(4)   Illustration fleurie britannique. Le ministre du commerce dépense, chaque semaine, £ 500 pour fleurir son bureau. Le ministre de l’éducation a phosphoré dans une ambiance florale pour une facturation, en quatre ans, de : £ 174.000. L’ensemble du gouvernement, pour la même durée a été facturé, en fleurs, pour un montant de : £ 780.000… Money Week, 25 mars 2009.

(5)   In Riches et presque décomplexés, Op. Cit., p. 285.

(6)   Goubert, Pierre, Louis XIV et vingt millions de français, Fayard 1966, p. 245.

(7)   Wacquant, Loïc, Punir les pauvres, Agone, 2004.

       Cf. : “La « réforme » de l’aide sociale comme instrument de discipline”, p. 93 – 119.

       Ou encore : “La prison comme aspirateur de scories sociales”, p. 298.

(8)   Benjamin Franklin – Prix du blé et secours aux pauvres – 1766.

(9)   Piketty, Thomas, Les hauts revenus en France – Inégalités et Redistribution – 1901-1998, Grasset, 2001, 807 p.

(10)  Lagrange, Hugues, L’épreuve des inégalités, ouvrage collectif, PUF, 2006.

       Cf. : “Combattre les inégalités dans une société fragmentée”, p. 351.

(11)  Braudel, Fernand, La Dynamique du Capitalisme, p. 68.

 

 

Crédit photo : http://www.linternaute.com/savoir/magazine/photo/le-versailles-d-argent-du-roi-soleil/le-versailles-d-argent-du-roi-soleil.shtml

 

 

 

 



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Mercredi 12 novembre 2008



Suite des articles :

Récession (1) :
1.   Les caisses sont vides
2.   C'est la faute aux pauvres

Récession (2) :
3.    Le système bancaire français est excellent
3.1.  Le cimetière des catastrophes bancaires

Récession (3) :
3.2.  Les tares cachées du système bancaire - Le virus IPRIS



3.3.  L'Etat au service du lobby bancaire


Que donne le virus IPRIS aujourd'hui, en novembre 2008, en pleine crise financière ?...


Il est en pleine expansion. Une épidémie.


Non seulement, le virus n'est pas isolé et combattu, mais ce serait plutôt le contraire : ses conditions de prolifération et de diffusion sont renforcées, avec soin, par les autorités censées défendre l'intérêt de la collectivité. Comme si, lors du pic de l'épidémie du SIDA, on avait multiplié la distribution des poches de sang contaminé...


Inutile de s'étendre davantage sur les dégâts, tant la forêt d'évidences et de faits s'étale sous notre regard. Retenons, en France, deux exemples significatifs parmi les plus récents :


Le premier : la perte catastrophique enregistrée par la Caisse d'Epargne, lors de ses dernières manoeuvres spéculatives, poursuivies avec obstination par sa direction générale. Alors que la crise financière secouait, depuis plusieurs semaines, l'économie mondiale. Comme les mauvais joueurs de casino, ils avaient dû vouloir "se refaire", pour reprendre leur expression, éponger les pertes antérieures.


Le deuxième : la formulation du plan de sauvetage des banques qui vient d'être organisé. Les banques asphyxiées, au bord de la faillite du fait de leur incapacité à remplir leurs engagements, viennent d'être secourues officiellement, le 20 octobre 2008 par l'Etat.





Examinons brièvement ce dernier point, derrière le rideau de fumée d'une habile campagne de communication. Soyons attentifs aux termes employés et au dispositif mis en place pour qualifier et justifier l'opération.


Il s'agit d'un "plan de soutien", et non pas d'un "plan de sauvetage", insiste-t-on. Alors qu'il s'agit bien d'un sauvetage.


Pourquoi ?...


Tout simplement parce que les auteurs, concepteurs, organisateurs de cette opération se refusent à employer un mot porteur de conséquences importantes quant aux modalités. En effet, par cette astuce sémantique, ils dissimulent une véritable escroquerie au détriment de la collectivité. Avec le support, bien évidemment, des médias de la propagande, publique et privée...


=> Le mot "soutien", au lieu de "plan de sauvetage", permet, d'abord, d'occulter l'incompétence et la gabegie des dirigeants. Ils sauvent leur peau ou leur poste. Ils sont même valorisés. Les "valeureux poussins" vont être soutenus par la mère poule, par la collectivité, dans leur vaillant combat pour le développement, la croissance et la prospérité de la communauté nationale... Le tableau est rendu moins culpabilisant devant l'étendue du désastre et de l'arnaque.


=> Le mot "soutien", au lieu de "plan de sauvetage", permet, ensuite, de justifier l'incroyable montage financier accepté par l'Etat sous la pression du lobby bancaire (19).


L'Etat va, dans une première opération, répartir entre les principales banques 10,5 milliards d'euros (20). Mais, sous forme d'un prêt. Au lieu d'un apport en capital par des prises de participations, qui l'aurait rendu actionnaire des établissements secourus. Solution normale, adoptée aux USA ou en Grande-Bretagne, et dans d'autres pays (RFA, Belgique, etc.). Ces Etats, sollicités pour éponger les pertes abyssales des établissements secourus, s'en sont rendus actionnaires. C'était la moindre des choses.


En France ?... Non.


"Les banques se voient recapitalisées, sans que l'Etat ne devienne leur actionnaire", nous dit-on. Pour nous rassurer, on précise que les banques vont payer "cher", 8%, et qu'une participation en capital n'aurait pas été rémunérée.


C'est prendre les citoyens pour des imbéciles.


Car, l'escroquerie à la collectivité est là : l'Etat devait en contrepartie du sauvetage des banques et de l'effort de la collectivité (au détriment des priorités, rappelons-le, que sont les systèmes de santé, d'éducation et de retraites), prendre une participation au capital des banques.


Pour deux raisons :


i)  Le cours des actions des banques s'est effondré, c'était donc l'occasion d'échanger l'argent public apporté contre des actions au prix actuel. Pratique naturelle de tout bailleur de fonds, gérant ses actifs "en bon père de famille", dans un contexte similaire.

Une sortie du capital, aurait pu être programmée à terme. Avec, par exemple, une "convention de portage" : l'Etat cédant ses actions dans dix ans par exemple. Récupérant à la fois le capital et une plus-value substantielle qui contribuerait aux besoins de la collectivité.


ii)  De plus, l'apport d'argent frais sous forme d'une participation au capital aurait été rémunéré, par les dividendes annuels distribués à partir des bénéfices générés par les établissements bancaires. Encaissés chaque année, comme pour tout actionnaire.

Dire que l'apport de l'argent public n'aurait pas été rémunéré en cas de prise de participation au capital des banques, est donc, en la circonstance, pur mensonge.


On comprend mieux les accents de triomphe, l'incommensurable arrogance, du président de la Fédération française des banques (FBF), Georges Pauget, actuel président du Crédit Agricole, devant la capitulation du pouvoir politique :

" ... Nous avions posé nos conditions, et parmi celles-ci, que l'Etat ne nous apporte pas de vrai capital. Nous ne voulions pas d'un Etat avec des pouvoirs dans la gestion des établissements..." (21).


Notez bien : " ... Nous avions posé nos conditions...".


Un lobby bancaire, représentant des établissements en faillite du fait de leur gestion catastrophique, sauvé par un effort énorme de la communauté nationale, se permet de "poser ses conditions" !...


Autrement dit, les banquiers, aussi incompétents qu'irresponsables imposent à la collectivité, aux contribuables, à l'intérêt général, représentés par ce qu'on appelle "l'Etat", de renflouer leurs caisses quand elles sont vides, mais surtout de ne pas mettre le nez dans leurs tripatouillages véreux...


Aveuglante illustration, encore une fois, du dogme du Libéralisme Economique et de sa ploutocratie : la collectivité partage nos pertes, mais pas nos bénéfices...


Une fois encore la collectivité, l'intérêt général, voient leurs intérêts bradés par un pouvoir politique aux ordres. Véritable marché de dupes, avec le culot de qualifier cet accord de "gagnant-gagnant"...


Ajoutons que dans ce plan de sauvetage par l'Etat, il n'y a aucune contrepartie, non plus, sous forme d'un engagement, d'une charte, dans laquelle le secteur bancaire et financier manifeste et démontre sa volonté de rénover le système bancaire : changement des dirigeants des établissements en faillite, révision de la vocation, du mode de fonctionnement et de la stratégie de ces établissements (abandon de la spéculation au profit de l'investissement...), etc.


Rien.


On vient d'assister, en fait, à une extraordinaire manifestation d'allégeance du pouvoir politique, dont la vocation et la légitimité, en tant qu'élus de la communauté nationale, est de représenter les intérêts de tous les citoyens.


Allégeance, dans un acte de soumission humiliant et totalement malhonnête, à un groupe de pression.


La métaphore peut paraître, de prime abord, exagérée. Mais, il suffit d'un simple exercice de lucidité, aussi pénible soit-il, le constat crève les yeux :

L'Etat, la communauté nationale, la collectivité sont réduits en esclavage par le lobby bancaire.



A suivre :


4.  Reconstruire ou ravaler - Même Louis XIV n'aurait pas osé...







19.   Cf. Article Plan français de soutien aux banques - un accord gagnant-gagnant, Le Monde, 21 octobre 2008, http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/21/plan-francais-de-soutien-aux-banques-un-accord-gagnant-gagnant_1109271_1101386.html#ens_id=1104637
20.   L'apport en fonds de sauvetage, proportionnel à la taille du bilan des banques, se répartit ainsi : Crédit Agricole 3 milliards d'euros, BNP Paribas 2,55 milliards, Société Générale 1,7 milliard, Crédit Mutuel 1,25 milliard, Caisses d'Epargne 1,1 milliard et Banques Populaires 950 millions.
21.   Le Monde, Op. Cit.

 


Photo : Esclave enchaîné. Ecomusée de Saint-Nazaire. Dominique Marcel.






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Lundi 3 novembre 2008



Suite des articles :

Récession (1)
:
1.   Les caisses sont vides
2.   C'est la faute aux pauvres

Récession (2) :
3.    Le système bancaire français est excellent
3.1.  Le cimetière des catastrophes bancaires

 

 

3.2.  Les tares cachées du système bancaire - Le virus IPRIS


Ce bref balayage historique, pour rappeler certaines tares, partie invisible de cet iceberg qu'est le système bancaire et financier. Systématiquement cachées, occultées, entretenant la gangrène d'un secteur d'activité extrêmement coûteux pour la collectivité.


Effets dévastateurs, au-delà de cette profession, rongeant le monde des affaires, le corps social. Le niveau de décomposition de ce système, son degré d'entropie, expliquent son effondrement actuel. Sous l'impact de ce que j'appelle "le virus IPRIS". Le SIDA du système bancaire :




Impunité 


Nous vivons dans des sociétés où le jeteur de caillou, voleur de poulet, casseur de vitrine, en prend pour 6 mois de prison ferme. En cas de faillite, le patron de PME-PMI ou le commerçant se retrouveront devant les tribunaux, sans aucun ménagement, coupables et diabolisés, étranglés par les banques et le fisc, jetés quasiment à la rue. Un entraîneur de football sera condamné à 2 ans de prison ferme, pour une sombre affaire de transfert de joueurs professionnels (13).


En Grande-Bretagne, on ne plaisante pas non plus : un soldat vient d'être condamné à trois ans de prison pour avoir revendu sur e-Bay des médailles militaires (une cinquantaine dont trente ont été récupérées...) qu'il avait volées à ses camarades...


Amen.


Par contre, ceux qui jouent à l'économie-casino, claquent, jettent par la fenêtre des milliards, par dizaines, par centaines, au détriment de la collectivité, dans les fastes et l'arrogance de satrapes mégalomanes, passeront de paisibles journées sur le matelas de leurs transats confortablement rembourrés de parachutes dorés, stocks options et autres bonus. Impunis. Blanchis. Absous.


Aucun des dirigeants impliqués dans les retentissantes et scandaleuses faillites bancaires, passées et présentes, n'a été inquiété, placé en garde à vue, envoyé en prison, condamné à des dommages et intérêts. Et, ne le sera. Pour l'exemple, pour la justice.


Les patrons, responsables, ou dirigeants voyous, ne sont pas seulement ceux qui déménagent le matériel de leurs usines le week-end à l'insu de leurs personnels, ou qui polluent les rivières. Ce sont ceux, aussi, qui obligent la collectivité à payer pour leurs fautes, commises à l'insu de leurs concitoyens.


Bien sûr, ils ont sous la main le fusible idéal, dans leur cynisme et leur culot de nomenklatura intouchable : "... c'est pas moi, c'est le trader...". Les plus impudents dans l'indignité n'hésitent pas à affirmer : "... si on a perdu des milliards, c'est la faute à la crise américaine". Ainsi, ne sont-ils ni coupables, ni responsables.

 

Selon que vous serez puissant ou misérable, comme l'écrivait la Fontaine... Oui. Mais s'arrêter là, c'est se résigner. L'impunité, dans le secteur bancaire, est totale. Si notre société est aveuglément inégalitaire, ce symptôme doit nous faire prendre conscience qu'elle est profondément malade. Et, agir...




Pantouflage


L'osmose entre haute administration et dirigeants du secteur bancaire exerce un effet pervers sur le fonctionnement de notre économie et l'équilibre de notre cohésion sociale. Des hauts fonctionnaires quittant des ministères pour entrer dans des établissements financiers, ou de grandes entreprises (14), avec lesquels ils ont monté des opérations de crédit, de restructuration, d'exportation, d'investissements, de délocalisation, de fusion-acquisition, se retrouvent à leur tête.


Cette pratique intitulée pantouflage est, en principe, encadrée par une loi du 2 février 2007, qui impose un délai de trois ans, entre quitter son poste de responsabilité dans une administration, et en occuper un dans une entreprise avec laquelle existaient des rapports professionnels. Antérieurement, il était de cinq ans... Mesures, bien souvent, jamais appliquées. Dont, en plus, on se permet de diminuer la durée. Mises en scène destinées à endormir le "gogo".


Les dangers sont multiples, pour nos institutions républicaines. En premier lieu l'exercice de la liberté de jugement et d'esprit critique, d'indépendance sur des dossiers de la part des autorités étatiques. Danger encore plus grave lorsqu'il s'agit de procéder à des opérations de contrôle, tels que doivent l'exercer les autorités monétaires sur la profession bancaire.


On l'oublie, tant ce secteur s'est érigé en pouvoir autonome et supranational, mais un secteur bancaire doit être avant tout au service de la collectivité, de l'intérêt général, et donc placé sous la supervision de la collectivité représentée par ce qu'on appelle : "l'Etat". En mesure d'imposer, dans la transparence et l'indépendance, les mesures souhaitables pour l'intérêt de la communauté nationale.


La crise actuelle est l'occasion de constater combien ce secteur économique, par lequel transite richesses et revenus de la collectivité, échappe au contrôle de l'Etat, et des instances organisées pour en assurer la gestion : surveillance des opérations de Bourse, autorités monétaires. En fait, l'Etat n'est plus en mesure de contrôler ses propres clones. Ce sont eux qui le contrôlent...




Rémunération


La rémunération des dirigeants du secteur bancaire est fastueuse, pharaonique. Elle s'exprime, sous plusieurs modalités, en millions d'euros annuels. Du moins, pour la partie officielle. Les paradis fiscaux et autres astuces (rémunérations complémentaires via des filiales à l'étranger, etc.) se chargeant du reste...


Mais, une rémunération, fastueuse, pharaonique par rapport à une moyenne nationale des rémunérations, n'est plus une "rémunération". Le paiement d'une personne, avec des montants déconnectés de la réalité et de la valeur ajoutée de la prestation fournie, compétence, expertise, conseil, expérience, n'est plus une "rémunération".


C'est un "achat".


On achète cher. Quoi donc ?... Un réseau, des relations, des contacts ? En ce cas, ce serait acheter du "délit d'initiés". Et, ce serait trop payer. Il convient de raison garder : "radio couloir", ou "radio lobby", n'ont pas à être survalorisées par rapport à "radio trottoir"... Il suffit de fréquenter les mêmes espaces, au même niveau, pour avoir les mêmes "tuyaux"...


Non. C'est acheter une denrée, qui n'a pas de prix, et n'a rien à voir avec un travail, une expertise, l'exercice d'une fonction ou d'une responsabilité : le silence.


On achète le silence d'un témoin. Sa complicité. Son soutien.


Lorsqu'on contribue à enrichir des personnes, sur les deniers de l'Etat, au détriment de l'intérêt général, dans la destruction d'emplois mis à la charge de la collectivité sous forme de chômage, sans commune mesure avec l'apport en innovation, en contribution à la richesse nationale, sans redistribution de la partie des profits revenant de droit à la communauté nationale, du fait de l'évasion fiscale dans des paradis fiscaux : cela a un prix.


Voir des actionnaires, des spéculateurs, gagner en "une seconde" ce qu'un employé, ouvrier, cadre, agriculteur, ne gagne même pas en "une vie" à la sueur de son front, demande quelques compensations pour se taire et laisser faire... George Soros est un des très rares spéculateurs à s'être vanté d'un de ses meilleurs coups : avoir gagné 600 millions de dollars en spéculant sur la baisse de la livre sterling contre le dollar, il y a quelques années. Sur un simple ordre boursier téléphonique, un gain de 600 millions de dollars. En 60 secondes : soit, 10 millions de dollars à la seconde. Au taux actuel, du fait du glissement du dollar, cela représente un milliard de dollars d'aujourd'hui...


Alors, tous ces dirigeants d'établissements financiers ont bien droit à quelques miettes. N'est-ce-pas ?...


Sur la place financière de Londres, la City, ce serait l'équivalent, en bonus seulement, de 100 milliards (oui : milliards...) de dollars qui ont été distribués sur les trois dernières années aux équipes dirigeantes des banques et compagnies d'assurances, d'après une estimation récente du Financial Times.


Rien que pour l'année 2006 à Londres, les bonus accordés aux dirigeants du secteur financier et bancaire (banques et assurances) étaient de £ 19 milliards de livres sterling, d'après The Guardian (15). Ce qui représente environ 35 milliards d'euros (oui : milliards...) au cours de la livre sterling à cette période. Sur une année. Avec, de plus, une progression de 16 % par rapport à l'année précédente. Taux de progression surtout pas appliqués sur les salaires des employés et cadres de ces établissements...


Rappelons qu'un bonus est une prime venant en sus du salaire. Non compris "le reste". Car, ne l'oublions pas, il y a ce qui se voit dans les documents officiels, et ce qui se retrouve discrètement dans les paradis fiscaux. Aucune place financière en Occident, aucun système bancaire, n'échappent à cette pratique. En France, comme ailleurs.


Dans ses dimensions titanesques, délirantes, cette forme de "rémunération", pour une minorité de dirigeants, n'est que de la : "corruption organisée et légalisée".




Incompétence


Le niveau de rémunération de beaucoup de dirigeants du secteur bancaire et financier, est sans commune mesure avec le niveau de leur compétence professionnelle et, aussi, de leur éthique (16). Inversement proportionnelle, le plus souvent.


Cette incompétence est compensée, dans bien des cas, par des comportements d'autocrates méprisants pour les membres de leur entourage professionnel. Du moins, ceux qui leur sont subordonnés. Le constater dans une direction générale, c'est identifier deux seuils d'alerte :

=> La direction générale est au maximum de ses compétences

=> Son maintien, dans ces conditions, n'est dû qu'à des protections engendrées par sa complaisance, ou sa complicité, dans certaines opérations bancaires et financières. 


La plupart de ces dirigeants, sont clonés à partir d'un milieu très fermé, issu d'une monoculture bureaucratique, incapable de diversifier ses recrutements. Ne connaissant de l'économie réelle que la perception émanant de dossiers administratifs, sans connaissance du terrain, des mécanismes de la création d'entreprises, de leur fonctionnement, des contraintes de l'innovation.


Ignorants la valeur ajoutée d'un investissement pour la collectivité, et la clé de son développement : la création d'emplois. Leurs connaissances, en tout cas leur expérience, sont largement inférieures à beaucoup de dirigeants et de cadres de PME-PMI. Ces PME-PMI qui représentent, dans tous nos pays, le premier employeur et le premier créateur d'emploi.


Cet immense réservoir de savoir-faire et d'initiatives est inconnu d'eux. Non pas qu'ils méprisent les PME-PMI. C'est tout simplement une "abstraction". Pour les plus "bureaucratisés" : une "statistique". Pour les plus intelligents : un "concept". Ils n'y ont jamais passé une semaine de leur vie. Pour la quasi-totalité, ils n'y ont même jamais mis les pieds, même pas à l'occasion de leur stage dans le cabinet d'un préfet de province.


Il est vrai que la caste politique y contribue. Regardez la composition des gouvernements successifs, en France, droite ou gauche. Le poste de ministre des PME-PMI, lorsqu'il existe, sera accordé à un obscur ministricule, encore tout essoufflé d'être parvenu à ce strapontin. Coincé entre celui des "anciens combattants" et celui des "droits de l'homme". Un notable à qui l'on octroie une sinécure, pour s'assurer de la fidélité électorale de son fief. Même temporaire, l'essentiel pour lui : pouvoir mentionner, ensuite, sur sa carte de visite "ancien ministre". Le rêve de sa vie.


Seuls ne comptent, aux yeux de la nomenklatura, que les grandes entreprises "mondialisées", les multinationales, et les représentations du grand patronat... Ah !... Se complaire et se repaître dans les fusions-absorptions, avec ses marchandages, interventions, mises en relation, en coulisses lorsqu'il y a des dossiers d'investissement, d'acquisition, surtout s'ils viennent de l'étranger (17) !... Surtout s'ils touchent ces secteurs qui font la « une » : acier, chantiers navals, chimie, pétrochimie, grande distribution. Le prestige. L'ivresse de se croire "puissant". Leur régal.


Royaume du paraître où, entre déjeuners fins et soupers superfins, de palaces en yachts luxueux, dans les jeux de la courtisanerie, c'est à qui fera le mieux fonctionner les pompes à subventions et les pelleteuses à exonérations fiscales. Avec, en contrepartie, les "enveloppes" fiscalement paradisiaques...


Qu'importe si ces grandes entreprises, et leur pseudo restructuration dans de fumeuses concentrations ou délocalisations ne sont, en définitive, que des organismes destructeurs d'emplois !... Des milliers d'emplois transformés en chômeurs. Pourquoi se gêner ?... La charge en est laissée à la collectivité, pour le plus grand profit des actionnaires procédant aux licenciements. La shareholder value, les revenus des actionnaires, ne sont-ils pas prioritaires par rapport aux besoins de la collectivité ?...


Grand bien leur fasse, clament les chroniqueurs "économistes d'investigation" du monde médiatique. Piteuse "claque" de cette lamentable pièce de théâtre, chargée de la propagande ploutocratique.


Le problème est que cette culture du Big Business est ruineuse pour la collectivité, sa cohésion, son avenir, conduisant à survaloriser les grandes entreprises destructrices d'emplois, au détriment du secteur économique le plus actif, le plus créateur d'emplois de nos pays, les PME-PMI.


Mais, pour les directions générales du système bancaire et financier, l'inconvénient des PME-PMI c'est qu'elles ne sont pas cotables en Bourse. De ce fait, elles ne permettent  pas ces jeux spéculatifs sur les cours de la cotation quotidienne, ni ces gros gâteaux représentés par les opérations de fusions-acquisitions, ou les manœuvres dans les "nouveaux instruments financiers". Tous ces produits ou services "sophistiqués", qui font le délice de l'activité de la branche prestigieuse : les banques d'investissements.


Evidemment, il ne s'agit pas de privilégier un secteur économique ou professionnel par rapport à l'autre, les PME-PMI par rapport aux grandes entreprises. Mais, d'assurer leur complémentarité et un traitement d'égalité, dans le financement d'une économie "réelle", porteuse de valeur ajoutée pour la collectivité.


Que constate-t-on, en effet, si on examine de près les comptes d'une banque ?...  Un monde à l'envers. Le secteur économique le plus porteur d'emplois, le plus créateur d'emplois, qui obtient proportionnellement le moins de "concours" et de "facilités" bancaires,  qui paye le plus cher les services bancaires : les PME-PMI. A mouvements de compte équivalents, débit et crédit, en pourcentage, les "grands groupes" ne payent que le dixième, en moyenne, des intérêts, charges, frais bancaires et commissions, des PME-PMI. Et, obtiennent dix fois plus de crédits...


Un exemple, parmi des dizaines d'autres ?... Lorsqu'on scrute le traitement du fonctionnement des comptes bancaires (les tarifs affichés ne veulent strictement rien dire, car tout se négocie) au niveau des dates de valeur effectives et du calcul des "échelles d'intérêts"... Ces dates auxquelles on crédite, sur un compte, les remises de chèques ou d'espèces... Ce n'est pas "valeur lendemain", un jour ou plusieurs après. Comme pour le commun des mortels. Non. Pour ces groupes privilégiés, c'est valeur "veille", le jour d'avant... Ce qui fait beaucoup sur douze mois.


En d'autres termes : ce sont les comptes des PME-PMI (et, ceux des "particuliers", aussi) qui assurent l'essentiel des profits et de la prospérité bancaires. Permettant aux directions générales des banques d'être aux petits soins des grandes entreprises, et de s'adonner à leur jeu favori : la spéculation financière. Celle qui permet les gains rapides, propices aux belles présentations de bilans et aux bonus de fin d'année vertigineux. Ces vingt dernières années ont été marquées par le développement massif d'opérations à court terme, à but uniquement spéculatif.


Modifier cette culture, Big is beautiful & Speculation wonderful, va demander du temps et beaucoup d'énergie. Le renouvellement de ces dirigeants, ces fat cats comme les appellent les anglophones, ces gros chats gavés de privilèges, s'impose. Leur formation, sélection, supervision est à revoir intégralement. En particulier, par l'exigence d'une connaissance approfondie de l'économie réelle, de la création d'entreprises et de l'immersion préalable dans le quotidien des PME-PMI, tissu essentiel de la prospérité et de la cohésion de nos collectivités.


Pourquoi s'étonner du désastre actuel, ces faillites se chiffrant en centaines de milliards de dollars ou d'euros, d'un secteur confié à des directions générales inaptes en termes de stratégie, de gestion et d'éthique ?...


Dans leur majorité : malgré leurs grands airs, à l'exemple des petits marquis enrubannés qui encombraient les couloirs de Versailles, une caste de nuls, d'analphabètes de l'économie réelle, d'irresponsables obnubilés par le paraître et le court terme, qui coûtent excessivement chers à la collectivité par leur degré d'incompétence.




Spéculation


La dernière aventure de la Caisse d'Epargne (18), qui vient de perdre 751 millions d'euros selon les dernières estimations, donne une idée du degré d'infection atteint...


La semaine même où tout le monde prend conscience de l'effet mortel de la spéculation, dans le fonctionnement du système bancaire et financier pour l'Economie, non seulement nationale mais aussi mondiale, un établissement bancaire joue des sommes colossales dans des "opérations-casino". Pariant sur des évolutions de cotation et des indices boursiers, comme dans des courses de chevaux ou des combats de coqs, au lieu de prêter ces mêmes montants à des créateurs d'entreprise, d'épauler des entreprises dans l'extension d'investissements productifs et créateurs d'emplois.


Ces pratiques spéculatives ont du mal à s'arrêter. Elles ont été l'occasion, ces jours derniers, de milliers de commentaires. Inutile de s'étendre davantage. Par contre, n'a pas encore été traité l'impact sur la gestion du secteur bancaire, des distorsions provoquées, affectant l'économie nationale en profondeur. Au-delà des pertes et faillites faramineuses.


Ces distorsions se résument brièvement en cinq mécanismes interactifs :



i)  Culte du "court terme"  

 

La culture de l'affairisme et de la spéculation imprègne les directions générales du secteur bancaire et financier, induisant les priorités dans la stratégie de développement et le fonctionnement des établissements dont elles assurent la responsabilité. Ce n'est pas l'investissement industriel et commercial qui est privilégié, mais les opérations spéculatives. Ces opérations à court terme engendrent des profits rapides, mirobolants par rapport au temps et moyens engagés. Dans leur esprit : rien à voir avec la lourdeur de l'exploitation d'un réseau avec ses milliers d'agences, guichets, employés...


De plus, comme on l'a entrevu, ils permettent d'améliorer la présentation des bilans et de distribuer d'excellents bonus. En cas de pertes susceptibles de déséquilibrer l'établissement, l'Etat interviendra pour le sauvetage. Les banques joueront la "sauvegarde nationale", ou la "préférence nationale" en cas de velléité de reprise par des investisseurs étrangers ou hostiles. Et, la collectivité se chargera d'éponger les ardoises. Comme d'habitude.



ii)  Discrimination du "risque"

 

La  préoccupation du " risque" dans un établissement bancaire ou financier est au cœur de la gestion et de l'organisation. Sur ce plan, les distorsions exercées sont doubles :


=> Le "risque" appliqué à "l'avenir" de l'établissement est oublié ou négligé. Faussant l'approche stratégique et les réflexions à long terme, du fait de l'assurance que l'Etat sera toujours là pour assurer sauvegarde ou protection. Dans le cas de pertes impossibles à absorber, aucun problème : elles seront basculées sur la collectivité qui en assurera le règlement, sous une forme ou une autre. Comme lors des faillites bancaires précédentes, telle celle du Crédit Lyonnais.


=> Le "risque" est en conséquence uniquement perçu, par ces directions générales, comme une incidence sur la présentation d'un bilan. Dès lors, au nom du "risque", les investissements productifs, industriels ou commerciaux, notamment pour les PME-PMI, démultipliés entre de multiples entités via un réseau d'agences, seront sacrifiés impitoyablement. Au profit de deux entités, considérées comme moins problématiques : les grandes entreprises (les "grands comptes", dans le jargon du métier) et la spéculation à court terme des "salles des marchés".



iii)  Distorsions de la "vocation" du système bancaire


Avec le temps, deux dérives se sont accentuées, sous la pression d'une dimension psychologique prégnante dans les directions générales :


+  Une survalorisation de l'activité "salles des marchés". Activité spéculative vécue comme l'avenir et le prestige de la banque. C'est la banque High Tech, avec ses instruments financiers considérés comme le comble de la sophistication, confiés à des golden boys eux-mêmes considérés, et se considérant, comme des petits génies.


Le gonflement de cette "bulle mégalomane" dans la contemplation narcissique de son propre génie était devenu sans limite. Il y avait même surenchère, avec des remises de prix par des journaux et des associations "économiques" (à Londres, en particulier...), pour valoriser l'établissement bancaire qui utilisait les moyens et techniques les plus complexes dans les opérations spéculatives. Cette complexité étant considérée comme un raffinement de l'intelligence et de l'expertise professionnelle...


+ A contrario, s'est développé le plus complet mépris, même s'il n'est pas affiché, pour l'activité "banque de détail" (retail banking), de guichets. Uniquement estimée pour sa capacité à collecter des fonds et des profits, confortant l'activité "grands comptes" ou "salles des marchés"... La vache à lait. 


Etait, ainsi, géré un parfait système de vases communicants : l'activité banque des "grands comptes" et "salles des marchés" était financée par l'activité "banque de détail", ou banque commerciale. Les produits de l'activité saine et tangible de l'économie réelle, au lieu de financer son propre développement, se voyaient détournés par des directions générales dans l'activité spéculative, volatile et virtuelle. Expliquant les énormes disponibilités et placements des banques françaises sur des comptes de banques américaines, en particulier.


iv)  Pénalisation de "l'investissement productif" et créateur d'emploi


Du fait d'une dérive dans la gestion des risques et de la vocation des banques, l'investissement productif a cédé la priorité, dans les directions générales, à l'activité spéculative et aux "grands comptes". L'investissement productif, créateur d'emplois s'est vu de plus en plus pénalisé.


Erreur fatale pour nos économies. Car, on le sait, les "grandes comptes" sont, depuis les trente dernières années, les plus grands destructeurs d'emplois. Mettant à la charge de la collectivité des centaines de milliers de chômeurs, pour le plus grand bénéfice de leurs actionnaires.


Quant à l'activité spéculative, la création d'emplois par rapport aux sommes engagées et aux risques encourus est de zéro (recrutements des traders-professeurs Nimbus, à part...)...


Parallèlement les PME-PMI créatrice d'emplois et de valeur ajoutée pour la collectivité sont systématiquement freinées dans leur création et leur développement : au nom du "risque"...


Avec la vision et l'acharnement de l'usurier : crédits limités au maximum afin de provoquer un étranglement systématique lors des échéances, créant des dépassements d'autorisations, entraînant des taux et des pénalités usuraires, sous les harcèlements culpabilisants de ne pas "tenir ses engagements". Cercle infernal, destructeur d'initiative et de valeur ajoutée pour la collectivité, notamment dans sa dynamique de création d'emplois et de richesses.


Contrairement au martèlement de la propagande ultralibérale, ce n'est pas "la législation du travail" qui tue l'emploi, c'est le secteur bancaire dans son refus de financer l'investissement productif, créateur d'emplois, au nom du "risque". Au profit de la préoccupation essentielle de la ploutocratie : la rente et de la spéculation.



v)  Racket de la collectivité 

 

Ce système de vases communicants engendre, à son tour, des distorsions s'exerçant sur l'économie réelle, transitant par la banque de détail. L'économie réelle étant rançonnée au profit de l'économie virtuelle. Celle produite par la collectivité, particuliers, commerçants, artisans et PME-PMI. S'est installé un véritable racket à l'encontre de la collectivité par le secteur bancaire et financier :


=> Par les taux et frais bancaires  

Ce sont les plus modestes considérés individuellement, mais les plus productifs collectivement, qui proportionnellement payent les intérêts et les frais bancaires les plus élevés par rapport aux mouvements de leurs comptes. Rien à voir avec ceux prélevés sur les opérations ou capitaux spéculatifs et les "grands comptes". Pratiquant des taux usuraires qui contribuent à asphyxier la production réelle et la consommation (sauf celle relevant de la grande distribution...), générant chômage et crise économique.


=> Par l'impôt 

Eponger les pertes et faillites bancaires à répétition implique que les revenus des impôts soient détournés. Au détriment, en particulier des priorités de la collectivité que sont : santé, éducation et retraites.



Face à ces catastrophes, distorsions, dérives, le pouvoir politique assure vouloir réagir...


Mais, le pouvoir politique, représentant l'intérêt général, celui de la communauté nationale, sous l'appellation de "l'Etat", est-il à la hauteur de l'enjeu de la reprise en mains qu'exige la faillite monumentale du secteur bancaire et financier ?...


Secteur d'activité devenu, par un mixage d'idéologie ultralibérale et de laxisme corrupteur de la représentation politique toutes tendances confondues, un Etat dans l'Etat. Régentant la collectivité, son destin et sa survie. Sans contrôle. Dans l'impunité. Ce n'est plus une profession, un secteur d'activité, au service de la collectivité. Mais la collectivité à leur service.


Le virus IPRIS a encore de beaux jours qui l'attendent...

 

 



A suivre :

Récession (4) : L'Etat au service du Lobby Bancaire...

Récession (5) : Reconstruire ou Rénover...

 



13.  Roland Courbis, dont la condamnation à 2 ans de prison ferme a été confirmée par la Cour de Cassation, le 22 octobre 2008 : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-37373918@7-40,0.html

14.  Il en est de même pour les officiers supérieurs et généraux passant de la défense nationale à des postes de dirigeants ou d'administrateurs de sociétés relevant de l'industrie de l'armement. Mais, c'est un autre débat...

15.  Seager, Ashley, City bonuses reach record £ 19bn - 16 % increase in payments has knock-on effect on house prices at top scale and farmland, The Guardian, 17 august 2006, http://www.guardian.co.uk/business/2006/aug/17/executivesalaries.executivepay1

16.   Les derniers déboires, dans l'exercice de leurs fonctions, de Paul Wolfowitz à la Banque Mondiale (2005-2007), et de Dominique Strauss-Kahn au FMI, donnent un aperçu sur la partie immergée de l'iceberg quant à la "qualité" de ces dirigeants et de la "culture d'entreprises" qu'ils peuvent générer.

17.  La reprise récente d'un certain nombre d'aciéries françaises et européennes, par le groupe Indien Mital, est une excellente illustration de cette "comédie humaine".

18.   Cf. : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-37370810@7-37,0.html

 

 


 

 




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Samedi 25 octobre 2008


Suite de l'article Récession (1) :

=>  1.  Les caisses sont vides
=>  2.  C’est la faute aux pauvres

 

 

3. Le système bancaire français est excellent

 

J’ai toujours été amusé par les commentaires d’autosatisfaction mégalomaniaque sur le système bancaire français : “le plus sûr du monde”, “le mieux régulé”, “le plus sain”, etc. En bref : excellent.

 

En fait, le connaissant de l’intérieur, il s’agit du secteur d’activité le plus “vermoulu”, pour rester poli, du pays. Celui qui a coûté et coûte le plus cher à la collectivité. Il faut espérer qu’un jour une équipe d’économistes chiffre le cumul des "ardoises" épongées par les contribuables, ne serait-ce que depuis le dernier demi-siècle. Dans une thèse de doctorat ou un travail de recherches sponsorisé par un mécène. La censure du monde de l’édition empêchera, en effet, tout travail d’investigation en ce domaine. Ne parlons pas des médias de la propagande…

 

L’Etat, la collectivité, ont sans cesse été mis à contribution pour redresser les catastrophes à répétition d’un milieu professionnel aussi incompétent que malhonnête. Tout particulièrement, depuis la fin des années 80. L’opacité entretenue est, évidemment, totale. Si les contribuables “savaient”, ils se précipiteraient, probablement, en masse dans les sièges parisiens des banques pour faire tomber quelques têtes, ou au ministère des finances pour ne pas les avoir faites tomber. Découvrant, au passage, l’arnaque du chiffon rouge du “trou de la Sécu” agité en permanence sous leurs nez.

 

Prenons soin de faire la différence, dans l’analyse, entre le personnel d’exécution et d’encadrement, irréprochable quant à la qualité de son travail, le niveau de son éthique, et les directions générales des établissements financiers. Car, là où rien de va plus, c’est au niveau des directions générales de ces établissements.

 

A toute une génération de banquiers et de “grands commis”, forgée dans la reconstruction de la France et de l’Europe de l’après-guerre, a succédé une autre, loin de lui arriver à la cheville en termes de valeurs et de rigueur professionnelle. L’un d’eux, parmi ceux qui ont assuré, géré la fabuleuse croissance des “trente glorieuses”, à la question sur la qualité première d’un “grand banquier”, répondait : “Le bon sens…”.

 

Le “bon sens” a cédé la place au “non sens”… Cette évolution se retrouve dans tous les pays occidentaux, y compris au Japon, avec des nuances liées aux contextes culturels et aux mécanismes de cooptation des “élites”.

 

Dans cette génération des années “post 60”, de jeunes loups, sortant pour la plupart de l’inspection des finances, confondant l’épaisseur de leur carnet d’adresses avec celle de leur expérience après avoir transité par des cabinets ministériels. Considérant les signes ostentatoires affichés avec condescendance, à commencer par l’inévitable cigare, comme étant le rayonnement de leur génie, à défaut de compétence. Après un bref “tour de piste” dans des directions opérationnelles, et un passage au poste de directeurs généraux adjoints, se retrouvaient propulsés à la tête d’établissements financiers.

 

De toute façon, il ne leur était demandé que d’être des “facilitateurs”, de “faire avancer des dossiers”. Le plus souvent, camouflés sous ces appellations, il ne s’agissait, ni plus ni moins, que de rustiques passe-droits pour de grandes entreprises ou des particuliers (8). Assurant la liaison entre pouvoir politique et “milieux des affaires” ou Big Business. Devenant même, pour certains, des “hommes de paille” prospères et richissimes, couvrant, abritant, gérant le patrimoine de quelques politiciens de profession, si ce n’est de convictions.

 

Progressivement, avec la montée en puissance des multinationales et de la mondialisation, une grande partie de la haute fonction publique, liée à la gestion des équilibres financiers du pays et aux commandes des établissements bancaires, s’est trouvée gangrenée par l’affairisme. Copinage et osmose…

 

Ils ont promu, encouragé toutes les "bulles" et investissements spéculatifs, les plus fantasques. Dans la vogue et la mode des fusions-acquisitions. Tout ce qui promettait, assurait profits rapides et bonus fulgurants, pour leur réseau, et bien sûr, pour eux-mêmes. Pas simplement immobilier : qui se souvient de la “bulle internet”, des valeurs “nouvelles technologies”, et autres miroirs aux alouettes ?... Frénésie accrue, avec le développement exponentiel des nouveaux instruments et produits financiers. Partageant souvent les pires comportements irresponsables du secteur, alors qu’ils étaient censés contribuer à sa bonne gestion…

 

 

3.1.  Le cimetière des catastrophes bancaires

 

La liste des banques, qu’ils ont dirigées ou contrôlées, mortes au champ du déshonneur de l’incompétence et de la gabegie, à partir des années 90, est impressionnante. C’était hier. Dans la plus grande discrétion médiatique et une totale impunité des responsables.

 

Retenons les plus connues : Crédit Foncier de France (CFF/1995-1998), Comptoir des Entrepreneurs (CDE) (9), Banque Worms, Pallas Stern (1995), Banque de Paris et des Pays-Bas transformée en Paribas avant d’être absorbée par BNP en 2001. Dans un environnement différent, la Banque de la Martinique, reprise par le groupe des Banques Populaires…

 

Sans oublier un des plus grands scandales financiers de l’histoire bancaire, de niveau international par l’ampleur des sommes en jeu : le Crédit Lyonnais. Dont, on n’a jamais pu obtenir un chiffrage sérieux, c’était avant l’introduction de l’Euro : FF 200 milliards, FF 700 milliards, FF 1.000 milliards, plus ?... Les gymnastiques et contorsions comptables, fiscales, sont sans limites absorbant en des “trous noirs” galactiques tout ce qu’il est souhaitable de voir disparaître.

 

D’autant plus que les archives avaient brûlé, dans l’incendie du siège social, à Paris. Notamment celles de la salle des marchés. Et, tout aussi bizarrement, les archives entreposées au Havre dans un centre spécialisé, sous haute sécurité, avaient brûlé aussi. Ah ! La loi des séries touchant les incendies d’archives !... Signe du destin, probablement, que les pertes n’étaient pas pour tout le monde.

 

Crédit Lyonnais, établissement anéanti par son activité de “banque d’investissements”… La banque commerciale ou de détail (retail banking) étant parfaitement saine. Il n’a dû sa survie que grâce à son absorption par le groupe Crédit Agricole. Naufrage dont la collectivité n’a pas encore fini de payer, ni de subir les conséquences.

 

Car, au-delà des fonds versés pour apurer les engagements directs pour lesquels la banque se révélait défaillante, les contribuables continuent de payer, à ce jour, le nettoyage de son bilan via les “structures de défaisances”.

 

Rappelons un point de technique juridico-financière. Pour améliorer la présentation d’un bilan avant sa reprise par un acquéreur, les valeurs, filiales ou prises de participation “pourries” sont sorties du bilan et logées dans des structures comptables à part :  les fameuses, ou fumeuses, “structures de défaisances”. Terme qui se veut l’adaptation d’une pratique juridique et financière de nettoyage ou de toilettage des bilans, venue des USA, la : defeasance.

 

La Cour des Comptes dans son rapport 2007 (10), avait estimé dans la partie intitulée “Bilan de la gestion des défaisances” que l’ardoise à payer par l’Etat, et donc par le contribuable, s’élèverait à 21 milliard d’euros. S'étonnant d’irrégularités permanentes dans la gestion de ces structures gérées par l’Etat. Malgré les circonvolutions du style qui se veut plus que prudent, la timide Cour des Comptes, sans aucun pouvoir de sanction, a trouvé le courage d’écrire :

 

“… Dans un rapport public particulier publié en décembre 2000 et intitulé « L’intervention de l’Etat dans la crise du secteur financier » et dans une insertion au rapport public de janvier 2002, la Cour avait cherché à apprécier les conditions dans lesquelles l’Etat avait apporté son concours financier au Crédit lyonnais, au Crédit foncier de France (CFF), au Comptoir de Entrepreneurs (CDE) et au Groupe des Assurances Nationales (GAN) et avait géré les structures de défaisance mises en place pour accueillir des actifs compromis du fait de gestions financières imprudentes.

…  Il ressort des vérifications opérées que les dispositifs complexes et déresponsabilisants, déjà identifiés par la Cour, ont été maintenus. La gestion des défaisances, rendues difficile par la nature des actifs à liquider, l’ampleur des contentieux et l’imprudence des garanties accordées, a, en outre, été perturbées par la situation particulière de structures confrontées à leur propre disparition.”

 

En clair, la gestion des “défaisances” est, dans l’opacité totale, un énorme aquarium à requins. Malgré les remontrances de la Cour, les irrégularités constatées à plusieurs reprises ont été poursuivies. Pendant 7 ans…

 

Ce que la Cour des Comptes ne dit pas, c’est que cette gestion des “défaisances” est à l’origine de quelques unes des plus grandes fortunes de France. Colossales. Parmi les premières du monde. Récentes et rapides. Fondées sur aucune création de produit ou de services de génie. Aucun Apple, Microsoft ou Google. Non, uniquement sur la reprise d’entreprises, souvent prestigieuses avec des marques de notoriété internationale. Notamment, à partir des “structures de défaisance” gérées par l’Etat, et tout particulièrement celles relevant de la faillite du Crédit Lyonnais…

 

Ces structures de transit regroupent effectivement des actifs douteux ou délabrés, mais la tentation étant trop forte, des petits malins en ont fait des “taxis” pour s’échanger en douce des valeurs ou faire d’excellents coups. Achetant à prix cassés, ce qui se révèle être par la suite, par on ne sait quel miracle, d’authentiques “pépites”. Gageons, les paradis fiscaux assurant l’étanchéité des noms et autres coordonnées, que les fortunes, construites ou démultipliées de la sorte, renvoient l’ascenseur, sous une forme ou une autre.

 

Ainsi, non seulement, des fortunes colossales se sont bâties à partir de ces naufrages, mais en plus la collectivité, les contribuables, doivent payer 21 milliards d’euros, d’après l’estimation “provisoire” de la Cour des Comptes. Soit l’équivalent de 2 fois le “trou de la Sécu” pour assurer le nettoyage du bilan. Après avoir déjà réglé plusieurs milliards pour en payer les dettes accumulées !...

 

Dans le cas du Crédit Lyonnais, comme par hasard, aucune Commission parlementaire n’a investi du temps, ni des moyens pour enquêter sur ce curieux phénomène des vases communicants. La seule préoccupation des parlementaires, dans une approche infantile et démagogique : “faire la fête à Tapie” (11). Autre chiffon rouge, bouc émissaire du monde politique et médiatique : se donner bonne conscience pour 2 kopeks. Ça ne coûte pas cher, et auprès d’une opinion publique désinformée, ça peut rapporter gros. Ne serait-ce qu’en dissimulant le cœur du problème…

 

Car aucun parlementaire (j’ai suivi les dernières auditions de la Commission des Finances du mois de septembre 2008) ne s’est demandé pourquoi le Crédit Lyonnais, après avoir étranglé financièrement et forcé Tapie à vendre la société Adidas 2 milliards FF à une structure propre à la banque domiciliée dans un paradis fiscal, l’avait aussitôt revendue au groupe Dreyfus (le géant du sucre…) plus du double. Aucun ne s’est, et a, posé trois questions annexes :

 

i)    Où est allée la différence ?

 

ii)   Pourquoi avoir logé Adidas dans une “structure de défaisances”, alors que cette société, loin d’être “pourrie”, était très recherchée (Nike, Reebok, etc.), valait plus que le double de l’évaluation de la banque, et probablement plus que le prix payé par l’acheteur choisi par la banque, en dehors de toute consultation internationale ?

 

iii)  Si cette entourloupe a été effectuée pour Adidas, quelles sont les autres sociétés “pépites” sorties à tort du bilan de la Banque, bradées à prix cassés, au détriment de la collectivité et du contribuable, et quels en ont été les “profiteurs” ?...

 

 



 

Suite:

Récession (3) :   Les Tares du Système Bancaire - Le Virus IPRIS...

Récession (4) :   L’Etat au service du Lobby Bancaire...


 

 

 



 

11.  Cf. l’audition du mercredi 10 septembre 2008 de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale sur le Crédit Lyonnais - CDR : http://www.lcpan.fr/emission/62314/video

12. Curieux de voir certains responsables politiques, comme Sarkozy dans un de ses derniers discours, découvrir la faillite bancaire avec Lehman Brothers


Photo : siège social parisien du Crédit Lyonnais - LCL


 

 

 


 

 


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Lundi 20 octobre 2008


Médusé.

 

Tous ces “experts-économistes” défilant sur les plateaux de TV, de radio. Pérorant d’éditoriaux en articles, dans notre presse officielle. Les mêmes, en procession, qui nous avaient affirmé, en ce début d’année, que 2008 verrait le “Krach de la Chine” (1). Ce serait, je cite :
“… l’année noire des pays émergents…”.

 

Ils avaient même prévu le “Krach Chinois”, avec certitude, pour le deuxième trimestre de cette année. Avant les jeux Olympiques. Tout était “pourri”, “d’argile”, ce sont leurs termes. Un château de cartes, en Chine. Sous–entendu, chez nous, en Occident, c’est du béton, de l’acier trempé. Rien à voir avec ces rigolos de Chinois, analphabètes de l’économie et du progrès…

 

Ces mêmes “spécialistes”, au même moment, nous assuraient que la “crise des subprimes”, n’était pas en fait une crise au sens économique, mais tout simplement une excellente astuce des banques américaines pour gonfler leurs “provisions pour risques” dans leurs bilans (2).

 

Banquiers, qui d’une pierre assuraient deux coups : diminuant leurs surfaces imposables, du fait que ces provisions viennent en déduction du résultat d’exploitation, et alimentant leur trésor de guerre pour pouvoir licencier à leur aise avec les “indemnités légales” lors des départs forcés. Puisque, d’après le dogme du Libéralisme, les gains de productivité passent, en priorité, par le licenciement !...

 

Ces gourous, au culot inébranlable, bonimenteurs tous terrains, charlatans intarissables, inoxydables porteurs du dogme sacré : “La Main invisible et régulatrice du Saint Marché”… Dont ils nous ont bassiné pendant des années. Avec ce nouveau clergé, nous ne sommes plus sous le régime de la monarchie de droit divin, mais sous celle de l’autocratie du Saint Marché

 

A présent, ne voilà-t-il pas que ces prêcheurs nous sortent de leurs musettes leur nouvelle panoplie : “récession”, “croissance molle”, “dépression” par analogie à la Grande Dépression de 1929. Dernier accessoire à la mode : “croissance négative”... Car, chez ces gens-là, “reculer”, veut dire “avancer”. On n’arrête pas le progrès. Prodige de voir ainsi les frontières de la logique, grâce à ces besogneux propagandistes, atteindre aux extrêmes de  l’intelligence…

 

Face au désastre actuel ravageant le système bancaire et économique occidental, nous chantant dans un chœur sans dissonance que c’est la faute, suivant les refrains, “à pas de chance” ou au voisin. En tout cas, celle de “l’Autre”… Pas la nôtre : chez nous, tout est propre, contrôlé, sagement administré…

 

Pour ne pas changer.

 

S’en prendre à ces fondamentalistes du Saint Marché, peut provoquer des retours de bâton. Ce que vient de vivre le sénateur Jean-Luc Mélenchon pour avoir mis en cause ces intégristes du Libéralisme, cet habillage soft du “capitalisme sauvage”, et s’être lamenté de les voir sévir depuis une bonne décennie sans contradiction, ni débat, dans les médias dominants. (3)

 

Bon, ne les accablons pas. Ils font bien leur boulot. Véhiculer les désirs de la ploutocratie, qui les cornaque, à défaut de la réalité de nos collectivités, et de son devenir. Défendre, en tant que porte-voix, les intérêts de leurs sponsors. Quoi de plus naturel ?... A l’exemple des politiciens de service, on ne va pas leur demander le contraire.

 

Leur unique vocation n’est-elle pas de préserver un système qui les fait vivre confortablement, et pour beaucoup somptueusement ?... Surtout pas, de le réformer. Plutôt, faire croire que tout est bien dans le meilleur des mondes. S’il y a réforme c’est celle de se serrer la ceinture de quelques crans de plus. Du moins pour les plus précaires, les plus fragiles. Eux, sont à l’abri.

 

Tous ces gens-là, tous ces partis au pouvoir, avec leurs médias de propagande, mentent comme ils respirent. N’allons pas jusqu’à dire qu’ils sont “tous pourris” !... Ils pourraient se vexer. Et, puis il y a toujours des exceptions. Heureusement. Elles nous permettent de relativiser, et elles confirment la règle…

 

Mais, dans ce cassoulet de désinformation qui nous est servi à longueur de journée, il est intéressant de repérer le non-dit, les tabous. Dans ce florilège des tabous, j’en retiens quatre :

 

 


 

 

1. Les caisses sont vides

 

Comme tout un chacun, je constate que les caisses qui étaient “vides” (4), nos Etats en faillite, pour assurer un système de santé, d’éducation et de retraites décent pour la collectivité d’un pays très riche, ne le sont plus pour combler les incompétences et les folies des milieux spéculatifs. C’est par dizaines, centaines de milliards de dollars, d’euros, que l’argent se déverse dans les caisses des banques.

 

Les chiffres donnent le vertige. A l’échelon de l’Europe, ce serait 1.700 milliards d’euros. D’autres qui circulent, font état de 2.000 milliards d’euros. Aux USA, on envisage de dépasser les 3.000 milliards de dollars. La France mettrait, sur la table, environ 400 milliards d’euros. Non compris les garanties données par l’Etat sur les transactions bancaires…

 

Tout aussi frappant, de voir les théoriciens du libéralisme économique, de la libre entreprise, de la libre concurrence, se mobiliser pour la nationalisation des établissements financiers en faillite. Retrouvant dans la précipitation la vieille recette, soigneusement occultée ces dernières années : “nationaliser les pertes et privatiser les profits”.

 

Alors qu’ils nous assuraient, il y a peu de temps, qu’il était impossible, à l’échelon international, de trouver entre 12 et 35 milliards d’euros, suivant les hypothèses de travail, pour sauver près d’un milliard de personnes accablées par la crise alimentaire mondiale. Sachant que chaque jour, statistique effroyable, une moyenne de 24.000 personnes meurent de faim ou de malnutrition.

 

Solidarité ?...

 

Mot funeste, provoquant le détournement des regards vers les plafonds. Suscitant, en rafales, discours et clichés sur le “mérite personnel”. En fait, celui du “chacun pour soi”. La doctrine triomphante de “l’être supérieur”, ayant tous les droits et privilèges, le pauvre, le faible n’ayant que ce qu’il mérite. A commencer par l’obligation d’accepter sa condition et, surtout, celle de se taire…

 

Bien sûr nos politiciens dans leur quasi-unanimité, dans l’urgence, trouvent toujours de l’argent pour envoyer des troupes, en Afghanistan ou ailleurs… Faillite ou pas. Cas de force majeure, assurent-ils : “défendre nos frontières” ou les dictatures les plus corrompues, à des milliers de kilomètres, n’a pas de prix. Pour le reste : impossible.

 

En France, quatrième pays le plus riche du monde comme ne cesse de le répéter notre ministre de l’Economie, il n’y avait pas moyen d’améliorer les retraites des personnes âgées, ni même de soigner décemment nos “anciens” dans des maisons de retraite qui ne soient pas sordides. Tout autant, de loger décemment les travailleurs pauvres, et bien sûr, les personnes en situation précaire ou les SDF. Que dire de l’abandon des prisons françaises qui sont, pour la majorité, des cloaques dignes du Moyen Age, où les suicides se multiplient ?...

 

Inimaginable de combler la différence entre recettes et dépenses de la Sécu. Ce mythique “trou de la Sécu ”, diabolisé en permanence… Estimé à 12 milliards d’euros pour 2008, soit 3 % de son budget total. Avec des frais de fonctionnement 3 fois inférieurs à ceux des compagnies d’assurance ou des mutuelles.

 

Le “trou de la Sécu”, épouvantail brandi par tous les gouvernements, droite ou gauche, présente l’avantage de justifier le démantèlement systématique, implacable, des protections sociales, en particulier pour les plus défavorisés (5). Sans vérification aucune de ce qui est, avec les paradis fiscaux, un des plus grands scandales contemporains en Occident, économique et sociétal, celui des prix de revient et des marges facturés par l’industrie pharmaceutique à la collectivité. Sans aucun contrôle, aucune remise en cause.

 

La Défense Nationale, ce puits sans fond et sans recettes, lui, ne connaissant pas de “trou”. Au contraire, ce ne sont que des augmentations annuelles. Pas plus que le budget de la présidence de la République, ou de l’Elysée suivant les expressions, en augmentation constante d’année en année. Sans recettes. Que des dépenses. Pas n’importe quelle augmentation. Une augmentation à deux chiffres, supérieur à 10 % par an…

 

Solidarité ?...

 

Les “caisses sont vides”…

 

Jusqu’à mégoter les retraites des anciens combattants maghrébins, sénégalais et autres africains. Les fameux "indigènes" qui ont combattu dans les batailles les plus dures de la seconde guerre mondiale sous le drapeau français. Il n’en reste que quelques centaines, avec des retraites 8 à 10 fois inférieures à celles de leurs camarades de combats de nationalité française. Les “caisses sont vides”…

 

Solidarité ?... Egalité, fraternité ?...

 

Uniquement pour la rente et la spéculation.

 

Là, subitement, comme par magie, lapin surgissant du chapeau, l’argent sort de tous les côtés. A flots continus.

 

 

 

2. C’est la faute aux pauvres

 

A toute crise, son bouc émissaire. Cet inévitable schéma simplificateur est bien présent : “la crise vient de l’Amérique”. Ce serait la défaillance des “emprunteurs à risques” aux USA, difficilement solvables, à qui des banques dans leur générosité et sans discernement auraient eu la largesse de prêter. Avec facteur aggravant, le rôle pervers de courtiers en crédits peu scrupuleux.

 

Tel est le résumé du mécanisme déclencheur : le système bancaire aurait été trop bon, pour les faibles revenus, et abusé par de méchants intermédiaires. L’effet domino, entre banques américaines et européennes, via la “titrisation” de ces crédits a été longuement expliqué dans les médias. Mais, de façon biaisée.

 

C’est tout juste si le responsable initial ne serait pas le “pauvre”, voulant jouer au riche. Ou, au propriétaire. Et, de nous montrer, dans des documentaires, le récent immigré “latino”, obligé de vendre sa maison devenue invendable à la suite de la chute du marché de l’immobilier. Sous-entendu, par ces talentueux journalistes, chroniqueurs, commentateurs, “économistes ou d’investigation” : “ On n’a pas idée de s’acheter une maison, quand on n’en a pas les moyens”.

 

Salauds de pauvres !… Toujours eux qui mettent la pagaille là où il ne faut pas, et quand il ne faut pas… En plus, des “basanés” (colored) …

 

Il se trouve que j’ai travaillé au siège, à Atlanta, dans les services financiers, notamment des cartes bancaires, d’une des plus grandes chaînes de magasins aux USA, Rich’s. Intégrée, depuis le 6 mars 2005, dans le groupe Macy’s. J’étais en liaison avec les sociétés et associations de recouvrement regroupant leurs activités sur une dizaine d’Etats, avec pour membres : établissements financiers, assurances, et entreprises de tous secteurs ayant une activité de crédit. En compagnie de remarquables professionnels. Rien à voir avec des amateurs.

 

Curieusement, mon expérience est radicalement différente de celle des “journalistes-chroniqueurs-économistes-d’investigation”... Je n’ai jamais rencontré, aux USA, un professionnel du crédit accordant un crédit sans utiliser, au préalable, les techniques et logiciels de credit scoring pour passer au crible, même rapide, les possibilités de remboursement de l’emprunteur. Parmi les critères fondamentaux figurent en bonne place, pour les salariés par exemple : l’ancienneté dans l’emploi et la qualité de l’employeur.

 

Je n’ai jamais rencontré aux USA, un professionnel du crédit accordant un crédit à un emprunteur “insolvable”. Il n’y verrait et n’en retirerait aucun avantage. Ce métier ne fait pas dans le style “maso” ou “débile”. Certes, comme dans tout pays où l’industrie du crédit est florissante, prêter au maximum des possibilités de l’emprunteur ne pose pas de problème. Il est considéré comme une précieuse “vache à lait”. Et, par définition, un  “insolvable” est l’antithèse d’une “vache à lait”. Alors, aucun intérêt de prêter à un “sac à problèmes”…

 

En fait, le “défaillant” ce n’est pas “l’emprunteur”, ce n’est même pas le “prêteur”, c’est le système monétaire et économique dans son ensemble. La conception même de l’organisation collective. Le “sens” ou les “valeurs” structurant nos sociétés. La ploutocratie, dans un “remake” de la fable de La Poule aux Oeufs d’Or, a scié la branche sur laquelle elle était assise :

 

i) Les ménages aux USA, comme dans beaucoup de pays occidentaux étaient au maximum de leur endettement, à part la fraction la plus riche ou la plus privilégiée, du fait des blocages des salaires et du refus de la caste dominante de redistribuer la richesse nationale. En 2008, le salaire moyen de l’ouvrier ou de l’employé est inférieur à celui de  1973 (6).

Le crédit était vécu, ainsi, par les castes dirigeantes comme le substitut idéal à la redistribution de la richesse nationale : la majorité de la population s’endette pour consommer et se loger, se laissant tondre la laine sur le dos. Comme des moutons. Sans bouger : priorité étant de conserver, ou de trouver, un travail dans n’importe quelles conditions pour “payer les échéances”. Facteur de stabilité sociale en plus ! Tout le monde est content.

 

ii) Les ménages américains “emprunteurs” avaient la possibilité de rembourser à une condition : que les taux restent stables. Or, deux erreurs ont été commises :

 

=> La quasi totalité des crédits étaient à taux variable. De plus, sans butoir de prévu (un maximum de taux ou de variation). Ce qui est envisageable, avec une amplitude limitée, pour un crédit à la consommation portant sur du court terme, ne l’est plus pour un investissement à long terme, tel que l’achat d’un logement. En cas de forte augmentation, c’est l’étranglement assuré.

Phénomène qui a ravagé les crédits immobiliers en Espagne, où même des emprunteurs à hauts salaires sont en difficulté pour avoir vu leurs intérêts à taux variables tripler ou quadrupler.

 

=> la Réserve Fédérale des USA a augmenté son taux directeur de 1% à 5,25 % entre 2004 et 2006. La “crise” apparaissait dès fin 2006, avec une accélération en 2007. Le raz-de-marée était lancé. Mais, dans son aveuglement et sa fuite en avant, l’oligarchie n’a pas réagi.

Car l’augmentation des taux aurait dû être modulée : augmentée pour les entreprises, les nouvelles opérations de crédits à la consommation ou immobiliers (avec un plafond). Mais surtout, bloquée pour les encours de crédit, tant à la consommation (7) que pour les crédits immobiliers des “particuliers”. Avec interdiction pour les nouvelles opérations, bien sûr, de la pratique des taux variables du crédit immobilier des particuliers.

Habituée à tondre ses moutons, pour rester dans la métaphore animale, sans qu’il y ait de réaction, la ploutocratie s’est refusée à admettre que le maximum était atteint. Beaucoup de spéculateurs pensaient que des faillites ne seraient pas mauvaises pour faire des emplettes à bas prix d’actifs (assets) qui se revendraient, quelques temps après, avec une forte plus-value. Impossible d’imaginer que le mouton allait crever, et eux avec…

 

iii) Les premiers établissements financiers à être déstabilisés massivement étaient, évidemment, ceux qui avaient l’essentiel de leur portefeuille de clientèle concentré ou spécialisé dans le marché immobilier. Même si leur clientèle était solvable, au départ, elle ne pouvait absorber des augmentations de taux démentielles. Premier naufrage de Northern Rock en Grande-Bretagne, en début d’année, et des établissements réputés, aux USA, Freddy Mac et Fannie Mae, début septembre. 

 

Comme une traînée de poudre, le système provoquait l’effondrement avec lui de la crédibilité de tous les instruments financiers liés, de près ou de loin, à des manœuvres spéculatives. Notamment les fameux derivatives (produits dérivés) et tous les produits issus de “l’ingénierie financière”. Les certifications des plus grands cabinets d’audit ou les notations des agences spécialisées se révélaient caduques, la confiance s’était évaporée.

 

Ce fut la course éperdue aux liquidités. L'exemple le plus marquant fut Lehman Brothers voulant récupérer ses 17 milliards de dollars d'avoirs chez la banque J.P.Morgan. Cette dernière exigeant le remboursement préalable de la ligne de crédit de 23 milliards de dollars que ce confrère avait chez elle.


Les crédits à taux variables dans le financement de l’immobilier ne sont pas répandus en France, contrairement aux USA et à la GB, ou même à l’Espagne. Mais, les directions générales des banques françaises, comme leurs homologues suisses et autres banques européennes, focalisées sur les profits rapides et mirobolants de l’économie-casino, ont massivement investi les avoirs qui leur étaient confiés dans les produits spéculatifs des banques américaines…

 

La contamination s’est révélée générale. D’où ces plans d’aides massives par les Etats occidentaux. Pour sauver qui ?... La “vache à lait” ou le “mouton”, l’emprunteur de base qui fait tourner le système ?...

 

Non.


Pour sauver la mise des banquiers et des spéculateurs…

 

 

 

Suite :

Récession (2) : Le Cimetière des Catastrophes Bancaires...

Récession (3) : Tares du Système Bancaire : Le Virus IPRIS...

Récession (4) :  L'Etat au service du Lobby Bancaire...






 



 

1.  Cf. cette mirobolante prévision : http://www.dailymotion.com/video/x3zjk9_2008-lannee-du-krach-chinois_business%22%3E2008

2.  Cf. cette autre délirante analyse : http://www.dailymotion.com/related/x3zjk9_2008-lannee-du-krach-chinois_business/video/x3zio3_subprimes-contagion-ou-feu-de-paill_politics?from=rss

3.  Cf. notamment les attaques à l’encontre du sénateur Jean-Luc Mélenchon par des journalistes, tels Jean-Marc Morandini et Renaud Revel (L’Express), n’ayant ni regardé l’émission en cause, ni lu la retranscription de ses propos. Se comportant en Savonarole médiatiques, plus soucieux d’organiser un bûcher, que de tenir compte des faits, ou d’un minimum d’éthique professionnelle, http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=628#more-628

4.  Expression récurrente, par exemple, du chroniqueur Jean-Michel Apathie. A tel point, qu’elle était devenue par dérision, pour certains, son surnom : “Les Caisses sont vides”. Curieusement, ces derniers temps, cette expression a disparu de son vocabulaire. Elle n’est plus “tendance”, sans doute…

5.   Duval, Julien, Le mythe du “trou de la Sécu”, Editions Raisons d’Agir, Paris, Avril 2007.

6.  Lire les livres de Barbara Ehrenreich sur les USA “d’en bas” : http://stanechy.over-blog.com/article-10888996.html

7.  L'encours des crédits sur les cartes bancaires aux USA est estimé, à la louche, à 1 (un) trillion de $US. Soit 1, suivi de 18 zéros...


Caricature : ma favorite sur la "crise", parue dans The Guardian d'octobre 2008. Par le talentueux Martin Rawson.
Mettant en scène, comme dans un film d'horreur, quatre infirmiers s'apprêtant à soigner dans un asile "d'aliénés" (Madhouse...) un monstre devenu fou furieux, en plein délire autodestructeur, dont le nom est inscrit sur la porte de la cellule : Capitalisme (sans "e" en anglais).
Sarkozy, avant d'ouvrir la porte posant la question à ses trois compères, Merkel, Brown et Bush :
" Tout le monde est prêt pour le cachet d'aspirine ?...".
Lequel minuscule cachet, destiné à être administré au malade, est tenu par la flamboyante Merkel...

 




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Du conseil en gestion international à la création d'entreprises et au développement... Un regard sur la régression du respect de la dignité humaine, des libertés et du partage. Une espérance solidaire avec ceux qui ne l'acceptent pas. A contre-courant...


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